~o~o~¤~o~o~
L'amour n'a pas de prix
~o~o~¤~o~o~
~o~¤~o~
Tourner en rond. Assis. Debout. Souffler. Grogner. Cogner les murs. Ainsi était-il. Nerveux, agité, énervé, perdu. Tel un lion en cage, Ichigo s'efforçait de garder le contrôle de ses nerfs et résister à son instinct livrant une féroce bataille contre sa conscience.
Trois jours. Trois putains de jours qu'il était enfermé dans son appartement, allant non seulement jusqu'à sécher les cours pour la première fois en deux ans mais aussi négliger ses devoirs, d'appeler Chad, son meilleur ami, et même de manger décemment. Bordel, son cerveau saturait. Cette fille le rendait fou !
Elle était là à lui en vouloir pour des conneries ! Ne voyait-elle donc rien ? Il l'avait embrassée et elle avait répondu, merde ! Y avait-il un moyen plus explicite de lui faire savoir qu'il... qu'il... raaah... Rien que d'y songer, la joue qui avait accueilli la gifle qu'elle lui avait gracieusement donnée le lançait. Ichigo s'agrippa les cheveux dans un grognement. Combien de temps encore allait-il tenir sans exploser ? Sans péter un plomb et commettre un acte qu'il pourrait regretter ? Merde, merde...
- Ichigo ? C'est moi, ouvre-moi s'il te plaît. Je sais que tu es là et je ne partirai pas sans t'avoir vu et parlé.
Cette voix inattendue le figea sur place, paralysant momentanément son anxiété. Finalement, il reprit contenance, déverrouilla la porte d'entrée.
- Maman...
Parée d'un sourire triste, celle-ci le serra fortement contre elle sans attendre en empoignant son t-shirt dans son dos.
- Tu vas bien ? s'inquiéta-t-il, ses bras autour d'elle.
- Oui, affirma-t-elle, la tête sur son épaule. Je suis surtout contente de voir que toi, ça va. Physiquement en tout cas.
Rassurée, Masaki entra, retira ses chaussures et enfila sa paire de chaussons attitrée.
- Tu veux quelque chose à boire ou à manger ? proposa Ichigo en la rejoignant dans le salon.
- Non, merci. Assieds-toi près de moi, l'invita-t-elle en tapotant le canapé à ses côtés.
Il s'exécuta avec un soupir. La discussion sérieuse mère-fils était en vue.
- Pff... tu veux parler, hein.
- Je te connais, Ichigo, poursuivit sérieusement sa mère. Quand tu t'éloignes de nous comme ça et que tu t'isoles pour réfléchir, c'est que quelque chose te tracasse. Mais si en plus tu sèches les cours, c'est qu'il s'agit d'un sujet plus grave qu'il n'y paraît. Dis-moi ce qu'il y a.
Agacé d'être percé à jour, le roux croisa les bras et regarda sur le côté.
- Ichigo...
- C'est Orihime, grogna-t-il.
Masaki posa doucement une main sur son épaule, son inquiétude laissant place à la tristesse.
- Raconte-moi, dit-elle à voix basse.
Cette histoire le rongeait depuis des jours, sa mère était la seule à qui il pouvait vider son sac sans se sentir faible en raison de sa sainte horreur de se confier en règle générale.
- Pendant trois mois, je suis sorti avec une fille, Kanna. Dès le début, il était convenu qu'on soit ensemble comme ça, sans aucun sentiment, amorça-t-il. Seulement, j'ai fini par rompre avec elle et j'ai appris après qu'elle était tombée amoureuse de moi. Je me serais donc trompé sur son compte mais je ne regrette rien.
Sa mâchoire se crispa.
- Histoire d'ajouter de la merde à l'histoire, il s'avère que Kanna est l'amie d'Orihime et s'est confiée à elle. Maintenant, Orihime m'en veut.
Masaki laissa échapper un soupir.
- Tu te confies toujours à moi sur presque tous les sujets et en tant que mère, je me dois d'être de ton côté tout en te faisant part de tes torts, commença-t-elle.
C'était plus que vrai. Ichigo n'était pas du genre à se dévoiler, à dire quand ça n'allait pas ou à demander de l'aide. Mais avec sa mère, c'était différent. Elle était la première à qui il pensait en cas de souci, la première à qui il demandait conseil, la première à voir lorsqu'il était soucieux ou contrarié. Il l'aimait, même s'il ne lui disait pas souvent, et la fierté qu'elle éprouvait pour lui était très importante à ses yeux.
Pour Ichigo, sa mère était tout. Alors voir le reproche dans ses prunelles compressa son cœur.
- Tu sais que je n'approuve pas ce qu'il s'est passé avec Kanna.
- Ne me regarde pas comme ça, t'as l'air déçue.
- Je le suis. Ton père et moi ne t'avons pas élevé ainsi.
- Mais Kanna était d'accord ! Elle ne voulait pas rester seule et...
- Je ne veux pas entendre tes excuses, le coupa fermement sa mère. Un couple ne doit se former qu'entre deux personnes qui s'aiment vraiment. Dans aucun autre cas.
Honteux, Ichigo préféra détourner ses orbes. Les yeux de sa maman débordaient trop de déception et il ne le supportait pas. Décevoir sa mère était vraiment insupportable et il réalisait maintenant avoir agi comme un con. Oui. Il n'aurait jamais dû accepter cette situation merdique.
Le sentant, la jolie femme prit sa main dans la sienne pour lui faire comprendre que malgré son attitude, elle le soutenait et ne l'aimait pas moins. Il perçut cela.
- La raison qui t'a poussé à laisser Kanna est la même que celle qui t'a incité à sortir avec elle en premier lieu, n'est-ce pas ?
Tch. Elle le connaissait vraiment trop bien.
- Ouais.
Il se tut, soudain passionné par le tapis. Masaki patienta tranquillement, sachant qu'il parlerait une fois prêt.
- J'aime une autre fille, confessa son fils, les pommettes rosées.
Silence.
- Et c'est Orihime.
Silence plus prolongé. Intrigué, il pivota vers elle.
- Tu ne dis rien ?
- Je ne suis pas étonnée, répondit-elle, les lèvres frémissantes.
- Hein ?
- Je sais que tu l'aimes depuis la première fois que tu l'as vue.
Les yeux ronds, le jeune homme resta bouche bée plusieurs secondes.
- Comment tu...
- Une mère sent ces choses-là, sourit-elle en rangeant une mèche caramel derrière son oreille.
- Mais ça fait deux ans...
- Oui. Deux ans que je vous vois vous tourner autour en me demandant lequel des deux fera le premier pas. Vu ce que tu m'as dit, c'est une bonne chose qu'il ne soit rien arrivé entre vous vu ton passé avec Kanna.
