Voici la suite, les choses vont commencer à se préciser un peu ! Bonne lecture :)
Le trajet se déroulait dans un silence pesant. Elliot finit par se racler la gorge avant de lancer : « Écoute... Je ne voulais pas dire que tu pourrais laisser ta vie privée interférer avec ta manière de gérer cette affaire.
– Laisse tomber, El. », soupira Olivia en cherchant son portable dans les poches de sa veste.
« Allez, Liv. » insista-t-il d'un ton apaisant. « Je ne comprends juste pas pourquoi tu es prête à supprimer cette femme de la liste des suspects si rapidement.
– Ce n'est pas le cas ! », protesta-elle. « Pendant deux jours, cette affaire n'a été qu'un grand point d'interrogation, et maintenant que nous avons enfin une piste, je ne vais pas l'ignorer. Je pense juste que certains aspects du meurtre ne collent pas avec le fait que le tueur ait été son amant, c'est tout. » Olivia leva les yeux au ciel devant l'air peu convaincu de son partenaire. « Ça ne te convient pas ? Combien de fois as-tu eu une intuition que personne à part tes tripes ne partageait ? Et pourtant j'étais là pour te soutenir. »
La remarque piqua Elliot au vif, le faisant rougir. « C'est noté.
– Bien. » Elle secoua la tête avant d'ouvrir son téléphone et de composer le raccourci #3. Elle n'eut pas à attendre longtemps.
« Cabot.
– Hey, c'est moi.
– Salut toi. »
Olivia se senti frissonner en entendant la voix familière d'Alex et se redressa sur son siège, redevenant l'inspectrice qu'elle était. « Je tenais à ce que ce soit moi qui te le dise... »
Il y eut un long silence, finalement brisé par un soupir.
« L'identité a été confirmée ?
– Oui. Je suis désolée, Alex. »
Elle entendit la substitut déglutir rapidement. « Samuel est au courant ?
– On est sur la route. »
Olivia sentit un besoin pressant de serrer Alex dans ses bras, et fut soudainement reconnaissante de ne pas être dans la même pièce qu'elle. Mal à l'aise, elle préféra changer de sujet. « On a trouvé quelques trucs intéressants, ce matin. Apparemment, Sam a changé son testament la semaine dernière. Elle lègue tout à une femme nommée Serra Tate. Munch et Fin sont en train de regarder ses antécédents. Je peux te rappeler en rentrant au commissariat, on aura certainement du nouveau.
– D'accord... »
Olivia pouvait entendre les douzaines de questions que la substitut voulait poser. Elle les garda cependant pour elle. « Merci d'avoir pris le temps de m'appeler. Oh et Liv, n'oublie pas que j'ai besoin de toi à quatorze heure pour ton témoignage sur l'affaire Neal. »
Olivia hocha la tête en silence, tachant de dissimuler l'effet que les mots 'j'ai besoin de toi' avaient eu sur elle. Elle savait qu'elle les sortait du contexte, mais ils avaient tout de même un impact incroyable.
« Liv ? »
L'inspectrice se réveilla, réalisant qu'Alex attendait une réponse orale. « Bien sûr, madame la substitut. Tu peux compter sur moi. »
Il y eu un petit silence avant qu'Alex ne réponde doucement : « Je n'en ai jamais douté... madame l'inspectrice. » Finalement, un petit bip indiqua que la substitut avait raccroché.
Olivia resta immobile pendant quelques minutes, gardant le téléphone collé contre son oreille pendant qu'elle laissait son cœur reprendre un rythme normal.
Elle s'était habituée à l'effet qu'avait sur elle la colère de la substitut. Cela lui était déjà même arrivé de faire durer quelques unes de leurs altercations juste pour pouvoir sentir la passion qu'elle dégageait quelques instants de plus.
Mais ce n'était rien comparé à l'effet de ces sept mots doucement prononcés. La chaleur qu'ils avaient fait naitre dans sa poitrine s'était diffusé dans tout son corps.
Olivia referma finalement son portable et le glissa dans sa poche.
« Tout va bien ? »
Elle lança un regard à Elliot qui la regardait l'air étonné. « Oui, oui. On doit juste se dépêcher, je dois être au palais à quatorze heure pour Neal.
