Bonjour,

C'est avec beaucoupppppppppppp de retard que je reviens avec cette fic … Beaucoup de choses IRL ont fait que j'ai mis de côté cette fic par manque de temps … Pourtant j'ai toujours autant l'envie de la terminer … Alors je m'y remets doucement.

D'autant plus que nous allons rentrer dans les choses sérieuses maintenant !

J'espère que ce chapitre vous plaira... Que cela soit le cas ou non, dites-moi ce que vous en pensez avec le pitit bouton « review »;)

Bonne lecture !

Chapitre 16 : Un renouveau ?

Ce fut la douleur qui me tira de mon sommeil. Fulgurante mais rapide …

D'un bond je me redressai dans mon lit. Assise, mal réveillée, encore pleine des souvenirs insaisissables de mon rêve, je passai une main sur mon visage. Mon regard se posa sur le décor de ma chambre plongée dans la pénombre. La fenêtre était grande ouverte, le vent frais nocturne s'y engouffrait et faisait voler les fins rideaux avant d'aller jouer avec les tentures du baldaquin. Le temps que je fasse ce bref état des lieux visuel, ce qui m'avait réveillé avait disparu. Une nouvelle fois, je crus que ce n'était qu'un rêve. Cela m'arrivait souvent à une époque, moins maintenant que tout s'endormait lentement au fond de moi.

Pourtant cette nuit …

Je secouai la tête, me maudissant intérieurement. Je n'étais qu'une idiote qui prenait ses désirs pour la réalité. Soupirant, je me laissai tomber en arrière dans la masse molle des oreillers. Je fermai les yeux, essayant de calmer les battements de mon cœur.

Et soudain cela recommença.

Une brûlure brève mais bien réelle à l'avant-bras gauche … Comme … comme autrefois.

Dans un sursaut, je me redressai et ma main fouilla à tâtons sous les oreillers pour retrouver ma baguette. Une goutte de sueur coula lentement dans mon dos et je retins avec peine un frisson. Ma respiration s'accéléra brusquement tout comme mon rythme cardiaque.

Ma baguette ! Il me fallait ma baguette. D'un geste rageur, je balayai de la main les oreillers. Où était-elle passée ?

Mes doigts effleurèrent enfin le bois doux et tremblant légèrement, je marmonnai un sort.

- Lumos !

J'étais fébrile comme rarement je l'avais été. La pointe de ma baguette éclaira la peau pâle de mon avant-bras. Mais rien … je secouai la tête. La brûlure … Je ne l'avais pas rêvée, j'en étais certaine. Alors je levai un peu plus le bras le tenant devant mon visage, je rapprochais ma baguette et plissai le regard. A la lueur de ma baguette, je voyais ma veine courir sous la peau. Et là, mon cœur rata un battement ou deux.

La Marque !

Je ne rêvai pas ! Elle était là, dessinée sur ma chair pâle. Certes, presque invisible, à peine marquée, mais c'était Elle.

- RICHARD ! Hurlai-je soudain.

Je me levai avec précipitation, repoussant maladroitement mes couvertures. A peine debout, je me pris les pieds dans le drap et m'étalai au sol. M'emmêlant encore plus dans le tissu blanc, je pestai en grognant. Je réussis enfin à me dépêtrer et, baguette à la main, je sortis en courant de ma chambre.

- Richard !

Je dus hurler plus d'une vingtaine de fois le prénom du propriétaire des lieux dans ma course. J'étais accompagnée également par les cris de désapprobation des tableaux que je réveillais sur mon passage. Mais je les entendais à peine. Une bride par ça par là de paroles où l'on s'insurgeait contre mon vacarme et ma tenue. Il fallait dire que le spectacle devait être des plus étranges à me voir ainsi courir et hurler dans tout le manoir en nuisette longue. Je dévalai les escaliers, manquant de peu de tomber. Je me rattrapai de justesse à la rampe et réussis à éviter de continuer ma descente sur les fesses, la tête la première.

J'étais arrivée dans l'aile ouest, là où étaient les appartements de Richard.

- RICHARD !

