Olivia entra dans la salle d'interrogatoire et hocha la tête en direction d'Elliot qui était appuyé contre le mur derrière Serra.

La petite blonde était avachie sur une chaise et affichait une moue énervée tout en tapotant rapidement ses doigts contre la table. En voyant Olivia, elle bondit sur ses pieds, les yeux chargés de colère. « Vous n'avez pas le droit de me trainer ici ! C'est du harcèlement ! »

Olivia leva les sourcils. « Comment ça ? » Elle s'appuya contre le rebord de la fenêtre.

« Shelly m'a dit que vous êtes venus à la maison, et maintenant à mon travail ? », cracha Serra. « Si c'est pas du harcèlement, comment est-ce que tu appelles ça, alors ? »

– Faire mon travail ?

– Ton travail, bien ! C'est pratique ! » Elle lança un regard à Stabler par dessus son épaule. « Et ne crois pas que je ne sais pas ce que tu es en train de faire ! Avec ton gorille apprivoisé qui respire dans mon cou et toi qui reste debout pour que je sois obligée de lever la tête pour te regarder. Je connais déjà vos petits trucs, tu ne m'impressionnez pas ! »

Olivia réprima un sourire. Coriace, la petite. « Vous avez déjà passé pas mal de temps en garde à vue, non ? »

Serra pencha la tête sur le côté en fusillant l'inspectrice du regard. « Comme si tu ne le savais pas.

– D'accord, écoutez, vous avez l'air de souffrir d'un fantasme paranoïaque dans lequel notre seul but serait de ...

« Paranoïaque ? », se crispa Terra. « J'étais parano les quatre dernières fois qu'on m'a mise en garde à vue ? J'étais parano quand j'ai surpris ce mec qui me suivait en me prenant en photo ? Je ne suis pas idiote, inspectrice. Je sais que Sam est derrière tout ça. »

Olivia cligna des yeux. « Vous parlez de Samantha ou de Samuel Wainscott ? »

Serra se contenta de pousser un grognement méprisant.

« Vous devez parler de Samuel, puisque Samantha est morte. », lâcha l'inspectrice prête à observer la réaction de Serra, espérant ainsi faire avancer les choses. Elle vit toute une série d'émotions passer sur son visage. Lorsqu'elle parut se stabiliser, Olivia réagit trop tard.

« SALOPE ! », s'écria Serra en sautant de sa chaise avant de se jeter sur elle trop rapidement pour qu'Elliot ne puisse l'arrêter. L'expression sur son visage aurait été drôle si Olivia avait eu le temps d'y penser. Mais elle se retrouva juste à fixer le poing de la blonde.

Le bras de Serra était petit, mais son crochet, porté par sa colère, fut puissant et envoya à Olivia une grande décharge de douleur. La force du coup envoya la tête d'Olivia taper contre le miroir double-teinte. Voyant des étoiles, elle s'accroupit contre le mur alors qu'Elliot attrapait Serra et essayait de l'empêcher de bouger.

La petite blonde était hors d'elle elle arqua son corps avec hargne et violence pour essayer de se libérer des bras d'Elliot. « TU ES MALADE ! TU ES UNE TAREE DE SALOPE, COMME ELLE ! JE SAVAIS QU'ELLE ETAIT FOLLE, MAIS JE NE PENSAIS PAS QU'ELLE IRAIT SI LOIN ! »

La porte s'ouvrit et deux policières firent irruption en courant. Elles réussirent à contrôler la jeune femme alors que Cragen entrait dans la pièce à son tour. « Sortez-la d'ici ! », aboya-t-il. « Et mettez-la en cellule, histoire de la calmer un peu avant qu'on l'inculpe pour agression sur un inspecteur de police ! »

Serra continuait de ruer et crier. Lorsqu'elle fut sortie, Cragen se baissa pour remettre Olivia sur ses pieds.

La brune se tenait le cou d'une main, et la mâchoire de l'autre.

« Ça va ? », demanda-t-il en lui écartant la main qu'elle tenait contre le bas de son crâne pour qu'il puisse vérifier qu'elle ne saignait pas. « Tu risques de te sentir sonnée pendant un moment, mais ce n'est pas ouvert.

– Donc, est-ce que ça change ton avis sur le fait que Serra puisse être impliquée dans la mort de Samantha ? », railla Elliot. « Elle est manifestement bien capable d'être violente !

– Mais ça ne change rien au fait qu'elle n'a pas la force nécessaire ! », répliqua Olivia. Elle avait l'impression que sa tête allait exploser.

« Vu l'état de ta bouche, je n'en serais pas si sur ! »

Olivia éloigna sa main de sa bouche et réalisa qu'elle saignait. Elle se tourna pour se regarder dans le miroir. Ne voyant aucune blessure apparente, elle tira sa lèvre inférieure vers le bas. Elle grogna en remarquant la coupure à l'intérieur. « Fait chier. », murmura-t-elle. Ce n'était pas grave, mais c'était le genre de blessure qui allait la gêner jusqu'à ce que ça cicatrise. En soupirant, elle se tourna vers son partenaire. « Le miroir m'a fait plus de mal qu'elle.

– Liv, ça me paraît évident. Elle est instable... », commença-t-il.

« Tu ne regardais pas son visage », la coupa-t-elle d'un ton fatigué.

« C'est à dire ?

