Disclaimer : Les personnages d'Hetalia appartiennent à Hidekaz Himaruya.
Notes : Hi ! Je reviens en avance pour poster le chapitre dix de cette fic ! Considérez cela comme une excuse de ma part, pour tous mes précédents retards !
Bon, je sais pas si c'est vraiment un cadeau parce que ce chapitre-là est pas drôle. Pas vraiment. Pas du tout même. Oh, et en plus y a aucun dialogue !
Mais il est important et la fin devrait rattraper tout ça… j'espère !
Bonne lecture à tous en tout cas !
Warning : Maltraitance, souffrance psychologique, pensées suicidaires, dépression… la fête de la joie quoi !
Chapitre 10 : Se souvenir
Quand nous sommes rentrés de l'école, ma sœur avait peur. Comme souvent, mais ce jour-là était spécial, elle avait reçu sa note pour un contrôle, et c'était une très mauvaise note. Maman avait beau être morte depuis trois ans déjà, Natalya n'arrivait pas à faire le deuil… comme nous tous. Mais ses résultats en pâtissaient. Elle n'arrivait à se concentrer sur rien, c'était une petite fille seule et morte de tristesse.
Notre mère lui aurait dit de ne pas s'en faire, que ce n'était pas grave et qu'elle se rattraperait la prochaine fois. C'est ce qu'elle disait toujours à Katyusha quand elle était encore en vie.
Mais notre père… c'était différent…
Il avait toujours été sévère, avant. Grand, fort… froid. J'avais déjà eu des claques. Douloureuses parce qu'il a de grandes mains et que j'étais tout petit, mais c'était plus ou moins mérité… quand j'avais fait des bêtises. Ce n'est pas le genre de claques dont on sort traumatisé à vie.
Mais il a changé après la mort de Maman. Avant il était déjà porté sur la bouteille, et ça a empiré après. Les bouteilles de vodka traînaient toujours par terre et Papa hurlait à Katia de les ramasser. La tête des voisins de palier quand elle descendait les sacs poubelle en bas et qu'ils entendaient le bruit des bouteilles s'entrechoquer…
D'ailleurs, ma première cuite, c'était lui. J'avais quinze ans je crois. Il m'a fait boire la bouteille en me disant que si je ne le faisais pas je ne serais jamais un homme… le pire c'est que j'y ai pris goût… et j'ai continué de boire après ça…
Enfin… toujours est-il que ce jour-là, Natalya avait peur.
Elle alla directement voir notre père. Histoire que ce soit fait, que ça passe vite. Je l'accompagnai, parce que je savais très bien ce qui allait se passer. Et jamais je ne le lui aurais dit, mais j'avais encore plus peur qu'elle.
Elle lui a tendu son contrôle en bredouillant d'une petite voix tremblante qu'il fallait qu'il le signe.
Il a regardé et est resté silencieux.
Le calme avant la tempête.
Il s'est ensuite mis à crier des choses comme quoi elle était une incapable, inutile, qu'elle ne servirait jamais à rien si elle continuait comme ça. Il a dit beaucoup d'autres choses horribles dont je ne me souviens plus vraiment, mais qui ont fait pleurer Natalya. Ses larmes l'ont encore plus mis en colère.
Il lui a dit qu'il allait l'endurcir et a levé la main… et puis j'ai fait comme j'avais toujours fait depuis la mort de Maman. Je l'ai poussée et j'ai pris la claque à sa place. Puis tous les autres coups qui ont suivi.
Notre père ne frappait même pas pour punir, juste par haine et par colère. Il frappait pour frapper, et depuis qu'il avait commencé, je m'étais toujours interposé entre mes sœurs et lui. Je ne crois pas qu'il ait déjà porté la main sur elles comme il le faisait sur moi, parce que j'étais toujours là. Je ne voulais pas qu'elles ressentent ça, cette douleur, cette peur. J'avais mal, très mal, des fois je saignais et j'étais couvert de bleus, des fois il utilisait d'autres choses que sa main pour me frapper, comme ses pieds ou une ceinture.
