Coucou tout le monde. Bon j'ai pas atteint mon objectif de deux mois entre deux chapitres (trois mois et demi c'est mieux que sept tout de même) et puis ce chapitre fut difficile à écrire pour moi, près d'un mois, pfiouu. Cette confrontation fut très difficile à orchestrer et j'espère que vous ne serez pas totalement horrifié(e)s par cette lecture.

Autre chose : la fin s'approche à grand pas (qui a pensé : Enfin !). Dans mes estimations, il ne me reste plus que deux chapitres (trois tout au plus si je ne sais limiter ma plume) et donc dans l'hypothèse de deux, j'espère la finir pour cette fin d'été, et enfin laisser mes personnages en paix.

Fin du blablatage.

Rappel des faits : C'est l'ultime confrontation entre Drago et Harry. Le blond va-t-il enfin comprendre et accepter la relation entre Harry et Lucius ?

Merci, grand merci de continuer à me lire (et à m'envoyer des reviews).

Bonne lecture, Nadwen

Chapitre 22 : Dernière barrière

Drago était furieux, il bouillait littéralement et semblait sur le point d'exploser. Il avait longtemps tambouriné contre la porte de la bibliothèque, demandant ou plutôt criant à son père et à Remus de lui ouvrir la porte mais ce fut un échec retentissant. Aucun des deux hommes n'était revenu sur leur pas. Harry ne fit rien pour envenimer la situation, il resta sagement assis dans le fauteuil en cuir, si confortable. Au vu du tintamarre que faisait le blond, le jeune homme avait délaissé son livre qu'il aurait pourtant tant aimé lire. Le brun aurait bien été incapable de se concentrer, il détailla la silhouette du blond et il fut assez surpris. Drago semblait avoir légèrement maigri et ses cheveux si parfaitement coiffés et gominés étaient laissés au naturel et bougeaient au rythme de ses coups contre la porte. Harry n'avait aucune idée de ce à quoi pouvait bien aboutir toute cette histoire. Il ne put toutefois empêcher un léger sourire d'orner ses lèvres. Il trouvait l'idée de l'enfermer, lui et Drago, dans la bibliothèque assez amusante au final, même si aussi un peu effrayante. Les deux autres hommes étaient donc à ce point désemparés pour agir de la sorte. L'artiste attendit encore quelques minutes, que les cris d'énervement poussés par Drago ne s'espacent pour se racler la gorge et interpeller son ami. Le blond se retourna instantanément vers le garçon qui l'avait trahi. Son regard bleu, méprisant transperça le garçon qui se raidit dans son fauteuil et rougit piteusement.

« Drago… Drago… hésita le jeune peintre avant de poursuivre, il me semble que tu vas devoir te calmer si tu veux ne pas passer toute la nuit, ici avec moi.

- Cela m'étonnerait que Père réussisse à se passer de toi une nuit entière, il va forcément venir te chercher. »

Drago eut un rictus qui déforma son visage si lisse et parfait, lui faisant perdre sa beauté et son charme innés. Harry était de plus en plus mal à l'aise. Il doutait des chances de réussite du plan de Lucius et Remus. Drago lui paraissait tellement en colère, il avait du mal à cacher son dégoût.

« S'il te plaît, viens t'asseoir. »

Lorsqu'Harry prononça ses derniers mots, il se sentit comme le pire des imbéciles et ce sentiment ne fit que s'accentuer au regard écœuré que lui lança Drago. Le brun se demandait de plus en plus si cette tentative de réconciliation le jour même de son anniversaire était une bonne idée. Il ne voyait se profiler actuellement qu'un échec retentissant et il risquait juste de déprimer davantage. Et, à vrai dire, il ne savait pas comment s'y prendre. Drago lui en voulait car il lui avait caché sa relation avec Lucius. Certes, on pourrait considérer que Drago se comporte comme un gamin impulsif et capricieux mais sur le fond, il avait raison.

