Coucou !

Ah là là, je suis heureuse de vous présenter ce chapitre, avant les semaines de malade que je vais vivre, en pauvre étudiante qui doit passer ses partiels, œuvre de Satan. XD Si les sentiments que je voulais faire passer étaient présents, j'ai tout de même eu du mal à l'écrire. Notre amateur de parapluies préféré ne voulait pas vraiment me laisser entrer, mais je suis redoutable, MOUHAHAHA ! *sors* Plus j'avance dans cette fiction, plus je marche sur des œufs. ^^ Sur ce, je vous laisse lire, n'hésitez pas à commenter, je n'ai encore assassiné personne à cause d'une critique négative ! =P

Enjoy !

Mycroft Holmes caressait le manche de son parapluie d'un air distrait, prisonnier bien volontaire de ses pensées aussi vives et foisonnantes que celles de son frère cadet. Ses yeux noisette, brillant d'habitude d'un éclat acéré, révélant la menace derrière son air affable et mielleux, s'étaient faits lointains. Il entendait à peine la toux discrète de certains, les petits reniflements des autres, les pages de livre ou de journal tournées. Le club Diogène n'était pas aussi silencieux que son appartement, mais il se trouvait en compagnie de ses semblables, qui lui offraient parfois une plaisante distraction. Ce soir là, un verre de cognac à la main, il avait décidé d'oublier un petit moment les élections, les guerres et les menaces à la bombe. Ce soir là, il devenait l'homme qui souhaitait prendre du bon temps, même si son portable restait allumé et à portée de main. Anthea pouvait le contacter à tout moment. Il saisirait son éternel parapluie, puis monterait une énième fois dans une berline noire, pour régler un problème appelé diplomatie, ou, un autre, plus épineux, nommé Sherlock Holmes.

Son petit frère qu'il surveillait à chaque heure de la journée, grâce aux caméras installées dans son appartement. La plupart des gens auraient craché sur un tel comportement, l'auraient jaugé d'un air mauvais. La plupart des gens n'avaient pas un génie aux comportements auto destructeurs pour cadet. La plupart des gens n'avaient pas fait les cent pas devant la porte d'une chambre d'hôpital, l'estomac noué, une boule dans la gorge, en attendant qu'il reprenne conscience après une énième overdose de cocaïne, dans l'un des rares moments où il n'avait plus la force de garder le contrôle. La plupart des gens n'avaient pas à gérer leur mère qui se rongeait les sangs pour un homme qui feignait l'indifférence à la perfection.

Aux yeux de la plupart des gens, Mycroft était cet être calculateur et hypocrite, qui pouvait, d'un simple claquement de doigts, ordonner au Royaume-Uni de danser une valse. Un être puissant et dangereux, un homme de glace, incapable d'éprouver le moindre sentiment. En réalité, il était un excellent acteur : le fils, le frère et le mari se dissimulaient derrière les trop nombreux masques qu'il portait chaque jour. Le politicien profitait de chaque petite minute, goutte échappée du vase de sa vie rempli à ras bord, pour s'enivrer de la sincérité que lui offrait Elena, sa femme.

Celle dont presque tout le monde, hormis sa famille, ignorait l'existence. Si Mycroft maîtrisait l'art de percer les secrets, il était tout aussi doué pour les dissimuler. Il était l'homme qui se cachait derrière les sourires et les mots, derrière ce parapluie qui amusait ou agaçait tant de gens. Ce parapluie qui lui donnait un air jovial et presque inoffensif : ses interlocuteurs ne se méfiaient plus vraiment de Mycroft Holmes, malgré sa réputation. Tous étaient si ennuyeux… même lorsqu'ils étaient persuadés qu'ils pouvaient le rouler dans la farine. Mycroft regrettait souvent de ne pas pouvoir, comme son frère, les envoyer sur les roses avec une pique bien placée. Il pouvait toujours jouer aux échecs avec des pions qui ignoraient leur statut, les faire danser sans qu'ils sachent qu'il était le meneur.

