Bonjour,

Me revoilà avec un nouveau chapitre, tout beau, tout neuf et tout sombre ! Une ballade insolite dans un bout de Londres sorcier …

En espérant que cela vous plaise !

Un grand merci à ceux qui me suivent et me laissent une petite review, ça fait chaud au coeur !

Bonne lecture !

Chapitre 20 : Dans les bras froids des tombes

- Père n'est pas là ?

Je sursautai, n'ayant pas entendu Théo ouvrir la porte. Le jeune garçon avait passé sa tête dans l'entrebâillement. Je levai les yeux de mon parchemin et reposai ma plume sur le bord de l'encrier.

Théo ouvrit en grand la porte et entra. Son regard sombre se perdit un instant derrière moi, par la fenêtre. Il pleuvait pour ce dernier jour d'Août la météo était en accord avec la fin des vacances. Demain Théodore rejoindrait Poudlard …

- Il est parti voir Lucius. Pourquoi ?

Ma réponse parut le satisfaire et je n'aimais pas ça. J'espérais que le jeune homme n'allait pas orienter de nouveau la conversation sur les Impardonnables. Je n'avais pas changé d'avis depuis la dernière fois … Théodore était trop jeune et pas encore prêt …

Je l'observai, il était mal à l'aise et dansait sur ses pieds. J'étais persuadé qu'il allait me parler des trois sortilèges. Pourtant ce ne fut pas le cas et sa requête me surprit tout autant.

- Je … J'aimerai …

Il s'interrompit avant de respirer un bon coup et de se lancer.

- allersurlatombedemamère.

Sa demande me prit de court et je restai un instant sans rien dire. La bouche entre-ouverte, je le fixai. D'aussi loin que je m'en souvienne Richard ne l'y avait jamais emmené et il ne l'avait jamais réclamé.

- Euh … si tu veux … répondis-je simplement.

Théo croisa les bras et attendit que je me décide à me lever. D'un coup de baguette, je rangeai plume et parchemins.

- Allons-y avant que ton père ne revienne.

Je ne savais pas comment Richard prendrait la chose s'il venait à l'apprendre. Le sujet Apollonia était toujours tabou à la maison.

- Couvre-toi bien. Il serait dommage que tu attrapes froid pour la rentrée.

Théo acquiesça en silence et partit chercher une cape. Nous nous retrouvâmes dans le hall d'entrée. Capuches sur nos têtes, nous sortîmes de la propriété. Je lui tendis le bras pour un transplanage d'escorte.

- Prêt ?

Il hocha de la tête.

Il faisait aussi mauvais à Londres. La pluie tombait drue. Au moins nous serions seuls … Je ne voyais pas de sorciers braver le mauvais temps pour venir ici.

Le cimetière sorcier était situé dans l'Est de Londres, non loin de la Tamise dont les effluves boueuses parvenaient jusqu'à nos narines. Je ne savais pas à quoi ressemblait l'endroit pour les moldus, sans doute à un terrain vague ou en chantier. A vrai dire, peu m'importait. Tout à coup, je ne sentis plus la pluie tomber sur mon visage. Théo venait d'ouvrir un parapluie. Je n'avais même pas vu qu'il en avait apporté un. Un sourire timide le remercia.

- Allons- y !

L'accès n'était pas très loin. Il nous fallut longer les grilles dorées pendant à peine une minute. L'entrée était à l'image du lieu : étrange et morbide. Les barreaux de la porte étaient en os de dragon. Ils luisaient doucement sous la pluie battante. Théodore s'arrêta un instant pour observer les lieux.

- Tu n'es jamais venu …

C'était plus une constatation qu'une question. Le lieu avait de quoi étonner il résumait bien le monde magique. Même dans la mort, les sorciers voulaient se démarquer. Si la majorité des tombes étaient passe-partout, certaines se démarquaient totalement et attiraient inévitablement l'oeil. Et c'était ces sépultures extravagantes que le regard retenait.