Mais ce n'était pas si grave, puisque Katyusha et Natalya n'avaient rien. Ce n'était pas si grave. C'était ce que je me répétais en boucle, le soir, dans ma chambre, quand je faisais tout pour ne pas pleurer. Les larmes de mes sœurs l'énervaient, mais les miennes étaient pires. La seule fois où j'avais pleuré devant lui passé le CP, il m'avait agoni d'insultes en me disant que je ne serais jamais un homme « à chouiner comme ça ».
J'ai refoulé pendant des années et des années. Je ne pleurais jamais, je me renfermais chaque jour un peu plus sur moi-même. Je n'étais pas la victime de l'école, mais je n'avais pas d'amis pour autant. Les autres me trouvaient bizarre, à être silencieux et à toujours lire.
Je lisais beaucoup parce que ma mère le faisait. J'essayais à tout prix de faire vivre un peu d'elle en moi, parce que ma plus grande peur a toujours été de devenir comme lui.
Je n'ai jamais compris pourquoi elle s'était mis avec lui. Est-ce qu'il avait été violent avant elle ? Est-ce qu'elle l'avait apaisé ? Peut-être. Je n'ai pas tant que ça de souvenirs d'elle, mais c'était la personne la plus gentille et la plus douce du monde. Katyusha lui ressemble beaucoup, dans son attitude.
Toujours était-il qu'à part mes sœurs, je n'avais personne. Un ou deux amis, mais on était pas très proches. C'était plus des gens dont je savais que je pouvais me mettre en groupe avec eux pour les exercices ou les exposés. On parlait sans réellement se connaître.
Et ça a duré longtemps comme ça. Jusqu'au lycée, où je suis tombé amoureux pour la première fois.
D'un homme. Je crois que ça a été la pire réalisation de ma vie pour moi. Mon père était homophobe et malgré le fait que je grandissais beaucoup et assez vite, j'avais toujours peur de lui. Je ne l'avais pas encore dépassé, je n'étais pas assez musclé, il pouvait toujours me faire du mal et il ne s'en privait pas.
Comment aurait-il réagi en sachant que son fils, son seul fils, était homosexuel ? Il m'aurait mis dehors dans le meilleur des cas, et dans le pire… je ne préférais pas y penser.
J'ai encore plus refoulé, et donc j'ai encore plus souffert.
J'étais tout le temps tenté de me faire du mal, physiquement, pour compenser la douleur que je ressentais à l'intérieur. Mais la douleur physique, je l'avais trop connue. Je ne voulais pas me l'infliger moi-même, j'ai essayé de trouver d'autres moyens, alors je me suis mis au sport. Aux sports de combat. Et ça a été une révélation. Je me donnais tellement à fond là-dedans que je libérais toute ma tension, je me vidais l'esprit, je m'épuisais. Et ça me faisait un bien fou ! C'était surtout la boxe, je m'abandonnais totalement quand j'en faisais. C'était addictif tellement ça me faisait du bien de me donner corps et âme dans quelque chose qui me soulageait à ce point.
J'ai aussi fait de la musculation, plus régulièrement par la suite, pour me garder en forme par un moyen moins violent, mais ça n'a jamais été aussi libérateur.
Faire du sport comme ça m'a un peu redonné confiance et m'a fait prendre conscience que mon corps m'appartenait tout entier, que j'avais le droit d'en faire ce que je voulais, et que j'avais le droit de ne pas vouloir certaines choses. J'ai eu ma première relation amoureuse à cette époque, ça n'a pas duré longtemps, mais je suis tombé sur un garçon gentil et compréhensif. Il a fini par déménagé et je ne l'ai jamais revu, mais j'ai été heureux de tomber sur lui pour ma première relation et ma première fois, parce que je ne suis pas sûr que je l'aurais supporté sinon. J'avais des pensées suicidaires à l'époque, assez fortes, et j'aurais pu sombrer au moindre gros choc.
