Lorsque Sakura retrouva ses esprits, elle ne savait plus du tout où elle en était. Que s'était-il passé ? Que lui était-il arrivé ? Où se trouvait-elle ? Était-elle morte ? Une amnésie partielle avait occulté ces derniers souvenirs.
Elle tenta de bouger mais elle était comme paralysée. Allongée sur un sol dur et froid, elle n'arrivait ni à remuer les bras, ni les jambes. La fleur de cerisier entrouvrit ses yeux, battant plusieurs fois des paupières. Sa vue était floue. Quand elle parvint à voir à peu près distinctement, elle se rendit compte qu'elle se trouvait gisante sur une dalle de pierres, les pieds et poings liés dans une pièce quasiment plongée dans le noir, seule une faible lumière au dessus d'elle lui permettait de percevoir. Un flash la traversa, la vision du corps inerte de Sasuke face à elle.
A peine venait-elle de reprendre conscience qu'une porte s'ouvrit brutalement laissant entrer un trop fort éclat pour ses yeux tout juste adaptés. Une ombre se dessina dans le pas de la porte. La rose essaya de se relever tant bien que mal sans y parvenir. Une boule de détresse monta dans sa gorge. Elle voulut crier mais aucun son ne sortit de sa bouche muette. L'ombre s'approcha d'elle, suivit de trois autres silhouettes. L'intensité l'empêchait de distinguer leur visage.
« Et bien, on peut dire que tu nous as joué un sacré mélodrame. », ricana une voix masculine assez fluette, « J'ai particulièrement apprécié la fin : quand tu te suicides par amour ! », ajouta-t-il toujours en se moquant.
Son rire lui glaça le sang, il y avait quelque chose de totalement malsain et pervers dans sa façon de s'exprimer. L'adolescente ne broncha pas, n'ayant toujours pas retrouvé l'usage de la parole. La terreur la terrassait. Pourquoi n'avait-elle pas le courage des grands shinobis de konoha ?
« Mais bon sang ! », pensa-t-elle, « Où suis-je ? Qui sont ces personnes ? Que m'est-il arrivé ? » La jeune fille n'arrivait pas à se remémorer les instants qui l'auraient amené ici. Après avoir tué le brun, c'était le néant. La sensation d'un kunai dans sa main qu'elle aurait ensuite abattu sur elle-même pourtant elle n'avait aucune blessure, pas de saignement ni de douleur, rien.
« D'ailleurs, je ne comprends pas pourquoi tu ne l'as pas laissée se suicider Sasuke-Kun ? », demanda une voix féminine, on pouvait tout à fait sentir une certaine irritation dans sa phrase. Mais Sakura s'en fichait, elle venait d'entendre le nom de Sasuke, comme si celui-ci allait répondre à tout instant, comme s'il n'était pas mort. « Il est mort, c'est moi qui l'aie tué ! », voulu-t-elle hurler sans en être capable. Un doute s'immisça dans son esprit ... et si ? Non, elle ne pouvait même pas y songer ! Elle secoua vivement la tête pour chasser cette pensée.
« Ne t'avais-je pas demandé de la poser sur le lit Karin ? » interrogea une voix calme et posée, une voix masculine et vibrante, une voix qui cloua sur place la rose. Cette voix qu'elle croyait reconnaitre, cette voix qui l'électrisait, cette voix qui la mettait au supplice. Mais qui ne pouvait en aucun cas être la sienne. C'était impossible. Pourquoi tout devenait aussi confus ? Elle avait bien vu l'Uchiwa mort, son sang s'était répandu sur elle. Elle était peut-être toujours inconsciente et tout ceci n'était qu'un cauchemar. Il fallait qu'elle se réveille et vite !
« Karin ? », percuta-t-elle. N'était-ce pas l'une des coéquipières de l'Uchiwa ? Serait-elle dans le repère de la team Taka ? Ce pourrait-il tout compte fait qu'elle ait échoué dans sa mission ? Cela voudrait dire que ...
« Sasuke-Kun ? » prononça-t-elle dans un murmure. Son cœur menaçait de sortir à tout moment de sa poitrine tant il battait fort. Ainsi, Sasuke ne serait pas mort ? Il aurait survécu. La ninja ne l'avait donc pas tué ! Il lui était revenu ! Un soupire de soulagement la traversa. Elle se laissait doucement entrainer vers la démence.