Des statues dorées s'élevaient par endroits, représentant à leur avantage sorciers et sorcières enterrés là. A d'autres endroits, c'était de véritables petits palais avec tours, flèches et girouettes. Dans certains coins du cimetière, on entendait de la musique ou des louanges à la gloire des défunts qui s'échappait des statues.

- C'est … commença Théo avant de s'interrompre sans continuer.

Les mots lui manquaient. Je lui souris doucement.

- Je sais … Allez ! Viens ! L'encourageai-je.

Nous fîmes quelques pas dans le lieu.

- Tous les sorciers sont-ils enterrés ici ? Finit par demander le jeune Serpentard.

- Non, certains sont inhumés parmi les moldus dans les cimetières des villes et villages où ils vivaient. Mais la plupart des grandes familles ont leur caveau ici … Tu penses bien qu'il est hors de question de reposer avec des Impurs …

Le jeune sorcier approuva en silence. Nos pas crissaient sur le gravier. Je n'étais pas venue ici très souvent, mais je me repérai sans problème. Soudain Théo s'arrêta brusquement.

- Qu'est-ce que c'est ?

Il me montra de la tête une tombe des plus étranges : une simple plaque de marbre était posée au sol tandis qu'au-dessus s'élevaient les trois anneaux d'or des buts de Quidditch. Des cognards, souaffles et vifs d'or miniatures voletaient autour des anneaux.

- Sans doute la tombe d'un joueur de Quidditch. Certains ont la folie des grandeurs ...Tu n'as pas tout vu …

Nous continuâmes notre progression. Par moments, des statues nous interpellaient à grands renforts de gestes pour nous inviter à nous recueillir sur la tombe de leur défunt propriétaire.

- Ici Repose Leonor Whitecap ! Sorcière Bien Aimée, Regrettée Mère De Quinze Enfants, Aimante Grand-Mère De Trente Quatre Petits Enfants !

- Ce n'est plus très loin …

Sur notre droite un balai en argent flottait au-dessus d'un monument funéraire. On pouvait lire sur la stèle une épitaphe étrange : « Ci-gît Malcolm Andy Fergus O'Donnell, jeté à bas de son balai et décédé des suites de ses blessures. La Ligue des Anti-Balais et Militants pour les Tapis Volants a financé cette stèle en son souvenir ! »

J'entraînai maintenant Théo dans une allée perpendiculaire à celle que nous venions d'emprunter. Un rugissement le fit stopper. Deux dragons de pierre se redressèrent à notre approche et crachèrent quelques étincelles rouges en direction du ciel.

- Comme tu le constates, certains se font remarquer même dans la mort, dis-je en désignant la tombe aux dragons appartenant à un certain Maverick Cromwallder.

Quelques pas plus loin, ce fut moi qui m'arrêtait devant un caveau tout simple. Une sorte de maisonnette en marbre au toit pointu. Une porte en bronze avec les armoiries – une tête de kelpy au-dessus d'une baguette – en barrait l'accès. Il n'y avait aucun nom, mais il suffisait de voir les armoiries pour savoir que nous étions arrivés à destination.

- Veux-tu que je te laisse seul, Théo ? Lui demandai-je doucement.

Il me fit non de la tête. Je sortis ma baguette et marmonnai quelques paroles inintelligibles. Il y eut un déclic puis un grincement sourd et la porte s'ouvrit.

Théo fut le premier à s'engager et à descendre les quinze marches de marbre. Il faisait sombre tout en bas.

- Lumos, murmurai-je la gorge sèche.

Je me sentis soudain oppressée par ces murs aussi noirs que l'obsidienne. Ici, il n'y avait aucune trace de poussière, pas une toile d'araignée. L'endroit était désert, exempt de toute vie, même la plus minuscule d'un insecte. La magie empêchait au temps de laisser sa trace.

La plupart des ancêtres de Théo étaient enterrés ici. Les noms étaient gravés dans les stèles disposées en ligne sur les murs. Il nous fallait nous enfoncer assez profondément dans le caveau pour atteindre l'endroit où reposait la mère du jeune homme.

