Chapitre 17 : En attendant midi…

Coucou, voici un nouveau chapitre d'Un été inoubliable après plus de 4 mois de silence radio. Je tiens en premier à remercier les personnes qui continuent à me lire et je vous affirme que j'irai au bout de mes histoires même si je suis consciente qu'il faut être patient, très patient.

Aujourd'hui, vous allez voir la réaction d'Harry et de Lucius quelques jours après la révélation.

Pour ceux (celles) que ça intéresse, j'écris le prochain 'le temps d'une année'

Encore merci pour tos vos messages, à bientôt (promis)…

Chapitre 17 : En attendant midi…

Harry se regardait dans le grand miroir de sa chambre, lorsque l'horloge sonna onze heures. Il souffla profondément, d'un air dépité, dans moins d'une heure, le Manoir serait envahi par les invités des Malefoy et il n'avait qu'une envie, faire comme toute cette dernière semaine, peindre au lac, faire une quelconque activité avec Drago et surtout fuir toute autre personne.

« Potter, ne fais pas cette tête, nous allons revoir Théo et Blaise. En plus comme nous avons décidé finalement de faire un brunch plutôt qu'une soirée, nous allons pouvoir profiter du beau temps. »

Son ami était allongé sur le lit, il jouait avec un élastique qu'il avait trouvé on ne sait où. Lorsque Harry se retourna dans sa direction, il ne put retenir de sourire à cette vue assez plaisante.

« Tu crois vraiment que je dois m'en réjouir ? Excuse-moi, mais là, c'est trop me demander. Ce ne sont que deux crétins pleins aux as, qui ne pensent qu'au sport et aux blagues les plus douteuses possible.

- Tu as oublié, le troisième pilier de leur vie, la baise.

- C'est vrai, j'oubliais, c'est tellement palpitant de savoir qu'ils ont couché l'un avec la première jumelle Parvati et l'autre avec la seconde. »

Drago lâcha son élastique et se tourna vers son ami :

« Tu sais, Harry. Je suis sensé être celui déprimé par la séparation de mes parents et le départ précipité de ma mère, pas toi… Et depuis mon retour, c'est encore pire qu'avant, tu ne penses qu'à aller au fin fond du parc seul, ton excuse favorite à la bouche : 'j'ai repéré un nouvel endroit à peindre' et tu t'enfuis une grande partie de la journée on ne sait où, accompagné de tout ton attirail de parfait petit peintre. »

Harry ne répondit rien, il savait que Drago avait entièrement raison. Une semaine, depuis le départ de Narcissa. Une semaine depuis cette journée particulière qui avait été son paradis et son purgatoire. Il avait adoré passer ces quelques heures en présence de Lucius, comme s'ils étaient les deux dernières personnes vivant sur terre et puis il avait fini par céder et par avouer la raison de ses cauchemars, des ombres de ses tableaux. Il s'était pourtant juré de ne jamais rien dire à personne. Il n'avait toujours souhaité qu'une seule chose au monde, oublier, oublier tout ce qui avait un rapport avec ces événements, le souffle de Sa respiration, Ses mains, Son visage aux traits angéliques et faire comme si rien ne s'était produit. Cette nuit-là, il s'était endormi dans les bras du Lord, après lui avoir tout raconté. Toutefois, il n'en avait pas été soulagé pour autant, le sommeil l'avait fui comme à chaque fois. Harry s'était rendu compte de sa position, Lucius l'enserrait tendrement, comme s'il voulait le protéger du reste du monde et le garder pour toujours à ses côtés. L'adolescent avait pris peur, il ne méritait pas un tel égard, il était sale, un déchet de l'humanité comme Oncle Vernon le lui rappelait souvent. Harry avait fini par se sauver, il s'était réfugié près du lac et avait attendu d'être sûr que Drago et Remus soient revenus pour retourner à son tour au Manoir et éviter ainsi toute confrontation avec Lucius. Depuis lors, le propriétaire des lieux n'avait à aucun moment cherché à se rapprocher. C'était à peine s'il lui avait adressé la parole, au contraire d'un Drago qui s'était montré beaucoup plus jovial qu'attendu et il ne savait pas s'il devait lui en être reconnaissant ou bien inquiet. A présent, Harry était convaincu que Lucius ne le regarderait plus jamais de la même façon et que ses grands yeux d'argent n'auraient plus le même éclat de franchise, il y lirait toujours de la peine, du regret.

