Que dire … Que dire … que dire ...Une trop longue absence, une grosse page blanche et un gros manque de temps … Je suis désolée … mais j'espère que ce nouveau chapitre vous plaira tout de même ...

Chapitre 23 : De larmes et de rage ...

J'avais prévu de rentrer en Angleterre pour Noël, mais je m'étais trompée dans mes prévisions. Le chemin du retour me prit plus de temps que prévu et je posai le sol sur la terre de mes ancêtres une fois la nouvelle année passée de deux jours.

Il faisait mauvais sur Albion, le vent glacé soufflait du Nord, la neige tombait avec force, mais c'était pire en Ecosse. Lorsque je posai le pied sur l'île qui abritait mon cottage, une bourrasque de vent me fit chanceler. L'air était glacial, il tombait un mélange de neige et de cristaux de glace qui me coupaient le visage. Aussi vite que je pus, je descendis la pente pour gagner ma maison. L'herbe gelée était recouverte d'une couche glissante de neige et plusieurs fois je perdis l'équilibre et me retrouvait au sol dans la couche immaculée. En me relevant une énième fois, je regardai derrière moi, le vent et la neige avait déjà presque recouvert les traces que j'avais laissées. Pour une fois, je n'aurai pas besoin d'effacer mes pas : les éléments déchaînés s'en chargeaient à ma place.

Les quelques minutes que je pris pour descendre avaient suffi à me tremper et me geler. Grelottant, je finis avec soulagement de pousser la porte du cottage et j'entrai chez moi. La porte claqua derrière moi et je me retrouvai à l'abri. Le vent mugissait avec force contre la maison, la faisant presque par moments trembler. A l'étage, un volet claquait emporté en mesure par le souffle glacial. D'un pas lent, je me dirigeai vers le salon et un sort plus tard, une bonne flambée dévorait l'âtre. D'un geste las, j'ôtai mes vêtements mouillés et souillés et laissai au sol. Pipo s'en occuperait plus tard. En jetant un coup d'oeil dans le salon, je vis que mon elfe était passé par là. Toute la poussière qui recouvrait meubles et bibelots avait disparu. Le reste du rez-de-chaussée avait lui aussi été nettoyé de fond en comble. Je n'avais pas besoin de monter immédiatement à l'étage pour savoir que la petite créature s'en était aussi chargé. Je l'avais prévenu que désormais nous allions revenir ici. Pendant mon absence, il s'était occupé de rendre le lieu de nouveau accueillant.

Sur le bureau, une pile de parchemin m'attendait : tout le courrier de ces derniers mois : que des hiboux ou presque de Richard. J'en ouvris quelques uns : c'était la même chose : le sorcier s'inquiétait de ne pas avoir de nouvelles. En soupirant, je déchirai un morceau de parchemin et d'un geste énervé je griffonnai une seule et unique phrase :

« Je suis rentrée. »

- Pipo ?

Il y eut un lointain ploc dans la maison et quelques minutes après, mon elfe apparut. Il s'inclina si bas que le bout pointu de son nez toucha terre.

- Vous êtes enfin rentrée !

- Peux-tu faire parvenir cette lettre à Richard ? Lui ordonnai-je en tendant le parchemin.

Il le prit en s'inclinant de nouveau.

- Je suis fatiguée, je dois me reposer, qu'on ne me dérange sous aucun prétexte.

La seule personne qui risquait de me déranger était Richard, c'était le seul avec Théo et Pipo à connaître ce lieu. Théo étant à Poudlard, il n'allait pas débarquer ici.

Pour le moment, je n'avais pas envie de revoir le Mangemort même si je savais que d'ici quelques jours, il me faudrait le voir ainsi que Lucius. ¨Pour le moment, j'étais réellement épuisée et je ne souhaitais qu'une seule chose : dormir.

Sans attendre de réponse de mon elfe, je quittai le bureau. Ma lassitude était telle qu'elle avait pris le pas sur l'appréhension de retrouver les murs ô combien douloureusement familiers de ma chambre. Les rideaux étaient tirés, la pièce plongées dans la pénombre. Ici on entendait encore plus le mugissement du vent et le fracas des vagues en contrebas. Malgré la semi-obscurité, je remarquai que Pipo avait fait disparaître les traces de Rabastan qui auraient encore été visible dans la pièce et je lui en étais gré.

