Blabla de début de chapitre : Hey ! Désolée à tous pour ce retard, j'étais partie en vacances ! Et j'ai eu un peu de mal à me remettre dans ma fic, mais c'est chose faite. J'ai d'ailleurs passé la journée et la nuit sur ce chapitre, et sur l'épilogue aussi.
Je vous annonce donc d'ores et déjà que cette fic est finie, et que vous aurez droit à l'épilogue sans faute dans une semaine, jour pour jour.
Mais l'heure n'est pas encore aux adieux et je vais donc vous laisser lire le dernier chapitre de L'Autre homme dans le miroir ! Je ne vous cache pas que la fin est plutôt guimauve !

Bonne lecture à tous *coeurs* Je vous aime tous, même vous, les lecteurs de l'ombre. J'espère que ma fic vous a plu, vous plaît encore et vous plaira jusqu'à la fin.

MirryD : C'est un nouvel énorme chapitre, j'espère qu'il te plaira autant que le dernier même s'il est plus calme ! :D Et y'a un peu de PruCan dedans aussi, eheh, mais je spoile pas trop :p

Merci beaucoup pour ta review, comme toujours :D Et bonne lecture à toi ! )


Chapitre 16 : Vers l'avenir

Ivan attendait Arthur avec appréhension dans sa chambre d'hôpital. Cela faisait plusieurs jours que l'hospitalisation d'Alfred avait eu lieu. S'il allait désormais bien mieux, il avait tout de même écopé d'un arrêt maladie et se reposait chez ses parents.
Il manquait cruellement à Ivan qui s'inquiétait pour lui et aurait souhaité être à ses côtés au plus vite.

Hélas, il allait falloir faire face à ses propres ennuis.
Bien sûr, il ne regrettait pas ce qu'il avait fait : il avait la sensation d'avoir fait ce qui était juste, et c'était ce qui comptait le plus à ses yeux.
Seulement, la justice ne l'entendait pas de cette façon. Il s'était enfui de l'hôpital. Il avait frappé des gens, ce qui était l'exacte raison pour laquelle il avait été enfermé en ces lieux. Nul doute que cela risquait de lui coûter gros. Il était effrayé que cela puisse lui prendre sa liberté. Définitivement. Après tout, il n'était pas guéri et on pourrait juger -à raison pour le coup- que son autre lui avait pris le dessus dans cet accès de violence, et qu'il était donc inadapté à reprendre une vie normale, quand bien même il aurait fait d'énormes progrès en une année.
Arthur coupa court à toutes ses préoccupations en ouvrant la porte de la chambre, un air sérieux peint sur son visage. Il portait un costard de haute-couture, montrant qu'il avait probablement eu un entretien avec un avocat ou un juge en charge de cette affaire. Ivan n'y connaissait pas grand chose en droit, quand bien même avait-il été la cible d'un procès.

-Bonjour Ivan, lui sourit malgré tout le père d'Alfred.

-Bonjour... Alfred va bien ?

Arthur eut un petit sourire. Il était touché que le bien-être de son fils passe en premier dans l'esprit d'Ivan, qui avait de plus gros soucis que lui à l'heure actuelle. D'autant plus que le médecin allait bien désormais, il avait surtout besoin de repos.

Il mesurait l'amour que le Russe avait pour son fils, et il en était heureux, même si leur histoire était tout sauf simple. Surtout en ces heures compliquées. Il ne pouvait qu'espérer une fin heureuse pour eux, mais il allait falloir beaucoup de travail pour cela...

-Il va bien, oui ! Il embêtait son père pour avoir des gâteaux quand je suis parti, alors c'est que tout rentre dans l'ordre !

Il sourit et Ivan fit de même. La gourmandise d'Alfred était légendaire. Tant qu'il l'avait, tout allait bien.

-Et toi, comment tu te sens ? questionna Arthur en s'asseyant sur l'une des chaises de la chambre.

-Je m'inquiète pour lui, et j'ai peur de ce qui va être décidé pour moi, à vrai dire... j'imagine que c'est de cela dont vous êtes venu me parler ?

-En effet, oui... je suis allé voir un avocat et le juge en charge de cette affaire. Pour avoir des renseignements, un avis et des conseils. Il semblerait que malgré l'avis de l'hôpital, ils attendent l'avis d'Alfred sur ton état... puisqu'il est ton médecin attitré, son avis compte plus que tout le reste. Et puis... ils te soupçonnent de l'avoir frappé, alors... son témoignage leur est aussi important...

Arthur eut un air désolé et Ivan se sentit meurtri que l'on puisse penser cela. Bien entendu, aucun juge ou médecin ne pouvait savoir ce qu'il ressentait pour Alfred, ainsi que tout ce qu'ils avaient traversé durant cette année, mais tout de même. Cela lui portait un gros coup au cœur.