« Eh l'artiste, à quoi tu penses ?

- A rien, Drago, à rien.

- Je veux bien que tu me fasses des cachotteries, cela a toujours été le cas depuis le premier jour mais n'insulte pas mon intelligence, je t'en prie, chéri. »

Le sourire de Drago était charmeur et taquin, cela faisait bien longtemps pourtant que Dray ne l'avait pas appelé ainsi.

« Arrête avec ce surnom stupide, je te l'ai déjà dit ! Et d'abord, que veux-tu ? Je te connais et dès que tu me regardes ainsi, tu as quelque chose en tête.

- Rien de physique, amour, rassure-toi tout de suite. Tu sais bien que Remus est nettement plus compréhensif et ouvert que toi sur ce point-là. »

Harry leva les yeux au ciel et souffla assez bruyamment. Depuis une semaine, il avait entendu déjà un grand nombre de fois cette phrase.

« Enfin j'étais suffisamment compréhensif et ouvert pendant toute l'année dernière et tu ne t'en plaignais pas tant. »

Le sourire de Drago s'élargit davantage, il se leva d'un pas nonchalant et tourna autour de son ami.

« Serais-tu jaloux par hasard ?

- Sois sérieux, tu veux. Je peux t'assurer que tu es loin d'être aussi irremplaçable que tu te plais à le croire.

- Ouh ! Quel dommage que je ne puisse te croire ! Je suis irremplaçable et n'oublie pas que nous sommes enfermés depuis des semaines au Manoir et qu'en dehors de moi, il n'y a que Remus qui t'est formellement interdit et Severus qui est bien trop amoureux de ma tante. Ill n'y a personne, aucun étalon capable de me faire de l'ombre à des kilomètres à la ronde.

- Toujours aussi distingué. Et puis ton raisonnement est légèrement biaisé, tu oublies ton père, Dobby et même Rusard.

- Rusard ? Arrête ! Tu vas me donner des cauchemars pour le reste de mon existence. Et puis, tout le monde sait que Dobby en pince pour cette pauvre Winky, sauf évidemment les deux principaux intéressés et pour mon père, il est encore marié avec ma mère et sort d'une histoire douloureuse, je suis sûr qu'il a beaucoup d'autres soucis que de flirter avec l'ex-petit ami de son fils. »

Cette conversation tournait en rond et commençait sérieusement à échauffer les nerfs d'Harry. Il continua donc sur un ton peu amène.

« Au fait, tu ne m'as toujours pas répondu. Si tu n'es pas venu pour mon corps, que fais-tu donc ici ? Je ne crois pas que nous ayons beaucoup d'autres points communs.

- Décidément, tu es bien énervé aujourd'hui, encore plus que d'habitude, c'est le brunch qui te met dans un état pareil.

- Drago, je n'ai pas le temps avec tes divagations, je dois me préparer donc si tu pouvais en venir directement aux faits, ça m'arrangerait et tu pourrais retourner voir Remus !

