Peter avait un million de questions. Non ; un milliard, au moins. Il n'avait pas eu le temps d'interroger son colocataire quant à sa présence sur les lieux de l'attaque, son potentiel lien avec le groupe de malfrats, ou encore, bien évidemment, le fait qu'il soit le Chevalier Blanc. Matt l'avait sur-le-champ embarqué avec lui et avait pris la direction de leur campus en tenant Peter au niveau de la nuque afin qu'il n'ait pas droit à un coup du lapin. Pendant les trois secondes et demi qu'avaient duré le trajet, il lui avait été impossible de respirer à cause de la vitesse à laquelle ils s'étaient déplacés, mais il était encore tellement choqué qu'il ne se rappelait même plus s'il arrivait vraiment à respirer normalement.

Au moment où ils s'étaient arrêtés, cachés parmi de hauts buissons qui bordaient le bâtiment où se trouvait la chambre qu'ils partageaient, son colocataire l'avait empêché de se mettre à bavarder en mettant un doigt sur sa bouche, pour l'inciter à garder le silence afin qu'ils évitent de se faire repérer. Epoumonné, le plus jeune avait pris appui contre le tronc d'arbre au pied duquel ils s'étaient retrouvés, essayant tant bien que mal de remettre un peu d'ordre dans ses pensées, tâchant tout de même de ne pas faire trop de bruit alors qu'il était à deux doigts de s'évanouir à cause du manque d'air, comme si l'oxygène refusait tout bonnement d'atteindre ses bronches.

–Qu'est-ce que tu… M-mais… Quoi, mais… ? Pourquoi… ?

–Quand tu auras terminé de bégayer, chuchota l'autre, on pourra peut-être y aller ? sembla-t-il s'impatienter en attrapant un bâton qui trainait parmi les feuilles mortes jonchant le sol, qu'il jeta de toutes ses forces vers la porte principal du bâtiment.

Evidemment, le projectile volant déclencha le spot détecteur de mouvement, et cela fit suffisamment de bruit pour que la personne installée à son poste de sécurité quitte sa place pour venir jeter un coup d'œil à l'extérieur. Matt en profita pour raffermir sa prise sur Peter, qui dut fermer les yeux à cause de ses vertiges tout en retenant son souffle, et le plus âgé l'emmena avec lui dans sa course effrénée. Ils passèrent en coupe-vent à travers la mince ouverture de l'entrebâillement de la porte sans se faire remarquer grâce à leur vitesse surnaturelle et, dans la seconde qui suivit, ils se retrouvèrent dans leur chambre, à l'abris des potentiels regards curieux.

Peter tremblait et transpirait à grosses gouttes, autant à cause de son incapacité actuelle à réguler sa température corporelle qu'à cause du contre-coup. Il sursauta lorsque son colocataire referma violemment la porte avant de la verrouiller dans la précipitation, le son brusque ayant pour effet de le ramener à la réalité. Après cela, il vit Matt traverser vivement la pièce pour aller tirer les lourdes tentures, désireux que personne ne les aperçoive, encore moins dans de tels accoutrements. Même le bruit des rideaux en mouvement fit frissonner le plus jeune. Debout au centre de la chambre, il ignorait quoi faire en dehors d'observer l'autre étudiant agir avec tant de prudence et de sérieux, car une fois les fenêtres obstruées, Matt alla même jusqu'à vérifier la salle de bain en allumant les lampes, qu'il éteignit aussitôt qu'aucun individu indésirable ne s'y était caché pour les prendre par surprise. Ce dernier marmonna quelque chose à propos du fait qu'il commençait à en avoir marre, puis, discrètement, il écarta lentement les rideaux afin de jeter un rapide coup d'œil dehors.

Peter dut se secouer et se reprendre, mais alors qu'il était sur le point de s'exprimer, il se retrouva avec la main de son colocataire plaquée sur sa bouche, le forçant à garder le silence. Il entendit ensuite des pas dans le couloir, accompagnés de quelques mots échangés par le duo d'étudiants qui avait été chargé de surveiller les entrées et sorties de tous, maintenant que le couvre-feu avait été mis en place. Peter croisa le regard de Matt mais il ne sut pas exactement interpréter ce qu'il y lisait. Le plus grand le fixait sans ciller de ses yeux acier, l'air grave, ce qui dérouta encore plus le new-yorkais. Il avait de plus en plus la tête qui tournait et, une fois qu'il n'y eut plus le moindre son de l'autre côté de la porte, Matt le libéra et lui ordonna calmement mais fermement de s'asseoir. Il lui tourna ensuite le dos et alla fouiller dans son armoire, mais le plus jeune fut incapable de bouger, encore trop perturbé par la tournure de cette soirée qui n'en finissait pas.