Et finalement, je suis assez fier d'être en vie, là, maintenant. J'ai survécu pendant une trentaine d'années même si je suis enfermé. Beaucoup de gens perdent la bataille, ils ne sont pas lâches ou faibles… mais on ne se rend pas compte que ceux qui résistent continue de se battre contre eux-même au quotidien, pour chaque petit fait ou geste.
Pourtant on a souvent, très souvent l'espoir de s'en sortir, et j'y crois à cet espoir. La vie est pas faite pour être noire du début jusqu'à la fin. Chaque souffrance est importante, petite ou grande. Tout le monde connaît des souffrances, certains plus que d'autres et personne n'est égal à la douleur. Et tout le monde mérite d'être aidé, tout le monde a le droit d'en parler si besoin, c'est… je sais pas, ça devrait même être obligatoire. Parce que je sais que je refusais d'en parler, par fierté, parce que je ne voulais inquiéter personne, mais finalement, si j'en avais parlé, peut-être que ça n'aurait pas dégénéré à ce point… je regrette de ne pas l'avoir fait, je le regrette tellement… les gens appellent ça de l'égoïsme, mais vivre pour les autres ça sert à quoi ? Moi ça m'a juste servi à devenir un monstre. Si un jour je sors, je vivrai pour moi et moi seul, je ferai ce que j'ai envie, je ne laisserai plus ma conscience faire ce qu'elle veut de moi. Je parlerais de ce qui ne va pas si on veut bien m'écouter et surtout, je ferai tout pour être heureux. J'ai le droit d'être heureux, non ?
Enfin bref…
Après le lycée, je suis entré à l'université. Une école de management. Ça ne me plaisait pas plus que ça et j'arrivais encore moins à me tourner vers les autres. C'est l'époque où ça a commencé.
Avant, c'était la dépression. Puis ça a commencé à évoluer, à changer, à se modifier… j'ai commencé à entendre d'autres voix. Pas comme celle qu'on s'invente tous, souvent, de vraies voix, qui me faisaient peur. Mais ces voix ne sont vite devenues qu'une seule. J'avais souvent des dépersonnalisations, j'oubliais des pans entiers de mes souvenirs et j'ai eu des périodes de plusieurs heures, voire quelques jours, où j'oubliais tout. Même qui j'étais.
Et c'est vraiment la chose la plus horrible que j'ai pu expérimenter, pire que ma pire crise d'angoisse… ne pas se souvenir de qui on est… savoir qu'on a un passé mais qu'il est comme derrière un mur infranchissable… ne pas pouvoir mettre de nom sur son propre visage ou sur les gens qui semblent nous connaître depuis l'enfance… c'est vraiment l'expérience la plus horrible et la plus effrayante que j'ai pu vivre.
Je me donnais à fond dans mon travail, j'ai décroché mon premier diplôme, puis mon Master, parce que je ne faisais que ça, que ça, que ça… alors que ma maladie commençait à me ronger de l'intérieur.
Puis… chômage, et petits boulots qui ne valaient rien, mais qui étaient toujours ça de pris. J'étais toujours chez mon père avec mes sœurs, du coup je ne profitais quasiment pas de ce que je gagnais parce qu'il gérait tout, mais au moins, j'étais plus grand que lui, j'étais musclé, il n'osait plus s'en prendre à moi. Je continuais de lui cacher mon homosexualité, évidemment… et moi, j'avais toujours peur de lui.
Je ne pouvais plus aller à la salle de sport, j'avais un sac de frappe mais ce n'était pas suffisant, et surtout, surtout… ma maladie s'était complètement développée. Il y avait cet autre moi qui surgissait et dont je n'avais même pas conscience qu'il le faisait. Il me rendait violent. Comme mon père.
Mais je n'ai jamais fait de mal à mes sœurs.