- Pas si sûr.
- Que veux-tu dire ?
Ichigo fuit son regard et enfonça ses mains dans ses poches, mal à l'aise.
- Je l'ai embrassée.
Masaki fronça les sourcils.
- Orihime chan ?
- Oui.
- Pas contre sa volonté ?
- Non ! Je ne suis pas de ce bord-là, maman et tu le sais. Je lui ai en quelque sorte demandé la permission et... et voilà. Elle y a répondu.
- Bon..., marmonna-t-elle, ne sachant pas trop quoi penser. Alors j'imagine que c'est positif et qu'elle pourrait revenir vers toi même si j'ignore encore comment.
- Tch, c'est vite dit. Elle m'a giflé avant de me demander de la laisser, lâcha-t-il, irrité par ce souvenir. Ça fait deux ans que je la regarde de loin, c'est pas pour la perdre de vue maintenant.
- Tu ne lui as pas dit ça ? s'exclama sa mère, perturbée d'apprendre tout cela.
- Si.
- Ichigo !
- Quoi ?
- Cela te fait passer pour un homme ne manquant pas de culot.
- Pardon ?! ne digéra-t-il pas, vexé.
- Tu n'as rien tenté pendant deux ans et là, tu te permets d'en quelque sorte... la réserver, lui laisser entendre que tu ne la laisseras pas s'éloigner de toi, l'éclaira la femme.
- Ouais, exactement. Et alors ? gronda son fils, la mine plus renfrognée que jamais.
Masaki se leva pour lui faire face, l'air à la fois déçue et désolée.
- Elle ne t'appartient pas. Après ce que tu viens de me raconter, deux questions se posent, Ichigo, débuta-t-elle, choisissant bien ses mots. Que ressens-tu réellement pour Orihime chan et comment comptes-tu le lui faire comprendre en respectant ses sentiments que tu as troublés, voire chamboulés ?
~o~¤~o~
~o~¤~o~
Longue journée. Oh oui, ce fut une très longue journée. Les jambes lourdes et prise pour cible par un mal de tête persistant, Orihime était heureuse que ce jour touche enfin à sa fin. Avoir des problèmes personnels était déjà difficile à gérer mais quand en plus la vie professionnelle s'assombrissait également, ce n'était pas évident de faire face stoïquement.
- Bonsoir belle demoiselle. Ça te dirait de venir faire un tour dans ma nouvelle bagnole ? Je veux bien te faire tester la banquette arrière.
Cette déclaration d'un voyou fut ponctuée par les rires de ses potes. Habituée mais pas à l'aise avec cet environnement pour autant, Orihime resserra sa veste et accéléra le pas. Elle ne fut soulagée que lorsque le cabinet médical se trouvait loin derrière et la maison en vue. Ce cabinet dans lequel elle travaillait depuis deux semaines maintenant, deux semaines depuis sa dispute avec lui...
Secouant la tête, la belle déverrouilla la porte et franchit le seuil. Sora n'était pas encore rentré, il l'avait prévenue qu'il irait voir Miwa après le travail donc elle ne s'inquiétait pas. En se déchaussant et ôtant sa veste, Orihime ferma les yeux et se retrouva une nouvelle fois victime des mêmes images. Celles qui s'étaient déroulées aujourd'hui même. Cette pauvre femme et une petite fille rouées de coups sans raison par l'un des gangs du quartier.
Choquée, la princesse s'était précipitée pour leur venir en aide dès qu'elles entrèrent dans le cabinet dans un état très critique. La femme supplia Orihime de sauver la fillette dont elle avait pris la défense avant de rendre son dernier soupir dans les bras de la beauté auburn. Peu après, la fillette en question décéda des suites de ses blessures.
Cette journée fut vraiment pénible, sombre, difficile.
Orihime secoua une nouvelle fois la tête pour se reprendre. Sa devise était d'oublier le travail une fois l'établissement médical quitté. Cela pouvait paraître dur pour certain mais c'était vital pour elle. Si elle ne le faisait pas, le métier auquel elle se destinait pourrait la dévorer en raison des choses horribles dont elle pouvait être témoin.
En jetant un œil sur l'horloge, elle constata qu'il était l'heure du dîner et elle commençait à avoir faim. Seulement, une douche lui ferait du bien dans un premier temps et c'est ainsi qu'elle monta dans la salle de bain.
Une fois sous l'eau tiède et agréable, il se passa la chose habituelle dans son esprit : la porte fermée de ses inconvénients professionnels ouvrait celle de ses ennuis personnels. Orihime attrapa son gant, le gorgea exagérément de gel douche et frotta son corps fatigué.
Cela faisait deux semaines qu'elle n'avait pas la moindre nouvelle d'Ichigo ni de Kanna. Orihime se dégoûtait d'elle-même. Avant les derniers événements en date, elle vivait parfaitement sans nouvelle d'Ichigo puisqu'elle y était habituée, ils n'étaient même pas amis. Et là, elle pensait souvent à lui, se demandait ce qu'il faisait, comment il allait alors qu'il était l'ex d'une très bonne amie pour qui il n'éprouvait pas le moindre sentiment.
La princesse ajusta le pommeau au-dessus de sa tête et attrapa le shampooing. Qu'est-ce qui n'allait pas avec elle ?! Elle avait de toute évidence un problème dans le genre sérieux pour rester focalisée sur un garçon qui l'avait déçue.
Lasse, la jeune fille quitta la douche, se sécha et enfila son pyjama constitué d'un vieux pantalon de jogging et d'un débardeur. Ensuite, elle sécha brièvement sa chevelure au sèche-cheveux et redescendit pour se rendre à la cuisine. Dans les marches, elle entendit des bruits de pas familiers avant que la porte d'entrée ne s'ouvre une fois de plus.
- Bienvenue à la maison, onii chan, s'exclama-t-elle doucement. Je m'apprêtais à cuire le dîner.
Sora fronça les sourcils à cet accueil pas du tout chaleureux comme ceux auxquels il avait pris l'habitude. Il rangea ses chaussures, accrocha sa veste au porte-manteau et scruta son visage.
- Oh, c'est inutile, j'ai appelé pour commander le repas en venant à la maison. Nous serons livrés dans dix minutes.
- Ah, fit simplement sa sœur, toujours au milieu de l'escalier. Ta journée s'est bien passée ?
- Plutôt, oui. Et la tienne ?
- Impeccable, rien à dire ~ ! affirma-t-elle avec un large sourire sans le regarder.
- Miwa te passe le bonsoir, déclara-t-il.
- C'est gentil à elle ! Tu lui transmettras la même chose de ma part, hein ? Euh bon, tu m'appelles quand le repas sera là, d'accord !