– Pas de problème. », acquiesça-t-il l'air absent, sentant qu'il y avait autre chose qui perturbait sa partenaire, mais sachant qu'il n'aurait aucune réponse pour le moment. « C'est bon, on est arrivé. »
Olivia regardait par la fenêtre alors qu'ils s'approchaient d'une grande grille en fer à moitié recouverte de lierre. Un interphone était intégré dans piédestal en brique et Elliot appuya dessus. Ils n'attendirent que quelques secondes avant d'entendre une voix monotone sortir du haut-parleur.
« Puis-je vous aider ?
– Inspecteurs Benson et Stabler, nous venons voir Samuel Wainscott. »
Il y eut un silence avant que la voix ne reprenne : « Bien sûr, inspecteurs. Le juge Wainscott vous attendait. Veuillez avancer, s'il-vous-plait. »
Elliot ne put contenir un sifflement, et les yeux d'Olivia s'agrandirent au fur et à mesure qu'ils avançaient sur le petit chemin menant au manoir. Il n'y avait aucun autre mot pour décrire l'immense demeure devant laquelle ils étaient. La façade comportait de multiples balcons et de larges colonnes, et aurait pu couvrir au moins trois immeubles de banlieue. Le tout était peint d'un blanc éclatant, avec juste les fenêtres et les portes en rouge.
« Wha... », murmura Elliot alors qu'ils sortaient de la voiture pour se diriger vers la porte d'entrée. « Je crois que sa femme lui a tout de même pardonné un petit peu, non ? »
Olivia ne répondit pas. Elle commençait déjà à carrer les épaules et à préparer son visage et son esprit à la notification. Elle détestait faire cela, mais au moins, cette fois-ci, ce n'était pas une visite complètement inattendue. Cela ne rendait pas les choses meilleures, mais juste un peu plus faciles.
Elliot sonna et Olivia fut surprise de voir que ce fut Samuel Wainscott lui-même qui ouvrit la porte. Ce qui était encore plus surprenant était l'espoir qui se lisait sur son visage.
Cependant, après les avoir observé pendant quelques instants, son expressions s'assombrit et ses épaules s'affaissèrent. Il s'effaça pour les laisser entrer. Ils le suivirent dans un long couloir menant à un bureau richement meublé. S'asseyant lourdement sur un petit canapé, il leur enquit de faire de même et énonça : « C'était elle.
– Nous sommes vraiment désolés. », acquiesça doucement Olivia
Wainscott les fixa l'air absent pendant quelques instant avant de se prendre la tête dans les mains et de commencer à pleurer.
Olivia fronça les sourcils. Elle lança un regard à Elliot, mais il faisait semblant d'être captivé par une peinture à l'huile accrochée au dessus de la cheminée. C'est ce que faisaient généralement les hommes pour laisser un peu d'intimité quand quelqu'un faisait face à une effusion de sentiment trop importante. Roulant légèrement des yeux, elle ramena son attention sur le juge qui montrait autant de détresse que quelqu'un qui n'était absolument pas préparé à cette situation.
« Je sais que c'est dur, monsieur le juge », commença-t-elle, « mais nous devons vous poser quelques questions pour pouvoir trouver qui a fait ça à votre fille. » Elliot lui lança un regard noir qu'elle ignora. « Êtes-vous prêt à y répondre ? »
Wainscott prit une grande respiration douloureuse en sortant un mouchoir de sa poche. Il s'essuya le visage et demanda : « Que voulez-vous savoir ? »
Olivia s'avança sur sa chaise et regarda Wainscott dans les yeux. « Saviez-vous que votre fille a changé son testament il y a un peu plus d'une semaine ? »
Ses yeux s'agrandirent. « Quoi ? Qui vous l'a dit ?
– L'avocat de votre fille. », répondit doucement Elliot. « Donc vous n'étiez pas au courant ? »
Le visage de Wainscott s'assombrit. « Bien sûr que non, je ne le savais pas ! » Wainscott gronda et sauta sur ses pieds. « Je ne suis pas né de la dernière pluie, inspecteur ! Si j'avais pu penser que l'argent de la famille était un mobile, je l'aurais dit.
– Mais ce n'était pas l'argent de votre famille, si ? », demanda Olivia, récoltant un regard irrité du juge. « C'était l'argent de Samantha.
– Je vous assure, inspectrice, que Samantha avait une place très importante dans cette famille, et elle en était consciente. Elle n'aurait jamais gaspillé son héritage à moins d'en être contrainte. » Il prit une grande inspiration et se rassit doucement. « Qui a-t-elle nommé pour héritier ?
