Blabla de début de chapitre : *entre timidement* Hum… bonsoir… Y'a quelqu'un ?

Cinq mois de retard… mon record que j'entretenais avec Just the way you are est largement battu.

Et pourtant, au mois de janvier, j'avais assuré que je revenais bientôt. J'avais dit que le plan de la fin était écrit.

Et c'est vrai. Le plan est écrit.

Seulement, je n'y parvenais pas. Je ne savais pas comment écrire. Les mots ne venaient pas. Alors j'ai mis en stand-by. J'ai écrit beaucoup de chapitres d'une fic toujours en cours, j'en ai fini une petite que je suis en train de publier, j'ai commencé pas mal d'OS, j'ai noté beaucoup d'idées à concrétiser plus tard…

Et de temps en temps j'ouvrais ma page, cette page, celle du chapitre douze. J'écrivais un paragraphe ou deux. Cent mots. Une moitié de page.

Petit à petit, le chapitre à pris forme.

Ces derniers temps j'ai réussi à écrire plus qu'avant dessus, même si c'était toujours qu'un peu, c'était plus régulier donc ça allait plus vite.

Je crois que je n'étais pas dans le bon état d'esprit. Je n'étais plus dans l'ambiance de la fic et je ne parvenais pas à m'y remettre. Et puis je manquais cruellement d'inspiration, parce que si le plan est écrit, je n'avais rien de très détaillé sur ce chapitre-ci.

Mais il est là, ce chapitre 12. Et maintenant que je suis dedans, plus de gros retards. Je sais que je l'ai trèèèèèèèès souvent dit, ça, et qu'au final je ne m'y suis pas tenue.

Mais ! J'avais besoin d'un déclic, pour cette fic. Je l'ai eu. Pour tout le reste, une fic que j'écris depuis un moment m'a beaucoup débloquée au niveau de l'écriture. Je suis capable d'écrire plus vite sans que ça soit plus court.

Donc maintenant que j'ai eu le déclic, l'histoire n'a plus qu'à continuer jusqu'à trouver son terme.

Je suis sincèrement désolée. J'ai remarqué qu'il y avait de moins en moins de monde sur le fandom (ou alors c'est juste moi qui ait cette impression ?), et que la plupart de mes lecteurs auront largement décroché, et je ne vous en veux pas, et je m'excuse vraiment vraiment vraiment.

Mais je vous abandonnerai plus maintenant.

Alors à tous ceux qui vont revenir, qui seront restés, et même ceux qui vont arriver en cours de route… merci. Je vous aime très très fort.

Et bonne lecture, surtout, bonne lecture.

PS : Je peux vous offrir des gâteaux pour me faire pardonner, peut-être ? *yeux de chaton battu* Non ? Vraiment ? Bon, tant pis. TwT


Chapitre 12 – Le Soleil et la Lune

Alfred sourit à Ivan. Ils étaient -hélas- de retour dans l'hôpital psychiatrique une fois Noël passé, et le blond ne comptait pas abandonner son rôle de base. L'état de son patient et petit-ami s'était considérablement amélioré en huit mois. L'Américain se souvenait parfaitement dans quel état il avait trouvé Ivan, la toute première fois qu'il l'avait vu. Et ce n'était plus du tout le même, dorénavant. Le Russe était lucide, sa peau avait retrouvé des couleurs, il souriait, il semblait moins recroquevillé sur lui-même... et ses yeux avaient une lueur de vie que l'on ne retrouvait pas chez les autres patients.

Certes, même s'il guérissait, il garderait des séquelles toute sa vie, notamment à cause des médicaments trop lourds... mais il aurait une vie, justement. En tout cas, il le méritait.

-Je crois qu'on a fini, tu vas pouvoir retourner dans ta chambre ! lança joyeusement l'Américain. Tu sais, je pense que ta guérison est proche... j'ai l'impression que ton autre personnalité s'accorde de mieux en mieux avec la tienne. Il y a encore du chemin à faire, mais... les faits sont là !

Une douce chaleur se répandit dans le ventre d'Ivan à ces mots. « Guérison ». Le mot qu'il n'attendait plus depuis si longtemps… Il avait recommencé d'y croire lorsqu'Alfred et lui avaient entamé leur relation. Cela lui avait redonné l'espoir nécessaire pour oser y penser. Il se rappelait encore de leur premier baiser, ce baiser au goût salé, au goût de ses propres larmes…

Il se rappelait des jours qui avaient suivis. Ils lui avaient semblé plus faciles à vivre.