Le Serpentard venait de s'arrêter. Les lettres dorées formant le nom de sa mère luisaient doucement à la lueur de mon Lumos. Je me tenais en retrait, trois pas derrière le sorcier. Il resta là un long moment, immobile et silencieux, regardant droit devant lui les yeux sans doute fixés sur le nom de sa mère.

- Je … je ne m'en souviens plus … avoua-t-il soudain.

Sa voix qui avait résonné dans le morbide silence m'avait fait sursauter. Je réduisis l'écart qui nous séparait et posai ma main sur son épaule.

- C'est normal … Tu étais si petit …

Il acquiesça dans un mouvement de tête à peine perceptible.

- Comment était-elle ? Père n'en parle jamais …

Je soupirai doucement.

- Ton père a été dévasté à sa mort ... Il s'est senti tellement impuissant à faire quoique ce soit pour la soigner … Ca l'a rongé à petit feu … Bien que leur mariage ait été arrangé, tes parents étaient très amoureux l'un de l'autre …

Je m'interrompis quelques secondes avant de poursuivre.

- C'était une sorcière très belle et très douce. Tu as son caractère, ajoutai-je avec douceur, un petit sourire songeur sur les lèvres. Calme, posé et réfléchi … Le nez dans les livres comme elle … Je me souviens qu'elle adorait feuilleter ses grimoires dehors dans le parc, en particulier au printemps quand le cerisier du Japon était en fleurs. Elle s'asseyait là, contre le tronc et y passait ses après-midi. On la retrouvait parfois recouverte de pétales roses et blancs.

Je me tus soudain, ne sachant pas si Théo voulait que je continue. Comme il n'insista pas, je restai bouche close quelques minutes.

Je finis par lancer une incantation et trois roses apparurent : une blanche que je donnai à Théo et deux rouges. Il la porta à son nez pour humer son délicat parfum avant de la déposer pour sa mère. Il observa avec étonnement les deux fleurs que je tenais toujours. Il me lance du regard une question muette. Je ne lui répondis pas immédiatement, mais fis quelques pas de côté pour déposer à mon tour mes fleurs auprès de deux stèles. Théo me suivit et ses lèvres formèrent dans un souffle les noms gravés en lettres dorées.

- Catherine et Thémistocle Nott …

- Tes grands parents, complétai-je.

Un fin sourire triste se dessina sur mon visage.

- Ce sont eux qui se sont occupés de moi à la mort de mon père …

Je ne pouvais m'empêcher de constater qu'il y avait toujours non loin de moi un ou plusieurs Nott pour veiller sur moi dans les moments difficiles.

Mon regard se posa alors sur un autre nom, juste à côté …

Teignous Nott

Je ne pus réprimer un frisson.

Ce sorcier-là, le frère de Thémistocle, me faisait froid dans le dos. Je me souvenais parfaitement de lui : ses petits yeux noirs cachés derrière de fines lunettes rondes à la monture dorée, son crâne chauve qui luisait toujours bizarrement d'après moi à la lueur des bougies. Il était alors déjà assez âgé. Mon père et lui se détestaient cordialement pour une raison qui m'était inconnue, sans doute pour rester dans l'axe de conduite de mon grand-père qui avait eu maille à partir avec Teignous... Une stupide querelle … A l'époque, Teignous, bien qu'il s'en cacha avait rédigé un Registre des Sang-purs qui recensait les Vingt Huit familles de sang-pur de Grande Bretagne. Au grand dam de mon grand-père, les Kered-Ann n'y figuraient pas, malgré la pureté sans équivoque de notre sang. Teignous avait argué que notre famille étant d'origine irlandaise elle ne pouvait figurer à cause de cela dans le registre de Grande-Bretagne. Grand-père avait rétorqué que les Malefoy d'origine française étaient pourtant présents dans le registre, Teignous avait contre attaqué en expliquant que les Malefoy, contrairement aux Kered-Ann habitaient la Grande-Bretagne depuis bien plus longtemps que nous … Le Xème siècle contre le XIX ème … Bref une idiote bagarre de date et de lieux ...