Sur quoi, elle fila rapidement dans sa chambre sans remarquer l'expression peinée de son grand frère. Orihime se jeta sur son lit à plat ventre, la tête dans l'un de ses oreillers. Elle en avait marre. Ce point sur son estomac, cette boule dans son ventre, cette douleur lancinante dans son cœur, c'était trop à supporter.
Pourquoi n'avait-elle pas le droit à l'Amour, le vrai ? Pourquoi le seul homme à qui elle réservait son cœur avec tous les sentiments profonds qu'il contenait l'avait-il blessée de la sorte ?
Elle avait détesté son corps en raison de tous les garçons qui n'avaient cherché qu'à coucher avec elle mais à présent, elle se détestait tout court pour avoir été incapable d'être digne d'un seul homme. Ou plutôt qu'Ichigo ne soit pas digne d'elle. Alors en fin de compte, c'était sans doute lui qu'elle détestait... Elle comprenait mieux que jamais les personnes prétendant qu'entre la frontière séparant l'amour et la haine, il n'y avait qu'un pas.
- Orihime ?
L'intéressée ne broncha pas, Sora était ainsi. Il voyait tout de suite quand ça n'allait pas fort même si elle s'appliquait à jouer la comédie pour faire croire l'inverse. Si bien que lorsqu'elle le fuyait, il venait définir la source de son état d'esprit chamboulé.
- Petite sœur.
Elle ne put l'ignorer plus longtemps, la profonde inquiétude teintait sa voix. Orihime se retourna, s'installa le dos contre ses oreillers et entoura ses jambes ramenées contre sa poitrine. Assis à côté d'elle, son frère posa doucement une main sur son genou.
- Tu m'as l'air sur le point de pleurer.
- Absolument pas, contredit-elle avec une petite moue en séchant une larme traîtresse.
Il sourit tristement malgré lui.
- Allez, raconte-moi, l'encouragea-t-il à mi-voix. Cela fait deux semaines que tu n'es pas bien, j'attendais que tu m'en parles et tu ne l'as pas fait. Tu as vingt ans et j'estime que tu as besoin de ton espace, mais je ne supporte plus de te voir souffrir autant alors parle-moi, Hime.
Ses paroles touchèrent sa sœur. Elle appréciait que Sora ne soit pas du genre à la presser de questions quand elle était tourmentée, mais pour autant cela ne signifiait pas qu'il se fichait d'elle et de ses problèmes. Un frère exemplaire.
- C'est au sujet de... de Kurosaki kun.
Sora fronça les sourcils.
- Ichigo san ? Il est gentil et semble t'apprécier donc pas disposé à te blesser. L'aurait-il fait ?
Elle ne dit rien et dévia ses prunelles.
- Orihime, éleva-t-il légèrement la voix, de plus en plus inquiet. Que s'est-il passé entre vous ?
La belle enfouit sa tête dans ses bras, le front entre ses genoux.
- Je veux croire qu'il n'a pas fait exprès mais dans un sens, si..., dit-elle, la voix étouffée.
Un sentiment étrange se déploya en Sora.
- Que veux-tu dire ?
- Il est sorti avec Kanna chan durant trois mois avant de rompre avec elle... à cause de moi. Tous deux s'étaient mis d'accord pour former un couple sans le moindre sentiment. Kanna chan a accepté pour ne pas rester seule et Kurosaki kun l'a fait pour me faire réagir. Ce qu'il n'avait pas prévu, c'est que Kanna chan tomberait amoureuse de lui et il s'en fiche ! Je lui en veux tellement ! évacua Hime en pleurant.
Sora resta silencieux un moment tout en lui caressant la nuque. Après quelques instants, il reprit la parole.
- Tu es amoureuse d'Ichigo san et je comprends ta déception.
La princesse releva le menton en manquant de s'étouffer suite à ce qu'elle venait d'entendre.
- Comment tu...
- Je le sais depuis un moment, sourit-il. Longtemps je me suis demandé pourquoi tu partais à la clinique Kurosaki avec une heure d'avance parfois. Après plusieurs semaines, j'ai fini par comprendre que tu t'y rendais en fonction des horaires d'Ichigo san.
- Tu es très observateur, Sora nii, commenta Orihime en tortillant l'une de ses longues mèches.
- Je connais surtout ma sœur par cœur. Ce que tu ignores, c'est qu'il est passé à mon travail avant-hier.
- Quoi ?!
- Il m'a dit que tu travaillais dans ce cabinet médical mal situé et qu'il s'inquiétait, poursuivit sérieusement Sora. Il a ajouté qu'il aimerait que je te fasse démissionner même si tu ne reviens pas à la clinique Kurosaki. Lorsque je lui ai demandé ce qu'il s'était passé, Ichigo san s'est excusé et est parti sans plus d'explication. A présent, je comprends un peu mieux.
Il marqua une pause et enchaîna.
- Orihime, tu mènes ta vie comme tu l'entends mais le fuir en travaillant dans un quartier si dangereux n'est pas la solution.
- Je sais, je te promets de postuler ailleurs, répliqua-t-elle en pliant ses orteils recouverts de chaussettes. Mais rester en sa présence est si difficile après l'autre jour.
- Le fait qu'il soit venu me voir prouve qu'il se soucie de toi, lui fit-il prendre conscience.
- Ça ne change rien à mes yeux, ça n'efface pas ce qu'il a fait et ne me donne pas envie de lui faire face ou bien de lui parler à nouveau.
Son frère ne posa pas de questions à ce sujet, conscient qu'il s'agissait encore de l'intimité de sa sœur qui lui en parlerait seulement si elle le désirait.
- Tu en veux à Ichigo san mais pas à Kanna chan alors qu'ils se sont mis ensemble avec la même idée de ne tisser aucun lien d'après ce que tu m'as dit.
- Um. Seulement, comme je te l'ai précisé, elle a fini par développer de l'amour pour lui et il n'a pas hésité à la jeter comme si elle n'était rien.
- Je ne cautionne pas ce qu'ils ont fait mais ne crois-tu pas être un peu injuste, Orihime ? l'interrogea-t-il doucement. Kanna chan a fini par l'aimer mais on ne peut rester avec une personne qu'on n'aime pas. Aurais-tu préféré qu'Ichigo san partage sa vie pour vivre un amour à sens unique ? Juste pour éviter à ton amie de souffrir ?
Elle baissa la tête.
- Évidemment que non, murmura-t-elle en reniflant.
- Réfléchis bien, lui conseilla son aîné. Au fond, il est possible que tu en veuilles à Ichigo san de ne pas s'être déclaré à toi durant ces deux dernières années et d'avoir utilisé Kanna chan pour attirer ton attention. Ce qu'il y a, c'est que tu n'as pas non plus fait de pas vers lui, Hime. En sachant cela, pose-toi une question : pour quelle réelle raison es-tu sortie avec Tomoharu ?
