Coucou !

Nul besoin d'être Sherlock pour savoir qui est le héros de cet OS... les pulls de John sont devenus une véritable institution, j'aurais donc été mortifiée de ne pas les évoquer. Pulls que je ne mets jamais, et qui m'ont valu un rhume. C'est donc le nez bouché que je vous ai écrit ce texte, en espérant que mes capacités intellectuelles n'aient pas été trop altérées par cet agaçant virus... si vous trouvez des choses étranges, n'hésitez pas à me le dire, même si je me suis relue. :p Bon, j'arrête de blablater, et je vous dis à la prochaine !

Enjoy !

John Watson attrapa un pull beige tricoté main, son préféré, et fit rouler la laine entre ses doigts. Il sourit, il aimait beaucoup faire ce geste, et sentir la douceur de la laine sous ses phalanges. Il l'enfila, puis admira son reflet dans le petit miroir de la salle de bains, décorée avec goût par son épouse, Mary. Il s'empara d'un peigne et aplatit ses cheveux ébouriffés par le vêtement, avec une précision toute militaire. John était toujours impeccable. Cette habitude d'être tiré à quatre épingles lui avait d'abord été enseignée par l'armée, puis par Sherlock, toujours si propre sur lui, si élégant… quand il ne s'ennuyait pas.

Quoique, même en robe de chambre et vêtu de ce pantalon de pyjama déformé et de ce t-shirt, pensa le médecin, il dégage une classe folle.

L'ancien soldat savait qu'il ne pouvait pas en dire autant, mais ses affreux pulls, comme les appelait souvent son meilleur ami, ne l'avaient pas empêché de rencontrer et de séduire la femme de sa vie. Mary n'avait jamais rien trouvé à redire sur ces vêtements que John affectionnait tant, surtout depuis son retour d'Afghanistan. Il n'aurait pas pu affronter le froid londonien sans eux… ils faisaient partie de sa nouvelle vie, étaient comme une part de son identité. Il se souvenait encore de la tête de Greg quand il était arrivé en costume à une soirée organisée par Scotland Yard. Quatre mois avant ce terrible jour d'octobre. Jour qui continuait à hanter le médecin, une tache indélébile sur son cerveau, sur son cœur, sur sa vie. Ce jour où, tel un ange déchu, Sherlock avait sauté du toit de Saint-Barts, sous les yeux impuissants de son meilleur ami, après lui avoir assené un discours des plus absurdes. Après avoir tenté de remettre leur amitié en question, pour rendre ce faux suicide plus crédible.

Il se souvenait de la terreur, du coup de poignard dans son cœur, de sa respiration qui s'était coupée. Il revoyait sa main fébrile se poser sur la nuque chaude, se souvenait du désespoir ressenti après avoir constaté l'absence de pouls. Il avait fait l'erreur de plonger dans les fascinants yeux gris de son meilleur ami, si intenses et intelligents… et n'avait trouvé que le vide, l'absence, la mort. Son monde s'était écroulé, comme un château de sable emporté par le flux et le reflux de la mer. Il avait brûlé le pull qu'il portait ce jour-là, l'avait regardé se consumer, alors que les yeux morts de Sherlock, ses boucles ensanglantées hantaient son esprit. Il ne se souvenait pas des premiers jours qui avaient suivi, tous empêtrés dans un brouillard gris et poisseux. Il se rappelait simplement du soir où, vêtu d'un pull noir cette fois-ci, il était allé voir Kitty Riley, la journaliste qui avait sali le nom de Sherlock, le poussant au suicide. Il ne la tuerait pas. Trop de sang avait déjà coulé, manquant de l'étouffer. Il voulait simplement savoir ce qu'elle ressentait. Il avait trouvé une jeune femme anéantie, aux traits tirés par la fatigue… mais qui restait arrogante et cruelle. Un monstre d'ambition et d'égoïsme.

