Un joyeux noël et une très bonne année à vous tous 3 !


Adam ne sait pas s'il doit considérer cela comme une sorte d'ultime blasphème, la façon dont il trouve Michael adorable quand il dort.

Quelques heures plus tôt :

L'archange lance un regard suspicieux au blond quand ce dernier le guide dans une des chambres et l'amène devant un lit. Adam tente de lui expliquer :

-Juste, allonge-toi sous la couverture et..

-Je sais comment les humains dorment. Le coupe Michael, l'air agacé d'être traité comme un enfant.

-Alors fais-le.

-Je n'ai pas besoin d'un lit pour me reposer, a protesté l'ange en regardant ledit objet comme s'il s'agissait une offense personnelle.

-Tu préfères m'utiliser comme support ? A plaisanté Adam

Michael jette un regard de déni total au Winchester, un regard qui lui crie je-n'ai-jamais-fait-ça-et-tu-ne-peux-pas-prouver-le-contraire, et qui arrache un nouveau rire au plus jeune.

Mais finalement, il dort à présent, et Adam peut se vanter d'avoir réussi à mettre un archange au lit -et ça n'a rien de facile-. Mike a beau lui avoir dit savoir comment les humains dorment, il n'a visiblement que les connaissances de bases, parce que la façon dont il a le visage enfoncé dans l'oreiller aurait déjà étouffé n'importe qui. Ses bras sont posés à plat autour de sa tête comme s'il se prosternait dans son sommeil, et le reste de son corps est aligné soigneusement au centre du matelas.

Adam est complètement béat d'avoir l'occasion de regarder un ange dormir. À vrai dire, il est stupéfait que Michael le laisse rester à côté de lui quand il est dans une position si vulnérable. Il est vrai que cela s'est déjà produit, après tout, quand l'archange était inconscient après s'être battu. Mais c'était différent alors, Mike ne l'avait pas choisi, ne l'avait pas laissé faire.

Peu importe quel genre de sentiments l'ange peut ressentir pour lui actuellement, Adam sait au moins cela, Michael lui fait confiance. Probablement plus qu'à ses propres frères.

Adam n'arrive plus complètement à contrôler les mouvements qui agitent ses doigts quand il sait qu'il peut toucher l'ange. C'est une des raisons pour lesquelles il ne peut jamais être humainement en phase avec Michael. Quand Adam recherche en permanence son contact, sa présence pour être rassuré; l'archange n'a besoin que de scanner l'esprit de l'humain pour le percevoir.

C'est là toute la difficulté, alors que le Milligan ne désire qu'aider Mike à recoudre les blessures qui lacèrent sa grâce, lui-même est instable. Il a du mal à croire que l'ange, à chaque fois qu'il fouille son esprit, encaisse tout sans le moindre froncement de sourcils. Parce que lui-même, il se sent tordu. Il pense que surement, sans Michael, il aurait été brisé dans la cage. Il pense que, probablement, l'être céleste l'a maintenu en un seul morceau autant de corps que d'esprit.

Et c'est autant la solution que le problème, parce que maintenant, il ne peut plus s'en défaire.

Comment pourrait-il possiblement renoncer à l'ange, quand celui-ci avait instauré une symbolique si pesante au plus profond de lui-même ? Michael, dans la cage, fut la chaleur, l'oxygène, la sécurité, la douceur.

Et même s'il peut trouver cela sur terre dans à peu près un milliard d'endroits différents, il n'y arrive plus.

Il est tordu, parce qu'il étouffe, parce qu'il a froid, parce qu'il a peur, parce qu'il a mal.

Et que tout, tout est dans sa tête.

Il exhale lentement, tentant de reprendre le contrôle de lui-même en observant le pouls battre régulièrement dans la gorge de l'ange comme il l'a tant fait autrefois. Il se déteste de gâcher un moment de bonheur, une réconciliation, en ayant une crise de panique.

Il se hait quand juste observer ne suffit pas, et qu'il se rapproche et s'agenouille près du lit pour poser la main contre le dos de Michael et appuyer le front contre son épaule.

Il se dégoûte quand ça ne suffit toujours pas.

Une douleur sourde lui donne mal au cœur, et il ne peut pas s'empêcher de l'écouter. Son démon personnel.

C'est le nom qu'il donne à la partie de lui brisée, enfantine, malade, qu'il a ramené de la cage. Celle qui, s'il était resté trop longtemps en enfer, serait devenue l'intégralité de sa personnalité. Même si elle ne parle pas vraiment, Adam comprend ce qu'elle veut lui dire.

Plus près, plus près, plus près, plusprèsplusprèsplusprès...