-J-je vois… c'est compréhensible… je suppose… fit-il d'une voix emplie de peine.

-Je dirais surtout que c'est procédural… tu n'as pas à t'en faire pour ça, nous avons les deux hommes qui l'ont agressé pour attester que tu n'es en rien coupable de cela.

Ivan acquiesça. Il savait que ce n'était pas de cela qu'il avait le plus à craindre.

-En revanche… même si je peux faire jouer de mon influence et de mes relations, je ne peux pas faire de miracles. Bien sûr, je pourrais dépenser beaucoup d'argent pour corrompre qui de droit, mais je doute que ce soit là ce que tu veuilles vraiment.

Ivan eut un petit sourire.

-Non, c'est sûr… je préférerais que l'on reconnaisse que je n'ai pas fait ça par violence, mais parce que je pensais que c'était juste…

-C'est bien ce que je pensais, approuva Arthur.

Il sortit des feuilles de notes de sa sacoche de cuir pour les parcourir quelques instants du regard.

-Les risques sont donc que tu ne puisses plus du tout sortir d'ici, une amende mais ça j'en doute car les hommes ne vont pas porter plainte alors qu'ils sont en tort, et un changement d'unité, voire d'hôpital. Tu pourrais te retrouver dans un lieu plus sévère et plus gardé. On peut arranger tout ça.

Le ton confiant de l'Anglais rassura Ivan qui commençait à paniquer.

-En revanche, il y aura certaines conditions sine qua non si nous parvenons à obtenir que tu puisses sortir de l'hôpital. Pour commencer, il faut que tu guérisses, c'est une obligation incontournable, mais ça tu t'en doutais déjà. Ensuite, ils voudront que ton traitement soit plus fort dans les jours à venir. Et que tu vois un psychiatre plus régulièrement. Pour ce dernier point, ça ne posera pas de soucis puisque tu vivrais avec Alfred… et pour les médicaments, je ferai en sorte qu'ils ne vérifient pas si tu les prends correctement. Ce serait bête de revenir à zéro…

Ivan approuva. Il ne voulait plus jamais avoir affaire avec son addiction aux médicaments. Il en gardait toujours des séquelles, et il refusait de replonger dedans, et encore moins de force.

-Pour arranger tout ça, le témoignage d'Alfred aidera beaucoup… après tout tu as fait beaucoup de progrès… et tu n'as pas frappé ces hommes pour la même raison que tu avais frappé les premiers. Et tu as su te contrôler, contrôler ton autre toi. Je pense que ça va vraiment pencher en ta faveur. Je t'ai pris un très bon avocat, il saura argumenter.

-Il va falloir faire un procès ? s'inquiéta Ivan.

-C'est probable, oui. Mais tu ne seras pas obligé d'y assister, puisque tu es en hôpital psychiatrique. Ce sera juste le Tribunal de Police, pas la Cour d'Assises, heureusement…

Il eut un petit sourire, que lui rendit Ivan. La voix rassurante d'Arthur le mettait à l'aise. Il sentait qu'il savait ce qu'il faisait, même si l'issue restait peu claire.
Il ne savait même pas comment il allait guérir…

Cependant, ils parlèrent encore un moment de tout cela, des possibles conséquences, de comment minimiser les choses et du futur incertain d'Ivan. Arthur sut apaiser le Russe, qui restait bien sûr très inquiet. L'arrangement de cette affaire dépendait de beaucoup de choses sur lesquelles il n'avait pas le contrôle.

Mais il avait appris à ne pas se ronger les sangs pour quelque chose qui n'allait pas se faire dans l'immédiat. La vie à l'hôpital l'avait rendu patient.
Peut-être reverrait-il Alfred entre temps, avec un peu de chance, tout du moins il l'espérait.

Lorsqu'Arthur repartit, Ivan le suivit mais tourna avant le hall pour se rendre à l'extérieur. Il avait besoin de sentir l'air sur sa peau, même frais. Les quatre murs de sa chambre avaient tendance à l'étouffer.

Longuement, il se balada sous le ciel bleu sans nuages. Le soleil froid dardait des rayons qui caressaient doucement ses joues et il leva la tête en fermant les yeux pour profiter de l'oxygène et de la nature, et aussi pour s'imaginer ailleurs, loin d'ici. Libre.

