Et voilà, coucou tout le monde, un nouveau chapitre…
Rappel de la situation : Après avoir surpris Lucius avec Harry, Severus a rudement pris à parti le petit brun lui reprochant de mettre en péril la famille Malefoy. Harry poussé dans ses derniers retranchements finit par dire à Severus qu'il aime Lucius et fuit le Manoir. Que s'est-il passé ?
Merci à neko-nansu (je n'ai pas gardé la trace de ton adresse mail et je n'ai donc pas pu te répondre, désolée)
Chapitre 13 : L'annonce d'un départ
Harry ne s'était pas retourné une seule fois et il courait, courait à en perdre haleine, il s'était enfui loin de l'autre homme et était sorti du Manoir à toutes jambes. Comment avait-il pu dire ça ? Et en plus, à Severus Snape, un homme qui le prenait pour le dernier des gigolos.
Alors que son souffle devenait de plus en plus irrégulier, il repensait sans cesse aux trois derniers mots qu'il avait prononcés et les répétait en boucle : 'j'aime Lucius, j'aime Lucius, j'aime Lucius...'. Il avait fini par atterrir tant bien que mal, au beau milieu du Parc, loin de tout et de tout le monde, près d'un petit bosquet qu'il n'avait jamais vu auparavant. Dieu que le Parc était vaste. Il décida que l'endroit était parfait pour se reposer un peu, personne ne viendrait le déranger ici avant longtemps. C'était seulement après bien dix minutes, assis par terre, le dos appuyé contre l'écorce d'un tilleul qu'il commença à se calmer et à réaliser ce qu'il venait de faire, il avait dit à un quasi inconnu ce qu'il ressentait alors qu'il n'en avait lui-même pas conscience avant, enfin pas vraiment. Qu'allait-il bien pouvoir se passer à présent ? Snape irait-il raconter cette discussion à Lucius et comment allait bien pouvoir réagir le Lord ? Harry craignait vraiment la réaction de l'aristocrate, il avait déjà du mal à accepter une relation basée quasiment exclusivement sur une attirance physique alors des vrais sentiments, d'autant plus que le brun n'était pas dupe et il savait parfaitement ce qui allait se produire à la fin de l'été, les deux resteraient seuls et séparés, l'un ici et l'autre à Poudlard, l'un avec sa femme qu'il n'avait probablement jamais aimée et l'autre dans un lieu où il se sentait comme un étranger, sans aucune attache, si ce n'était son amitié pour Hermione, Ron et enfin Drago. Il était vraiment dans de beaux draps, s'il se mettait à ressentir de l'amour, à espérer, à croire que cela puisse être réciproque. Des larmes chaudes roulaient à présent sur ses joues, c'était tout lui, beaucoup trop sentimental… Harry n'avait aucune idée du temps qui passait, il savait juste qu'il n'avait aucune envie d'affronter le regard des autres habitants du Manoir, la froideur de Snape, l'incompréhension de Remus Lupin, la folie de Narcissa Malefoy, la grivoiserie de Dray et surtout le désir de Lucius, non vraiment pas ! Il resta assis ainsi, profitant de ce moment de répit et de calme relatif et il ne réagit toujours pas quand une pluie d'orage de fin de journée vint le déranger, il ne trouvait pas désagréable la sensation des gouttes d'eau ruisselant le long de son corps et collant sa chemise. Il jouait avec une brindille d'herbe, l'entortillant autour de son doigt quand il entendit une voix connue aux accents lents se manifester derrière lui.
« Harry ?
- Dray ?
- Oui, bien sûr. Tu attends quelqu'un peut-être ? fit-il, un sourire moqueur aux lèvres.
- Je… je… Pourquoi es-tu ici ?
- Car tout le monde t'attend pour passer à table, nous t'avons cherché en vain dans le Manoir et c'est alors qu'il s'est mis à pleuvoir, on s'est douté que tu n'avais rien pour te protéger de la pluie et je me suis dévoué pour venir te chercher, d'où le parapluie. Je pense que les autres ne vont pas nous avoir attendu pour manger depuis le temps, cela doit bien faire une demi-heure que j'arpente tout le parc. Quelle idée de venir ici aussi ?
- J'avais besoin de solitude, je…
- Tu as passé pourtant tout l'après-midi, seul déjà, cela ne te suffisait pas et puis je ne sais pas, tu aurais pu t'enfermer dans ta chambre et ne pas traverser la moitié du parc.
