Me revoilààà, mes petits enfants.
Bon je ne m'excuserais plus de vous faire attendre, j'ai une vie et en plus je suis tombée malade la semaine dernière. :'( Je m'en remets tout juste même si cette putain de toux persiste. C'est chiant. Mais surtout, je posterais plus aussi régulièrement qu'avant, je cherche activement un travail, faut bien que je gagne ma vie et là, je suis sur plusieurs pistes! :D Mais je continuerais à poster au moins une fois par semaine. Voire deux. Mais je ne vous promets rien. Mais pour vous consoler un peu, sachez que je bosse sur un OS qui devrait sortir prochainement! ;D Et merci beaucoup de continuer à me soutenir et à me suivre!
J'espère que ce chapitre va vous plaire :$ Je sens que cette nouvelle histoire plait autant que Mon Bel Inconnu xD
Pardon pour les fautes, là je veux juste faire dodo :(
Bonne nuit et à la prochaine!
Ma voix était bloquée dans ma gorge.
Elle ne voulait pas sortir, elle restait coincée là. J'avais l'impression d'être soudainement devenu muet, privé du sens de la parole. C'était assez étrange, je tentais de parler, de former un son mais rien ne sortait. Ma voix restait obstinément prisonnière de ma gorge. Mon subconscient n'en menait pas large non plus. J'étais comme un circuit de moteur: quelqu'un avait versé de l'eau sur les fils et résultat, j'étais complètement court-circuité. Et incapable de redémarrer sans difficulté.
C'est drôle, même le temps semblait s'être suspendu. Il s'était arrêté, d'une certaine façon. Il n'y avait pas le moindre bruit de voiture, ni le moindre souffle de vent. Tout s'était stoppé, tout était silencieux. Le temps s'était figé comme moi, à moins que l'adrénaline me donne des troubles sévères de la vision.
Je ne suis pas le genre de type sensible et maladroit. Bon, peut-être maladroit - l'exploit que je viens d'accomplir en est la preuve mais je ne suis pas le genre de type qui se soucie du regard et du jugement des autres. Et pourtant, j'avais supporté le poids du jugement humain quasiment toute ma vie, surtout par rapport au sujet Maman. Les gens qui disent ne juger personne sont des menteurs; tout le monde juge tout le monde. Quand vous croisez quelqu'un, que ça soit dans la rue, dans le métro où au travail, vous pensez automatiquement à lui mettre une étiquette. Automatiquement. Vous pensez "Cette fille met une jupe alors qu'il ne fait pas chaud; c'est une pute" où "Cet homme a mal boutonné sa chemise, il est désordonné.". Juger, ce n'est pas forcément mal. C'est juste humain. Chaque personne qu'on croise, on la juge.
Je n'ai jamais prêté attention aux rumeurs, aux "on-a-dit" mais là, là, curieusement, je m'en souciais plus que tout. Je me souciais de ce que cet homme, ce total étranger, au bout du fil, pensait de moi. Un adolescent colérique qui venait de l'insulter et de lui souhaiter littéralement de mourir. Ça devait pas être loin de là, si ce n'était pas pire. C'était le silence à l'autre bout du fil. L'inconnu attendait. Je paniquais au fond de moi de ce silence trop calme, trop lourd. Il attendait que je parle, que je lui réponde et j'aimerais lui répondre, ô combien, j'aimerais mais je ne pouvais pas. Je n'y arrivais pas. Parce que la réalité me tombait dessus et manquait de m'abattre au sol d'une violence inouïe.
Ce type, je m'en fichais. Je ne le connais ni d'Ève ni d'Adam mais le problème, c'est que là, je ne m'en fichais pas du tout. Mais alors pas du tout. Parce que je venais carrément de lui exposer ma vie privée en bonne et due forme, sans détour ni pudeur. Quelque chose que je ne réserve qu'à mes amis, les personnes à qui je confie tout sans crainte, parce que je sais, qu'ils sont différents. Ils sont mes amis. Mais cet homme ne l'était clairement pas. Et il venait de plonger en plein dans ma vie. Si j'étais un peu plus précis, c'était moi qui venait de le pousser dedans. Il n'avait rien demandé, lui, le mec à la voix sexy. Bien joué, Eren. Très bien joué. A quand la prochaine bourde? Je suis un vrai gaffeur mais là, je bats un nouveau record.
