Bonsoir.
Pour ceux qui me connaissent déjà, non, ceci n'est pas une hallucination. Vous ne rêvez pas non plus. Je suis bien de retour après plus d'un an d'absence. Je ne vais pas mentir, j'ai eu un gros syndrome de page blanche ainsi que quelques problèmes de santé. :) Rien de grave cependant et pendant ce long moment de disparition, j'ai réussi à trouver un CDI de 35 h en commerce! Et je bosse aussi deux dimanches par mois! ;) Je ne vous promets rien si ce n'est une chose, le prochain chapitre est pour Mon Bel Inconnu. Je ne dis pas quand parce que je reprends doucement et d'ailleurs, je m'excuse pour ce chapitre médiocre et les fautes d'orthographes pourries. Sincèrement.
Je vous souhaite une bonne lecture et j'espère que ce chapitre vous plaira quand même! ^^
Tic, tic, tic tic.
Mes doigts parcouraient avec vitesse mais hésitation le clavier de mon portable qui ne cessait de chauffer de seconde en seconde. Pour refroidir ensuite, parce que j'effaçais aussitôt les quelques lettres qu'affichait mon écran, en pleine tourmente, incapable de choisir quoi dire, quoi répondre à ce foutu message. Je me passais nerveusement une main dans mes cheveux. Je ne sais pas quoi faire et je déteste ça. Mes deux pouces survolaient mon téléphone, reflétant le conflit intérieur que je me faisais subir à moi-même. Je me tortillais sur place, ma chaise grinçait sous mon poids alors que dans la cuisine, je n'entendais rien mis à part les sons que produisaient ma mère, en tenant un monologue à voix haute. Cependant, je ne comprenais rien de ce qu'elle disait, elle était comme un son d'arrière-fond, tout comme une télé qu'on allume juste pour avoir du son derrière soi. J'étais trop occupé à fixer l'écran de mon portable et à relire un message, le même qui m'avait empêché dormir.
Eh non, tu es de loin la chose plus captivante qui m'est arrivé depuis longtemps, gamin.
Connard. Foutu connard.
Quel genre de personne normal envoie un tel message à quelqu'un après que celui-ci l'ai insulté de quasiment tous les noms? Un taré, sûrement. Ça ne peut être qu'un gros taré, c'est certain. Ce type est carrément un espèce de gros psychopathe même. Je veux dire, on envoie pas ça, ce genre de sous-entendu malsain à un étranger sans avoir une idée derrière la tête, non. Où alors, il a menti. C'était fort possible. Je ne connaissais personne qui puisse rester de marbre après tout ce que je lui avais balancé. Même le plus sympa des hippies m'aurait sauté à la gueule. Voilà, il était énervé et son putain de SMS était sa façon de me faire chier. De me faire douter, de me troubler le cerveau, de me rendre fou. Juste une manière de punir en me faisant penser à un salaud qui n'en n'avait probablement rien à foutre de moi et de ma petite personne. Son plan de merde marchait à merveille, fallait le reconnaître: je ne faisais que penser à ce SMS et à la personne qui me l'avait écrit, caché derrière son écran.
- Eren?
Je sursautais et mon portable se fracassa par terre. Merde! Merde! A cause de ce con, je faisais tout de travers et j'agissais n'importe comment.
Ma mère ne fit aucun commentaire devant mon comportement inhabituel et m'offrit un de ses sourires qui me réchauffait toujours le cœur. Elle avait l'air amusé de mon attitude et apporta sa tasse de café à ses lèvres tout en me fixant droit dans les yeux. Oh, je savais très bien ce qu'elle faisait. Elle essayait de me sonder, de savoir ce qui pouvait occuper toutes les pensées de son fils. Elle était très forte pour ça. Et j'adorais quand elle faisait, ça me rassurait. J'avais l'impression que rien n'avait changé dans notre vie. La réalité était tout autre. Même si elle allait beaucoup mieux, ce n'était plus pareil. Quelque chose avait cassé. Tout était différent. Je le savais et elle aussi.
