Ses cheveux lui faisaient mal. Il supposa que ce n'était pas normal, étant donné l'absence de terminaisons nerveuses dans cette partie du corps humain. Il s'aperçut également qu'il se trouvait dans son lit et se fit l'étrange réflexion qu'il n'aurait pas dû y être. Ou alors, pas en vie. Parce qu'il n'aurait pas dû pouvoir cond-
Ah, voilà. Ca lui revenait. Enfin, pas tout. Il ne se souvenait pas du trajet retour, bizarrement, ni de la fin de la soirée. Oh, s'il avait conduit dans cet état en survivant, il allait de toute manière se faire trucider par ses parents...
« Beuuuuh... » exhala-t-il en tentant de se lever.
Bravo Néo, super plan... Il commençait très sérieusement à regretter la soirée. Cela dit, il fallait admettre qu'il reviendrait sur sa décision plus tard en la qualifiant de « putain de cool ».
A un moment, la porte s'ouvrit sur sa mère qui lui souriait, un verre d'eau à la main.
« Je t'ai entendu t'agiter » lui dit-elle.
Elle lui tendit le verre, qu'il saisit et vida en quelques secondes.
« Eh ben, t'y as pas été de main morte hier, dis donc, commenta-t-elle en lui passant une main dans les cheveux.
-Ouais... grogna Néo. Euh, au fait... »
Il sentait qu'il allait se faire sermonner après avoir posé cette question, mais il fallait bien qu'il sache.
« Je suis rentré comment, hier ? »
Bingo. Sa mère fronça les sourcils d'un air désapprobateur. Elle ne le gronda pas, mais il supposa qu'elle gardait ses remontrances pour plus tard, quand il serait en état de les encaisser.
« Ton ami t'a raccompagné, il dit que vous êtes rentrés à pied. Heureusement que vous avez eu assez de jugeote pour ça ! »
Mais ce n'était pas possible. Vanitas avait été aussi ivre que lui, la nuit dernière. Comment avait-il pu retrouver son chemin en titubant à moitié, comme ça ? En plus, il n'avait jamais été chez lui, alors... Oh, la la... Il souffla d'agacement.
« Je ne l'ai jamais vu d'ailleurs, fit observer sa mère. C'est un copain de la fac ?
-Euh. On s'est rencontrés à la librairie. »
Ce qui n'était pas tout à fait un mensonge.
« C'est un collègue ?
-Oui oui. »
Ce qui était à peu près tout à fait un mensonge. Mais honnêtement, il saurait pas quoi lui répondre d'autre...
Heureusement, c'était samedi. Néo ne pouvait pas dire qu'il y avait prêté attention, lorsqu'il avait décidé sur un coup de tête de forcer Vanitas à sortir de chez lui. Il s'en félicita néanmoins et passa la matinée au lit, à se demander si l'autre était dans un état aussi pathétique que lui, et à ressasser les événements de la veille (du moins ceux dont il se souvenait).
Les vacances d'été se termineraient bientôt, constata-t-il, et avec elles son job à la librairie. Ce qui incluait les visites chez Vanitas. Il n'aurait sans doute plus trop le temps d'aller le voir... Et se rendit compte que cela lui manquerait.
Pas de regarder des émissions et des séries nulles à la télévision toute l'aprèm, hein ! Non. Juste de le voir. Même l'horrible tronche de citrouille allait lui manquer (quoiqu'elle hanterait sûrement ses cauchemars à l'occasion).
Un grognement s'échappa de sa gorge. Toi, t'es dans la merde... lui fit sa conscience, un peu trop lucide. Jusqu'au cou.
Pourquoi est-ce qu'il s'amourachait toujours des mauvaises personnes ? Et il ne le faisait même pas exprès ! A croire qu'il possédait inconsciemment une sorte d'instinct d'autodestruction, qui faisait que les personnes les plus inaccessibles lui semblaient toujours les plus attrayants. VDM.
Il décida de ne pas rendre visite à Vanitas ce week-end. Tout d'abord parce qu'il ne se sentait pas vraiment en état de sortir... Et puis, ça faisait vraiment trop collant, non ? Mieux valait se pointer le lundi après-midi, comme de coutume.
Cette décision ne lui fit pas du bien. Il se traîna dans sa chambre tout le week-end comme un lion en cage, à ressasser sa mauvaise fortune et à tenter de chasser les papillons ayant élu domicile dans son estomac. Mais il n'avait jamais été très doué pour maîtriser ses sentiments.