Ce qui était étonnant, c'est que l'inconnu persistait à attendre ma réponse. J'arrivais à percevoir sa légère respiration. Je me demandais quel son faisait la mienne. Elle était accélérée, erratique. Le type de respiration qu'on a quand on se rend compte qu'on a fait une boulette. Une sacré boulette. Et ce type patientait. Il attendait réellement que je finisse par lui répondre. A sa place, j'aurais déjà raccroché, en me disant que j'étais simplement tombé sur un malade mais pas lui. Pourquoi il ne raccrochait pas? Ça serait plus facile comme ça. Pour lui comme pour moi. Mais non, ça aurait trop simple. C'était peut-être ça, le truc. Je l'avais insulté, il ne tenait pas à me rendre les choses plus faciles. C'était une sorte de punition, alors? Il était en droit d'exiger des réponses. En fin de compte, si j'étais lui, je réagirais de la même façon. Savoir pourquoi je me faisais insulter.
Mais si il espérait sérieusement des explications détaillées, il pouvait se brosser. Hors de question que je lui dise un seul truc de plus. Je m'étais suffisamment humilié pour la soirée.
Comment l'envoyer bouler délicatement?
Tandis que je cherchais en vain une solution et le don de la parole, Jean me regardait, impuissant. Il était en retrait mais restait très attentif. Son regard trahissait ses pensées, il était aussi affolé que moi mais lui, il ne pouvait vraiment rien faire. Il devait se sentir coupable de ne pas pouvoir intervenir, il n'en avait pas le pouvoir ni le luxe. Cette histoire ne le concernait pas, il était juste un témoin. Son seul crime, c'était d'être avec moi, ce soir, alors que j'avais saturé et pété les plombs. Pauvre Jean, il restait près de moi pour m'apporter un soutien moral, alors que quelques minutes auparavant, j'avais tenté de lui faire manger sa langue. Quel brave type! Je ne manquerais pas de louer ses compétences amicales auprès de Mikasa.
Non, concentre-toi, concentre-toi. Tire toi de ce merdier avant de t'en replonger dans un autre.
J'entendis un bruit agacé à l'autre bout du fil. Je sursautais comme un lapin. Ce minuscule bruit me sortit de ma torpeur générale. C'était comme se réveiller en sursaut le matin. C'était le signal. Ce type s'impatientait. Il était agacé. Je l'agaçais, à garder le silence, à me murer dans mes défenses. Il attendait après moi, autant ne pas le déranger plus longtemps. Je crois qu'il en avait eu assez pour la soirée, inutile de l'énerver davantage. Après tout, je ne le connais pas. Inutile de lui faire perdre plus de temps. Et à moi aussi.
Je me raclais la gorge. Je forçais ma voix à sortir, à se faire entendre. C'était dur. Elle était bizarrement lourde et écorchée.
- Hum...je... vous... hum...
Magnifique. J'ai retrouvé le don de la parole mais au stade primaire. A moins qu'on ne dise primitif. Bon là, je n'en n'avais rien à foutre. Il y avait plus important à traiter. J'ai trop la mauvaise manie de m'éparpiller rapidement, surtout en temps de crise. Et là, je traversais une crise, du moins pour moi. Ma voix était de retour malgré le fait qu'elle tremblait un peu mais c'était si subtil que je doute qu'il ait remarqué. Il fallait juste que je forme des phrases claires et distinctes. Je devais très vite me sortir d'affaire, cet appel durait trop longtemps à mon goût. Et le silence radio de la part de l'inconnu ne m'aidait pas, mais alors, pas du tout. J'aimerais qu'il parle, un peu pour me détendre l'atmosphère, devenu plus qu'étrange.
Il s'exécuta, par miracle. Peut-être avais-je développé le mystérieux don de la télépathie?
- Passionnant. Mais encore?
Sa voix avait claqué, sec et sans bavure.
Réflexion faite, j'aurais largement préféré qu'il continue à se taire. Son mépris ne m'avait pas échappé même si il ne l'avait pas vraiment caché. C'était trois petits mots et pourtant, c'était la phrase la plus sarcastique qu'on m'avait sortie depuis fort longtemps. Il n'avait pas haussé la voix ni modifié le timbre de sa voix. Il était indifférent, presque ennuyé. C'était pire que le mépris. Je l'ennuyais. En temps normal, je ne serais pas autant mortifié par autant d'ironie mais là, je n'étais pas en état de tolérer quoique ce soit. Je n'étais pas en état.
