Salut tout le monde, après la confrontation au repas du soir entre les quatre habitants du Manoir, c'est l'heure du premier jour de pose. Alors comment cela va-t-il se passer entre Harry et Lucius… Réponse juste après…
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Chapitre 6 : Le modèle
Harry était rentré dans sa chambre tout de suite après sa conversation avec Lucius, il s'était allongé sur son lit, croisant ses mains derrière sa tête. Il était encore habillé et admirait les couleurs du plafond, les jeux d'ombre qui se dessinaient alors que la lumière du jour déclinait dans le parc du Manoir Malefoy. Il essayait de comprendre ce qui se passait, pourquoi il s'était épanché aussi facilement. Il avait suffi que Lucius lui pose la question et il avait tout dit, lui qui d'habitude parlait sans cesse de choses futiles et sans importance et restait si réservé sur ses véritables sentiments. Un peu comme avec Drago, Harry se sentait perdu quand Lucius le regardait de ses yeux aux reflets argentés mais c'était encore plus fort, plus irrationnel qu'avec son ami. Son regard était tout simplement hypnotique, fascinant,… attirant, il voulait tout lui avouer, pire il ne pouvait que tout lui avouer. Harry souffla bruyamment et se retourna dans le lit, le visage enfoui dans un oreiller. Oh, pitié, non… Il ne pouvait pas commencer à fantasmer sur le père de son presque petit ami.
Lucius ne s'était pas éternisé sur le balcon après le départ du jeune homme, il avait fini de fumer sa cigarette puis il était rentré dans sa chambre, il repensait à sa conversation avec Harry. Pourquoi lui avoir avoué qu'il l'avait vu avec Drago et pourquoi le questionnait sur sa relation ? Cela ne le regardait absolument pas mais dès qu'il était en face de ces yeux émeraude pétillants de mille feux et de ce visage si doux, il ne pouvait résister, il voulait savoir, il voulait tout savoir sur lui, aussi bien ce qui l'intéressait, le rendait heureux que ce qui causait ce voile de tristesse dans ses yeux. Lucius se déshabilla et se glissa dans les draps bleus du lit et quand il éteignit la lumière et qu'il ferma les yeux, il revit le visage d'Harry se rendant sous les assauts de la bouche de son propre fils, il y a seulement quelques heures.
Cette nuit-là, le sommeil fuyait aussi bien Harry que Lucius, perdus dans leur pensée. L'un et l'autre se retournaient sans cesse dans leur lit.
Harry avait fini par abandonner en premier, il ne dormirait pas. De toute manière, il en avait l'habitude et cela lui éviterait pour une fois de cauchemarder. Il s'assit alors dans son lit, remontant les genoux et relut les sonnets de Shakespeare qu'il préférait. Il revoyait le visage de Lucius qui lui avait proposé de garder le livre pendant quelques temps. Le jeune homme souffla de nouveau, il devait trouver vite une autre occupation, il alla chercher son carton à dessin. La première esquisse était celle de Drago assis dans le fauteuil en cuir, dans la bibliothèque. Harry grogna, il ne l'avait même pas terminé, le blond ne lui en avait pas laissé l'occasion cette après-midi, il attrapa alors son crayon de papier et une gomme et il se remit à l'ouvrage, il fit l'ombre sur le cou de son ami en passant le doigt sur le dessin, il rendit le regard plus pétillant, plus concupiscent, les traits plus sensuels. Mais après une demi-heure, Harry s'acharnait toujours sur le portrait, il n'arrivait pas à retranscrire ce qu'il ressentait quand il était confronté au blond, il lui manquait ce petit éclat dans le regard, dans le visage qui faisait qu'il ne résistait jamais plus de quelques secondes à son ami. Dans un mouvement d'humeur, il froissa la feuille de dessin et la jeta. De toute manière, il n'était quasiment jamais content de ses représentations de Drago, il n'en avait gardé que très peu malgré le nombre impressionnant de fois où il l'avait dessiné. Le jeune aristocrate était un mystère pour lui et cela se voyait même dans ses croquis alors que tout le monde lui répétait sans cesse qu'il savait exactement représenter les gens tels qu'ils étaient. Harry ne voulait pas rester sur ce constat d'échec, il reprit alors une nouvelle feuille, bien décidé à ce que cette nuit ne soit pas une perte inutile de temps.