Examinant Matt remuer ses affaires dans son placard sans visiblement se préoccuper de lui, Peter prit une courte inspiration et retrouva enfin l'usage de la parole.

–Tu… Tu es le Chevalier Blanc…

–Ne m'appelle pas comme ça, répliqua son colocataire sans daigner le regarder, trop absorbé par ses recherches. J'ai jamais entendu plus ridicule. Assieds-toi, répéta-t-il ensuite avec une forme d'autorité que Peter ne lui reconnaissait pas, ce qui ne l'inquiéta que davantage.

–Quand tu cours, et les champs de force, et… reprit Peter, bien décidé à savoir de quoi il en retournait. Et les quatre, c'était après toi qu'ils en avaient et… Et t'es qui !? explosa-t-il, au bord de la crise de panique.

–Assieds-toi ! tonna l'autre pour la troisième fois.

La surprise du ton employé par son ami et la peur grandissante firent reculer Peter d'un pas, puis il se mura dans un silence de plomb, tétanisé. C'était la première fois qu'il découvrait cette facette de Matt, qu'il pensait pourtant avoir cerné. Une fois encore, son monde semblait s'effondrer sur lui-même, l'écrasant sous des montagnes de doutes et de secrets. Matt perçut immédiatement son trouble et subitement, son visage se métamorphosa. Le sportif se détendit et afficha un air plus rassurant, plus familier qui apaisa un tout petit peu le plus jeune, mais ce dernier n'était plus aussi sûr de pouvoir lui faire confiance. Il fut tenté d'encore plus reculer lorsqu'il vit le plus âgé sortir une boite de l'armoire, mais son geste étant dénua d'agressivité, il ne broncha pas. Il serra tout de même les poings, en position défensive, ayant à présent presque peur que quiconque de son entourage s'avère être un traitre.

–Je ne voulais pas être brusque, soupira l'autre pour s'excuser, puis il souleva le couvercle du coffret, dévoilant ainsi qu'il s'agissait d'une sorte de trousse à pharmacie particulièrement bien fournie. Tu m'autorises à te soigner ? lui demanda-t-il posément sans se laisser impressionner par l'air assuré et déterminé que lui offrait maladroitement Peter –qui cherchait surtout à se rassurer lui-même–.

Seulement, la douleur choisit cet instant pour se réveiller et lui rappeler qu'il avait impérativement besoin de s'occuper de ses blessures, ce qui lui demanderait forcément de baisser sa garde puisqu'il n'était pas sûr d'être capable de se débrouiller tout seul. Il prit quelques secondes pour réfléchir à l'offre de son colocataire, puis il finit par obtempérer en desserrant légèrement les poings et, en lâchant Matt le moins possible des yeux, il se débarrassa de la partie supérieure de son costume, la mâchoire crispée –surtout lorsque le tissu frôlait les parties de sa peau étant entée en contact avec les flammes–. Il laissa tomber ses manches et se retrouva torse nu, puis il se décida à s'asseoir sur le rebord de son lit.

Il observa Matt s'affairer de son côté ; la cape à capuche de ce dernier se dématérialisa sous le regard admiratif mais toujours investigateur de Peter, puis Matt déposa la boite ouverte sur son bureau, son ami en profita pour regarder ce qu'il y avait à l'intérieur. Il y avait en effet quelques éléments de bases tels que des tubes de crème, des pansements et rouleaux de bandage, quelques plaquettes de médicaments, du désinfectant… mais aussi divers choses qu'il avait moins l'habitude de retrouver dans ce genre de boite –seringues à l'aspect moderne, fioles remplies de liquides colorés presque fluorescents, une tige métallique qui rappela à Peter l'effaceur de mémoire dans « Men in Black » et d'autres gadgets technologiques qui lui étaient inconnus–. Il regarda son colocataire remplir habilement une des seringues d'un fluide turquoise puis la tapoter de sorte à faire sortir toutes les bulles. Ensuite, il attrapa le dossier de sa chaise, la déplaça jusqu'au plus jeune et s'y installa. Il vit Peter flancher lorsqu'il approcha l'aiguille de son bras.