- Apparemment non, ça ne me suffisait pas.
- Tu es sûr que ça va, l'artiste, tu n'as pas l'air bien. »
Harry sentit poindre de l'inquiétude dans la voix de Dray, il tenta de répondre avec force, sans grand succès cependant.
« Oui, évidemment.
- Alors pourquoi j'ai l'impression que tu as les yeux bouffis et rougis comme si tu avais pleuré ?
- Parce que tu as une mauvaise vue. »
Harry instinctivement passa le revers de sa main droite pour s'essuyer les joues et les traits de Dray se crispèrent quand il entendit son ami. Depuis le début des vacances, le blond avait vraiment du mal à le suivre, encore plus que d'habitude mais il avait surtout l'impression que chaque jour, cette incompréhension se faisait encore plus présente.
« Allez, viens avec moi l'artiste, rentrons sinon tu vas attraper la mort et je ne voudrais pas te retrouver au fond de ton lit, fiévreux et délirant. »
Harry accepta la main que lui tendait le blondinet et se releva. Drago sourit et ne put résister lorsqu'il vit dans quel état se trouvait son complice, les épis rebelles aplatis en de longues mèches et la chemise blanche, devenue transparente, qui moulait le corps fin du brun.
« Quoique, finalement, vu le joli tableau qui s'offre à moi, je me demande si je ne devrais pas te laisser sous la pluie tandis que je resterai sous le parapluie. »
Harry tenta un faible sourire assez pathétique et alors que Drago entoura de son bras gauche la fine taille d'Harry pour le protéger de la pluie, le jeune blond murmura doucement dans le creux de l'oreille du brun.
« Il faudra bien un jour que tu me dises ce qui se passe depuis quelque temps, l'artiste, je te dis bien tout, moi… »
Harry pouvait-il avouer ce qu'il ressentait pour Lucius à Drago ? Pouvait-il réellement tout lui raconter ? Le brun savait que sa relation avec Dray était complexe, sans doute beaucoup plus que ce qu'il avait laissé entendre aux autres membres du Manoir, une amitié amoureuse sincère et intense les reliait mais jusqu'à quel point. Bien sûr, dès le début de leur relation, ils avaient été très proches et ils s'étaient encore un peu plus rapprochés et unis au cours de la fin de cette année scolaire lorsque Dray et lui étaient devenus le point de mire de tout Poudlard pendant plusieurs mois, suite au bal de Noël. Ainsi ils avaient bravé ensemble l'ordre moral de Poudlard. Tous ces mois avaient été cependant beaucoup plus difficiles pour Harry qui n'en avait presque jamais laissé paraître. Dray restait le meilleur sportif de l'école, l'un des préfets et Harry avait dû supporter à l'inverse du blond les insultes surtout des autres garçons et des réflexions telles que 'au moins il n'est pas difficile de deviner qui est l'enculé des deux' n'étaient pas rares, et le blond était toujours resté à ses côtés durant cette période et l'avait soutenu du mieux qu'il avait pu. En vérité, le jeune aristocrate n'avait eu de cesse de prendre soin du brun depuis leur rapprochement et de toujours le réconforter. Harry n'avait jamais cependant pu tout dire à Drago. Il avait beaucoup hésité à lui avouer les sources de ses cauchemars, au fond de lui, il était persuadé qu'il l'aurait compris, mais il n'avait pas osé. Pour le brun, il n'avait pas à partager tous ses malheurs et c'étaient probablement la même chose pour ses sentiments envers le Lord mais à une grande différence près, là il n'était vraiment pas sûr que Drago puisse l'accepter et il ne voulait pas prendre le risque de perdre son amitié pour une relation certainement sans avenir, pas en ce moment alors qu'il avait l'impression que tout n'était qu'un immense gâchis.
Drago mordilla la peau du cou du jeune artiste et d'une voix enjôleuse donna un penny pour avoir accès aux pensées de l'autre garçon. Sur le ton de la confidence, Harry lui répondit qu'il pensait à eux deux et à tout ce qui s'était passé ces derniers mois et que sincèrement, il ne croyait pas qu'il puisse entendre ce qui le tracassait réellement. Le brun sentit légèrement son ami se raidir mais Drago ne dit rien pour le contredire, bien au contraire.