-M-merci… souffla-t-il.

Un nouveau sourire ourla les lèvres du médecin. Il ne put s'empêcher de contempler le beau russe, et de se sentir heureux.

Ils s'aimaient et le cauchemar d'Ivan touchait à sa fin. De quelle façon pourrait-il se sentir plus heureux qu'il ne l'était déjà ?

Bien sûr, quand tout serait définitivement fini, tout serait parfait. Mais ils se devaient de prendre leur mal en patience. Ils avaient attendu longtemps déjà, surtout Ivan, alors ils pouvaient bien patienter encore un peu.

La lutte atteignait son terme.

Ils échangèrent un doux baiser avant que le Russe ne sorte du bureau. Autour de lui, rien n'avait changé.

Toujours les mêmes murs blancs, les mêmes regards vides, les mêmes médecins, les mêmes allées et venues. La même routine, les mêmes repas, les mêmes chambres.

Le même désespoir qui émanait des murs-mêmes du bâtiment. Même le parc bien entretenu n'avait pas changé, et sonnait faux à ses yeux, comme une fausse nature innocente.

Mais lui…

Lui avait changé.

Il ne se sentait plus appartenir à cet endroit.

Il avait vaincu sa résignation, il ne faisait presque plus de crises d'angoisse et elles étaient bien moins fortes qu'auparavant. Il ne se contentait plus d'attendre que le temps passe, il cherchait des occupations et des choses à faire, notamment grâce à ses nouveaux livres, son ordinateur et la connexion internet de l'hôpital.

Il n'était plus non plus sous l'effet des médicaments, et même s'il gardait ses réflexes de prendre un verre d'eau lorsque cela n'allait pas fort, il n'y avait plus de cachets, et plus l'envie d'en prendre.

Plus aussi forte qu'auparavant, en tout cas. Ce n'était plus une envie qu'il ne pouvait combattre.

Sa dépression s'apaisait et commençait à s'évaporer, peu à peu. Comme une lourde chape de brume ancrée en lui et dans chaque pore de sa peau, qui le quittait peu à peu.

Le TDI suivait la cadence. Il entendait moins sa voix, il le sentait moins remuer en lui et cet autre lui était plus calme.

Désormais, il n'avait plus peur de se regarder dans un miroir.

Ivan entra dans sa chambre. Sa lingerie de lit était plus colorée depuis le cadeau de Matthew, et Alfred avait insisté pour y accrocher de sympathiques posters.

Comme un symbole, il avait également ajouté, sur un pan de mur, un drapeau américain et un drapeau russe, l'un à côté de l'autre.

Le jeune homme se sentait plus à l'aise en ce lieu, plus qu'auparavant en tout cas.

Doucement, il vint s'installer à son petit bureau et allumant son ordinateur.

Ce lien avec le monde extérieur avait été salvateur, lui aussi. Il pouvait voir ce qu'il se passait dans le monde, retrouver plus facilement les dates, et surtout, il s'occupait.

Après, si la vie à l'hôpital était plus facile à vivre, qu'en serait-il de celle à l'extérieur ?

Ici, il n'avait à se préoccuper de rien de matériel. Lorsqu'il sortirait, Alfred serait là pour l'accueillir.

Mais il lui faudrait trouver un travail. Il refusait de se reposer sur son petit-ami, c'était une question de principes.

Néanmoins, comment affronterait-il toutes les paperasses, les pressions, les factures, les obligations et contraintes d'un vrai travail, les entretiens d'embauche, les relations sociales ?

L'hôpital était comme un petit monde à part dans la ville. Il ne parlait à personne, n'avait pas des masses de choses à faire de ses journées, et aucune contrainte si ce n'était que de se plier aux règles faciles à suivre de l'établissement.

Serait-il capable d'affronter un retour à la normale, ou bien s'effondrerait-il au moindre problème ?

C'était une inquiétude réelle et tangible. Se réinsérer dans la vie de tous les jours allait être très difficile pour lui.