Sans un regard pour le décor,je m'effondrai sur mon lit.

Trois jours.

Je restais enfermée dans ma chambre à dormir pendant trois jours.

Le quatrième jour, je me décidai enfin à sortir de mon antre. Je m'étais assez reposée, il était temps pour moi de repasser de nouveau à l'action.

D'un geste brusque, j'ouvris en grand grand les rideaux qui masquaient la fenêtre. Un flot blanchâtre de lumière m'inonda. Je clignai un instant les yeux, éblouie. La neige avait cessé de tomber, son manteau avait recouvert d'une épaisse couche blanche le paysage. En bas, les vagues bordées d'écume venaient mourir sur la plage enneigée. Le vent soufflait toujours et par moment, il emportait une masse blanche de flocons en petits tourbillons.

La porte s'ouvrit. Pendant une seconde, mon coeur fit un bond, pensant que celui qui allait entrer là était Rabastan, mais ce n'était que Pipo qui apportait le thé. L'elfe s'inclina et alla déposer son plateau d'argent sur la commode. Il prit la tasse et sa soucoupe dans une main et la théière dans l'autre. La porcelaine tinta lorsqu'il me servit le thé. Il reprit le plateau et le garda sous le bras, attendant sans doute de nouvelles instructions. Comme je restai silencieuse, il prit la parole.

- Monsieur Nott est venu, commença-t-il. Trois fois … Mais Pipo ne l'a pas laissé entrer.

Je souris pour remercier mon elfe d'avoir su garder ma solitude.

- Je dois encore repartir, Pipo. Mais s'il revient, dis-lui que je passerai sous peu le voir.

Pipo inclina la tête.

- Je … je … je vais à Tresco, lâchai-je laconiquement.

Je vis du coup de l'oeil mon elfe sursauter.

- Pipo n'y est pas encore retourné pour ranger !

Tout en parlant, il commença à frapper sa tête contre le plateau d'argent. Levant les yeux au ciel, je le réprimandais.

- Arrête ! Je t'avais demandé de rendre le cottage habitable, pas le manoir !

L'elfe cessa aussitôt son manège, mais je l'entendais se maudire tout bas. Il s'aperçut que je l'observais.

- Pipo doit venir avec vous pour nettoyer et ranger.

Je haussai les épaules.

- Si tu veux.

Après tout, ce n'était peut-être pas plus mal que mon elfe vienne … Je ne serai pas toute seule pour affronter la vacuité et le silence du manoir.

La boue avait envahi la pelouse autrefois impeccablement entretenue. L'eau en ruisselant avait emporté avec elle les graviers blancs du petit sentier qui menait au manoir.

Sa silhouette imposante se dressa soudain devant mes yeux, au sortir du petit bois – le seul endroit de la propriété où l'on pouvait transplaner.

Le lierre et la glycine avaient poussé, recouvrant un peu plus la façade de pierre. Je remarquai que le vent avait emporté une partie d'une des cheminée, quelques ardoises du toit, gisaient au sol. A part cela, le bâtiment n'avait pas trop souffert du temps, ce qui n'était pas le cas du jardin qui désormais tenait plus de la jungle luxuriante que du jardin anglais. Le puits disparaissait sous la vigne vierge, les topiaires ne ressemblaient plus à rien. Les fleurs avaient poussés en désordre et la plupart des rosiers avaient maintenant la taille de petits arbres. Le potager des herbes à potions était méconnaissable. Pipo allait avoir beaucoup de travail pour lui rendre un aspect ordonné et pour dompter toute la végétation qui s'était librement exprimée.

- Me voilà de retour, marmonnai-je aux vieilles pierres.

Tout en avançant vers la porte, je sortis ma baguette. De nombreux sorts protégeaient la demeure pour la protéger de toute intrusion. Cela ma prit quelques minutes, aidée de Pipo. Ce dernier repoussa le dernier sort et la porte s'ouvrit sur l'obscurité du hall.

Mon elfe fit un pas en arrière pour s'effacer, moi je fis un pas en avant et pénétrai enfin chez moi.

D'un claquement doigt, l'elfe fit s'allumer toutes les bougies. Les ténèbres furent repoussées. Les carrés verdâtres de marbre du sol luisaient étrangement.

Rien n'avait bougé. Rien n'avait changé …

Pourtant …

Il me semblait que quelque chose clochait.

