Disclaimer : Les personnages d'Hetalia appartiennent à Hidekaz Himaruya.

Notes : Hello there ! J'étais censée ne poster ce chapitre que lundi mais vu que je ne pourrais pas le faire et que je pourrais pas demain non plus, je me suis dit que j'allais le poster en avance !

Je voulais remercier les anonymes qui postent des reviews, c'est très gentil à vous ! Et pour répondre à l'un d'entre eux : oui j'ai fait des recherches pour cette fic, beaucoup même, et j'en fais pour tous les chapitres d'ailleurs. :3

Il y a des thèmes peu joyeux évoqués dans ce chapitre, comme des pensées suicidaires.


Chapitre 2 : Pour une tasse de chocolat

Ivan ne savait plus où il en était. Il était toujours dans un état léthargique, restait le plus clair du temps dans son lit car il tombait dès qu'il posait un pied par terre. Il avait une boule d'anxiété constante dans le ventre, passait ses nuits à cauchemarder et ses journées à la fois coupé de la réalité car il ne distinguait plus le réel du faux, recroquevillé comme une boule de douleur.

Avant les vacances, le docteur A… Al… Alister ? Non, ce n'était pas ça du tout… le nom avait encore échappé à sa mémoire…

Quoiqu'il en soit, le docteur avait un tout petit peu commencé à le sevrer des médicaments avant les vacances. Mais là, c'était un vrai sevrage. Et il se demandait à quoi cela rimait.

Les médicaments ne lui faisaient pas du bien, mais qu'est-ce qui était pire que l'état dans lequel il se trouvait actuellement ? Sans arrêt il avait envie de vomir le peu de choses qu'il avalait sans parvenir à le faire. Ses maux de têtes l'envahissaient et étaient toujours plus intenses. Tous ses muscles étaient douloureux.

Une torture, au sens propre du terme. Il en venait à détester tout le monde, à le détester lui, à se détester lui-même aussi. Ivan regrettait l'état apathique que lui procuraient les médicaments, au moins ce n'était pas douloureux. Mais Al… Alfric ? Non, toujours pas… Mais le médecin n'écoutaient pas les suppliques qu'il lui lançait. Il diminuait très lentement la dose, et le Russe ne savait même pas depuis quand tout cela durait. Probablement une bonne éternité. Voire deux ou trois. Il se rappelait, maintenant, pourquoi il avait fini par se résigner. À vivre dans l'apathie ou la douleur pendant des jours ou des mois sans savoir si c'est l'un ou l'autre… on finit par s'abandonner soi-même. On se met à flotter, doucement, à suivre le courant, comme tous les autres qui ont abandonné avant nous.

Ivan pensait beaucoup à sa grande sœur dans ses moments les plus douloureux. Il repensait à ses maladies de quand il était petit. Sa main fraîche dans la sienne quand il avait la grippe, ses mots doux, ses compresses posées sur le front, ses bonnes tisanes… son sourire gentil…

Il sentait qu'elle lui avait offert une sorte de talisman qu'il avait toujours porté… il avait une vague idée de la forme, qui semblait floue dans sa mémoire. Cette chose, on la lui avait prise, il en était certain. Ivan y pensait sans arrêt. Il cherchait ce que c'était sans relâche, mais sa mémoire défaillante refusait de fonctionner. Et cet effort l'épuisait aussi bien mentalement que physiquement… Pourtant, il voulait se rappeler. Il sentait au plus profond de lui-même que s'il récupérait cet objet, il se sentirait mieux. Cet objet contenait la seule chose qui lui manquait vraiment de sa vie d'avant : la présence de sa grande sœur.

Hélas… cette dernière était obligée de s'occuper de leur père, par manque de moyens. Elle ne pouvait pas l'abandonner, elle était obligée d'en prendre soin, impossible de le mettre dans une maison de repos ou quoi que ce soit.

Or, tant que sa sœur et son père vivraient dans la même maison… Ivan n'y retournerait pas.