Il ferma ainsi ses yeux et laissa son crayon aller et venir sur le papier, il traçait des traits de façon compulsive, sans savoir où son esprit le dirigeait. C'était un jeu qu'il faisait souvent, il avait commencé alors qu'il n'avait même pas encore dix ans. Après généralement, Harry allait mieux pendant quelques temps, cela lui permettait d'évacuer tous les pires sentiments, de ne plus penser aux autres, à ce qui lui faisait si mal. Quand il ouvrit à nouveau les yeux un quart d'heure plus tard, il avait représenté un homme sans visage, juste un corps et Harry fut encore plus perturbé, cela pouvait être n'importe qui Lucius, Drago, ou encore… Il était perdu dans ses réflexions quand il entendit un bruit de pas dans le couloir, il se demanda qui pouvait bien errer à cette heure-là, dans le Manoir sans trouver le sommeil en cette chaude nuit d'été. Peut-être était-ce Drago ? Il aurait tellement souhaité en cet instant que le blond frappe de légers coups à sa porte et lui fasse tout oublier, il avait l'habitude, il savait comment le réconforter, il l'avait fait tellement souvent au cœur de la nuit sans lui demander la moindre explication. Harry n'osa pas aller rejoindre cette autre personne, car que se passerait-il s'il se retrouvait non en face de son ami mais de son père. Harry ne survivrait pas à une nouvelle honte, il s'était déjà bien assez humilié comme ça en une seule soirée. Il se décida alors à se recoucher et se mit à compter les moutons en espérant que le sommeil remporte quand même le combat.
Lucius avait quitté sa chambre, il avait besoin de changer d'air, ce regard si vert, si lumineux le poursuivait et il devait faire quelque chose. Quand il était sorti dans le couloir, il avait vu un faible rai de lumière sous la porte de la chambre d'Harry. Etait-il encore réveillé ? Il aurait bien voulu frapper à la porte et entrer pour parler à nouveau avec le jeune homme mais si Harry n'était pas seul et qu'il était avec Drago, Lucius serait mort de honte, il préféra être raisonnable et aller chercher un livre à la bibliothèque. Il aurait voulu rester dans cette pièce d'habitude si calme et reposante mais il n'arrivait pas à assumer cette envie qui montait en lui dès qu'il posait le regard sur le fauteuil où il avait vu le jeune homme brun avec son fils. Au final, il retourna très vite dans sa chambre, en passant dans le couloir, il avait encore remarqué la lumière sous la porte et avait encore hésité à frapper de légers coups contre l'entrée de la chambre et c'était donc plus mal à l'aise que jamais que l'aristocrate s'enferma dans ses appartements.
