NB : TOUT ce qui est en italique est du flashback ! Même les phrases ou mots inclus dans la narration !
Bonne lecture ! ^^
POV Bella
Il était approximativement dix-sept heures lorsque l'avion atterri. Je traversai l'aéroport et allai récupérer les clés de ma Ferrari. Je descendis jusqu'au sous-sol et expirai tout l'air de mes poumons lorsque le rouge flamboyant de mon bijoux m'aveugla. Je pris le temps de caresser presque amoureusement ce vestige de mon prestigieux passé.
C'était, à mes yeux, plus que retrouver une simple voiture, c'était un symbole. Je reprenais enfin ce qui m'appartenait et que l'on m'avait si longtemps enlevé. Je souris de contentement, je ne me sentais toujours pas complète cependant bien que ce ne soit que du matériel, futile, je me sentais mieux.
Je me remémorai les jours précédents en grimpant derrière le volant décapotant le bolide. Revoir Edward avait été plus difficile que je ne me l'étais imaginé. Je m'étais tout d'abord infiltrée dans son intimité sans qu'il ne s'en rende compte … du moins au début. C'était une soirée de repérage. Je voulais le tuer. Vraiment. J'avais passé une année entière à mettre en scène une vengeance parfaite et le retrouver maintenant que je le savais vivant avait été un jeu d'enfant. Cependant, j'avais eu beau retourner la situation dans tout les sens, écrire tout les scénario possibles, à chaque fois, c'était toujours lui qui gagnait. Épuisée et déçue, je ne voulais plus qu'une chose : que ce que j'avais cru pendant tout ce temps soit vrai.
J'avais alors mis en place un plan de repérage et étais entrée dans sa maison, cachée au milieu des quartiers chics de Cuba. Une nuit, n'y tenant plus, j'avais forcé la porte. J'avais tout observé et surtout détesté, des cadres photos dans le hall jusqu'à la petite blonde endormie dans son lit. L'envie d'en finir était devenue viscérale. Pour dire vrai, c'était alors plus un besoin qu'une envie. Je m'étais penchée au-dessus de lui pointant le flingue à seulement quelques centimètres de son visage. Je n'avais plus qu'à presser la détente. Une petite seconde et il serait mort.
Mais alors m'était venue à l'esprit la pensée qu'il ne saurait jamais. Si je faisais cela aussi rapidement je n'aurais pas même le temps de contempler la surprise, peut-être même la haine au fond de ses yeux. J'étais alors descendue jusqu'à la salle de bain et avais pris ce qui ressemblait le plus à un stylo à ce moment-là. Je voulais le prévenir, qu'il sache que c'était moi et personne d'autre, qu'il ne pourrait pas s'échapper. J'avais pris soin de faire assez de bruit pour qu'il m'entende, je devais voir sa réaction et m'en délecter.
Je m'étais attendue à tout. Je comptais bien admirer la haine, la peur, la colère … tout ces sentiments destructeurs s'étalaient sur sa petite gueule d'ange alors je m'étais planquée assez près pour avoir un bon angle de vue mais toutefois assez loin pour ne pas risquer d'être démasquée. Comme je m'y étais attendue : il ne mit que quelque petites minutes à débarquer en trombe.
Mais, bien que la surprise soit plus que présente, tout cela avait un goût amer. Ni colère ni haine. Il n'exprimait qu'une immense détresse. Je ne savais toujours pas pourquoi. Néanmoins, dès cet instant tout envie de meurtre disparut. Je savais comment le faire souffrir.
Ce fut dans cette optique-là que je revins quelques jours plus tard pour le face à face tant attendu. L'affronter ainsi fut bien plus ardu que je ne l'avais prévu pourtant j'avais exécuté le plan sans encombre. Je devais donc rentrer. Retrouver Chicago. Ma ville, mon royaume.
Lorsque j'arrivai face à l'immense portail trop longtemps délaissé, les portes s'ouvrirent dans un horrible grincement de joie comme s'ils m'acclamaient eux aussi. Je passai par les jardins en pensant que je devrais appeler un jardinier au plus tôt. Les déménageurs étaient déjà devant le manoir tandis que je me garai et descendis bouillonnant d'impatience retenue.
-Hé ! Toi, gros lard, sais-tu combien vaut la toile que tu tiens entre les mains ? Grognai-je à l'intention du triple idiot qui tenait mon Dali comme si c'était son putain de donut.
Il grimaça et esquissa un semblant d'excuse alors que je m'approchai de lui, lui coupant la parole.
-La ferme. Je vais te répondre : même si tu vivais éternellement, que tu ne te nourrissais pas et vivais dehors, à même le sol et ce, en mettant tout ton salaire de côté, tu ne pourrais pas même rêver de posséder ce tableau.
Je l'attrapai par le col avant qu'il n'ait pu dire un mot, arrivée à la porte, je la poussai fièrement et inspirai l'air ambiant, grisée. Je le tirai jusqu'au hall et lui fit déposer mon précieux Dali et lui fourrai une autre toile entre les mains. Je caressai ironiquement son visage en souriant innocemment.
