Hello !

Vous avais-je promis ce chapitre il y a un an ? Nooooooon, pas du tout.

Je n'ai qu'une seule excuse : au moment de le publier, je me suis rendue compte qu'il ne me plaisait plus, et j'ai décidé de le réécrire complètement... et oui, il m'a fallu un an pour réécrire 3000 mots T.T

Mais bon cette fois, promis le chapitre suivant est relu, corrigé (depuis bientôt trois ans XD) et même uploadé dans Doc Manager, je poste la semaine prochaine !

Disclaimer : Comme pour presque tous les chapitres de ce recueil, l'idée de l'OS m'est venue en écoutant de la musique. Celle-ci est My old pain d'Asaf Avidan, vous comprendrez aisément pourquoi je l'ai choisie. Merci également à Gregory Alan Isakov pour That Moon Song.

Bonne lecture !


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My old pain

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I'm in love again with my old pain

Save me from the same perpetual game of my own name

Every time the weeping willow dances in the breeze

Please remind to everybody that I smiled with ease

Not too long ago

Je suis à nouveau amoureux de ma vieille douleur

Sauve-moi du même jeu perpétuel qui m'est propre

Chaque fois que le saule pleureur danse dans la brise

S'il te plaît rappelle à tout le monde que je souriais facilement

Il n'y a pas si longtemps

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La lune brille haut dans le ciel londonien et la faible lueur transperçant la brume suffit à me brûler la peau. Narquoise et hautaine, elle s'exhibe, comme pour me rappeler la nuit horrible qu'elle m'a infligé, il y a deux jours à peine. Comme s'il m'était possible de l'oublier. Comme si ma vie ne se limitait pas à sa présence là-haut et à son cycle infernal.

Astre maudit.

Lâche, je baisse le front pour me soustraire à son joug impitoyable et je presse le pas. Comme si je n'étais pas déjà ridiculement en avance.

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Seule une brise glaciale se permet de balayer le quai de la gare, désert lorsque j'arrive. Pas de parents inquiets, de hiboux hululant de peur et encore moins d'élèves, empressés et heureux. Pas de retrouvailles, d'embrassades, ni de chahut innocent. Uniquement la vapeur de ma respiration et le silence pesant dans lequel résonnent les battements serrés de mon cœur. Pathétique.

C'est pourtant ce que je voulais en arrivant si tôt. Je pensais qu'il serait insoutenable d'être le spectateur de cette cohue joyeuse et bruyante dont j'ai été autrefois un acteur de premier plan. Je ne voulais pas voir les élèves d'aujourd'hui rejouer la mascarade de mon bonheur d'adolescent.

Et pourtant…

Immobile face à la carcasse abandonnée du Poudlard Express, je ne distingue que le reflet de mon immense solitude dans la vitre du train.

Je me sens stupide d'être là.

Je maudis ma faiblesse de caractère et mon stupide besoin de reconnaissance m'ayant fait céder à l'insistance de Dumbledore. Moi, professeur à Poudlard, l'idée est risible.

Celle de protéger Harry de toi, Sirius, est tout simplement grotesque. Moi ? Censé te percer à jour et déjouer tes plans. Moi qui suit, pourtant, sur cette planète entière, la personne - encore en vie - que tu as le plus complètement berné, et ce pendant toute ma vie.

Mais je suis ici. Alors autant prétendre.

Je monte dans le train.

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Je commets l'erreur de ne pas m'installer dans le premier compartiment et je me retrouve ensuite à remonter tout le train, sans oser me fixer quelque part. Je laisse défiler les compartiments vides et inanimés. Je me les rappelle bruyants et colorés mais je crois que je les préfère ainsi. Morts. Comme mon regard que je croise occasionnellement dans les vitres.

Je savais que cela serait dur, d'affronter le passé, mais je n'avais pas prévu que ma solitude me traiterait aussi brutalement. Elle me revient en pleine face, crispe mes mâchoires et me fauche en plein ventre. Après douze ans à vivre entouré de fantômes de souvenirs, je ne suis toujours pas habitué.

Je voudrais être partout, sauf ici… Enfin… plus exactement, je ne voudrais être nulle part mais encore moins ici.