Il veut lui hurler de la fermer, parce qu'il est déjà contre Michael, il ne peut pas venir plus près, il ne peut rien faire de plus.

Tout va bien. Tout va bien. Tout va bien. Tout va bien, il se répète pour s'en convaincre.

Il se lève brusquement en sentant Michael remuer contre lui, et paniquant à l'idée que l'ange puisse se réveiller, il sort de la pièce et referme la porte derrière lui. Se laissant tomber au sol, il ramène ses genoux contre lui, se recroquevillant en positionfœtale.

Le démon est furieux, ou peut-être heureux, qu'Adam se soit éloigné de Michael, il est plus fort maintenant. Mais Adam va contre ses ordres, et IL se venge de cet affront..

Une image apparaît dans l'esprit d'Adam. Sa tête est penchée sur le côté, et il peut uniquement voir du sang, beaucoup de sang, coulant sur la table du salon pour aller goutter sur le sol. Ce qui n'a aucun sens parce que cela signifie qu'il est allongé sur la table. Il ne comprend pas ce qu'il se passe, il ne peut que ressentir une douleur atroce dans son bras, comme si quelqu'un creusait sa chair avec les doigts.

Tout près de lui, il y a une tâche rose visqueuse, comme du chewing-gum. Les souvenirs d'un cours de médecine refont surface et, confusément, il comprend que c'est un morceau de cervelle.

Son regard remonte avant qu'il ne puisse l'arrêter.

Au début, Adam pense qu'il ne peut plus respirer. Puis un violent haut-le-cœur le secoue et il a juste le temps de se pencher en avant pour vomir. Alors qu'il se redresse pour essayer de se contenir, ça recommence, sur lui-même cette fois, et il veut se rouler en boule à nouveau pour cacher son visage. Pour que ça cesse.

Kevin apparaît dans son champ de vision, il a l'air terrifié. Il appuie sur le dos du blond en répétant sans cesse :

-Adam, penche-toi en avant. Allez, penche-toi. Tu t'étouffes, Adam..

La bile brûle la gorge du garçon et ses poumons sont en feu. Il glisse sur le plancher sale, essaye de se raccrocher à lui-même. Le manque d'oxygène et la panique l'empêche de penser de façon cohérente, sa vision devient sombre.

Il n'est pas sûr d'avoir vraiment entendu la porte s'ouvrir derrière lui. En revanche, la main qui attrape sa tête une seconde plus tard est on ne peut plus réelle. Adam essaye de résister, tente de rester droit, mais si Kevin demande, Michael force, et il n'a pas d'autre choix que de recracher le liquide acide. Il a tellement mal qu'il en pleure, qu'il en hurle, même si cela empire la douleur dans sa gorge.

À ce moment, Adam veut s'évanouir pour éviter d'avoir à faire face, mais son corps a décidé de l'emmerder jusqu'au bout.

Quand l'ange l'autorise à relever la tête, Adam remarque qu'une tâche jaunâtre couvre une grande partie du T-shirt du brun.

Vomir sur un archange ? Fait.

-Désolé, dit le blond d'une voix si cassée qu'il n'est pas sûr d'être compréhensible.

-J'ai eu pire, répond simplement Michael avant d'envelopper le garçon dans sa veste.

Adam ne comprend pas du tout pourquoi l'archange fait cela, surtout que l'atmosphère ne semble pas encourager un geste romantique, puis il se rend compte qu'il tremble violemment.

Il remarque au même moment que Kevin a disparu. Soit il est parti, soit, plus probablement, Michael l'a congédié.

Finalement, il remarque qu'il est toujours recroquevillé sur lui-même, que Michael est toujours accroupi devant lui à attendre qu'il sorte de son état de choc, et qu'ils sont tous les deux couverts de vomis.

Et qu'ils empestent, d'ailleurs.

-Désolé, il répète, parce que vraiment, des excuses s'imposent.

-Je sais depuis un moment que tu es humain, ce n'est pas un problème.

Adam veut répondre ''Tiens, c'est nouveau ça'' mais ce n'est pas le moment de faire le malin.

Vraiment pas.

Il essuie les larmes qui recouvrent son visage du dos de sa main, même si c'est le moindre de ses problèmes.

Alors qu'il s'accroche à la poignée de porte pour se relever, Michael l'attrape par l'épaule.

-Où vas-tu ?

-Dans la salle de bain, prendre une douche.

-Tu veux de l'aide ?

Adam regarde l'ange avec un visage stupéfait pendant un bon moment avant de comprendre en voyant la façon dont Michael avance les bras vers lui qu'il lui propose de le porter. Il veut l'aider à aller dans la salle de bain, pas à prendre une douche, bien sûr.

