Coucou !
Wow, ça faisait longtemps que j'avais envie d'écrire sur ce personnage que j'adore. Il est une véritable mine d'or, à l'instar de tous les protagonistes de la série, mais il a une place spéciale dans mon coeur. Je dédie ce chapitre à la tarée et adorable fille qui me sert d'amie, Milunais. Elle n'arrête pas de me tanner pour que j'écrive ce chapitre, elle qui est aussi fan que moi de La Femme, si ce n'est plus ! J'espère que ce petit texte consacré à l'un des personnages les plus géniaux qui soient te plaira, et dans le cas contraire, le jardinage visant ma personne ou le bombardement de pommes sculptées sont interdits. Je suis trop jeune pour mourir.
Sur ce, je vous laisse amis lecteurs, et n'hésitez pas à reviewer, je ne suis pas cannibale ! =D
Enjoy !
Irène Adler poussa un petit soupir ennuyé, puis jeta son téléphone à l'autre bout du sofa recouvert d'un drap de soie bleue. Karl Ilgvadssen, un riche homme d'affaires suédois, avait besoin d'une petite correction. Il profitait de chaque voyage d'affaires pour solliciter ses services, cachant ses vices à sa femme. La dominatrice possédait des photos de l'homme menotté à la tête de lit, une moue soumise sur son visage gras. Il était amusant de voir à quel point un être humain pouvait s'avilir pour satisfaire un besoin primaire. Ces bijoux de naïveté lui accordaient leur confiance, croyant que leurs hommes de main lui faisaient suffisamment peur pour qu'elle se taise. Engoncés dans leur arrogance qui atrophiait leurs capacités intellectuelles limitées, ils ne voyaient pas la femme brillante qui se dissimulait derrière des courbes séductrices et un regard à la fois sévère et brillant de luxure simulées.
Irène s'empara d'un petit miroir de poche: le bois était patiné, altérant les gravures florales, ornées d'argent, au dos de la glace. Le seul objet que sa mère lui ait offert un jour, le seul objet qu'elle avait acheté elle-même pour l'anniversaire de sa fille, la seule et unique fois où elle n'avait pas chargé Mina, son assistante, de trouver un cadeau à sa place. Mina et ses grands yeux verts, dissimulant l'ambition derrière ses airs empressés. Mina considérait la fille de Mrs Adler comme un boulet, et détestait jouer les nounous. Sa carrière et ses amants d'un soir étaient bien plus importants qu'une enfant esseulée et bien trop intelligente pour son bien.
Irène n'éprouvait plus rien pour sa mère, mais ce miroir avait de la valeur : illogique, mâtiné de sentiments dangereux. Contemplateur privilégié de son indéniable beauté, contemplateur privilégié de son inévitable déchéance, quand le temps gâterait ce visage aux traits fins et réguliers, que la vieillesse attaquerait ses muscles fermes. Quand son corps ne serait plus son arme la plus puissante, et qu'elle devrait laisser son intelligence éclater pour exister encore aux yeux du monde, pour être remarquée par cette foule d'inconnus qui s'ignoraient les uns les autres.
Miroir qui serait témoin de la métamorphose d'une des Joueuses les plus dangereuses, de celles qui maîtrisaient toutes les ficelles de l'art de la manipulation. Irène Adler voulait, Irène Adler obtenait. Elle gambadait sur l'échiquier, se rapprochant avec délice de la reine ennemie, la mettant au défi de trouver le moyen de la balayer. La vie sans adrénaline n'était pas une vie : Irène ne s'adaptait pas à la normalité, abhorrait la monotonie. Elle ne pensait qu'à s'amuser, qu'à tirer la langue à la Mort jusqu'à ce que celle-ci finisse par agripper son bras gracile, que des décharges glaciales et létales traversent chaque pore de la peau blanche. Jusqu'à ce qu'elle soit un pantin désarticulé dans les bras décharnés, victime parmi les victimes, oubliée dans un cimetière.
