Auteur: Kuro-Hagi – 28/04/2023
Genre: Romance – Yaoi – Hurt/Comfort - Friendship
Disclaimer: Tout ce monde et ces personnages appartiennent à Tadatoshi Fujimaki.
Notes/Remerciements : Happy Birthday Maloriel :) Oui j'espérais finir celle de l'année dernière avant mais… les choses ne se sont pas faites comme ça ! Bref, cette petite fic qui prend déjà plus d'ampleur que prévu parce que… Daiki voulait tellement en rencontrer un ;)
(Petite fic qui devrait être terminée si je n'avais pas été KO ces derniers jours…)
Far From Home
La pluie encore. La route est à peine visible dans les phares de son pick-up. Les essuies-glaces vont et viennent frénétiquement sur le pare-brise peinant à lui donner la visibilité nécessaire. Les grosses gouttes de pluies s'impriment en traînées blanches dans les phares, barrant la route par intermittence. Taiga connaît cette portion de route par cœur, mais roule avec prudence, sachant aussi à quel point cette zone est dangereuse. La route est mal entretenue, glissante et sinueuse, alors qu'elle grimpe dans la montagne, traversant une forêt dense et inquiétante. Par beau temps, cette route est magnifique, offrant l'envie de s'enfoncer dans la forêt et d'y faire une balade à la fraîcheur des arbres. Mais par ce temps de pluie, à la faveur de la nuit, elle est inquiétante et angoissante. Des images de certains films d'horreur qu'il a aimé regardé dans sa jeunesse, lui reviennent et lui donnent des frissons. Il ralentit encore le pas, ce ne serait vraiment pas le moment de percuter un pauvre homme perdu dans le coin.
Son cœur s'arrête soudain quand il aperçoit une forme sombre, imposante et gisant au sol, dans ses phares. Il freine, maîtrisant parfaitement son véhicule, il n'appuie pas trop brusquement sur le frein pour ne pas déraper mais voit l'obstacle se rapprocher un peu trop vite, il le contourne tout juste et s'arrête quelques mètres plus loin. Il reste quelques instants pétrifiés au volant, le cœur frappant ses côtes bruyamment, dans sa cage thoracique qui lui semble soudain trop étroite. Fuck… C'est pas passé loin. Un peu tremblant, l'adrénaline secouant encore son corps, il s'active, plongeant dans sa peau de secouriste, il enclenche ses warnings. Puis, il sort de son véhicule, remontant la capuche de son manteau sur sa tête, il court jusqu'à la victime étendue au sol. Arrivant à quelques pas de la forme sombre éclairée par la lueur rougeâtre des feux arrière de sa voiture, il s'arrête, son cœur se remettant à battre un peu plus vite. Il gémit doucement, alors que la pluie s'abat sur lui avec fracas.
« Vraiment ? Fuck… j'suis pas équipé pour ça moi… »
Il se passe une main sur le visage, puis essaie de réfléchir rapidement à ce qu'il pourrait trouver dans son véhicule pour l'aider à gérer un animal blessé. Il n'a pas de tranquillisant ou quoique ce soit pour gérer une bête sauvage. Et celle-ci est plutôt imposante, même si elle semble très amochée. Il a appris quelques notions de base pour traiter avec des animaux errants pendant sa formation de pompier, mais ce n'est généralement pas de leur ressort. Il fait demi-tour et récupère ses gants dans son véhicule, il remonte sa veste devant son visage et se couvre la tête de sa capuche. Puis, il revient s'approchant doucement de l'animal avec une lampe torche. Il devine sur son pelage brun clair des marques de sang, une traînée d'hémoglobine mène dans la forêt. L'animal déjà blessé a dû se faire renverser par un véhicule en essayant de fuir. Il n'est même pas sûr que la bête soit encore vivante. Il s'approche prudemment vu le positionnement de son corps, il est à peu près certain que l'animal ne pourra pas lui sauter dessus s'il est encore vivant. Il balaie sa gueule de son faisceau lumineux et reconnaît un puma. Il observe son poitrail et constate que l'animal respire encore très faiblement, son pelage est détrempé. Il ne peut pas laisser la bête comme ça, ce n'est juste pas envisageable. Il trouve un morceau de bois et tente de faire un peu de bruit en restant à distance, mais le puma ne réagit pas. Il s'approche un peu plus et tente de le toucher avec l'objet et n'obtient encore une fois aucune réaction. Il sort son téléphone espérant appeler les gardes forestiers, mais ici il n'a aucun réseau et il ne peut pas se décider à appeler le numéro d'urgence pour un animal blessé.