De plus, l'aînée devait également s'occuper de leur petite sœur. Cette dernière aussi avait un diagnostique psychiatrique peu joyeux, mais elle pouvait rester chez elle et recevoir des soins à domicile.

De plus, lui et sa petite sœur avaient interdiction de se voir.

« Pauvre Katyusha... » soupira Ivan en pensant à sa grande sœur.

-Pardon ? fit la voix désormais bien connue.

Ivan avait de toute évidence pensé à voix haute. Cela lui arrivait souvent depuis son sevrage. Il était persuadé que tout restait bien au chaud dans sa tête, mais ses pensées lui échappaient pour franchir le seuil de ses lèvres. Cela effrayait l'interne du médecin. Il devait croire qu'il divaguait. Il ne se souvenait pas du nom à celui-là non plus, ce jeune étudiant… Thor ? Non, ça ça avait un rapport avec quelque chose de la littérature. Ou un film ? Oh, qu'importe.

Il ferma les yeux et oublia au passage de répondre à l'interrogation du médecin.

L'instant d'après, il avait la sensation de flotter hors de son corps. Il ne ressentait plus rien. Ne pouvait plus bouger ni bras, ni jambes, ni même cligner des yeux. Et un voile était comme tombé sur son esprit, entre lui et la réalité. Il entendait la voix du médecin et de l'interne, mais elles étaient lointaines, si lointaines…

Ce brouillard était comme dans un rêve… il aurait presque pu s'y laisser aller…

La main chaleureuse le ramena à la réalité et il inspira un grand coup. *

-Ivan ? Que s'est-il passé ?

L'interpellé essayait de retrouver une respiration normale. Le voile brumeux semblait à la fois parti et toujours là. Il mit quelques temps à comprendre que ce qui restait était dû au sevrage médicamenteux.

Aussitôt, son ventre fut pris de crampes atroces, et comme par magie, la bassine prévue à cet effet fut là, sur ses genoux, au moment où il rendait le peu qu'il avait dans l'estomac. Le docteur l'avait de toute évidence observé avec inquiétude et avait réagi très rapidement. Ivan lui en était reconnaissant, pour le coup.

-Allez… ça va aller… lui dit doucement le blond en frottant délicatement son dos.

-Je… je vous déteste… annonça Ivan d'une voix rauque.

Un air peiné se peignit sur le beau visage du médecin. La vision d'Ivan était trop floue pour identifier de nouveau le nom accroché à la blouse.

-Voulez-vous que je vous laisse seul ? questionna tout de même le médecin, visiblement compréhensif.

-Oui ! Non !

Les deux Ivan avaient parlé successivement. Ivan lui-même ne savait pas lequel voulait quoi… le jeune homme se prit la tête dans ses mains. Il n'en pouvait plus de tout ça. Pourquoi ça ne pouvait pas simplement s'arrêter ? Lui ne voulait que la fin de tout cela. Que le rideau tombe une bonne fois pour toute, qu'il cesse d'exister, de souffrir, que la délivrance sonne enfin. Il avait envie de faire n'importe quoi pour que cela cesse, se jeter de toutes ses forces contre le mur, de s'arracher frénétiquement la peau, de se défenestrer. Il s'époumonait de toutes ses forces intérieurement.

-Toris, tu veux bien nous laisser ? demanda le médecin.

Ivan n'entendit pas l'interne ressortir, mais il devina son absence quand le blond posa ses mains sur les siennes. C'est à ce moment-là que le Russe se rendit compte qu'il avait enroulé ses bras autour de lui et qu'il crispait ses mains sur son t-shirt noir. Le contact le fit lâcher prise, comme si ses membres étaient soudainement épuisés.

-Envie de mourir ? l'interrogea-t-il placidement.