Sa question eut de l'impact sur sa cadette qui écarquilla les yeux. La sonnette de la porte d'entrée retentit et brisa leur instant de complicité.
- On dirait que le dîner est arrivé, fit Sora, redressé.
- Uhum. Onii chan ?
- Oui ?
Orihime s'agenouilla sur le lit et le serra fortement dans ses bras, ses yeux reconnaissants fermés dans le creux de son cou.
- Merci beaucoup. Je t'aime tellement.
- Ne me remercie pas, c'est normal d'être là pour toi et je le serai toujours, chuchota-t-il dans ses cheveux humides, ses bras protecteurs fermement autour d'elle. Je t'aime aussi.
~o~¤~o~
~o~¤~o~
Deux semaines plus tard
- N'oubliez pas qu'en raison des travaux, le prochain cours aura lieu dans l'aile Est et que je testerai vos connaissances dans un devoir prévu le jeudi 26. Bonne fin de semaine à tous.
Dès la fin du cours, Ichigo rangea très vite ses affaires dans le but de partir le plus loin possible. Suite à sa conversation avec sa mère, il avait décidé de revenir sur les bancs de l'université. Au début de l'heure, son professeur lui avait dit souhaiter lui parler avant qu'il s'en aille sauf qu'une fois son sac rempli de ses livres, le roux esquiva habilement son enseignant.
Il savait déjà quels sujets il aborderait : ses absences injustifiées et ses dernières notes qui avaient dégringolé. Ichigo en connaissait la raison et franchement personne d'autre, encore moins quelqu'un qu'il considérait comme un inconnu n'avait besoin de la connaître.
Une fois les portes principales passées, il s'engagea dans la direction de son appartement pour se changer avant d'aller rendre visite à ses parents, notamment à ses sœurs. Pressé et l'esprit ailleurs, il ne s'attendait donc pas à ce que l'objet de ses pensées se matérialise devant lui, à l'angle de la rue.
- Orihime, souffla-t-il, les yeux ronds.
- Bonjour, Kurosaki kun.
Un mois qu'il ne l'avait pas vue, entendu sa voix, eu des nouvelles d'elle. Et là, elle se tenait devant lui dans sa robe simple mais jolie et ses sandales montrant ses orteils et accentuant la longueur de ses jambes.
- Comment tu vas ? se renseigna-t-il.
- Bien, merci, répondit-elle, un léger sourire ornant ses lèvres, sa main retenant une mèche de cheveux. C'est mon jour de congé aujourd'hui, je m'apprête à aller faire quelques courses.
- Tu es devant ma fac par hasard ?
Le sourire d'Orihime s'envola.
- Non. Je voulais te voir pour te parler.
Ichigo ne dit rien et attendit, ne sachant pas trop à quoi s'attendre. Après un mois de silence, quel serait l'aboutissement de ses réflexions ?
- On ne peut pas être ensemble.
Il s'étouffa avec sa salive.
- Quoi ?
Les mots simples mais durs qu'elle avait prononcés flottaient entre eux tel un mauvais nuage.
- J'ai longuement réfléchi, livra Orihime, visiblement peinée.
- Et tu as abouti à cette conclusion ?! s'irrita-t-il malgré lui.
- Oui.
- Comment ?!
- Je suis navrée que tu le prennes ainsi, murmura-t-elle, reculant un peu.
- Et tu croyais que je le prendrais comment ? s'écria Ichigo en envahissant son espace personnel pour la prendre par les épaules.
- Kurosaki kun..., voulut-elle le calmer.
- Tu viens me voir après quatre putains de semaines sans donner signe de vie pour me sortir une phrase aussi vaseuse !?
- Ne comprends-tu donc pas ? s'agaça elle-même la jeune femme. Deux ans qu'on attend que l'un remarque les sentiments de l'autre et ça ne s'est pas fait ! Au lieu de ça, nous sommes sortis avec d'autres personnes ! C'est qu'entre toi et moi, ça ne devait pas se faire, c'est tout !
- Je t'ai dit dans ce cabinet où tu t'es exilée que tu me rends dingue depuis la première fois que je t'ai vue, contra le roux, le cœur tambourinant.
- En effet et tu n'as rien trouvé de mieux que d'utiliser Kanna chan pour me le faire comprendre.
- Bordel ! Tu es encore coincée là-dessus ?!
- Aurais-tu honte, Kurosaki kun ?
- Je n'ai honte de rien ! s'égosilla-t-il, pressant ses épaules minces. Je maintiens d'ailleurs n'avoir aucune intention de m'excuser auprès d'elle quitte à ce que tu me donnes une autre gifle !
Des personnes s'arrêtaient pour les écouter, intriguées ou indignées par une telle démonstration en pleine rue, mais ils le remarquèrent à peine. Hime avait bien conscience qu'Ichigo la défiait dans ses propos et elle se força tant bien que mal à garder la main sur ses émotions.
- Et ne dis pas « utiliser » ! vociféra Ichigo qui vidait les restes de sa bandoulière d'émotions. Je te rappelle qu'elle était d'accord pour ne rien tisser avec moi, je n'y peux rien si elle s'est soudain mise à m'aimer !
Orihime retira ses mains sur elle, ses beaux yeux gris plissés.
- Quand tu parles de la sorte, on dirait vraiment que tu l'as utilisée.
Un tic nerveux contracta la joue du jeune homme.
- Tu voulais quoi ? Que je reste avec elle sans éprouver le moindre sentiment histoire de lui épargner la blessure involontaire que je lui ai infligée ?! lança-t-il, les nerfs en feu.
Ses paroles devinrent un écho à celles de Sora. La beauté auburn se mordit la lèvre.
- Peu importe. Ce qui est fait, est fait et dans tout ça un point ne change pas.
Ichigo se redressa, pas sûr de capter sur quel terrain elle l'emmenait cette fois.
- Tu veux dire quoi par là ?
- Je reste incapable de sortir avec l'ex-petit ami d'une amie.
La tension d'Ichigo pulvérisa son tensiomètre.
- BON SANG, JE T'AI DIT ET REDIT QU'ELLE ET MOI ON A DÉCIDÉ D'UN COMMUN ACCORD...
- Ça m'est égal ! haussa le ton la princesse, ses petits poings fermés. Kanna chan ne me considère plus comme telle mais à mes yeux, elle reste mon amie ! Je vais continuer de la croiser, la voir en cours... Il m'est impossible d'être heureuse en vivant une histoire qu'elle aurait souhaité vivre à ma place, c'est un manque de respect et cela est si égoïste !
Elle se tut pour reprendre le contrôle de sa respiration.