–C'est un anti-douleur, jugea-t-il donc bon de le rassurer, ce qui le détendit, il planta donc l'aiguille dans son épaule et effectua une simple pression pour y injecter le produit. Je t'écoute pour les questions, poursuivit-il calmement en agissant mécaniquement et efficacement lorsqu'il rangea la seringue et se saisit de l'instrument étrange.

–… Je suppose que ce n'est pas un ivrogne qui t'a fait ça ? devina-t-il en désignant d'un signe de tête l'œil au beurre noir du sportif.

–Très perspicace, commenta-t-il en passant son appareil de part et d'autre du crâne de l'autre étudiant qui le laissa faire, de toutes façons trop fatigué pour commencer à jouer les rebelles, puis un écran holographique sortant directement de l'objet apparut, pourvu de chiffres et courbes divers. Aucun traumatisme et pas de fièvre, c'est déjà ça, énonça-t-il en le rangeant à sa place, puis il jeta son dévolu sur un second instrument, qu'il eut du mal à attraper, que cela soit à cause des bandages qui s'étalaient au-dessus que de ses gants, dont il se débarrassa en pestant à voix basse.

–Ce que tu peux faire, reprit Peter, c'est technologique, scientifique, ou magique ?

–Un peu des trois, lui apprit-il en déposant sa paire de gants à côté du coffret. Magique, parce que courir à environ cinq mille kilomètres heure en vitesse de pointe, c'est clairement surnaturel, commença-t-il à énumérer, scientifique car j'en ai côtoyé suffisamment pour m'inspirer de leurs travaux et techniques, et me débrouiller tout seul comme un grand, ajouta-t-il en allumant l'objet qu'il tenait et qui émit un « bip » court et aigu, et technologique parce que j'ai eu la chance d'avoir un mentor généreux et plein de ressources qui a fait de moi un gosse pourri-gâté, acheva-t-il en passant l'appareil une dizaine de centimètres au-dessus de la peau abîmée de l'autre étudiant.

Peter acquiesça, un peu mal à l'aise par le calme dont faisait actuellement preuve Matt en cette situation que le plus jeune aurait sans hésiter qualifiée de désastreuse s'il ne se l'était pas déjà répété un milliard de fois mentalement. Il fixa avec attention les données qu'affichèrent l'appareil au moment où Matt l'immobilisa. Lui n'y comprit pas grand-chose, mais les résultats ne parurent pas vraiment plaire au plus âgé, qui fronça les sourcils.

–Je suis responsable de tout ce bordel, déclara ce dernier, les yeux toujours rivés sur l'objet qu'il manipulait avec aisance. Je suis désolé que tu t'y sois retrouvé mêlé. Je pensais pouvoir m'ne occuper avant que ça dégénère autant, lui confia-t-il.

–C'est rien, souffla Peter en le regardant faire.

–Non Peter, ce n'est pas « rien », le contredit-il avec fermeté en croisant enfin son regard. Ils ont attaqué la ville et s'en sont pris à toi parce que je n'ai toujours pas réussi à les calmer depuis qu'ils m'ont suivi. Je te dois au moins toutes les réponses possibles, tous les détails que tu souhaites connaitre.

Il remarqua que son colocataire paraissait réellement gêné, la culpabilité se lisait dans ses grands yeux bleus, il avait l'air de sincèrement s'en vouloir de ne pas avoir réglé ce problème plus tôt, sans que quiconque ne termine blessé –voir pire s'il n'avait pas eu autant de « chance » –. Ayant à nouveau détourné le regard, il déboucha un flacon, y fixa un embout et l'approcha du bras de Peter.

–Ca risque d'être un peu froid, préféra-t-il l'avertir.