- Bon je continue, avant que tu ne te fâches pour de bon, vu que tu es d'une humeur toujours aussi charmante. Que je t'explique donc. Après le brunch, Severus doit retourner pour une énième tentative de réconciliation avec Bellatrix qui vient d'arriver à Londres. C'est Remus qui me l'a dit ce matin, apparemment, il lui en a parlé peu après le petit-déjeuner. En effet, ma tante est toute à sa joie, elle a enfin convaincu sa soeur de partir du Manoir et de quitter ma pourriture de père et pour fêter l'événement, elle est elle aussi revenue en Angleterre pour les vacances. Enfin bref, j'espère juste que cette tentative échouera… Toujours est-il que c'est une occasion en or pour que je puisse passer du temps seul à seul avec Rem'. Cela fait une semaine que l'on se voit entre deux portes, la plupart du temps, Remus reste avec Severus pendant que j'essaye de te dérider. Enfin, même si j'adore ce genre de rencontres passionnées, je trouve cela un peu trop rapide à mon goût. Donc c'est là, mon chéri que tu interviens…

- Quoi ? Tu veux peut-être que je tienne la porte, comme il n'y aura plus Severus.

- Non, je n'y avais pas pensé… »

Drago s'arrêta quelques secondes, le regard pétillant de malice et continua :

« Mais c'est une idée intéressante, on devrait peut-être creuser un peu. Juste une fois, en passant.

- DRAGO !

- C'était juste comme ça. Après tout, c'est toi qui as commencé…

- Donc, si je ne tiens pas la porte, que suis-je sensé faire ? »

Le brun visiblement usé par le jeu de Drago se raidit, posant ses mains sur ses hanches d'un geste impatient. L'autre fit comme s'il n'avait rien remarqué et prononça simplement :

« Je veux que tu tiennes compagnie à mon père quand tous les autres seront partis…

- HEIN ! Pardon ? Quel est le rapport ?

- Je sais bien que tu le connais très peu mais comprends-moi. Je veux vraiment passer du temps avec Rem' et je risque d'avoir des difficultés à le faire si mon père est dans les parages. Et surtout, c'est son anniversaire. Je me refuse à ce qu'il s'enferme aujourd'hui comme il le fait depuis le départ de ma mère et comme je serai avec Remus, il ne reste plus que toi pour lui tenir compagnie. Ce serait pour vous l'occasion d'apprendre à vous connaître et puis, vous êtes tous les deux des grands amoureux du parc, je suis sûr que cela lui plairait beaucoup de faire une longue ballade avec quelqu'un qui appréciera le paysage au moins autant que lui. Tu ne crois pas ?

- Si probablement, tu dois avoir raison.

- Tu es d'accord alors ? »

Harry hésita mais finit par acquiescer. Le visage du blond parut soulagé et se fendit d'un large sourire. Il était certainement très immature et égoïste, mais Harry ne pouvait absolument pas remettre en cause l'amour que son meilleur ami portait à son père.

« Merci, merci beaucoup. Et ne t'inquiète pas, je m'occupe de tout organiser. Tu n'auras qu'accepter de faire une ballade avec lui le moment venu. »

Harry hocha la tête. Après tout, l'occasion ne se présenterait peut-être pas à nouveau. Au fond de lui, le jeune homme, malgré sa peur savait que cette confrontation devait avoir lieu, il ne pouvait plus se contenter de simple échange de banalité avec Lucius, comme il le faisait depuis une semaine. Trop heureux, Drago enlaça le petit brun et lui fit un léger baiser dans le cou.

« Je dois me sauver, il me semble que tu as dit que tu devais te préparer et je ne voudrais pas te contrarier, je te dois bien ça. Et puis, j'ai docteur sexy qui doit m'attendre dans sa chambre.

- S'il te plaît, Drago, épargne-moi. Je ne veux rien entendre d'autre. Va-t-en vite. »

Drago laissa traîner ses mains un peu plus longtemps sur les hanches du brun, plus d'un an d'habitude ne se perdait pas aussi facilement. Puis il quitta la pièce, il sifflotait et ricanait à moitié. Il venait comme à son habitude d'obtenir ce qu'il voulait.