Il adressa un minuscule sourire à son parapluie, accessoire indispensable à tout Londonien qui se respectait, et qui n'avait pas le cœur à porter un impair à l'esthétique douteuse. Objet banal, du quotidien, dont personne ne se méfiait. Qui oserait croire qu'il dissimulait une lame dans le manche ? Seul Sherlock le savait, Moriarty avait emporté le secret dans la tombe… et Anthea ne dirait rien. La jeune femme discrète avait appris à ne pas parler, même sous la torture : derrière les robes noires, les petites vestes élégantes et le jolis minois de son assistante, se dissimulait un agent redoutable. D'une remarquable intelligence, la jeune femme élaborait des plans et pouvait tuer un individu avant même qu'il n'ait levé le petit doigt. L'homme d'Etat avait aussi découvert en cette jeune femme une véritable amie, une amie qui changeait de prénom tous les jours… par sécurité ou par fantaisie ? Probablement les deux. Il ne comptait plus les soirs où il partageait un capuccino avec elle, ayant déduit qu'il s'agissait là de son péché mignon. Un autre secret bien gardé, mais qu'elle ne pouvait pas dissimuler à l'un des plus grands esprits de son siècle. Si Sherlock tenait les devants de la scène, Mycroft était au moins son égal. Comme tout, il avait appris à se servir de l'image prestigieuse de son frère… ce que ce dernier savait parfaitement. Leurs métiers étaient le seul lien qu'il avait conservé avec Sherlock : la drogue, la souffrance d'un petit génie rejeté par ce monde qui ne le comprenait pas, son ennui constant les avaient éloignés. Mycroft, maître dans l'art de la déduction, n'avait pas su voir les signes.

Il avait tenté de recoller les morceaux, mais en vain. C'était comme essayer d'assembler deux pièces de puzzle qui ne pouvaient pas s'emboîter. Personne ne pouvait maîtriser totalement ce vent d'est. Personne. John et lui se débrouillaient. John n'avait pas besoin de caméras, pas besoin de descente de police pour empêcher Sherlock de renouer avec ses vieux démons. Il était le remède miraculeux, miraculeux car il semblait impossible que Sherlock ait des amis. La tare des Holmes. John, par sa simplicité, sa confiance, sa force et son intelligence acceptable était entré dans le monde de Sherlock sans difficulté, et parce que celui-ci le lui avait permis.

Sans même s'en rendre compte, peut-être. Ces deux-là se moquaient toujours de ses parapluies, mais John avait la décence de ne pas le montrer, contrairement à son cadet, qui ajoutait à cela des remarques sur son embonpoint récalcitrant. Les parapluies étaient comme des boucliers : ils protégeaient des intempéries, quelles qu'elles soient. Mycroft devait en affronter tous les jours. Il but un verre de cognac, savoura la chaleur de l'alcool qui envahit sa gorge. En homme mesuré, il n'abusait jamais des spiritueux, même s'il en faisait volontiers profiter autrui. Un peu de chaleur rendait toujours les gens plus aimables… et Mycroft savait trouver le vice de chacun. Une totale connaissance de l'être humain, sans sentiments. Les sentiments étaient nuisibles, mais utiles aux gens suffisamment intelligents pour s'en rendre compte.

Pourtant, le politicien s'était laissé aller avec Elena et sa famille. Il avait des sentiments pour eux, tout comme Sherlock, même s'il ne l'avait admis que très tard. Il avait fallu un faux suicide et un mariage pour qu'il ose enfin avouer à John qu'il était important pour lui. Un faux suicide qui avait rendu Mycroft malade, malgré les rapports rassurants. Une inquiétude irrationnelle, une inquiétude fraternelle. Comme Sherlock, Mycroft craignait l'irrationnel. Homme sobre, calme, au langage pompeux. Langage nécessaire pour charmer tous ces politiciens qui ne rêvaient que d'enfoncer leurs crocs dans sa gorge. Un charmeur de serpents londonien, aussi amateur de parapluies que Mary Poppins. Charmante métaphore. Mycroft sourit légèrement, un sourire presque invisible.