Effectivement, dès que le produit sortit de son contenant pour se retrouver sur la large zone brûlée, une sensation de fraîcheur parcourut son membre meurtri et il ne put s'empêcher de soupirer de soulagement en fermant momentanément les yeux. Matt diffusa le soin en spray sur sa peau avec précision en étant concentré au maximum sur sa tâche. Les tissus nerveux du jeune homme s'éclaircirent un peu, comme si, à certains endroits, ils se réparaient. Peter ignorait de quelle sorcellerie il s'agissait mais il s'en fichait pas mal, et même s'il savait que les soins miraculeux prodigués par « l'expert » avaient une limite, il devrait guérir plus rapidement que prévu.

–Parle-moi d'eux, finit-il par dire posément, sa curiosité reprenant le dessus.

L'autre soupira tout en poursuivant ses gestes délicats. Il s'empara de la pince à épiler rangée dans la boite et entreprit de retirer très doucement les minuscules particules du costume qui s'étaient incrustées dans la chair du new-yorkais. Son efficacité l'impressionnait, mais l'effrayait également car il réalisa que Matt devait avoir l'habitude de procéder ainsi pour se montrer aussi habile.

–Le beau-parleur aux lance-flammes est un ancien pote à moi, lui révéla-t-il dune voix grave dans laquelle on pouvait déceler une pointe d'amertume mêlée à un soupçon de nostalgie. J'ai rencontré John au cours d'une mission de secours à Washington il y a sept ans. C'était en plein attentat, expliqua-t-il, très appliqué à ce qu'il faisait. A l'époque, il était seulement journaliste, il couvrait l'événement. Quand on s'est pointé avec l'équipe, contrairement à ses collègues, il a su dépeindre un portrait de nous beaucoup plus fidèle que ceux auxquels on était habitué. A partir de là, on a commencé à collaborer ; il avait droit à des exclusivités à condition de n'écrire que la vérité sur nous et en échange, il nous tenait au courant de ce qu'il se passait dans les bureaux où il bossait, et il nous prévenait s'il apprenait que notre aide était demandée quelque part.

–Un peu comme un informateur ?

–Carrément un informateur, confirma le sportif en levant brièvement les yeux vers lui. Mais au-delà de ça, on a fini par devenir amis. Avant que tu ne poses la question, ça a vrillé quand ses… « pouvoirs » se sont révélés et qu'il a refusé notre aide, le devança-t-il, s'étant douté que Peter lui aurait demandé comment ils avaient fini par devenir ennemis. Il est né avec des dons qui se sont manifestés assez tard et qui ont causé énormément de dégâts parce que… Eh bien, parce qu'il a sa fierté, tu as dû le remarquer. Il voulait faire les choses à sa manière, et un de mes coéquipiers en a payé les frais. Après ça, John s'est tiré pour faire cavalier seul, il a mis au point les réacteurs qui lui permettent de maintenir un contrôle sur ses flammes et à force d'être constamment isolé, d'être vu comme un traitre, un danger public et d'avoir mené quelques expériences foireuses avec des gens peu recommandables, on s'est retrouvés sur le terrain, mais pas dans le même camp. Je pense que s'il m'en veut à ce point, c'est parce que j'ai préféré rester du côté de mon coéquipier blessé plutôt que de le suivre dans ses projets délirants.

–Je suis sûr que ce n'est qu'un résumé bien compacté de toute l'histoire, mais… t'as bien fait, souffla Peter avec une honnêteté sans pareille, ce qui parut partiellement rassurer son colocataire, qui s'abstint néanmoins de réagir verbalement à sa remarque. Gabriel, d'où il sort ? voulut-il ensuite savoir.

–On peut dire qu'il a recueilli John quand il a commencé à se perdre. Gabriel les a tous rassemblés, en fait. Ça doit être le moins « ravagé » des quatre en apparence, mais intérieurement, il est impitoyable et il n'hésite pas à foutre le feu à ceux qui s'opposent à sa façon de penser. Tout ce qu'il veut, c'est avoir un contrôle total sur tout ce qui l'entoure et faire en sortes que les personnes comme lui aient davantage d'importance dans la société parce qu'ils sont trop opprimés et trop souvent vus comme des abominations de la nature. En un sens, il a raison, concéda-t-il en reposant la pince à épiler une fois qu'il eut terminé de s'en servir, mais je ne pense pas que ce soit la manière idéale de procéder.