Ivan ne put que hocher la tête. Une angoisse terrible lui prenait le ventre, de même que l'envie de se rouler en boule et de pleurer. Et l'envie de tout casser, intérieurement aussi. Sa respiration se faisait sifflante, mais les doigts du blond canalisaient ce qui menaçait de déborder.**

-Ça va finir par passer… l'apaisa-t-il. Crise d'angoisse… ça va aller…

Il lui frotta le dos et lui murmura des paroles apaisantes durant quinze bonnes minutes, le temps que le Russe se calme. Alors qu'il écartait une mèche grise de devant ses yeux violets, tout tremblant, Ivan sentit le médecin s'asseoir sur son lit et passer son bras autour de ses épaules.

Dans son cerveau, la voix de l'autre lui dit qu'habituellement les médecins ne faisaient pas ce genre de chose, mais il fit taire sa voix***. Pourquoi ne le feraient-ils pas si ça faisait tant de bien ? N'était-ce pas le but d'un médecin de faire se sentir bien, après tout ?

Ivan aurait menti s'il avait dit qu'il se sentait complètement bien et apaisé. Mais son cœur battait normalement, la douleur se faisait secondaire dans son esprit, l'abrutissement provoqué par le sevrage s'était estompé le temps de ce contact…

Comme s'il était dans une bulle. Bien au chaud. En sécurité. Et la brume recouvrant sa mémoire se déchira.

Alfred. Il s'appelait Alfred.

Ivan ferma les yeux. C'était comme si le nom virevoltait dans sa tête, derrière ses paupières. Il n'y pensait pas, il le visualisait simplement. Le prénom se balada ainsi longuement, tout autour de lui et en lui. Puis il revint se ficher dans son esprit, comme une flèche. Gravé, là, dans sa mémoire, il y resterait définitivement.

-Depuis combien de temps vous êtes arrivé dans cet hôpital ? questionna Ivan.

-Depuis trois mois.

-J'ai mis trois mois à retenir votre nom.

Le médecin éclata d'un énorme rire, bruyant et joyeux. Un rire qui tira un petit sourire à Ivan. C'était la seule et unique personne qui parvenait à cet exploit, et sans le vouloir en plus.

Tout en riant, Alfred donnait des tapes dans le dos d'Ivan. Ce médecin américain était décidément assez amusant…

-Vous êtes très sincère ! Ça me plaît ! avoua le blond en rigolant. Plus sérieusement, c'est les médicaments ou le TDI ?

-Le TDI à la base mais les médicaments ne doivent pas arranger…

-Bon, ça devrait s'améliorer un petit peu alors ! Le sevrage est presque fini !

Ivan le regarda avec des yeux écarquillés. La torture allait prendre fin ? Vraiment ? Tout cela avait-il donc une fin ?

Pourtant, tout le sevrage ne lui avait donné qu'une envie : replonger dans tout cela et ne plus en sortir. Finalement, on devient dépendant à une forme de résignation. À la facilité, l'apathie, le fait de se laisser aller et transporter par la dépression. Ivan ne connaissait plus que ça. Qu'un monde nouveau puisse s'ouvrir à lui l'effrayait. Est-ce qu'il aurait la force de s'en extirper ? D'aller de l'avant et de ne pas se complaire dans son état ? C'était bien plus facile d'agir ainsi… et bien des êtres humains préféraient céder à la facilité. On ne pouvait pas leur en vouloir.

Et c'était dur pour Ivan d'imaginer un autre monde, à présent. La dépression avait quelque chose de… tranquillisant en un sens. Il savait ce qu'elle lui réservait. Il la connaissait comme une vieille amie.

-Bon, les symptômes ne vont pas s'estomper comme ça.

Il claqua des doigts pour appuyer sa phrase.

-Il va falloir un peu de temps, et votre corps doit se purger !

Ivan observa Alfred Jones balancer ses jambes en rythme dans le vide au-dessus du lit. Cet homme avait un côté enfantin qui détonnait de plus en plus dans cet asile.

-Mais vous allez pouvoir remarcher, déjà, ce qui est une bonne chose. Vous avez perdu trop de poids ! En même temps, la bouffe d'ici… beeeeeeeeh !