« Comme tu voudras, l'artiste mais sache que cette offre tient toujours et que si tu veux…
- Oui, Dray mais de toute manière, je crois que je ne vais pas avoir grand-chose à te raconter.
- Si tu le dis, l'artiste. Allez, dépêchons-nous, je meurs de faim.
- Au fait, tu ne m'as pas dit pour Remus. Vous…
- Plus tard ! »
Les deux adolescents se mirent alors à courir en direction du Manoir, ils allaient à l'encontre de la pluie et les gouttes d'eau qui fouettaient malgré le parapluie le corps d'Harry lui faisait un bien fou, il oubliait un peu sa discussion avec Snape et il sentait son cœur s'alléger. Leur retour ne se fit évidemment pas dans le calme et la discrétion qu'Harry aurait voulue, ils avaient à peine fait quelques pas dans le couloir d'entrée que surgit de la salle à manger Lucius un air passablement excédé sur le visage.
« Vous en avez mis du temps. Qu'est-ce que vous faisiez ?
- Excusez-nous, Père. Harry était parti se promener au milieu du parc et il a été surpris par la pluie et voilà comment je l'ai retrouvé…
- Je vois, je vois, Drago. »
Harry aurait voulu rentrer sous terre si c'était possible, il se doutait du spectacle pitoyable qu'il devait infliger aux autres, le visage rougi par la course, ses vêtements détrempés dégoulinant et l'eau formant ainsi au sol une petite flaque tout autour de lui. Il se sentait pitoyable, le dernier des imbéciles et ce sentiment ne fut que renforcé quand il vit dans l'encadrement de la porte Severus et Remus le dévisager.
« Je ne pensais pas que vous alliez m'attendre, vraiment je suis navré, je n'ai tout simplement pas vu le temps passé.
- Ce n'est pas grave mais je crois qu'il faudrait que vous alliez tous les deux vous changer, nous pouvons bien attendre dix minutes de plus.
- Oui, évidemment, Père. Allez, suis-moi l'artiste. »
Dray tira légèrement sur la manche de la chemise de son ami qui le suivit sans dire un mot de plus, Harry ne put s'empêcher cependant de regarder le maître des lieux droit dans les yeux quand il passa juste à côté de lui et ce qu'il vit le transporta, cela n'avait même pas duré une seconde mais Dieu, que ses yeux gris étaient intenses, le désir que le Lord éprouvait pour ce magnifique adolescent et qu'il avait tant de mal à cacher les faisait briller de mille feux ! Le jeune brun eut même du mal à ne pas frémir devant une telle vision. Le garçon repensa au soir de son arrivée, il s'était alors dit que les yeux de Lucius étaient éteints, comme s'il avait renoncé à ce que quelque chose de bien puisse enfin lui arriver et là c'était exactement l'inverse, le contraire et cela lui allait tellement mieux, son regard gris pétillait de vie et d'envie et l'éclat de mille couleurs qu'Harry avait pu percevoir serait un vrai régal à représenter sur une toile, un plaisir total. Pour sa plus grande joie, Dray le laissa seul dans sa chambre pour se sécher et se changer le plus rapidement possible, il se força à ne pas repenser à cette après-midi et à son retour et s'habilla le plus rapidement possible, il était cependant toujours entre deux sensations totalement opposées et complémentaires, l'envie de revoir le Lord le dévorer du regard et la gêne de se dire que Lucius ne ressentait que du désir, que tout n'était qu'un feu de paille et s'arrêterait aussi vite que cela avait commencé. Contrairement à son habitude, Dray ne semblait pas pressé de le retrouver pour rejoindre les autres dans la salle à manger car Harry venait de finir de s'habiller et son ami n'était pas encore arrivé pour lui faire l'une de ses réflexions salaces sur le fait de cacher son corps à la vue des autres et n'y tenant plus, le petit brun sortit en direction de l'autre chambre, il ne frappa qu'un faible coup contre la porte en bois, avant de pénétrer dans la pièce, sans attendre de réponse en retour. Après tout, le blond se comportait bien ainsi. Il ne put retenir un léger sourire se former sur ses lèvres quand il vit dans une chambre parfaitement rangée un jeune homme blond se mirant de la tête aux pieds dans le grand miroir, il était clair que le jeune aristocrate avait choisi sa plus belle tenue, une chemise blanche assortie à un pantalon en toile de la même teinte qui s'accordait parfaitement à son teint pâle et faisait ressortir encore un peu plus ses yeux argentés. Le reflet lui fit un clin d'oeil.