Fronçant les sourcils, j'examinai avec soin le hall. Les boiseries en bois presque noir montaient jusqu'au plafond. Devant se dressait le grand escalier, en marbre lui aussi, qui desservait les étages. Les marches étaient recouvertes du même tapis pourpre que celui qui cheminait dans l'entrée. Les statues qui l'encadrait avaient le même air majestueux qu'autrefois.

- Pipo ? Tu n'es pas encore venu, n'est-ce pas ? Demandai-je dans un souffle.

- Pipo n'a pas encore eu le temps … Pipo n'est plus venu ici depuis de longues années …

Sans rien ajouter de plus, je brandis ma baguette. Mon elfe sur mes talons, je progressai en silence. L'atmosphère était oppressante.

- Quelqu'un est venu, marmonnai-je plus pour moi que pour Pipo.

Ce dernier m'approuva de la tête. Rien ne laissait paraître une quelconque venue, mais je sentais – et mon elfe aussi – que la quiétude du lieu avait été troublé il y a peu par un ou plusieurs sorciers. Je ne savais à quoi je devais cette certitude.

La magie empêchait la poussière de se fixer au lieu, il était donc impossible de trouver quelconques traces mais quelque chose dans l'air gardait le souvenir d'une présence …

La question était de savoir qui.

Le nombre de sorciers connaissant le manoir et capable d'en briser les protections était plus que restreint.

- Si des bons à rien du Ministère étaient entrés, nous l'aurions su !

Je réfléchissais à haute voix tout en montant les marches. Je me tournai vers mon elfe.

- Richard ? Lui demandai-je.

- Pipo ne le croit pas. Monsieur Nott ne serait pas venu ici sans votre permission.

Il avait raison. Je passai en revue d'autres noms comme celui de Lucius ou de Greyback. Mais le lycan aurait été moins discret … il aurait laissé un ou plusieurs souvenirs de sa présence.

Un autre nom me brûlait les lèvres, mais je refusai d'y croire ou d'y espérer. Pourtant c'était le seul qui soit, au final, le plus plausible.

J'étais arrivée devant le bureau. Je poussai la porte. Pipo entra à ma suite et se dirigea vers les fenêtres dont il tira les rideaux. Les bougies qui s'étaient allumées à notre entrée s'éteignirent comme soufflées par un vent invisible : il faisait suffisamment clair. Je réprimai un frisson. Je n'aimais pas voir cette pièce dans la lumière du jour. Je gardai toujours les tentures tirées.

Le coeur battant, la gorge sèche, les mains moites glissant sur le bois de ma baguette, je faisais le tour de la pièce. Je ne m'attardais pas sur les photos disposées sur la cheminée ou le bureau, trop de souvenirs … Il était trop tôt encore.

Un sifflement s'échappa de mes lèvres.

Dans l'âtre, les restes d'un feu gisaient : des bûches à moitié consumées et des cendres grises. Je ne faisais jamais au grand jamais de feu ici … Pipo le savait. Et pour rien au monde, il n'aurait allumé de feu ici !

Soudain je fis demi-tour. Il fallait que j'en ai le coeur net ! Il fallait que j'aille voir dans d'autres repaires si quelqu'un était venu …

Ce que j'avais trouvé en Albanie et maintenant ces cendres dans la cheminée. Le mince espoir que je caressai depuis tant d'années devenait un peu plus réel.

- Je … je reviens Pipo ! Criai-je à mon elfe avant de dévaler les escaliers.

La banlieue chic londonnienne était noyée dans le brouillard qui montait de la Tamise. Je ne voyais pas plus loin que le bout de ma baguette. J'arrivai devant de majestueuses grilles. La dorure avait depuis longtemps disparu, signe d'une grandeur passée. Ma respiration s'accéléra tandis que je les franchissai. Dans le froid hivernal, mon souffle formait un petit nuage qui venait se perdre dans la brume.

De temps en temps, parmi les bras nuageux, j'arrivai à distinguer la silhouette massive de la demeure.

Le manoir Lestrange se découpa enfin entièrement dans le brouillard. Ici non plus rien n'avait changé. Chaque pierre, chaque tuile étaient à sa place. Je fus accueillie par les deux statues ailées qui entouraient l'entrée. Comme à chaque fois que je venais ici, j'avais la même impression que leur regard figé minéral suivait le moindre de mes gestes. Ce sentiment était encore plus oppressant aujourd'hui, dans la masse mouvante de la brume qui, parfois, prenait d'étranges formes.