Théodore qui sans nulle doute avait remarqué ma petite mimique de dégoût, ne fit aucun commentaire mais donna le signal du départ. Je le suivis sans mot dire. Une fois hors du caveau, que je refermai avec soin, nous constatâmes que la pluie battante avait fini par cesser. Un rayon de soleil parvint même à trouer les nuées grises et encore charger d'eau quelques minutes. Eblouie, je clignai des yeux.

Mue par une inspiration subite, j'entraînai Théodore bien plus loin dans une autre allée. Je ne savais pas trop pourquoi je faisais cela, mais il était peut-être temps pour moi de faire aussi quelques visites …

Nous longeâmes bien des sépultures étranges et tape à l'oeil mais ce fut un bateau tout en teck qui attira l'attention du jeune sorcier.

- Par Salazar ! S'écria-t-il. Y en a qui veulent vraiment impressionner les autres … C'est quoi ce délire ?

Il ne vit pas la grimace se dessiner sur mon visage mais entendit mon toussotement. Il me dévisagea avant de se rendre compte que mes pas justement nous dirigeaient vers le vaisseau tombal.

- Le délire d'Archibald Kered-Ann …

Je le vis froncer des sourcils et blêmir légèrement.

- Kered-Ann ? Comme …

Je lui souris doucement.

- - Oui … Comme moi …

- Euh … tenta-t-il de s'excuser.

Je ne lui répondis pas immédiatement, trop occupée à essayer de retrouver où se situait le mécanisme débloquant l'entrée de la sépulture. Mes doigts tâtonnait le bois sculpté de la figure de proue qui ornait le faux bateau. Habituellement ces décorations navales représentaient des humains, mais là non : la tête était celle d'un corbeau. Le reste du corps de l'oiseau était à moitié caché par une sorte de cape sorcière.

Je finis par sentir sur la patte gauche du corvidé une petite aspérité. J'appuyai dessus et un déclic se fit entendre. Une porte dérobée dans la coque s'ouvrit.

Je me dirigeai vers l'entrée du caveau familial. Du coin de l'oeil, je vis que, tout en admirant le travail architectural de la sépulture, Théo hésitait à venir.

- Tu peux me suivre si tu le souhaites, l'invitai-je.

Il marcha sur mes talons en silence. Dès que j'eus mis les pieds à l'intérieur, des flambeaux s'allumèrent en grésillant. Je rangeai ma baguette. Je n'en avais pas besoin pour le moment.

L'intérieur ressemblait à un véritable bateau, les tombes étaient disposées dans ce qui aurait dû être la cale du navire.

J'avais soudain la gorge très sèche, et dans mes tempes, le sang pulsait à tout rompre. Alors que je progressai avec lenteur, je me sentis tout à coup toute petite au milieu de mes ancêtres.

Derrière moi, j'entendais Théo qui respirait un peu plus vite. Je me retournai et lui souris furtivement. Il paraissait stupéfait par le lieu, l'observant avec curiosité.

- Voilà tout ce qui reste dans la grandeur des Kered-Ann, lui marmonnai-je. Un monument un peu trop grandiose pour un nom qui tombe peu à peu dans l'oubli …

J'eus un petit rire désabusé.

- C'est Archibald Kered-Ann qui fit ériger cette tombe, expliquai-je à Théo comme j'aurai pu le faire si nous avions visité un musée. Je crois que ça date du XIXème siècle, quand ma famille a quitté l'Irlande pour venir s'installer en Angleterre.

- Pourquoi un bateau ? Demanda alors Théo.

- Nous avons bâti toute notre fortune sur la mer … Depuis le Moyen-Age, nous avions la main mise sur les échanges maritimes, d'abord entre l'Angleterre et le continent, puis vers les Indes et l'Amérique. D'abord dans le commerce magique … Puis les Kered-Ann se sont rendus compte qu'ils pouvaient gagner plus … Alors nous avons fait dans la piraterie et la contrebande … Au final il était beaucoup plus facile de gagner des gallions en passant illégalement du sang de Re'em que de vendre de la soie d'acromentule japonaise.

