On approche de la fin ! Si vous aimez cette histoire, n'hésitez pas à laisser vos commentaires !
Bonne lecture !
Chapitre 14
Life is hard when you don't know who you are.
Harder when you don't know what you are.
My love carries a death sentence.
I was lost for years, searching, while hiding.
Only to find that I belong to world hidden to humans.
I won't hide anymore, I will live the life I choose.
Lost girl TV show [opening]
Bella observa Alice du coin de l'œil dans la pénombre de la salle. Elle était plus belle que jamais dans sa veste noire et le cœur de Bella manqua un battement. Le son retentissait dans toute la salle et les basses faisaient vibrer sa cage thoracique. Elle était parcourue d'émotions contradictoires et se sentait à fleur de peau, presque au bord des larmes. L'ambiance était électrique et les corps se pressaient au rythme de la musique.
Submergée par tout ce qu'elle ressentait, Bella se laissa emporter par la musique et attrapa la main d'Alice pour la serrer dans la sienne. Celle-ci tourna la tête et lorsqu'elle plongea ses yeux dans ceux de Bella, elle en eut presque le souffle coupé. Son cœur battait à tout rompre et elle n'avait qu'une vague conscience du monde et de l'espace autour d'elle, les clameurs et les mouvements comme amortis.
Lorsqu'Alice se mordit la lèvre inférieure, une tempête d'émotion se déclencha instantanément en Bella. God. C'était probablement la chose la plus sexy qu'elle avait jamais vue. La digue de ses peurs et de ses appréhensions céda sous la force de la vague de passion qui déferla en elle et elle s'abandonna à son désir. A ce désir qu'elle sentait en elle diffus parfois, brûlant souvent. Elle glissa sa main libre dans les cheveux en bataille d'Alice et l'embrassa avec toute son âme.
Lorsque respirer devint crucial, Bella ferma les yeux un instant pour reprendre ses esprits. Si elle ne se calmait pas tout de suite, Alice et elle risquaient de se faire sortir de la salle pour atteinte à la pudeur. Elle eut du mal à calmer les battements de son cœur. C'était le baiser le plus torride qu'elle avait jamais échangé. Elle soupira et ouvrit les yeux. Le regard d'Alice était presque voilé, son souffle était court, son corps brûlant et ses mains agrippaient la veste de Bella comme si sa vie en dépendait. Elles se regardèrent un court instant, et n'eurent pas besoin de se concerter. Elles se détournèrent de la scène et se dirigèrent vers la sortie.
Elles montèrent les escaliers en courant et Alice chercha fébrilement ses clés dans ses poches. Elle eut à peine le temps de refermer la porte de son appartement que Bella la plaqua contre le mur. Elles s'engagèrent dans une lutte passionnée et Bella ne savait plus ce qu'elle ressentait. C'était tellement. C'était trop. Le flux de ses émotions était trop intense, et elle n'avait pas suffisamment de terminaisons nerveuses pour tout ressentir. Elle avait le sentiment qu'elle allait exploser. Elle se demanda furtivement s'il était possible de mourir de désir avant de se laisser emporter.
Bella se réveilla en sursaut. Elle ouvrit les yeux, un peu affolée, légèrement déboussolée et son regard se posa sur Alice. Les souvenirs de la soirée lui revinrent instantanément à la mémoire et elle sentit le sang lui monter au visage. Elle soupira en se laissant tomber sur l'oreiller. Elle réussissait à s'auto faire rougir... de mieux en mieux.
Elle se plaça en face de la batteuse endormie et lui caressa la joue. Elle n'avait aucune idée de l'heure qu'il était, et elle n'en avait cure. Elle voulait simplement profiter de ces instants avec Alice. Elle avait envie de la serrer dans ses bras, de la sentir contre elle, de... elle essaya de changer le court de ses pensées et rougit de nouveau. Elle était pire qu'une adolescente... Pourtant, au-delà du désir plus qu'évident, il y avait ces sentiments... Ces émotions... Ces sensations qui la bouleversaient quand elle était avec Alice. God, she was so screwed.
Elle contemplait distraitement Alice, perdue dans ses pensées, lorsque celle-ci se mit à gigoter et à grogner. Bella ne put s'empêcher de rire. Comment des sons aussi caverneux pouvaient-ils sortir d'un corps aussi maigrelet ?
- Grumpy ?