Il reste un long moment à observer et tenter de faire réagir l'animal, mais il semble complètement KO, alors il se décide à s'approcher un peu plus. Alors qu'il fait glisser sa main sur le pelage de l'animal, même à travers ses gants il devrait sentir la chaleur de son corps, mais il ne sent absolument rien.
« T'es vraiment dans un sale état… Si tu promets de pas te réveiller au mauvais moment et de me bouffer… Je peux t'emmener chez quelqu'un qui pourra te soigner… Je vais prendre ton absence de réaction pour un oui. »
Il soupire. Il sait que c'est une erreur, qu'il prend un risque énorme, mais appelons ça son instinct de pompier il n'est juste pas possible qu'il laisse un être vivant crever comme ça sur le bord d'une route. Le temps qu'il arrive à une zone avec du réseau, il sera trop tard. Il se décide alors à rassembler son courage et confectionne une civière avec les moyens du bord, quelques autres morceaux de bois, et une bâche récupérée dans le lit de son véhicule. Faute de savoir vraiment comment traiter l'animal, il applique les mêmes consignes que s'il devait venir en aide à un homme et le manipule le moins possible pour éviter d'aggraver toute lésion qui pourrait impacter sa colonne vertébrale. Quand il soulève l'animal, l'odeur de sang le prend à la gorge malgré la pluie qui lave et écrase tout. Il espère qu'il n'est pas déjà trop tard, qu'il n'a pas trop attendu à se poser dix milles questions.
« Tiens le coup… Je vais te trouver de l'aide… »
Il dépose l'animal dans son pick-up et le couvre comme il peut d'une couverture de survie pour le réchauffer et le protéger autant que possible de la pluie. Il remonte dans son véhicule enfin et redémarre, roulant toujours avec prudence, mais un peu plus fébrilement aussi. Maintenant qu'il a la bête dans son camion, il en fait quoi ?
Il passe en revue les différentes possibilités. Même s'il arrive à joindre les gardes forestiers, l'urgence lui semble de trouver quelqu'un capable de le soigner, les gardes ensuite. Il passe le chemin menant à son domicile et continue la route une quinzaine de minutes pour rejoindre la petite ville de quelques milliers d'habitants dans laquelle il vit. Du moins, il a son adresse ici, mais travaillant à Missoula et vivant dans les Montagnes avant la petite ville, il n'y met que rarement les pieds. Depuis trois ans qu'il s'est installé, il s'était dit qu'il ferait un effort cette fois, sortir de sa vie solitaire, mais il a préféré explorer la montagne plutôt que la petite cité. Enfin, il est à peu près sûr de pouvoir y trouver un vétérinaire, espérant qu'il soit encore ouvert en ce début de soirée. La pluie tombe encore férocement, et il commence à être vraiment lassé de cette journée. Dès qu'il trouve du réseau, il fait une halte pour chercher sur son téléphone l'adresse du vétérinaire. Il suit les indications de son GPS, traversant une petite ville calme, la plupart des échoppes sont fermées à cette heure, mais quelques bars, restaurants et autres diners sont encore actifs. Il est plus de dix-neuf heures et il a peu d'espoir de voir le vétérinaire encore ouvert. Il trouve facilement une place pour se garer devant la petite clinique, mais peste en voyant la vitrine éteinte. Il reste un moment perdu ne sachant plus exactement quoi faire jusqu'à se décider à au moins descendre pour voir s'il y aurait un numéro d'urgence. S'il pouvait éviter de retourner jusqu'à Missoula avec cette bête dans son pickup. Il jette un œil dans le lit de son camion, mais l'animal n'a pas bougé. Il descend de la cabine et remonte sa capuche pour inspecter la devanture. En regardant de plus près, il lui semble voir une lueur dans le fond de la boutique.