Il est toujours plus facile de se laisser porter par une routine abrutissante mais peu dure à suivre.

Bien entendu, il avait envie de faire ces efforts, mais la question essentielle demeurait : le pourrait-il ?

Cela l'angoissait énormément, et il craignait tous ces problèmes à venir. Il n'osait en parler à Alfred, bien qu'étant certain que l'Américain s'était également posé ce genre de questions, ou avait remarqué qu'il se les posait.

Ivan avait souvenir de ses années de fac, un peu. Pas entièrement puisque les antidépresseurs qu'il prenait à l'époque et ses périodes d'amnésie avaient effacé des pans entiers de sa mémoire, mais certaines choses persistaient dans sa mémoire. Par exemple, le fait de côtoyer des gens au quotidien, qu'il n'appréciait pas forcément, ou bien les devoirs et les dates limites. La pression du travail quotidien, le fait de se plier à certaines conventions sociales.

Lui était complètement déphasé, et il savait que certaines habitudes auraient du mal à revenir. Il était devenu beaucoup trop franc, et avait pris l'habitude de lancer des regards menaçants aux gens qui venaient l'embêter de trop. Cela ne se faisait pas dans la vie de tous les jours.

Il n'était plus réellement sûr de ce qui se faisait dans la vie de tous les jours, justement.

Avec un sourire doux, le jeune homme vit que sa petite sœur était connectée sur Skype. Il n'avait pas trop l'occasion de parler avec la plus âgée qui était très surveillée par leur père, mais Natalya n'était pas sans cesse à la maison familiale, surtout depuis qu'elle avait un petit ami.

Ils lancèrent tous deux une conversation à la webcam.

Ivan était heureux de pouvoir discuter régulièrement avec elle. Cela le changeait considérablement. Il oubliait, le temps d'une heure voire parfois un peu plus, qu'il tait dans un hôpital psychiatrique, séparé de ses sœurs qu'il aimait tant.

La blonde lui parla de ses études, comme souvent. Elle aimait faire des projets d'avenir avec son grand frère, mais celui-ci se prêtait moins au jeu qu'elle ne l'aurait souhaité.

-J'ai entendu parler d'une remise à niveau pour les agents artistiques, lâcha prudemment la jeune femme au bout d'un certain temps de conversation. Pour ceux qui ont le diplôme mais qui n'auraient pas exercé le métier pendant longtemps. Enfin, ça serait surtout un genre de stage qui aide à repérer les talents, qui donne de bonnes adresses d'agences, qui donne des conseils sur comment gérer tout ça…

Elle soupira en voyant l'air d'incompréhension totale qui se peignait sur le visage de son aîné.

-Tes études de management, insista-t-elle. Ça portait sur le management dans l'art et la culture.

-Mais, bredouilla Ivan, je ne suis pas sûr d'être capable de me déplacer partout, même quand je serai sorti, pour chercher des gens à manager…

Natalya leva les yeux au ciel.

-Je parle de moi, espèce de grande andouille ! fit-elle avec un petit sourire. Mes études à l'Opéra de Paris sont presque terminées. Si tout se passe bien jusqu'à la fin, je sortirai major de ma promo puisque je fais déjà tout pour avoir les meilleures notes et performances. Des agents m'ont déjà repérées, et dans ce milieu, dans cette école, ça compte énormément. Tout ça, c'est des années de travail acharné qui portent enfin leurs fruits. Mais si je dois me lancer pour de vrai, je veux que ça soit avec toi, Vanya. J'ai confiance en toi, je sais que tu protégerais mieux que personne d'autre mes intérêts. Tu avais de très bonnes notes même si tu étais malade déjà à l'époque, et tu as l'esprit ouvert. N'importe qui dirait que c'est un risque énorme que je prends pour ma carrière, mais… j'ai vraiment confiance en toi.

Elle fit une petite pause, puis :

-C'est une nouvelle vie qui va débuter pour moi, une toute nouvelle aventure. Et je veux que tu la vives avec moi.

Il ouvrit la bouche pour répondre, le visage perdu et un peu chamboulé, mais elle le prit de vitesse.