Il jeta un coup d'œil par la fenêtre : le crachin londonien transperçait de ses petites aiguilles aquatiques le fog londonien, troublant légèrement la quiétude du club. Il entendait les voitures projeter de l'eau sur les trottoirs, éclaboussant sans doute les passants malchanceux. Il était amusant d'évoluer dans un monde si ordinaire, alors que sa vie dangereuse n'avait rien à voir avec celle du citoyen lambda. Sherlock se moquait souvent de sa préférence pour les bureaux, de sa fausse modestie. Mycroft aimait, comme son frère, le danger, car le danger était divertissant : comme son frère, il possédait un vaste réseau. Comme son frère, il cherchait simplement le défi pour tromper l'ennui. Jouer avec des hommes qui pouvaient vous envoyer des snipers pour mettre fin à vos jours était… grisant. La seule et unique fois où Mycroft avait été dégoûté par le Jeu était lorsque Moriarty était prisonnier du gouvernement. Son obsession malsaine pour Sherlock avait donné des sueurs froides à celui que le Napoléon du crime surnommait « l'homme de glace ». La façon dont il se délectait des informations qu'il lui donnait sur le détective consultant était effrayante : on aurait dit qu'il savourait un fruit particulièrement juteux et sucré.

Une foison de fruits, qui le menait implacablement vers l'arbre, Sherlock. Et il ne pouvait rien faire. Il avait fini par avouer à son frère sa trahison, il l'avait simplement transformée, avec son aide, en un plan brillant. C'était ce que Mycroft espérait : un Holmes ne se comportait jamais comme un être ordinaire. Trahison ? Un Holmes la retournait à son avantage, mais gare au responsable. Sherlock ne lui ferait aucun mal, il le savait. Lien fraternel oblige. Un sentimental aurait parlé des souvenirs heureux qu'ils avaient partagés enfants, quand le détective glacial était encore un enfant qui rêvait de devenir pirate, toujours accompagné de Barberousse, son chien adoré. Un enfant à l'intelligence incisive, qui explosait comme un feu d'artifice, un enfant pour qui le monde n'était qu'un tas de friandises appétissantes. Cet être lumineux avait laissé le crépuscule l'assombrir, pour devenir cet adulte renfermé et cynique, qui crachait sur ses sentiments, parce qu'il avait vu le véritable visage du monde.

Mycroft avait commencé à aimer les parapluies lorsqu'il avait eu cette cruelle révélation. Un parapluie pouvait tout dissimuler, tout protéger. Un parapluie était un objet au potentiel incroyable. Le parapluie était une partie de son identité, rattaché à sa vie actuelle et à son passé, marqué par la dure incompréhension du monde. Mais le politicien avait su se mettre les idiots dans sa poche. Avait séduit des êtres abjects. Avait fait tout ce que Sherlock s'était refusé à accomplir, préférant l'image de sociopathe. Encore un Holmes qui avait estimé qu'il valait mieux être seul que mal accompagné, même si cela équivalait à être détesté par les trois quarts des gens. Comme son aîné, certains avaient su percer le masque : Gregory Lestrade, John, Mrs Hudson, Molly Hooper, Mary. Le portable personnel de Mycroft vibra soudain : un texto d'Elena, qui lui demandait quand il comptait rentrer. Il sourit et répondit rapidement, but le reste de son verre puis saisit son parapluie, avant de se relever avec énergie. Il traversa la pièce avec son assurance habituelle, conquérant. Pas un membre du club n'osa lever le regard sur lui. C'était ainsi : tous les habitués, plus ou moins misanthropes, ne se connaissaient pas. Tous de riches Anglais, mais anonymes. Le chorégraphe au parapluie n'y faisait pas exception.

PS : Merci à YodaBor de m'avoir signalé qu'il manquait la fin.^^