Sauf que je n'étais pas le seul. Natalya aussi. C'était d'elle dont j'étais la plus proche, parce que Katia était ouverte, sociable, joyeuse. Talia, elle, est comme moi. Silencieuse, renfermée. Elle n'a jamais réussi à se faire de vrais amis, alors on était souvent, très souvent ensemble.
Pourtant je ne l'ai pas vue venir, sa schizophrénie… et son comportement obsessionnel compulsif.
Je ne saurais pas décrire exactement ça… elle le ferait mieux que moi. En tout cas, elle avait des hallucinations, visuelles, auditives, bien pires que celles que j'avais. Si on ne compte pas mon autre moi, on va dire.
Elle a développé une sorte d'amour inconditionnel, malsain, dangereux envers moi. Elle voulait qu'on se marie, elle voulait que je lui appartienne à elle et rien qu'à elle, à tel point qu'elle est devenue dangereuse pour moi.
C'est à peu près au moment où elle a commencé à voir un psy tellement elle était effrayante dans son comportement que c'est arrivé.
Je poussais ma moto empruntée à un collègue dans la rue, elle était en panne d'essence, et l'homme avec qui j'étais à l'époque me raccompagnait car il habitait à côté. Nous étions dans un quartier mal famé, et je suis tombé sur un groupe de « caïds ». Ils ne se sont pas laissés impressionnés par ma stature alors qu'habituellement, j'étais tranquille grâce à elle. Mon compagnon est rentré chez lui après m'avoir embrassé et… les insultes sont partis. Ils ont été très violents de ce côté-là, je ne m'y suis pas attendu, et ils ont fait tomber la moto par terre, et l'ont gravement abîmée.
Je ne sais pas trop ce qui s'est passé au juste. Je crois que j'ai juste… explosé. Toute ma haine, ma rage, ma frustration, ma douleur, ma souffrance, ma maladie, ma dépression, tout ça, ça a explosé, d'un coup en moi. Je refoulais depuis tellement d'années que ça a littéralement mis le feu aux poudres.
Je ne les ai pas tués… mais ils ont fini à l'hôpital et ils ont mis du temps à en ressortir. Moi j'ai mis un moment à me rappeler de ce que j'avais fait alors que mon démon intérieur avait pris le dessus. Ça s'est fini en procès, on m'a fait voir un psy pour déterminer si ça avait une cause psychologique. J'avais déjà été diagnostiqué mais là ils ont compris la sévérité de ma maladie.
Je n'ai pas eu de sanction à cause de ma maladie, pas de sanction pénale je veux dire… à part l'hôpital psychiatrique. Très certainement à vie puisque je suis dangereux.
Et voilà où j'en suis maintenant.
Devant toi, à te raconter ma vie…
Alfred regarda Ivan. Il s'était figé durant son récit, pendant la consultation. Les joues d'Ivan étaient baignées de larmes mais le médecin n'était même pas sûr que le Russe s'en soit aperçu.
Son histoire, résumée, avait remué quelque chose en lui… il avait envie de pleurer lui aussi. Pleurer sur l'injustice de tout ça. Il savait que les patients atteints de TDI avaient très souvent été maltraités durant leur enfance mais là… il imaginait tout ce qu'Ivan avait dit à demi-mot ou bien avait tu. Il avait l'impression de ressentir la douleur du grand slave comme si c'était la sienne.
Et il crevait de savoir que des vies innocentes étaient détruites par des événements, des mauvaises enfances, des parents, des frères, des sœurs, des mauvaises personnes rencontrées au mauvais moment… il crevait de cette injustice.
Et la douleur d'Ivan le tuait encore plus parce qu'il l'aimait.
Alors, impulsivement, instinctivement même, il se pencha par-dessus son bureau sans réfléchir une seule seconde, comme si son corps agissait tout seul.
Il vit les yeux violets s'écarquiller avant de fermer les siens et de laisser agir son être entier.
Leur premier baiser avait un goût de sel, mais il était si doux qu'ils eurent l'impression de perdre la tête…