Le dimanche, il fit un effort surhumain pour se motiver à aller chercher sa voiture dans le champ où il l'avait laissé. Il dut prendre le bus, ce qui le conforta dans l'idée que Vanitas n'avait pas pu le raccompagner à pied. Les vestiges de leur pique-nique nocturne se trouvaient encore dans l'herbe
Le lundi matin, ses heures de boulot lui parurent interminables. Il fit plus d'erreurs qu'à l'accoutumée et râla davantage encore que d'ordinaire.
Enfin, lorsqu'il fut l'heure de s'acquitter de son « regardage de télé habituel », Néo ne se sentait plus si sûr de vouloir y aller… Néanmoins, il n'avait pas le choix, parce que l'autre risquait de l'assommer à coups de citrouille sur la tronche s'il ne venait pas, sans doute.
En arrivant dans l'immeuble, il eut l'impression que toute son existence, ces derniers temps, se passait devant cette foutue porte en bois dans ce couloir blanc sale. Il frappa. Attendit.
Attendit.
« Oh, manquait plus que ça... »
Re-frappa.
« Bon... »
Il n'y avait personne. Ou alors, quelqu'un qui ne voulait pas lui répondre… Néo se remémora d'une conversation qu'il avait eu avec Vanitas, au tout début.
« Ca va durer combien de temps ?
-Jusqu'à ce que j'en ai marre de toi, je suppose. »
Son coeur sembla tomber dans son estomac et se faire à moitié digérer, noyés dans les sucs gastriques.
« Ah... »
Au bout d'un moment, il se décida à partir, la tête basse.
Ca faisait sens, pourtant, vu la personnalité du bonhomme. Il aurait dû s'en douter, non ? Il le savait, au fond de lui.
Mais… Il avait crû…
Ses collègues ne comprirent pas pourquoi il affichait cette mine abattue, lorsqu'il leur annonça que l'autre en avait fini avec lui. Bah, tant pis pour eux. Ils avaient raison finalement. C'était un sale con.
Vers la fin de l'après-midi, alors qu'il s'apprêtait à rentrer chez lui, Xigbar vint le trouver pour lui demander de foutre de vieux machins dans une vieille remise. Vu qu'il n'était plus kidnappé par Vanitas, ses collègues jugeaient qu'ils pouvaient se montrer exécrables avec lui de nouveau, apparemment. Une logique qui avait du sens, sûrement, quelque part.
Au moins, grâce à ce boulot et aux lourdes caisses de bouquins qu'on lui faisait systématiquement porter, Néo savait qu'il aurait des problèmes de dos lorsqu'il serait vieux. C'était rassurant, dans un sens : cela lui faisait au moins une certitude sur son avenir. Il aimait bien les certitudes.
Soupirant et pestant sur sa vie de chiotte, il souleva la caisse et entreprit de l'amener dans les arrières salles. Il n'avait jamais fichu les pieds dans cette remise-ci, et ne l'avait même jamais vue ouverte. Il enclencha la poignée, poussa la porte.
Et retenu une exclamation du stupeur, tout en manquant de laisser tomber tous les livres sur son pied, ce qui n'aurait fait qu'ajouter à sa mauvaise fortune.
« Non. J'ai mal vu. »
Cette fois-ci, avant de regarder de nouveau par l'entrebaillement, il prit soin de déposer délicatement son fardeau au sol. Et puis, seulement, releva les yeux.
Devant lui se trouvait l'appartement de Vanitas, au détail près. Néo cligna des yeux.
« Non » répéta-t-il obstinément.
Il referma la porte.
La rouvrit.
Dû se rendre à l'évidence.
L'appartement de Vanitas se trouvait dans la librairie. A plusieurs rues de là, mais ici quand même.
Les rouages du petit cerveau de Néo se mirent à tourner très, très vite. Aucune explication rationnelle, conclut-il. Donc, la magie existait.
« Ah, merde, j'ai encore oublié de fermer le portail ! » pesta une voix nonchalante derrière lui.
Néo parvint à sursauter et à se retourner en même temps, ce qui ressemblait à peu près à un petit bond sur soi-même.
Evidemment qu'il se trouvait là, lui, avec sa tronche de citrouille dégueulasse et ses yeux magnifiques ! Et il semblait bien ennuyé.
« Tu fais de la magie ! » s'exclama Néo.
L'intrus se passa une main dans les cheveux et le dévisagea comme s'il énonçait une vérité générale.