« Mais oui, Dray, tu es magnifique, tout le monde est au courant, tu n'as pas besoin de t'admirer pour vérifier et si tu veux mon avis, Remus Lupin va être ravi de te voir ainsi vêtu. Mais bon, je crois que le moment de rester devant le miroir à ne rien faire est mal venu, les autres vont vraiment finir par nous détester et nous maudire depuis le temps, enfin si ce n'est pas encore déjà fait.
- Voyons l'artiste, qui pourrait nous détester ou nous maudire ? Nous sommes la beauté et le charme incarnés…
- Et la modestie aussi en ce qui te concerne… »
Le blond n'avait pas bougé d'un seul millimètre, il ne voyait que le reflet de son ami qui lui souriait, il semblait plus en forme que lorsqu'il l'avait trouvé au pied de l'arbre, nettement plus, même si dans son regard émeraude, un je ne sais quoi de doute et d'appréhension persistait. Harry faisait de même et son regard ne quittait pas l'image du jeune aristocrate, il était vraiment superbe, nul doute mais ils devaient vraiment retourner en bas, à présent.
« Bon, tu viens ou tu as décidé de pique-niquer dans ta chambre !
- J'arrive, j'arrive… Dire que tout à l'heure tu n'avais même pas envie de quitter ton tronc d'arbre et maintenant c'est limite si tu ne me fais pas une scène pour cinq minutes de retard en plus, tu es vraiment incroyable. »
Drago n'avait même pas encore fini sa tirade qu'il avait déjà commencé à marcher vers le brun puis le prit dans ses bras, nichant comme d'habitude sa tête dans le cou du plus petit, sa bouche effleurant presque la peau blanche.
« Mais tu sens tellement bon, l'artiste, que je ne pourrais jamais t'en vouloir.
- Je n'en suis pas si sûr, marmonna-t-il faiblement.
- Oh si, tu sens vraiment très bon. »
Cette fois la bouche fine et parfaitement dessinée du jeune aristocrate se posa plus franchement sur le cou et l'embrassa gentiment.
« Dray !
- Allez, viens, rigola le blond. »
Drago s'arrêta aussitôt et quitta la pièce. Le jeune peintre souffla plus par devoir et suivit son ami vers la salle à manger. Malheureusement, au cours du chemin, la peur du brun reprit le dessus et ne cessa de croître à chaque pas qu'il faisait et chaque marche qu'il descendait. S'il savait que Lucius était fou de désir pour lui, sans nul doute, quelle attitude devait-il adopter vis-à-vis de Snape ? Faire comme si de rien n'était, l'ignorer, lui faire la conversation… Juste avant de pénétrer dans la pièce Drago remarqua que de nouveau, Harry semblait inquiet, presque tétanisé. Le brun avait à présent son regard baissé en direction de ses chaussures. Y aurait-il eu un problème cette après-midi avec quelqu'un du Manoir, peut-être son parrain ou sa mère? Et avant qu'Harry ne dise quoi que ce soit, le blond lui prit sa main et lui murmura des paroles douces et réconfortantes au creux de l'oreille et aussi surpris et touché qu'il fut, Harry n'en laissa rien paraître mais laissa sa main là où elle était, et ils pénétrèrent ensemble dans la salle à manger. A leur entrée dans la pièce, les deux garçons furent le point de mire des adultes dont les assiettes étaient encore désespéramment vides, mais à vrai dire, ils commençaient à en avoir légèrement l'habitude, ils s'installèrent donc comme pour les autres repas, côte à côte, la main de Drago n'ayant pas bougé d'un millimètre jusqu'à ce qu'ils soient tous les deux correctement installés, sous le regard médusé des adultes.
« Eh bien, quelle galanterie, Drago !
- Je sais, Père… Notre cher artiste n'est pas très en forme depuis ce soir alors je le soutiens du mieux que je peux, voilà tout.
- Un souci, Harry ?
- Euh, non… Le fait d'être resté sous la pluie m'a rendu patraque mais rien de bien méchant, Monsieur Malefoy. Une bonne nuit de sommeil et il n'y paraîtra plus…
- Vu votre tenue à tous les deux tout à l'heure, il n'est pas difficile de le croire.
- Mr Lupin… Je, je n'aurai pas dû quitter le Manoir ainsi et je tiens encore à m'excuser, je n'avais pas pensé qu'il puisse pleuvoir.