« J'aurais dû être honnête et te le dire plus tôt.

- Quoi ? Que tu couches avec mon père !

- Je… Non… »

Harry s'était interrompu et cherchait la réponse la plus adéquate. Drago ne serait probablement pas soulagé d'apprendre que pour le brun, ce n'était pas qu'une simple histoire de coucherie et qu'il éprouvait de réels sentiments pour Lucius. Drago n'apprécia pas d'attendre une réponse correcte et reprit énervé :

« Tu n'es pas capable de t'exprimer correctement. Tu veux que je t'aide, que je te résume la situation. Bon et bien, j'y vais. Depuis des semaines, mon père rôde autour de toi, las de sa vie de Lord inutile et sans but et toi, pauvre âme, tu n'as pas su résister même si tu savais que toute cette histoire ne pouvait finir que dans les cris et les larmes. »

Drago le somma du regard de le contredire. Harry mal à l'aise se crispa.

« Je ne suis pas aussi innocent et naïf que tu le laisses entendre. Au début, c'est moi qui lui ai proposé de se promener avec moi, pas l'inverse.

- Ah ! Ah ! Laisse-moi rire. Je vois très mal mon père dans le rôle de la pauvre victime harcelée, je pense que tu aurais pu trouver mieux comme excuse. Franchement, je te connais toi et tous tes sempiternels atermoiements et apitoiements. Si le plus grand des chemins n'avait pas été fait par mon père, je peux te garantir que je ne vous aurai pas trouvé tous les deux, dans la bibliothèque. »

Drago était toujours debout près de la porte. Contrairement à d'habitude, ses cheveux blonds n'avaient pas été assez gominés retombaient sur son large front. Il tapait du pied furieusement et Harry doutait de plus en plus qu'un jour prochain, il arrive à se calmer.

« Drago, viens t'asseoir, retenta un Harry assez démuni.

- Non, s'entêta l'autre garçon bien décidé à ne se laisser attendrir sous aucun prétexte.

- Je ne te demande pas de me pardonner…

- Et heureusement !

- Je sais que j'ai trahi ta confiance et que je t'ai menti assez longtemps.

- C'est bien de le reconnaître mais c'est beaucoup trop tard et cela ne va rien changer aux faits. Alors que je te racontais dans les moindres détails ce qui se passait avec Remus, tu filais le gui doux avec mon père et tu n'as pas jugé utile de me prévenir. »

Harry n'osait pas lui dire qu'il n'avait rien fait car pendant des jours et des jours, il n'avait pas cru que cela irait plus loin. Au tout début de leur histoire, le Lord l'avait repoussé assez durement puis, tout s'était précipité avec le départ de Narcissa Malefoy, l'anniversaire de Lucius. Ce n'était probablement qu'une excuse assez lamentable mais il n'avait pu se résoudre à l'avouer de peur que la magie ne s'évapore, que la bulle qui entourait Harry et Lucius ne s'annihile. Le brun reprit profondément sa respiration une, deux fois puis finit par se lancer.

« Tu as raison…

- J'ai toujours raison, tu devrais le savoir depuis le temps… »

Cette réplique si malfoyenne eut le mérite de faire sourire légèrement le brun et de détendre l'atmosphère quelques instants.

« Laisse-moi m'expliquer jusqu'au bout, c'est déjà assez difficile. J'aurais sans doute eu des multiples occasions de te dire que je m'entendais plus que de raison avec ton père mais j'ai fait comme si cela ne te regardait pas.

- Ce n'est que mon père après tout !

- S'il te plaît… Comprends que c'était déjà assez perturbant comme événement. Lucius faisait l'effort de m'accueillir pour te plaire, à toi, son fils.

- Aurais-tu pensé à moi, avant de passer à l'acte ? Tu m'impressionnes, siffla le blond. Et à ma mère ?

- Je… Lucius m'a assuré que je n'étais en rien responsable de son départ. Toi-même, tu m'as souvent répété que ce n'était qu'un mariage de façade depuis de nombreuses années.

