Après un temps que je n'ose pas calculer, voici la suite de cette histoire. Je suis désolée pour l'attente, et j'espère pouvoir maintenant tenir un rythme un peu plus rapide.
Bonne lecture, et à bientôt !
Partie 6: Des bâtons et des pierres
Olivia ouvrit la porte avec tellement de force qu'elle rebondit dans ses gonds. Elle la claqua bruyamment, ce qui attira l'attention des quelques personnes qui passaient devant les bureaux du procureur. Ignorant leur regard surpris, elle les bouscula sans s'excuser.
Arrivée au bord du trottoir, l'inspectrice s'arrêta pour inspirer une grande bouffée d'air froid. Une petite fumée blanche se forma lorsqu'elle expira. Elle se retourna et fixa l'immeuble, essayant d'intégrer ce qu'il venait de se passer, Son cœur battait douloureusement dans sa poitrine.
Comment un moment aussi magique pouvait-il dégénérer en si peu de temps ?
Une petite partie de son esprit, celle qui n'avait pas été épargnée par la vie, voulait juste laisser tomber, oublier tout ça. Mais l'autre partie ne pouvait pas ignorer la manière dont elle s'était sentie lorsqu'Alex la serrait dans ses bras. Ses doutes, sa peur, et même le reste du monde avaient cessé d'exister. Pour la première fois, le sexe n'était pas que du sexe. Pour la première fois, elle avait réellement compris ce que voulaient dire les autres.
En soupirant, elle essaya de contenir sa colère. Elle savait qu'Alex avait peur. Elle n'en comprenait juste pas la raison.
Mais elle était inspectrice, non ?
Son téléphone sonna et Olivia le sorti de sa poche. Elle le regarda quelques instants avant de décrocher.
« Quoi ? », aboya-t-elle.
« Oula ! Quelque chose s'est faufilé dans ton boxer et en est mort ? »
Elle serra les dents et compta jusqu'à dix avant de répondre : « Je ne porte pas de boxers. Qu'est-ce que tu veux ?
– Tout va bien ? » Elle pouvait entendre l'inquiétude dans la voix d'Elliot et essaya de modérer sa frustration. « Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Cabot s'est énervée sur toi? »
Olivia grogna, laissant un rire amer s'échapper de ses lèvres. « Quelque chose comme ça.
– Donc j'imagine qu'on aura pas le mandat pour le dossier financier de Tate ?
– Si, je l'ai eu. Elle nous l'amène d'ici une heure. Tu peux t'en occuper ? Je dois passer à mon appart. »
Elliot rit doucement. « Tu réussis toujours à convaincre Cabot. À partir de maintenant, c'est toujours toi qu'on enverra.
– Ouais. Tu peux me couvrir ?
– Bien sûr, mais qu'est-ce que tu dois prendre chez toi ?
– Mon bon sens ? », soupira-t-elle. « Je marchais trop près de la route et un taxi a décidé de me faire prendre un bain... Il faut que je me douche et que je mette des habits secs. Je serai rentrée d'ici une heure, d'accord ?
– Oui, bien sûr. On se retrouve là-bas, partenaire.
Olivia sorti de la douche et sécha ses cheveux avec une serviette qu'elle passa ensuite autour de sa poitrine. Elle prit le pot de gel posé sur l'étagère et l'ouvrit. Elle en préleva un peu avant de se passer les doigts dans les cheveux. Elle écarquilla les yeux lorsqu'elle remarqua la petite tache violette au dessus de son épaule.
Elle la toucha délicatement, d'un air étonné. D'habitude, la couleur de sa peau masquait ce genre de marques. Alex avait dû y aller fort.
Elle ferma les yeux et les images de l'après midi lui revinrent à l'esprit. La main d'Alex dans ses cheveux, ses bras la serrant contre elle … La brune porta une main à ses lèvres. La coupure provoquée par Serra Tate s'était rouverte sous les dents de la blonde. Sur le moment, elle ne l'avait pas senti elle avait bien d'autres choses à faire. Mais maintenant qu'elle l'avait remarqué, elle savait que ça allait la rendre folle.
