Coucou !

Autant vous l'avouer tout de suite : c'est la première fois que j'écris sur Lestrade, alors il se peut que je me sois plantée. Fans du personnage, veuillez me pardonner, je suis trop jeune pour mourir, et tout le monde a le droit à l'erreur, n'est-ce pas ? *yeux de chien battu* Si vous êtes gentils, vous aurez droit à un thé et un cookie ! =D Je me soumets donc à vos regards impitoyables. *masochiste* (après tout, tous les auteurs, amateurs ou non, le sont : il faut être taré pour se soumettre à la critique) Sur ce, je vous laisse lire !

Enjoy !

Avec un soupir fatigué, Gregory Lestrade posa sa carte de policier sur la table d'une main lasse. Il saisit la télécommande au plastique rayé et alluma la télé : le son nasillard se mêla à la musique qui émanait de la chambre de Kathelyn.

« Je suis rentré ! » cria-t-il.

Aucune réponse ne lui parvint, si ce n'est le hurlement d'une chanteuse déchaînée. Il contempla la cuisine, les meubles en contreplaqué, d'un blanc immaculé. Une boîte de cacao en poudre traînait sur le plan de travail, entourée de feuilles de thé. Sa fille avait abandonné une tasse dans l'évier, et laissé une plaquette de chocolat à moitié mangée sur la table de la cuisine. Il sortit une poêle, tout en suivant son émission sportive l'espace d'un instant, il se demanda si Mary laissait John suivre ce genre de programme : Lisbeth régnait en maître sur la télécommande, et avant son divorce, il passait plus de temps au Yard ou au bar qu'en sa compagnie. Il effleura sa carte et haussa les épaules : son mari n'étant pas assez présent, elle l'avait remplacé par un homme plus disponible. Il fermait les yeux, pour ne pas être le témoin de son mariage brisé, pour ignorer que les serments prêtés avaient été oubliés. Il n'écoutait plus Sherlock qui lui assenait sans cesse qu'il était lâche de ne pas oser contempler l'odieuse vérité.

Cette vérité qu'il arrachait à chacune des personnes en salle d'interrogatoire, qu'il cherchait sur chaque scène de crimes, qu'une voix grave et impitoyable formulait avec une précision clinique effrayante. Drapé de sa dignité, voile invisible, il acceptait.

« J'en ai assez de trouver mon lit vide six nuits par semaine, d'être obligée de prendre des somnifères pour dormir, de sursauter dès que mon téléphone sonne parce que j'ai peur d'apprendre ta mort. »

Il entendait encore sa voix enfantine dénuée d'amour, fané par la colère et le ressentiment. Il sortit une poêle : Lisbeth était allée vivre chez Jonas Graham, un agent immobilier, et avait laissé l'appartement s'emplir de son absence. Katelyn était restée chez son père, après avoir désapprouvé avec une violence inouïe le divorce. Il se rappelait de sa tristesse, qui l'avait enveloppé comme un poison, brûlant sa peau. Son cœur de père déchiré par la souffrance de sa fille. Il soupira de nouveau et se força à penser à l'affaire en cours : un homme d'affaires assassiné dans son appartement, une rose rouge sur le cœur. Il sourit face au souvenir du visage méprisant de Sherlock.

« Parfaitement dramatique et inutile, là pour inspirer un faux mobile. Le coupable est probablement amateur de ces séries policières écrites par des scénaristes dont l'idiotie est inquiétante, avait-il marmonné, avant de tourner autour du corps, loupe à la main, à un rythme effréné, sous le regard fasciné de John. »

Lestrade n'avait jamais compris leur amitié, mais elle était là, palpable et réelle, belle et inaccessible au commun des mortels. Un regard, un geste infime, des phrases silencieuses. Sherlock plus humain et plus brillant que jamais, transformé par la seule présence d'un petit homme. Sherlock prêt à se jeter du haut d'un toit pour sauver la vie de John, à simuler sa mort pour éradiquer la menace, quitte à y laisser la vie. L'inspecteur se rappelait un médecin brisé, les yeux hantés par une scène qui se répétait sans cesse dans son esprit déchiré par la perte. Et lui, Gregory, face aux morceaux de son ami, incapable de les rassembler pour lui apporter la paix tant désirée… lui-même en était incapable.