- Entre l'amitié et l'amour, je choisis l'amitié, confessa-t-elle, ses prunelles brillantes. Il ne s'est rien passé entre toi et moi durant deux années alors qu'elle était mon amie pendant tout ce temps. Je ne lui ai jamais avoué ressentir quelque chose pour toi, si bien que je ne peux lui en vouloir d'être tombée amoureuse de toi. Mon unique objectif est de renouer avec Kanna chan. J'ai été utilisée et manipulée par tant de personnes que lorsque j'en rencontre des sincères, je préfère les garder près de moi et Kanna chan en fait partie.
- Et moi non, c'est ça ? déduit le fils Kurosaki, les muscles raides.
Orihime s'entoura de ses bras, la tête rentrée dans les épaules.
- A un moment, je croyais que tu l'étais.
Ichigo l'observa avec une intense colère mêlée d'incrédulité témoignant qu'il peinait à croire ce qu'elle venait de dire.
- Tu es injuste. Tu m'en veux d'être sorti avec Kanna sans rien éprouver alors qu'elle a fait de même avec moi, et que l'idée vient d'elle à l'origine. Tu passes l'éponge dans son cas uniquement parce qu'elle est tombée amoureuse de moi. Je te croyais vraiment plus sensée que ça, Orihime, termina-t-il sur une note de déception.
La concernée fixa tristement le sol et essuya ses joues humides.
- Je ne regrette pas de t'avoir longtemps admiré et sois rassuré, nos routes ne se croiseront plus. J'ai quitté le cabinet pour un autre endroit que tu n'as pas besoin de connaître. Ainsi, tu ne t'inquiéteras plus pour ma sécurité.
Elle lui montra son dos, son corps mince bloqué dans une posture droite.
- Je te serais reconnaissante de remercier tes parents pour leur bienveillance à mon égard et d'embrasser tes sœurs pour moi, lui demanda la demoiselle, la voix tremblante. Au revoir, Kurosaki kun.
Sans le laisser en placer une, elle s'enfuit à toutes jambes. D'abord abasourdi, Ichigo se réveilla et s'élança à sa poursuite en fendant la masse de curieux alors qu'elle disparaissait déjà à la vue.
- Orihime !
Son portable sonna dans sa poche. Il le prit et le colla direct à son oreille.
- Quoi ! agressa-t-il la personne au bout de la ligne sans ralentir l'allure.
- Ichigo san.
Là, il freina d'urgence, choqué.
- S-Sora ?
- Oui, c'est bien moi.
Dans le même état, le fils de Masaki pivota sur ses pieds et tomba nez à nez avec l'homme qu'il ne connaissait pas très bien. Avec des gestes lents, il raccrocha et rangea son téléphone dans sa poche à son image.
- Comment tu as eu mon num... Ouais, peu importe en fait. Qu'est-ce que tu fais là ? chercha-t-il à élucider.
- J'ai assisté à ta dispute avec Hime, répondit Sora qui sortait visiblement du travail.
Ichigo le regarda d'un air incertain. Sora ne paraissait ni en colère, ni perdu et encore moins désolé de les avoir en quelque sorte espionnés. En réalité, il semblait inquiet.
- Qu'est-ce que tu me veux ? craqua le roux qui n'en pouvait plus de cette tension agissant sur sa santé mentale.
L'inquiétude marquant toujours ses traits, Sora s'approcha de lui et posa une main sur son épaule qui se crispa.
- Je sais ce que tu ressens, affirma-t-il. Seulement, ce n'est pas de cette manière qu'il faut agir avec ma petite sœur car vous vous faites plus de mal que de bien. Suis-moi, s'il te plaît.
~o~¤~o~
~o~¤~o~
- Uummm... J'aurais dû demander à Sora nii ce qu'il souhaitait manger ces prochains jours, se lamenta Orihime, plantée dans le même rayon depuis cinq minutes.
La lèvre entre les dents, elle n'avait pas vraiment l'esprit aux courses mais plutôt à son échange houleux avec Ichigo une heure auparavant. Elle s'était réfugiée dans le parc un bon moment avant de se forcer à enfin se rendre à la supérette. Sauf qu'elle avait pénétré dans la boutique il y a un quart d'heure et son panier était toujours aussi désespérément vide.
- Bon, je devrais peut-être opter pour...
- Oh oui, ça va très bien !
Hime s'immobilisa, la main pas loin d'une boîte de conserve. Cette voix, elle la connaissait, même très bien. Curieuse, elle écarta les aliments sur l'étagère et ce qui s'offrit à sa vision engourdit ses membres. Dans le rayon d'en face se tenait une jeune femme de son âge au milieu d'un cercle d'amies de toute évidence. Ce n'est pas cela qui choqua Orihime cependant.
- On file le parfait amour depuis un peu plus de trois semaines maintenant, reprit Kanna, provoquant des exclamations d'envie.
Cette déclaration provoqua des palpitations à Orihime. Une sombre colère dont elle ne comprit pas tout de suite la nature monta dans son être comme du gaz sous pression, et sans attendre davantage, elle contourna son rayon pour rejoindre celle qu'elle considérait comme son amie vingt secondes plus tôt. Elle lâcha brutalement son panier pour signaler sa présence.
- Tiens, Orihime chan, reconnut Kanna avec un large sourire. Longtemps qu'on ne s'est vues dis-moi, comment vas-tu ?
Elle était collée à un garçon blond la tenant par la taille. Ce fut cette proximité la responsable de l'état actuellement instable de la belle.
- Je t'ai entendue ! l'ignora-t-elle. Tu es en couple avec ce garçon depuis plus de trois semaines !?
- C'est exact, et ? répliqua l'autre, indifférente à sa colère.
- Kurosaki kun a rompu avec toi il y a un mois à peine ! Ce qui signifie que tu es sortie avec ce garçon quelques jours après la fin de votre relation !
- En effet.
Sa nonchalance augmenta la colère d'Orihime qui s'approcha sans s'en rendre compte. Qu'est-ce qui n'allait pas avec Kanna qu'elle ne reconnaissait plus ?!
- C'est impossible ! cria-t-elle, provoquant des chuchotements autour d'elle. On ne peut oublier un amour sincère en seulement quelques jours !
Kanna cessa de sourire.
- C'est là que tu fais erreur, Orihime chan.
Cette dernière resta bouche bée, saisissant vite néanmoins où elle voulait en venir.
- Tu veux dire...
- Oui, poursuivit Kanna en rejetant sa chevelure bleue au-dessus de son épaule. Tu m'as vue au bras d'une douzaine de mecs alors tu devais bien t'en douter au fond, pas vrai ? Je n'ai jamais aimé « sincèrement » Kurosaki kun. Bon, je t'accorde qu'il est sacrément beau, bien sculpté et c'est deux des raisons qui m'ont poussée à me mettre avec lui.