Elle n'eut pour toute réponse qu'un nouveau grognement, et son rire s'étrangla dans sa gorge lorsqu'une Alice ensommeillée vint se blottir dans ses bras, le visage au creux de son cou.
Alice prit tout son temps pour s'habiller. Elle n'était pas pressée de se retrouver face à face avec Bella. Elle était vaguement anxieuse. Elle ne savait pas comment se comporter. Elle ne savait pas ce que Bella attendait d'elle dans la situation présente. Elle ne savait pas vraiment ce qu'elle attendait elle-même de la situation présente, qui était pour le moins inédite. Elle était à deux doigts de décrocher son téléphone pour prévenir Jasper de ce fait incroyable : elle s'était réveillée ce matin avec quelqu'un dans son lit. Si elle n'avait pas été aussi angoissée, elle aurait presque pu en rire. Peut-être que plus tard, le rire viendrait. Pour le moment, elle devait prendre son courage à deux mains. Cela ne pouvait pourtant pas être si terrible. Des milliards de personnes vivaient cette situation quotidiennement, elle allait donc probablement s'en sortir. Elle émit un petit rire, se moquant d'elle-même et de sa stupidité puis prit une grande inspiration et sortit de la salle de bain en emportant sa serviette.
Elle entreprit de se sécher les cheveux en observant Bella du coin de l'œil. Celle-ci ne semblait pas perturbée et préparait du thé comme si elle était chez elle. Alice se renfrogna et réprima un grognement. Bella avait déjà eu un aperçu de ses capacités de communication au réveil, pas la peine d'en rajouter.
Bella posa deux tasses sur la table basse et s'assit sur le canapé tout en la dévisageant, souriante. Alice vint s'assoir sur le fauteuil en face d'elle et déclara, comme pour s'excuser :
- Je ne suis pas du matin.
Bella rigola et lui tendit une tasse de thé. Alice souffla sur son thé pour le faire refroidir en haussant les sourcils. Elle était vaguement de mauvaise humeur. La présence de Bella dans son espace personnel alors qu'elle était à peine réveillée la démangeait comme du poil à gratter. Bella la dévisageait et se mit à rire de nouveau. Elle but une gorgée de thé en rougissant légèrement et Alice aboya presque :
- On peut savoir ce qui te fait rire ?
Bella rougit de plus belle et répondit doucement :
- Je te trouve mignonne quand tu n'es pas réveillée.
Alice inspira brusquement, ouvrit de grands yeux, choquée et bégaya :
- Mignonne ?
Bella sourit, ne semblant pas remarquer la colère montante d'Alice et répondit :
- Oui... Tu ressembles à un petit animal sauvage qui voudrait être apprivoisé et ne veut pas se l'avouer.
Alice serra sa tasse à la casser et baissa les yeux. L'acuité du commentaire de Bella fit instantanément s'éteindre sa colère. Elle faisait tout pour paraître sûre d'elle et indépendante et détestait dévoiler ce qu'elle considérait comme une faiblesse. Alors qu'elles se connaissaient depuis si peu de temps, Bella pouvait lire en elle comme dans un livre ouvert. C'était à la fois troublant et terrifiant.
Elle ne savait pas vraiment quoi répondre. Elle détestait Bella d'avoir raison mais elle se détestait encore plus de s'être dévoilée. Elle soupira... Elle but une gorgée de thé, regarda Bella par en dessous un moment. Elle avait presque envie de lui parler, de lui dire ses peurs, de lui expliquer. C'était plus fort qu'elle. Elle regarda Bella droit dans les yeux :
- Je n'ai pas l'habitude de... tout ça.
Elle fit un geste les désignant toutes les deux et Bella haussa les sourcils, surprise et ne sachant pas comment interpréter cette déclaration :
- Qu'est-ce que tu veux dire ?
Alice avala sa salive avec difficulté. Son estomac se contracta légèrement d'une manière désagréable et elle avait un peu chaud. Elle posa sa tasse sur la table et se frotta nerveusement les mains :
- Eh bien... Disons que... en fait... Je n'ai jamais eu de véritable relation... avec qui que ce soit.
Elle s'arrêta brutalement, à la fois surprise et soulagée d'avoir formulé ce point à haute voix. Elle n'avait pas vraiment l'habitude d'en parler tout à fait honnêtement.