-Je ne te séparerai pas d'Alfred, bien entendu ! On trouvera un moyen de s'arranger si c'est possible et que tu es d'accord, d'ailleurs on en a déjà parlé ! Il trouve l'idée très bonne et trouve que ça t'irait très bien. Rien que de travailler avec quelqu'un qui t'es proche ! Après ce n'est pas pour maintenant… le temps que tu sortes et que moi je finisse mes études… mais je sais que tout ça, c'est très proche, même pour ta sortie. Tu peux y réfléchir, mais justement, je veux que tu y réfléchisses sérieusement.

Quelques secondes passèrent où Ivan ne dit pas un mot. Sa jeune sœur voyait qu'il tentait tant bien que mal de mettre de l'ordre dans ses pensées.

Le Russe était effectivement plutôt perturbé par cette possibilité que lui offrait sa sœur.

Cela l'effrayait, d'un côté, parce qu'il n'était pas certain de pouvoir gérer ce genre de choses. Cela valait pour n'importe quel métier, d'ailleurs. Si jamais il choisissait cette voie-ci, qui après tout n'était pas moins bonne ou intéressante qu'une autre, d'autant plus qu'il avait fait des études à ce sujet, serait-il capable d'assumer tant de responsabilités ? Serait-il capable de gérer au mieux la carrière de sa sœur, de savoir remplir ses fonctions ?

Il n'était même plus sûr de se souvenir de tout ce qu'il devrait faire.

Sa panique intérieur devait être visible dans ses yeux et sur son visage puisque Natalya le rassura d'une voix douce.

-Tu n'as pas à y réfléchir aussi intensément tout de suite maintenant, fit-elle. Et je ne t'oblige pas à accepter non plus, d'ailleurs. Mais c'est une possibilité à examiner. Et comme je te l'ai dit, il y a une formation pour te remettre dans le bain au cas où.

Ivan acquiesça. Il n'était pas en capacité de fournir une réaction plus expressive que cela. Il était perdu dans le flot de beaucoup trop d'émotions contradictoires.

-Merci… souffla-t-il. Merci de croire en moi suffisamment pour me proposer sérieusement ce genre de choses.

Sa sœur lui sourit une nouvelle fois. Si elle avait pu, elle l'aurait prit dans ses bras et lui aurait caressé les cheveux en lui assurant que tout irait parfaitement bien et qu'elle savait qu'il était capable d'assurer un vrai métier.

-Je connais tes peurs, pour avoir eu les mêmes, dit-elle simplement. Quand on commence à faire des efforts pour atteindre un but, on se dit que c'est très dur, qu'on y arrivera jamais. C'est comme un sevrage de médicaments. Ça serait plus facile d'abandonner et de retourner dans sa maladie, que ce soit la dépression, la schizophrénie ou le TDI. C'est horrible et on a l'impression qu'on arrivera plus jamais à vivre normalement, qu'on en est plus capable.

Ivan retint son souffle. Ses yeux lui piquaient un peu. Il se reconnaissait dans ce que disait Natalya, et il avait terriblement peur de connaître ce qu'elle lui racontait là.

-Mais un jour, continua la jeune femme, on se rend compte que c'est moins dur. On se rend compte qu'on peut parler aux gens sans avoir envie de les fuir. Qu'on arrive à sortir de chez soi sans avoir peur. Que le travail qu'on peut fournir au quotidien est moins dur. Ce jour-là, c'est comme si un poids s'ôtait de tes épaules et que tu arrivais à mieux respirer. La guérison c'est une renaissance. Se réadapter aux gens qui nous entourent et à la vie quotidienne, c'est une nouvelle existence. Comme si tu revivais une deuxième fois. Je sais que tu connaîtras ça aussi. Je sais que tu t'en sortiras. Tu ne seras pas seul pour le faire.

Son aîné avait la gorge nouée. Il se sentait compris dans ses peurs et dans ce qu'il traversait. Natalya lui disait pile ce qu'il voulait entendre.

Il n'aimait pas entendre que ça serait facile, parce qu'il savait que ce n'était qu'un gros mensonge de plus.

Elle, elle était sincère.

Ce serait encore très dur.

Mais il ne fallait pas désespérer.

Ivan était son soleil, son phare et il l'aidait à tenir debout, il le guidait.

Natalya, elle, était comme la lune ou l'étoile polaire.

Alfred éclairait tout comme un feu ardent, Natalya connaissait la nuit aussi bien que lui. Elle l'avait vaincue, y présidait désormais et était là pour l'y guider.