Le sang de la princesse ne fit qu'un tour. Ne remarquant pas cela, Kanna continua, ses iris violets étincelant de malice.
- Il est friqué aussi, du moins ses parents. Sa mère est une infirmière reconnue tout comme son père qui a nombre de patients disant du bien de lui et de leur clinique. Je me destine à devenir infirmière également alors je voyais en Kurosaki kun mon titre de passage ou mon ticket d'entrée si tu préfères. Proche d'une famille aussi influente m'aurait ouvert les portes des hôpitaux les plus réputés sans perdre du temps à postuler dans une clinique minable.
Certaines de ses amies, y compris son petit ami actuel, la fixèrent en état de choc. Sauf que là encore, elle ne releva rien ou passa outre tout simplement.
- Quand tu m'as vue en colère après qu'il m'ait larguée, c'était parce que je me sentais humiliée ! Personne ne m'a jamais quittée et j'avais prévu de le faire une fois embauchée pour un emploi ! livra Kanna sans la moindre honte. Mais il m'a devancée par ta faute, Orihime !
Le corps de celle-ci tremblait à vue d'œil, sa frange cachant son visage rivé au sol.
- Alors, c'est en premier lieu son physique qui t'a incité à l'utiliser, résuma-t-elle. A partir de ça, tu as cherché à en tirer avantage en profitant de la réputation de sa famille.
- Eh ouais ! rit Kanna, fière d'elle. Tu m'as déjà vue au bras d'un thon ? Bien sûr que non ! Avec Kurosaki kun, j'aurais pu faire d'une pierre deux coups : me pavaner avec un petit ami sexy-canon -sauvant ainsi ma réputation d'être assez belle pour essayer tous les beaux gosses de la ville- et en plus bénéficier d'un travail bien rémunéré à la clef. Avec mon physique avantageux, je peux obtenir ce que je veux et qui je veux. Kurosaki kun est simplement l'exception à la règle, acheva-t-elle, la poitrine en avant, mains sur la taille.
Quelque chose céda en Orihime et tout ce qu'elle avait refoulé remonta à la surface, soulevé par les propos de Kanna : les hommes ne voyant que son corps, les amies qu'elle avait perdues par jalousie à son égard, ses ex-petits amis qui n'avaient en tête que de coucher avec elle avant de la jeter pour mieux se vanter auprès de leurs copains, les personnes malintentionnés qui avaient cherché à profiter de son intelligence afin de l'utiliser comme bon leur semblait...
C'était un tout.
Un tout trop lourd, trop injuste, trop amer.
Ce n'était pas une vie ni une attitude à adopter envers autrui ! Le physique ne faisait pas tout. La valeur d'une personne ne se basait pas sur ce critère sur lequel on n'avait aucun contrôle !
- Tu es tellement mauvaise, Kanna chan ! Je regrette de t'avoir connue et de m'être confiée à toi sur des sujets personnels ! explosa Orihime, sa violente colère l'entourant telle une mauvaise aura. Se servir ainsi des gens est proprement odieux et je te souhaite d'être un jour et à jamais torturée par le remords !
Sa haine déversée en totalité, elle la ponctua par une gifle si forte qu'elle aurait envoyé Kanna dans l'étagère des gâteaux si son petit ami hagard ne l'avait pas retenue. Absolument pas déstabilisée par sa réaction pourtant pas anodine, Hime donna sa dernière recommandation, ses océans argentés exceptionnellement sombres, durs, ce qui renforça la densité de son aura.
- Je ne veux plus jamais te revoir et je t'interdis d'approcher Kurosaki kun et sa famille quel que soit le moyen !
Là-dessus, elle tourna les talons sans prêter la moindre attention à la stupéfaction générale régnant dans le petit magasin. A vrai dire, seul le propriétaire qui connaissait plutôt bien Orihime et Sora depuis leur emménagement dans le quartier trouva la force de sourire derrière sa caisse. En suivant des yeux la jeune beauté sur les nerfs qui sortait rapidement à l'extérieur sans se retourner, il ne put s'empêcher d'être fier d'elle.
Pour la première fois depuis des années, après moqueries, remarques salaces et personnes douteuses lui tournant autour, la petite Orihime chan avait eu le courage et le déclic de prendre le taureau par les cornes !
- Kanna, ça va ? s'inquiéta son copain. Ta lèvre saigne !
- Rah, lâche-moi Kazune ! Dire que je comptais lui faire profiter de ma réussite en lui dégotant aussi un poste après avoir jeté Kurosaki kun ! Quelle connasse !
Le propriétaire rit dans sa barbe tout en prenant en charge le client suivant. Oui, Orihime avait gravi une étape aujourd'hui et honnêtement, ça faisait du bien. Car maintenant, cette petite au potentiel énorme pourrait enfin aller de l'avant.
~o~¤~o~
~o~¤~o~
En marchant en direction de la maison les mains vides, Orihime avait eu le temps de se calmer et réaliser la portée de ses actes. Ça ne lui ressemblait absolument pas et pourtant, elle ne regrettait rien parce qu'au-delà de ce qui était évident dans la naissance de sa perte de contrôle, son instinct de protection s'était réveillé. Kanna n'avait pas seulement élu Ichigo pour son physique, elle avait en plus l'intention de manipuler toute sa famille.
- C'est vraiment ignoble, murmura-t-elle, encore un peu secouée.
Avec un soupir, elle déverrouilla et entra dans leur confortable et accueillante maison.
- Sora nii, tu es là ? demanda-t-elle après s'être déchaussée.
Elle n'eut pas à attendre de réponse puisqu'il était là, assis dans le salon. Et pas seul.
- K-Kurosaki kun, s'étouffa-t-elle.
- Bonsoir Orihime, nous t'attendions, l'informa son frère en venant à ses côtés. J'ai invité Ichigo san parce que je pense que vous avez des points à éclaircir tous les deux.
- Quoi ? Je...
- Ne me remercie pas, c'est normal, l'interrompit Sora avant de l'embrasser sur la joue et fuir dans le couloir.
- Je ne... !
- Ne t'en fais pas pour les courses, je les ferai demain. Il nous reste de quoi tenir encore un peu, dit-il, enfilant sa veste.
- Mais..., retenta Orihime, prise complètement au dépourvu.
- Bon, eh bien, je t'appelle dans la soirée, d'accord ? Où sont mes clefs ? Ah oui, les voilà ! J'y vais !
- Onii chan !
- Je vais passer un peu de temps avec Miwa, je ne rentrerai pas trop tard, promis.
- Attends ! Qu'est-ce qui...
- A tout à l'heure, petite sœur ! lança-t-il, enjoué.
- Sora !
La porte claqua sur son passage. Porte qu'Orihime regarda d'un air ahuri. Son frère. Son grand frère adoré venait de la jeter dans la fosse aux lions sans le moindre scrupule !