Bella la regarda interdite... Alice n'avait pas vraiment l'air d'une débutante et semblait maîtriser son sujet. L'incompréhension se lisait sur le visage de Bella et Alice décida d'en terminer. Elle prit une grande inspiration et développa, honteuse :
- Je couche avec des inconnus que je rencontre en boîte ou dans des bars et cela ne va jamais plus loin.
Elle insista sur "jamais". Elle ferma les yeux. Elle avait peur. Peur de la réaction de Bella. Bella était la meilleure chose qui lui soit arrivée depuis longtemps et elle ne voulait pas la perdre. Elle espérait qu'elle puisse l'accepter telle qu'elle était et qu'elle puisse l'aider à changer, à s'ouvrir, à aimer et se laisser aimer. Elle avait déjà commencé. Elle ne voulait pas qu'elle s'arrête en si bon chemin.
Bella haussa les sourcils. Ce qu'Alice venait de dire soulevait de nombreuses questions, mais elle ne savait pas dans quel ordre les poser. Elle était légèrement en colère - ou peut-être irritée, elle n'aurait su dire. Elle ressentait une forme d'injustice ou de mauvaise foi dans le propos d'Alice, sans qu'elle soit capable d'en déterminer l'origine. Alors qu'elle tentait d'identifier ses émotions, Alice se décomposa et finit par perdre son sang-froid :
- Je suis désolée… Je comprends que ça puisse te choquer… C'est juste que… je ne m'attache pas… facilement ? Je ne suis pas quelqu'un en qui tu peux avoir confiance et…
Bella l'interrompit au milieu de sa phrase. Elle n'avait pas besoin d'en entendre plus :
- Alice... je ne suis pas… choquée. Je suis... surtout... confuse.
Alice haussa les sourcils, soulagée mais presque révoltée :
- Comment ça, tu n'es pas choquée ? Mais je suis une trainée ! J'ai couché avec tout Paris et tu es « confuse » ?
Bella sourit en coin :
- Tu ne crois pas que tu te vantes un peu ? Tout Paris ?
Alice fronça les sourcils, contrariée et ne daigna pas répondre :
- Je ne comprends pas Bella. Tu devrais partir en courant, je ne suis pas quelqu'un de bien pour toi.
Bella rétorqua :
- C'est ce qui te ferait plaisir, hein ? Parce que ce serait plus facile comme ça ? Tu n'aurais pas à te demander ce qu'il est en train de se passer entre toi et moi ? Tu n'aurais pas à accepter d'avoir des sentiments ?
Suffoquée, Alice répondit :
- Je n'ai pas de sentiments Bella, je couche avec des gens différents toutes les semaines. C'est du sexe. Point barre.
Bella était en colère. Certes, elle aurait menti en disant que cette information l'enchantait. Les sensations et les questions désagréables que cela soulevait, elle aurait tout le temps d'en faire quelque chose. Elle avait plus urgent à traiter. Elle se leva, fit le tour de la table basse et se dressa devant Alice. Celle-ci la regardait, muette, les yeux emplis de défi et d'une pointe d'étonnement. Bella la regarda droit dans les yeux et se baissa à sa hauteur en posant ses mains sur les accoudoirs de son fauteuil, emprisonnant la batteuse face à elle et la forçant à reculer légèrement. Elle se pencha lentement et s'arrêta lorsque ses lèvres effleurèrent celles d'Alice. Elle murmura :
- Et ça, ce n'est que du sexe ?
Alice frissonna en sentant le souffle de Bella sur ses lèvres. Contrairement à ce qu'elle avait anticipé, Bella ne l'embrassa pas. Son estomac se serra de frustration mêlée d'anticipation alors que les lèvres de Bella enflammaient sa peau le long de son cou. Elle remonta lentement jusqu'à son oreille, où elle s'arrêta pour murmurer :
- Hein ? Qu'est-ce que tu en penses ?
Elle ne laissa pas à Alice le temps de répondre, ce qu'elle n'était de toute manière pas en état de faire et redescendit lentement dans son cou, jusqu'à son épaule après lui avoir arraché un hoquet de surprise et de douleur au niveau de son artère. Alice était paralysée. Son cœur battait à une vitesse folle et elle se rendit compte qu'elle retenait sa respiration. Elle soupira et cela libéra la vague de plaisir et d'excitation qu'elle ressentait.