- Cela t'a arrangé de le croire, sans te poser de questions.

- Ce n'est pas vrai, Drago. Je… J'avais du mal à gérer avec Severus et…

- Severus était au courant !

- Je croyais que…

- Quoi ? Que je l'avais appris ! Non mais quel crétin, je suis, je ne me suis rendu compte de rien, absolument de rien. Tout le monde savait et je n'ai rien vu, rien du tout.

- Non, Drago, ne te rabaisse pas. Je ne voulais pas… Je savais que ce que je faisais était mal, surtout pour toi mais je n'ai pas trouvé d'autres solutions ou alors je les ai évitées. Je me sens si coupable pour toute cette histoire. »

Harry sentit un sanglot serrer sa gorge mais il ne voulait pas montrer encore plus sa faiblesse et baissa simplement son visage vers le sol, il ne put retenir un léger reniflement. Drago avait beau être en colère, très en colère même, il n'avait jamais pu supporter de voir Harry malheureux. Il avait passé tellement de temps à écouter la nuit, à Poudlard, Harry sangloter et lutter contre un ennemi qu'il ne connaissait pas. Le blond souffla, un mélange de dépit et d'énervement mais après quelques minutes, il vint s'asseoir sur le second fauteuil.

« Harry… Cela ne servira à rien de se mettre dans un état pareil. »

Le brun leva ses grands yeux verts en direction de son ami. Il ne pleurait pas mais ses yeux brillaient de larmes contenues.

« Pourquoi tu ne me dis jamais rien ?

- Je te l'ai dit, je ne savais pas comment…

- Je ne te parle pas uniquement de mon père, là. Tu n'as jamais pu me dire ce qui se passait dans ta petite tête, malgré toutes mes tentatives. J'avais beau t'entendre pleurer et te demander sans relâche de te confier à moi, tu as toujours refusé. Tu n'avais probablement pas assez confiance en moi, pour te livrer tout simplement.

- Je… je suis désolé, s'excusa à nouveau Harry. »

Drago grogna de rage.

« Arrête ça, s'il te plaît, je ne veux plus entendre tes excuses. Pour le fait de ne m'avoir rien dit pour ton père, ne me fais pas croire que c'était pour me protéger, tu as seulement agi comme tu le fais toujours, ni plus, ni moins, incapable d'avouer tes envies et tes besoins. Qu'espères-tu à la fin ? De la compréhension, de la sympathie… Dans ce cas, le minimum requis serait que tu sois honnête, enfin, je pense… »

Drago croisa ses longues jambes fines et joliment sculptées et s'assit plus confortablement, dans le fauteuil de cuir. Il regardait froidement Harry et il ne s'attendait à rien de plus. Depuis de longs mois déjà, il avait essayé de faire parler Harry au sujet de ses troubles et cauchemars et toutes ses tentatives avaient été vouées à l'échec. Le jeune peintre dévisageait son ami. Il avait la douloureuse impression que la conversation l'échappait. Au début, tout lui laissait présager que Drago ne serait que bruit et fureur mais il s'était bien vite calmé et avait lancé la balle dans le camp d'Harry. Il n'était apparemment pas en colère outre mesure qu'Harry puisse sortir avec son père ou être l'un des catalyseurs de la séparation des parents. Il était tout simplement déçu d'avoir été mis de côté, comme s'il n'avait aucune importance aux yeux de l'autre garçon. Harry secoua la tête laconiquement. Il avait toujours cru que Drago ne faisait que jouer avec lui, qu'il ne voyait en lui qu'un moyen d'avoir toujours quelqu'un dans son lit mais il s'était lamentablement fourvoyé. Actuellement, Harry ne mettrait pas un terme exact sur leur relation amicale ou fraternelle mais s'il ne voulait pas la perdre, il serait peut-être temps qu'il fasse un geste envers le blond. Harry se racla la gorge pour s'éclaircir la voix et joignit ses mains devant son visage. Il prenait son temps et voulait choisir ses mots avec précision.