« Comme si cette traitresse avait besoin de confort ?! », gronda la rousse prise dans une colère noire. « Mais Sasuke-Kun, elle ne mérite aucun bon traitement après ce qu'elle a osé faire ! » Encore une fois, cette Karin avait énoncé le prénom du brun. L'espoir grandissait à vu d'œil dans le cœur de l'adolescente.
« Haha. », recommença la voix du jeune homme moqueur, « Serait-il possible que tu te sentes menacée par cette fille qui a voulu se débarrasser de ton cher Sasuke ? »
« Suigetsu, cesse d'exciter Karin ! », tonna la voix qui ressemblait étrangement à celle de Sasuke, « Et sortez maintenant ! »
Trois personnes se dirigèrent vers la sortie. Il ne restait plus que la rose et le curieux individu. La porte se refermant, la luminosité redevint restreinte. Elle ne savait pas qui se trouvait avec elle. La panique s'empara de son corps, des spasmes la submergèrent. Elle l'entendit s'avancer jusqu'au halo qui flottait au-dessus d'elle. La rose lâcha un cri de surprise. Là devant elle, se tenait debout et imposant, Sasuke Uchiwa. Grand, majestueux, les bras croisés, les jambes légèrement écartés, ses avant-bras découverts laissaient deviner des muscles saillants. Sa chemise blanche entrouverte faisait apparaitre son torse de neige d'où Sakura voyait ses abdos fermes. Abasourdie, elle porta ses yeux jusqu'au visage de Sasuke, il avait perdu les quelques rondeurs de l'enfance qu'il possédait avant sa désertion, mais il avait conservé ses cheveux en pique d'un noir corbeau dont deux mèches encadrées son fin visage droit. Toujours ce visage impassible qu'elle aimait tant, toujours ces magnifiques pupilles couleur onyx d'où aucun sentiment ne s'échappait. Une larme de joie coula sur la joue de Sakura.
Elle ne l'avait pas perdu, son taciturne était plus vivant que jamais. La fleur de cerisier qui avait tant souhaité que son acte ne soit que pure chimère, se rendit compte que son vœu avait été exaucé. Mais comment était-ce possible ?
« Je ne comprends pas ... je ... tu étais mort ! Je t'avais ... Je voulais en finir ... pourquoi ?... Comment peux-tu être la ?! », articula-t-elle difficilement tant le regard du jeune homme la transperçait. Mais elle affronta tout de même ses yeux noirs. Trop de questions se bousculaient en elle. Il fallait qu'elle apprenne la vérité sinon elle sombrerait dans l'aliénation.
« A quoi joues-tu Sakura ? », exigea le brun, l'air imperturbable. Seuls ses sourcils trahissaient ses émotions : ils étaient froncés. Il était en colère.
« Je voulais ..., je voulais ... te tuer. », finit-elle par lâcher, honteuse, la jeune fille baissa la tête. Des larmes avait éclos prêtes à tomber sur le sol. Le rouge lui montait aux joues. Elle s'était décidée à le supprimer, puis elle avait regretté son geste et maintenant elle lui expliquait les raisons de ses agissements. Il y avait de quoi devenir folle.
« A nouveau. », constata-t-il indifférent. Le fait qu'il évoque ses deux tentatives d'assassinat sur sa personne finit d'achever Sakura. Par deux fois elle avait tenté d'anéantir l'Uchiwa. Elle se dégoutait. Néanmoins, il l'avait lui aussi déjà attaqué violemment. Ils étaient au moins à égalité sur ce point.
« Je suis désolée. Je pensais que tu méritais de mourir. », s'exclama-t-elle en essayant de se détacher malgré les liens. « Crois-moi, Sasuke-Kun ... Je n'en suis pas capable ! », cria-t-elle de désespoir, des torrents de larmes inondées son visage en feu, elle hoquetait, ses pleurs ressemblaient à ceux d'un enfant. Le Nukenin restait détaché face au spectacle pathétique que lui offrait la rose. Cette absence de réaction la fit sourire vu la situation. Elle s'excusait de son action en pleurant et lui n'en avait que faire. Décidément il ne changerait jamais. Rien ne pouvait l'affecter. Désenchantée, elle soupira, un poids dans sa poitrine s'effaça. Pendant des mois, elle s'était torturée en se demandant si elle était capable de supprimer l'Uchiwa, au moins maintenant elle était fixée. Elle ignorait si les évènements de la veille relevaient de son invention, en tout cas ils lui avaient permis de reconnaître ses sentiments indestructibles, peu importait le mal qu'il pouvait lui faire. En revanche, la fleur de cerisier réalisait que lui n'hésiterait pas. Elle en était bien consciente : Sasuke n'aurait aucune pitié envers elle. Et il avait enfin l'occasion de se débarrasser de ce boulet de Sakura Haruno, pleurante et tremblotante comme d'habitude, il n'avait pas à tergiverser.