De plus, le timbre de sa voix m'avait encore électrisé à mes dépends. Ma peau se couvrit de nouveaux frissons, contre mon gré. Il y avait quelque chose dans sa voix qui me transperçait. Elle était banale pour autant mais je frissonnais quand même. C'est comme réagir au bruit désagréable que certains manteaux produisent quand on glissent nos doigts dessus. C'était pareil. Je réagissais au son de sa voix, c'était étrange. Et désagréable. Et humiliant. J'avais déjà deviné au son de sa voix, qu'il était plus âgé que moi. Sa voix respirait l'expérience à plein nez. A côté, ma voix n'était qu'un gargouillis de bébé. C'est un adulte, je suis un enfant.
C'était parce qu'il était adulte qu'il pouvait se permettre ce genre de réflexions tout en restant simple et poli? J'espère apprendre ça très vite, étant donné mon problème d'intégration, ça me serait fortement nécessaire.
Ma première envie est de l'envoyer se faire foutre mais je me rappelais de justesse que je l'avais déjà bien insulté quelque minutes avant. Je lui avais dit des choses horribles, et des choses qu'il ne méritait pas d'entendre. Je ne savais pas qui était ce type mais il ne méritait pas toutes ces paroles remplies d'amertumes et de rancœur. Qui sait, c'est peut-être un sale type mais ce n'est pas mon sale type.
C'était normal qu'il soit un peu sarcastique. Je me mettais à sa place. Même si il n'essayait pas de se mettre à la mienne. Cet homme a t-il pensé à ce que je peux ressentir, là maintenant? Après lui avoir expliqué en détail à quel point j'espérais que mon père aille en enfer? Il pourrait se montrer un peu plus compatissant envers ma personne. Non, c'était ma faute. J'inspirais à fond pour me détendre. J'étais crispé. Mes muscles étaient aussi durs que du béton. J'étais fatigué, énervé et encore trop émotif par rapport à mon père. La colère parcourait encore mes veines, elle semblait déborder des pores de ma peau. On aurait dit un drogué faisant face aux effets de manque. Je tressautais sur place. Je tapais du pied tel Bugs Bunny, le célèbre lapin. C'est ma faute. Ce type n'avait rien demandé. Je lui étais tombé dessus, il était temps de rectifier le tir.
J'avais plus qu'une envie: rentrer chez moi, dormir et ne plus bouger durant les prochains jours.
Je savais quoi dire; il n'avait pas besoin de tout savoir et moi non plus. J'étais en tort, je m'excuserais et basta. Le truc, c'était comment? Je désirais agir en adulte mais je ne savais pas comment. J'étais trop nerveux, cet étranger me rendait trop nerveux. Je décidais d'ouvrir la bouche et de me lancer, suivant mon instinct, toujours fidèle après toutes ces années:
- Je... Excusez-moi pour tout ça, je me suis trompé de personne. Euh, de numéro, de numéro! Je veux dire, on peut pas se tromper de personne au téléphone, haha! ... Même si c'est ce que je viens de faire, à vrai dire... MAIS, je- je suis désolé, je n'ai rien contre vous, je vous ai pris pour quelqu'un d'autre. Je m'excuse de vous avoir insulté d'enculé comme ça. Et d'avoir dit qu'il fallait vous castrer. Et d'avoir souhaité que vous brûlez en enfer.
Je voyais Jean me faire des signes avec ces bras, tel un singe. Je crois qu'il me disait de me taire, d'éviter de rentrer dans ce genre de détails. Mais je ne pouvais pas arrêter ma langue. Quel ironie. Tout à l'heure, j'étais incapable de parler, et voilà que désormais, j'étais incapable d'arrêter de parler. Je m'enfonçais de plus en plus dans le pétrin et je rougissais au fur et à mesure. Il n'y avait personne à part Jean mais je devenais rouge quand même. Je gesticulais avec mes mains comme si il pouvait me voir à travers le portable. J'étais très mal à l'aise et incroyablement pathétique. Mais je continuais à me ridiculiser.