« Je ne voulais pas t'en parler car cela ne te regarde pas…

- Rien de ce qui se passe ou s'est passé dans ta vie ne m'a jamais concerné de toute manière ! Tu me l'as déjà fait comprendre depuis bien longtemps. »

Au regard peu amène que lui lança Drago, Harry se reprit mal à l'aise. Il avait fait un pas important grâce à la patience et à la présence de Lucius et il se devait de continuer.

« Excuse-moi, Drago, je n'ai jamais cru que cela te touchait autant.

- Tu me prends pour quoi ? Je sais que j'agis comme un enfant gâté mais je peux penser aux autres, tu sais…

- Non, non, je ne voulais pas dire ça. C'est moi, le problème… Ce n'est pas facile à raconter… »

Les yeux vert émeraude brillaient encore plus, Harry, perturbé, n'arrêtait pas de frotter ses joues avec ses mains blanches. Drago commençait à s'en vouloir, se demandant s'il pourrait assumer toutes les révélations qu'Harry allait lui faire, le brun semblait si triste, si malade.

« Je ne veux pas t'obliger Harry, si cela t'est trop pénible. Je ne suis pas aussi rustre !

- Non, non… Je te le dois. Contrairement à ce que tu t'imagines, tu comptes beaucoup dans ma vie, tu es l'un des tout premiers à m'avoir permis de m'ouvrir aux autres et à me faire sortir de mon monde personnel.

- Moins que mon père, visiblement.

- Ton père m'a permis de continuer le chemin que j'avais commencé avec toi, j'ai pu, pour la première fois, parler à quelqu'un de ce qui s'était passé et de mes sentiments… Je… Je… C'est si difficile. »

Drago se précipita vers le garçon pour le prendre dans ses bras, il semblait avoir totalement oublié qu'il ne parlait plus à son camarade de Poudlard et que son ami l'avait trahi, lui avait menti en lui cachant sa relation avec son père. Drago prit dans ses mains celles de l'autre jeune homme, pour le calmer.

« Harry, chut, je n'aurais pas dû t'en parler. Je te promets que je ne reviendrais plus dessus, plus jamais. »

Le brun réussit à libérer sa main droite et il se frotta du revers ses yeux embués.

« Non, ça va aller… Je vais te le dire. En fait, je rêve de mes souvenirs d'enfance. Alors… alors que j'étais âgé de huit ans, j'… j'ai été victime d'abus.

- Tu as été vio… »

Harry ne laissa pas Drago finir sa phrase. Il hocha tout simplement la tête avant de baisser ses yeux vers le sol en parquet.

« Ton oncle ? ne put s'empêcher d'interroger le blond. Ce pourri…

- NON ! s'écria assez fortement le garçon. Il… Il ne m'a jamais touché, enfin pas ainsi.

- Qui ? Qui alors est ce fils de pute ?

- Personne d'important.

- Personne d'important ? Comment peux-tu dire une chose pareille après ce qu'il t'a fait subir ?

- Il ne vaut juste pas la peine que nous nous attardions sur lui.

- Ce n'est pas vrai. Au contraire, il faut parler de lui et de ce qu'il a fait. Tu as bien dit avoir tout avoué pour la première fois à mon père. »

Harry hocha la tête de façon affirmative.

« Tu es en train de me dire que ce pourri n'a jamais été inquiété. Tu n'en as jamais parlé à ton oncle et à ta tante.

- Je… je ne pouvais pas. Soit ils m'auraient tenu pour responsable, soit, le plus probable, ils m'auraient traité de sale menteur.