Irène sourit, désabusée. Elle avait abandonné villes, connaissances et amis, et n'avait emporté que son téléphone portable et son miroir. Elle ne voulait pas qu'ils deviennent des fantômes du passé, souvenirs parmi les souvenirs, immatériels et inaccessibles. Sans portable, avait-elle un jour confié à l'homme le plus dangereux du monde, elle mourrait. Pour la première fois depuis longtemps, elle n'avait pas menti. La vérité avait un goût étrange, et pesait lourd sur la langue, renâclait à sortir des bouches. Il était plus facile de l'extorquer que de la dire. Une menteuse qui s'était attachée à un objet qui ne montrait qu'un reflet de la réalité. Le plus superficiel, le plus évident, le plus facile à fausser. Irène pouvait devenir une souillon, ou l'innocence incarnée, si l'envie lui chantait. Son miroir lui renverrait ces images fausses, ne refléterait pas la vérité.
Cette constatation amusait toujours la jeune femme. La réalité avait tant de facettes, certaines révélées, d'autres inconnues. Elle s'intéressait aux plus pertinentes, délaissait les autres. La dominatrice avait toujours fonctionné ainsi : déshabiller chaque client pour trouver la manière de satisfaire ses vices, jusqu'à ce qu'il rampe à ses pieds, quémandant une punition parce qu'il avait été vilain. Démaquiller ces loques humaines, pour percer à jour chacune de leurs faiblesses. En faire des armes mortelles. Ruiner une réputation en un claquement de doigts. Soumettre à sa volonté les hommes et les femmes les plus influents du monde, mener celui-ci à la cravache. Cacher ses faiblesses derrière son insolence et son impassibilité. Ne pas se révéler, ne pas se dévoiler, ne pas offrir une part de vulnérabilité aux chacals qui se pressaient au dehors, avides. Un seul avait su déchirer le voile derrière lequel son humanité bâillonnée se dissimulait depuis si longtemps. Sans prendre de pincettes. Sans se douter une seule seconde qu'il briserait son cœur en mille morceaux avec un simple regard gris glacial et des mots aussi tranchants que des lames. Sherlock Holmes. Un homme aux yeux fascinants, une voix enivrante, une intelligence qui valait au moins la sienne.
Fascinant. Un homme qui lui avait sauvé la vie. Qui avait estimé qu'elle, Irène Adler, valait la peine qu'on lui donne le sursis de quelques années accordées à tant de gens. Juste le soupir voluptueux d'une femme, une petite taquinerie électronique. Juste deux prunelles argentées éclairées par les phares des voitures, le reste de son visage anguleux caché par un voile. Juste cette voix de baryton, qu'elle aurait reconnue entre toutes. Un baiser volé sur le coin de la lèvre de l'un des hommes les plus incompréhensibles du monde. Elle lécha inconsciemment ses lèvres, savourant le souvenir de celles sucrées et douces de Sherlock Holmes. Encore un autre qui dissimulait toute trace d'humanité derrière son incroyable intellect et une indifférence à toute épreuve. Mais malgré toute sa perspicacité, il n'avait pas découvert ce miroir, ne savait rien de lui. Ne se doutait pas une seule seconde de son existence.
Qui aurait cru que La Femme puisse avoir cédé à une pulsion si ordinaire ? Qui aurait cru qu'elle s'était attachée à quelque chose d'aussi futile qu'un objet ? Un miroir vous permettait de voir ce qui se tramait derrière vous, de prévoir jusqu'au moindre détail ce qui allait se passer. Une professionnelle qui usait d'un miroir ? Une femme qui s'admirait dans une glace ? Banal. Provocant aux yeux des autres femmes. Elle n'avait pas besoin de s'admirer pour savoir qu'elle était parfaite. Pas besoin de maquillage pour être sûre d'attirer n'importe quel homme dans ses filets. Pas besoin de minauder pour les faire fondre. Un regard. Saupoudrer de charisme chacun de ses gestes.
Prédatrice, dangereuse, malicieuse. Une vipère, prête à passer à l'attaque à tout moment. Prête à inoculer son venin dans les veines pourries de chacun de ces hommes gangrenés jusqu'à l'os par leur ambition, leur importance et leur stupidité. Parfois, elle aimait installer le miroir sur ses genoux, et penser aux moments heureux de son enfance, quand son père était encore là, quand il faisait attention à elle, alors que sa mère était bien trop préoccupée par sa carrière naissante. Elle avait rangé les mauvais souvenirs scolaires dans un coin de son esprit : toujours haïe par les filles pour sa beauté, sa facilité à séduire. Elle avait fini par s'en amuser. Irène, comme sa mère, avait très vite compris que son physique avantageux était l'un de ses meilleurs atouts. Une belle femme qui avait suffisamment de jugeote obtenait tout ce qu'elle voulait, et Irène s'ennuyait à mourir dans cette vie qui ne lui convenait pas.