Il s'enfonça sur le chemin de pierre traversant un tout petit bois servant aux petites randonnées. Il était tôt dans l'après-midi, les autres patients devaient être rendus apathiques par leurs médicaments, aussi était-il seul dans ce parc verdoyant. Il accueillait la solitude salvatrice avec bonheur. Le jeune homme ne se sentait tellement plus à sa place dans cet univers confiné qu'il se sentait mal en voyant les autres patients. Ils lui rappelaient ce qu'il était il n'y avait pas si longtemps encore, et ce qu'il pourrait redevenir si jamais il devait quitter ce lieu pour un autre, pire encore.

*Mais il y croyait. Il croyait en une fin plus heureuse que ça. En une fin où il serait dehors, avec Alfred, en Californie peut-être, ou ailleurs, qu'importe tant qu'il était libre ?

Il ne savait pas comment se passerait sa guérison, ni même comment lui-même serait après cela. Il ignorait ce que le monde extérieur lui réservait.
Il avait moins peur qu'avant. Il se sentait près à tout redécouvrir d'un œil neuf. Il se savait capable d'affronter ses peurs, de définitivement tourner ce trop long chapitre de sa vie.
Pour en commencer un, sur une vaste page blanche où il restait tout à écrire.

Au milieu des arbres, assis contre un tronc plusieurs fois centenaires, Ivan ferma les yeux. Il se sentait en paix avec lui-même pour la première fois depuis des années.
L'avait-il déjà été un jour ? Pour de vrai ?
Il se rappela de ce soir-là. Ce soir où il avait lâché la bride à l'autre lui.
Ce soir où il avait réussi à reprendre le contrôle sans vraiment y penser. Ou peut-être était-ce l'autre lui qui lui avait rendu le contrôle après avoir fait ce que tous deux estimaient juste ?
Quand est-ce qu'il avait commencé à ne plus le considérer comme un ennemi ?
Quand avait-il accepté qu'il faisait partie de lui ? Qu'il était l'une de ses nombreuses facettes ?
Qu'il était lui ?

Quand est-ce que cet autre homme dans le miroir avait cessé d'être un monstre, un inconnu, pour devenir Ivan Braginsky ?
Aujourd'hui peut-être. Sous la pâle lueur du soleil et le vent d'hiver.
Il avait l'impression d'accueillir enfin un proche qui revenait de loin. D'ouvrir sa porte à quelqu'un qu'il croyait inconnu mais qui ne l'était au final pas tant que ça.
De ne devenir qu'une seule et unique face d'une pièce.
Comme deux parties d'un miroir brisé qui se recollent dans un parfait éclat, sans aucune fêlure, sans aucune altération dans le reflet.
Il pensait cela violent c'était en réalité aussi doux qu'une brise d'été. C'était rassurant, effrayant aussi un peu de se sentir enfin un et un seul.
Mais tellement… apaisant…

Il rouvrit les yeux et il sut que le monde avait changé. Pour lui.
Tout allait changer.

Il n'y avait plus qu'une seule voix dans sa tête, et c'était la sienne.

oOoOoOo

Alfred le serra très fort contre lui quand enfin ils purent se revoir. Ils étaient à l'abri des regards, dans la chambre d'hôpital, les parents du médecin attendant à l'extérieur. Le blond n'avait pas encore repris le travail et venait en « simple » visiteur.

Les deux hommes se regardèrent quelques instants dans les yeux avant de s'embrasser. Ivan appuya un peu désespérément ses lèvres contre celles de celui qu'il aimait, exprimant ainsi tous les sentiments qu'il avait pu ressentir depuis l'incident. Son cœur battait à une vitesse folle de le revoir enfin après toutes ses inquiétudes… et d'impatience de lui annoncer la grande nouvelle. Il ne l'avait encore dit à personne. Alfred devait être le premier au courant.

Ce dernier passa ses mains derrière sa nuque pour prolonger le baiser quelques instants encore, puis s'écarta de lui, le regard brillant et un grand sourire aux lèvres.

-Miss me, big guy ? sourit-il d'un air taquin.

-Tu n'as pas idée, fit Ivan, souriant également en retour avec douceur.

Leurs doigts s'entrelaçant, ils allèrent s'asseoir sur le lit du grand russe.

-Tu te sens mieux ? questionna ce dernier, inspectant le visage de son médecin pour quêter d'éventuelles blessures mal guéries.

-Oui oui, t'en fais pas pour ça ! Je reprends bientôt le boulot, ils ont juste insisté pour que je me repose ! Et toi, alors ? Daddy m'a dit qu'il avait fait en sorte qu'on ne te surveille pas de trop près pendant ta prise de médoc', puisqu'ils avaient alourdi ton traitement !

Ivan acquiesça. Arthur pouvait bien se permettre de glisser un billet ou deux si c'était pour sa santé, après tout. Même si cela ne plaisait pas forcément au principal intéressé : Ivan était un brin trop honnête, mais bon. Le père d'Alfred semblait aussi l'être, seulement, parfois, l'argent ouvre des portes bien utiles qui seraient inaccessibles autrement.