Lucius se leva très fatigué le lendemain matin, il se demandait s'il ne valait pas mieux ne pas aller près du lac, renoncer à retrouver le brun qui avait hanté toute sa nuit, il pourrait toujours évoquer un travail impératif qu'il n'avait pu reporter. L'aristocrate se maudissait intérieurement comment il pouvait, ne serait-ce que penser faire une telle chose à Harry, le jeune homme allait l'attendre en vain et il ne méritait pas un tel traitement, il n'avait rien fait de mal. C'était lui, le seul fautif qui n'arrivait pas à chasser ces images de sa tête. C'était lui qui fantasmait sur ce magnifique peintre d'à peine dix-sept ans. Se rendant compte du côté pathétique de la situation, il se surprenait à choisir avec soin sa tenue, une chemise blanche en lin et un pantalon noir à la coupe parfaite, une fois vêtu, il jeta un coup d'œil dans son miroir et secoua piteusement la tête, il avait l'impression de se comporter comme un gamin de quinze ans, mais ce n'était pas qu'une simple impression. Il se sentait comme lors de son premier rendez-vous à Poudlard avec celui qui était devenu par la suite le collègue et ami de Severus. Il attendit et retarda au maximum le moment où il se dirigerait près du lac, il alla d'abord prendre un café noir fumant dans la cuisine puis laissa un message à Dobby lui indiquant ce qu'il voulait qu'il fasse durant la matinée. Sur le chemin qui l'amenait vers le lac, Lucius ne savait pas s'il préférait qu'Harry soit déjà arrivé ou qu'il ait abandonné l'idée du tableau et soit resté auprès de son fils. Il fumait pour se donner l'assurance qui semblait l'avoir quitté, il inspirait profondément et se détendait progressivement. Cette impression qu'il reprenait avec une nouvelle journée la situation en main et que toutes ces images ne viendraient plus le déranger fut totalement balayée et s'envola quand il vit au loin un jeune homme brun étaler une couverture par terre.
Harry était arrivé dix minutes plus tôt, anxieux, il en était déjà à sa troisième cigarette de la journée. Il avait beaucoup hésité avant de venir mais il avait fini par se décider, il ne voulait pas décevoir le père de Drago, et depuis, il n'avait pas cessé de se demander ce que pouvait penser en vérité Lucius de lui. Il le voyait peut-être comme un garçon facile à qui il faut faire les yeux doux pour qu'il s'allonge. Harry frissonnait rien qu'à cette idée, il venait d'étaler une couverture rouge en tissu écossais qu'il avait trouvé dans une des armoires de sa chambre. Dès qu'il l'avait vue, il s'était dit que les couleurs contrasteraient parfaitement avec les teintes de l'herbe, de l'eau et du chêne. C'était quand il tourna la tête qu'il se rendit compte que Lucius s'approchait de lui.
Le lord arriva à la hauteur du jeune homme beaucoup trop tôt à son goût. Il aurait préféré attendre plus longtemps, il avait même ralenti exprès le rythme de sa marche mais cela n'avait pas suffi. Et maintenant, il ne pouvait plus faire marche arrière.
« Harry, bonjour. Tu vas bien depuis hier soir ? »
Lucius vit son jeune invité rougir et taper nerveusement du pied la terre sèche et regretta instantanément ses paroles, se traitant intérieurement de tous les noms. Il tira sur les manches de sa chemise nerveusement, il avait furieusement envie de partir après seulement cinq secondes en présence du jeune homme, lorsqu'il entendit la voix d'Harry.
« Je… vais bien, j'ai juste encore un peu honte de ce que je vous ai dit hier soir, je n'ai pas cessé d'y penser et je n'aurais jamais dû vous parler de tout ça mais ça ira, enfin je pense…
- Oublie tout ça, tu as un tableau à réaliser. »
L'aristocrate sourit à Harry qui lui répondit timidement. Le jeune peintre encore nerveux passa une main dans ses cheveux ébouriffés. Ce geste anodin rappela au Lord tous les rêves qui l'avaient perturbé cette nuit.
« Vous acceptez toujours alors ?
- Je te l'ai déjà dit hier soir et puis je suis ici, il me semble, non ?
- J'ai cru que vous alliez venir pour me dire que finalement vous aviez réfléchi cette nuit et que ce n'était pas une bonne idée puis repartir.
- Qu'est-ce qui t'a fait croire ça ? »
L'aristocrate était stupéfait, il n'osait avouer à Harry qu'il avait mille fois raison même si le jeune homme était sans doute à des années lumière du vrai motif qui le faisait hésiter sur sa présence. Harry aurait voulu lui dire que c'était exactement ce qu'il attendait lui aussi, qu'il souhaitait que le Lord renonce pour ne plus avoir à affronter son regard, il se contenta d'un simple 'Une impression, votre démarche…'. Lucius et Harry semblaient hésitants mais l'adulte finit par reprendre.