- Et pourtant le temps s'était très vite assombri, vous avez eu de la chance, cela aurait pu être pire, un vrai déluge.
- Sans doute, Remus, mais que ne ferait-on pas pour l'artiste ?
- Drago, s'il te plaît, ne recommence pas, nous souhaitons tous profiter du repas préparé par Mademoiselle Figg et dans le calme.
- Bien entendu, Père, je ne l'envisageais pas autrement. Alors pour changer de sujet, Remus, vous ne m'avez toujours pas dit ce que vous pensiez au sujet de ce magnifique pur-sang que je vous ai montré cet après-midi. Accepteriez-vous de le monter lors d'une prochaine ballade ? »
En entendant le son de la voix étonnamment basse et sensuelle de son ami, le jeune brun ne douta pas un instant que Drago ne parlait absolument pas de chevaux et qu'il avait fait un sous-entendu très, très scabreux. Harry ne put s'empêcher de se redresser et de dévisager le médecin pour étudier sa réaction et il ne fut pas déçu. L'homme qui avait légèrement toussé adopta une charmante teinte rouge sur le visage et avait légèrement baissé le regard en direction de l'assiette étincelante. Cependant, avantage ou inconvénient, l'autre homme semblait encaissé le choc nettement plus rapidement qu'il ne l'aurait fait lui-même et le médecin répondit sur un ton assez badin.
« Même si de prime abord, il me paraît très tentant de le monter, je ne pourrais encore me prononcer sur les qualités de cet étalon pour la course, je ne l'ai pas encore vu dans le feu de l'action, mais il me semble avoir clairement fait part de mon réel intérêt, concernant une prochaine ballade en ta compagnie. »
Si Remus se contenta d'un sourire éclatant, fixant avec un regard de prédateur le jeune blond, l'artiste qui sirotait doucement un verre de thé glacé apporté à l'instant par Winky eut clairement quelques difficultés à ne pas éclater de rire, manquant de peu de s'étouffer. Severus Snape regardait étrangement cet échange et visiblement songeait à sa discussion récente avec le petit brun qu'il dévisageait, peut-être que ce sale gamin qui se jouait de son meilleur ami avait dit au moins la vérité à propos de son filleul et de Remus.
« Et de quel étalon parlez-vous ? demanda Lucius qui visiblement n'avait pas compris tous les dessous de cet échange.
- Du meilleur, Père, d'Eclair de feu bien sûr. répondit naturellement et avec assurance le jeune blond. »
Harry était ébahi par l'aplomb de son ami, Drago s'était adressé à son père comme si de rien n'était, sans même y réfléchir, alors que lui, aurait probablement bafouillé pitoyablement et rougit de concert. Tout occupé à ses constatations, le beau brun ne vit donc pas le coup venir, il avait fixé peut-être trop intensément son voisin et camarade de Poudlard.
« Dis-moi, l'artiste, un petit tour aux écuries te plairait également, je présume, tu voudrais monter un bel étalon, toi aussi ?
- Drago, s'il te plaît. »
Etrangement, le Lord avait parfaitement perçu cette fois-ci le sous-entendu, son ton s'était fait cassant, il faut dire que depuis le début du repas, il ne cessait de couler des regards en biais au jeune homme, ne pouvant s'empêcher de penser aux différents moments où ils s'étaient retrouvés seuls, à son emportement devant cet adolescent intelligent et mature et à la réflexion de son fils, il avait vu Harry rougir aussitôt, cela n'avait pu lui échapper, il s'était alors crispé et sous le coup de l'énervement, il n'avait pu retenir ces quelques mots de sortir.
« Bien sûr, Père. »
Après ces trois derniers mots prononcés par Drago, le Lord appela Winky et les premiers plats et notamment une délicieuse soupe de poisson arrivèrent presque aussitôt sur la table. Au début, il régnait un certain calme, les habitants du Manoir profitaient du repas, les uns observant les autres. Au fur et à mesure, les discussions reprirent de plus bel. Ainsi Drago questionnait Remus à propos de sa vie en Afrique, sur les coutumes, il semblait s'y intéresser réellement et sincèrement à tel point qu'Harry se demanda même si le blond lui avait dit toute la vérité, sur ce qu'il ressentait, le jeune aristocrate qui ne s'intéressait que très peu à la vie des autres d'habitude, paraissait véritablement fasciné, buvant chaque parole de cet homme qui vouait entièrement sa vie à soigner et aider des inconnus. Le jeune artiste ne put retenir un sourire de fleurir sur ses lèvres, d'autant plus que Severus dévisageait de la même façon les deux autres et le voir douter de plus en plus après la façon dont il l'avait traité quelques heures auparavant le faisait jubilé.