C'est bête, mais je refuse qu'un compartiment dans lequel j'aurais été heureux devienne le témoin du gouffre dans lequel je suis tombé. J'aurais aimé que nous en ayons choisi un, un numéro dans lequel nous nous serions retrouvés à chaque trajet. Il aurait été si simple de l'éviter pour ne pas raviver mes vieilles plaies. Mais non, nous changions à chaque fois, laissant le hasard décider du lieu de nos échanges joyeux et chacun des compartiments, dans lequel je répugne à m'installer, a pu être, il y a des années, le siège de souvenirs précieux et teintés d'amertumes.

Vous aviez essayé pourtant, James et Sirius, je me souviens qu'à la fin de notre première année, nous avions fait le trajet dans le numéro 4 - comme le nombre de membres de notre groupe - et vous aviez décrété, dans un élan de grandiloquence, qu'il s'agissait d'un signe et que désormais il serait le nôtre. Et puis à la rentrée suivante, nous avions traîné sur le quai et lorsque nous étions enfin montés dans le train, des septièmes années l'occupaient déjà. Vous n'aviez pas osé protester à l'époque et nous étions allé ailleurs. Sirius, tu avais pris les choses avec philosophie en décrétant que c'était finalement mieux de ne pas s'attacher à un bien aussi stupidement matériel qu'un compartiment de train et que cela reflétait mieux notre indépendance.

J'y avais cru, à l'époque.

Est-ce cela ton secret Sirius, la clé du mystère de ton être ? Est-ce que ta prétendue liberté n'a toujours été que celle d'une feuille morte, ballottée par le vent ?

Et pourquoi continues-tu à venir me torturer ? Tant d'années se sont écoulées pourtant, j'ai l'impression qu'elles ont pesé un siècle sur mon existence. Un siècle et je ne parviens toujours pas à t'oublier, tu continues à me hanter, à ramper dans mes pensées, à grignoter mon existence. Tout dans ce train me ramène à toi, à nous, à nos jeux d'adolescents et à notre bonheur éclatant. À tout ce que tu as détruit. Je te hais Sirius.

Je te hais et je crains par-dessus tout de te rencontrer. Je ne sais pas ce que je pourrais te faire…

Ceci dit l'inverse est encore plus vrai. Qui sait ce que ces douze années de captivité ont pu infliger à ton cerveau déjà dérangé ? Je pensais qu'Azkaban te détruirait en un rien de temps et voilà que tu as même réussi à t'en échapper. Je réalise à quel point je ne t'ai jamais connu Sirius.

Tout cela est ridicule.

Exaspéré, je pousse la porte du dernier compartiment, au bout du wagon. Je m'insupporte. Je voudrais avancer quand je ne fais que ressasser. Parfois, j'aperçois le rivage au loin et je m'imagine être capable de l'atteindre, mais toujours la marée se retire, m'entraînant violemment avec elle et je me noie de plus belle. La violence des vagues, elle, ne se calme jamais.

Je jette ma valise sur le porte bagage d'un geste brusque et m'avachit sur la banquette. Je sors un somnifère de ma poche que j'avale d'une traite. Quand je reprendrai connaissance, je serais entouré d'élèves, à quelques minutes seulement de Poudlard, sans demi-tour possible.

Le noir m'engloutit.

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Je me réveille en frissonnant. Je ne me souviens pas avoir rêvé, mais il me semble que j'étais sur le point de hurler.

Plongé dans le noir le plus complet, je peine un instant à comprendre où je suis et ce qui se passe. Une foule d'odeur m'assaille les narines, trop nombreuses pour que j'ai le temps de les analyser et je supplie le loup de se rendormir, le temps que je saisisse ce qui se passe. Des adolescents m'entourent, leur peur est palpable. Malgré la brume pesant mon esprit, je crois que je commence à comprendre.

Ce froid qui me gèle les os n'est définitivement pas normal, pas plus que ce poids m'oppressant la poitrine. De toute évidence, nous ne sommes pas encore à Poudlard et j'ai peur de deviner qui a causé cet arrêt.

J'intime le silence aux enfants et fait apparaître quelques flammes pour éclairer la scène.

Mon cœur fait une embardée en le voyant. Évidemment, il est là. Évidemment, il me regarde. Évidemment, il lui ressemble ; tellement que s'en est douloureux.