Mes pieds nus tapaient les tapis en cadence. Je ne ralentis ma course qu'une porte avant celle de sa chambre. Je m'arrêtai un instant. Une main posée sur le mur, la tête penchée en avant, je repris mon souffle.

La porte devant moi s'ouvrit soudain.

- Par Salazar ! S'exclama alors Richard.

Ce fut à peine si je fis attention à sa tenue plus que légère. Mon regard s'attarda à peine sur le boxer qu'il portait en tout et pour tout.

- Richard ! Répétai-je une énième fois.

- Sais-tu dire ou plutôt hurler autre chose que mon prénom en pleine nuit ? Me demanda-t-il avec sérieux. Si tu n'as pas réveillé Théo tu as de la chance …

Il laissa échapper un soupir et s'effaça pour me laisser entrer dans sa chambre. Même en pleine nuit et en boxer, il gardait son flegme légendaire, ne cherchant même pas à comprendre le pourquoi du comment. De toute façon, si j'étais là, il allait en connaître rapidement la raison.

J'accordai à peine un regard à sa chambre. Une seule bougie brûlait, flottant au-dessus du chevet. La fenêtre ici aussi était ouverte et le vent estival qui s'y engouffrait faisait trembloter la flamme magique qui ne pouvait être éteinte que par un sort.

- Vas-tu enfin m'expliquer pourquoi tu hurles comme un troll blessé ?

Je lui jetai un regard noir, n'aimant guère la comparaison. Je vins me planter devant lui et levai la tête pour accrocher son regard.

- Ma Marque, Richard, elle est revenue !

Sans attendre une parole de réponse de sa part, j'attrapai son bras. Ma baguette projetait toujours son lumos et je l'approchai pour observer sa peau. Mes doigts fins coururent sur sa peau, essayant de trouver le dessin de la tête de mort et du serpent. Mais rien … Je ne me rendis même pas compte que mon examen lui arracha un frisson.

Je me penchai un peu plus, mon nez touchant presque son avant-bras. Persuadée que j'avais mal regardé. J'avais eu du mal à apercevoir ma propre Marque, cela devait être la même chose pour le bras de Richard.

Soudain, je sentis la main droite de Richard attraper mon menton et me forcer à relever la tête.

- Charlotte … Murmura le sorcier doucement.

Je secouai la tête, sentant déjà les larmes monter à mes yeux.

- Non, non, non ! Protestai-je faiblement. Je ne l'ai pas rêvée, Richard !

- Charlotte …

Il répéta doucement mon prénom tandis que son pouce effleurait doucement ma joue. Je fermai les yeux un court instant.

- Tu … tu ne l'as pas sentie ?

Je secouai une nouvelle fois la tête. Ce n'était pas un songe sorti de mon imagination cette fois. C'était la douleur qui m'avait réveillée, la Brûlure si caractéristique … Et ma Marque, elle était réapparue ! Mes yeux ne m'avaient pas trompée, c'était impossible.

Dans ma poitrine, mon cœur battait la chamade.

- Tu … je … Richard …

Un soupir s'échappa des lèvres du sorcier. Il eut cette expression triste qui, un instant, voila son regard.

Sa main qui s'était posée sur ma joue glissa lentement dans mon cou avant de descendre le long de mon bras. Il attrapa mon poignet et à son tour releva mon avant-bras et l'observa. Son index dessina une Marque qui n'était plus visible.

- Il n'y a rien, Charlotte … Rien du tout …

- Mais, protestai-je faiblement. Elle était là ! Tout à l'heure, je l'ai sentie ! Je l'ai vue ! Richard … Vraiment vue ! Ce n'était pas un rêve ! J'en suis sûre ! J'étais bien réveillée !

Quelque chose passa dans son regard. Il soupira de nouveau. Je me redressai légèrement, mes yeux pétillèrent.

- Quoi ? Lui demandai-je soudain.

Ce fut lui, cette fois, qui secoua la tête.

- Je ne sais pas Charlotte …

Ma main serra plus fortement son bras que je n'avais pas lâché. Je plissai mes yeux.

- Tu l'as sentie aussi …

Cette fois, ce n'était plus une question, mais une affirmation.