« Bah ouais, je me tue à te le dire depuis tout ce temps... Enfin bon. »
Et puis il haussa les épaules, comme si de rien n'était. Néo fronça les sourcils, baissa les yeux au sol, un nœud à l'estomac. Il fallait qu'il lui demande.
« Dis... Je suis venu, tout à l'heure. T'étais pas là.
-Ah, ouais, fit Vanitas. J'ai dû partir en urgence.
-Mais... T'es un super-héros pour de vrai ? »
L'autre émit un bruit, comme un petit rire.
« Pas tout à fait. Bon, puisque t'es là, autant que j'te montre. Viens. »
Sur ce, il tourna les talons sans vérifier que Néo le suivait. Ce dernier en resta bouche-bée un moment, avant de le rattraper, curieux, et avec une pensée agréable à l'esprit : l'autre ne l'avait pas congédié. Il avait juste eu une urgence.
« Et donc, demanda-t-il, c'est comme ça que tu m'as raccompagné chez moi, l'autre soir ?
-Aaaaah, tu t'en souvenais pas ? Je me disais bien aussi, que tu posais une question bizarre, vu que je t'avais montré... Bref. Ca s'appelle des portails.
-Tu peux te téléporter, alors ?
-Ouaip. Ici, et aussi dans l'autre monde, à conditions de trouver les bons passages. Et cette librairie en fait partie.
-Oooooh ! »
Ca expliquait pourquoi il en avait après les employés d'ici en particulier ! Il s'imposait juste pour pouvoir passer comme il l'entendait.
Néo savait qu'il aurait dû ressentir un plus gros choc à l'idée de côtoyer un... Un quoi, un magicien ? Sauf qu'à vrai dire, l'idée faisait son petit chemin dans son esprit depuis l'épisode de la citrouille géante devant sa porte... Tant pis pour l'effet de surprise.
« Voilà, c'est ici. »
Il lui désigna la porte des toilettes des employés. Néo haussa un sourcil.
« De quoi, c'est ici ?
-L'autre monde, répliqua Vanitas. Tu crois que je voulais te montrer quoi ?
-Oh... C'est celui où il fait toujours nuit ?
-Celui-là, ouais.
-Je suis pas sûr... » commença Néo, mal à l'aise.
Il voulait bien admettre le coup de la téléportation et des courges qui poussaient toutes seules. Mais aller visiter un autre monde ? Sérieusement ? Quoique encore, que Vanitas y aille, avec son masque tout pourri, pourquoi pas... Que lui, Néo, un gars somme toute inoffensif, s'y rende...
« T'as peur ? » souffla Vanitas.
Il entendit le sourire dans sa voix.
« Mais non ! C'est juste que...
-Oh, allez, Néo ! Tu sais, y'a plein de gens comme toi et moi, là-bas... Quoique, plutôt comme toi.
-Ah ?
-Huhum. Bon, certes, y'a aussi des créatures peu fréquentables, mais c'est mon boulot de les repousser, alors bon, tu vas pas nous faire un caca nerveux !
-Tu m'expliques ton boulot ?
-T'essaies de gagner du temps.
-Non non.
-Alors je t'expliquerai une fois là-bas ?
-Non... Euh...
-Allez, je te tiendrai la main si tu veux ! »
Néo tressaillit. Un cri sans fin résonna dans son esprit, l'empêchant de réfléchir correctement à ce qui venait d'être dit.
« Non ! s'exclama-t-il un peu trop vite et un peu trop fort. Euh, je veux dire. Je viens si t'enlèves ton masque moche !
-Peux pas. J'en ai b'soin pour repousser les monstres.
-Je ne sais pas trop quoi faire de cette information-là... »
L'autre leva les yeux au ciel.
« Oh, pfff... Allez ! »
Sur ce, il ouvrit la porte d'un coup sec, sans réaliser d'incantation ni rien de ce que Néo s'était imaginé, le saisit par l'épaule et puis... le projeta à l'intérieur d'il ne savait encore quoi.
Néo n'eut pas l'impression d'avoir passé un quelconque portail, ni rien de bizarre. La première chose qui le frappa fut le silence incroyable qui régnait. Ensuite, il entreprit de regarder autour de lui.