- Mais, non, personne ne peut être aussi dur et cruel. »

Harry avait la tête baissée et regardait ses chaussures. Il essayait de ne pas trop penser. Des flashs et des scènes qu'il aurait tant aimé oublier remontaient à la surface. IL ne le quitterait jamais, sa voix, son corps, son odeur. Drago était totalement perdu. Il se sentait en-dessous de tout. Comment avait-il pu ne rien voir, ne rien comprendre ? Il savait depuis le premier jour où il avait parlé à Harry que le garçon était différent, éloigné du monde des autres. Mais il n'avait rien vu. Au fond de lui, il se demandait s'il n'avait pas inconsciemment fait en sorte de ne rien comprendre, comme s'il n'avait jamais réellement entendu toutes les larmes versées en silence. Il aurait dû être toujours, autant en colère, rien n'avait changé, Harry l'avait trahi, lui avait menti mais il devait être honnête et reconnaître que ce n'était plus le cas. L'aventure qu'Harry entretenait avec son père lui apparaissait comme tellement plus futile.

« Tu aurais dû me le dire plus tôt ! »

Le ton paraissait sans doute plus énervé que ce que le blond aurait souhaité. Drago se mordit les lèvres et regretta instantanément ses paroles. Harry paraissait déjà au bord d'un précipice sans fond et Drago se doutait qu'il suffirait de peu pour faire basculer l'autre garçon définitivement.

« Comprends-moi, je ne te le reproche pas mais cela n'aurait jamais dû être. Quand je pense à toutes ces années durant lesquelles tu as porté ce lourd fardeau sans jamais le partager ? »

Drago s'était levé d'un air décidé, il semblait prêt à partir au combat :

« Donne-moi le nom du pourri responsable, je suis sûr que si nous le disons à la police, Père pourrait payer des privés ou mieux, il connaît certaines huiles à Scotland Yard. Il pourrait faire en sorte que les meilleurs agents enquêtent. Ils pourraient retrouver sa trace et il paiera pour son crime, même s'il ne paiera jamais assez. »

Harry tourna ses grands yeux verts vers son ami, il faisait mine de réfléchir intensément aux paroles du blond puis il finit par secouer la tête négativement. Il ne voulait pas de cela, il en était juste hors de question. Toute sa vie n'a constitué qu'à oublier tous ces douloureux souvenirs, il savait qu'il pourrait faire une croix sur cet objectif si par malheur, il devait le revoir, partagé le même air que lui, le voir vieilli mais toujours aussi sûr de lui et puis dans un tel cas, son oncle et sa tante seraient eux aussi mis au courant, ils se rangeraient forcément du côté de l'ancien professeur particulier de Dudley, prétextant une invention de la part d'Harry pour se rendre intéressant.

« Co… comment tu refuses ? demanda outré le jeune Malefoy.

- Comprends-moi, Drago. Je ne doute pas de tes bonnes intentions mais je refuse de dire ce qu'il m'a fait subir à des inconnus et plus jamais je ne veux croiser sa route, le voir ou même entendre le son de sa voix.

- Mais… mais il doit être condamné et enfermé pour qu'il ne puisse plus nuire et qu'il recommence et fasse autant souffrir un autre garçon que toi. »

Harry était persuadé que son bourreau n'avait pas continué avec un autre garçon, après son départ pour Poudlard. Il en avait l'intime conviction. Cette hypothèse paraîtrait imbécile et totalement irréaliste pour Drago et pour n'importe quelle autre personne mais c'était simplement une évidence pour lui. L'homme avait largement profité de la situation d'Harry comme enfant délaissé et maltraité par ses tuteurs pour le détruire gratuitement et sans le moindre remords.

Drago était sans doute encore plus dérouté que lorsqu'il avait compris le piège tendu par Remus et son propre père, quelques minutes auparavant. Il ne savait comment continuer la conversation avec l'autre garçon qui commençait déjà à se crisper et à se renfermer sur lui-même. Harry regardait obstinément le sol, ses pieds tapant un obstacle imaginaire. Toute autre discussion à propos de l'ordure sans nom ou pour convaincre le brun de le dénoncer semblait s'éloigner, devenant de plus en plus hors de propos. Drago avait bien trop peur de la réaction d'Harry, qu'il ne fasse marche arrière et ne revienne au point de départ, après toutes ces avancées. Le blond n'était décidément plus dans le même état d'esprit, sa rage et son envie furieuse de frapper les autres avait disparu.