Lucius, de son côté, essayait de se concentrer, il avait trois réponses à rédiger avant que les festivités ne commencent mais comme depuis une semaine, il n'arrivait à rien dans son travail. Dès qu'il était seul, il ne cessait de penser à ce que lui avait dit Harry. Il avait été littéralement bouleversé lorsqu'il avait écouté le récit du garçon. Comment ne pas l'être ? Harry lui avait paru si fragile, si éloigné du monde réel. Il avait tellement souffert par la faute de cet homme. Si seulement, le brun lui avait dit son nom, le Lord se serait déjà fait une joie de le faire arrêter et inculper pour ses crimes. Lucius en voulait aussi terriblement à ceux qui étaient censés éduquer Harry, ils n'avaient rien vu, rien fait, ils s'étaient comportés comme les pires des êtres humains. Malheureusement, depuis cette nuit-là, Harry s'est enfermé dans un mutisme forcené. Le jeune homme avait d'abord fui avant même le réveil de Lucius et depuis lors, il ne lui avait presque plus parlé. Ils ne s'étaient plus retrouvés seuls ni dans la chambre du jeune homme, ni sur le balcon, ni dans le parc. Et à sa plus grande honte, l'aristocrate en était presque soulagé. Il détenait la clef qui faisait de lui la personne la plus proche de Harry, la personne en qui le brun avait mis toute sa confiance et il en était très inquiet. Jusqu'à aujourd'hui, jamais, Lucius n'aurait pu imaginer nouer une relation aussi complexe et forte avec ce jeune homme deux fois plus jeune que lui et en si peu de temps, jamais il n'avait eu un lien aussi fort qui puisse le lier ainsi à quelqu'un d'autre. Il y avait un autre problème qu'il n'arrivait pas à occulter, Harry avait eu l'air de dire que depuis son arrivée, les cauchemars avaient redoublé et les souvenirs s'étaient faits encore plus violents. Harry pourrait-il associer l'histoire avec Voldemort à leur propre aventure ? Existait-il des points communs entre lui et ce monstre ? Dans les mimiques ? Dans l'apparence physique ? Peut-être sont-ils du même âge ? Ou encore est-ce dû au fait que les deux soient des hommes adultes ? Alors que jusqu'à cette nuit-là, Lucius s'était senti parfaitement à l'aise, tout simplement bien auprès de Harry, il craignait à présent que ce ne soit pas réciproque et qu'il n'ait apporté qu'un peu plus de malheur à ce garçon déjà si marqué par la vie.

Lucius jouait avec son stylo depuis au moins cinq minutes, perdu dans les méandres de ses pensées douloureuses lorsque quelqu'un frappa à la porte. Il avait aussitôt deviné au son faible que ce devait être son assistant Dobby.

« Dobby, vous pouvez entrer.

- Monsieur, je suis désolé de vous déranger, je sais que vous ne voulez voir personne avant midi mais M. Snape m'a demandé expressément de le laisser entrer. »

Le Lord reposa son stylo et se frotta machinalement le front à la vue de son secrétaire qui se dandinait maladroitement d'un pied sur l'autre. Il ne savait pas s'il devait faire entrer son ami de toujours. Après tout, aujourd'hui c'était son anniversaire et il avait envie de tout sauf de se disputer une énième fois à propos de Harry. Mais il était aussi très curieux de connaître la raison de sa venue dans son bureau, il se contenta donc de répondre d'un ton sévère :

« Dobby, ne soyez pas aussi cérémonieux et faites-le entrer. Dois-je vous rappeler que c'est encore un membre de ma famille ?

- Je… Pardon. »

Et avant de rajouter quoi que ce soit d'autre, le pauvre Dobby avait disparu et laissé la place à Severus. Lucius se dit qu'à lui aussi, il n'avait quasiment pas parlé depuis près d'une semaine alors qu'il avait tant besoin de lui demander conseil. Il remonta ses lunettes sur son nez et lança un regard glacial à son beau-frère lors de son entrée :

« Que me vaut l'honneur de ta visite dans mon bureau ?

- Bonjour, Lucius.