Je ne savais pas à quoi je m'attendais en venant ici, ni ce que j'espérai découvrir. En tout cas pas ce qui me sauta alors aux yeux.

Plus un sort ne protégeait l'accès à la demeure !

Fébrile je poussai la porte qui s'ouvrit sans difficulté. Baguette pointée devant moi,je fis quelques pas à l'intérieur.

- Y a quelqu'un ? Demandai-je bêtemment.

Seul le silence me répondit.

- Lumos, marmonnai-je alors.

La lueur qui sortit de la pointe de ma baguette éclaira l'entrée où je me trouvais.

Et cette fois le doute n'était plus permis : sur les carrés noirs et blancs des traces boueuses apparaissaient. Signe que quelqu'un était venu ici …

Les plus folles pensées agitaient mon esprit. Après tout ce n'était que des pas. Des pas qui pouvaient appartenir à n'importe qui …

Cissy par exemple … Elle aurait très bien pu venir ici, récupérer quelques affaires à Bella … En même temps une petite voix me soufflait que Cissy n'était pas le genre de sorcière à laisser des empreintes boueuses...

Richard, peut-être alors ? Mais pourquoi faire ? Et puis, il me l'aurait dis … Ce à quoi la même petite voix me rétorqua que pour m'en parler, il aurait déjà fallu qu'on se revoit …

Tout en suivant la trace boueuse, j'égrenai quelques noms et pour chacun d'entre eux, je trouvai une excuse pour réfuter cette hypothèse.

Les pas menaient au salon. Doucement, je poussai la porte. La pièce était vide. On avait tiré un fauteuil devant la cheminée qui, elle aussi, gardait le souvenir lointain d'un feu.

Quand avait-on fait cela ? Je ne pouvais le dire. Cela devait remonter à quelques semaines tout de même.

Il fallait que je réfléchisse à tout cela. Cela pouvait être n'importe qui. Je me laissai alors tomber sans douceur dans le fauteuil qui avait été tiré. Mes mains tremblaient violemment. Je respirai un bon coup et fermai les yeux quelques secondes.

Je les rouvris et se faisant, mon regard éteint se posa sur la cheminée. Je fronçais alors des sourcils, quelque chose clochait dans la colonne de droite qui l'encadrait.

Je me levai et observai avec plus d'attention la pierre gravée. C'était comme si le chapiteau de la colonne soutenant le manteau de marbre était de travers. Ma main se posa sur la froide pierre. C'était étrange.

Je laissai mes doigts courir sur les veines brillantes et soudain sans que j'appuie vraiment dessus, la pierre bougea. Une cache se révéla alors. J'agrandis un peu plus l'ouverture et découvris que quelqu'un avait entreposé là un coffret en ébène. Ce dernier était plutôt imposant. J'eus un peu de mal à le faire sortir. En le prenant pour le ramener vers le fauteuil avec moi, je me rendis compte qu'il était très lourd.

Je repris place dans le fauteuil, le mystérieux coffret sur les genoux. Je ne savais pas à qui il appartenant ni ce qu'il contenait. Je savais que j'aurai dû le reposer dans sa cachette, ne pas l'ouvrir mais la curiosité était la plus forte.

Rien n'était gravé sur le bois, aucun signe, aucun dessin, aucune armoirie. Rien qui aurait pu me donner un indice sur le propriétaire de cet objet.

Je l'ouvris. Il n'était pas fermé à clé. L'intérieur du couvercle était recouvert d'un tissu de velours rouge. Une sorte de gros bol en pierre grise était disposé au centre de la boite et au-dessus de petits flacons en cristal étaient alignés. Chaque bouchon était sculpté différemment, représentant des têtes de créatures magiques. Je reconnus un dragon, un hippogriffe, une manticore, un Sombral et un re'em.

Une Pensine de poche …

Chacun flacon était étiqueté et je reconnus sans peine l'écriture de ma belle-mère. J'allais refermer le couvercle du coffret quand un nom retint mon attention.

« Julius »

En voyant les petites fioritures orner le J majuscule, mon coeur ne fit qu'un bond.