Richard me lâcha et se défit de mon emprise. Il recula d'un pas et alla se placer devant la cheminée. Il me tourna le dos. Sa main se posa sur le manteau de marbre blanc veiné de vert et gris. Ce fut à ce moment que je remarquai une chose étrange. Autrefois, il y avait eu des photos dans sa chambre. Mais plus aucun cadre ne trônait sur la cheminée. Un instant je détournai le regard et observai le chevet. C'était pareil : ils étaient vides de toutes photos. Depuis quand le sorcier avait-il fait le ménage dans les souvenirs d'Apollonia ? C'était étrange. Dans un autre moment, je lui aurai posé la question … mais la situation était grave.

Je soupirai et m'approchai dans son dos. Ma main se posa sur son omoplate. Il sursauta et sortant de ses pensées, il se retourna.

- Charlotte … Je … je ne sais pas. Je ne veux pas te donner de faux espoirs … Mais …

Il s'interrompit. Mes yeux restaient suspendus à ses lèvres. Mon cœur cognait dans ma poitrine. Je clos alors mes paupières, rêvant d'entendre les mots qu'il allait prononcer.

- Oui … avoua-t-il finalement.

Je rouvris les yeux. Un éclair incompréhensible passa dans son regard. Il posa son index sur mes lèvres voyant que j'allais l'interrompre.

- Laisse-moi terminer, Charlotte. S'il te plaît ! Oui, j'ai cru sentir quelque chose … Mais quoi, je ne sais pas … Alors ne me demande pas d'explications, je serai incapable de t'en donner … Je ne sais pas ce que c'était, je ne sais pas ce que cela signifie. Ça a été tellement bref que je ne suis même pas sûr que cela ait été réel … Ce n'était peut-être rien …

Je secouai la tête.

- Non Richard, c'était tout sauf rien. Tu as senti quelque chose ! J'ai senti quelque chose . Ce … Ce n'est pas une coïncidence...

- Écoute … Charlotte, il est tard. Et je ne crois pas qu'en parler comme ça, dans cet état, va nous aider à y voir plus clair …

Richard avait raison, je le savais. Je n'étais pas en état de réfléchir… et lui non plus.

Un long frisson me parcourut alors. Je me sentais totalement perdue.

- Richard … Qu'est-ce que cela veut dire ? Soufflai-je dans un murmure.

Son regard semblait aussi perdu que le mien.

- On verra tout ça demain … A tête reposée …

Il me prit soudain dans ses bras et me serra très fort contre lui. Nous restâmes un long moment enlacés. Sa main se glissa dans mes cheveux et les caressa doucement. Je ne savais plus trop qui réconfortait qui …

- Tu peux rester ici cette nuit si tu veux, me murmura-t-il soudain.

Je relevai la tête et plongeai mon regard brillant dans le sien. Avait-il joué au legilimens ? Car je devais avouer que je n'avais pas envie de rester toute seule. A moins que la même pensée l'ait traversé. Je lui souris doucement.

- Je veux bien.

Et quelques instants plus tard je me retrouvai, comme cela nous arrivait autrefois, dans ses bras, allongée dans le noir. La situation aurait dû me sembler bizarre, mais je n'étais pas en état de réfléchir plus en avant.

J'étais persuadée que le sommeil ne viendrait plus pour cette fin de nuit. Je me trompais. Était-ce les bras rassurants de Richard qui m'enlaçaient ? Était-ce la fatigue nerveuse ? Je ne le savais, mais je ne tardais pas à m'endormir.