Ils en étaient arrivés au dessert lorsque le maître des lieux se racla, il voulait faire apparemment une déclaration officielle :
« Bien, je dois vous apprendre deux choses, la première, c'est au sujet de Narcissa… »
Le Lord fixa sans s'en rendre compte le petit brun, guettant sa réaction et il le vit se crisper légèrement, serrant plus fermement la petite cuillère qu'il tenait dans sa main droite.
« Narcissa m'a rejoint dans mon bureau, vous savez tous qu'elle n'est pas au meilleur de sa santé ces derniers temps, cependant elle m'a informé d'une décision assez surprenante. Elle souhaite partir dès demain et loger auprès de sa vieille tante malade, Elladora Black, apparemment cela faisait quelques jours qu'elle y pensait. Elle veut se changer les idées et elle semblait plutôt heureuse de son prochain départ, enfin, du moins j'en ai eu l'impression.
- Mère nous quitte, mais je ne l'ai pour ainsi dire presque pas vu depuis le début de l'été en dehors de quelques repas auxquels elle a accepté de participer. Compte-t-elle au moins revenir avant que je ne reparte pour Poudlard ?
- Je ne pense pas, Drago, je lui en ai d'ailleurs fait la remarque mais elle n'a pas eu l'air de prendre conscience de cela, tu sais qu'elle a du mal à sortir de sa chambre et je me voyais mal le lui refuser pour une fois qu'elle fait une démarche dans ce sens.
- Une démarche dans ce sens ? Elle s'enfuit au contraire… Après tout, il y a cet atroce inconnu qu'est Harry sans oublier Oncle Sev qu'elle ne supporte plus depuis qu'il s'est séparé de Tante Bellatrix.
- Drago, je ne crois pas que ce soit bien le moment, je te comprends et c'est pour ça que j'ai attendu aussi longtemps que possible pour t'en informer, j'avais espéré qu'elle aurait changé d'avis mais apparemment ce n'est pas le cas. Elle voulait te le dire elle-même cet après-midi mais tu étais déjà parti aux écuries avec Remus.
- Bien sûr et pourquoi n'est-elle pas ici pour sa dernière soirée au Manoir, à manger avec nous ?
- Elle m'a dit qu'elle voulait que tout soit prêt pour son départ demain.
- Comme d'habitude, elle a une excuse, quand ce n'est pas ses migraines, elle doit préparer sa fuite, pardon ses valises !
- Drago, ça suffit à présent, ton père a raison, ta mère a besoin de calme et de repos, elle est MALADE. Cela ne peut lui faire que le plus grand bien.
- Mais oncle Sev… »
Drago fulminait, jusqu'à présent Narcissa avait toujours fait des efforts pour son fils, la seule personne importante dans sa vie mais à présent même lui ne faisait plus le poids face aux vieux démons de sa mère. Harry aurait voulu l'aider mais il ne savait pas trop, il se sentait gauche, il avait l'impression que tout s'était envenimé entre Dray et sa mère à partir du jour où elle avait appris sa venue. Le Lord qui avait prévu à juste titre, une telle réaction de son fils prit la parole en premier alors qu'un silence pesant régnait en maître depuis quelques minutes.
« J'avais quelque chose d'autre à vous dire. J'ai pensé à organiser une soirée.
- Quand ?
- Pour mon anniversaire. »
Harry interloqué releva la tête, il ne savait même pas que son hôte allait fêter bientôt son anniversaire et il ne connaissait même pas l'âge du Lord. Le jeune homme ne put résister et demanda sous les regards peu amènes de Severus Snape la date.
« Le 25 juillet, Harry. »
Il était soulagé, il aurait le temps de trouver un cadeau, il y avait encore quelques jours avant la date fatidique.