- Nous revoilà seuls tous les deux pour la seconde fois dans la même journée. On dirait presque une conspiration, hein, Orihime, déclara tranquillement Ichigo, confortablement assis sur le canapé.
Ben tiens, voilà autre chose. Kurosaki kun donnant dans le sarcasme. Ce n'était pas sa journée. Orihime préféra décamper, monter dans sa chambre et s'allonger sur le dos sur son lit. C'était toujours ce qu'elle faisait quand elle avait besoin de se détendre, ce qui était actuellement le cas après cette fin journée éprouvante. Les yeux clos, elle tenta de faire le vide, soulager sa tête pleine et ses muscles encore légèrement tendus sous la tension accumulée.
- Rassure-moi, tu ne croyais pas que j'allais sagement m'en aller parce que tu t'es réfugiée dans ta chambre ?
Elle ne réagit pas.
- Orihime.
- Laisse-moi, Ku...
Sa phrase ne trouva pas de fin lorsqu'elle se sentit presque... écrasée. Elle souleva ses paupières pour constater qu'Ichigo la chevauchait, ses mains appuyées de chaque côté de sa tête, ses bras pliés de sorte à se tenir le plus près possible au-dessus d'elle.
- Ça a l'air de t'avoir échappé alors je vais te le répéter : ça fait deux ans, cinq semaines et trois jours que je te laisse tranquille, ce n'est pas pour continuer indéfiniment.
La beauté auburn s'empourpra. A chacune de ses lourdes inspirations, ses seins touchaient le torse d'Ichigo.
- Pourquoi tu étais un peu irritée quand tu es rentrée tout à l'heure ? la questionna-t-il. Avant que tu ne me trouves dans le salon, je veux dire.
Hime tourna la tête.
- Je ne vois pas de quoi tu parles.
- C'est ça, ouais. Allez, crache le bout.
- Arrête ! s'exclama-t-elle, agacée. Qu'est-ce que tu crois ? Qu'il te suffit d'entrer dans ma chambre pour oublier que tu...
Des lèvres qu'elle avait déjà goûtées la firent efficacement taire. Quand le roux recula, il savoura sa teinte tomate et glissa ses doigts dans sa belle et longue chevelure.
- P-Pourquoi tu as fait ça ? bégaya-t-elle.
- J'en avais envie.
- Ce n'est pas...
- J'ai parlé avec ton frère. Il m'a fait comprendre que tu manques de confiance en toi ainsi qu'envers les hommes en général et c'est l'une des raisons pour lesquelles tu me repousses, lui raconta-t-il, sans ciller. Du coup, mes tentatives d'approche ont forcément pour conséquence de t'éloigner de moi et ce n'est pas ce que je veux, jura Ichigo, ses yeux virant à l'ambre en raison des derniers rayons du soleil frappant le miroir face à lui. Je comprends et je ne demande pas mieux que de mériter ta confiance. Je t'ai fait comprendre tenir à toi, ce qui sous-entend que je me sens impliqué quand tu ne vas pas bien. Je le ressens actuellement, Orihime alors dis-moi.
- Sora nii t'a vraiment dit ça ? s'assura-t-elle, touchée.
- Oui. Il te connaît mieux que personne, il sait ce que Tomoharu a tenté avec toi car il t'a suivie quand tu as rendu le collier que ce bâtard t'a offert pour mieux te le reprendre, siffla-t-il entre ses dents serrées. En discutant avec lui, Sora a compris que ce connard n'est pas le premier à avoir essayé de t'attirer dans son lit. Depuis, Tomoharu ne t'a plus approchée.
- Maintenant que tu le dis, c'est vrai, réalisa la demoiselle, les sourcils froncés. Qu'est-ce que mon frère lui a fait ?
- Euh..., s'emmêla Ichigo qui se grattait la nuque, mal à l'aise. Il est préférable que tu ne le saches pas, dis-toi juste que ton ex respire encore et a l'usage de presque tous ses membres.
- Pardon ?! Sora nii n'est pas violent !
- Un dauphin n'est pas violent. Touche à son petit et tu peux y laisser ton bras.
- Qu'est-ce que je suis supposée comprendre ? dit-elle, perplexe.
- Que j'attends que tu me dises enfin ce qu'il y a d'assis sur ton esprit.
- Je n'ai pas envie de...
- Ma famille m'attend pour dîner dans une heure, j'ai encore du temps. La question est de savoir si toi tu vas tenir tout ce temps avec moi te pressant un peu plus à chaque minute de me répondre, commença-t-il à s'énerver.
Orihime se mordit la lèvre.
- Après t'avoir laissé aujourd'hui, je suis partie à la supérette et j'y ai vu Kanna chan avec... avec son nouveau petit ami.
- Ah ? Elle n'a pas tardé à me remplacer, on dirait, nota-t-il, indifférent.
- Um, et j'ai appris des choses...
C'est ainsi qu'elle lui relata toute l'histoire : les révélations de Kanna, son absence de regrets et... eh bien, son sang-froid qu'elle avait perdu. Lorsqu'elle acheva son récit, Ichigo était sans voix.
- Merde, c'est vraiment ce qu'il s'est passé ?!
- Je sais que ça doit te faire un choc qu'elle se soit servi de toi pour mieux atteindre ta famille, mais...
- Non. Tu l'as vraiment giflée ?!
Un léger sourire ornait ses lèvres. Larguée, Orihime fronça davantage les sourcils.
- C'est si surprenant ? Et puis, comment se fait-il que tu n'aies retenu que ça !
- Quand on te connaît, y a de quoi en perdre ses oreilles en entendant ça. Je suis content de ne pas être le seul à avoir fait l'expérience de ta paume sur la joue. C'est que t'as failli me laisser une cicatrice quand même, se moqua Ichigo.
- Kurosaki kun ! Ce n'est pas le moment de plaisanter ! As-tu un problème ? Je viens de te dire qu'elle... !
- Oi ! Calme-toi, je t'ai entendue, l'apaisa-t-il en la plaquant sur le matelas. Mon absence de réaction vient du fait que je le savais déjà, enfin je m'en suis douté. Quand tu m'as dit qu'elle t'a avoué m'aimer, j'ai cru m'être planté sur son compte mais il s'avère que non apparemment.
- Comment ça ? ne percuta pas Inoue.
- J'ai fini par la percer à jour un peu avant ton anniversaire, c'est l'autre raison qui m'a incité à rompre. La première étant que c'est toi que je veux, acheva-t-il, ses doigts frôlant sa douce joue.
- Tu aurais pu me le dire.