La culpabilité le rongeait, lui infligeait de douloureuses morsures il aurait dû faire plus. Il ne supportait pas ce corps disloqué, ce cerveau brillant étendu sur l'asphalte, cette mare de sang qui détrempait le goudron poussiéreux. Il détestait se rendre au travail en songeant qu'il ne surprendrait plus le détective fouillant ses dossiers, en se disant que sa carte de police ne serait plus jamais volée.

Il s'était promis de sauver ce jeune homme qui s'était empêtré dans les délires et la dépendance provoqués par la drogue, un cerveau brillant étouffé sous de la poudre blanche, cet être humain esseulé et barricadé derrière un côté sociopathe trop envahissant. Il n'avait pas assez argumenté, n'avait pas défendu assez Sherlock : le jeune génie était trop fier pour avoir monté une telle mise en scène, et malgré les croyances, un monstre ne se dissimulait pas sous le couvert d'un consultant pour la police. Il aurait dû risquer sa place, il aurait dû… drôle comme les solutions s'imposent d'elles-mêmes quand il est trop tard. Tourbillon vicieux de spéculations et de reproches tourmentant une conscience fragile.

Il observait ce corps émacié, couvert d'un drap blanc et de fils, étendu sur un lit d'hôpital. Son visage était aussi pâle que le linge de lit, et ses boucles noires poisseuses de sueur s'étendaient sur un oreiller. A côté, un homme, au visage impassible, mais dont les yeux traduisaient une inquiétude et une culpabilité poignantes. Les épaules couvertes d'un costume noir ajusté étaient affaissées, il transpirait la peur. Plus tard, il apprendrait qu'il s'agissait de Mycroft Holmes, le frère inconnu de Sherlock. Cet imbécile qui avait pris une dose de trop. Son cœur battait à cent à l'heure, et il se retenait pour ne pas laisser exploser sa colère et son angoisse. C'était un gamin. Un gamin brillant, mais paumé et seul. Lestrade se surprit à prier pour la première fois depuis longtemps. Il fallait qu'il ouvre les yeux.

L'échec l'avait frappé, et il sentait encore la douleur cuisante de la gifle sur sa joue, les cicatrices des griffes du chagrin sur son cœur, prêtes à se rouvrir à la moindre secousse. Greg avait décidé d'ignorer l'hémorragie de son cœur : il avait une fille, qui avait besoin de lui. A trop s'occuper des morts, il ne se souciait plus assez des vivants. Lui qui évitait de ramener la succession de cadavres à la maison, il laissait un fantôme hanter sa famille déjà trop ébréchée par l'incompréhension et les mensonges. Il s'était abandonné à son instinct protecteur, qui lui dictait d'éloigner la tempe de John de son revolver. Il offrait son oreille, une bière et parfois son canapé… puis Mary était arrivée, pimpante, intelligente et compréhensive, et peu à peu, les yeux bleus de John avaient commencé à briller de nouveau, peu à peu, il sortait de la léthargie morbide dans laquelle il s'était enfermé.

Il s'était comporté en ami et en policier : deux facettes de lui-même qui s'unissaient pour n'en former qu'une, car Greg avait besoin d'aider et de protéger. Il mit deux steaks dans la poêle, et retint un petit rire. Lisbeth aimait cuisiner, et empêchait toujours son mari d'accéder à son sanctuaire : ses réprimandes amusées s'étaient transformées en reproches, puis s'étaient muées en silences insupportables. Parfois, il se surprenait à se demander si elle était aussi amoureuse avec son nouveau compagnon, si elle ne regrettait pas sa vie passée. Un espoir fou et cruel espérait une réponse positive. L'escalier craqua, et bientôt, les marches résonnèrent de pas précipités. Une tornade châtain aux yeux noisette, toute de vert vêtue, fit son apparition. Elle pianotait sur son portable à une vitesse qui pouvait rivaliser avec Sherlock. Elle grogna puis se décida à planter un baiser sur la joue d'un père surpris.

« Tu rentres tôt, aujourd'hui, constata-t-elle avant de chaparder un carré de chocolat.

-L'affaire n'était pas si prenante que ça, éluda-t-il, avant d'attraper le poivre.

-Dis plutôt que Sherlock est sur le coup, et que John t'a prié de rentrer à la maison, devina-t-elle avec un petit sourire suffisant.

-Toi et lui, vous faites la paire pour me faire tourner en bourrique !