- Je te sens ailleurs ce matin, mon chéri. Et tu n'as pas l'air d'avoir bien dormir, tu as de grosses cernes sous les yeux.
Elle effleura tendrement mon visage et la chaleur de sa main manqua de me faire pleurer.
A cause du passé, j'étais sensible quand elle me touchait avec affection et amour. J'étais toujours méfiant, comme si le peu de bonheur qu'on avait retrouvé, allait de nouveau se faire la malle.
Putain et comment que j'avais pas dormi. Le peu de temps où j'avais pu accéder aux bras de Morphée, mes rêves plus étranges les uns que les autres m'avaient aussitôt sorti de mon sommeil. C'était presque toujours le même cirque: j'étais soit à l'école, soit à la maison, soit sur les quais et il y avait un individu dans l'ombre qui m'observait de loin, avec une certaine insistance dans le regard. Mais je ne savais pas si c'était l'inconnu où si c'était mon père, c'était bien ça le problème.
Papa.
Rien que de penser à lui me retourne l'estomac. J'aimerais paraître indifférent face à son souvenir mais je n'y arrivais pas. Ça me faisait atrocement mal. Hier, la colère avait primé sur tout le reste mais là, après avoir passé une mauvaise nuit et à la lumière du matin, j'étais incroyablement blessé. Blessé parce qu'il m'avait fui, parce qu'il n'avait pas voulu me voir, parce qu'il n'avait pas voulu de moi.
Et qu'il ne voulait même pas me dire pourquoi.
Je soupirais et feignais un faible sourire en retour à ma mère.
J'étais épuisé et j'avais qu'une seule envie, c'était remonter me coucher, mais je n'avais pas le courage de le faire. J'avais peur de refaire ces rêves mais surtout de mettre la puce à l'oreille de ma mère. Elle était très attentive. Surtout vis-vis de moi.
Et puis, je pouvais pas dormir. Jean et Armin allaient sûrement débarquer dans la matinée pour m'emmener dans des plans foireux imaginés par Ymir et je devais encore trouver un truc à répondre à ce stupide message. Et puis merde, pourquoi je me sentais obligé de devoir répondre? Je ne devais rien à ce type, j'étais pas tenu de devoir faire quoique ce soit. C'était juste mon esprit qui était pas fichu de sauter cet épisode pour en passer à un autre! Je voulais juste trouver une sublime idée, un truc tout aussi troublant et mystérieux à lui répondre, qu'il pense à moi comme je pensais à lui.
Foutu connard. Foutu père. Salope d'infirmière.
Je me penchais pour récupérer mon téléphone avant de répondre à ma mère:
- Tu te trompes pas, je sais pas ce que j'ai eu mais impossible de fermer l'œil. Sûrement parce que j'ai dû rêver de Jean, plaisantais-je.
Maman n'ignorait pas la rivalité et notre relation tendue. De ce fait, Jean était le pigeon idéal pour passer des choses sous silences, en particulier, les plus difficiles. Ça devait être la seule chose à peu près pour laquelle il était fort utile.
Elle sourit mais ne parut guère convaincu devant mon mensonge éhonté. Néanmoins, elle n'avait pas l'air décidé à poursuivre. Ce matin, je n'étais pas le seul à avoir la tête ailleurs, il était clair qu'elle aussi pensait à quelque chose. En temps normal, elle aurait pris le temps de me faire parler mais là, elle ne cessait de jeter des coups d'œils rapides à sa montre. Elle but en vitesse son café et se leva brusquement de table pour laver sa tasse.
J'en profitais pour mieux l'observer, oubliant mon téléphone quelques secondes.
C'était une belle femme. Elle avait tout pour elle: elle était grande, brune, élancée et avait des yeux que beaucoup lui envier et qu'elle m'avait légué. Il ne restait plus rien de la mère dépressive, torturée, avec les yeux humides. Soudain, je ressentis une immense bouffée d'admiration pour cette femme. Quand je me rappelais à quel point elle avait été à terre, et que je la voyais maintenant, si belle et forte, prête à croquer la vie et frapper dedans, j'étais scotché. Elle est devenue si forte.