Ce fut un rayon de soleil qui me tira de mon sommeil. La lumière me fit cligner plusieurs fois des yeux et éblouie, mal réveillée, je mis un certain à temps à me rappeler où j'étais. Quand mes yeux furent habitués à la lumière matinale aveuglante, la première chose qu'ils découvrirent fut le visage de Richard qui m'observait, un sourire léger flottant sur les lèvres. Je me redressai vivement, comme prise en flagrant délit de Merlin seul savait quoi. A mon tour je le dévisageai en silence. Ce fut là, dans le soleil estival naissant que je me rendis compte que le sorcier avait bien changé. Des pattes d'oies s'étaient dessinées autour de ses yeux. Ceux-ci avaient perdu leur éclat rieur qu'ils arboraient presque quotidiennement, autrefois. Leur bleu n'était plus aussi limpide qu'avant, les soucis et le temps ayant faire leur oeuvre. Du sel s'était mêlé au noir ébène de ses cheveux. Oui des feux avaient bien brûlés sous les chaudrons, le temps avait défilé …

Il se prêta de bonne grâce à cet examen silencieux. Il affichait toujours ce petit sourire mystérieux et étrange.

- Bien dormi ? Finit-il par me demander.

- Oui, admis-je. Et toi ?

Il rit doucement.

- Pas beaucoup … avoua-t-il.

Je fronçai les sourcils. Quelque chose me titillait.

- Et tu m'observes comme ça depuis ? Ajoutai-je.

- Un certain temps …

Sans trop expliquer pourquoi, sa réponse me… gêna. Je m'assis dans le lit.

- Je … je … je vais m'habiller, bafouillai-je.

Un peu précipitamment, je me levai. Je sentais toujours le regard azur de Richard sur moi.

- On se voit au petit déjeuner, lançai-je tout en quittant rapidement sa chambre.

Avant de me rendre dans la salle à manger, je fis un détour par le hall. J'attrapai deux capes : la mienne et une à Richard. Je choisis les plus pratiques et les plus discrètes, optant pour celles avec une large capuche, de couleur bleu nuit. Je passai la mienne par dessus ma robe de sorcière et me dirigeai dans la salle à manger.
Le maître des lieux était déjà attablé. Son visage était caché par l'exemplaire de la Gazette du Sorcier qu'il était en train de lire, tout en sirotant son thé. A ses côtés, divers parchemins étaient étalés. Le courrier du matin. Je reconnus le sceau de Sainte Mangouste sur l'un d'entre eux ainsi que de fins billets rouges. Je fis un pas pour observer un peu mieux, avant de sourire. Théo allait être content : Richard avait reçu nos places pour la finale de la coupe du Monde de Quidditch. Des places de choix, si j'en jugeai ce que j'arrivais à déchiffrer à l'envers. Certes, ce n'était pas la tribune officielle, mais c'était ce qu'il y avait de mieux après. Sainte Mangouste n'oubliait pas ses Guérisseurs en chef et ses anciens chefs de services ...

Théo, lui justement, avait disparu. Il ne restait à sa place que les miettes de ses toasts sur la nappe blanche, son bol presque vide contenait une larme de thé.

En m'entendant arriver, Richard replia son journal. Je lui tendis sa cape avant de me saisir d'un toast que j'enfournai rapidement dans ma bouche.

- En route ! Lui ordonnai-je.

Il me regarda avec des yeux aussi ronds que les coupelles des tasses de thé.

- Pardon ?

Un deuxième toast dans la main, j'attrapai un bol de thé. Je ne pris pas garde à la fumée qui s'échappait du bol et en avalant le breuvage ambrée à tout vitesse, je faillis m'étouffer et me brûler. Je toussai violemment.

- J'ignorai que nous avions un rendez-vous si urgent, continua calmement Richard, que tu ne prennes même pas le temps de t'étouffer assise à ta place …

Une dernière quinte de toux me secoua, tandis que le rouge avait envahi mon visage.

- C'est pas drôle, marmonnai-je d'un ton grognon.

Je restai debout, engloutissant mon deuxième toast.

- Par Salazar, Richard, hâte-toi !

Il ne se départit pas de son calme et continua à boire son thé lentement, me faisant lever les yeux au ciel.

- Puis-je savoir qu'elle est notre destination …

Un silence lui répondit. C'était une excellente question à laquelle je n'avais pas de réponse.

- J'en sais rien …

- Donc si je résume … je dois me dépêcher pour aller Merlin sait où … Hum …

Son flegme de lord anglais m'exaspérait sur le moment. Ma main se porta sur mon avant-bras et frotta l'endroit où ma Marque était brièvement réapparue la nuit dernière. Je vis Richard poser ses yeux à cet endroit avant de soupirer.