Le froid se fait de plus en plus mordant, transperçant. Je tremblerais si tout mon corps n'était pas aussi tendu d'appréhension. Une tristesse immense me tombe dessus. Je croyais pourtant savoir ce que c'était d'être malheureux, mais cela n'a rien à voir avec d'habitude. Tout est bien plus noir, bien plus détruit. L'air est asphyxiant.

La porte du compartiment s'ouvre lentement, confirmant mes craintes. Spectral et terrifiant, un Détraqueur se tient devant nous. Il est mille fois pire que toutes les images que j'ai vu dans les livres car, je le réalise maintenant, aucune image ne peut faire ressentir les sensations, la terreur et le désespoir qu'il apporte avec lui.

Je sais très bien qui il cherche dans ce train, et en la présence suffocante de la créature, rien que de penser à Sirius me glace tout entier. Je suis à peine moins effrayé que ces enfants.

Ma respiration se fait plus difficile, plus lourde tandis que mon cœur paraît prêt à s'arrêter.

Le Détraqueur prend une inspiration et tout finit de se fondre et se mélanger. Je ne suis plus dans le Poudlard Express. Je suis seul. Je ne suis que seul. Face aux cadavres de James et Lily. Dans une rue qui n'est qu'une plaie immense, boyau ouvert, exsudant la noirceur et la haine. Je suis sous le regard brûlant de la lune, loup trahi par sa meute, je n'ai d'autre choix que de me dévorer moi-même, plus violemment que jamais. Je me noie. Je cherche à avancer, mais seul, je ne sais pas faire.

J'ai mal et je sais que le bonheur n'existe pas.

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Je reprends contact avec la réalité en entendant Harry tomber sur le sol. L'esprit encore submergé de brouillard, j'enjambe le garçon et je fais face au gardien, ignorant mes jambes tremblantes.

« Personne dans ce compartiment ne cache Sirius Black sous sa cape. Allez-vous-en », j'ordonne d'un ton que j'aurais voulu plus assuré.

Évidemment, le Détraqueur ne bouge pas d'un iota. Je sais bien que je n'ai plus le choix, seul un Patronus pourra le faire partir. Je n'ai pas lancé ce sort depuis la fin de la guerre. Je retardais à tout prix ce moment car je doute d'en être encore capable. Mais je le dois, pour cet adolescent étendu sur le sol, que je connais si bien et qui m'est pourtant un parfait inconnu.

Je lance le sort et, à mon grand soulagement, un mince filet de lumière argenté s'échappe de ma baguette. Ce n'est pas le flamboyant loup d'antan, mais qu'importe, pour l'instant, ce Patronus pâlichon est suffisant. Le Détraqueur fait enfin demi-tour.

La lumière revient et l'air se réchauffe. J'ai l'impression de sortir de longues minutes d'apnée.

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Je cours m'agenouiller au côté de Harry. Un rayon de lune éclaire son teint blafard.

Je sais que ce n'est rien de grave et qu'il va vite revenir à lui, mais je ne peux m'empêcher d'être triste. Je sais bien pourquoi cette créature a eut autant d'emprise sur lui et j'ai peur des sombres souvenirs, même enfouis, qu'elle a pu lui faire revivre.

Je profite de son inconscience pour scruter son visage, admirer la courbure de sa mâchoire, la forme de son nez, la largeur de ses tempes. La ressemblance est parfaite et me serre les entrailles. Même après toutes ces années, voir un visage semblable à celui de James me bouleverse complètement. Je réalise également que ces traits, autrefois si familiers, s'estompaient lentement de ma mémoire. Cette constatation manque me renverser.

Avant de perdre pied, je détourne le regard et rassure tout le monde, feignant un détachement que je suis loin d'éprouver.

Deux adolescents sont venus à mes côtés. Le garçon a le visage constellé de tâches de rousseur, des cheveux d'un roux flamboyant qui me rappellent les tignasses ébouriffées de Fabian et Gideon. Debout, presque cachée dans un coin du compartiment, une jeune fille lui ressemble.

L'adolescente agenouillée à côté de moi parle avec empressement. Je devine son inquiétude et tente de mieux de l'apaiser.