Bella se redressa légèrement et regarda Alice droit dans les yeux. Elle était en colère après elle. Elle posa ses mains sur ses épaules et la poussa un peu brutalement en arrière. Alice semblait complètement perdue et se laissait totalement faire. Bella sourit diaboliquement et lui dit :
- Je t'aime et je vais te montrer ce que cela veut dire. Crois-moi, ça ne va pas être "juste du sexe".
- Alice ! Que me vaut le plaisir...
Jasper hésita sur la fin de sa phrase et poursuivit sans transition :
- Oh my God, you look like shit !
- Laisse-moi entrer au lieu d'enfoncer des portes ouvertes !
Elle n'eut même pas envie de sourire à son trait d'esprit et elle poussa le grand blond pour pénétrer dans son appartement. Elle se laissa tomber sur son canapé.
Jasper referma la porte et vint rejoindre la batteuse :
- Alice, qu'est-ce qu'il se passe ?
Alice soupira et s'apprêta à répondre mais ne parvint pas articuler quoique ce soit. Une larme roula sur sa joue et elle renifla tout à fait inélégamment. Jasper fronça les sourcils, inquiet et se précipita à ses côtés pour la prendre dans ses bras :
- Ben ma puce, qu'est-ce qu'il t'arrive ?
Entre deux sanglots, Alice articula :
- Elle m'a fait l'amour Jasper...
Jasper secoua la tête perplexe. Il se demanda s'il avait bien compris.
- Pardon ?
Alice se dégagea et le regarda, un peu paniquée :
- Bella... Bella m'a fait l'amour.
Devant le visage confus de Jasper, Alice se mit à parler à toute vitesse.
Bella sortit de sa chambre son livre à la main. Hilare, elle lança :
- Ecoutez ça les filles : "Une angoisse directe devant la fonction sexuelle est fréquente chez la femme ; nous la rangeons dans l'hystérie, tout comme le symptôme de défense qu'est le dégoût, qui, à l'origine, s'installe en tant que réaction après coup à l'acte sexuel vécu passivement, et plus tard survient dans la représentation de celui-ci" Non mais… Lol !
Rosalie leva les yeux de ses ongles de pieds qu'elle était en train de vernir et soupira :
- Mais pourquoi tu lis Freud toi, tu peux pas lire les confessions d'une accroc du shopping comme tout le monde ?
Bella ne répondit pas et Rosalie poursuivit :
- Y a du cul au moins dans ton bouquin ?
- C'est Freud ! il y a du cul à toutes les lignes...
Angela leva la tête de ses notes et rétorqua :
- Oui, encore faut-il comprendre ce qu'il dit...
Bella sourit et s'apprêta à rentrer dans sa chambre avant de se raviser. Elle se laissa tomber sur un fauteuil est déclara :
- J'ai couché avec Alice.
Rosalie faillit faire tomber son pot de vernis de surprise. Non qu'elle soit vraiment surprise en réalité, mais cette annonce était un peu brute de décoffrage. Elle sourit et répondit :
- Mais c'est génial... Raconte, comment ça s'est passé ?
Bella soupira de bien-être et répondit rêveuse :
- Eh bien... Tu te souviens que je lui avais offert une place pour aller au concert de Clap Your Hands ?
Angela et Rosalie échangèrent un regard et levèrent les yeux au ciel. Elles en avaient entendu parler pendant des jours...
- Comment voudrais-tu qu'on ait oublié ? Franchement ?
Bella baissa les yeux, contrite mais poursuivit néanmoins.
- Ben disons que finalement, c'était une excellente idée que je lui offre ces places parce que le concert c'était rudement bien.
Elle s'arrêta, réfléchit un moment et ajouta :
- Enfin, ce qu'on en a vu, en tous les cas !
Elle sourit, contente d'elle et Angela embraya :
- Vous n'avez pas vu tout le concert ? Mais vous avez fait quoi ?
Rosalie la regarda comme si elle était débile, se demandant si elle posait la question sérieusement et ajouta :
- Ben, à ton avis ? Qu'est-ce qu'elles ont bien pu faire ?
Bella se mit à rire et compléta :
- On est rentrées chez Alice avant la fin du concert. C'était trop difficile d'attendre !
Rosalie rigola et lança :
- C'est sûr que depuis le temps que vous attendez, je comprends que les dernières minutes aient pu être longues...