Colère. Chagrin. Rancœur. Douleur insupportable. Quatre compagnons indésirables. Il s'était traîné avec l'impression d'avoir été un mauvais ami. Coupable. Coupable de ne pas avoir su détecter les signes, lui qui se prétendait médecin et qui avait été sujet à ce genre d'envies. Coupable de n'avoir pas déduit correctement, lui qui avait vu son ami à l'œuvre des centaines de fois ! Lui qui prétendait connaître Sherlock Holmes mieux que personne. Même pas fichu de protéger l'être qui lui était le plus cher. Rancœur. Il l'avait abandonné, avec quelques mots idiots. N'avait pas tenté de l'écouter, trop têtu. Et John s'était retrouvé avec un cadavre et des souvenirs mâtinés de souffrance insupportable. Il aurait sombré si la douce Sarah ne l'avait pas forcé à travailler à nouveau. Après quelques remplacements, il avait trouvé une place dans un cabinet : le docteur Jackson prenait sa retraite et cherchait un remplaçant, aucun de ses enfants n'ayant embrassé la carrière médicale. Il avait alors rencontré Mary, la secrétaire, une charmante petite blonde au sourire lumineux. Cela avait réchauffé un peu son cœur refroidi par l'absence de l'être le plus précieux à ses yeux. Il avait vu quelques femmes avant elle, mais aucune ne lui avait fait cet effet-là. Même à l'époque où il vivait avec Sherlock. Elles semblaient toutes fades et insipides comparées à cette jeune femme qu'il ne connaissait que depuis quelques secondes. John sourit en se souvenant de l'air insouciant de Mary, de cette étincelle intelligente qui brillait dans ses yeux bleus, et qui l'avait tout de suite interpelé.

« La manche de votre pull a filé, lui avait-elle indiqué, brisant le silence qui s'était installé entre eux. »

Des mots simples, banals. Ennuyeux, aurait dit Sherlock. Mais il n'était plus là. On lui avait rabâché des paroles rassurantes, on l'avait étouffé sous des discours tous faits. Il avait eu envie de leur crier que leurs mots étaient inutiles, qu'aucun d'eux n'apaiserait sa douleur, ne comblerait le vide atroce créé par l'absence d'un homme qu'il adorait. Il appelait le silence de tous ses vœux. Juste une impression de silence, pour ne pas que le monde extérieur n'empire la cacophonie qui régnait à l'intérieur. Etait-ce trop demander ? Et elle, elle était là, sans aucune pitié dans son regard, avec ses quelques mots et son sourire chaleureux. Il avait fallu que le docteur Jackson, un homme d'une soixantaine d'années à l'air affable, se racle la gorge pour qu'il revienne à la réalité.

« Mary Morstan, s'était-elle présentée.

-John Watson. »

Mary. Le prénom le plus répandu dans le Royaume-Uni, tout comme « Johnny ». Un homme au prénom banal attiré par une femme au prénom banal. C'était bon signe, même s'il ne croyait pas du tout au destin. John, malgré la perte, restait un médecin, un homme rationnel. La jeune femme s'était montrée patiente, écoutant ses histoires, mais aussi ses silences, racontant les siennes, le faisant rire par les sujets légers qu'elle abordait, par ses traits d'esprit. Elle ne cherchait jamais à pousser les choses, ne le prenait jamais en pitié, respectait simplement un homme en deuil. Elle avait ouvert ce cœur qui s'était recroquevillé dans un coin, effrayé à l'idée d'être de nouveau blessé, l'avait apprivoisé et choyé. Une bénédiction, un miracle. C'était elle qui lui avait offert ce pull lors de leur premier Noël ensemble. Le second après la disparition de Sherlock, un Noël où Harry n'avait pas été sa seule compagnie. Il ne l'avait jamais plus aimée, et tant pis s'il avait l'air niais ! Le seul homme qui pouvait lui faire ce genre de remarques n'était plus là. L'élue de son cœur avait même supporté ses cauchemars, lui apportant le réconfort d'une tasse de thé et de ses bras, déposant des baisers sur sa tempe pour le rassurer. Il se raccrochait à elle comme à une bouée, heureux qu'elle soit là, heureux que son revolver ne soit pas sa seule compagnie, et l'unique issue à son chagrin.

S'il avait déménagé, il n'avait jamais perdu l'habitude de porter des pulls : comme un souvenir de sa vie d'avant, comme une manière de ne pas oublier Sherlock… le miroir lui renvoya l'image d'un homme qui esquissait un sourire amer : comme s'il était possible d'oublier un homme tel que lui. Il s'était toujours arrangé pour que cela n'arrive jamais. Il soupira. Penser à ces deux ans était toujours pénible, même s'il avait pardonné à son meilleur ami : il aurait voulu qu'ils n'existassent jamais, qu'ils ne soient qu'un mauvais rêve, et tombent dans les oubliettes de son esprit.

