Chapitre 1 : Poisonous
« Où as-tu encore mis mon costume noir ? Bon sang, Docteur, pourquoi faut-il que tu sois aussi désordonnée ? »
Le Maître fouille en grommelant l'immense garde-robe du TARDIS. Une voix féminine lui répond d'un ton acide :
« Quel costume noir ? Tu n'as QUE des costumes noirs ! Du noir, du noir, du noir ! Toujours du noir ! Un peu de couleur, que diable, de temps en temps, non ?
– Et si j'aime le noir, moi ? marmonne le Maître. Ah ! ajoute-t-il d'un ton satisfait, le voilà ! »
Il sort l'objet de sa recherche d'un amas de vêtements qui attendent d'être rangés depuis sans doute plusieurs siècles.
« Il va avoir besoin du pressing automatique. Je me demande ce qu'il faisait dans ce tas de vieilleries. »
Avant de quitter la pièce, il s'attarde quelques instants et soulève le pan d'une longue écharpe multicolore ou d'un manteau bariolé. Il tire sur un bout de tissu et ramène au jour un pull-over blanc au col marqué d'un chevron rouge et noir. Il le contemple un instant avec nostalgie.
Les choses étaient plus simples autrefois. Il fomentait des plans pour dominer l'univers, d'autres pour tuer le Docteur. Puis celui-ci lui faisait échec et il s'enfuyait. Et on passait à l'histoire suivante. Maintenant, c'est bien plus compliqué.
La vie en couple, quelle aventure irritante ! pense-t-il.
TTTTTTTTTTTTTTTTTTTTTTTTT
« Qu'est-ce qu'on mange, ce soir ? demande le Docteur après avoir longuement bâillé et s'être étirée. J'ai faim ! Sauver sept cents millions de petits Doupsdoups, ça creuse ! »
Le Maître jette un œil critique aux bottes boueuses que la propriétaire du TARDIS vient de poser sur la console, après s'être effondrée sur le siège de 2CV, qui sert de canapé dans la salle de commande. L'objet avait d'ailleurs émis un fort grincement de protestation devant ce traitement cavalier qu'il subissait souvent.
Ce couinement a le don de mettre les nerfs du Maître à rude épreuve. Il a beau essayer de graisser les ressorts fatigués, ceux-ci s'obstinent à émettre des sons discordants quand on les compresse violemment.
« Pourquoi est-ce toujours moi qui dois cuisiner ? proteste-t-il pour la centième fois, au moins.
– Parce que je suis occupée… et puis tu aimes ça, non ? Si tu venais avec moi, au lieu de rester là, nous mangerions dehors.
– Sauver des gens ? Très peu pour moi, merci ! C'est du poulet aux olives, ce soir, annonce-t-il ensuite. L'une d'entre elles est fourrée à l'arsenic, bien entendu, ajoute-t-il avec indifférence.
– Parfait ! répond le Docteur sur le même ton. Voyons si je saurai la trouver. »
TTTTTTTTTTTTTTTTTTTTTTTTT
« Docteur, Docteur, Docteur ! » gémit le Maître en caressant la nuque de sa compagne.
Les cheveux blonds, ébouriffés, chatouillent son visage tandis qu'il lui couvre le cou de baisers passionnés. Ses mains parcourent le dos souple à la peau satinée et s'arrêtent sur des fesses rondes et fermes.
Les jambes du Docteur se referment sur sa taille, tandis que les ongles griffent doucement ses épaules.
Lorsqu'il se regarde dans le miroir au matin, il contemple ces marques comme il le ferait de glorieuses cicatrices de combat. Cela lui rappelle que, au cours de la nuit, il a tenu cet être qu'il hait autant qu'il l'aime, sous la férule du plaisir. Pendant quelques heures, il a été son Maître.
« Aaah ! Aaah ! Qu'est-ce qui m'arrive ? halète le Docteur. J'ai mal ! J'ai tellement mal ! Je crois… je crois que j'ai mangé la mauvaise olive ! »
La jeune femme se roule en boule et hurle de douleur en se tenant le ventre. Le Maître, affolé, bondit du lit et court vers l'infirmerie, ses pieds nus claquant sur le sol de la machine spatio-temporelle.
« Dimercaprol, dimercaprol, balbutie-t-il en fouillant fiévreusement les tiroirs et les étagères de la petite pièce. Il n'y a donc pas une goutte de dimercaprol, ici ?
– La petite armoire suspendue, celle pour les urgences urgentes, lui indique une voix féminine.
– Merci, répond-il. Ah oui, voilà ! »
Il se retourne lentement, un flacon brun à la main, et regarde le Docteur qui s'appuie de l'épaule contre le chambranle.
« Mais… tu n'es pas… tu n'as pas…
– Je voulais voir quelle serait ta réaction si tu pensais avoir réussi à m'empoisonner, l'interrompt le Docteur. J'ai vu, » ajoute-t-elle, un sourire satisfait aux lèvres.
Il la rejoint en deux pas, le visage si furieux qu'elle ressent un minuscule pincement de peur pendant un dixième de seconde.
« Un jour, je te tuerai pour de bon, grogne-t-il, en la serrant dans ses bras.
– Mais oui, c'est certain ! » murmure-t-elle si bas qu'il ne l'entend pas, en tapotant son postérieur d'une main appréciatrice.
Note de l'auteur : Comme vous l'avez remarqué, ici le Docteur est une femme.
Ce n'est pas quelque chose que j'ai inventé, mais c'est ainsi que cela se termine à la fin de l'épisode parodique (écrit par Steven Moffat en 1999) The Curse of the Fatal Death. Ayant déjà, au cours de l'épisode utilisé presque toutes ses régénération, le Docteur est mortellement blessé et il semble impossible qu'il se régénère. Or cela arrive, mais il devient alors une femme. Si bien que le Maître le trouve tout à coup bien plus attrayant et vice-versa. À la fin, on les voit partir tous les deux, bras dessus bras dessous.
J'ai donc imaginé, dans cette petite fan-fiction où chaque chapitre est totalement séparé du précédent (chacun peuvent donc se lire individuellement) ce que pourrait être la vie de couple du Maître et du Docteur, si chacun d'entre eux garde son caractère et ses objectifs.