Il ne fallait pas ! Je ne devais pas … Mais ce fut plus fort que moi … Mes mains tremblaient violemment tandis que je sortais du coffret la Pensine et le flacon. Il faillit m'échapper des mains et se briser au sol … Cela aurait sans doute été préférable …

Car ce que je découvris ensuite …

Au début je fus incapable de faire un geste, je restai prostrée dans le fauteuil, mes mains enserrant si fort le flacon de cristal que je ne sus comment il fit pour ne pas se briser sous ma poigne colérique. Puis je secouais la tête. Le regard embué de larmes, je reposais ma découverte sur la cheminée. La colère bouillonnait en moi, se mélangeant à la haine. Une fureur indicible coulait dans mes veines, aveuglant mon esprit, gelant mon coeur.

Comment cette sale petite ordure avait-elle pu ? Comment avait-il osé vouloir faire cela ?

Un flot d'envie de sang déferla en moi. Je ne pouvais pas l'atteindre, protégé par les murs de Poudlard … Eh bien, tant pis … Pour l'heure je serai patiente … Ma haine se déverserait sur d'autres.

En un clin d'oeil, ma baguette se retrouva dans ma main. Je tournais le dos à la cheminée et d'un pas hésitant brisé par le chagrin, je quittai la pièce.

Dans le hall, je faillis percuter Pipo. J'entendis à peine ses couinements désolés. Entre ses excuses, je compris que Richard me cherchait.

- Pas maintenant, réussis-je à marmonner à la petite créature.

Le brouillard était toujours aussi épais. Un sourire cruel se dessina sur mes lèvres. Ce serait d'autant plus facile de se fondre dans l'ombre. Mais voulais-je vraiment passer inaperçu. Plus mes pas m'éloignaient du manoir, plus l'idée séduisante d'en finir maintenant venait titiller mon esprit embrouillé par la haine et le chagrin.

Je remontai une rue puis une autre, plus large. La Tamise était là. Même si le fleuve restait caché derrière la nuée grisâtre et humide.

Je ne savais pas ce que j'avais en tête exactement. Je voulais juste oublier ma peine, la noyer dans le sang et peut-être même que cela le ferait sortir de sa retraite, peut-être viendrait-il jusqu'ici et alors … il le paierait …

Une silhouette me frôla, un moldu avec son attaché-case qui se hâtait. Je ne voyais que son dos légèrement voûté, son crâne dégarni. Il ne sentit rien venir, mon éclair vert le frappa entre les omoplates et il s'effondra sur le bitume. J'enjambais son corps sans vie et continua mon chemin.

Je ne croisai pas âme qui vive pendant quelques minutes, il faisait sans doute trop mauvais … Et cela ne fit que renforcer ma fureur et ma frustration. Je voulais voir le sang couler, prendre des vies en échange de tout ce que j'avais perdu … Le bus à impériale passa à ce moment là dans le couloir de circulation qui lui était réservé. Dommage pour lui ..

Un fracas assourdissant, un crissement de pneus inutile, puis la tôle froissée, mille éclats de verre quand les vitres explosèrent et par-dessus tout, les cris, les hurlements … quelques badauds qui accoururent, regardèrent et tombèrent à leur tour. La panique enfla, monta tandis qu'au loin, les premières sirènes résonnèrent. C'était facile, trop facile … Ces pitoyables moldus, insignifiantes créatures … Elles mourraient trop vite, sans comprendre. Leurs yeux s'écarquillaient d'incompréhension avant de devenir vitreux … Cela ne me suffisait pas … L'avada est une mort trop douce. Le doloris … Voilà ce qui pouvait peut-être étancher ma soif … La torture, le sang et les cris … Comme avant.

Mais même cela ne me contentait pas …

Les sirènes étaient vraiment très proches maintenant. Je devrais partir … mais mon corps refusait de m'obéir. Après tout … peut-être était-il temps d'arrêter de fuir, d'arrêter de se cacher …

Les murs d'Azkaban me semblaient si proches, si séduisants … Je fermais les yeux quelques secondes. Cette solution pourrait tout régler. Un long frisson me parcourut. Je n'arrivais plus à savoir si j'avais chaud ou si j'étais gelée. Une larme unique coula le long de mes joues. Tout allait bientôt prendre fin d'une façon ou d'une autre.