Je me relève et aperçoit enfin le dernier garçon. La douleur est presque aussi vive que lorsque j'ai vu Harry. Son visage rond me rappelle celui d'Alice, la ressemblance est bien trop frappante pour qu'il soit quelqu'un d'autre que son fils. Son visage est aussi livide que celui d'Harry et ses jambes semblent à peine le soutenir. A mon avis, lui non plus n'était pas loin de s'évanouir. Ils sont jeunes, mais ils ont déjà trop soufferts.

La lune éclaire toujours le compartiment de sa lueur fantomatique.

Mon crâne me brûle et mon cœur me pèse.

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Harry reprend enfin connaissance. Ses yeux verts me frappent sans retenue, me faisant boire la tasse, manquant me noyer.

Je m'efface, pour laisser la place à ses amis. Je ne suis qu'un inconnu pour lui, ils le rassureront mieux que moi. Il parle d'un cri qu'il aurait entendu… J'étouffe.

Même s'il est parti, les effets du gardien d'Azkaban pèsent encore sur chacun de nous et je sors du chocolat de ma poche que je distribue à tout le monde. Ils le prennent avec étonnement, mais aucun d'eux ne le mange devant moi. Je les comprends, ma gorge aussi est tellement serrée qu'il paraît impossible d'avaler quoique ce soit.

Je prétexte un message à donner au machiniste et je sors dans le couloir.

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Je m'appuie contre le mur pour reprendre mes esprits. Les sensations tardent à s'enfuir… la solitude, l'incompréhension, la tristesse et la haine… et par-dessus, deux yeux gris froids et durs qui me fixent et m'écorchent. Sans retenue.

J'avale difficilement un morceau de chocolat et un peu de chaleur me revient péniblement.

Maintenant que j'ai expérimenté la présence des Détraqueurs, l'horreur et le désespoir qu'ils font ressentir, je te comprends encore moins Sirius. Comment as-tu pu survivre, ne garder ne serait-ce qu'un semblant de lucidité, après douze ans à vivre cette sensation d'asphyxie et de tristesse insondable en permanence ?

Ton âme était-elle devenue si noire qu'elle s'est confondue avec la leur ? Qu'il n'y avait déjà plus rien à sauver ? Étais-tu chez toi, dans cette forteresse sombre ? Te sentais-tu le roi au milieu d'eux ?

Le Ministère mise sur eux pour te stopper… S'ils ont échoué en douze ans, je ne vois pas comment ils peuvent réussir cette année. Sirius… quel monstre es-tu devenu et qui pourra t'arrêter ? Certainement pas moi en tout cas, j'en suis de plus en plus convaincu.

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Un rayon de lune me nargue toujours à travers la fenêtre du couloir. J'ai besoin de fuir sa lumière blafarde et moqueuse et je me décide à aller vraiment voir le machiniste. Le pauvre homme est tout tremblant, le Détraqueur est venu jusqu'ici. Nous échangeons rapidement et lui aussi a droit à un peu de chocolat, puis je prends la décision d'envoyer un hibou à Poudlard pour les prévenir de l'incident.

Le machiniste me remercie et me félicite. D'après lui, je maîtrise bien la situation et je serais sûrement un excellent professeur.

Je le remercie du bout des lèvres. Il est des épreuves mille fois pires qu'un Détraqueur et auxquelles les meilleurs enseignants du monde ne peuvent nous préparer. Est-il de mon devoir de le dire aux enfants ?

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Lorsque je reviens dans le compartiment, ils sont encore pâles et ont à peine touché à leur chocolat, je les rassure d'un sourire dont je suis à peine capable. Nous finissons le trajet dans un silence pesant qui est loin d'être dû à ma présence.

Le regard perdu au loin, je contemple la nuit pour ignorer la lune qui nous menace là-haut.

Une éternité plus tard, nous arrivons enfin à Pré-au-Lard et je laisse les enfants partir avant moi. Le poids, pesant sur ma poitrine depuis que Dumbledore m'a supplié de prendre ce poste, ne s'est pas allégé. Bien au contraire. Mais je n'ai pas le choix, je ne peux pas me cacher éternellement dans ce train. Je n'en ai même pas l'envie d'ailleurs. J'ai envie d'avancer, de laisser les marées derrière moi, d'arrêter de boire la tasse. J'ai besoin de me confronter à ce passé qui me hante.