-Tu es énervé ? Tant mieux. Défoule-toi sur celui-ci. Lançai-je avant de partir à la recherche de ce qu'ils avaient bien voulu laisser.
J'espérai vraiment qu'il éclaterait ce tableau : c'était le préféré d'Eward.
Je pris le couloir de gauche et marchai le long de ma petite galerie des glaces comme je me plaisais à l'appeler autrefois. Deux immenses portes de bois forgés me faisaient face tout au bout. Plus je m'approchais plus les souvenirs affluaient. J'avais passé des journées entières à flâner dans ces lieux, à admirer les fresques le long des murs, à contempler les arabesques et les lignes parcourant les portes, à écouter presque religieusement les cristaux des lustres tinter les uns contre les autres …
Je ne pus m'empêcher de passer mes doigts le long des courbes froides du bois une fois parvenue à la fin de mon périple. Tant de choses avaient changé … peut-être que le changement n'est pas une chose si mauvaise après tout. Peut-être que …
Je me ressaisis, secouant la tête brutalement. Ce qui est fait, est fait. Personne ne peut revenir sur les erreurs passées. Tout me semblait si froid et vide …On ne peut pas changer le passé, on peut juste avancer et faire avec. Je n'y arriverai jamais … Tenter d'oublier est vain et espérer revenir en arrière ne fait que nous détruire d'autant plus. Si seulement …
Je passai mon pouce sur une inscription. Elle n'était pas fine et gracieuse comme le reste, elle ne semblait pas pouvoir se fondre dans la masse tant elle était grossière. Je souris silencieusement, cette fois, depuis trop longtemps, c'était un sourire de bien-être.
« Isabella, par cette main et par ce couteau, je décrète ta totale et irrévocable victoire sur mon esprit déjà trop embué par ta présence. Pour sceller mes mots au plus profond de nos corps et de nos âmes, je m'offre à toi par le biais cette salle. Mon jardin secret. Edward. »
C'était si ironique. Si j'avais su où j'en serai quelques années plus tard au moment où il avait gravé cela, je pense sincèrement j'aurais pu le tuer ou juste le quitter. Enfin … je n'aurai certainement pas pu, à cette époque, je l'aimais bien plus que de raison.
Je frottai ma main contre ses mots comme pour les effacer. J'actionnai la poignée en soupirant. La pièce était comme dans mes souvenirs : immaculée et vide. La poussière avait repris ses droits et recouvrait le sol et les murs. Un meuble massif trônait au milieu de cet environnement stérile caché sous un drap blanc.
Un énorme sourire prit place sur mon visage et je me mis à courir comme une pauvre enfant vers la chose la plus précieuse qu'il soit dans tout ce palais. J'arrachai l'immonde drap pour laisser apparaître mon piano à queue noir.
Je me léchai les lèvres, grisée par l'adrénaline parcourant actuellement mon corps. Je frôlai du bout des doigts l'ivoire glacé et m'empressai de m'asseoir devant le clavier, un air de douce rédemption placardé sur la face. D'eux-mêmes, mes mains esquissèrent le début de The sound of silence de Simon and Garfunkel. J'écoutais le son sacré les yeux fermés et tentais d'ajuster ma voix avant d'entonner ma prière muette. Hello Darkness my old friend …
Les paroles comme toujours semblaient se répercuter directement en moi. Je pouvais entendre mon âme psalmodier en harmonie avec ma voix, son écho se faisant entendre de toutes parts à travers la pièce. Je me sentais délivrée et plus la musique s'élevait plus je me trouvais proche du salut.
Lentement, mes mains caressaient les touches presque inconsciemment. Un léger courant d'air frais entrait par les portes-fenêtres que j'avais ouvert en entrant. Les quelques mèches de cheveux qui dépassaient de mon chignon volaient au vent. Ils étaient libres. La liberté … ce concept m'avait toujours attirée. Cependant qu'est-ce que la liberté ? Chacun avait sa propre vision, son propre idéal. Pour moi, c'était juste ça : pouvoir laisser le zéphyr couler chaleureusement le long de ma peau dans un infime frôlement intime.
Je fermai les yeux dans l'espoir de faire durer la sensation plus longtemps. C'était grisant, enivrant et rien au monde n'aurait pu remplacer cette sensation. Comme si la terre se dérobait sous mes pieds et que l'air me soutenait dans une étreinte langoureuse, comme si je pouvais me lover dans la douceur des nuages et toucher tendrement le ciel. Le paradis n'était plus loin.
Les larmes étaient acides, tranchant mes joues en longs sillons sur leur passage. Prostrée face au monstre d'ivoire, je ne pouvais me résoudre à y poser le regard. Je me demandai même comment j'étais parvenue à me trainer jusqu'ici sans m'écrouler. Le poids est bien trop lourd sur mes épaules. Comment étais-je censée m'en sortir maintenant ?
