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Parfois Michael parle.
Généralement quand Adam est sur le point de s'assoupir dans les plumes de l'archange, ce dernier entame une histoire pour le maintenir éveillé. Comme s'il ne voulait surtout pas qu'il s'endorme.
Adam ne lui en tient par rigueur parce qu'il aime les histoires.
Il lui parle du paradis, ou tout n'est que pierres blanches et bordures dorées. Il évoque ses frères : un Lucifer jeune et bagarreur, un Gabriel naïf et espiègle, un Raphaël curieux et innocent. Il évoque ce laps de temps où il était la seule créature de Dieu, où il n'avait pu que rester immobile et apathique jusqu'à ce qu'on lui mette son petit frère dans les bras. Il évoque tout et n'importe quoi : comme la fois où Gabriel et Lucifer ont cassé une statue dédiée à Zeus « pour rire » et ont failli provoquer une guerre.
C'est à la fois beau et triste.
Quand il évoque Adam (le premier) et Eve, le Winchester ne peut s'empêcher de demander :
- Alors c'est vrai que Lucifer est apparu à Eve sous la forme d'un serpent ?
- Oui et non. Symboliquement, c'est la même chose. Lucifer a créé les tous premiers démons en salissant l'âme de plusieurs êtres humains. Eve est... Celle qui a dit ''oui'' en prenant la pomme.
- Mais elle ne savait pas ce qu'elle faisait.
- Ça n'excuse pas tout.
Adam pense à Eve, qui a choisi l'intelligence au bonheur, et il se sent désolé pour elle. Il pense à Lucifer, s'imagine sa réaction si son père -toujours absent- lui avait demandé de s'agenouiller devant une créature clairement inférieure. Comme un insecte. Il se sent désolé pour lui aussi. Pas parce que les humains méritent de mourir, juste parce que personne n'avait jamais essayé de lui expliquer en quoi ils sont bons. Parce que ce n'est pas juste d'enfermer son fils dans une cage pendant des millénaires parce qu'on n'est pas d'accord avec lui. Adam pense à sa mère, à la fois où il s'était excusé d'être son fils, parce qu'il ratait toujours tout et qu'il ne la méritait pas. Sa mère lui avait souri doucement et dit ''Ce sont les parents qui doivent tout faire pour mériter leurs enfants, par l'inverse.''
Il relève les yeux vers Michael, et le voit, lumineux dans le noir absolu de la cage. Et il sait que l'archange écoute toutes ses pensées.
- Tu sais que j'ai raison. Dit-il à l'ange.
- Pourquoi ?
- Parce que j'ai mangé la pomme.
Adam interprète le silence qui suit comme une approbation.
Il évite de regarder Michael la plupart du temps, parce que c'est comme regarder le soleil en face. Mais même si ses yeux brûlent et que sa tête semble être trempée dans de l'eau bouillante, parfois, il ne peut pas s'en empêcher.
La forme vaguement humaine dans laquelle voyage des vaisseaux de lumière d'un blanc éclatant, les ailes immaculées dans lesquelles se baladent des reflets de bleu, elles sont si gigantesques qu'Adam n'en voit pas les bouts. De temps en temps, il aperçoit des petites taches sombres qui se baladent sur la grâce de l'archange, comme si la cage essayait de le dévorer progressivement. Parfois il semble un peu moins brillant. Dans ces moments, Adam tend la main vers lui et demande silencieusement, et Michael apparaît devant lui et le laisse reposer ses doigts contre le tissu cotonneux de son T-shirt, ou contre la chaleur brûlante de son bras. Le blond sait qu'il le demande trop, de plus en plus régulièrement, et sans raisons particulières, parfois, mais il en a besoin. De pouvoir presque distinguer ses doigts contre le torse de Michael, de ne plus voir le noir de la cage tant la blancheur envahit sa vision, de sentir son sang s'agiter dans ses veines et son pouls s'accélérer comme s'il était vraiment vivant.
- Je peux te voir et te toucher, fait-il un jour la remarque à l'être céleste alors qu'il presse doucement le haut de son bras, en savourant la différence qu'il peut sentir entre la ''peau'' nue et le tissu.
- Tu peux presque me voir, oui.
- Comment c'est possible ?
- C'est plus facile de toucher la lave après que l'on est plongé dans la glace.
Adam serre Michael dans sa main, il n'aime pas du tout cette comparaison, même si elle est plutôt appropriée.
- Hey Mike, merci, laisse-t-il échapper. Merci pour tout.
Il y a un instant de silence béât, puis l'ange lève la main, très lentement, et la pose contre le ventre d'Adam.
Aussitôt celui-ci se met à haleter, il arrive à sentir le frottement rugueux de la grâce contre l'âme, et il sait, il sait que ça n'a rien de sexuel, c'est juste comme ça que le corps humain interprète l'intimité et bon sang, bon sang... C'est comme de l'eau qui tourbillonne au creux de son estomac, comme si on lacérait ses organes et qu'on les enflammait et pendant une seconde il se sent tellement vivant qu'il pourrait hurler.
Il parvient à se reculer loin de l'archange qui n'avait lui même pas bougé d'un millimètre, et il se recroqueville dans les plumes en essayant de reprendre sa respiration.