Il retrouve un peu d'espoir et frappe un peu plus fort contre la vitrine.
« Hey ?! Y'a quelqu'un ? J'ai besoin d'aide ! »
Il cherche sur la vitrine un numéro de téléphone, quelque chose quand une lumière se rallume et qu'une silhouette se rapproche. Il sourit, soulagé de voir quelqu'un. Dans la pénombre, il ne peut que deviner le visage de l'homme derrière la porte, mais il est au moins aussi grand que lui et bien bâti. Et il ne peut empêcher un léger rire nerveux de lui échapper, parfait, ils ne devraient pas avoir trop de difficultés à sortir la bête du camion à eux deux. L'homme déverrouille la porte et sans être totalement fermé, son ton est peu accueillant et clairement méfiant, et la façon qu'il a de le regarder lui rappelle qu'il est détrempé et qu'il ne doit pas avoir un look très rassurant.
« La clinique est fermée… Si vous avez une urgence faut aller à Missoula…
— Je suis désolé. Je pense pas que ça puisse attendre que j'aille jusque là-bas… J'ai un puma gravement blessé dans mon pick up, une balle je pense et probablement percuté par un véhicule en essayant de s'enfuir.
— Un puma ?! Mais vous êtes taré ! »
Taré, mais lui aussi apparemment, puisque bras nus, le vétérinaire le bouscule, sans se préoccuper de la pluie pour aller voir dans le pick-up. Il le suit, un peu gêné, devant la colère du gars. Il savait que ce n'était pas prudent, mais c'était impensable de laisser le pauvre animal comme ça. Il bougonne en réponse, un peu vexé de s'être fait réprimandé.
« P'tet bien que je suis taré… Mais je pouvais pas le laisser comme ça, à crever sur le bord de la route sans rien faire… »
Le gars ne dit rien, et retourne dans sa clinique, ne sachant trop quoi faire, il le suit sur le pas de la porte et l'homme disparaît, avant de revenir presque tout de suite avec une veste de pluie, des gants et une seringue.
« Ok… J'espère que vous avez le cœur bien accroché, mon assistante est rentrée et si je dois vraiment opérer en urgence j'vais avoir besoin d'aide… »
C'est seulement à ce moment qu'il entend l'accent surprenant et pourtant très familier du docteur. Il l'observe mais toujours sans lumière il ne peut pas discerner ses traits et se contente de le suivre et de répondre.
« Yeah pas de soucis… C'est un peu mon quotidien. »
Le docteur ne semble pas vraiment s'attarder à écouter la réponse alors qu'il ressort déjà sous la pluie et rejoint le camion, Taiga le suit
« Cette pluie ne veut vraiment pas se calmer… »
Taiga ouvre rapidement le haillon de son pick-up, d'un geste rapide et assuré le vétérinaire fait une injection à l'animal, nerveusement il semble se sentir obligé de se justifier et marmonne le visage couvert par sa capuche.
« Une mini-dose s'il a perdu beaucoup de sang je voudrai pas que ça le tue… Mais je peux pas prendre de risque. »
Il monte avec souplesse et sans un bruit dans la benne du véhicule à côté de l'animal. Il soulève la couverture avec précaution.