- Charlotte … murmura-t-il d'un ton doux.

Il finit par reposer sa tasse dans sa soucoupe et se leva.

- Que cherches-tu à faire ?

Cette fois, ce fut moi qui laissa échapper un soupir.

- Comme si ce n'était pas évident ! Richard ! On va retrouver le Seigneur des Ténèbres !

La Marque était revenue … C'était un signe. Notre Maître était vivant … Quelque part … pas assez fort pour lancer un véritable appel … Mais il était de retour, c'était évident !

- Charlotte … Je n'ai jamais dit que nous allions partir Merlin sait-où … En parler oui …

- Mais que veux-tu dire de plus, Richard ?

Je ne comprenais pas où il voulait en venir. Je poursuivis.

- Tu l'as sentie comme moi, cette nuit. La Marque nous a brûlés ! Le Seigneur des Ténèbres est de retour ! Il faut le retrouver !

- Non !

Sur le coup je crus avoir mal entendu. Mon regard hésitant dévisagea Richard. D'une voix faible, je répétai ce qu'il venait de laisser claquer dans le silence.

- Non ?

- Non !

La violence de son ton, sans appel, me fit reculer d'un pas.

- Mais … Protestai-je.

- Charlotte, écoute ! J'ai bien réfléchi !

Je l'interrompis.

- Il n'y a pas réfléchir ! Le Maître nous appelle, nous devons le retrouver !

Richard secoua la tête et s'approcha de moi. Il me faisait face de toute sa hauteur. Je levai la tête pour tenter de déchiffrer son regard. J'y lus une farouche détermination … et … de la colère ? Je n'en étais pas certaine.

- Allons Charlotte, ouvre les yeux ! Tu as senti quoi cette nuit ? Presque rien … une infime douleur … Cela pouvait être tout ou n'importe quoi …

- Non, tu l'as sentie aussi ! Cela ne peut être une coïncidence ! Et ma Marque ?! Je l'ai vue !

- J'ai cru sentir quelque chose, mais ce n'était rien … Une crampe … peut-être … Quant à ta Marque … Tu as cru la voir … Il n'y avait rien quand tu es venue me retrouver, je n'ai rien vu sur mon bras !

Je secouai la tête, ne comprenant pas pourquoi Richard ne voulait pas ouvrir les yeux.

- Justement ! Le Maître a besoin de nous ! Il ne peut pas nous contacter … plus … fortement … Il doit être affaibli … il faut le retrouver !

- Charlotte !

Richard avait crié mon prénom …

- Ouvre les yeux ! Ce n'était rien !

Il me parlait toujours sur ce ton sévère et dur.

- Arrête de dire que ce n'était rien ! C'est faux !

Moi aussi j'avais haussé le ton.

- Il s'est passé quelque chose cette nuit ! J'en suis sûre !

Il posa ses mains sur mes épaules.

- Tu prends tes espoirs pour la réalité ! Tout ceci est derrière nous ! C'est … fini !

- Non !

D'un geste brusque je repoussai ses mains.

- Comment peux-tu dire cela ! Rien n'est fini ! Tu m'entends ? RIEN N'EST FINI ! Et ça recommence !

Je releva la manche de ma robe et posa mon index à l'endroit où était revenue ma Marque.

- Je l'ai vue hier soir ! JE SAIS CE QUE J'AI VU, Richard ! Je l'ai espérée tant de fois, mais cette fois, c'était VRAI !

- Il ne s'est rien passé pendant près de treize ans … pourquoi voudrais-tu que cela change ?

J'eus envie de lui hurler parce que je le voulais, parce que j'en avais besoin, mais je me tus. Je ne comprenais plus Richard. Pourquoi agissait-il comme cela ? Je croyais avoir en face de moi Lucius, qui avait si bien retourné sa veste à la chute du Seigneur des Ténèbres.

- Parce que … parce que …

Il eut un petit rire, presque dédaigneux. Je reculai d'un pas, blessée par son attitude.

- Mais … mais … enfin … Richard … Tu n'as pas … envie de … voir le retour du Maître ?