La porte s'ouvrit mollement, laissant apparaître Edward fou de rage. Néanmoins, je n'y prêtais pas plus attention que cela. La colère paraissait être son lot quotidien depuis quelques mois. Je détournai le regard, fuyant sa présence.
-Bella … qu'est-ce que tu fais encore ici ? Tu le fais exprès c'est ça ? Cracha-t-il en attrapant mon poignée afin de me forcer à le regarder.
Mes larmes semblèrent l'emplir d'autant plus de rage.
-Tu avais promis de passer à autre chose ! Et tu n'essaies même pas ! Cria-t-il.
-J'ai essayé ! Protestai-je.
Il rit amer et passa une main dans ses cheveux. Il répéta plusieurs fois que je mentais sans même chercher à me comprendre. Je n'en pouvais plus. Je me levai prestement, essuyant rageusement les quelques gouttes qui persistaient sur ma peau.
-Je n'y arrive pas ! Je n'y arriverai jamais ! Je ne te pardonnerai jamais Edward ! C'est impossible. Tu as peur, tu t'énerve et me pousse dans mes pires retranchements parce que tu sais la vérité ! Lançai-je pleine de haine.
-Je n'ai peur de rien. Grinça-t-il. Tu es à moi. Continua-t-il en détachant bien chaque mot.
-La partie est finie Edward. La haine a pris le pas sur l'amour. Je ne peux plus continuer ainsi, pas après ce qu'il s'est passé, c'est allé beaucoup trop loin.
Je secouai frénétiquement la tête comme possédée par mes paroles.
-Non. Lança-t-il catégorique. Tu penses que c'est ce que je voulais ? Que j'avais prévu cela ? Tu penses que je ne me déteste pas assez de ne pas avoir réussi à assurer le rôle qui m'était confié ? Alors, oui, la situation nous a dépassé mais il fallait s'y attendre. On ne peut pas être au plus haut éternellement.
-Allons, nous savons que tu ne ressens rien. Raillai-je sarcastiquement.
Il me plaqua soudain contre un mur. Son visage n'était qu'à un centimètre seulement du mien. Je pouvais sentir son souffle court contre ma peau.
-Ce n'est pas parce que moi, je suis passée à autre chose que je ne souffre pas autant que toi. J'ai merdé Bella, crois-moi, je le sais mieux que personne. Comment pourrais-je oublier ? Ma conscience me répète mes erreurs à longueur de journée. Mais le pire de tout, c'est toi. Chuchota-t-il calmement, trop calmement.
-Moi ? Tu ne me laisse même pas le droit d'avoir mal. Je suis censée faire quoi hein ? Jouer la comédie comme si rien ne s'était passé ? Comme si chaque jour que Dieu fait je ne me levais pas en le priant de m'achever ? Comme si … je fermai les yeux, retenant mes paroles.
Il me fixa longuement les yeux écarquillés avant de relâcher sa prise sur mon cou comme brûlé. Il recula maladroitement avant de se laisser lâchement tomber sur le banc du piano.
-Dis-le. Murmura-t-il, finalement après quelque minutes, d'une voix blanche.
Mes pleurs repartirent de plus belle. Je ne parvenais pas à sortir ne serait-ce qu'un mot. Il répéta plus fort.
-Je … je crois que … je ne t'aime plus Edward. Soufflai-je douloureusement.
Il expira bruyamment tout l'air de ses poumons tandis que je m'écroulai au sol. Cependant sans que je ne m'y attende, il me rejoignit et me releva me guidant jusqu'au banc sur lequel il me fit asseoir. Il se posa à mes côtés et déposa un léger baiser sur ma tempe.
-Chante pour moi Isabella … susurra-t-il à mon oreille.
-Je … ne peux …
-Fais-le. Me coupa-t-il.
Je secouai la tête douloureusement posant pour la dernière fois mes doigts sur les touches d'ivoire tandis qu'un de ses bras entoura ma taille et qu'il posait sa tête contre mon épaule. Ma voix s'éleva difficilement, brisant temporairement le silence douloureux qui régnait à présent. Je sentis un liquide chaud s'échouer sur ma peau. Mes larmes se mêlaient aux siennes. C'était la première fois que je le voyais dans cette position de faiblesse intense. Nous avions merdé. Nous avions échoué et rien ne pouvait plus rattrapé cela.
Lorsque la chanson arriva à sa fin, il se leva sans un regard et partit en direction de la sortie. Il s'arrêta lentement dos à moi. Je pouvais presque imaginer son air perdu dans le vague.
-Tu as raison. Joue la comédie, tu as toujours été très bonne pour cela. Souffla-t-il simplement avant de disparaître.
Je restais là, seule et abandonnée. Mes membres étaient engourdis et ma gorge me faisait mal. Je détachai mon chignon beaucoup trop serré et sortis par la porte-fenêtre donnant sur la cour intérieur. L'air frais et revigorant me rendant ma jeunesse trop longtemps oubliée.
Je n'ai jamais joué avec toi Edward, ça a toujours été entre toi et toi.