Non pas à cause de la douleur, mais parce que cette petite coupure allait constamment lui rappeler ce qu'elle avait partagé avec la jeune substitut qui semblait ne plus vouloir entendre parler d'elle.
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« Liv ! » Elliot lança un sourire à l'inspectrice lorsqu'elle entra dans la salle d'observation. « Jackpot !
– On a une correspondance ADN ? » demanda la brune, n'y croyant pas.
– Non. Serra Tate n'était pas l'invitée mystérieuse dans le lit de Wainscott cette nuit là. Mais c'est presque aussi bien. »
Olivia lança un coup d'œil à travers la glace sans teint pour voir Samantha dans la même position qu'un peu plus tôt.
« Elle est restée là dedans tout le temps ?
– Je pense, quoi. Pourquoi ?
– Elle n'est pas une criminelle, Elliot ! C'est juste une fille qui s'est mise dans une mauvaise situation.
– Pas qu'une apparemment. »
Olivia leva un sourcil.
« C'est à dire ? »
Il lui tendit un papier. « First Mutual nous a envoyé ça il y a cinq minutes. »
La brune survola le document. Son cœur s'alourdit lorsqu'elle réalisa sa signification. « Viens. »
Elliot la suivit dans la pièce. Il se posta derrière Tate alors qu'Olivia plaquait le document sur la table, devant la petite blonde.
« Vous pouvez m'expliquer ce que ça peut bien être, Serra ?
– Que … quoi ? » Elle s'avança pour regarder le papier. « Je peux expliquer.
– Vous pouvez expliquer ? » Olivia se laissa tomber sur la chaise. « Vous pouvez expliquer comment cent million d'euros de Preston Industries sont arrivés sur votre compte bancaire il y a un mois et demi ? »
Serra baissa les yeux et ouvrit la bouche plusieurs fois, sans qu'aucun son ne sorte.
« Expliquez ! », ordonna Olivia. « Sinon vous allez vraiment avoir besoin de l'avocat dont vous parliez tout à l'heure !
– Samuel Wainscott. », murmura-t-elle.
« Quoi ? »
Elle se prit le visage dans les mains. « Samuel Wainscott. Il m'a payée. Il m'a donné cet argent pour que je quitte Sammy. »
Olivia eut une moue confuse. « Vous voulez dire que Samuel Wainscott vous a donné, il y a un mois et demi, cent million d'euros, en échange desquels vous quittiez sa fille ? Ça n'a aucun sens.
– Vous pensez que je ne le sais pas ? Quand cet enfoiré qui m'a fait suivre s'est décidé à se pointer à la librairie avec un chèque, j'ai pensé que c'était une sorte de piège. Je veux dire, pourquoi voulait-il me payer pour que je la quitte, alors que nous étions déjà séparées ? J'ai pensé que c'était en fait pour que je me tienne loin d'elle. Sammy avait beaucoup insisté pour que je revienne. En tous cas, j'étais fauchée … J'avais arrêté de bosser, quand j'étais avec elle, et j'avais besoin d'argent.
– Donc vous l'avez pris. », conclut Olivia avec dédain.
Serra carra les épaules et se redressa. « Je vous ai dit que je ne suis pas un chien, inspectrice. Mais je ne suis pas folle. Écoutez, je sais que ce n'est pas la partie de ma vie la plus glorieuse, mais cet homme a essayé de nous rendre malheureuses à chaque occasion. Il la dénigrait, et me harcelait tout le temps parce qu'il pensait que j'avais corrompu sa petite fille chérie. Et peu importe le nombre de fois où Sammy lui a expliqué que c'est elle qui est venue vers moi, il a toujours pensé que j'étais le diable. Vu l'enfer qu'il nous a fait subir, je méritais bien cet argent. » Elle soupira. « Je n'ai pas enfreins la loi. Il m'a offert l'argent et je l'ai pris. Je n'étais plus avec Sammy, donc ce n'étais même pas du bluff.