La première voiture de police s'arrêta dans un crissement assourdissant. Je rouvris mes yeux. Les gyrophares rendaient la scène presque surréaliste.

Un éclair jaillit de ma baguette, aussitôt le véhicule se retrouva soulevé par l'arrière dans une gerbe enflammée. Il retomba violemment sur le toit et à peine eut-il touché le sol qu'il explosa. Une chaleur suffocante envahit les lieux. Les hurlements redoublèrent d'intensité.

Un plop finit par résonner non loin de moi. Les Aurors n'étaient plus aussi rapides qu'avant …

Il ne me restait plus qu'une seule chose à achever. Je pointais ma baguette vers les cieux aussi sombres que mon âme.

- Mors...

Je sentis alors une paire de bras m'empoigner.

- Par Salazar ! As-tu perdu la tête ?

Je n'eus pas le temps de protester. Je voulus me débattre, mais un stupéfix m'en empêcha. Puis aussitôt le spectacle de désolation disparut de mon champ de vision. Je retrouvai alors le paysage familier du parc du manoir.

Toujours prisonnière du sort d'entrave, je tombai lourdement au sol, dans la boue et les graviers. Ma baguette était toujours entre mes doigts paralysés …

Richard se pencha vers moi, la récupèra avec difficulté puis désarmée, il daigna enfin lever son sort.

Tremblante sous la morsure du froid et de la boue, je restai un instant immobile. J'étais gelée pourtant des gouttes du sueur glissaient dans mon dos. Mon corps refusait de m'obéir. Je n'arrivais pas à me redresser. Sans ménagement, Richard m'attrapa par l'épaule et me remit sur pied. Sans me lâcher, il me traîna jusqu'à l'intérieur. La porte du salon claqua brutalement et il me poussa sans aucune douceur à l'intérieur. Du coin de l'oeil, j'aperçus Pipo sanglotant dans un coin, tirant sur ses longues oreilles et marmonnant des excuses.

- Espèce de sale petit traître, lui crachai-je avec hargne à la figure.

Il gémit de plus belle avant de se faire renvoyer par Richard.

Le sorcier vint se planter devant moi. Son regard exprimait une fureur que je n'avais encore jamais vue, même dans les pires moments.

Sans crier garde, il me gifla sèchement. Un goût de sang envahit aussitôt ma bouche, sous le choc je m'étais mordue la langue. Malgré la brûlure sur ma joue, j'étais transie de froid. Et le feu qui flambait dans la cheminée toute proche ne parvenait pas à me réchauffer.

- A quoi joues-tu ? M'hurla-t-il.

Je ne lui répondis rien.

Ses mains se posèrent sur mes épaules et il me secoua brutalement.

- Qu'est-ce qui t'est passé par la tête ?

Je fermais les yeux, je ne voulais plus voir son visage qui se surperposait au Richard plus jeune que j'avais vu dans la Pensine.

Il finit par me lâcher. Mes jambes ne me soutenaient plus, je m'effondrais sur l'épais tapis persan qui recouvrait le marbre du salon.

Un long tremblement me parcourut des pieds à la tête. Je finis par rouvrir les yeux. Je levai la tête et observai Richard.

- Pourquoi ne m'en as-tu jamais parlé ? Tu étais là ! Je t'ai vu dans la Pensine.

Il me dévisagea avec étonnement, ne comprenant pas de quoi je parlais. Tête baissée, d'une voix éteinte, je finis par poursuivre.

- Fol-Oeil … Le bébé …

Un éclair de compréhension passa dans son regard éteint.

- Tu n'avais pas besoin de savoir … Regarde ce que … cela … t'a apporté …

Un long silence s'en suivit. Richard finit par reprendre la parole.

- Malgré ce que tu peux penser, tu as de la chance … Un elfe très fidèle et protecteur … et beaucoup de chance.

Je ramenais mes jambes contre moi et les entourais de mes bras. Dans mon dos, les flammes ardentes n'arrivaient pas à me réchauffer. Je grelottais de plus belle. Le sorcier finit par se mettre à ma hauteur. Sa main me semblait glacée lorsqu'il toucha ma joue, je frissonnai.

- Ma parole, tu es brûlante.

Ce qu'il ajouta ensuite se perdit dans les limbes de mon délire fiévreux … Puis ce fut les ténèbres salvatrices.