Elle releva la tête, digne, et lui annonça :
« Je suis prête.»
L'heure n'était plus à la crainte ou la terreur. Elle affrontait son destin avec lucidité. « Tout acte a un prix. » lui disait souvent sa mère. Un soupçon de surprise passa sur le visage du taciturne.
« Prête ? », répéta-t-il après avoir recomposé un air insensible.
« Je suis prête à mourir de ta lame Sasuke, car tu vas me tuer n'est-ce pas ? », dit Sakura sans ciller, elle avait accepté sa mort. Et puis, cela semblait être un juste retour des choses finalement. Elle avait essayé de le tuer, il allait en faire de même, néanmoins, lui il réussirait. Au fond, elle avait toujours su que ce serait lui qui mettrait fin à sa vie. Mais n'était-ce pas le cas depuis qu'elle l'avait rencontré ? Sa vie ne s'était-elle pas arrêtée le jour où elle était tombée amoureuse du mystérieux Uchiwa ?
Alors que la mort l'attendait, la rose eut une dernière pensée pour son village, pour Naruto, lui qui l'avait toujours soutenu, lui qui était toujours resté auprès d'elle, lui qui ne l'avait jamais déçue ... A la pensée du blond, le coeur de la jeune fille se fendit : Naruto n'aurait pas baissé les bras, il se serait battu jusqu'au bout. Il ne renonçait jamais. Tandis qu'elle n'aurait rien accompli à part rester amoureuse d'un traitre. Ses deux années d'entrainement auprès de l'illustre Tsunade ne lui permettaient même pas d'avoir une fin aussi noble que celles des grands shinobis de Konoha. Enfin, elle grava dans son esprit la seule chose au monde qu'elle voulait garder en tête avant de rendre son dernier soupir : la team sept durant ses moments de bonheur. Sans doute les meilleurs instants qu'elle avait vécu. L'oeil plissé de Kakashi quand il riait, le gigantesque sourire de Naruto, la mine narquoise de Sasuke. Ce garçon pour qui la jeune Haruno allait tout donner et tout perdre, ce garçon qui ne l'aurait jamais aimé, ce garçon qui n'avait fait que la décevoir, ce garçon qui ne méritait pas tout l'amour qu'elle lui portait.
Elle se maudissait de ressentir cela. Comme elle préférerait le détester de tout son être. Comme elle révérerait de le voir disparaître de son existence. Mais c'était ainsi. Il demeurait son fardeau. A jamais, son démon.
L'Uchiwa ferma les yeux, un sourire en coin s'étendit sur ses lèvres. Existait-il une chose qui pourrait l'atteindre ? Il semblait se réjouir de pouvoir finalement abattre son ancienne coéquipière après deux tentatives échouées. L'adolescente aurait dû y songer : elle lui donnait une nouvelle raison de trancher les liens qui le rattachaient encore à son passé. En la tuant, le taciturne effaçait toute une partie de son histoire. Il n'allait pas s'en plaindre : il n'attendait que ça !
« Hn ! »
Et sans attendre la lame de son épée siffla dans l'air, frôla la joue de la rose, un frisson glacé la parcourut. Pourquoi acceptait-elle de mourir aussi facilement ? Elle avait l'impression de regarder au ralenti la progression du fleuret vers son point fatal, finalement, le katana finit son interminable ascension en tranchant les liens de Sakura. Perplexe, la fleur de cerisier écarquilla ses émeraudes. La brun se contenta de la fixer avec un visage fermé à toute discussion. Il rangea en silence son sabre dans son dos, comme si tout était normal, comme s'il n'avait commis aucune erreur.
Mais bon sang, la jeune fille aurait dû mourir ! Elle ne comprenait pas pourquoi il ne l'avait pas tout simplement saigné comme un animal. Le taciturne n'avait aucun remord. Il ne vivait que pour la vengeance. La première fois qu'ils s'étaient revus après son départ, il avait foncé droit sur elle dans l'unique but de la pourfendre. Il devait l'achever. Elle l'avait accepté pourquoi n'en faisait-il rien ?