Une grimace de dégoût apparut sur le visage du blond tandis qu'il prolongeait la syllabe, et son patient devait avouer qu'il était entièrement d'accord avec lui. Les repas étaient encore plus immondes que ce qu'il mangeait, plus jeune, dans le self de son lycée. Et les chocolats chauds qu'ils servaient comme collation à vingt heures le soir avaient un goût d'eau stagnante. Vraiment pas appétissant…

-Est-ce que ça vous dirait qu'un jour je vous emmène manger en ville, Ivan ? Pendant une permission ? Je ne peux pas laisser votre sens du goût disparaître ! Ce serait un crime contre l'humanité ! Vous avez déjà mangé au fast-food ?

Le fast-food… cet homme en portait souvent l'odeur. Il devait sans aucun doute être un habitué des lieux. Ivan n'y avait jamais mis les pieds. Avant son internement, il avait le vague souvenir de plats faits maison. Cela devait provenir de sa sœur. Son père n'aurait jamais mis la main à la pâte, et l'idée que ce soit sa petite sœur ne collait pas, dans son esprit. Oui, ce devait être l'aînée.

-Non, jamais, répondit Ivan.

Son médecin prit l'air le plus choqué du monde, yeux écarquillés et bouche grande ouverte. Un air presque horrifié s'était peint sur son visage. Il semblait parfaitement outré de la réponse de son patient.

-Quoiiiiiiiiiiiiiiiii ? cria-t-il d'un ton très aigu. Mais, mais mais ! C'est affreux ! Vous avez raté votre vie alors !

-Si on considère que je ne me souviens même plus depuis combien de temps je suis dans cet asile et que j'ai une double personnalité psychopathe… on peut effectivement dire que j'ai raté ma vie, rétorqua le Russe avec humour.

Alfred afficha une moue boudeuse d'enfant devant le petit sourire amusé d'Ivan, ce qui eut pour effet d'étirer ce dernier. L'Américain avait croisé ses bras sur son torse. Lui aurait-on enlevé ses lunettes et sa blouse blanche qu'on n'aurait jamais pu deviner qu'il était médecin dans un hôpital psychiatrique.

C'était ce qui plaisait au géant aux yeux violets. Peut-être était-ce cela le problème des médecins. Ils étaient trop… médecins. Du moins ceux de l'hôpital. Ils devaient avoir perdu de vue leur objectif de venir en aide aux gens, qu'ils devaient pourtant certainement avoir lorsqu'ils avaient entreprit leurs études. Comme beaucoup d'adultes, ils avaient perdu leur âme d'enfant. Parfois, cela seul permet de préserver de la folie. Était-ce cela le secret du Dr Jones ?

-Puisque c'est comme ça, je vais vous traîner dans mon bureau pour vous faire un vrai chocolat chaud, à la cannelle, et digne de ce nom en plus ! bougonna-t-il.

Vu la menace terrifiante qu'il venait de prononcer, effectivement… cela semblait être ça, son secret. Ainsi que sa force, sa plus grande qualité… et, oui, Ivan devait bien l'admettre, cela faisait son charme.


* Dépersonnalisation : C'est, là encore, un symptôme du TDI. C'est une expérience vécue par le patient comme une perte de la réalité. C'est un peu comme si un voile (selon les témoignages) se posaient sur tous les sens et qu'on ne pouvait plus contrôler son corps ou quoi que ce soit. Les patients ont l'impression de ne pas être dans la réalité, mais plutôt dans un rêve où tout est flou et trouble.

** C'est une crise d'angoisse, cependant les crises d'angoisse peuvent être à des degrés plus ou moins forts. C'est une expérience pas du tout amusante à vivre, si vous en êtes victimes, je vous invite à ne pas rester seuls quand cela se produit et à ne pas hésiter à en parler (à un médecin, à un parents, etc.)

*** Autre symptôme du TDI, le fait d'entendre des voix, ce qui fait qu'on confond souvent ce trouble psychiatrique avec la schizophrénie.

Voilà, ce chapitre est terminé ! On se retrouve dans maximum une semaine pour la suite ! Merci à tous, que vous soyez actifs ou silencieux !