Il faisait nuit noire, en effet, mais il parvenait à y voir clair, comme si une lumière irradiait de partout à la fois, de façon très ténue. L'endroit ressemblait étrangement à la pièce principale de la librairie. Trait pour trait, à vrai dire, hormis un détail saugrenu, qui n'aurait pas dû le surprendre : les nombreuses citrouilles qui poussaient ça et là, par terre mais aussi entre les rayons, sur les étagères, s'accrochaient aux murs comme des champignons... A part ça, rien de ce qui se trouvait dans ce monde ne paraissait effrayant.
« Alors, tes impressions ? » déclara une voix amusée derrière lui.
Il sursauta.
« Oh, pfff, arrête de me faire peur comme ça !
-Trouillard.
-Non. J'ai oublié que t'étais là, c'est tout. »
Puis, il faisait flipper, sous cette lumière, avec ce masque dégueulasse, il fallait l'avouer...
Le silence se fit entre eux pendant un moment et sembla prendre contrôle de l'atmosphère. Pas un bruit, nulle part. Pour peu, ils se seraient crûs seuls au monde. Etrangement, l'idée perturba Néo. On aurait dit que le monde s'était éteint. Il osa à peine reprendre la parole.
« C'est... calme.
-Ah, oui. Les habitants de ce monde sont plutôt discrets. Et ils ne fréquentent pas cet endroit.
-Ils ne lisent pas ?
-Ah, ah, ah... Il y a de ça. Et puis, les créatures qu'ils craignent sont attirés par les portails.
-C'est ce que tu fais, alors ? devina Néo. Tu défends les portails, pour que rien ne puisse passer au travers ?
-Rien ni personne, oui, approuva-t-il. Ca consiste surtout à cultiver des citrouilles. Ils les craignent.
-J'aurais dû m'en douter... »
Cette nouvelle le blasait un peu, pour dire vrai. Il en avait plus qu'assez de voir ce gros machin partout, ces derniers temps. D'un autre côté, les citrouilles et Vanitas semblaient aller de paire, alors il fallait qu'il apprenne à les supporter, sans doute...
Il entreprit de parcourir la pièce, perplexe.
« Je ne sens rien de bizarre, annonça-t-il. C'est normal ?
-Je crois que oui. Ce monde n'est pas si différent du tien. »
Du mien ?
« Tu disais que ta mère vient de ce monde... commença Néo.
-Ah, ça... soupira Vanitas. Oui. C'est pour ça que j'ai ces pouvoirs. Mon père était de ton monde, ma mère de celui-ci.
-Hum... Ce qui fait que t'es obligé de t'emmerder à protéger ce portail ? »
Il n'avait pas oublié leur discussion du vendredi soir, ni la tristesse qui émanait de Vanitas, et encore moins ses aptitudes sociales plus que négatives.
Ce dernier garda le silence, préférant avancer jusque la fenêtre. Dehors, on apercevait une rue, à peu près similaire à celle de la « vraie » librairie, à ceci prêt qu'il n'y avait aucune enseigne au-dessus des magasins.
Néo s'approcha doucement.
« Vanitas ? » tenta-t-il.
Il fut tenter de le toucher et avança même une main jusque son épaule, avant de se rétracter prudemment, le cœur battant.
« C'est juste... chuchota Vanitas. J'ai réfléchi, à propos de l'autre soir. Tu disais que je devrais me casser d'ici.
-Je ne savais pas...
-Et maintenant que tu sais, poursuivit-il, tu me conseillerais la même chose ? »
Il entendait une fragilité dans sa voix qui n'avait jamais transparu dans leurs échanges précédents. Néo hésita.
« Je ne sais pas... C'est dangereux, si tu t'en vas ?
-Ca peut l'être.
-Mais tu n'as pas envie de rester ? »
A cette question, l'autre se contenta de rire doucement.
Pour être honnête, Néo était tenté de lui dire de tout envoyer valser. Cependant, les conséquences...
« Personne ne peut te remplacer ? Il n'y a pas d'autre solution ? »
Vanitas secoua doucement la tête.
« Il y a d'autres gens comme moi... Ils sont occupés à protéger leurs propres portails. On ne nous laisse pas vraiment le choix.
-C'est... Compliqué, tout ça.
-J'te l'fais pas dire ! »
L'absence de sons, à nouveau. Le cœur de Néo battait à toute allure, sans qu'il sache trop pourquoi. Il était tenté de toucher l'autre, de le prendre dans ses bras ou passer la main dans ses cheveux, ou n'importe quoi... Quelque chose l'en défendait cependant. La peur du rejet. Sans doute la même chose qui empêchait Vanitas de s'ouvrir aux autres...
Et puis, l'autre lui prit la main.