« Hey tu peux tenir la couverture ? »
Taiga monte à son tour et s'exécute, soulagé de ne plus avoir à gérer, d'être avec quelqu'un de compétent enfin. Il laisse la tension redescendre un peu et observe l'animal avec moins d'appréhension. Sa poitrine se soulève toujours, prouvant qu'il vit encore. Il fait une prière muette au bel animal, le suppliant de s'accrocher. Il observe les mains longue et fine du vétérinaire qui s'active sur le corps ensanglanté.
« Il est salement amoché… Je ne peux pas dire comme ça si la colonne est atteinte. Il va falloir le déplacer avec précaution. Je vais chercher une civière. »
Sans attendre de réponse, il saute du véhicule et retourne dans la clinique. Il se retrouve de nouveau seul, sous la pluie, paumé avec le pauvre animal qui lutte pour survivre. Malgré tout un peu rassuré, il vient doucement caresser l'animal. Il laisse ses doigts glisser sur ses flancs, et puis il ose venir glisser sa main sur le pelage plus doux et plus épais dans son cou et entre ses oreilles.
« Tiens le coup ok… Il a l'air de savoir ce qu'il fait… Il va te sauver, j'en suis presque sûr… »
Il frissonne et réalise seulement maintenant, quand l'adrénaline retombe, que son jean est détrempé , que l'eau a fini par s'infiltrer sous son manteau et qu'il est frigorifié. Il se sent épuisé, il sort d'une garde de 48h et il espérait déjà couché à cette heure, mais le voilà probablement réquisitionné pour jouer les infirmiers de fortune.
« Hey… C'est quoi ton nom ? »
Il sursaute, avec la pluie et un peu perdu dans ses pensées, Taiga n'a pas entendu l'autre homme revenir.
« Kagami Taiga.
— Oh… Hm… Enchanté. Aomine Daiki.
— Ah… Je me disais bien que l'accent m'était familier.
— Ouais… Toi t'en as pas. »
Taiga rit légèrement, en entendant la voix un peu bougonne de l'autre homme, faire ce constat. Il détecte peut-être une pointe de jalousie et de vexation de ne pas avoir détecté qu'ils étaient compatriotes. Et cet échange redonne un peu de légèreté dans cette journée qui se termine en un véritable cauchemar.
« Nan… J'ai vécu toute mon enfance ici.
— Tiens… Prends la bâche par ici… Oh… Pas mal la civière de fortune bonne idée. On va le faire glisser là… »
Il ne commente pas et se contente d'exécuter les actions que Daiki lui demande. L'autre homme est concentré, pourtant entre les instructions qu'il lui donne, il continue à discuter comme s'ils étaient en train de discuter autour d'un thé.
« Ici ? à Missoula ? Ou ici aux Etats-Unis ?
— Aux States. Je vivais à Los Angeles.
— Parfait. Tu peux tenir la porte et verrouille derrière toi… Je l'emmène directement au bloc… ça doit bien te changer de la Californie ce temps.
— On peut dire ça ouais. »
Ils entrent dans la clinique. Il ferme derrière lui et suit Daiki au bloc opératoire. Dans la clinique, l'odeur des animaux est très présente et un peu dérangeante au départ, mêlée à celle de l'antiseptique. Le vétérinaire l'entraîne dans une seconde pièce où il se débarrasse de son manteau et l'invite à en faire de même. Pour la première fois, il voit enfin réellement son visage et sa gorge s'assèche légèrement, le vétérinaire est canon, bien bâti et grand, il a peut-être même quelques centimètres de plus que lui, alors qu'il a déjà une taille impressionnante pour un japonais. Et lui, il ne doit ressembler à rien dans sa tenue et ses cheveux détrempés. Le regard bleu tempête du brun, se pose sur lui un peu critique, et il marmonne.