– C'est à dire que j'ai vu ses yeux. Le choc, l'incrédulité... la rage. » Elle lança un regard à Cragen qui regardait le sol. Il n'avait rien remarqué, lui non plus. « Elle ne savait pas... », soupira-t-elle en se massant les tempes pour tenter de réfréner son mal de tête qui grandissait. « Elle ne savait pas... »

Elliot regarda Olivia se diriger vers son bureau pour prendre un cachet de doliprane qu'elle avala dans la foulée. Il se racla la gorge. « Écoute, Liv... Je pense juste... »

Elle leva la main pour l'empêcher de continuer. « Laisse tomber. Je ne m'attendais pas plus que toi à ce qu'elle me saute dessus. Ce n'est pas ta faute. J'ai essayé de jouer sur l'effet de choc et je n'ai récolté que ce que je méritais. »

Il grogna, sachant que cela ne servait à rien de se disputer avec elle. « Tu penses vraiment qu'elle ne savait pas ?

– Je le sais.

– D'accord. », acquiesça-t-il. « Mais elle pourrait quand même avoir des infos qui nous aideraient. En tout cas, on ne tirera rien d'elle ce soir. Je rentre à la maison, et tu devrais faire pareil. » Il se leva et se dirigea vers la porte, déposant au passage une main réconfortante sur son épaule.

Olivia couvra alors sa main de la sienne, sans le regarder. Après qu'il soit parti, elle fixa le téléphone posé sur son bureau pendant plusieurs longues minutes avant de le décrocher pour composer un numéro.

« Vous êtes bien sur le répondeur d'Alexandra Cabot. Je ne suis pas disponible pour le moment. Veuillez laisser un message, et je vous rappellerai plus tard.

– Alex ? », appela-t-elle doucement. « Si tu es là, décroche s'il te plait. » Il n'y eut pas de réponse. Soupirant, elle posa son front contre le bureau. « J'imagine bien ce que tu dois penser... Je sais que j'ai tout fait foirer, mais je peux m'expliquer. Alex, s'il te plait... » Frustrée, elle commença à se taper légèrement la tête sur le dessus du bureau.

« Olivia ? Qu'est ce que tu fais ? »

Elle releva brusquement la tête, le regrettant immédiatement lorsque tout se mis à tourner autour d'elle. Serrant les dents, elle essaya de sourire à Cragen qui lui lança un regard inquiet. « Rien ! »

Elle reposa le téléphone sur son socle avant de se lever. « J'allais juste rentrer. »

Il hocha la tête. « Allez, viens. Je te ramène. »

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De l'autre côté de la ville, Alex était assise sur son canapé. Elle monta un verre de vin à ses lèvres tout en écoutant le message d'Olivia. Elle put entendre Cragen parler en fond, ainsi que la panique dans la voix de l'inspectrice avant qu'elle ne raccroche. Elle appuya sur un bouton pour réécouter pour la troisième fois le message.

Posant sa tête contre le canapé, elle cala son verre sur sa cuisse et contempla le plafond. Elle se sentait idiote. Elle savait qu'elle aurait dû décrocher le téléphone, laisser à Olivia une chance de s'expliquer, mais elle ne s'en sentait pas capable.

Alex était consciente que le sentiment de trahison qu'elle ressentait était exagéré, mais elle n'arrivait pas à s'en défaire. Cela faisait longtemps qu'elle n'avait pas laissé quelqu'un entrer dans sa vie comme Olivia l'avait fait. La dernière fois avait été cinq ans auparavant cela lui avait presque coûté sa carrière et elle s'était alors juré de ne jamais se remettre dans une situation pareille.

Et elle avait été si prudente. Essayer de garder ses distances, essayer de rester professionnelle, essayer de ne pas trop regarder l'attirante inspectrice, ou de ne pas passer trop de temps avec elle.

Mais, alors... leurs disputes.

Alex prit une grande inspiration alors que son cœur s'emballait lorsqu'elle repensa aux batailles orales qu'elle partageait avec la tenace brune ; la manière qu'elle avait de chercher volontairement l'inspectrice, juste pour pouvoir admirer la flamme qui brulait vivement dans ses yeux incroyables qui finissaient par briller autant qu'une pièce de monnaie neuve. Elle admirait sa ténacité, son intelligence, son engagement, mais ce qu'elle désirait, c'était sa passion.

Pendant un moment, ces disputes lui avaient suffit. Mais il était arrivé un jour où quelque chose avait changé.

Olivia avait commencé à lui sourire.

Des petits sourires mystérieux qui la hantait pendant des jours. Le genre de sourire qui impliquait plus que les lèvres de l'inspectrice.

Et les regards... Combien de fois avait-elle surpris les yeux de la brune qui fuyaient brusquement une partie de son corps alors que ses oreilles devenaient rouges ? Et si elle voulait être totalement honnête, combien de fois s'était-elle surprise en train de regarder Olivia lorsqu'elle celle-ci était occupée à autre chose ?

Soupirant, Alex prit une longue gorgée de vin. Elle attribua la chaleur qu'elle ressentait dans son corps à l'effet de l'alcool, mais eut un rire amer devant le peu de crédibilité qu'avait cette explication dans son esprit.

Elle pourrait rationaliser autant qu'elle le voulait, mais à la fin, son cœur la ramènerait toujours droit vers la vérité.

Elle voulait Olivia Benson.

Avoir besoin d'elle n'avait rien à voir avec les procès, les insignes de polices, les menottes...

Bon, les menottes, peut-être...

Alex fronça les sourcils lorsque son esprit se dirigea vers une direction à laquelle elle n'attendait pas. Ses joues se mirent à rougir et elle reprit une gorgée, laissant le liquide glisser sur sa langue.

C'était exactement le problème. Elle pouvait à peine penser à cette femme sans se court-circuiter. Comment pourrait-elle continuer s'ils découvraient réellement que...
Non. Elle secoua la tête en se levant. Elle reposa le verre vide sur la table avant de se diriger vers sa chambre. Ça n'arrivera pas.

J'ai beaucoup trop à perdre...