Avec un soupir je prend ma valise et quitte enfin le Poudlard Express. Sans le vouloir, mes pas se font plus léger, le loup est heureux, lui, il sent que sa maison est proche.

Le quai n'a pas changé, une cohue bruyante et agitée. Aujourd'hui, elle manque tout de même d'entrain et je ne pense pas que la bruine fine et glaciale soit à blâmer. L'ombre pesante des Détraqueurs plane au-dessus de nous tous, comme une menace invisible.

Es-tu là Sirius ? Les as-tu sentis se déployer sur Pré-au-Lard ? Ton sang s'est-il glacé comme le nôtre ou as-tu retrouvé avec indifférence tes vieux compagnons ? En tant d'années, ils doivent si bien connaître les recoins sombres de ce qu'il te reste d'âme. Mieux que moi en tout cas.

La voix d'Hagrid retentit au loin me faisant sursauter. Je suis immobile sur le quai et lui s'éloigne déjà avec les premières années.

Sors de mes pensées Sirius ! Pitié, arrête de t'y imposer sans cesse ! Je te hais Sirius… je te hais et je veux que tu t'en ailles… Comment puis-je atteindre le rivage, si tu restes un boulet accroché à ma cheville, m'attirant sans relâche vers le fond ?

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Je monte dans la première diligence disponible et me colle à la fenêtre. Les élèves me jettent des regards étonnés, je n'ai ni le courage ni la force de me présenter. Je serais poli demain. Aujourd'hui, survivre serait déjà bien.

Le trajet me paraît terriblement long, horriblement lourd. Avec vous, il passait en un clin d'œil, en une blague et trois éclats de rire.

La tempe posée contre la vitre gelée, j'essaye de ne pas compter les cahots et je scrute le paysage à la recherche des lieux familiers. À travers le brouillard, je vois apparaître au loin la masse sombre et imposante de la Cabane Hurlante. Effraye-t-elle toujours autant, maintenant que je ne suis plus là pour y hurler ?

Je m'étonne de sentir qu'elle m'avait manquée et ce, malgré les longues heures passées à me haïr ou à m'auto-mutiler. Ce, malgré les boiseries défigurées par des coups de griffes destructeurs, preuve du monstre que je suis. Ce, malgré les souvenirs, malgré les promesses qui flottent encore sûrement dans l'air et teintées aujourd'hui de tant d'amertumes.

Malgré tout, j'ai été heureux ici. Je crois que mon cœur, battant à toute allure, ne parvient pas à l'oublier.

Nous nous rapprochons, la dépassons, quand j'aurais voulu m'y arrêter et l'arpenter de nouveau. Il me semble que je m'éveille d'un long sommeil. Le loup hurle à mes oreilles. Je crois qu'il m'en veut. Les années à Poudlard sont celles où notre relation aura été la plus sereine, où je l'acceptais presque. Il est vrai que nous avons vécu des bons moments ici, à une époque où je ne pensais pas que cela pouvait être possible. Je crois qu'il m'en veut de le nier. Ce bonheur était vrai. Il est teinté de douleur, mais je ne peux pour autant prétendre qu'il n'a pas existé, ni le ruminer sans cesse.

Les diligences arrivent enfin.

Le château n'a pas changé, imposant, majestueux, il règne sur les lieux, mais il ne m'impressionne plus comme avant. Je suis de retour chez moi. Enfin. Ému, je détourne le regard et laisse les élèves rentrer d'abord. Une brise froide m'ébouriffe les cheveux. Un rayon de lune éclaire des branches du Saule Cogneur dansant au loin. Elles me rappellent cette époque où sourire était si facile.

Cette époque où tu étais à mes côtés Sirius. Cette époque révolue que je dois laisser derrière moi.

Je me tourne à nouveau pour faire face à Poudlard.

La lune brille haut dans le ciel. Elle s'amuse avec mon cœur comme elle dirige les marées. Je crois qu'il n'appartient qu'à moi d'apprendre les règles du jeu, et de ne plus la laisser me noyer.