« La bonne nouvelle, c'est qu'une de mes blouses devrait te convenir… La mauvaise, c'est que si tu restes dans ses fringues tu vas tomber malade. Attends… Je vais te filer des fringues sèches. »
Des fringues sèches, une serviette et même un café pour le réchauffer, c'est plus qu'espérer, son hôte se montre plutôt accueillant malgré ses airs un peu revêches. Pendant presque deux heures, il fait ce qu'il peut pour assister le médecin qui opère l'animal, réparant un organe interne qui a éclaté, lors de la collision avec un véhicule, et extrayant la balle qui s'est logée dans son flanc. Daiki lui explique ce qu'il fait, mais il ne suit pas tout c'est un peu trop technique pour lui et lorsqu'il recouds l'animal finalement, la tension diminue un peu dans la pièce. Et Taiga ose, poser quelques questions à son hôte.
« Et toi… Tu es aux Etats-Unis depuis quand ?
— Cinq ans… Je suis venu après mes études.
— Directement ici ?
— Non. J'ai fait Washington… J'ai tenté la Louisiane. Ça fait trois ans que j'ai repris la clinique ici. C'était juste une bonne opportunité, dans un endroit qui me convient. La montagne, le calme… La solitude.
— Ouais… Je comprends ça. Et pourquoi t'as quitté le Japon ? »
Daiki se tend visiblement, et s'arrête quelques instants dans ses mouvements avant de le scruter du regard durement, comme pour le mettre au défi, mais au défi de quoi ? Il ne comprend que quand il se décide à parler, comme s'il avait pris une décision soudainement.
« Parce que ma famille m'a renié quand elle a découvert que j'étais gay et… J'avais plus envie de rester là-bas, de devoir toujours prétendre, de me cacher… Ici c'est pas la panacée mais c'est plus acceptable et j'ai toujours eu envie de visiter les Etats-Unis. »
Un petit frisson d'excitation le parcourt à cette découverte. Il sourit, puisque Daiki joue carte sur table, il ne va pas se priver.
« Oh ouais… Je vois bien. J'ai vécu aux Japons pendant le lycée… A peu près, au moment où j'ai découvert que les douches dans les vestiaires au basket allaient être un problème pour moi. »
La façon dont le corps de Daiki se détend à son aveu le fait sourire et à la fois, lui serre le cœur, il a dû vraiment en chier pour se sentir obligé de sortir la carapace dès qu'il doit évoquer sa sexualité.
« Du basket hein ?! J'ai pas mal joué aussi… Enfin je joue encore quand je peux.
— Really ?! Moi aussi. Je me débrouille pas mal… J'ai même profité d'une bourse et joué à la fac. Et j'en fais toujours régulièrement.
— Tu habites dans le coin ? Je t'ai vu sur aucun terrain.
— Ouais… J'habite la ville, mais je suis perdu dans la forêt… Je joue sur Missoula et pas mal avec les gars de la caserne.
— Caserne ?
— Je suis pompier.
— Ah ! ça explique des choses. » rigole Daiki. Son visage qui s'illumine et perd un peu de cette dureté qui semble toujours habiter ses traits et son rire chatouillent délicieusement son ventre
Daiki se reconcentre sur sa couture. Une fois terminé, il pose une collerette à l'animal et caresse doucement sa tête.
« Il est jeune. J'espère qu'il s'en sortira. Il a perdu beaucoup de sang… S'il passe la nuit c'est bon signe. Maintenant, même si sa colonne n'est pas touchée, je ne suis pas sûr qu'il retrouve toute sa mobilité, sa hanche a été sévèrement atteinte.
— OK… J'imagine que c'est pas une bonne chose pour sa survie… »
Daiki soupire et son visage s'assombrit légèrement.
« Non… Mais chaque chose en son temps… On avisera après. »
Ils restent quelques instants silencieux, leurs regards tournés vers l'animal endormi. Et soudain, Taiga sent toute la fatigue de sa dernière garde et des dernières heures s'abattre sur lui. Il dissimule un bâillement dans sa manche et se frotte le visage avant de demander.