Le cerveau de Néo s'emballa de concert avec son cœur. Ah bah ok, comme ça sans prévenir, quoi ! Non mais ok mais mais mais mais mais...
« Mais ? » s'enquit la voix moqueuse de Vanitas.
Ce ne fut qu'à cet instant que Néo se rendit compte qu'il avait parlé à voix haute. Etrangement, après cela, plus rien ne semblait vouloir franchir ses lèvres.
« Je, euh... articula-t-il en vain. Tu pourrais prévenir avant de faire des choses comme ça ! Et ton masque fait peur !
-Oh, la la ! Bon, si tu insistes... »
Il le lâcha. Eh ! faillit protester Néo, avant de se rendre compte qu'il ôtait son masque. Tout de même, la sensation fantôme de sa peau contre la sienne lui donnait envie de le toucher de nouveau.
« Mieux, comme ça ?
-On va pas se faire attaquer ?
-Oh, pour cinq minutes... Et il y a d'autres citrouilles que moi, ici, j'te signale.
-Bien vu.
-Huhum.
-Ouais.
-Dis, Néo ?
-Oui ?
-T'auras la même réaction si je t'embrasse ?
-... Ca vaut le coup d'essayer. »
Le soupir de Néo aurait pu fendre une pierre en deux, à ce stade. Ou une citrouille.
« T'as quoi ? » grogna Vanitas.
Ou pas.
« C'est mon dernier jour de boulot...
-Oui, je sais...
-Il a été exécuté avec une corde à linge, votre Honneur » pérora la télévision.
Néo soupira de nouveau et se blottit encore plus contre Vanitas, en travers duquel il était allongé comme un gros patapouf. Ils avaient pris la décision commune de ne plus se revoir, après les vacances d'été. C'était mieux comme ça.
« J'veux pas... »
L'autre ne répondit rien, se contentant de lui passer une main dans les cheveux, ses yeux dorés rivés sur la boîte à image. Puis :
« Eh, Néo ?
-Mmmmouais ?
-Je pars ce soir.
-Oh...
-Oui.
-J'savais pas.
-Bah non, puisque j'te l'dis maintenant. »
Il se releva pour lui faire face.
« T'as trouvé comment faire fonctionner ta mystérieuse solution ?
-Eh oui ! s'exclama Vanitas en souriant.
-J'suis content pour toi... »
Mais le cœur n'y était pas, dans cette déclaration. Parce que l'autre allait lui manquer terriblement.
« Un souci ? » demanda Vanitas.
Néo secoua la tête et l'embrassa.
Au début, il eut l'impression que la fin du monde arrivait, et que le soleil aurait dû arrêter de tourner, les étoiles de briller, et la lune de montrer sa putain de gueule toutes les nuits. Pourtant, la Terre ne cessa pas sa rotation et le ciel au-dessus de sa tête était toujours bleu et la vie continuait.
Néo partit donc du principe que la fin du monde n'arriverait pas, et son cœur se remit à battre normalement. Cela lui prit quelques bonnes semaines.
Vanitas était parti. Il avait finalement suivi le conseil de Néo, ayant réalisé qu'il n'était pas si altruiste que ça et que le rôle de super-héros ne lui allait pas vraiment bien.
Il allait voyager, apparemment. Néo supposait qu'il allait employer les portails pour ce faire, étant donné qu'il ne possédait pour ainsi dire pas d'argent. Mais Néo ne s'en faisait pas pour lui. Il saurait manipuler les gens pour arriver à ses fins (et, qui sait, peut-être se ferait-il des amis, un jour, qu'il n'aurait pas besoin de terrifier ?).
Finalement, Néo eut le courage de repasser devant cette librairie où il avait travaillé (enfin, à moitié) durant l'été. Quelle ne fut pas sa surprise en découvrant qu'elle n'existait plus ?
Ah, l'enfoiré ! C'était ça, sa solution !
A la place, se trouvait un magasin bio et, Néo en était sûr, s'il entrait, il trouverait des citrouilles. Cependant, il ne tenait pas à le vérifier. Il n'aimait toujours pas ces foutus machins, même s'ils protégeait son monde d'éventuels dangers.
Du même coup, sa dernière conversation avec Vanitas lui revint à l'esprit. La dernière étreinte, sur le pas de la porte. La dernière phrase, qu'il n'oublierait jamais.
« Si ça se trouve, un jour, tu ouvriras une porte et je t'attendrai derrière. »