« John, l'appela Mary, sans doute occupée à chercher des chaussures convenables d'après les bruits qu'il entendait, dépêche-toi, nous allons être en retard !

-J'arrive, répondit-il d'une voix lointaine. »

Il n'était pas motivé pour aller travailler : ce serait encore les mêmes rhumes, les mêmes vaccins, les mêmes hypocondriaques. Il s'ennuyait. Il avait besoin d'adrénaline, de se défouler, de torturer ses méninges : il avait besoin de Sherlock et d'une enquête, même s'il fallait encore supporter Anderson et Donovan ! Il avait la vie dont il rêvait : une femme aimante et intéressante, il allait devenir père, il vivait dans une petite maison de la banlieue londonienne. Mais le danger lui manquait, il n'avait pas perdu son addiction au risque, et avait besoin de voir son meilleur ami, de rire avec lui, de l'entendre parler de sa dernière expérience ou de se plaindre sur un énième idiot qui avait contrecarré l'un de ses plans géniaux et complètement fous, ou simplement de s'assurer qu'il ne détruisait pas consciencieusement l'appartement parce qu'il s'ennuyait. Il en était pratiquement au point de supplier Mycroft de le kidnapper.

Il soupira, fixant le lavabo blanc, encombré des produits de beauté de Mary qui côtoyaient le rasoir électrique de John et les brosses à dents. Il avisa la blouse blanche accrochée au porte-manteau de la salle de bains, rechignant à dissimuler son pull dessous. Il n'avait pas énormément de consultations aujourd'hui, mais savait qu'il serait contraint d'éconduire certains patients en leur proposant le numéro d'un psy… qui n'était pas Ella. Pour beaucoup de gens, aller chez ce spécialiste signifiait qu'on était fou, et personne ne voulait d'un médecin fou. John l'était sans doute : personne ne préférait le frisson des enquêtes à une vie de généraliste bien rangé, personne ne supportait plus de quelques secondes Sherlock Holmes. Ce même Sherlock Holmes qui, par quelques mots, souvent maladroits, lui faisait comprendre qu'il était différent. Moins idiot. Plus tolérable que le reste de la population. Alors s'il fallait être considéré comme marginal parce qu'on tenait à ce cinglé de génie, alors John serait marginal.

« Mieux vaut être rejeté que de se retrouver en compagnie d'une bande d'idiots en faisant semblant d'être aussi abruti qu'eux », lui avait un jour déclaré Sherlock, alors que John revenait d'une fête décevante avec Mike Stamford et d'anciens camarades de fac.

On lui avait même fait plusieurs fois remarquer que ses pulls étaient ringards, mais il n'en avait cure. Il s'était trop longtemps attaché au regard des autres, qui n'avait jamais valu grand-chose. John restait un homme droit et sûr de lui, un homme qui avait affronté la vie et l'aimait. Mary avait accepté le marginal aux pulls ringards, prenait soin de lui, avait même fait semblant d'aimer sa moustache pour lui. En y repensant, il était vrai qu'elle ne lui allait pas, mais il avait l'impression de commencer une nouvelle vie avec elle. Idiot. Tant de choses idiotes qui paraissaient essentielles, tant de choses qui agaçaient Sherlock, son caractère glissant sur la carapace de patience créée par l'ancien soldat, qui tentait d'apprendre à son meilleur ami à décrypter les normes sociales, et ses propres émotions.

« Ce n'est pas bon ? » demandait-il souvent, ses yeux gris se faisant à la fois hésitants et inquisiteurs.

Sherlock restait le merveilleux génie se baladant dans un monde qui ne lui avait jamais vraiment correspondu, mais auquel il était indispensable. John Watson se savait chanceux : il avait à ses côtés une femme aimante portant leur futur enfant, et un ami des plus fantastiques… et peu importait si l'un ou l'autre n'aimaient pas ses pulls, ils faisaient partie de sa nouvelle vie, une vie dans laquelle il se sentait vraiment à sa place.