Samedi, 8H00
Olivia leva les yeux et salua Elliot de la tête lorsqu'il entra et passa près de son bureau. Elle finissait de relire les informations qu'ils avaient sur Serra Tate. Il se servit une tasse de café et s'assit en face d'elle.
« Ça fait longtemps que tu es arrivée ?
– Environ une heure ». Elle pouvait sentir son regard, la compassion qu'il dirigeait vers elle, et elle n'était pas prête à faire face à cela pour le moment. Elle releva la tête et le regarda. « Quoi ?
– Je sais que tu n'as pas dormi de la nuit à cause de ce qu'il s'est passé. », répondit-il doucement. « Mais il n'y avait pas de bonne manière pour elle de l'apprendre, Liv.
– Je sais ! J'ai fait mon travail. Et je le referai. » Elle s'adossa sur sa chaise avec un soupir. « Mais ça ne veut pas dire que j'aime le faire. » Elle referma le dossier de Serra et tapota dessus avec ses doigts. « On passe à côté de quelque chose, Elliot.
– C'est à dire ?
– J'ai revu toutes les infos qu'on a sur cette fille, tout ce que Wainscott nous a donné, et il y a toujours des trous suffisamment grands pour y faire passer une voiture.
– Elle est ici ?
– Dans la salle deux. », acquiesça-t-elle. « Tu me laisses m'en charger ? »
Son partenaire l'observa pendant quelques secondes avant de lever un sourcil moqueur. « Tu es sûre que tu seras en sécurité ? »
Elle se leva et mis le dossier sous son bras. Tout en se dirigeant vers la salle d'interrogatoire, elle leva son majeur en direction d'Elliot.
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Alors qu'elle entrait dans la pièce, Olivia demanda immédiatement au garde de la laisser seule. Elle tira une chaise avant de s'asseoir et de regarder calmement la femme qui lui faisait face.
Serra Tate était assise, la tête baissé, le visage caché dans ses mains. Ses épaules frêles étaient agitées de soubresaut alors que des sanglots s'échappaient de sa gorge. En face d'elle, sur la table, une édition du New York Times était posée celle que Cragen avait montré à Olivia deux jours plus tôt.
« Vous ne mentiez pas. » Sa voix était à peine un murmure. « Elle est vraiment morte.
– Oui », confirma doucement Olivia.
« Pourquoi ? Qui ferait ça ? » La blonde releva la tête et fixa l'inspectrice de ses yeux rougis. « Le journal dit... il dit que... » Elle se couvrit la bouche de la main.
Olivia lui donna une petite poubelle, serrant les dents en voyant la jeune femme vomir. « On ne sait pas. C'est ce qu'on essaye de découvrir. Où étiez-vous dans la nuit de mardi à mercredi ? »
Serra lui lança un regard. « Vous pensez que j'aurais pu faire ça ? Blesser Sammy ? Je l'aimais !
– Dans ce cas, où étiez-vous, Serra ?
– J'étais chez moi !
– Chez vous ? Il semble qu'il y ait quelques confusions sur cet endroit. », répondit calmement Olivia.
Serra soupira. « J'habite avec Shelley depuis trois mois et demi.
– Et avant ça ?
– Je vivais avec Samantha.
– Quelle était la nature de votre relation ? »
Les yeux de la blonde se remplirent de larmes. « Nous étions amantes. »
Olivia senti quelque chose se serrer au fond d'elle-même, mais son regard ne flancha pas. « Est-ce qu'il y avait quelqu'un avec vous la nuit de mardi à mercredi ?
– Shelley. On étudiait ensemble.
– Toute la nuit ?
– On est dans la même classe... » Elle hocha la tête d'un air absent. « Psychologie politique. Les examens sont la semaine prochaine.
– Je demanderai à Shelley si elle peut confirmer votre alibi, mais elle n'étais pas très aimable la dernière fois qu'on a voulu lui parler. Vous pouvez me dire pourquoi ?