Bella se tut et Rosalie lui demanda :
- Et alors, comment c'était ? Qu'est-ce que ça veut dire ? Vous en êtes où ?
Bella leva les mains et rétorqua :
- Oulah... Trop de questions... !
Angela ajouta :
- Ben contente-toi de la question essentielle : c'était comment ?
Ses deux colocs la dévisageaient et elle eut un petit sourire en coin. Elle répondit :
- Je me demande si c'est aussi bien parce que c'est une femme, ou si c'est aussi bien parce que c'est Alice.
Rosalie se mit à rire et répondit :
- Si tu veux vraiment le savoir, il va falloir coucher avec une autre fille.
Et elle s'empressa d'ajouter :
- Et je ne suis pas volontaire !
Bella sourit puis reprit son sérieux pour préciser :
- Non, mais sérieusement, je veux dire. C'est incroyable... J'adore coucher avec elle, c'est vraiment trop bien. Je me sens vraiment bien avec elle. Je ne pensais pas que c'était possible de se sentir si... en phase ? Je ne pensais pas qu'on pouvait désirer quelqu'un autant.
Angela sourit et répondit :
- Arrête, tu m'excites.
Rosalie se mit à rire avant d'ajouter :
- Il est possible, mais je ne voudrais pas trop m'avancer, que tu sois amoureuse ma chère.
Bella lui sourit et lui demanda :
- Tu crois que c'est ça ?
Rosalie haussa les épaules :
- J'en sais rien... Mais en fait on s'en fout de ce que c'est, non ? Profite que ce soit là, peu importe ce que c'est non ?
- Tu as sans doute raison.
- Bien sûr que j'ai raison !
Angela les interrompit en demandant :
- Mais alors... Est-ce que vous êtes ensemble ou est-ce que c'était encore un coup d'un soir ?
Bella se renfrogna légèrement et réfléchit avant de répondre :
- A vrai dire, je ne sais pas trop. C'est un sujet qui a l'air très compliqué pour Alice. J'ai l'impression qu'on est ensemble, mais je n'en suis pas sûre et je n'ose pas lui mettre trop la pression. Elle a de sérieux problèmes d'engagement, si tu veux mon avis...
Rosalie se mit à rire et répondit :
- Oh tu sais, ça arrive à des gens très bien !
Bella sortit en trombe du bureau, sa bonne humeur du week-end évaporée. Si elle croisait quelqu'un, il risquait d'y avoir un meurtre. Et ce ne serait probablement pas elle qu'on pleurerait.
Son téléphone sonna dans sa poche, mais elle n'y prêta pas garde. Elle pénétra dans son bureau et claqua la porte derrière elle. Elle retint un cri de rage et tapa du pied comme une gamine de 6 ans à qui on a refusé une glace. Elle se mit à faire les cent pas, désemparée. Elle était tellement en colère qu'elle n'arrivait plus à réfléchir. Que devait-elle faire ? Se calmer était probablement la première chose à faire avant de pouvoir réfléchir de manière rationnelle. Elle tenta de respirer lentement, mais sentit aussitôt les larmes lui monter aux yeux. Il n'y avait pas moyen qu'elle pleure dans ce trou à rat. Pas moyen qu'elle donne satisfaction à cet imbécile en lui donnant du pouvoir sur elle. La colère l'empêchait d'être triste, alors elle s'y accrocha de toutes ses forces. Elle jeta un coup d'œil à sa montre et décida de partir. Cela faisait longtemps qu'elle voulait aller au cinéma. Cependant, même l'idée de partir du boulot à 15h00 ne la soulageait pas. La rage bouillonnait en elle et elle aurait voulu pouvoir l'exprimer. Il faudrait probablement qu'elle aille faire du sport. Du sport. Elle soupira en fermant son ordinateur. Elle ne savait même plus ce que c'était.
Elle rangea ses affaires et fila. Elle hésita devant sa voiture. Probablement pas une excellente idée. Il y avait une probabilité non négligeable qu'elle fonce dans une voiture à dessein, par énervement. A certains moments elle aurait souhaité avoir un accident. Pas trop grave mais suffisant pour l'envoyer à l'hôpital, hors de portée de tous ces gens qui lui prenaient la tête. Elle s'en voulait aussitôt de penser ces choses, songeant à tous ces gens qui étaient à l'hôpital contre leur gré et qui en souffraient. Pourtant… Elle n'était pas capable de se protéger seule des agressions de son environnement et elle aurait parfois apprécié un coup de pouce extérieur. Elle soupira en se dirigeant vers le métro. Elle devrait probablement appeler sa psy pour tenter d'avoir un rendez-vous. Avec elle, elle pourrait exprimer tout ce qu'elle ressentait sans risque d'être jugée. Cela l'aiderait probablement.