Je vis le regard de Théo s'écarquiller de surprise et un éclair brilla dans ses yeux.

- Des pirates ? Par Salazar !

Je ris doucement.

- D'ailleurs j'ai plein de souvenirs de ce temps-là, continuai-je. Au manoir de mon père … C'était une tradition, que Père a rompu puisque lui n'a pas navigué mais a préféré une carrière au Ministère,que de remplir notre cabinet de curiosité avec les trouvailles ou les prises en mer !

La curiosité se lut sur le visage du jeune Vert et Argent.

- Si tu veux, je te montrerai tout cela …

- Vraiment ? Hésita-t-il.

Il savait très bien que j'évitais de trop parler de moi ou de me retrouver dans d'anciens lieux familiers.

- Oui, il est peut-être temps que je dépoussière un peu l'héritage de mes ancêtres.

Surtout si je mettais mes paroles à exécution … Retourner vivre chez moi, dans le manoir de Père … Le temps que la folie de Richard se calme et qu'il revienne à la raison … Mais ça, Théo dans la mesure du possible ne devait en savoir rien !

Tout en parlant, j'avais continué à avancer. Je m'arrêtai un court instant devant la derrière demeure de Titus, mon aïeul de qui je tenais ma baguette. Je fis un arrêt beaucoup plus long devant la plaque gravée au nom de mon père.

Je n'étais jamais revenue ici depuis sa mort et immobile devant ce bout de marbre gravé me fit me sentir toute bizarre. Je me demandai ce qu'il aurait pensé de moi …

Je fis soudain demi-tour. Je ne voulais pas m'attarder.

Théo m'interpella alors.

- Tu … tu … ne laisses pas de fleurs ? Comme pour mes grands-parents …

Rien ne lui échappait. La gorge nouée, je fis non de la tête, le temps d'inspirer profondément et de chasser une larme qui menaçait.

- Cela ne servirait à rien Théo … Il n'y a rien ici … Rien du tout, Théodore … Juste une plaque avec un nom …

Je respirai une nouvelle fois avant de poursuivre d'une petite voix cassée.

- Quand mon père est mort à … Azkaban … Je … je n'ai … pas eu le droit de … le … récupérer … On m'a juste laissé le voir ...Histoire, je pense … de l'identifier formellement et c'est tout … Je … je … je ne sais pas … ce qu'ils … ont fait de son corps …

Je ne dis plus rien … Que pouvais-je ajouter d'autre ? Les poings serrés,je maudissais en silence le Ministère et cette saleté de prison qui m'avait tout pris.

Je finis par laisser échapper un rire étranglé.

- Je ne sais même pas pourquoi je suis venue ici … conclus-je.

Je rebroussais chemin, les yeux baissés sur mes bottes. Mais une exclamation de Théo me tira de mes sombres pensées.

- Tante Charlotte ?

Je relevai la tête.

- C'est … c'est normal cela ?

De sa main droite, il me désignait un coffre immense, mal fermé. Par le couvercle entre-ouvert on apercevait des gallions qui brillaient.

Je me mis à rire, un rire franc et presque joyeux.

- Un autre délire d'Archibald Kered-Ann.

Je me rapprochai du coffre et du bout pointu de ma botte je repoussai le couvercle. Il n'y avait pas que des gallions, quelques pierres précieuses étincelantes étaient perdues parmi les pièces en or.

- Mais ? S'exclama Théodore. On ne va pas les voler ?

Je ris de plus belle.

- Vas-y … Sers-toi !

Il me regarda d'un air méfiant.

- Le coffre ne va pas te manger ! N'aie pas peur, vas-y, prends une poignée !

Le sorcier s'exécuta et se saisit d'une pleine poignée de pièces et pierres. Rien ne se passa.