– Sammy... C'est elle qui payait tout quand on était ensemble, et elle n'avait pas l'habitude qu'on se mette en travers de sa route. J'imagine que c'est ce qu'il arrive quand maman a de l'argent et que papa a du pouvoir. » Elle se passa une main dans les cheveux avant de continuer. « Elle l'a mal pris quand je suis partie. Elle a rendu les choses... difficiles.
– Donc en gros, vous lui apparteniez.
Les yeux de la blonde se plissèrent dangereusement. « Je ne suis pas un chien, inspectrice. On ne me possède pas.
– Pourquoi êtes-vous partie ? » Olivia regarda attentivement la jeune femme. « Je veux dire, vous avez dit que vous l'aimiez ... »
Serra soupira. « Quand j'ai rencontré Sammy, c'était comme un rêve qui devenait réalité, vous voyez ? Je venais juste de quitter le Wisconsin, je ne connaissais quasiment personne. Je vivais dans un trou appelé logement d'étudiant, et je bossais à mi-temps à Ink. Sammy est venue elle cherchait un livre, une sorte de roman d'horreur pour son père. Elle était magnifique, et elle était élégante, et ... elle m'a demandé mon numéro. » Sa lèvre supérieure se mit à trembler elle repoussa le journal le plus loin possible d'elle. « J'ai trouvé... je l'ai trouvée incroyable. On est sorties ensemble pendant quelques semaines avant de s'installer toutes les deux. Son père me détestait... Il détestait qu'on soit ensemble, mais elle s'en fichait. On s'aimait, et c'était parfait... Ça l'a été pendant un petit moment.
– Que s'est-il passé ?
– Sammy ne s'est jamais remise de la mort de sa mère. Et elle en voulait vraiment à son père pour ce qu'il avait fait avec d'autres femmes. Donc quand il lui a dit ce qu'il pensait au sujet de notre relation, elle lui a ressorti cette histoire. Ça c'est vraiment, vraiment mal passé entre eux et plus ils se disputaient, plus son humeur empirait. » Elle déglutit. « Elle a commencé... à me demander de devenir dure... avec elle.
– Dure ? »
Serra hocha la tête. Elle rougit en serrant les dents. « Elle voulait que je lui donne des fessées. Petites au début, mais elle les a voulu ensuite de plus en plus fortes. Jusqu'à ce que ça lui laisse des marques. Elle voulait aussi que je lui pince les seins plus fort que je la morde jusqu'à ce que ...
– Jusqu'à ce que quoi ?
– Jusqu'à ce qu'elle saigne. » La blonde était blanche comme si elle allait de nouveau être malade. « Et quand j'ai commencé à lui dire non, elle a ramené cette... cette femme à la maison. »
Olivia fronça les yeux devant le ton amère de la blonde. « Quelle femme ?
– Elle était plus vieille. Une quarantaine d'année, peut-être même cinquante. Elle avait des cheveux courts et noirs et des yeux très intenses. Vous savez, le genre de regard qui vous transperce.
– Qui était-elle ? »
Serra lui lança un regard sarcastique. « Croyez-moi, quand vous rencontrez cette nana qui baise votre femme derrière votre dos, vous ne lui demandez pas son nom.
Olivia hocha la tête. « Qu'est-ce que vous pouvez me dire d'autre sur elle ?
– Je ne l'ai croisée qu'une fois dans l'appartement. Après ça, Sam a fait en sorte qu'on ne se croise plus. Je l'ai quand même aperçue quelques fois au bar. Je me rappelle qu'elle avait une voix incroyable, comme si elle faisait partie de ces téléphones roses. Oh, et il me semble qu'elle conduit une voiture de sport.
– Comment le savez-vous ? »
Serra eut un petit rire. « Parce qu'elle portait toujours ces gants de conduite noirs. Je ne l'ai jamais vue sans. »
L'inspectrice s'obligea à garder un visage neutre. « Ça devait vous mettre en colère que Sammy vous trompe comme ça. »
La blonde soupira de nouveau, et ses épaules s'affaissèrent. « Je détestais ça. Je détestais qu'elle ait besoin de cette femme... Mais j'étais aussi soulagée. »
Olivia fronça les sourcils. « Je ne comprends pas.