Drago hésita un instant puis il s'assit de nouveau sur le second fauteuil en cuir. Il s'installa le plus confortablement et croisa ses longues jambes. Il voulait paraître le plus calme possible pour ne pas accabler encore plus Harry. Drago resta longtemps ainsi, il n'avait plus aucune envie de brusquer son ami et puis il ne savait comment continuer. Certes, il comprenait mieux à présent certaines attitudes d'Harry, son mal-être, son refus de parler de son passé mais il se rendait compte en même temps qu'il n'avait aucune idée des conséquences de ces révélations. Le fait de connaître le passé d'Harry devait-il pour autant être une excuse pour lui pardonner tout ce qui s'était passé ce dernier mois. Plus il réfléchissait à tout ceci, plus Drago se sentait mal à l'aise, d'autant plus qu'Harry était incroyablement mutique, comme s'il n'était pas vraiment dans cette pièce. Drago se sentait de plus en plus tiraillé entre le fait d'essayer de reprendre la conversation avec Harry ou au contraire de se taire à nouveau. Il avait agi de la sorte. Le jour de l'anniversaire de Lucius, par peur de briser son amitié avec le brun, il s'était tu, préférant tout oublier dans les bras de Remus. Si Drago n'avait pas agi comme un tel lâche auparavant, il ne se serait sans doute pas énervé le jour où il avait tout découvert. Le blond bredouilla alors quelques syllabes inintelligibles.

« Qu'est-ce que tu dis ? demanda Harry qui semblait sortir sa rêverie.

- Rien, je réfléchissais à haute voix, me demandant comment on avait pu en arriver là. »

D'un geste de la main, il désigna cette porte toujours fermée. Drago paraissait quelque peu résigné et cela n'échappa pas à Harry. Le peintre tapota des doigts contre le cuir du fauteuil, sa gêne était de plus en plus visible et il mourrait d'envie d'allumer une cigarette pour évacuer un peu de son stress à chacune de ses bouffées.

« Je n'aurai jamais dû venir ici, pour les vacances, j'aurais pu rester à Privet Drive, sans personne d'autre, se lamenta Harry.

- Non, non, je ne te laisserai pas faire et je ne te laisserai pas t'accabler. Tu sais très bien que tu ne pouvais faire autrement. C'est arrivé, voilà tout. »

Le fatalisme actuel de Drago tranchait avec sa personnalité d'habitude si dynamique et volontaire et avec tout ce début de matinée. Harry regardait son ami, à la fois si distant et si compréhensif dans son regard. Le brun regrettait de plus en plus son aveu irréfléchi. Actuellement, Drago ne voyait ainsi que l'enfant maltraité et abusé mais lorsque cet état de fait sera défintivement admis par le blond, que se passera-t-il alors ? Il le trouverait sans doute encore plus vil et plus calculateur… Pourtant, il avait juste voulu prouver à Drago qu'il lui était très important, sans doute la plus importante après Lucius mais n'était-ce pas voué à l'échec et à la déception ?

« Harry, ne sais-tu pas depuis tout ce temps que je déteste te voir ainsi ? Je te l'ai déjà dit, je peux lire tous tes sentiments sur ton visage comme dans un livre ouvert et sans peine, j'y devine de la peur.

- Qu'allons-nous devenir ? »

Drago lui fit un léger sourire crispé.

« Je n'en ai absolument aucune idée. Tout est si différent. Dire qu'il y a encore deux mois, nous courions dans les couloirs de Poudlard, main dans la main, fuyant Mac Gonnagal. »

Au rappel de ce souvenir joyeux, les deux garçons sourirent plus fermement.