« C'est une très bonne idée, Père. »
Harry souriait, malgré lui, en observant les deux hommes, il n'était pas difficile de comprendre que Lucius faisait essentiellement cela pour son fils, pour lui faire oublier le départ précipité de sa mère. La conversation reprit alors, beaucoup plus calme et sereine, le Lord voulait inviter une vingtaine de proches et notamment, pour le plus grand plaisir de Drago, les familles Zabini et Nott. L'aristocrate voulait avoir l'approbation de tous pour que les invitations puissent partir au plus vite. Comme les autres, Harry acquiesça même si cela impliquait pour lui de supporter une soirée entière les amis du club de tennis de Drago, il était nettement moins enthousiaste que son ami à l'idée de revoir Blaise et Théodore. Après avoir fixé l'essentiel des préparatifs, les habitants du manoir se dispersèrent. Sous les conseils de son père et de Severus, Dray partit rejoindre sa mère pour lui parler et lui souhaiter bon voyage, ils étaient sûrs qu'elle n'attendait que ça, le jeune blond n'en était pas totalement convaincu mais c'était sa mère, il l'aimait et il ne savait pas quand il la reverrait, il avait comme une sensation étrange. Remus et Severus partirent encore une fois dans le bureau de Lucius joindre l'association pour se tenir au courant des dernières nouvelles. Lucius avait intercepté le regard froid de son ami, dirigé à l'encontre d'Harry, quand Severus avait quitté la pièce.
« Il s'est passé quelque chose avec Severus cet après-midi ? demanda d'un air attentif le Lord au jeune brun.
- Rien… rien du tout.
- Harry ?
- Je crois que je vais remonter dans ma chambre, je me sens encore un peu patraque.
- D'accord, je m'apprêtais à faire de même, d'ailleurs. »
Les deux hommes montèrent silencieusement les escaliers lentement, très lentement. Ils n'avaient pas vraiment envie d'en rester là. Harry avait des questions qui le taraudaient depuis le repas et Lucius de son côté voulait savoir ce qui s'était passé au cours de cet après-midi pour faire ainsi fuir Harry. Ils étaient à présent, tous les deux en face de la porte de la chambre du jeune artiste. Après quelques secondes où ils se regardèrent au fond des yeux, Harry malgré une gêne évidente se décida :
« Est-ce de ma faute si votre femme s'en va du Manoir ?
- Harry, je ne crois pas que de parler ici soit judicieux n'importe qui pourrait nous voir ou nous écouter.
- Comme ce matin. »
A voir le brun se remémorer ce qui s'était passé ce matin, son visage se crisper, cette fois, Lucius n'avait plus de doute, il s'était passé quelque chose.
« Harry, j'ai envie de fumer, tu m'accompagnerais ?
- Euh… oui, bien sûr. »
Le jeune homme ouvrit alors la porte et le Lord le suivit aussitôt, sans un mot. Une fois sur le balcon, Harry sortit de l'une des poches de son pantalon, son paquet de cigarettes et en offrit une au blond.
« Qu'est-ce qui s'est passé cet après-midi, Harry ? Pourquoi as-tu ressenti le besoin d'aller au milieu du Parc alors que le temps se couvrait ? »
Lentement, le brun exhalait de la fumée, cherchant une réponse plausible. Il savait juste qu'il ne devait rien dire sur son aveu.
« Rien, je voulais juste prendre l'air.
- Harry… »
Instinctivement, le Lord se rapprochait du brun, ses yeux gris ne lâchant pas les deux émeraudes. Il le dominait de toute sa hauteur. Le plus jeune n'en menait pas large, il avait peur que s'il dise qu'il avait eu une altercation avec Severus Snape, Lucius aille immédiatement s'expliquer avec lui et que ce dernier ne lui apprenne quels propos avaient tenu le jeune brun avant de s'enfuir du manoir, le 'j'aime Lucius'. Il avait du mal à affronter les perles grises, elle semblaient emplies d'inquiétude. L'artiste malgré tout finit par se lancer :
« J'ai rencontré Severus par hasard, dans la bibliothèque, il m'a plus ou moins dit de vive voix tout ce qu'il pensait de moi, que je ne suis intéressé que par l'argent et que je vais apporter le malheur à cette famille et j'ai eu besoin de prendre l'air, voilà tout.
- Est-ce bien tout ? »
De sa main libre, Lucius tenait le menton de son vis-à-vis et le caressait tendrement, ils étaient très proches et le Lord sentait une envie irrépressible d'embrasser Harry monter en lui tandis qu'il voyait les joues du peintre prendre une jolie couleur rouge, mélange subtil d'embarras et de désir qui caractérisait si bien le jeune homme. L'homme n'entendit pas le faible soupir du brun qui ne savait vraiment pas comment se sortir de cette discussion sans réel dommage.