– Et vous pensez quand même que c'est bien ? », demanda doucement Olivia.
Serra la regarda un long moment avant de répondre. « Non, ce n'est pas bien. Mais ça rend la chose plus facile. »
La brune se redressa sur sa chaise en regardant attentivement la jeune femme. Elle savait au fond d'elle-même que Serra disait la vérité.
« D'accord. » Elle se leva. « Vous pouvez y aller.
– Quoi ? », s'exclamèrent en même temps Serra et Elliot.
« Et l'agression ? », demanda Elliot à sa partenaire.
Olivia regarda la blonde dans les yeux. « Je ne porte pas plainte. Mais restez dans le coin. Et faites savoir à vos amis que s'ils se moquent encore de nous si on vous cherche, vous irez directement derrière les barreaux. Compris ? »
Des larmes de soulagement coulèrent sur les joues de Serra. « Compris. Inspectrice ?
– Oui ?
– Cette femme dont je vous ai parlé. Celle avec laquelle Sammy fricotait. Peu importe qui elle est, elle en sait plus que moi sur la vie de Sammy au cours des derniers mois. Elle connaissait tout son côté noir que je ne pouvais pas supporter. J'ai dû vivre en sachant que je m'éloignais de Sammy, probablement au moment où elle avait le plus besoin de moi. Je ne pourrais pas supporter que son tueur s'en sorte. S'il vous plaît … Trouvez la. »
L'inspectrice lança un regard plein de compassion à la jeune femme. « J'y compte bien. »
Samedi 18h11
Olivia contempla la façade extérieure du 1655 Park West avant de regarder ses habits. Son Levi's serré aux cuisses et sa veste en cuir noir ne feraient certainement pas une grande impression auprès du portier, mais si Zoey avait dit vrai, elle pouvait entrer comme elle le voulait.
Elle passa la porte, se retenant de rire lorsque le portier lui lança un regard étonné. Il ouvrit la bouche pour parler, mais Olivia ne lui en laissa pas le temps. Elle sorti rapidement le porte-clé de sa veste et laissa le cristal rouler dans sa paume.
L'attitude du portier passa immédiatement d'un dédain à peine masqué à respect poli. Il lui ouvrit la porte en souriant. « Passez une bonne soirée, Madame. »
Lorsqu'elle arriva dans la salle, elle fut surprise devant le peu de monde présent. Elle regarda sa montre et réalisa qu'il était juste dix-huit heures. Elle lança un regard circulaire, notant chaque femme présente.
« Elle n'est pas là. »
La voix familière la fit se retourner vers le bar où Zoey essuyait des verres.
« Je sais. » Elle s'installa sur un tabouret. « C'est fait exprès.
– Ouch ! », grimaça la barman. « On dirait que tu es toujours brouillée avec la magnifique Ms. Cabot.
– Ce n'est pas faute d'essayer d'arranger les choses. Je lui ai … parlé, cet après-midi.
– Parlé ? » Zoey lui lança un petit clin d'œil. « Comment ça s'est passé ?
– Plutôt bien, au début. » Olivia ne comprenait pas pourquoi elle se sentait si à l'aise avec la jeune femme, mais elle était heureuse de pouvoir se confier. « Ensuite, j'ai été prise de court. » Elle soupira. « Peut-être que je cours après la mauvaise fille, tu sais. Comme tu l'as dit, elle a tout. Pouvoir, argent, classe. J'ai quoi, moi ? Un petit appartement, un salaire minable, et un job qui prend quatre-vingt-dix pourcent de mon temps. Regarde moi ! Le portier ne m'aurait jamais laissé passer si je ne lui avais pas montré le porte-clef que tu m'as donné.
– Tu as d'autres choses.
– Quoi ? »
Zoey posa son torchon. « Tu as un sourire incroyable, des yeux magnifiques et tu es plutôt attirante quand tu portes une veste en cuir. » Elle sourit. « Et puis Cabot te connaissait avant de te voir dans ce bar, et ça ne l'a pas empêché de t'embrasser. Je dirai qu'il y a bien plus que ton apparence.