Elle était passé à autre chose. Moi, je n'y arrivais pas.
Moi, je n'oubliais pas. Je n'oubliais rien.
Ça avait été dur. Tout seul avec elle quand elle n'était plus vraiment elle-même. Quand elle n'était plus ma mère à moi, mais la mère d'un bébé mort et l'épouse d'un homme s'étant sauvé. Au début, je n'avais pas réalisé. Papa était encore là, c'était le héros. Maman était la reine. On vivait un conte de fée. Et là, la reine s'effondre, le héros ne veut pas s'en occuper, il préfère sa liberté, sa vie plutôt que la nôtre. Il ne pouvait pas arriver une tel chose, c'était impossible. Le héros n'abandonne pas la reine. Il était censé la sauver. J'avais dû le faire à sa place.
De temps en temps, il lui arrivait de s'excuser pour tout ça. Mais je ne lui en voulais pas. Elle était juste devenue faible. Ce n'est pas grave d'être faible. Moi, j'étais assez fort pour nous deux.
Maintenant, elle était forte et courageuse et moi j'étais devenu faible et colérique, ressassant le passé, comme un vieux fou.
Je me raclais la gorge quand je pris conscience que je me perdais en plus en plus dans mes souvenirs. Je ne voulais pas. Je n'aimais pas penser à ça. J'en avais marre de toute cette merde. Certaines plaies brûlaient encore.
- En parlant de Jean, tu étais avec lui hier soir?
Merde. Merde. Merde. Sa question me prit au dépourvu. Finalement, elle m'a eu. Je gagnais du temps en faisant mine de regarder quelques chose sur mon téléphone. Que lui répondre? La vérité? Je pouvais très bien lui dire. Je savais qu'elle ne m'en voudrait pas. Elle serait certainement de mon côté et se mettrait en colère contre mon père. C'est vrai, je pouvais tout lui dire. Mais je ne le désirais pas. Je n'avais pas envie de parler de ça avec elle. C'était égoïste mais je tenais à garder ça pour moi. Ce que j'avais fait hier soir, c'était pour moi et pas pour elle. Je suppose que le petit garçon que j'étais cherche encore à savoir pourquoi son héros ne s'était pas conduit en tant que tel.
Elle n'avait pas besoin de savoir. Peut-être que je lui parlerais plus tard.
Je répondis en ayant l'air pas trop de réfléchir:
- Oui. J'ai traîné avec lui hier après les cours. Pourquoi, j'aurais pas dû?
C'était bien ça. Jouer les innocents. J'étais doué pour ça. Je priais maintenant pour qu'elle avale la réponse.
- Non, non. Je voulais juste savoir où se trouvait mon fils. Je n'ai pas le droit?
Elle m'offre un sourire espiègle, presque joueur, en reprenant exactement ma technique pour me répondre. Pas de doute, je suis bien son fils. Elle laissa la tasse sur l'égouttoir. Ensuite elle saisit son sac à main et me fit un baiser sur la joue. Je grimaçais plus pour la forme que pour le dégoût. Elle rit.
- A ce soir mon chéri. Je t'aime, tu le sais hein?
Je ne répondis pas tout de suite. Tous les matins et tous les soirs, elle me disait qu'elle m'aimait. Je savais pourquoi elle le faisait et au début, je ne vivais que pour entendre ces mots de sa bouche. A l'époque, j'avais besoin d'être rassuré et de savoir si elle se rappelait que moi aussi j'étais son enfant. Mais au fil des années, j'avais l'impression que ces mots avaient perdus leurs sens, qu'elle se sentait obligée de me le dire comme pour se faire pardonner de quelque chose qu'elle n'avait pas encore fait.
Sans lui dire quoique ce soit, je lui souris et elle partit, juste après.