« Pour l'instant, je ne sais pas si je peux accepter l'idée de te voir avec mon père mais je peux reconnaître une chose.

- Quoi ? demanda Harry sans réel espoir.

- C'est que mon père t'a apporté quelque chose que je n'ai jamais pu t'apporter. J'ignore ce que c'est et je ne le saurai sans doute jamais mais je le vois bien. Il t'a fait parler alors que j'ai eu beau m'échiner des mois et des mois, tu n'as jamais voulu. Et, à présent, tu trouves même la force de me parler. »

Harry pouvait lire du regret sur le beau visage de son ami, regret de n'être que le second. Le peintre n'avait jamais réalisé avant ce désastre l'importance qu'il avait prise dans la vie de Drago et il se gifla mentalement. Il se devait d'agir.

« Veux-tu que j'arrête de voir ton père ?

- C'est trop tard, il me semble. Et puis Père a déjà dû faire face au départ de Narcissa, cette période est difficile pour lui. Et je ne veux pas être une nouvelle source de tristesse dans ce manoir, il n'y en a bien assez comme ça.

- Alors ? demanda Harry qui ne savait plus trop où voulait en venir l'autre garçon.

- Va le retrouver, je ne dis pas que cette idée me plaise mais elle est préférable. Je ne veux pas être un frein. C'est à vous de voir ce que vous voulez. »

Et sans laisser la moindre chance à Harry de répliquer, Drago cria beaucoup plus fort :

« Remus, tu peux ouvrir, nous sommes d'accord. »

Les deux adolescents entendirent la clé tourner dans la serrure et ce bruit marquait leur libération. Le médecin entra avec précaution. La porte grinçait sur ses gonds, il craignait sans doute de voir une furie bondir vers lui mais le spectacle était tout autre. Harry et Drago n'avaient encore pas bougé et étaient encore obstinément assis sur les fauteuils moelleux.

« Il est parti, constata simplement le futur Lord.

- Il n'a pas supporté d'attendre et de voir l'échec de son plan.

- Son plan ? Ce n'était pas le tien, j'aurais cru, il était tellement tordu.

- Je plaide coupable, s'amusa l'homme aux tempes argentées. »

Remus s'était doucement rapproché du fauteuil sur lequel était assis Drago. Il prit place sur l'accoudoir mais la grimace qu'il afficha ne laissait aucun doute sur l'inconfort.

« Vous ne vous êtes pas écharpés alors. Ravi de voir ça.

- Je suis sans doute un idiot de première mais je ne lui aurais jamais fait de mal.

- Et c'est pour cette raison, que nous avons pu vous enfermer ensemble. Mais bon en même temps, ça fait toujours plaisir de voir que l'on ne s'est pas trompés et puis si par malheur, tout ceci avait mal tourné, je n'ose imaginer ce que m'aurait fait subir Lucius. »

Remus avait l'art de soulager l'atmosphère par ses blagues idiotes et d'apporter un peu de bonne humeur.

« Je crois que je vais vous laisser, annonça Harry. »

Il n'avait aucune envie d'être une gêne pour les deux hommes. A ses quelques mots, il vit bien le regard inquiet que lança Remus en direction de Drago, le blond aussi d'ailleurs, qui pour rassurer son petit ami hocha simplement la tête. Ceci parut suffisant pour Remus qui dit alors :

« Il m'a dit qu'il t'attendrait dans son bureau.

- A tout à l'heure, Harry.

- Merci, répondit simplement l'adolescent. »

Le brun, sans plus de cérémonie, quitta la pièce, il entendit à peine Remus féliciter Drago pour sa toute nouvelle maturité. Il était déjà ailleurs, il voulait rejoindre Lucius au plus vite. Il avait envie d'être pour la première fois, entièrement avec lui.

A suivre…

Alors comment imaginez-vous les retrouvailles Harry/Lucius ?