Il ne me répondit pas immédiatement. Et de le voir hésiter, de le voir rester silencieux me fit peur. Je reculai de nouveau d'un pas. Un froid immense me saisit et je sentis comme quelque chose se briser en moi. J'eus envie de fuir, de quitter le manoir en courant. Je reculai encore d'un pas, le sorcier lui s'avança vers moi pour réduire la distance.

Il me dévisagea avec le plus grand sérieux. Il essaya de me sourire mais n'y parvint. Et il faudrait bien plus qu'un sourire pour me rassurer.

- Non …

Son déni claqua dans le silence et je poussai un petit cri. Je ne m'étais jamais sentie aussi trahie que maintenant. Même toutes les histoires avec Severus ne m'avaient pas fait autant de mal … Il était question de Richard … Mon Richard... Le sorcier avec qui j'avais grandi, le sorcier qui était entré dans ma vie et qui n'en était jamais ressorti malgré tout ce qui s'était passé. Il avait toujours été là. Et un seul mot venait de tout briser. Ce fut comme si un gouffre insondable s'était ouvert entre nous deux. Je sentis ses mains se reposer sur mes épaules mais tout ceci me paraissait si loin … Je secouai la tête.

- Richard, lançai-je incrédule. Tu … tu … ne peux pas dire cela …

Je sentis une larme couler, mais elle n'eut pas le temps de descendre le long de ma joue, le pouce du sorcier venait de la faire disparaître. Il avait l'air sincèrement désolé et navré …

- Et toutes ces années, tout ce pour quoi nous nous sommes battus … Tu ne peux pas balayer tout cela avec ce non !

- Justement … regarde le résultat ! Ouvre les yeux … Caly …

Je sursautai violemment.

Treize ans … Treize ans qu'il ne m'avait plus appelée par mon vrai prénom …

- Toi plus qu'une autre, tu devrais comprendre … Tout ce que tu as … perdu …

Je fermai les yeux. Je ne voulais plus le regarder, plus l'entendre. Chaque mot qu'il prononçait était semblable à un doloris qu'il me lançait droit dans le cœur.

- JUSTEMENT ! Hurlai-je de colère, de peur et de désespoir. JE NE VEUX PAS QUE CELA AIT ETE EN VAIN !

- Caly …

La paume de sa main épousa la forme de ma joue avec douceur.

- Et moi, je ne veux pas que Théodore ait à endurer cela ! Trancha-t-il sèchement. Je pensais que tu pourrais comprendre … toi …

Je secouai la tête. Ce n'était plus mon Richard que j'avais devant moi.

- Non … non … non ! pleurai-je en balbutiant. Tu … tu ne peux pas dire cela ! Richard …

La caresse qu'il déposa sur ma joue me fit pleurer de plus belle.

- Théo a de nouveau un semblant de famille, je ne veux plus qu'il lui arrive quelque chose … Je ne veux pas qu'il nous perde … pour … des rêves utopiques … qui … qui …

Il baissa la tête, n'en rajoutant pas plus.

Je ne bougeai plus. Les seuls mouvements étaient à présent les larmes qui coulaient sur mes joues. Je me sentais détruite de l'intérieur. J'étais gelée. Je me rendis compte que je venais de perdre la dernière personne qui comptait pour moi …

Comprit-il ce que je ressentais ? Il finit par relever la tête.

- Je … je ne veux pas te perdre …

Et soudain, sans crier garde, il fit la dernière chose à laquelle je me serai attendue. Il m'enlaça avec force et ses lèvres se posèrent sur les miennes. J'étais comme stupéfixée et je ne réagis pas. Je le laissai m'embrasser sans rien faire, ni l'encourager, ni le repousser.

Il finit par se reculer légèrement. Je sentais encore son souffle se mêler au mien. Je me défis de son étreinte, doucement, tout en secouant la tête.

- Richard … je … je …

Les mots refusaient de sortir. De toute façon, je ne savais pas quoi dire. J'étais trop perdue pour penser quoique ce soit.

Alors, je fis la seule chose que je savais faire. Je tournai les talons et partis en courant.