« C'est tout, par contre tout à l'heure, tu n'as pas répondu. Est-ce de ma faute si Narcissa quitte le Manoir ?
- Je ne pense pas, elle ne se doute absolument pas de ce qui se passe entre nous. Mais…
- Quoi ? »
La main douce avait quitté le menton et remonté le long de la joue, caressant lentement la peau fine et délicate de l'artiste et pour éviter de répondre, ses lèvres finirent par faire les quelques centimètres qui le séparaient, dévorant agréablement celles du jeune homme, le Lord voulait approfondir le contact et il jeta sa cigarette à terre et l'écrasa négligemment. Sans que ses lèvres ne quittent celles d'Harry, il fit glisser sensuellement sa main le long de la joue, du cou puis du bras du peintre. Ses doigts caressèrent le dessus de la main de l'autre homme avant de s'entremêler aux autres doigts. Lucius, à la fin, finit par se saisir de la cigarette à peine entamée d'Harry, qui fut jetée par-dessus la balustrade. Le Lord, doucement mais fermement, entraîna le jeune peintre et le poussa contre le mur. Sa bouche décida enfin à quitter son homologue et commença une lente descente au niveau du cou, le long de la jugulaire. Harry sentait ses jambes fléchir sous les sensations et il perdait peu à peu pied d'autant plus que les mains du maître des lieux se faisaient plus pressantes, elles étaient passées sous son vêtement et lui caressaient le torse mais il avait besoin de savoir.
« Lus… Lus… Attends !
- Oui ?
- Mais quoi ? Tu n'as pas répondu tout à l'heure.
- Mais… Ce n'est rien, comme toi et ta rencontre avec Severus.
- Lus… Je t'ai dit tout ce qu'il y avait à dire à ce sujet.
- Vraiment ? »
Lucius augmenta sa prise sur le brun, sa bouche mordillant et ses mains suivaient les côtes. Le plus petit laissait échapper des gémissements de contentement. Harry sentait que la situation pouvait vite dégénérer et ils pourraient finir tous les deux au lit et après tout ce qui s'était passé en l'espace d'une seule journée, il ne se sentait pas encore prêt. Le Lord avait dû sentir le garçon hésiter, il leva un sourcil circonspect et s'interrompit.
« Harry, qu'est-ce qui se passe ? »
Malgré tout le désir qu'il ressentait pour le Lord, Harry n'était définitivement pas prêt à ce qu'ils aillent plus loin, du moins cette nuit. Il se détacha légèrement de l'emprise de Lucius, tout en s'excusant, le blond le regardait, sa bouche quitta finalement le cou du petit brun et vint se nicher dans les cheveux ébène, lui chuchotant des mots tendres.
« Harry, je comprends, mon ange, tu n'as pas à t'excuser. Il s'est passé beaucoup de choses aujourd'hui et je connais suffisamment Severus pour savoir qu'il n'a pas dû être tendre avec toi…
- Dis-moi pourquoi elle s'en va.
- Je ne veux pas encore le dire à Drago pour le moment, cela n'a rien à voir avec toi, quoi que tu en penses. Sa mère et moi avons des problèmes depuis des mois, depuis des années et apparemment cet été est celui de trop, elle veut demander le divorce.
- Je… je…
- Chut, mon ange, tout va bien se passer.
- Quoi ? Qu'est-ce qui va bien se passer, Lus ?
- Bonne nuit, mon ange. »
Il posa encore, pendant quelques secondes, ses lèvres contre celles fines et roses du peintre puis il disparut par la porte vitrée du balcon. La porte de chambre du jeune homme claqua quelques secondes plus tard. Harry était sur le coup de l'émotion et il n'avait pas fait un seul geste pour arrêter le Lord. Tout ce qu'il savait c'est qu'il avait dit à Severus qu'il aimait cet homme, et pourtant il n'avait pas pu aller plus loin avec lui. Il ne pouvait s'empêcher de repenser à Drago. Avec lui, il n'avait pas hésité le jour où ils avaient passé la nuit ensemble pour la première fois, parce que paradoxalement, cela n'avait pas vraiment d'importance, contrairement à sa relation avec Lus. Harry se passa ses doigts fins sur ses lèvres gardant en mémoire la saveur et la douceur de celles de Lucius et finalement partit se coucher.
A suivre…