- Je... bref, je - désolé je sais pas quoi dire, je suis pas doué avec les mots et j'ai quand même voulu vous castrer et - et je continue à dire n'importe quoi, vraiment désolé! Et vous ne dites rien mais c'est mieux, hein, ajoutais-je précipitamment. Je préfère que vous ne disiez rien, ça me donne l'espoir d'envisager que vous n'écoutez pas où que vous vous en fichez... Mais de toute manière, vous vous en fichez! Je veux dire, il a déjà dû vous arrivez des trucs plus captivants qu'un pauvre mec vous traitant d'enculé par erreur.
Jean ne bougeait plus ses bras. Pour être plus précis, il m'avait même tourné un peu le dos et se cachait le visage dans sa main droit, en le secouant. Il avait l'air aussi épuisé et désespéré que moi. Le message était clair: démerde-toi, c'est pas mon problème. Il avait abandonné le champ de bataille et me laissait tout seul, me battre pour ma survie. Je ne pouvais guère lui reprocher sa désertion. J'aurais aimé déserté de mon propre corps mais la loi de l'univers a rendu impossible les voyages astral. Cruelle loi de l'univers. Aucune compassion ni considération.
Les mots continuaient de quitter mes lèvres, formant un récit incompréhensible et embarrassant. J'en perdais le fil au fur et à mesure que je me maudissais de ma propre incapacité à gérer une situation critique. L'homme ne parlait pas où peut-être qu'il n'avait pas le temps d'en placer une avec mon monologue. Je parlais tellement, dès que je sortais une connerie, j'en ressortais une autre pour rattraper le coup. Mais je ne faisais que brouiller encore plus les pistes. Le mec à la voix sexy en aura des trucs à raconter à ses amis en rentrant. J'ai la fabuleuse capacité d'offrir des anecdotes hors du commun à raconter aux personnes qui croisent ma route. Et celle-là ne manquait pas à la parole. C'était du lourd.
Mais ça m'aidait qu'il se taise, sa voix ne pouvait pas me déconcentrer comme ça.
Le stress se faisait de plus en plus sentir, que ça soit dans mon corps où dans mes mots. Je saturais et mon mal de ventre se faisait trop fort pour être ignorer, plus maintenant. Je jetais un coup d'œil en coin à Jean. Il était lasse et au bord de la rupture. Je sentis que je ne pourrais pas profiter de sa subite sympathie encore longtemps. Ma maladresse l'avait toujours agacé, bien que beaucoup amusé, mais là, il ne souriait pas du tout. Je m'affolais encore plus. Je ne voulais pas mettre à dos Jean en prime, je n'avais pas assez de force pour me battre sur deux fronts. Tout dans ses yeux transmettait un message précis: abrège. Je devais siffler la fin du match, sonner la fin de la partie. Mettre le holà. Aussi bien pour Jean, Monsieur l'Inconnu et moi. Les bourdes, c'était fini pour aujourd'hui. J'en avais déjà assez fait. Stop.
- Ce que je veux dire en gros, c'est vraiment vraiment désolé pour vous avoir dérangé! Bonne soirée! Bonne chance!
Et là, j'ai brutalement raccroché.
Un lourd silence s'ensuivit, un silence durant lequel toute la pression sur mes épaules, disparu aussi facilement qu'elle était venue. Comme si elle n'avait jamais existé. Et quelques secondes plus tard, on aurait cru que c'était le cas, pour de vrai. Je me sentais mieux, je respirais à nouveau, tout mon corps se relâchait avec bonheur et joie. Hélas, mon cœur continuait sa course de dératé. Il bondissait dans ma poitrine, encore et encore. Je ne distinguais aucune forme d'amélioration où de paix. Il battait fort et ne souhaitait pas ralentir ni se calmer. Peu importe, je mettais ça sur le compte de l'adrénaline, encore présente dans mon sang.
Je fixais mon portable dans la main, avec un air ahuri. C'était un modèle léger mais il me paraissait lourd. Il pesait dans ma paume. Il semblait même vibrer encore, un bourdonnement imperceptible. Mais un bourdonnement si réel. Je n'arrivais toujours pas à croire à ce qui venait de m'arriver. Mon père me semblait lointain à côté de ça. De l'étranger. Je n'étais plus en colère, pas calme, mais moins furieux et moins sur le point de foutre le feu à la ville. Mes mains tremblaient encore un peu. Stop, c'est stop Eren!