Il avait besoin d'eux deux pour ne pas se perdre en chemin.

-J-je vais te laisser… finit-il par chuchoter, la gorge trop nouée pour parler davantage.

-Pas de problèmes, Vanya, répondit-il elle de sa voix calme et douce. On se reparle quand tu veux.

Ivan acquiesça en souriant légèrement.

-Je t'aime, Talia… merci pour tout...

-Je t'aime aussi, grand frère… prends-soin de toi, et ne me remercie pas. C'est normal…

Ils quittèrent tous deux la conversation. Ivan referma son ordinateur, les doigts un peu tremblants, pour aller s'allonger sur le lit.

Il se sentait empli d'une très forte émotion et avait besoin de souffler un bon coup.

Inspirant et expirant lentement en se concentrant sur sa respiration et rien d'autre, il se calma, et l'envie de pleurer lui passa.

Ce n'était pas de la tristesse qu'il ressentait. Ce n'était pas de la peur non plus, et il n'était pas non plus certain que ce soit de la joie.

C'était plus fort que cela, mais ce n'était pas mauvais. D'ailleurs, il se sentait plutôt rassuré par les paroles de sa petite sœur. Certes, elle ne lui assurait pas une route telle un long fleuve tranquille, mais elle était l'assurance que l'on pouvait s'en sortir. Que ce n'était pas impossible puisqu'elle l'avait fait. Il avait réellement besoin d'un exemple comme cela pour avancer. Savoir que quelqu'un l'avait fait.

D'autant plus que Natalya avait davantage de mérite, étant donné que sa maladie ne se guérissait pas. Malgré l'assurance qu'elle devrait porter cela en elle toute sa vie si jamais aucun remède n'était trouvé entre temps, elle avait su trouver la force de passer outre.

Ivan l'admirait énormément.

Le jeune homme resta encore un peu sur son lit. Il s'y sentait bien maintenant qu'il avait calmé son trop plein d'émotions.

Il s'endormit ainsi, après avoir enlevé les vêtements superflus et s'être glissé dans la couette, sans prendre le temps de ranger ses affaires.

Il n'était pas l'heure de dormir, mais il se sentait fatigué.

Quelqu'un le réveillerait bien si nécessaire…

Et puis, pour tout le reste… son Soleil et sa Lune veillaient sur lui.

oOo

Il faisait nuit lorsqu'Alfred quitta l'hôpital. Une légère brise vint faire voleter ses mèches blondes, et il enfouit son nez dans son écharpe. La température était très froide par cette fin de décembre. Le nouvel an était pour bientôt, et il avait hâte de changer d'année. C'était symbolique. Pour lui, cela marquait une année plus joyeuse. Ivan allait s'en sortir, il en était certain. Il le méritait amplement, depuis tout ce temps passé entre ces murs froids…

N'habitant pas bien loin de son lieu de travail, il ne prenait jamais sa voiture pour y venir.

C'est donc à pieds qu'il emprunta le chemin du retour.

Il commençait toutefois à regretter de ne pas avoir choisi un autre moyen de transport. Le médecin n'avait qu'une hâte : rejoindre son confortable appartement pour se mettre bien au chaud dans un plaid polaire.

Peut-être aurait-il enfin reçu le jeu vidéo qu'il avait commandé la semaine précédente !

Un nouveau jeu vidéo de survival horror venu tout droit du Japon. Il adorait cela.

Et non, il n'avait pas du tout peur en y jouant ! Jamais de la vie ! Ce n'était pas son genre !

Il frissonna en pensant à l'expérience vidéoludique qui l'attendait lorsqu'il aurait enfin mis la main sur le boîtier de jeu, mais ce n'était pas à cause de la peur. C'était à cause du froid.

Bientôt, son immeuble fut en vue. Ses pas sur le pavé semblaient sonores dans la nuit calme. Il n'y avait pas un chat qui rôdait, pas une voiture passant sur la route.

Le jeune homme fut grandement soulagé d'enfin passer la porte.

Certains soirs, il craignait de ne pas y parvenir. Pas par manque de force ou par fatigue.