Avant qu'elle ne quitte la cuisine, je sentis son regard s'attarder sur la chaise à ma gauche, en bout de table. Juste une fraction de seconde mais elle regardait cette place vide qui appartenait à l'homme qu'elle avait tellement aimé. Dans ces moments-là, ses yeux se perdaient et elle était complètement ailleurs. Puis elle se reprenait et sans oser me regarder, elle quittait la maison.
La porte claqua et un silence assourdissant retentit.
Ma mère oublie parfois.
Elle oubliait qu'il n'était plus là, qu'il était parti et qu'il n'y avait plus rien, à part elle et moi. Parfois, elle le cherche dans notre petit appartement. Elle ne me le dit pas mais je sais. Elle jette des coups d'œil à droite et à gauche, discrets mais je les vois. Ça arrive, tout simplement. Au début, c'était pire. C'était toujours le matin au réveil. Il y avait ces quelques secondes, avant qu'on ne prenne conscience de la réalité, on cherche à savoir où est on et avec qui. Pendant ces quelques secondes, elle le cherchait et parfois en me découvrant à la place dans leur lit où il aurait dû être, elle sursaute tant elle est surprise de me voir là.
Elle venait à peine de survivre et elle cherchait juste du soutien. Celui de son mari, en l'occurrence. Elle ne comprenait pas. Elle n'arrivait pas à comprendre. Alors elle se raccrochait à moi en me suppliant de ne pas la quitter.
Et c'est ce que j'ai fait durant toutes ces années.
Maintenant qu'elle n'était plus là, j'avais tout le loisir de me replonger tranquillement de mes pensées. C'était samedi et je ne savais pas trop quoi faire. La soirée d'hier soir m'avait lessivé et m'avait presque ôté toute forme d'énergie. Je n'avais pas trop envie de sortir ni de regarder la télé. Ni envie de commencer mes devoirs où de finir la saison 6 de The Walking Dead. Je n'avais envie de rien mais pourtant, je voulais désespérément faire quelque chose qui me sorte de cette léthargie. C'était ma peur principale. Ne pas savoir quoi faire, me retrouver sans rien. Parce que sinon, je pensais trop et quand je pensais, je ne faisais que faire machine arrière. Et je craignais terriblement d'avoir des idées noires et de déprimer comme...
Comme Maman.
Mon portable se mit à vibrer sur mes genoux. Je fus consterné en sentant mon pouls cardiaque s'affoler. C'était sûrement Jean. Où Armin. Ou pire Ymir. C'était l'un d'entre eux, certainement. Mais une pensée traîtresse me susurrait que c'était peut-être le mystérieux inconnu. Avec un autre message tout aussi troublant. Je maîtrisais mes mains qui voulaient s'emparer de mon téléphone pour s'empresser de lire le SMS que je venais de recevoir.
Ce n'est pas lui. Ce n'est pas lui.
En effet, ça n'était pas lui.
C'était Jean.
Toute cette excitation pour Jean. Et puis putain, quel excitation? J'étais pas du tout excité.
Je lis son message avec une irritation venant de nulle part.
Émetteur: Cheval man
Yo, Eren! Désolé de faire chier ce matin mais Ymir nous a encore embarqué pour un truc douteux. Et si je plonge, tu plonges avec moi. Ramène-toi sur les quais ce soir pour dix-huit heures. Course illégal de voiture. Mets des baskets. Et casse pas les couilles, viens. Y aura pleins de pneus de voiture à crever.
Putain. J'allais encore avoir des emmerdes, je le sentais. Je n'étais pas motivé pour cette course, pas du tout.
Putain d'Ymir, et putain de Jean pour la suivre tel un chien! Je croyais que c'était le chien d'Armin, à ce propos! Je ne savais pas pourquoi j'étais en colère d'un seul coup. Mais soudain j'étais furieux. Envers tout le monde. Envers ma mère, mon père, Jean, Ymir et contre cet inconnu qui n'avait renvoyé aucun autre message après son SMS de merde.