–Comme Thanos, murmura Peter en masquant une grimace lorsque Matt appliqua une seconde couche d'un spray différent sur ses brûlures.

–Comme Thanos, confirma-t-il simplement. Bonne idée de base, réalisation de merde, résuma-t-il avant de se mettre à sourire, ce qui étonna le new-yorkais. Désolé, je connaissais quelqu'un qui aurait adoré me faire une réflexion quant à mon manque de politesse, mentionna-t-il distraitement en, d'une main, diffusant le produit et de l'autre, effectuant une nouvelle série d'analyse à l'aide de son appareil sophistiqué. La fille que j'ai potentiellement rendue invalide avec son propre javelot, c'est la copine de Gabriel. Cal'ysyee Neramani, précisa-t-il. Elle n'est pas très nette non plus, mais j'ai toujours eu tendance à penser que c'était parce qu'elle vient d'une autre planète et qu'elle n'a jamais su s'habituer aux coutumes et mœurs terrestres. Elle a plusieurs noms ; la faucheuse, l'oiseau de la mort… John se fait appeler « Pyro », mais évite de le dire devant lui. Il pourrait encore plus prendre la grosse tête.

Peter hocha la tête, tâchant de retenir chaque petit détail qui lui était divulgué sans qu'il ait à insister pour grapiller des informations. L'appareil de Matt refit « bip » et les données se figèrent. Le sportif le délaissa et posa aussi le spray, puis il se saisit d'un rouleau de bande blanche, qu'il sortit de son sachet hermétique et stérile. Tandis qu'il en déroulait l'extrémité, l'autre jeune homme reprit leur conversation.

–Et… la blonde… ?

–Alors celle-là, ronchonna Matt avec un regain d'énergie aussi soudain que justifié qui amusa un peu Peter –sans qu'il ne le laisse paraitre pour autant–, je commence sérieusement à en avoir marre. Chiméra est compliquée en son genre. Elle trouve qu'envoyer un groupe de dragons fantomatiques aux trousses d'une bande d'ados un peu inconscients est drôle et ludique. On n'a pas toujours exactement la même vision des choses… sur beaucoup de points, marmonna-t-il en commençant à envelopper avec douceur le bras de Peter dans le bandage. J'suis peut-être un poil dérangé, mais à choisir entre essayer de négocier avec mes adversaires et foncer droit sur eux sans réfléchir juste pour m'amuser, je penche vers la diplomatie.

–Ca a l'air d'être le grand amour entre vous, lâcha Peter en le laissant s'occuper de lui. Et sinon… Comment ils ont su, pour moi… ? Enfin, que Spider-Man et moi, on… On était la même personne ?

–De la même manière que moi, répondit platement son ami, focalisé sur ses gestes.

–Alors quoi, ils m'ont vu sortir en douce par la fenêtre parce qu'ils étaient planqués dans mon armoire ? ironisa-t-il, cherchant surtout à détendre l'atmosphère. Ils ont miraculeusement deviné que je vivais ici avec toi ?

–Peter, reprit le plus grand avec tant de sérieux que son ami en eu froid dans le dos. Je n'ai pas deviné que tu étais Spider-Man, dit-il sans relever la tête vers lui. Je l'ai toujours su.

Peter fronça les sourcils. Une fois encore, Matt l'avait perdu. Il se crispa lorsque ce dernier effleura malencontreusement un point plus sensible que d'autres, mais il choisit de passer outre pour le moment, préférant essayer de comprendre ce qu'il avait voulu dire par là. Il eut beau y réfléchir et retourner le problème dans son esprit, il resta aussi confus.

–Comment ça, « toujours su » ? répéta-t-il, dubitatif. C'est… Enfin, c'est pas possible, je t'ai expliqué comment ça s'est passé avec le sortilège de Strange… Il n'y a eu aucune exception, et tu le sais, insista-t-il. Il est impossible que quiconque s'en soit souvenu.

Il était persuadé de ce qu'il avançait. Il savait parfaitement que là-dessus, il avait entièrement raison et ne pouvait pas se tromper, que personne n'avait pu échapper à la magie si puissante du maitre des arts mystiques. Ce qui dérouta plus encore le new-yorkais fut la justification que lui fournît son colocataire.

–A moins de venir d'un autre univers.