Non… il avait plutôt tendance à avoir peur qu'on l'intercepte avant qu'il ne soit en sécurité derrière le battant se fermant automatiquement à clé derrière lui.

Alfred était, malgré sa mauvaise foi, d'un naturel assez trouillard. Il s'imaginait toujours des tonnes de scénario effrayants lorsqu'il rentrait seul la nuit, parfois d'origine surnaturelle, et ne pouvait s'empêcher de croire à tous.

Néanmoins, jamais la menace ne lui avait paru aussi réelle.

La fin de l'année touchait à son terme, et bien qu'une part de lui s'en réjouissait, une autre se rappelait qu'un décompte était en branle et qu'il touchait bientôt à son terme.

Et qu'il n'avait pas les moyens de l'empêcher de s'achever.

Oh bien sûr, il aurait tout à fait pu demander de l'aide à ses parents. Mais ce n'était pas son genre. Il avait trop peur de les décevoir, de contempler leurs visages si jamais il venait à tout leur avouer.

Il les aimait trop. Il refusait que l'image qu'ils avaient de lui change pour une autre bien moins appréciable.

Le jeune homme se secoua un peu en glissant la clé dans la boîte aux lettres à son nom.

Pas de boîtier, juste de la paperasse et les résultats d'une prise de sang de routine.

Rien d'anormal, donc.

Alfred monta jusqu'à son appartement avec une boule au ventre.

Rien d'anormal, non.

Mais dès lors qu'il avait ouvert la porte à ces pensées dans son esprit, toutes ses peurs avaient ressurgi en masse.

Dans ces cas-là, il ne se sentait en sécurité nulle part, pas même derrière sa porte, son verrou et son alarme contre les cambrioleurs.

Fatigué, le jeune homme posa son courrier sur la table de la cuisine avant de rejoindre son lit douillet. Il s'y blottit en sentant la froideur de la couverture, attendant qu'elle se réchauffe petit à petit à l'aide de sa propre chaleur corporelle.

Enfin, il ferma les yeux.

Il s'imagina dans les bras d'Ivan.

La gentillesse du Russe, sa douceur, son authenticité et sa simplicité l'envahir alors bien qu'il ne soit pas là, mais enfermé dans ce sinistre hôpital. Il eut presque l'impression de sentir son contact, sa peau contre la sienne. En fermant un peu plus fort les yeux il imaginait même son parfum discret et naturel.

Alfred ne se sentait en sécurité nulle part. Il avait peur, lui qui prétendait pourtant être un grand hero. Il avait trop joué au poker, trop perdu, trop accumulé de dettes. Dettes qu'il devait payer à des personnes qui ne plaisantaient pas.

Si seulement il avait su avant de se rendre dans ce bar conseillé par un ami. Si seulement il avait été moins naïf… Il aurait dû se douter…

Combien de gens s'étaient ainsi faits avoir ? Combien de personnes avaient cru, comme lui, que les mauvaises personnes de ce type, qu'on ne voit que dans les films, n'existaient pas réellement.

Les réponses, il s'en fichait, au fond.

Alfred ne se sentait en sécurité nulle part, pas même dans sa propre maison. Il n'était pas capable de résoudre ses problèmes par lui-même et se refusait à demander de l'aide pour cela.

La fin de l'année et l'échéance pour ses paiements arrivaient bientôt et il ne pouvait rien faire pour l'en empêcher. Il n'avait tout simplement pas la somme d'argent qu'il fallait.

Il était coincé.

Au pied du mur.

Entre ses problèmes et sa propre fierté qui l'empêchait d'affronter le regard de ceux qu'il aimait. Il refusait de voir que cela le mettait plus en danger qu'autre chose. Il était trop naïf.

Non, Alfred ne se sentait en sécurité nulle part.

Cependant, lorsqu'il fermait ainsi les yeux et qu'il appelait ainsi l'image de l'homme qu'il aimait à lui… un homme pourtant enfermé et malade, aux prises avec une maladie qui avait longuement rongé son esprit et une autre personnalité instable… il se sentait en sécurité.

Il aurait tellement aimé que ça ne soit pas qu'une image mentale…

-Ivan… murmura-t-il silencieusement.

Ses mots chuchotés restèrent en suspension dans l'air, comme s'ils pouvaient le protéger, tandis qu'il sombrait dans un profond sommeil.