C'est bon, j'avais pigé le truc. Monsieur était vexé parce qu'un "gamin" s'était permis de mal lui parler et il pensait que ça lui donnait le droit de jouer avec le cœur et les pensées d'un jeune lycéen en manque d'attention. C'était bas, très bas. Bon, je savais que j'étais celui en tort mais là, je n'étais pas capable de penser convenablement. J'en avais marre. Il m'avait empêché de dormir. Il m'avait traité de gamin. Il m'avait donné très chaud avec voix. Il m'avait collé des frissons rien qu'en écoutant son souffle. En bref, il m'avait retourné la tête en une seule petite heure et il était hors de question que je lui laisse le moindre petit pouvoir sur moi. Il pouvait se brosser.
Et même si le fait de me rappeler sa voix me donna de nouveau, des frissons, je saisis avec rage mon téléphone. L'illumination m'était venue, je savais enfin quoi répondre à ce type. C'était simple et efficace et je me trouvais soudain très bête de m'être pris la tête pour ça. C'était complètement con. Je m'en foutais de cet homme.
Destinataire: Inconnu
Juste, va te faire foutre. Avec mes amitiés.
Voilà. Dans ta gueule, foutu connard.
Eh non, tu es de loin la chose plus captivante qui m'est arrivé depuis longtemps, gamin
Merde.
Les hurlements et les rires de la foule en délire me donnais immédiatement mal au crâne dès que je posais un pied au port de Trost.
Je regrettais tout de suite d'être venu.
Les bruits des moteurs mélangés aux cris aigus des filles et les voix graves des mecs qui voulaient se la jouer en haussant le ton, c'était une combinaison atroce. Demain matin, j'en aurais encore des échos. Mais bizarrement, tout ce tapage me fit également du bien. C'était un univers rassurant que je connaissais. Les embrouilles, les défis, les bagarres, l'odeur de l'essence.
J'aimais ça.
C'était un terrain familier.
Humm, il y avait foule ce soir, c'était assez impressionnant. Vu que c'était samedi, je n'étais guère surpris. Et j'étais toujours aussi émerveillé de constater que les quais étaient si grands qu'ils pouvaient accueillir un tel monde.
Le vieux port de Trost était immense. Il était situé vers l'Est de la ville, dans un coin presque aussi abandonné que le port lui-même. Son emplacement était parfaitement bien isolé du reste de la ville. Même si il n'était pas complètement inutilisable, le vieux port ne servait plus à grand chose. Petit à petit, la ville et ses habitants l'avaient délaissé et aujourd'hui, beaucoup avaient oublié son existence. Il était vieux et usé, le temps ne l'avait pas aidé. Il dépérit d'année en année, seul et oublié. C'était son isolement, son emplacement son abandon et son petit côté fatigué et âgé qui en avait fait un endroit parfait pour les courses illégales.
C'était un calcul simple. L'espace du port avait un potentiel énorme, et ne cessait d'attirer de plus en plus de coureurs de voitures chaque mois. De plus son isolement facilitait la tâche: le coin était reculé de sorte qu'on n'entendait pas très bien tous ces bruits, ces pneus qui crissent sur le béton, les cris excités des gens venus admirer le spectacle. Et cerise sur le gâteau: aucun habitant ne s'aventurait ici par curiosité, le vieux port n'intéressait plus grand monde. Si je ne compte pas tous les tarés en quête d'adrénaline de la ville.
Honnêtement, je les comprends.
J'aimais le vieux port. Pas pour toutes ces conneries de courses et d'autres trucs illégaux mais parce que c'était une sortie de petite paradis pour moi. J'aimais son côté usé, son côté solitaire et délabré, sa façon de tenir encore alors que tout le monde lui avait tourné le dos. C'était calme et paisible. Et génial les nuits d'été, avec en fond le bruit des vagues s'écrasant un peu plus bas, sur les quais. On avait l'impression que cet endroit appartenait à un autre monde. C'était le lieu idéal où se retrancher quand j'étais en colère où désemparé. Que je n'avais pas envie de rentrer à la maison. C'était une sorte de cabane secrète dans laquelle je me réfugiais dès que le besoin se faisait sentir.