« Merci… Pour lui… Je peux laisser mon numéro pour savoir comment il va ?
— Ouais. Pas de soucis. Tu peux même repasser le voir… »
Daiki tourne son attention vers lui cette fois, et il se sent soudain scruté, il s'agite un peu nerveusement.
« T'as l'air… éreinté…
— Ouais… Je rentrai d'une garde de 48h…
— Oh… Désolé… C'est fini ici… Alors tu devrais rentrer. Je vais pouvoir me débrouiller pour le mettre dans un cage.
— OK… C'est ouvert demain ? » Taiga rigole nerveusement. « Je sais même plus quel jour on est.
— Ouais… Demain on est vendredi. La clinique est ouverte jusqu'à dix-neuf heures. » Daiki lui tend son téléphone déverrouillé. « Ton numéro… C'est aussi simple comme ça. »
Les yeux clos, le corps lourd alors que le sommeil s'accroche à lui, il soupire de frustration en entendant la sonnerie de son téléphone qui retentit dans le salon. Il s'efforce de se réveiller au plus tard à midi quand il rentre d'une garde, mais cette fois, il s'est couché bien plus tard que prévu et il aurait bien fait taire son réveil pour se rendormir. D'ailleurs, comme s'il l'avait entendu, la mélodie cesse et aussitôt il glisse dans le sommeil. Mais ce n'est que pour mieux se réveiller encore plus frustré quand la mélodie reprend cinq minutes plus tard. Et il sait qu'elle se répètera indéfiniment s'il ne l'interrompt pas.
En grommelant, il s'assied dans son lit. Il se frotte le visage et se masse la nuque, il a l'impression d'avoir été tendu toute la nuit, son corps semble courbaturé. Il soupire et se lève pour constater qu'il est habillé et il se rappelle qu'il est rentré avec la sensation d'être détaché de son corps.
Quand il est rentré, il a poussé la porte qui a grincé dans un son tellement familier qu'il lui semblait presque faux. Son petit chalet cosy, perdu dans la montagne, tellement, habituel et à la fois il avait la sensation d'être un étranger dans cet environnement si ordinaire.
Tous les jours, il sauve des vies, il vient au secours de la population. Mais secourir ce puma a été une expérience tellement effrayante et intense, similaire et à la fois si éloignée de son quotidien professionnel. Parce que c'était la nuance importante, quand il porte sa tenue de pompier, il parvient à mettre un peu de distance avec les événements, comme une carapace protectrice. Sans sa tenue il est vulnérable et cette rencontre en pleine nuit, alors qu'il n'avait pas son armure… Il était vulnérable, sur tous les plans. L'image de Daiki qui traverse son esprit chatouille un peu ses tripes.
Aomine Daiki. Il n'ose pas prononcer son nom à haute voix, mais il aime sa consonance quand il résonne dans sa tête. Un sourire étire ses lèvres, il porte encore les vêtements qu'il lui a prêté, c'est à la fois étrange et plaisant.
En tout cas, ça lui fera une bonne excuse pour aller lui rendre visite, même s'il compte bien passer à la clinique aujourd'hui pour prendre des nouvelles de l'animal qu'il a aidé à sauver… En tout cas, il l'espère. Il se lève en soupirant alors que la mélodie retentit pour la troisième fois.
Aucun message ne l'attend, et quelque part ça le rassure. Certainement que Daiki l'aurait prévenu si le puma n'avait pas passé la nuit. L'idée qu'il ait survécu cette nuit critique, lui redonne de l'énergie et après avoir pris un petit déjeuner rapide, il sort courir dans la forêt aux abords de sa maison.
La sortie running lui a fait du bien. Propre et repu, il est plus de quatorze heures et il se décide à prendre son pickup pour rejoindre le village. Il grimace en regardant l'état de la benne, une véritable scène de crime avec tout ce sang. Il profitera d'être en ville pour laver son véhicule.