– Elle voulait que je... lui fasse... des choses. » Des larmes se remirent à couler le long des joues de Serra. « J'ai essayé... de faire ce qu'elle voulait, j'ai essayé ! Mais c'était de pire en pire. J'ai fini par refuser. Je ne pouvais plus le faire. Je ne pouvais plus la blesser comme ça, même si elle me suppliait. Sammy est venue me parler, elle m'a dit qu'elle m'aimait mais qu'il lui manquait quelque chose dans sa vie, et qu'elle comptait l'avoir. Même si cela signifiait mettre quelqu'un entre nous. Je lui ai dit que j'allais essayer de l'accepter, du moment qu'elle ne l'amenait plus à la maison. J'y ai presque réussi pendant un moment. »
L'inspectrice attendait, impassible, que Serra continue son récit, mais elle avait mal pour la blonde qui se battait avec ce qu'elle avait à dire.
« Et ensuite, elle a fait... faire ces... choses. » La voix de Serra se brisa sous le coup de l'émotion qu'elle ressentait. « C'était terrible. Tout droit sorti d'un film d'horreur. Ça me rendait malade. » Elle se passa une main sur le visage. « Je lui ai dit que c'était fini. Que je ne pouvais plus rester à la regarder se tuer et que je déménageais. » La blonde se mordit la lèvre, et Olivia pu voir un éclair de tristesse encore plus grande passer dans ses yeux. « Elle m'a envoyé des fleurs chaque jours jusqu'à ce que je parte réellement. Puis je n'ai pas entendu parler d'elle pendant deux mois. Ensuite des flics ont commencé à se montrer, c'était ceux qu'elle connaissait par son père. Ils n'ont pas arrêté de me harceler, s'incrustant dans ma vie, me disant que je devrais être heureuse que quelqu'un comme Sammy intéresse à moi. C'est pour ça que Shelley a été aussi sèche avec vous. Elle pensait que vous étiez comme eux.
Le visage d'Olivia se durcit. « Vous vous rappellez leur nom ?
– À quoi ça sert ? Sammy est morte.
– Ils doivent être tenus responsable de leurs actions, Serra. »
Elle haussa les épaules. « Comme si quelque chose pouvait leur arriver. », dit-elle d'une voix dure et amère. « Je sais comment ça fonctionne. Quand le mec qui me prenait en photo a commencé à me suivre et à parler à tous mes amis, je suis allée au commissariat pour le signaler. Il ne s'est rien passé. Ils se sont juste moqués de moi. » Elle secoua de nouveau la tête. « Mais c'est pas grave, ça n'a plus d'importance. Qu'est-ce que vous voulez savoir de plus ? »
Olivia la regarda dans les yeux. « Parlez-moi de la voiture. »
Serra cligna des yeux avant détourner rapidement le regard. « La voiture ?
– On l'a amenée à la fourrière. Qu'est-ce qu'une étudiante avec un mi-temps dans une vieille librairie fait avec une Lexus SC 09 flambante neuve ?
– À ce que je sais, ce n'est pas un crime.
– Non, mais mentir à la police en est un. », répliqua Olivia. « On a tracé la carte grise jusqu'à un concessionnaire, Serra. Vous avez payé soixante quatre mille dollars en liquide il y a un mois, pour cette voiture. Où avez-vous eu l'argent ?
– Qu'est ce que ça peut faire ? » La blonde serra la mâchoire d'un air têtu.
L'inspectrice roula des yeux. « Quand vous commencez à dépenser autant d'argent, juste quelques semaines avant d'hériter d'une fortune, ça a tendance à soulever quelques questions. »
Serra la regarda sans comprendre. « De quoi est-ce que vous parlez ? »
Olivia ouvrit le dossier posé en face d'elle et glissa une feuille devant Serra. « Elle vous a tout laissé. »
Les yeux de la jeune femme s'élargirent et se remplirent de nouvelles larmes. « Sammy... », murmura-t-elle en se prenant la tête dans les mains.