– Pourquoi tu penses ça ?
– Le Velvet reçoit le must de la haute société, Olivia. Le crème de la crème lesbienne. Cabot vient ici depuis un bout de temps, et j'ai vu beaucoup de filles l'approcher et se heurter à un mur. Cette femme a refusé suffisamment de verres pour ravitailler le bar pendant un an. Mais je ne l'ai jamais vu regarder quelqu'un de la manière dont elle t'a regardée hier. Et elle ne s'est jamais déplacée pour parler à quelqu'un. Pour qu'elle fasse ça, tu dois être vraiment spéciale. »
L'inspectrice eut un petit rire et se détourna pour cacher la rougeur qui montait sur ses joues.
« Sexy et timide ! », se moqua Zoey. « Quelque chose me dit que je commence à apercevoir la vraie Olivia. »
La brune tendit la main en souriant. « Inspectrice Olivia Benson, et oui, c'est la vraie moi. Je jure trop, je ris trop fort, je porte un jean et un t-shirt six jours par semaine. J'imagine que je suis loin d'être à l'image de ta clientèle régulière.
– Ouh, un flic ! », s'exclama Zoey en riant. « Et c'est bien dommage. » Elle attrapa un verre qu'elle remplit de Jack avant de le poser devant l'inspectrice. « Crois moi si tu veux, mais je pensais plutôt à des filles comme toi quand j'ai ouvert cet endroit.
– C'est à dire ?
– Je m'imaginais quelque chose de simple, un peu plus terre à terre. Mais ma grand-mère me disais toujours que chaque bâtiment avait une âme qui lui était propre. Tu as beau le posséder, tu peux refaire le décor, l'esprit restera le même. »
Olivia hocha la tête avant de comprendre le sens des mots de Zoey. « Tu … possèdes cet immeuble ? Tout cet immeuble ? »
Elle acquiesça.
« Mais qui était ta grand-mère ?
– Ivy Merrin.
– Merrin, Merrin ... » L'inspectrice chercha dans sa mémoire pendant quelques instants. « Jamais entendu parler. »
Zoey se mit à rire. « C'est normal. C'était une secrétaire. » Les yeux de la jeune femme se froncèrent lorsqu'elle réalisa ce qu'Olivia voulait dire. « Ah ! Tu essayais de trouver du sang royal dans mon arbre généalogique ? Laisse-moi t'épargner cette peine, il n'y en a pas. Mon père était un chauffeur routier, et ma mère une coiffeuse.
– Dans ce cas, comment... ?
– Une lignée royale doit bien commencer quelque part, non ? » La barman resservi le verre vide. « J'étais spécialisée en art à la fac. J'ai eu la chance d'être acceptée à Versailles et j'ai trouvé un patron qui a beaucoup apprécié mes compétences. Elle m'a appris, entre autre, à peindre pour la vente. Je suis revenue d'Europe avec un bon petit paquet d'argent. J'ai aussi la chance de savoir rester amie avec mes exes.
– C'est à dire ?
– Quand je suis rentrée, je suis tombée successivement amoureuse de deux femmes talentueuses. La première était Natalia, elle était dans la chirurgie esthétique à New York. Ensuite, il y a eu Francine, une banquière d'affaire qui avait un cœur. Nos relations n'ont pas duré, mais nos amitiés, si. Je leur ai montré mes plans et elles ont tout de suite investi. Je possède cinquante-deux pourcent, elles possèdent le reste. »
Olivia leva un sourcil. « Je suis impressionnée. » Elle vida son verre avant de reprendre. « À quoi sert le reste de l'immeuble ?
– Les trois premiers étages sont des bureaux. Sinon, ce sont des studios et des appartements. Je suis en léger déficit par rapport à ça, mais le reste de l'immeuble compense bien.
– Le reste … ?
– La terrasse … et la cave.
– Il y a quoi à la cave ? »
Zoey lui lança un regard amusé. « Les Enfers, Inspectrice. »