- Fais quelques pas maintenant, lui ordonnai-je.

Le sorcier commença donc à marcher, s'éloignant du coffre comme s'il allait quitter la sépulture. Au bout de trois pas, un cliquetis se fit entendre, puis au quatrième pas de Théo un sifflement résonna , venant de la main du jeune homme.

Je vis qu'il allait s'arrêter.

- Continue !

Il s'exécuta.

Deux pas plus tard, les pièces et les pierres avaient disparu de sa main. Un bruit se fit entendre du côté du coffre : la poignée que tenait Théo quelques secondes auparavant était revenue à sa place, dans le coffre.

- Mais ?

- Apparemment Archibald n'avait qu'une confiance mince dans les banques, aussi entreposa-t-il son argent ici … Il ensorcela le coffre pour que personne ne dérobe ses économies … Il l'ensorcela si bien que personne n'arriva à repartir avec un seul gallion ! Ris-je. Chaque génération tente de briser le sortilège, mais comme tu le vois,cela n'a jamais marché !

Au moins l'allusion à Archibald et à ses fantaisies avait rendu l'atmosphère beaucoup plus légère. Mais cela ne dura pas.

Alors que nous quittions le tombeau, la question de Théo vint tout ébranler.

- Tante Charlotte ?

- Oui ?

- Dis-moi … Il n'y avait pas de tombe pour … ta … mère ?

Je fusillai Théo d'un regard noir.

- J'ai pas de mère, grondai-je d'un ton bien plus froid que je ne l'avais voulu.

J'accélérai le pas et mes talons claquèrent dans le silence soudain bien lourd. Au moins mon ton sec dispensa Théodore de poursuivre dans cette conversation-là.

Une fois dehors, j'inspirai de grandes bouffées d'air frais, comme si je remontais d'une longue plongée en apnée. Quelques gouttes de pluie tombaient de nouveau et le vent glacé pour ce dernier jour d'Août soufflait avec force.

- Rentrons !

Le Serpentard opina du chef et me suivit. Pour ressortir je pris une autre allée que nous n'avions pas empruntée à l'aller. Ce ne fut que lorsque je me trouva nez à nez avec la réplique d'un temple grec que je compris où mes pas m'avaient machinalement menée. De chaque côté des colonnes pendaient comme de morbides guirlandes, des têtes d'elfes de maison qui avaient servi la famille. Voyant le regard étonné de Théo, je pris la parole.

- C'est mieux de les mettre ici qu'en décoration dans une maison …

Ce faisant, je pensais à la maison des Black - la branche pourrie qui avait porté ce véracrasse de Sirius - où les têtes d'elfes décapités trônaient dans la demeure comme décoration.

Je lançai ensuite un regard dur à Théo.

- Attends-moi ici ! Lui intimai-je.

Il ne bougea pas. Tout mon être me soufflait d'imiter Théo et de ne pas entrer, mais c'était plus fort que moi … Il fallait que j'y aille. Enfin si on me permettrait d'entrer … Les protections magiques ne s'effaceraient peut-être pas pour moi …

Je fis un pas puis encore un. Rien ne se passa. Je pus entrer sans problème. Il faisait noir à l'intérieur du caveau. D'une voix tremblante, je murmurai un Lumos.

La lumière qui émanait de la pointe de ma baguette avait des soubresauts, je me rendis alors compte que ma main qui la serrait avec force tremblait. Le sol était recouvert de marbre noir qui reflétait mon image comme si je marchais sur un miroir. Je ne savais pas trop ce que je trouverai tout là-bas, mais j'y allais tout de même.

Un bruit étrange me fit sursauter … je me retournai mais j'étais seule … C'est alors que je me rendis compte que ce que j'entendais était les battements affolés de mon coeur.

J'étais parvenu tout au fond du mausolée. Ma main tremblait encore plus lorsque se découpèrent quelques noms au goût amer trop familier.

Calypso K. Lestrange

Et juste à côté,

Julius Lestrange.