« Pourquoi ? », chuchota-t-elle sans être sûre qui l'ait entendu.
Contre tout attente, le Nukenin se pencha vers elle, tendit un bras, agrippa d'une poigne de fer le bras de la rose et la maintint debout. La face du brun ne trahissait toujours aucune émotion. Elle avait beau croisé son regard encore et encore, scrutait ses yeux avec attention : il n'y avait nulle étincelle de vie dans les prunelles du dernier des Uchiwa. Une fois, qu'elle trouva son équilibre, il lâcha son bras et la poussa en arrière. L'adolescente tomba mollement sur un lit, abasourdie, elle observa le jeune homme lui tournait le dos et sortir de la pièce. Avant de fermer la porte à clé, elle l'entendit dire :
« Essaye de t'échapper et cette fois-ci je te tuerai ! »
L'adolescente comprenait de moins en moins ce qu'il se passait. Sasuke n'était pas mort et il ne l'avait même pas tué. Tout cela n'avait aucun sens. Elle devait être entre la vie et la mort, ou bien déjà dans les limbes car cette réalité semblait incohérente. Seule ces deux solutions étaient plausibles. La tournure des évènements n'était en rien cohérente.
Une migraine sourde s'incrusta dans sa tête, ravageant sa raison la faisant vomir sous la violence du choc. Pour calmer ses maux de tête, la rose cessa de martyriser son esprit et fit le vide. Pour retrouver un semblant d'apaisement, elle étudia la pièce autour d'elle avec concentration. Il n'y avait que le lit avec un matelas défoncé sur lequel elle était assise. Une ampoule nue au plafond et un interrupteur sur le mur près de la porte. Elle remarqua que ses vêtements ne portaient aucune trace de sang malgré la sensation du sang qui l'éclaboussait durant le meurtre de l'Uchiwa. Ainsi, Sasuke l'aurait épargné et aurait fait d'elle une prisonnière ? Même si cela était inconcevable, c'était pourtant l'unique explication à toute cette folie ! Elle avait prévu de nombreux scénarios avant de s'acquitter de sa tâche mais jamais, elle n'aurait imaginé une telle situation.
« Sa prisonnière ? », spécula Sakura. Dans une folle pensée, la jeune fille se plut à croire qu'elle était la captive du brun insensible. Ses joues rosèrent à cette idée. Elle ne savait pas pourquoi elle était toujours vivante et bien que le bilan fût critique elle ne s'avouait pas vaincu. Elle résuma tous les éléments en comptant sur doigts calmement : elle était retenue et ne pouvait sortir à moins d'y laisser sa vie. Une groupie de Sasuke jalouse comme un pou lui ferait bien la peau. Et elle avait lamentablement échoué dans sa mission mais peut-être pour le meilleur. Regonflée à bloc, elle se dit que tout n'était pas si mal. Égoïstement, elle se sentait heureuse de se retrouver avec lui.
« Je suis désolée Naruto, je voulais t'enlever un poids, je voulais sauver Konoha Tsunade-sama, mais... » murmura-t-elle comme pour s'excuser de sa fragilité. « Tout n'est peut-être pas perdu ... »
Le temps filait ou il s'était arrêté, impossible de le deviner. Il n'y avait aucune fenêtre d'où la jeune Haruno aurait pu voir le soleil pour se renseigner. L'ennui se répercutait sur les murs. Ne sachant que faire dans cette pièce miteuse, elle se coucha de tout son long sur le lit et tenta de dormir avec l'intention de se reposer et de récupérer ces deux dernières semaines effarantes. Que pouvait-elle faire de mieux ? Alors qu'elle avait pénétré le monde des songes depuis un bon bout de temps, le bruit d'une clé dans une serrure la sortit de ses rêveries. Elle se releva précipitamment ce qui lui fit tourner la tête. De plus, son ventre gargouilla violemment. Elle mourrait de faim. Était-ce Sasuke qui venait la voir ?
Le garçon qu'elle avait aperçu dans la forêt avec Karin entra dans la chambre. Il avait les cheveux blancs mi-longs, de grands yeux aux iris violettes dévoilant un regard pervers, un sourire narquois sur les lèvres d'où des dents pointues sortaient. Il tenait dans une main son sac à dos et dans l'autre un grand verre d'eau. Il se planta devant elle, tandis qu'elle s'asseyait sur le lit.