- Oui… Bonjour, Severus, je n'ai pas eu le temps de déjeuner avec vous ce matin.

- Ce n'est pas le problème.

- Puis-je alors connaître la raison de ta venue ?

- Je suis ici pour te souhaiter bon anniversaire. »

Lucius leva un sourcil sarcastique et sourit malgré lui. Même en temps normal, ce genre d'attention ne ressemblait guère à Severus.

« Merci à toi mais tu aurais pu attendre comme tout le monde une heure de plus que je sois sorti de mon bureau et que le brunch ne commence. Je ne pense pas me tromper en te disant que ce n'est pas uniquement pour ça que tu es venu…

- Oui, effectivement, je dois aussi t'informer d'une chose importante.

- Laquelle ?

- Remus est déjà au courant. Bella vient d'arriver à Londres et je compte m'y rendre dès que le brunch sera terminé si tu n'y vois pas d'objection.

- J'en aurais un bon millier mais comme tu ne prêteras attention à aucune de mes remarques, je ne vois pas pourquoi je perdrai mon temps.

- Je t'en suis gré. Puis-je te demander quelque chose d'autre ?

- Oui ?

- Aurais-tu enfin tenu compte de mes objections concernant Harry Potter ? Vous me semblez bien distants ces derniers temps. »

Severus n'était pas dupe, il avait bien vu un changement d'attitude, depuis le jour suivant sa dispute avec Lucius et Harry Potter. Le Lord leva les yeux au ciel et reprit sur un ton peu amène avant de se radoucir légèrement :

« Ce n'est pas du tout ce que tu crois et si tu veux arrêter d'être bien pensant et moralisateur, j'aurai quelque chose à demander à mon meilleur ami. »

Severus se raidit, marquant un temps d'arrêt. Le visage de Lucius était creusé et paraissait particulièrement fatigué. Ce devait être très grave pour que le Lord vienne quérir son aide surtout après la semaine dernière. Une réplique bien cinglante sur les capacités au lit du jeune homme lui était venue aux lèvres mais il avait compris au regard de son ami que ce n'était pas le moment et que Lucius avait bien besoin de conseils avisés. Il préféra à la place s'asseoir sur le fauteuil face au bureau et reprit plus calmement :

« Je t'écoute.

- Non, ce n'est pas vrai, ce n'est pas à l'ami que je veux m'adresser mais au meilleur psychiatre de Londres avant qu'il ne décide de s'engager dans une association pour défendre et soigner les plus démunis.

- Assez de flatteries, Lucius, tu sais bien que cela ne prendra pas sur moi. Alors, viens-en aux faits, s'il te plaît.

- Je suis sérieux, Severus, tout ce que je vais te dire maintenant doit rester entre ces quatre murs et tu ne devras en parler à personne, ni Drago, ni Remus et encore moins Harry. Promets-le.

- Si tu t'adresses au médecin, inutile de prendre toutes ces précautions, je suis soumis au secret professionnel. Dois-je te le rappeler ?

- Bien, te souviens-tu la semaine dernière lorsque tu m'as proposé de me laisser seul pour faire la plus grosse connerie de ma vie ? »

Severus s'installa plus confortablement dans le fauteuil et ne put retenir un sourire sarcastique.

« Tu l'as fait et tu regrettes déjà ? Typique de l'homme en pleine crise de la quarantaine. Tu ne peux pas nier que je t'avais prévenu.

- Tu te trompes sur toute la ligne.

- Ah… Tu ne regrettes pas ?

- Nous n'avons rien fait… Enfin, nous n'avons pas été jusqu'au bout.

- Le gamin aurait-il eu des scrupules à écarter les jambes devant le père après l'avoir fait devant le fils ? Il remonte dans mon estime ! Pourtant, je me disais que c'est bien le genre de personne a écarté les cuisses si on est un minimum persuasif, il n'a pas l'air très farouche.