Trop de gens ennuyeux, qui se complaisaient dans leurs vies tranquilles et sans danger. La dominatrice avait besoin d'adrénaline, de maîtrise, d'amusement. Enfant, comme tous les autres enfants, elle adorait le jeu : adulte, elle en jouait un bien plus grand et bien plus divertissant. Un seul faux pas, la mort lui tendait les bras. Elle passa un doigt fin sur la glace, puis en traça les contours, savourant la sensation du bois sous ses phalanges. Irène détourna le regard, qui se posa sur la fenêtre. Le minuscule rempart qui l'éloignait de Cardiff et de la vie de ses habitants.
La dominatrice officiait beaucoup à Londres, mais préférait ne pas y habiter, pour assurer sa sécurité… et ne pas être tentée de jouer à nouveau avec celui qui l'avait vaincue, auréolé de gloire et de majesté. Pour ne pas se précipiter au 221B pour apercevoir le visage tant aimé, comme une adolescente écervelée. Aussi furtif et inaccessible qu'un rêve. Pour ne pas s'assurer qu'il était bel et bien vivant, que ses théories confirmées par les journalistes n'étaient pas que de simples illusions, des chimères reflétées par le miroir du désir et des souvenirs. A l'annonce de sa mort, sa respiration s'était coupée pendant une fraction de seconde à l'annonce de sa mort, comme si l'oxygène avait déserté l'air. L'inquiétude avait brûlé chaque fibre de son être comme une flamme mélangée à de l'acide. Douleur, horreur, puis reprise du contrôle de soi-même. La jeune femme avait très vite compris que Sherlock ne s'était pas suicidé : les mensonges de Moriarty, la présence de John Watson sur les lieux, le côté mélodramatique de la mise en scène… Sherlock Holmes était peut-être humain, mais pas dramatique au point d'improviser un discours d'adieu avant de sauter du haut d'un immeuble. Sherlock Holmes ne se laissait pas vaincre si facilement.
Puis la dominatrice avait déduit que, s'il simulait sa mort, c'était pour mieux traquer le réseau Moriarty et protéger son ami : personne ne se méfiait d'un mort. Aussi inexistant qu'un fantôme, aussi efficace, létal et discret qu'une panthère. Ebruiter son secret aurait pu être amusant, mais il aurait été assassiné dans les heures qui suivaient : la dernière chose qu'Irène souhaitait était la mort de cet homme. Autant se tirer une balle dans le cœur. La sentir traverser chaque centimètre de sa peau, entrer dans l'organe vital, écouter ses derniers battements, le sang trempant peu à peu ses doigts gourds. Etre amoureux rendait la vie plus intense, dangereuse et instable. Il n'y avait plus aucune certitude, seules les hypothèses existaient, tourbillonnaient dans votre cerveau, tuaient toute pensée rationnelle. Prenait froideur et indifférence entre ses doigts pour les briser comme des morceaux de verre.
Mais Irène avait appris à dominer son sentiment : à coups de pragmatisme, de malice et d'intelligence, trois excellentes cravaches. Elle l'avait enfermé dans un coin de son esprit, son endroit secret, où elle aimait se réfugier dans de rares moments. Des moments silencieux, qu'elle cachait comme un enfant cachait son butin de friandises. Aussi secret que les danseurs d'une boîte à musique. Une douce mélodie caressait ses tympans dès qu'elle l'ouvrait, avec une excitation à la fois adulte et enfantine. La femme forte laissait la place à celle couverte d'égratignures, aussi fragile et transparente que le cristal. Celle dont elle étouffait les murmures la plupart du temps, parce que le Jeu ne tolérait pas les femmes de cristal. Le Jeu n'acceptait que les femmes en acier. Mais même les plus grands Joueurs avaient besoin de se reposer : Sherlock jouait du violon, Jim Moriarty sculptait des pommes et lisait, elle s'emparait de son petit miroir. Et, dans la glace, ce n'était plus la dominatrice qu'elle voyait, mais cette femme humaine, presque fillette parfois.
Irène rangea le miroir aux fleurs d'argent, elle laissa la dominatrice enfermer la fragilité dans la pièce qui lui était consacrée. Elle avait du Travail, et le Travail était un impatient.