Jean coupa le silence avec sa voix incrédule:
- Tu lui as raccroché au nez?
- Jean, je suis choqué que ça soit ça qui te choque le plus plutôt que j'ai souhaité qu'il se fasse castrer, que Satan soit son nouveau propriétaire et de lui souhaiter une vie sexuelle épanouie tout en lui souhaitant d'être impuissant.
- Justement, tu lui as raccroché au nez après lui avoir dit tout ça? Tu réalises où quoi? Tu ne lui as même pas laissé le temps de parler ni de te dire qu'il accepte tes excuses, si jamais il les acceptes mais à mon avis, c'est mort maintenant.
- Il se dira juste que je suis impoli.
- A mon avis, il doit penser à des mots plus forts "qu'impoli".
L'irritation me gagne à vue d'œil. Je ne voulais pas me disputer avec Jean mais tout ce que je voulais, là tout de suite, c'était d'oublier cet inconnu et sa voix qui m'avait complètement troublé de la tête au pied. Et aussi cette soirée pourrie et décevante. Et il ne m'aidait pas en insistant sur ce sujet.
- Eh ben, il pense ce qu'il veut, parce qu'honnêtement Jean, je m'en fous. Je. m'en. cogne. Je veux juste rentrer chez pour plonger dans des rêves où je crucifierais mon père à une croix avant de foutre de l'huile et de le brûler vivant, pour me repaître de ses cris.
- Je pense que tu devrais prendre rendez-vous avec le psy de l'école.
- Jean, l'infirmière du lycée se tape mon père.
- J'ai dit psy. Pas infirmière.
- L'infirmière du lycée occupe aussi le poste de psychologue.
- Okaaaaay, mauvaise idée. On rentre?
- Ouais.
- Juste... "Bonne chance"?
- Ben oui, bonne chance dans la vie quoi. Quoi, tu crois que j'aurais dû me montrer plus clair?
- Non, je crois que c'est bon. C'est même très bien comme ça.
Je regardais Jean s'éloigner, en riant dans sa barbe. Je soupirais avant d'aboyer:
- Ben quoi?
Il n'a pas répondu. Il a continué à rire.
Je déteste le métro.
Franchement, je sais que c'est censé être une invention utile, notamment pour ceux qui travaillent et qui n'ont pas de voitures, mais je me suis toujours demandé secrètement si ce n'était pas plus un moyen de déclencher une guerre civile. Les gens se bousculent, se marchent dessus, et se regardent les uns et les autres, avec une lueur hostile dans le regard. Apparemment, la solidarité entre citoyens ne comptait pas dès qu'on entrait dans ce truc,, il y avait comme une espèce de barrière invisible dès qu'on s'engageait dans le métro. Les gens polis et civilisés se transformaient en bêtes sauvages, en guerre du territoire. Le moindre petit espace était pire qu'une terre promise à leurs yeux. Personne n'aide personne, c'est chacun pour soi. Il ne faut compter que son soi-même, sinon on se fait bouffer. Le métro, de mon humble point de vue, c'est l'enfer.
Ce soir-là, le métro était anormalement bondé pour une heure aussi tardive. Il était déjà plus de vingt-deux heures passés et pourtant, on se serait cru en pleine heure de pointe. Je tentais vainement de garder mon petit espace, calé dans un petit coin en essayant de ne pas me faire écraser par deux hommes, qui ne semblaient pas connaitre les notions d'espace personnel. Mais c'est vrai que dans un métro, l'espace personnel n'existait plus du tout, il était même oublié. J'étais dans une boite à sardines, piégé par les autres, acculé contre le mur. Je mourrais de chaud, alors qu'on était à peine, au début du printemps. Il y avait trop de monde, trop de personnes, trop peu d'air respirable. Je soupirais d'irritation. Pourquoi le seul soir où je décidais de prendre ce moyen de transport, déjà bien assez chaotique, il fallait que toute la population de Trost se décide à le prendre à la même heure? Quel chance de merde.