L'inspectrice avait déjà vu plein de fausses émotions en tant que flic, et elle savait que ce qu'elle voyait n 'était pas simulé. Elle rassembla les papiers avant de fermer le dossier. « Écoutez, si vous étiez chez vous avec Shelley, ça ne devrait pas vous poser de problème de nous donner votre ADN. Pour vous exclure.
– Je n'ai rien à cacher. Je vous donnerai ce que vous voulez.
– Un accès à votre dossier financier aussi ? »
La blonde secoua la tête. « Non. ADN, empreintes digitales, sang... n'importe quoi. Vous pouvez même avoir un frottis vaginal si ça vous fait plaisir. Mais je n'ai rien fait à Sammy. Je n'aurais jamais pu. Donc le reste ne vous regarde pas. »
Olivia soupira. « Ce serait plus simple si vous coopériez. » Elle se massa la mâchoire. « N'oubliez pas que vous êtes toujours accusée d'agression sur agent de police. »
Serra carra les épaules et rassembla ce qu'il lui restait de dignité. « Je suis vraiment désolée pour ça. J'étais énervée, et effrayée, et je me suis défoulée sur vous. J'assumerai entièrement ce que j'ai fais, mais je ne vous laisserez pas vous, ni personne d'autre, démonter encore une fois ma vie. Prenez votre ADN, mais si vous voulez autre chose, alors je veux un avocat. »
Olivia acquiesça. Elle attrapa le dossier et se dirigea vers la sortie. Arrivée à la porte, elle se retourna et demanda doucement. « Si vous l'aimiez tant, pourquoi étiez-vous au Velvet à essayer de me draguer ? »
Serra lui lança un regard triste, les yeux sombres. « Vous avez déjà aimé quelqu'un avec qui vous ne pourrez jamais être, inspectrice ? » Elle fixa ses mains avant de souffler : « On a l'impression d'être encore plus seul que si on aimait personne.
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« Alors ? »
Olivia leva les yeux vers Cragen en sortant de la salle d'interrogatoire.
« Elle cache quelque chose, c'est évident. » Elle se passa une main sur la nuque. « Pourquoi est-ce que je n'arrive pas à trouver ce qu'elle ne veut pas dire, et pourquoi ?
– Combien de raisons il pourrait y avoir, Olivia ? »
Elle regarda Cragen pendant un moment avant de mettre doucement sa main sur l'épaule de son capitaine. « Je sais que ça te déchire, Cap. Tout comme je sais que tu as besoin que ça se finisse maintenant. Et je te jure qu'on va faire notre maximum. J'ai besoin que tu me crois quand je te dit que cette fille n'a rien à voir avec la mort de Samantha. Mais elle cache quelque chose quelque chose qui pourrait nous monter la piste à suivre. Il faut juste qu'on découvre de quoi il s'agit. »
Cragen hocha la tête, s'excusant du regard. « Je vais demander à ce qu'on lui fasse un prélèvement d'ADN. Toi, tu vas voir Cabot. Il faut qu'on puisse vérifier les relevés de Serra, il nous faut un mandat. »
Olivia pâlit légèrement. « Euh... On est samedi. Peut-être que je devrais juste appeler sa secrétaire. Je ne veux pas la déranger... »
Elle s'arrêta de parler lorsque Cragen lui lança un regard curieux.
« Liv, tu sais très bien qu'une secrétaire ne peut pas aller voir un juge pour lui demander de signer un mandat. Il nous faut son assentiment et son soutien pour l'avoir. » Il haussa les épaules. « En plus, elle est à son bureau. Je viens de lui parler. Elle a appelé pour vérifier qu'on allait bien faire sortir Tate et j'en ai profité pour lui parler de l'agression. Elle ne semblait pas convaincue que tu n'as pas délibérément provoqué Tate pour qu'elle te frappe. »
Olivia leva les yeux au ciel. Bien sûr qu'elle ne le croyait pas.
Cragen ignora son regard avant de se diriger vers son bureau. Par dessus son épaule, il ordonna : « Vas la voir, maintenant. Je veux ce mandat pour hier.
Olivia soupira. Hier, j'aurais eu plus de chance de l'avoir...