« Le jeune artiste a-t-il des directives pour son humble modèle ?
- Allongez-vous… Euh… Je veux dire… Installez-vous sur la couverture. »
Lucius exécuta l'ordre, il avait les jambes posées sur la couverture alors qu'il appuyait son dos contre l'écorce dure. Il se sentait gauche et ne savait pas exactement ce qu'attendait Harry de lui.
« Détendez-vous, il faut juste trouver une pose plus naturelle, moins guindée si vous me permettez l'expression.
- Je suis tout ouï. Comment veux–tu que je m'installe alors ?
- Essayez de faire comme si je n'étais pas là, comment vous vous mettriez ? »
Après quelques minutes, le lord plia sa jambe droite, son regard perdu dans le vague, les muscles légèrement saillants dans sa chemise vaporeuse et d'instinct, il chercha son paquet de cigarettes et en tira une. Il l'alluma d'un geste nerveux, la première fois qu'il exhala la fumée alors qu'il tenait négligemment sa cigarette, les traits de son visage se détendirent enfin et Harry savait, il voulait le représenter ainsi, enfin pas totalement. Le jeune homme avait décidé de le dessiner pour capter toutes les nuances de ce regard si particulier, glacial et torride, cynique et tendre. Harry murmura doucement.
« Monsieur. »
Lucius perdu dans ses pensées ne l'avait pas entendu et ne réagissait pas. Harry se racla alors la gorge un peu plus bruyamment avant de reprendre.
« Monsieur…
- Hm… Harry, s'il te plaît, appelle-moi par mon prénom.
- Je… Vous êtes sûr ?
- Absolument, si ça te dérange de le faire devant mon fils, fais-le au moins quand nous sommes seuls. Si tu veux que je sois parfaitement détendu pendant les séances de pose, je crois que le minimum serait que tu m'appelles par mon prénom, non ?
- Je… D'accord, Lucius.
- Qu'est-ce que tu voulais me demander au fait ?
- Je préfèrerai que vous tourniez la tête vers moi et que vous regardiez, à travers moi, le paysage. J'ai besoin de voir votre regard. »
Lucius tourna alors son visage en direction de la voix du jeune homme, son regard gris fixait le jeune homme, semblant le dévorer littéralement et le lord fit un doux sourire à Harry.
« L'artiste est-il satisfait de la position ? »
Harry sentit immédiatement ses joues rougir à la remarque du Lord. Il ferma les yeux et inspira profondément, il hocha simplement la tête avant de saisir sa palette de crayons et de se concentrer sur son carton à dessin. Lucius appréciait de voir la gêne s'inscrire sur ce si joli visage et Harry entendit le ricanement de son modèle. Le lord ne put s'empêcher de taquiner l'adolescent, il savait qu'il jouait un jeu dangereux au vu de sa nuit mais il ne pouvait résister au pétillement de ces yeux émeraude.
« L'artiste serait-il gêné ? Monsieur le peintre semblait plus sûr de lui hier après-midi. Tu ne rougissais pas devant mon fils. »
Harry releva brusquement la tête et rétorqua sans même y réfléchir.
« Cela fait longtemps que j'ai dépassé le stade du rougissement devant Drago.
- J'ai eu effectivement l'occasion de m'en rendre compte par moi-même, Harry. J'avais compris déjà hier que ta relation avec mon fils n'était pas une nouveauté pour toi. Il avait l'air de savoir exactement comment faire pour te faire perdre tous tes moyens.
- Vous avez eu le temps de bien profiter du spectacle apparemment ?
- Suffisamment longtemps pour savoir que si j'étais resté quelques minutes de plus, j'aurais certainement pu, selon tes propres termes, profiter du spectacle… de ton corps totalement dévêtu. »
Harry était devenu rouge brique tandis que son modèle avait éclaté d'un grand rire cristallin.
« Je plaisante, Harry.
- Très drôle.