Jean n'en menait pas large non plus. Comparé à lui, j'étais même chanceux. Il était sur le point de disparaître sur la masse d'une femme rondouillarde et imposante. Je la soupçonnais d'en faire exprès. Dès que je quittais des yeux Jean une seconde, et que je reposais mon regard dessus, il n'était quasiment plus visible,on ne voyait qu' l'idée d'intervenir. Qu'il se démerde, je n'étais pas d'humeur à jouer les chevaliers galants. Jean, je crois que tu as une touche. Cette idée ne me fit même pas sourire. Mes nerfs étaient à vif, mes mains étaient crispés. Je n'arrivais pas à me détendre. Dans cet espace clos, il n'y avait rien d'autre à faire que penser, et malheureusement, mes pensées avaient pris un chemin indésirable.
Même les petits bips du métro annonçant la prochaine station m'agaçaient à un niveau élevé. Je ne pouvais pas bouger, les deux hommes m'enserraient trop. J'espère pour eux qu'ils ne comptaient pas me toucher le cul, parce que sinon, ils descendront dans un sac mortuaire. Ah, Jean essayait de se dépêtrer du piège mortel. Courage Jean, que la force soit avec toi. Je suis immonde. Il m'a accompagné et je le laisse se débrouiller tout seul. Mais c'était pas comme si je pouvais faire quelque chose. J'étais bloqué aussi.
Il y avait une autre femme, assise quelques sièges plus loin. Celle-ci ne cessait de me lorgner comme si j'étais sur le point de l'agresser. Elle serrait fermement son sac. Je crois, que sans plaisanter, elle se préparait à me frapper avec, au moindre mouvement qu'elle jugerait suspect. Mais vu la lueur de folie dans ses yeux, quoique qu'on fasse, on serait suspects. Sans doute, s'imaginait-elle que j'étais un détraqué sexuel en quête de femmes avec lesquels, j'assouvirais mes désirs de dominance et de plaisir malsain? Pourquoi, les femmes s'imaginent-elles, que parce qu'elles ont un vagin, ça fait d'elles, automatiquement, des cibles faibles et appétissantes? Sérieusement? Okay, certains hommes sont des violeurs mais faut pas tous nous mettre dans le même sac, sous prétexte que nous possédons également un pénis! Il faut vraiment qu'elles changent d'état d'esprits.
Manque de bol pour elle, elle n'avait pas choisi son jour pour me regarder comme si j'étais un monstre. Je dardais mon regard vert perçant sur elle, sans détour ni crainte, en haussant un sourcil ayant l'air de dire "Il y a un problème?" Elle rougit jusqu'à en devenir écarlate et détourna les yeux comme si elle s'était brûlé. Je n'étais pas du tout d'humeur à supporter ce genre de conneries. Je me sentais ridicule et humilié. Et la colère que j'avais éprouvé jadis et qui s'était un peu apaisée, faisait de nouveau des siennes. C'était fatiguant toutes ces émotions, mon cœur se remettait de toutes ces montagnes russes. J'étais plutôt posé comme garçon, pas non plus un saint, loin de là même, mais je n'étais pas ce qu'on pourrait appeler un adolescent problématique. Enfin, je pense.
Je pensais à mon père. A l'infirmière de l'école. A ma mère. Je n'avais rien d'autre à faire à part penser, penser et encore penser. A ma vie, à la sienne, à la notre. Elle était toute seule à la maison, elle devait m'attendre. Elle ne dormait pas tant que je n'étais pas rentré. Tout autre adolescent rebelle aurait trouvé ça chiant ou énervant, mais pas moi. Je la comprends mieux que quiconque. Elle avait besoin de savoir que j'étais près d'elle avant de s'endormir. Elle avait besoin de moi, elle n'était pas dépendante - elle l'avait été à un certain moment mais je savais qu'elle se restreignait déjà beaucoup. Elle avait peur dès que je mettais le pied dehors. Peur de ne pas me voir revenir. Et tout ça, c'était sa faute. Elle allait mieux mais elle resterait à tout jamais, un peu brisée, un peu fanée à l'intérieur. Je ne pouvais pas changer ça. Il n'y a avait que lui qui pouvait.
Mais je ne le laisserais plus jamais s'approcher d'elle. Je n'avais pas réussi à la sauver la première. Je le sauverais la prochaine fois. Avec ou sans lui. Peu importe les conséquences.