Elle sortit son téléphone de sa poche et chercha le numéro dans ses contacts. La sonnerie retentit plusieurs fois avant que l'assistante ne décroche. Bella soupira entre soulagement et anxiété. Rien que le fait de composer ce numéro de téléphone était une épreuve pour elle. Une épreuve car elle n'acceptait toujours pas d'avoir besoin de l'aide d'une psychologue pour tenter de gérer le bordel qu'était devenue sa vie. Une épreuve parce qu'elle craignait toujours de ne pas pouvoir obtenir de rendez-vous. Il semblait que les autres patients étaient des gens surorganisés qui prévoyaient de se sentir mal au moins trois semaines à l'avance. Elle ne comprenait pas qu'il ne soit pas possible de prendre des rendez-vous en urgence.
Elle ne fut pas surprise mais tout de même immensément déçue lorsque l'assistante lui déclara que le rendez-vous le plus tôt qu'elle pouvait avoir était dans deux semaines. Elle hésita à préciser qu'il s'agissait d'une urgence, d'une question de vie ou de mort, mais se dit que c'était peut-être exagéré, quoiqu'elle n'en fut pas bien sûre. Elle avait probablement les ressources pour s'en sortir toute seule. Cela allait simplement être plus long et surtout plus dur. Elle soupira, ravala ses larmes et accepta le créneau qu'on lui proposait. Évidemment, c'était en pleine journée, et il allait encore falloir qu'elle s'organise pour faire en sorte que cela ne perturbe pas son emploi du temps. Elle raccrocha après avoir remercié sans conviction.
Elle s'assit sur un banc et essaya de se changer les idées. Sans arrêt ses pensées revenaient sur ce qu'il venait de se passer et sa colère refaisait surface. Elle détestait son patron. Elle le détestait parce qu'il était médiocre et qu'il ne s'en rendait même pas compte. Parce qu'il pensait que le fait qu'il y ait écrit "président" sur sa carte de visite le rendait intelligent, intéressant, et maître du monde. Il avait le pouvoir parce qu'il avait l'argent, et il n'était même pas apte à écouter les autres et à revenir sur ses décisions quand bien même cela était dans son intérêt. Tant de fierté mal placée la mettait hors d'elle.
Alice sauta à pieds joints sur son canapé, déclamant d'une voix de stentor : « Zu Hilfe, Zu Hilfe, sonst bin ich verloren… » ! Elle fit un tour sur elle-même et redescendit du canapé pour aller attraper son halogène et s'en servir comme d'une lance contre un ennemi imaginaire tout en braillant : « Ach, rettet mich! ». Elle s'apprêtait à faire entrer son lapin en peluche sur scène lorsque son téléphone sonna. Essoufflée et contrariée d'être interrompue, elle se précipita pour décrocher. Elle se figea en découvrant le nom qui s'affichait sur l'écran. Elle se laissa tomber lourdement sur le canapé en décrochant :
- Papa ?
- Bonjour Alice.
Alice était perplexe et ne répondit pas, laissant à son père le loisir de poursuivre cette conversation.
- Comment vas-tu ?
Elle hésita. Devait-elle céder à l'irrésistible envie d'être sarcastique qui l'étreignait ? Peut-être s'était-il passé quelque chose de grave ? En tout cas, cela devait forcément être important pour que son père daigne décrocher son téléphone et l'appeler.
- Euh… ça va. Et toi ?
Que pouvait-elle répondre d'autre ? Cela faisait si longtemps qu'ils ne s'étaient pas parlé... Comment pouvait-elle répondre quelque-chose de compréhensible pour son père ?
- Très bien, je te remercie.
Comme son père ne continuait pas, Alice fronça les sourcils et se mordit la lèvre. Son exaspération pointa le bout de son nez et elle s'indigna :
- Je peux savoir ce qui me vaut cet appel ?