« Bon alors voici les ordres : on n'a pas le droit de t'abimer et on doit faire en sorte que ton séjour se passe à peu près convenablement. », l'avertit le jeune homme dans un sourire niais. « Voici ton sac. », dit-il en le jetant aux pieds du lit, « Et un verre d'eau pour toi. » expliqua-t-il en lui tendant le verre. Sakura l'attrapa et le but d'une traite assoiffée.
« Au fait je m'appelle Suigetsu. Et toi ? »
« Sakura.», se contenta de répondre la rose. Elle ne souhaitait pas s'étendre sur sa personne, elle craignait des répercutions. Elle voyait mal Sasuke expliquer qui elle était réellement. Une fanatique admiratrice-amoureuse tout droit sortie de son passé qui ne cessait de le poursuivre, qui avant lui lançait des regards enflammés et maintenant essayait de le tuer.
« Je vais être franc avec toi, Sakura, je ne sais pas pourquoi Sasuke t'a gardé en vie ! », protesta Suigetsu, un air blasé sur figure, « Je t'aurais tué, moi ! D'ailleurs, je n'aurais pas hésité à te faire souffrir, j'aurais peut-être commencé par te couper les mains et les pieds ... » déballait-t-il faussement gêné par les atrocités qu'il déblatérait. La jeune fille resta interdite face à ses propos. D'où sortait ce psychopathe ? Voyant les grands yeux écarquillés de la rose, il se reprit :
« Bah quoi ? T'as quand même essayé de le tuer ! », proclama Suigetsu comme pour se justifier. « Je te confie un truc parce-que tu m'as l'air sympathique et en plus, apparemment, tu éprouves de forts sentiments pour Sasuke, et rien que pour le plaisir de voir Karin en pétard, bref ... » Il se perdait dans ses explications, « Donc avec Karin, en arrivant au repère on a senti ta présence, évidemment, (tu t'en doutes maintenant) on a tout de suite prévenu Sasuke, après tout c'est pas notre chef pour rien. Il a dit qu'on allait attendre de voir ce que tu allais faire ! Voyant que tu ne faisais strictement rien, (ça m'a un peu déçu aussi), Sasuke a décidé de sortir quand la nuit est tombée, et là, attends la meilleure partie, si j'ai bien compris, tu t'es retrouvée face à un sort de genjustu de Sasuke, tu as cru l'avoir tué et après t'as carrément basculé dans le délire et t'as tenté de mettre fin à tes jours. Sauf que le vrai Sasuke t'a stoppé avant le coup final ! Et te voilà ici ! »
Suigetsu en parlait comme si c'était une agréable anecdote, alors que pour la fleur de cerisier tout prenait un sens. Elle avait donc été stupidement bernée par une illusion et lorsqu'elle avait voulu se suicider le brun avait arrêté son geste malheureux. Tout devenait limpide : l'étau froid qui avait immobilisé son bras tenant le kunaï et le « idiote » . C'était Sasuke ! Même après l'avoir vu tenter de l'anéantir, il l'avait sauvé d'une fin pitoyable pour un ninja. A mesure que sa mésaventure devenait claire, une question se faufilait dans la raison de Sakura : pourquoi Sasuke Uchiwa la gardait en vie ? Jusqu'ici, chaque fois qu'elle l'avait revu, il n'avait montré aucune compassion à son égard et avait même prouvé qu'il était capable de la tuer ainsi que Naruto. Alors pourquoi n'en profitait-il pas aujourd'hui ? Regrettait-il le temps de la team sept ? Pendant que la jeune fille réfléchissait, Suigetsu s'était approché d'elle pour la renifler.
« Pouah, tu empestes ! Depuis combien de jour tu n'as pas pris une douche ?! », s'écria le jeune homme. Sakura se retint de le frapper de toutes ses forces même si elle en mourrait d'envie. Elle qui était si coquète d'habitude. Elle avait passé deux semaines dans la forêt et elle ne s'était pas vraiment préoccupée de l'hygiène mais plutôt de la proie qu'elle traquait.
« J'ai passé trois semaines dans la nature, idiot. Je n'ai pas pu prendre de douche ! », riposta-t-elle les dents serrées. Elle devait se contrôler et confiner son sale caractère dans une partie de sa conscience si elle voulait rester en vie. Elle ne pouvait pas se laisser aller à cogner le coéquipier de Sasuke comme elle le faisait avec Naruto.