-Nous sommes adorables. Non, rectification : je suis adorable, et je ne résous pas de meurtres, décida-t-elle, avant d'émettre un son agacé quand son portable vibra. »

Sherlock et John avaient rencontré Katelyn quelques mois plus tôt, et la jeune fille au caractère de feu avait su faire taire le détective à la langue acérée. L'adolescente rangea son téléphone dans la poche de son jean puis mit la table, avant de supplier son père de changer d'émission. Intraitable, Greg ne céda pas, et lança un regard amusé à une fille furieuse. Il adorait partager ces moments avec sa fille, en imprégner sa mémoire, pour les rappeler quand il se retrouvait face à la victime d'un tueur en série. Dans ces instants, il était reconnaissant envers John et Sherlock, qui se chargeaient de le mettre sous les verrous : tant de fois, il avait entendu Anderson et Donovan traiter son protégé de psychopathe. Jamais un merci, juste une reconnaissance discrète, et un homme arrogant et orgueilleux qui lui laissait gloire et honneurs, juste satisfait d'avoir trompé son ennui et d'avoir résolu l'enquête. Il mettait son intelligence au service de la police : peu importaient les motivations. En sautant pour les sauver, il avait prouvé qu'il pouvait être un homme bien, et pas juste un cerveau en quête de distraction. Phillip avait tenté de se racheter, et fasciné, son collègue avait constaté la facilité avec laquelle Sherlock Holmes pouvait changer les gens, révéler des facettes cachées qu'eux-mêmes ne soupçonnaient même pas. Avait-il changé ? L'homme qui se tenait face à ces plaques de cuisson était-il le même que celui figé sur la photo de sa carte ?

Il haussa les épaules : les questions existentielles pouvaient attendre. Il se concentra sur sa fille, et réalisa qu'elle lui racontait sa journée. Katelyn était passionnée par la peinture, et il n'était pas rare qu'elle rentre couverte de taches multicolores, un sourire ravi aux lèvres.

« Papa, tu m'écoutes ?

-Oui oui, continue.

-Du coup, j'ai répondu à Serena de penser à changer de carrière, si elle espérait avoir du pain sur la table tous les jours. Raaah, papa, je t'ai déjà dit de ne pas laisser traîner ta carte partout ! Elle a pleuré, s'est plainte, j'ai été collée.

-Comment ça ? réagit Greg.

-ça va, juste deux heures vendredi prochain, minimisa la jeune fille en levant les yeux au ciel.

-Je t'ai déjà dit de ne pas manquer de respect à autrui, même s'il est insupportable ! »

Il adopta un air sévère, que sa fille ignora, sachant qu'il ne désapprouvait pas vraiment. Katelyn était explosive et spontanée, deux qualités de Lisbeth, avant qu'elles ne se fondent dans la routine et les reproches. Il la regarda attacher ses cheveux en un geste rapide, puis saisir avec dextérité les couverts : elle pouvait devenir une excellente policière, mais il ne lui souhaitait pas les galères du métier. Il déposa le repas sur la table, sans un mot, laissant la voix enjouée et assez grave de l'adolescente emplir la pièce de son insouciance bienvenue après des journées passées à poursuivre des criminels, il avait besoin de se reconnecter à la normalité, et de savourer cette banalité si détestée par un certain Sherlock Holmes.

Gregory Lestrade était un homme ordinaire avec des désirs ordinaires, et ne souhaitait pas changer : il n'était pas John Watson. John qui allait être père dans peu de temps, qui dévoilerait les joies et les inquiétudes de ce rôle si mystérieux, de ce rôle qui ne comportait pas de mode d'emploi. Il entendait encore sa voix emplie de joie contenue, pleine d'excitation et d'appréhension. Il l'imaginait venir lui demander des conseils pour gérer une petite demoiselle exigeante, et il espéra qu'il saurait les lui fournir : le métier de policier lui avait volé certains moments avec Katelyn. Sherlock saurait-il mettre les enquêtes de côté pour laisser à son meilleur ami l'occasion de savourer ces instants précieux ? John serait-il capable de résister à l'appel de l'adrénaline.

Il s'assit et sourit en se disant qu'il anticipait trop, et que l'avenir lui donnerait très vite les réponses à ses questions trop précoces il réalisa que l'inspecteur s'alliait à l'ami pour créer cet embryon de peur sourde, mais présente. Il rangea sa carte dans sa poche, et s'autorisa, l'espace d'une soirée, à penser à lui. Les criminels pouvaient courir les rues de Londres, John et Sherlock survivraient à une soirée : pour quelques heures, le policier et l'ami laisseraient la place à l'homme et au père.