- J'arrête de te taquiner, promis. Et puis je ne veux pas t'énerver, je tiens à ce que tu fasses mon portrait, je n'ai pas encore vu une seule de tes œuvres et j'ai hâte de savoir si Drago a raison en ce qui concerne ton talent pour la peinture et le dessin. J'attends avec impatience le moment où j'annoncerai à tous ces snobinards de la chambre des Lords que j'ai posé comme modèle pour le futur John Everett Millais (1).
- Vous préférez que je vous représente en Ophélie, peut-être ?
- Non, je ne tiens pas à poser dans de l'eau glacée pendant des heures…
- Psssss, trouillard…
- Parfaitement, je me contenterais de cette chaude couverture, si ça ne te dérange pas. »
Une nouvelle fois, Harry respira profondément pour se calmer, posa enfin son crayon sur le papier à dessin et scruta le visage de son modèle. Il se laissait imprégner par les traits fiers et élégants de cet homme, les mâchoires étaient puissantes mais sans être trop proéminentes ou carrées, un nez droit et surtout deux yeux bleus gris en amande, qui pouvaient figer le temps. Il lui fallut se concentrer comme jamais pour détacher son regard de celui de son modèle, il ferma les yeux quelques secondes et laissa ensuite son crayon glisser sur la feuille sans en avoir conscience. Et comme à chaque fois qu'il commençait à dessiner, le monde extérieur n'avait plus de prise sur lui, il se sentait bien, libre et en paix. Il aurait pu dire heureux. Lucius était sous le charme de ce visage si détendu et pourtant si concentré, par moment, Harry passait sa main dans ses cheveux et mordillait ses lèvres, sa langue pointait parfois hors de sa bouche. Il avait l'impression de le revoir comme lorsqu'il était dans les bras de son fils, tellement beau, serein, sensuel. Le lord commençait à avoir très chaud, il aurait bien voulu se tourner légèrement mais le moindre mouvement aurait alerté et interrompu le travail du jeune homme. Il avait besoin de faire quelque chose, il tira fortement sur sa cigarette, il laissait son esprit s'imprégner de la nature qui les environnait, pour oublier sa situation et ce désir qu'il sentait prendre progressivement possession de lui. Harry jetait quant à lui de brefs coups d'œil à son modèle dont le regard se faisait plus sombre, plus lointain avant de se replonger dans son dessin.
Une heure plus tard, aucun des deux n'avait osé reprendre la parole, chacun était occupé et essayait de faire abstraction de l'autre, la tension était palpable, le plus jeune se consacrait à son dessin, il y mettait toute son énergie, toute sa fougue tandis que le plus âgé faisait comme s'il n'était pas en train d'admirer l'un des plus beaux visages qui lui avait été donné de voir, d'admirer le visage du petit ami de son fils. Ce fut Lucius qui rompit en premier le silence.
« Harry, je suis désolé mais nous pourrions faire une pause. Mes jambes commencent à s'engourdir. Cela ne te dérange pas au moins ? »
Harry avait mis quelques secondes avant de réagir, il était si concentré, puis un éclair de compréhension traversa ses deux émeraudes, il accepta bien volontiers. Lui-même aimait bien s'interrompre fréquemment pour ne pas alourdir son trait. Le lord se leva, légèrement hésitant, il était resté trop longtemps dans la même position. Lucius avançait d'un pas décidé en direction du jeune homme, il allait jeter un coup d'œil à l'esquisse, le brun eut juste le temps de la cacher de ses mains.
« Hors de questions que quelqu'un voit une de mes œuvres avant qu'elle ne soit terminée et encore moins le modèle. »
Lucius grogna mais obéit.