« Suis-moi, tu vas aller te laver ! »
La rose trouva qu'il en faisait un peu trop, mais elle ne refusa pas une bonne douche. Elle le suivit donc sans répliquer. Le repère se composait de nombreux souterrains en pierre qui paraissaient ne jamais s'arrêter, comme dans l'ancienne cache d'Orochimaru où Naruto et Sakura avaient retrouvé pour la première fois Sasuke après son départ. Toutes les portes étaient fermées, ils ne croisèrent personne en chemin. Enfin, le jeune homme aux cheveux laiteux s'immobilisa devant l'une d'entre elles.
« Voilà, on y est ! C'est rudimentaire mais bon c'est une douche quoi ! Inutile de préciser que je monterai la garde. » Sans un mot de plus, un sourire malicieux aux commissures, il se plaça contre la pierre grise. Sakura ouvrit la porte et pénétra dans la salle de bain.
« En effet, c'est assez sommaire. », pensa-t-elle. La pièce était toute petite avec seuls un lavabo et un pommeau de douche qui sortait du mur. Il n'y avait donc pas vraiment de douche. L'eau devait s'écouler par une bouche de canalisation incrustée dans le sol au centre de la salle de bain. Sans attendre plus longtemps, Sakura enleva ses vêtements et les posa dans un coin, le plus loin possible du pommeau. Une fois nue et en dessous de celui-ci, l'eau jaillit. Fort heureusement, elle était bouillante. La rose se sentit revivre, l'eau chaude la revivifiait, elle soupira d'aise. Qui aurait cru qu'elle se retrouverait ici : prisonnière de Sasuke et de son équipe. Cette situation dramatique la fit rire. Elle resta une bonne dizaine de minutes sous l'eau brulante, appréciant ce petit moment de plaisir oublié depuis quelques temps.
« Il faut que je parle à Sasuke. Il doit forcement avoir une bonne raison pour m'épargner ! », se dit la jeune fille. Mais la rose ne pouvait empêcher ses pensées de dériver. Serait-il imaginable que le taciturne ait fini par ressentir quelque chose pour elle ? Tandis qu'elle rêvassait sous l'eau chaude, une tête apparut au beau milieu de la flaque d'eau laissée par la douche de la fleur de cerisier. Et cette tête tournée vers le corps nu de Sakura n'était autre que celle de Suigetsu.
Sakura hurla à la vue de ce crane et du regard malsain qu'il avait. Une colère sourde monta en elle d'un coup et sans méditer sur son attitude, elle perdit son sang froid et la rose envoya un bon coup de pied en plein dans la face de ce voyeur pervers. Sa tête explosa en eau mais se recomposa à peine quelques secondes après l'attaque de la jeune fille. Celle-ci voulut relancer son assaut mais la porte de la salle de bain s'ouvrit brutalement et avant même que la rose puisse distinguer le visage du nouveau venu, elle se retrouva, nue, grelottante, derrière la silhouette imposante de l'Uchiwa qui grondait de fureur.
« Suigetsu, sors d'ici immédiatement ! Si tu ne veux pas que je te tue ! », cracha Sasuke hors de lui. A la tête apeurée du fautif, Sakura comprit qu'il n'avait jamais vu son chef dans un tel état de colère. Sortant de la flaque, il s'enfuit en courant.
Le temps sembla s'arrêter pendant quelques secondes tandis que les pensées de Sakura s'emballaient. Le brun ne bougeait pas, elle non plus. Il était toujours dos à elle et elle fixait ses épaules qui se gonflaient ou s'affaissaient au rythme de sa respiration. Le voir ainsi raviva sa mémoire : l'adolescente se souvint de l'époque où la team sept était encore soudée et notamment du jour où son ancien coéquipier s'était placé devant elle pour la protéger. A l'époque, cette attitude était un geste de protection envers elle, aujourd'hui plus rien n'avait le même sens. Enfin, le temps reprit son cours normal et le ténébreux se décida à se retourner vers elle pour laisser exploser sa colère :
« Sakura ! », hurla-t-il avant de la gifler. La claque raisonna dans la pièce, comme si elle se répercutait sur les murs un millier de fois et revenait à eux tout autant. Incapable de réagir, l'adolescente resta sous le choc, la douleur était atroce : un élancement aigu et insoutenable se propageait sur sa joue gauche de sa mandibule jusqu'au dessous de son œil. Elle pouvait encore sentir le contact glacé de la main du taciturne sur sa pommette.