Le monde était écrasant. Je n'avais aucune idée de la façon de laquelle j'allais retrouver les autres dans ce foutoir humain. Et Jean ne m'avait toujours pas envoyé un autre message ni appelé pour me signaler sa position. Apparemment, j'allais devoir jouer aux devinettes et essayer de repérer sa tête de jument à travers cette marrée de visages. Je n'avais rien de mieux à faire en attendant et je n'avais pas la phobie de la foule. Au contraire, me fondre dans la masse était un de mes trucs préférés. Ce qui est d'une grande utilité quand c'était Noel et que le self de la cantine était littéralement inondé de gens au lycée. Un simple jus d'orange peut réveiller les pires instincts.
Je me faufilais dans la masse, faisant attention de ne bousculer personne et en évitant des pieds douteux. Très vite, la chaleur augmentait et mon sweet me colla à la peau désagréablement. C'était un collé-serré géant auquel je participais. Les gens dansaient, se trémoussaient et exploraient rétrospectivement leurs amygdales. Ce genre d'ambiance faisait rapidement monter la température. Le bruit aussi montait en volume et ne ressemblait plus à un son d'arrière fond.
Mon mal de crâne se fit plus fort et je me mis à maudire Ymir et Jean. Ces sales petits bâtards m'entraînaient à venir voir une course illégale, bon soit ce n'était pas un souci mais ils n'avaient pas la décence de venir m'accueillir à bras ouverts et à me baiser les pieds pour me remercier de leur avoir fait l'honneur de ma présence. Franchement, tu parles d'amis. Et Armin? C'était quoi son excuse, à mon plus fidèle allié?
A tous les coups, Jean profitait du moment et était en train de le peloter dans un petit coin sombre, à l'écart des autres. L'image de mon meilleur ami en train de se faire bouffer par ce renard tordu me donna des sueurs froides. Berk. Limite, Ymir devait être en train de baver à l'idée de faire même avec Christa. La véritable victime dans l'histoire, c'était cette pauvre Christa. Et moi.
Au bout d'un quart d'heure de recherche sans résultat, je dus faire une pause quand je m'aperçus que la foule n'avançait plus et restait figé sur place. Je ne savais pas ce qui se passait mais c'était fascinant au point que le mouvement de la masse m'entraîne vers la droite. Puis vers la gauche. Bordel, ils suivaient une mouette où quoi?Je n'avais pas envie de finir comme Susan dans Desperate Housewives. Être piétiné par tous ces gens, no thanks! Sentant ma limite de tolérance s'effondrait, je forçais le passage et n'écoutais pas les murmures ni les voix agacés. Rien à foutre, vous avez qu'à pas rester dans le passage!
J'entendis un son familier venant de ma veste: le bruit de ma sonnerie. C'était pas trop tôt! Soulagé d'enfin recevoir un SMS même si il était sûrement d'Ymir, je me dépêchais d'attraper mon portable. Je l'ouvris presque sur le point de crier de joie quand je me figeais net sur place.
Non. Non. Noon.
Ce n'était pas Ymir. L'écran n'affichait pas "Sorcière de Trost". Ni "Cheval-Man". Il affichait "Inconnu".
Un rictus se forma sur mon visage. Ça te fait kiffer de jouer avec les nerfs de quelqu'un?
Même si je pensais ainsi, je n'en menais pas large. J'étais un peu paniqué à la simple idée d'avoir provoqué un possible psychopathe. Avec toutes les technologies d'aujourd'hui, c'était facile de tracer quelqu'un. Alors oui, je flippais un peu. Je me mis à respirer plus vite sans m'en rendre compte et tout mon estomac se contracta en prévision. Je finis par ouvrir le message, en essayant de calmer mon appréhension.
Émetteur: Inconnu
Tes amitiés, hein...
J'aimerais bien te transmettre les miennes d'amitiés. Et avec mes compliments.
Tu es de plus en plus intéressant gamin... Mais à ta place, je prierais pour que je ne sache jamais qui se cache derrière ton écran. C'est un conseil.