– Une femme... du nom de Serra Tate. »
Les deux inspecteurs virent Wainscott rougir de colère. Il fit un bond hors de son siège, les mains tremblantes. Instinctivement, Olivia se recula sur sa chaise. « QUELLE SALOPE ! ELLE A FINI PAR REUSSIR ! ELLE A TUE MA PETITE FILLE !
– Monsieur, s'il-vous-plait, calmez-vous », demanda Elliot, en se levant pour placer une main sur son épaule. Il le força doucement à se rasseoir. Quand le calme fut revenu, il sorti un bloc-note et un stylo. « Pouvez-vous nous dire qui est cette femme ? »
Le juge eut un rictus de dégout. « Ma Sammy était une fille bien. Elle était major de sa promo à l'Université de New-York. Elle a reprit tous les engagements caritatifs de sa mère après sa mort. » Il se passa les mains sur le visage. « C'est à cause de ce livre. Ce livre maudit ! »
Olivia cligna des yeux. « Je vous demande pardon ?
– Sammy était ma fille, inspecteurs. Même quand sa mère et moi avons... eu nos problème, c'était toujours la mienne. », soupira Wainscott. « Elle a voulu me faire une surprise avec l'édition originale de The Nightrunners de Joe Landsdale, mais ces livres sont durs à trouver. Lansdale est beaucoup moins publié que King ou Koontz. Elle en a finalement trouvé un dans une petite librairie sur la rive Ouest. C'est là qu'elle l'a rencontrée.
– Serra Tate ?
– Oui ! », répondit-il avec tout le mépris dont il était capable. « Elle n'était rien. Juste une petite élève de fac qui travaillait trois jours dans la semaine dans une petite librairie pommée. Jusqu'à ce qu'elle voit ma Sammy... Jusqu'à ce qu'elle rencontre son ticket repas. Sammy n'était pas... Elle n'aurait jamais... C'est une abomination ! Elle l'a trainée dans ces... bars, l'a convaincue qu'elle était elle aussi une dégénérée, l'a monté contre moi et l'a détournée de ses obligations familiales. » Wainscott se mis à trembler. « Et elle l'a convertie à tous... à tous ces... » Il mit la main devant la bouche, faisant comme s'il allait vomir.
Elliot se racla la gorge. « Donc, vous étiez au courant des... activités de votre fille ? »
Wainscott se tourna vers l'inspecteur : « C'était ma fille ! Vous pensez vraiment que je n'avais pas les clefs de son appartement ? » Il attrapa un verre qu'il rempli largement de whisky avant d'en boire une longue gorgée. « J'ai vu cette... table. L'armoire et tout... tout le reste. J'en ai vu suffisamment ! » avoua-t-il en tapant la table de son poing. « Cette salope a fait de ma fille une perverse. Et maintenant, elle l'a tuée.
– Je comprends que vous soyez contrarié », dit Olivia, sa machoire se serrant devant le comportement du juge, « mais on ne le sait pas encore. Nous devons cependant parler à Mlle Tate. Vous souvenez-vous du nom de la librairie ?
– Non, et croyez-moi, je ne compte pas y retourner. »
Vingt minutes plus tard, Elliot reculait la voiture, fixant Olivia qui attachait sa ceinture, perdue dans ses pensées.
« Il est complètement intolérant.
– Peut-être, mais il est aussi blessé et en colère. La plupart de ce qu'il a dit doit être dû à ça, il ne doit pas le penser.
– Je n'en suis pas si sûre. Il y a quelque chose de... de pas net dans ce qui s'est passé. », s'expliqua-t-elle en secouant la tête. « As-tu vu sa réaction à notre arrivée ?
– Liv, il a eu la confirmation de la mort de sa fille.
– Il a agit comme si c'était un choc. »
Elliot leva les yeux au ciel. « C'est un choc. Nous ne savons jamais comment les gens vont réagir, lorsqu'on fait une notification. On a déjà vu des proches qui ne cillent même pas, alors que d'autres deviennent hystériques. Wainscott s'est apparemment persuadé que que le cadavre n'était pas celui de sa fille. L'espoir peut faire perdre toute rationalité à n'importe qui. »
Olivia grogna, incapable de saisir exactement ce qui la gênait. « Peut-être. », conclut-elle en lançant un regard à sa montre. « Mince, il est plus de treize heure. J'ai à peine le temps de rentrer me changer avant d'aller au tribunal. Accélère ! »