- Severus, arrête avec tes sarcasmes, je suis sérieux, écoute-moi. J'ai sans conteste passé l'une des meilleures journées de ma vie, il est doux, tendre, il est vraiment fantastique.

- Je ne vois pas pourquoi tu as besoin de conseil d'un psychiatre si tout est si idyllique et d'un psychiatre de surcroît…

- Justement, tout ne l'est pas, il m'a confié un terrible secret, je suis d'après ce que j'ai cru comprendre le seul à qui il l'ait dit et depuis je ne sais plus quoi faire. »

Lucius avait réussi à capter l'attention de son ami, ce dernier s'était redressé et écoutait sérieusement son vis-à-vis.

« Tu crois qu'il t'a menti, c'est ça ?

- Non, il en est bien incapable, pas sur ça. Qui pourrait inventer une histoire pareille ? Et puis, il y a les dessins, les cauchemars, sa crise dans la salle de bain, tout concorde trop bien malheureusement.

- Raconte-moi tout et dans l'ordre, je ne comprends rien et n'omets aucun détail. »

Lucius passa sa main dans ses cheveux et souffla profondément, il avait l'impression de trahir le jeune homme mais il savait surtout que toute cette histoire le dépassait complètement et que Severus était probablement la personne la plus apte à comprendre. Il avait pourtant traité Harry de façon odieuse quand il avait appris leur relation, mais le Lord avait une confiance aveugle en son professionnalisme. Lucius se leva alors et se dirigea vers la grande fenêtre, il n'y avait encore personne dans la cour, les invités ne tarderaient sans doute pas à faire leur apparition. Severus avait l'habitude de ce genre d'attitude. Lorsqu'un patient s'apprête à dire quelque chose de vraiment important, il a tendance à gagner du temps, à focaliser son esprit sur de menus détails sans importance. Severus laissa donc le temps nécessaire à son meilleur ami, il se rassit plus confortablement et attendit. Lucius finit au bout de quelques minutes par se lancer, regardant toujours obstinément le parc. Comme le lui avait demandé son ami, il expliqua tout, même les plus infimes détails. Il essaya d'être le plus clair et compréhensible possible. Il se remémora quand il avait trouvé pour la première fois ces étranges esquisses si froides, si effrayantes et l'attitude fuyante du garçon. Severus écouta sans broncher lorsque Lucius en vint au cauchemar et qu'il lui avoua avoir passé la nuit dans la chambre de l'adolescent. Au contraire, le brun était de plus en plus captivé par le récit, la fuite dans la salle de bain, la crise d'Harry, le miroir brisé, les aveux si horribles qu'il avait été pris de nausée et enfin l'absence du garçon à son réveil.

« Voilà, tu sais tout, je crois. »

Lucius ne se retourna qu'alors vers son meilleur ami, ses yeux clairs essayaient de déchiffrer le visage impassible de l'autre homme. Le Lord s'alluma une cigarette d'un geste impatient et attendit que Severus lui adresse la parole ce qu'il ne tarda pas à faire.

« Et depuis ?

- Rien. C'est à peine si nous nous sommes dit bonjour. Je ne suis pas retourné dans sa chambre.

- Je comprends mieux, à présent.

- Qu'est-ce que tu dis ?

- Son attitude… Il n'a jamais rien dit auparavant, c'est bien ça ?

- C'est ce qu'il m'a dit.

- Je suis convaincu que c'est la vérité, si tu veux tout savoir.

- Tu le crois ?

- Comment ai-je pu passer à côté ? Son comportement est si typique. »

Severus avait pris son menton dans sa main droite et semblait se morigéner. Lucius alla prendre place dans son fauteuil, il avait besoin d'écouter avec attention tous les conseils que pourrait prodiguer son meilleur ami.

« Severus, cela te paraît peut-être on ne peut plus clair mais ce n'est pas mon cas, alors explique-toi simplement.