Son père se racla la gorge et répondit :
- J'ai discuté avec ta mère la semaine dernière. Elle m'a annoncé que tu avais renoncé à ton projet de mutation à New-York.
Alice se renfrogna encore plus si cela était possible. Elle ne dit rien et attendit qu'il poursuive :
- Je dois t'avouer que j'ai été très surpris et très déçu de cette décision. Es-tu sûre que tu as bien réfléchi ? Est-ce que cela ne va pas nuire à ta carrière ?
Alice retint une exclamation de colère. Elle aurait aimé répondre quelque chose s'approchant de : « il n'y a vraiment que ça qui t'intéresse, ma carrière ? Qu'est-ce que ça peut te foutre de toute façon, après toutes ces années que je sois richissime et malheureuse ou bohémienne mariée à Quasimodo ? ». Cependant, elle n'eut pas le cœur de s'emporter et tenta une réponse plus diplomatique :
- Je te remercie de t'inquiéter pour mon avenir papa, mais ma décision est mûrement réfléchie. Je te suis reconnaissante de t'inquiéter pour moi.
Bon, l'ironie sous-jacente rendait peut-être son propos un peu moins diplomatique qu'elle ne l'aurait souhaité. Cependant, elle n'avait pas pu s'en empêcher. Alors que son père répondait et qu'elle écoutait d'une oreille distraite, on frappa à sa porte. Elle se dirigea vers l'entrée et ouvrit la porte pour laisser entrer ses amis. Leah la serra dans ses bras à la faire étouffer et elle coupa la parole à son père :
- Bon papa, je suis désolée, mais il faut que je te laisse. Je te remercie pour ton appel et n'hésite pas à m'appeler dès que tu en as envie, c'est toujours un plaisir.
Jasper haussa les sourcils de surprise en l'entendant. Alice raccrocha sans même attendre la réponse de son paternel et soupira en se passant la main sur le front. Jasper ne lui laissa pas le temps de leur dire bonjour :
- Ton père ? C'était ton père ? Mais qu'est-ce qu'il voulait ?
Alice eut un sourire triste et répondit :
- Il voulait être sûr que j'avais bien réfléchi au sujet de New-York. Il s'inquiète pour ma carrière et est déçu par ma décision.
Jasper se leva d'un bond et serra Alice dans ses bras.
- Je suis désolée ma puce…
Alice balaya ses paroles et déclara :
- Bon alors, c'est quoi le plan ?
Jake lui désigna la mallette grise posée sur la table basse et sourit malicieusement :
- Poker, baby.
Alice tapa dans ses mains en sautillant et répondit :
- Youpiiiiiiiiiiiiiii, je vais tous vous plumer !
Ils échangèrent un regard consterné, se demandant comment Alice pouvait avoir la mémoire si courte et éclatèrent de rire.
Alice observa tour à tour ses amis, concentrée. Elle essayait de lire leurs expressions pour déterminer s'ils bluffaient. Elle n'avait rien dans son jeu, mais elle comptait bien les mettre tous au tapis avec un all-in. De toute façon, elle n'avait plus de jetons, et elle jouait son vatout. Leah et Jake échangeaient des petits regards entendus et Alice les soupçonna de tricher. Cela expliquerait d'ailleurs pourquoi ils avaient autant de jetons. Elle les dévisagea, soupçonneuse et Jasper lui tendit un verre :
- Bon Sherlock, tu joues ou on attend la fin du monde ?
Alice haussa les sourcils :
- Ah bon, c'est à moi de jouer ?
Leah se mordit la lèvre pour étouffer un fou-rire et échangea un regard amusé avec Jasper et Jake. C'était tellement délicieux de jouer au poker avec Alice. Elle ne parvenait même pas à s'en vouloir de se payer la tête de la batteuse. C'était hilarant, il aurait fallu être fou pour s'en priver.
Alice but une gorgée de bière et poussa ses jetons au centre de la table d'un air de défi. Jake ne put retenir son éclat de rire et Alice le regarda, surprise :
- Ben qu'est-ce qu'il t'arrive ?
- Rien… C'est juste… Tu vas encore te faire plumer en pensant nous avoir battus à plate couture… Je me réjouis d'avance !
Alice se renfrogna et déclara :
- Attends d'avoir vu mon jeu… Tu feras moins le malin.