« Le jeune peintre accepterait-il de me montrer donc d'autres de ses œuvres terminées ? »
Et sans attendre l'assentiment du jeune brun, il attrapa un carton à dessin qui traînait par terre et l'ouvrit. Ce qu'il découvrit le figea littéralement, les mots que l'on pouvait utiliser pour décrire la peinture d'Harry étaient bien fades tant ses portraits reflétaient une profondeur, une douceur. Le premier était une esquisse d'une jeune adolescente au sourire mutin, dont le visage était encadré par une magnifique cascade de cheveux désordonnés, Lucius se rappela d'Harry parlant de sa meilleure amie, une dénommée Hermione Granger. Son pressentiment fut confirmé lorsqu'il retourna le dessin et vit l'écriture fine et penchée du peintre : 'Hermione, le 4 avril 1997'. Le second était un paysage qu'il reconnut immédiatement, c'était une vue du parc de Poudlard, son lac si sombre avec en fond la forêt que tous les élèves depuis des générations considéraient comme hantée. On pouvait même deviner le vent s'engouffrant dans les feuillages. Le dernier était un dessin de son propre fils, il était tout simplement splendide. Drago était allongé sur son lit, il était couché sur le ventre, la tête enfouie dans les oreillers, ses cheveux blonds formant un halo autour de lui, les draps froissés d'une blancheur immaculée, remontés jusqu'à la taille cachaient sa nudité. Drago devait être apparemment profondément endormi lorsqu'il avait été croqué. Cette scène immortalisée sur cette feuille aurait pu respirer la sensualité ou la luxure car elle ne laissait planer aucun doute sur l'activité qui l'avait précédée mais c'était tout l'inverse. Son fils avait l'air d'un ange dans cette blancheur immaculée, irréelle, il incarnait la douceur, l'innocence, ce que son père n'aurait jamais cru possible. Lucius ne percevait pas l'amour ou la passion qu'aurait dû dégager Drago aux yeux du peintre, juste de la tendresse, du respect, une profonde amitié qui semblait fonder leur relation. Un léger pincement au cœur lui fit comprendre qu'il était curieusement soulagé de découvrir leur liaison sous ce jour différent. Harry s'était levé d'un bond pour reprendre la pochette à Lucius. Quand il vit le père de Drago détailler le portrait de son fils, le jeune homme crut mourir, il ne s'attendait pas du tout à cette réaction.
« C'est… c'est tout simplement splendide Harry. Drago avait tort, c'est encore plus magnifique que tout ce qu'il avait pu dire. Je suis époustouflé. C'est si doux, si apaisant. Tu as un vrai don. Ne laisse jamais personne te dire le contraire.
- Je… je… Merci. Je… »
Aucun autre mot ne put sortir de la bouche aux fines lèvres. Le brun était si heureux qu'il croyait que son cœur allait exploser dans sa poitrine. Le lord souriait au jeune artiste, il était si lumineux. Harry aurait pu se jeter dans ses bras, et l'autre homme n'attendait que ça. La tension qui existait entre eux deux reprit de plus belle mais aucun ne fit le moindre geste, gênés. C'était Lucius qui parla en premier.
« Harry, je crois que Dobby va avoir fini tout le travail que je lui avais laissé. Cela ne te dérange pas si nous ne reprenons que demain.
- Bien sûr que non, je vous attendrai demain, Lucius.
- Bien, à tout à l'heure alors.
- A tout à l'heure… »
Harry regarda s'éloigner la haute silhouette, étrangement amer. Il prit de nouveau le dessin qu'il venait à peine de commencer, il s'agenouilla sur la couverture rouge, il passa sa main sur les contours du visage qu'il avait tracé, ce n'était à l'état que d'ébauche mais toute personne observant le dessin aurait pu voir transparaître la fascination de l'artiste pour son modèle, jamais même dans les moments les plus intenses avec Drago, il n'avait été aussi proche de ce qu'il cherchait à représenter.
(1) Avec Dante Rosetti, Sir John Everett Millais est l'un des chefs de file des Préraphaélites, courant de peinture qui marqua l'Angleterre au milieu du XIXè siècle, il est le créateur du célèbre tableau Ophélie.
A suivre…
Je profite de la fin du chapitre pour vous dire, si vous ne connaissez pas, de foncer lire les fics de ma grande sœur de bêta, Lilywen. Je vous jure que vous passerez un bon moment.