Ohoh.
Mon ventre se tordit violemment et une sensation horrible se mit à monter à moi. Bêtement, je regardais autour de moi, comme si quelqu'un me surveillait. Comme si il était là quelque part. J'étais une petite souris perdue au milieu de milliers d'autres et je me sentais étrangement en danger. Pas rassuré. Mais un autre sentiment me prenait au tripes, un sentiment puissant, qui déferlait dans mes veines. L'excitation. J'étais terriblement excité et nerveux. C'était stressant mais délicieux à la fois. De toute évidence, j'avais provoqué la mauvaise personne. C'était le jeu du chat et de la souris, pour de vrai. Je suis quelqu'un de rationnel. Je savais pertinemment que ça n'aboutirait à nulle part vu qu'il n'y avait aucune chance qu'on se croise , du moins pas dans cette vie.
Il ne saurait jamais qui j'étais et une part de moi, en était vaguement déçu parce que j'aurais aimé savoir ce qu'il aurait pu me faire pour me faire ravaler mes paroles.
J'étais si occupé à relire ce message trois fois à la seconde que je percutais une épaule plus violemment que nécessaire. Je ne relevais pas pas la tête. Je ne m'arrêtais pas pour m'excuser, pas par méchanceté mais plus parce que j'étais obnubilé par cette promesse caché.
Une voix me rappela à l'ordre.
« - Oi.
Avant même de me tourner vers le son de sa voix brouillé par toutes les autres, je fus paralysé. Comme pris dans les phares d'une voiture. L'atmosphère se mua en quelque chose de plus lourd et plus chaotique. Oppressant. Impossible de décrire.
Je me retournais avec réticence, presque craintif.
Et je plongeais dans un regard mort et vivant à la fois.
Un homme, celui que j'avais dû bousculé, me dévisageait avec une intensité si étouffante qu'on aurait dit un serpent ayant focalisé son attention sur sa proie.
Un frisson me traversa tout le corps, de la tête aux orteils. Je ne bougeais pas. Si je bougeais, je sentais qu'il se passerait quelque chose de terrible. Je ne quittais pas son regard des yeux, attentif au moindre de ses mouvements.
Je ne pouvais plus penser. Je ne pouvais plus réfléchir. Je ne pouvais plus respirer. Je ne pouvais rien à faire à part me fondre avec un autre frisson dans son regard, si profond et impassible, mais si expressif dans un certain sens.
Cet homme est effrayant. Et plus encore. Effroyable. A cette seconde précise, il m'inspira une peur sans nom, sans borne qui figeait tout, qui faisait tout mourir sur son passage. J'étais terrorisé mais pourtant... pourtant il dégage un magnétisme puissant, presque animal. Sauvage et imprévisible. Un magnétisme à m'en retourner le ventre et le cœur. Il était froid, froid comme la mort mais là, sous ses yeux de prédateurs je brûlais de partout.
C'est un prédateur pur et dur. Et il me fixait avec une fausse indifférence. Son aura animale semblait apparaître de seconde en seconde. Le piège se refermait autour de moi, j'étais pris dans son étau et je ne pouvais qu'attendre son signal pour m'en dégager. Oser lui désobéir, c'était signé mon arrête de mort. C'était l'instinct de survie qui se manifestait et mon instinct me hurlait de ne surtout pas bouger, ni parler.
Une femme était à ses côtés et observait notre manège avec une certaine gravité et regardait cet homme avec prudence.
L'homme ne me lâchait pas du regard. Il ne me laisserait pas lui échapper.
J'étais si perdu dans ses yeux, et dans son magnétisme que je devais m'accrocher solidement au sol. Il finit par parler, hélas, c'était dur de retrouver mon esprit et je me fis violence pour comprendre ce qu'il disait.
Quand je finis par saisir sa phrase, le temps et la vie reprit son cours:
- Excuse-toi. Immédiatement.
Ce n'est que beaucoup plus tard que je compris que ce prédateur n'était autre que le chat qui rêvait de m'attraper.