- A partir de maintenant, je vais parler en tant que spécialiste. Les victimes de sévices sexuels, surtout les enfants, s'enferment dans un monde de secret et de non-dits et cette situation peut perdurer s'ils n'ont pas confiance en leurs proches et c'est ce qui s'est probablement passé dans le cas d'Harry.

- Je vois. Ai-je brisé sa confiance en te le rapportant ?

- Disons que tu as fait le meilleur choix même si je ne suis pas sûr qu'il le prenne de cette façon.

- Dois-je lui parler de notre conversation ?

- Harry ne cherche que du réconfort et la vérité, il me semble dans ce cadre que tu ferais mieux de le lui dire. Ce n'est bien évidemment pas à moi de prendre la décision et comme tu me l'as demandé tout à l'heure, moi-même, je ne lui dirai rien. De toute manière, vu comme je lui ai parlé, je doute qu'un jour, il puisse me croire ou me faire confiance et que nous puissions un jour en parler ouvertement tous les deux.

- Vraiment ?

- Oui, les victimes de viols ont du mal à donner leur confiance de façon générale et je pense que ce que je lui ai dit sur votre relation ne soit un obstacle durable entre nous. Je crains surtout d'avoir pris une réelle part à la recrudescence de ses cauchemars. D'après ce que tu m'as rapporté, je pense deviner sans trop me tromper que celui qu'il appelle Voldemort a dû lui répéter à de nombreuses reprises qu'Harry était responsable de la situation et que tout était à cause de lui. Et moi, je n'ai fait qu'accentuer ce sentiment en le traitant de putain.

- Tu penses avoir réveillé des souvenirs douloureux.

- C'est plus que probable.

- Tu as quelque chose d'autre à me dire…

- Je veux que tu comprennes que cela va prendre du temps, il a été victime de sévices ce jour-là mais cela a duré pendant des mois, peut-être même des années.

- Tu en es sûr ? Je… Enfin, il n'a parlé que de cette fois.

- Lucius, voyons, tu l'as bien compris toi aussi quand il t'a parlé de son passé. »

Lucius hocha simplement, évidemment, lui aussi savait, il n'y avait aucune raison de mettre un terme aux leçons de piano. Au contraire, le cousin d'Harry avait dû demander à s'absenter davantage, laissant les pleins pouvoirs à cette ordure sans nom.

« Jusqu'à aujourd'hui, il ne pouvait se résoudre à raconter ce qu'il avait subi, il lui était inconcevable que quelqu'un le croit. Grâce à toi, il a fait un énorme pas en avant. Tu te demandes sans doute pourquoi toi. »

Lucius baissa les yeux légèrement honteux que Severus puisse aussi bien lire en lui.

« Tu as pris sans doute une grande importance, plus que Drago ou ses autres amis à qui il n'a jamais pu se confier. Même si je ne croyais pas ça possible, il doit vraiment tenir à toi. »

Les implications de ce que venait de dire Severus fit frémir Lucius, c'était bien ce qu'il redoutait, Harry lui avait investi une lourde mission.

« Lucius, tu dois continuer dans cette voie. Le progrès d'Harry doit être encouragé, il doit continuer, il doit comprendre que Voldemort est le seul coupable et qu'au contraire, lui, n'a rien à se reprocher, il n'est que la victime. Surtout, il doit en prendre vraiment conscience rapidement, je crains qu'il ne devienne violent contre lui-même suite à sa crise dans la salle de bain.

- Je ne sais pas si je pourrais… »

Severus connaissait Lucius depuis toujours, il se demandait si ce n'était pas la première fois qu'il le voyait dans un état pareil, il semblait perdu.

« Bien que sûr que si, tu l'aideras, c'est ta mission. Je vais te laisser, je dois aller préparer mes affaires pour ma visite à Londres. »

Severus se leva alors et partit, laissant Lucius pantois. Il venait de retrouver son ami sincère et compréhensif qu'il avait toujours connu. Sa mission… Midi moins le quart sonnait, il allait bientôt retrouver Harry.

A suivre…