Je pensais à lui et à sa nouvelle femme. Ils devaient être quelque part dans la ville, en train de se planquer, tels deux adultes supposés responsables. Ils devaient plaisanter, boire du champagne, regarder un film, blottis l'un contre l'autre le canapé. Ils devaient être heureux. Tandis que ma mère se reconstruisait peu à peu. Elle était bien dans vie, bien dans sa peau. Mais elle n'était pas heureuse. Alors que lui, devait l'être. Pourquoi? Pourquoi lui et pas elle? Qu'avait-elle fait pour mériter ça? Et lui, qu'avait-il fait de si merveilleux dans sa vie pour s'en sortir sans éprouver la moindre honte où culpabilité? Qu'est-ce qui les a différenciés? Qu'est-ce qui a changé pour qu'on en arrive là?
Ce n'est pas grave. Maman m'avait moi. Je serais là, moi. Je ne lâcherais pas sa main. Je la tiendrais aussi longtemps qu'il le faudra.
Je coupais court à ces pensées.
Une boule se formait dans ma gorge. Trop tard. Je me mordillais la lèvre et fermais les paupières. Je pleurerais à la main, pas ici, pas comme ça. Pas maintenant. S'il vous plait, pas maintenant. Je ne suis pas assez fort pour supporter les regards, la pitié, la curiosité des autres dans ce métro. J'allais craquer encore une fois mais pas de colère, j'avais encore plus envie de pleurer que tout à l'heure. Je veux pleurer. J'en ai terriblement besoin. Il me fallait une distraction, n'importe quoi. Pense à autre chose, pense à autre chose, pense à autre chose. Pense aux petits lapins par exemple, aux gentils petits lapins tout roses et pelucheux. Les petits lapins roses que les filles trouvent mignons mais qui sont ridicules. Ouais, pense au monde mystérieux qu'on nomme "la femme". Juste, est-ce que je devais considérer Sasha comme une femme? C'était plus un ogre. Bah!
Ma méthode ne fonctionna pas. Mes pensées dérivèrent encore mais se concentrèrent sur quelque chose de totalement opposé et hors du contexte: l'inconnu. N'empêche, il devait se marrer à l'heure qu'il est. Moi aussi, j'en rigolerais plus tard. Mais ce n'était pas au programme de maintenant. Le timbre de sa voix restait gravé dans ma mémoire. C'était trop bizarre. J'y repensais et voilà que les frissons revenaient. Cet effet sur ma peau me rendait perplexe. Penser à lui aussi. Je pensais à un inconnu alors que mon père avait pris les jambes à son cou. Classe. Peut-être que mon subconscient avait besoin de détourner mon esprit du vrai problème envers un autre problème? Petit le problème qui n'en n'était pas un. C'était réglé. Je n'entendrais plus jamais sa voix perturbatrice et cette idée me soulageais énormément. C'était trop de pression. Trop de frissons.
Je posais mon front contre la barre, fixant le vide.
Aaah, je veux juste changer d'air...
Je tressaillis en sentant mon téléphone vibrer dans la poche de mon blouson. C'était un message. Je le sortis avec difficulté, c'était pas comme si ces deux pots de colle allaient m'aider en se poussant légèrement pour m'offrir plus d'espace et d'air. Je grommelais dans ma barbe avant de lire mon sms. Je me glaçais. Le sms venait d'un numéro inconnu. Mon souffle ralentit dans ma gorge.
Émetteur: Inconnu
Tes excuses étranges sont acceptés.
Oh non, mon cœur repartait au triple galop. Pas besoin d'être un génie pour deviner qui était l'inconnu. C'était l'Inconnu. Il m'avait répondu. Il m'avait envoyé un message. Et il trouvait mes excuses étranges. Bon sur ce point, j'étais d'accord avec lui. Mais pourquoi m'avait-il envoyé ce message? Le temps s'était de nouveau figé tout comme moi. Je n'entendais plus aucun bruit, mes oreilles avaient coupés le son. Je ne distinguais que des formes et des couleurs qui bougeaient tout autour de moi. Je ne voyais que mon portable. Je n'eus pas le temps de réfléchir plus que ça qu'un nouveau message apparu sur mon écran. Celui-ci me coupa littéralement le souffle et le cœur.
Émetteur: Inconnu
Eh non, tu es de loin la chose la plus captivante qui m'est arrivé depuis longtemps, gamin.