« Qu'est-ce que tu ... ? », reprit le brun sur un ton encore énervé, puis il se stoppa. Incrédule, son regard s'était posé sur la nudité de la fleur de cerisier. A priori, il n'avait pas encore remarqué le corps dénudé de son ancienne coéquipière. La bouche du nukenin resta entrouverte, ses yeux s'écarquillèrent, sa peau si blême d'habitude avait légèrement rosie, la ninja ne l'avait jamais vu aussi troublé. L'Uchiwa se recomposa une attitude glaciale, bien connue, et finit par dire :
« Rhabille-toi ! »
Il sortit à vif allure de la pièce comme pour échapper à ce qu'il venait de voir ou de faire.
Sakura s'appuya contre la paroi mouillée, elle tentait de remettre de l'ordre dans son esprit, son cœur affolé tambourinait tellement fort dans sa poitrine qu'elle n'entendait plus rien à part ses battements incessants. Non seulement un sale pervers l'avait reluqué, mais en plus Sasuke, alors qu'il n'avait jamais osé lever la main, l'avait giflé et pour finir il l'avait vu complètement nue. Et cette vue avait clairement perturbé le taciturne : ce devait être la première fois qu'il voyait le corps dévêtu d'une femme. La baffe de l'adolescent brûlait la peau de la jeune fille, celle-ci passa sa paume moite dessus pour masser afin d'apaiser la douleur.
Elle se revêtit rapidement ne voulant pas exaspérer d'avantage le brun. Lorsqu'elle sortit, il l'attendait dehors, les bras croisés, le katana dans le dos, il regardait vers le sol mais à son arrivée il releva la tête et un regard noir se posa sur l'adolescente, elle trembla. Elle ne frémit non pas de peur mais de passion : Sasuke lui faisait tellement d'effet, chaque fois qu'elle l'apercevait, des décharges électriques parcouraient tout son corps. Elle aurait tant voulu le détester et elle avait un tas de raisons pour le haïr, il ne cessait de lui en donner de surcroit. Mais elle n'y parvenait pas : elle le voulait.
Il était à couper le souffle avec son regard sombre, ses cheveux d'un noir de jais en bataille et sa carnation pâle. Elle le suivit dans les souterrains ne sachant que dire, elle resta silencieuse, lui aussi. Ils arrivèrent devant la porte de la cellule de l'adolescente trop vite au goût de Sakura. La fleur de cerisier souhaitait rester le plus longtemps possible avec Sasuke, profiter de ces quelques instants où ils n'étaient que tous les deux. Elle se fichait pas mal qu'il lui parle ou pas, de sa baffe, de sa fureur, tant qu'il était à ses côtés. N'avait-elle donc aucune fierté ?
Une fois qu'ils furent dans la pièce sordide, la rose se risqua à parler à l'Uchiwa éternellement aphasique avant qu'il ne s'en aille et qu'il la laisse seule avec ses délires :
« Pourquoi m'as-tu gardé en vie ? Pourquoi tu ne me tues pas ? », l'implora-t-elle déconfite en plantant son regard dans le sien. Elle voulait comprendre, il fallait qu'elle comprenne.
« Tu m'ennuies. » lâcha-t-il froidement avec exactement la même répugnance dans les yeux qu'autrefois. Ces mots blessèrent une nouvelle fois Sakura. Il savait si bien comment lui faire du mal, et ce souvenir accablant lui fit mal au cœur. Mais elle ne se laissa pas démonter, elle devait savoir pourquoi. Elle se devait d'être forte.