Bien sûr.

Adam refuse d'un signe de tête, il pense avoir déjà assez partagé ses sucs digestifs pour la nuit.

-Tu ne veux pas y aller en premier ? Réalise soudain le jeune homme.

-Je peux y aller en même temps.

Deuxième regard mortellement choqué.

-Il y a une trentaine de salles de bain ici.

Adam acquiesce et décide de partir rapidement pour arrêter d'entendre des sous-entendus à chaque phrase.

Quand le garçon croise son reflet dans le miroir au dessus du lavabo, il pense vraiment à revoir sa définition de moche.

Il n'aurait jamais pensé pouvoir contenir autant de liquide dans son estomac s'il n'avait pas la preuve un peu partout sur lui. Il en a même dans les cheveux, sans avoir aucune idée de la façon dont c'est arrivé là.

Il se rappelle soudain qu'il y a longtemps, il devait avoir treize ans, il avait marché sur le pied de la fille dont il était amoureux. Il avait alors dit à sa mère ''Franchement, on ne peut pas faire pire pour se foutre la honte.''

Oh, comme Adam s'était sous-estimé à l'époque.

Il laisse l'eau chaude emporter les traces de sa crise de panique pendant longtemps, trop longtemps puisqu'il faut que Kevin toque à la porte pour qu'il sorte finalement.

-Tu te sens mieux ? demande l'asiatique en se penchant vers lui comme une mère poule.

-Oui, répond Adam d'une voix qui semble ne pas lui appartenir.

-J'ai eu super peur.

-Désolé.

-Hein ? Ah non pas pour ça, mais t'as pas entendu comment ton petit copain m'a gueulé dessus quand j'essayais de t'aider ? Quand il m'a écarté de toi, j'ai bien cru qu'il allait m'arracher le bras.

-Ah ? Qu'est-ce qu'il t'a dit ?

-Je sais pas, j'ai rien compris. «Touche pas, il est à moi» en énochien je suppose.

Adam lui frappe l'épaule parce que c'est déjà la deuxième blague en dix secondes.

-En tout cas, ne le prend pas mal mais Mike est comme ça tout le temps.

-Ne t'en fais surtout pas, je ne le prends pas mal. Par contre je vais partir avant de me prendre une dérouillée par ton copain super-possessif pour t'avoir parlé.

-Ferme-là Kevin, soupire Adam avant de se diriger à son tour vers sa chambre.

Le lendemain, quand Adam se décide à tenter d'avaler quelque chose, quand la sensation de faim devient pire que la brûlure dans sa gorge, il trouve Dean déjà installé devant la table de la cuisine.

Dans le coin de la pièce, il y a un seau et une éponge humide, et Adam se sent honteux en se rendant compte que Dean devait tout juste avoir fini de nettoyer son bordel.

-T'as faim ? Mange donc un peu, lui ordonne son aîné en désignant une assiette remplie d'œufs brouillés l'attendant sur la table.

Le blond s'assied et, avisant le regard inquiet de son frère, il ose une question.

-Comment tu peux... Comment tu as fait pour oublier ton passage en enfer ? Demande t-il, et la façon dont sa voix abîmée part dans les aiguës est vraiment désagréable, surtout quand il parle à Dean.

Ce dernier semble réfléchir, chercher ses mots, avant de répondre.

-Je n'ai pas oublié. Je n'en ai pas guéri non plus. Mais il y avait des choses à faire et des gens à sauver alors je suppose que je suis juste passé outre. Il y a des traumatismes pour lesquelles, avec du soutien, on peut se remettre. Mais aller en enfer, au purgatoire, et toutes ces merdes.. Il n'y a rien à faire à part avancer.

Adam comprend ce que Dean veut dire, même si c'est difficile à encaisser. Il ne peut pas attendre qu'on le prenne en charge, attendre qu'on le remette debout et qu'on lui réapprenne à marcher. Ce n'est pas parce que Michael s'est occupé de lui toutes ces années qu'il pourra toujours compter sur lui les années suivantes.

Ce genre de plaie, tu ne peux pas attendre que quelqu'un vienne les panser. Qu'on te tende la main, ça n'arrivera pas, ou ça ne suffira pas.

D'abord, il faut qu'il réussisse à se remettre par lui-même.

Dans la cage, il ne pouvait ni combattre, ni se rebeller, ni s'opposer à qui que ce soit. Il avait fini par oublier qu'être une faible chose n'était pas une nature de Winchester.

-Tu m'apprendrais à chasser ? Demande t-il à son grand-frère.

Dean acquiesce comme si ça allait de soit.