Jake hocha la tête, moyennement convaincu… Alice bluffait systématiquement, qu'elle ait une paire, une suite ou rien du tout. Il avait dans sa main un carré de rois, et il était peu probable qu'Alice eut réussi à cacher une exclamation de joie si elle avait eu quelque-chose susceptible de battre ça…
Alors qu'Alice s'apprêtait à dévoiler son jeu, son téléphone sonna. C'était Bella. Son visage s'illumina d'un grand sourire et elle sauta sur ses jambes pour répondre, laissant ses camarades sur leur fin. Jasper se mit à râler et Alice le gourmanda :
- C'est Bella.
Jasper leva les deux mains en signe de défaite et Alice décrocha.
Bella s'arrêta un moment sur le palier pour reprendre son souffle. Depuis qu'elle était restée coincée une heure entre deux étages dans un ascenseur étroit en compagnie de son chef et d'un client, elle privilégiait les escaliers – même si elle était seule. Question de survie. Et puis, toutes les occasions de faire du sport étaient bonnes à prendre.
Elle hésita devant la porte. Elle ne savait jamais si elle devait effectivement sonner avant d'entrer comme l'indiquait l'écriteau. Elle avait toujours trouvé cela indécent de signaler sa présence de manière si intempestive. Cependant, ne voulant pas déroger à la règle et se faire d'autant plus remarquer pour cela, elle sonna et poussa la porte. Le hall était vide. Le parquet grinça sous ses pas lorsqu'elle se dirigea vers la salle d'attente et elle grimaça. Si elle voulait passer inaperçue, c'était complètement raté. Elle s'assit sur une chaise, laissa son regard errer autour d'elle, se releva, se dirigea vers la fenêtre, observa un instant la rue en bas, puis retourna s'assoir.
Elle soupira pour meubler le silence qui l'oppressait légèrement, croisant et décroisant nerveusement les jambes. Elle regarda sa montre, vérifia ses mails sur son IPhone, décida de l'éteindre, hésita, le remit dans sa poche puis l'en sortit de nouveau pour l'éteindre.
Elle se raidit lorsqu'enfin le parquet grinça et que la silhouette de sa psy apparut dans l'encadrement de la porte. Elle lui sourit et Bella se sentit complètement stupide. Elle se concentra pour adopter le comportement requis, et une boule se forma dans sa gorge alors qu'elles se dirigeaient vers le bureau. Elle s'agaçait elle-même. Qu'elle réussisse à perdre tous ses moyens face à elle dépassait largement son entendement.
Elle se laissa tomber lourdement dans le fauteuil et baissa les yeux face au regard scrutateur que lui lança la psychologue. Celle-ci allait immanquablement lui demander comment elle allait et le vide allait immanquablement se faire dans son cerveau alors qu'elle se demanderait comment effectivement elle allait. Dans cette pièce, les questions les plus simples pouvaient devenir tellement compliquées qu'elle perdait parfois l'usage de ses mots.
Pourtant elle aurait donné n'importe quoi pour faire perdurer ce sentiment de calme et de protection qu'elle ressentait lorsqu'elle était en sa présence. Avec elle, rien ne pouvait l'atteindre, elle était en sécurité. Son travail, ses clients, son patron, ses amis, sa famille et surtout… Alice… étaient tous tapis derrière la porte à l'attendre, pour l'enserrer dans leurs griffes et la perdre dans un tourbillon d'émotions. Ici, elle n'était pas jugée, elle n'était pas bizarre ou inadaptée. Elle pouvait être juste… elle-même. Elle n'avait pas à faire face à l'incompréhension des autres qui lui faisait dissimuler des morceaux d'elle-même, hors de portée du monde extérieur.
Bella regarda sa montre. Elle était assise dans ces escaliers depuis une heure. Il était peut-être temps de se secouer. Elle sortit de l'immeuble et entra dans le premier café qui se présenta sur ses pas, commanda une pression et s'installa.
Elle avait toujours besoin de réfléchir après ses séances de psychothérapie. Elle avala une gorgée de bière et soupira. Elle ne savait pas trop ce qu'elle devait penser de ce dont elles avaient discuté. Elle contempla son verre un instant et décida qu'il était temps d'arrêter de penser. Cela ne la mènerait nulle part. Il était probablement temps de passer à l'action.
Elle termina son verre trop rapidement, paya et se dirigea vers le métro. Elle allait refaire son CV et chercher un nouveau travail. A New-York. Avec Alice.