« Il faut que je sache Sasuke ! Tu aurais pu me laisser en finir dans la clairière, tu aurais pu m'achever tout à l'heure ... alors pourquoi suis-je encore en vie ? », s'exclama-t-elle avec une pointe d'indignation dans la voix, elle se retrouvait : elle et son mauvais caractère. Les mains sur les hanches, elle attendait une explication et espérait que celle-ci soit à la hauteur de son dessein. Sourcillant, le brun sembla réfléchir à sa réponse quelques secondes et sans se départir de son air froid lui répondit :
« Je vais détruire Konoha, Sakura, et en te retenant ici, je suis sûr que Naruto ne retiendra pas ses coups avant que je ne le tue ! Voilà à quoi tu me sers et à rien d'autre. Tu n'es qu'un instrument ! »
Face à cet éclaircissement, la jeune fille se sentait plus que démunie. A vrai dire, elle ne s'y attendait pas du tout. Sasuke n'avait donc jamais eu aucun élan d'affection envers elle, depuis le début il ne pensait qu'à son effroyable plan. Il n'avait pas renoncé, au contraire. Et en se servant de la rose, il voulait attiser la haine de Naruto. L'adolescente était entièrement abattue face à cette révélation. Sakura se dit que le ténébreux était devenu foncièrement dément. Mais, il n'était peut-être pas trop tard ... La fleur de cerisier ne l'abandonnerait jamais, elle devait tout tenter pour le raisonner. C'était la seule chose qu'elle était en mesure de faire. Et puis, elle ne pouvait pas non plus délaisser Konoha et Naruto. Sakura Haruno avait encore un rôle à jouer ! Certes, la jeune fille n'était pas capable de tuer l'héritier des Uchiwa mais elle pourrait le pousser à réfléchir, à prendre conscience de sa folie. Elle l'aimait trop pour renoncer aussi facilement. La rose allait démontrer combien elle aussi elle pouvait être forte et têtue.
« Pourquoi Sasuke ? », s'écria-t-elle à la fois inconsolable et scandalisée, « Pourquoi est-ce que tu es devenu comme ça ? Pourquoi est-ce que c'est toi maintenant le monstre à arrêter ? »
« Franchement, Sakura, tu es lourde. » Les phrases coulaient dans sa bouche comme si aucun mot ne le touchait, comme s'il était incapable de ressentir la moindre émotion. Sakura avait beau répliquer, il restait de marbre sans aucune réaction face à ses affronts. Il s'était muré comme un bloc de glace. Mais la rose n'allait pas le laisser s'en tirer aussi aisément. Il était temps qu'elle se rebelle et qu'elle ose s'insurger. Le taciturne devait se réveiller et sortir de ses divagations. Il fallait qu'il lui revienne !
« Tu n'avais pas à devenir ainsi ! Tous les trois, on aurait pu accomplir ta vengeance. Si tu avais seulement compris combien tu comptes pour nous ... Tu ne serais jamais parti et nous aurions été là pour toi. Aujourd'hui ton cœur est rempli de rancœur, tu n'es plus que l'ombre du garçon que j'ai connu ! Tu as sombré dans les ténèbres ! Et tu es incapable de t'en rendre compte. Mais je t'empêcherai de commettre l'irréparable ! Je te sauverai Sasuke que tu le veuilles ou non ! »
La rose était essoufflée par son long discours. Elle avait mis tout son cœur dans sa tirade. Elle souhaitait lui faire ouvrir les yeux. L'adolescente espérait qu'il serait prêt à entendre. Seulement, pour toute réplique, elle eut droit à « Hn ». Elle voulut le prendre par les épaules pour le secouer vivement mais à peine avait-elle levé les bras vers lui qu'il la repoussa violemment, dans sa chute elle s'agrippa à un bras de Sasuke l'entrainant avec elle. Elle tombait lourdement sur le sol glacé et Sasuke finissait de choir sur elle, l'étouffant de son poids, quand leurs lèvres s'effleurèrent. A ce contact sur ses commissures pulpeuses et à cause de la proximité de leurs deux corps l'un sur l'autre, Sakura, dans un réflexe passionnel et désespéré, tendit ses lèvres pour rencontrer de nouveau celles du brun. Alors que sa bouche venaient juste de se poser sur celle de Sasuke, elle croisa son regard, il était complètement affolé. Mais retrouvant vite ses esprits, sans même répondre au baiser de la Chunin, il se releva abruptement la laissant étendue sur la pierre. La fleur de cerisier, mortifiée, n'osait regarder en face Sasuke de peur qu'il la tue. Elle avait commis un acte impardonnable.
La fustigeant de tout son haut, le sharingan flamboyant au fond de ses pupilles, il était fou de rage. Sasuke pointa son épée sur le cou de la rose, ses membres frémissaient sous la fureur.
« Ne refait plus jamais ça ! », siffla-t-il d'une voix forte avant de sortir. Sakura pleura de tout son soûl sur le sol glacé. Ce n'était qu'un baiser, rien qu'un baiser mais jamais il ne lui pardonnerait d'avoir tissé un dernier lien.