- Tu m'aurais cru ? Tu me croyais déjà capable de vouloir me la faire juste pour son physique. Donc tu aurais certainement pensé que je te balançais une excuse de plus pour me rapprocher de toi en faisant passer Kanna pour une pétasse. Là, ce n'est pas la gifle que tu m'aurais offert mais le poing.
La honte de retour, Orihime fuit ses orbes trop perçants. Percevant son mal-être, Ichigo colla sa tempe à la sienne et respira ses cheveux.
- Ne te tracasse pas avec ce que Kanna a voulu faire, elle n'a pas eu le temps de mettre son plan en place et je n'ai pas l'intention de la revoir ou la laisser s'approcher de ma famille.
La princesse retint son souffle.
- Je dois t'avouer quelque chose, murmura-t-elle en tortillant le drap. Ce que mon frère t'a dit est vrai mais il semble qu'il me laisse le soin de te dire l'autre partie de la vérité.
Le roux s'assit sur elle en retenant son poids sur ses genoux, lui fit signe de l'écouter attentivement et elle inspira puis expira avant de se lancer.
- Je suis sortie avec Tomoharu kun parce qu'il était gentil, je l'aimais bien et je pensais construire un avenir avec lui, amorça-t-elle, incapable de croiser ses orbes marron profonds. Seulement au fond de moi, et c'est Sora nii qui me l'a fait réaliser, j'en avais marre. Marre d'attendre un signe de toi alors...
Elle ferma les yeux, mortifiée.
- Alors j'ai espéré te faire réagir en sortant avec lui. J'ai eu le temps de rompre sans que tu me montres un intérêt et tu es sorti avec Kanna chan. J'étais... enfin, une part de moi était jalouse en plus d'être en colère que tu aies formé un couple avec elle sans l'aimer. C'est cette différence qui m'a fait séparer ton comportement du mien mais en réalité, j'ai fait la même chose parce que je n'aimais pas Tomoharu kun comme je... comme je t'aime toi, Kurosaki kun, confessa-t-elle dans un chuchotement, le visage en feu. Et je suis désolée pour la gifle que je t'ai donnée.
Elle était soulagée de vider enfin sa conscience.
- Je crois qu'on a assez perdu de temps à se chercher, s'excuser et attirer l'attention de l'autre, souffla Ichigo à son oreille.
La sœur de Sora ouvrit immédiatement les yeux. A présent, leurs corps étaient collés, poitrines et bassins liés.
- Je propose de rattraper le temps perdu, t'en dis quoi ?
- U-Um.
Il sourit.
- Et euh... comment on procède ?
- Comme ça.
Il l'embrassa et Orihime entoura tout de suite son cou pour le maintenir contre elle. Ichigo saisit le sommet de sa tête pour courber sa nuque et avoir totalement accès à sa bouche. Il en lécha le contour et se glissa à l'intérieur pour la savourer en avalant chacun de ses gémissements.
Ses mains n'étaient pas inactives. L'une d'elles lui servait de soutien tout en tenant les poignets d'Orihime à la tête du lit tandis que l'autre caressait sa hanche, remonta pour profiter de la peau satinée de son ventre puis toucha la bordure de son soutien-gorge. Cette dernière touche poussa instinctivement Hime à connecter son intimité à la sienne qu'elle percevait davantage à travers le pantalon à l'aspect faux jean qu'il portait.
- K-Kurosaki kun, gémit-elle, se tortillant sous lui.
- Hm ? fit-il en déposant des baisers sous sa mâchoire.
- Je ne te l'ai pas dit mais je ne veux pas le f-faire avant le mariage.
- Alors ça tombe bien.
- Eh ?
Elle s'attendait à une question mais certainement pas à cette réponse.
- Je sens que tu..., bafouilla-t-elle, gênée. Même dans le bureau où tu m'as embrassée la première fois.
- Je ne vais pas nier te désirer, mais je peux nous satisfaire sans aller jusqu'au bout.
Rien que le fait qu'il dise « nous satisfaire » et non « me satisfaire » gonfla l'amour qu'elle éprouvait pour lui. Il ne songeait pas qu'à ses propres besoins.
- Pourquoi ? lui demanda-t-elle, les joues rouges.
Amusé de sa réaction, Ichigo se redressa sur ses coudes, lui caressa le bout du nez avant de reprendre son sérieux.
- Parce que l'amour n'a pas de prix, n'est-ce pas ? Tu n'as pas à payer de ton corps pour obtenir le mien, celui que j'éprouve pour toi. Je tiens également à te prouver que je suis aussi avec toi pour celle que tu es là, finit-il, sa grande main à l'emplacement de son cœur.
- Oh, mais je...
- Je sais maintenant que tu me fais confiance, Orihime, la coupa-t-il, lisant en elle. Seulement, tous les gars que tu as rencontrés jusque-là n'en avaient qu'après ton physique et même si tu me sais différent de ces pervers, une infime part de toi a encore besoin d'être rassurée à ce niveau.
Il disait vrai sauf que l'entendre la mettait mal à l'aise. Oui, elle savait qu'il n'était pas de ce bord-là mais quand on avait connu que ça, difficile de retrouver pleinement confiance... Un doux effleurement sur son menton la poussa à le regarder à nouveau.
- Je ne t'en veux pas, renforça Ichigo, ses iris sincères. Laisse-moi juste te montrer que je tiens vraiment à toi et ça ira pour nous.
Encore ce « nous ». Malgré elle, Orihime sourit, glissa ses doigts dans ses cheveux orange et le ramena contre elle.
- Ton amour n'a pas de prix non plus. Alors promets-moi de rester tel que tu es sans chercher à changer pour que je t'accepte parce que c'est déjà fait, lui murmura la jeune femme en le serrant dans ses bras tout en lui caressant le dos. Restons comme nous sommes et laissons-nous simplement porter sur cette voie menant au chemin à rattraper, Kurosaki kun.
Le visage dans son cou, Ichigo répondit à son étreinte et ferma les yeux, enfin libéré des semaines de tension pesant aussi bien sur son cœur que sur sa conscience.
- Je te le promets.
Par ces paroles, ils s'offraient d'un commun accord leur amour sans condition. Voir l'autre au-delà des apparences, l'aimer avec ses qualités et ses défauts, le protéger en toutes circonstances quitte à devoir sortir de la personnalité qui nous est propre, se montrer honnête pour tisser une relation basée sur la confiance mutuelle.
Voilà ce qu'est le véritable Amour.
~o~¤~o~
FIN
~o~o~¤~o~o~¤~o~o~¤~o~o~
~o~¤~o~
Bonjour à tous. Bon bah voilà, un autre two-shot d'achevé. Les sentiments, la confiance et la remise en question occupent une grande place dans cet écrit et c'est ce que j'ai tenu à faire ressortir à travers Ichi & Hime. Merci à tous ceux qui ont suivi ce texte. Bisoux =)