-Ça va.

Un sourire ourla ses lèvres.

-Ça va très très bien, même.

Une étincelle illumina ses yeux violets, qui vint faire naître un sourire sur les lèvres d'Alfred. Il sentait une bonne nouvelle arriver, et bien qu'il ignorait la nature de celle-ci, voir un tel regard chez Ivan le faisait simplement se sentir heureux.

-Il s'est passé quelque chose ? le pressa-t-il avec une excitation audible dans sa voix.

Ivan ne savait pas comment lui annoncer la nouvelle, aussi resta-t-il silencieux quelques instants, gardant son sourire et son regard brillant, faisant ainsi croître l'impatience et la curiosité de son petit-ami. Ce-dernier sautillait à moitié, se collant contre le Russe pour l'inciter à parler plus vite.

-Je… je suis enfin… complet…

C'était le premier mot, le premier adjectif lui étant venu à l'esprit. Il trouvait cela très approprié. Alfred, lui, ne saisit pas immédiatement le sens de sa phrase et lui adressa un regard interrogateur.

-Qu'est-ce que tu veux d… wait, wait… Did you mean…

-Da… je… j'ai fusionné… enfin…

*Les yeux d'Alfred s'écarquillèrent, puis il ne bougea pas d'un cheveu pendant quelques secondes.

Enfin, il se jeta à moitié au cou d'Ivan le serrant très très fort contre lui. Le Russe pouvait sentir les battements affolés de son cœur contre sa propre poitrine. La respiration d'Alfred contre son cou, Ivan lui rendit son étreinte, les larmes aux yeux.
Il ne parvenait toujours pas à se faire à l'idée de sa guérison, advenue si… naturellement… alors partager cette nouvelle pour la première fois avec quelqu'un, et ce quelqu'un étant l'homme qu'il aimait plus que tout…

Cela faisait un puissant tourbillon d'émotions qui tournoyait en lui.

-Je suis si fier de toi… si fier… chuchota Alfred à son oreille, la voix enrayée par une émotion plus forte que lui. Je savais que tu y arriverais… je le savais… Dammit… I'm so fucking happy…

Les doigts d'Ivan vinrent glisser entre les mèches blondes du médecin, et il pressa un doux baiser contre son front, ses yeux embués de larmes difficilement contenues.

-Ton langage, Alfred… répondit-il, la voix tremblante.

L'Américain releva la tête. Les prunelles violines rencontrèrent les bleues ciel, tout aussi larmoyantes.
Un rire s'échappa de la gorge d'Alfred, qui passa soudainement ses mains derrière la nuque d'Ivan pour l'embrasser, plus vivement que précédemment. Leurs cœurs battant à l'unisson l'un contre l'autre témoignaient de leur bonheur commun.

Ils avaient tant attendu ce moment qui signifiait tellement pour eux…

Ivan n'avait plus peur de l'avenir, désormais.
Il était préparé à tout.
Tant qu'il ressentait un bonheur pareil aux côtés d'Alfred, tant qu'il avait surmonté sa maladie, tant qu'il était passé à travers tout cela et en était ressorti vainqueur…

Rien ne pouvait plus l'atteindre.

Rien.

oOoOoOo

L'angoisse formait un nœud familier dans le ventre d'Ivan. Il n'était pas si inquiet que cela, mais le résultat du procès se faisait attendre. Arthur et Alfred devraient arriver d'un moment à l'autre et l'inquiétude ne pouvait s'empêcher de demeurer encore un peu.
Jusqu'au bout elle l'aurait suivi.
Mais ayant connu bien pires angoisses, il n'y prêtait guère attention.

Sa fusion avait, selon l'avocat, grandement changé les choses. Elle prouvait qu'il ne pouvait plus être un danger pour les autres, puisqu'il ne risquait plus de subir des crises sans même s'en rendre compte.
En outre, s'il avait eu tort de s'échapper de l'hôpital et de ne pas prévenir la police, il ne l'avait pas fait avec de mauvaises intentions, ce qui penchait également en sa faveur.

Il y avait également le témoignage d'Alfred, qui avait dû affirmer ses énormes progrès depuis qu'il l'avait comme patient, ainsi que son caractère doux, gentil et patient.

Mais selon Arthur, c'était la fusion qui allait tout changer.

Bien sûr, ils lui colleraient un traitement sur le dos au cas où. Bien sûr il allait devoir faire des visites à l'hôpital pendant encore un certain temps. Bien sûr, sa sortie serait retardée.
Cependant, il n'y avait plus de raisons pour qu'il ne puisse plus sortir.
Arthur lui avait conseillé de dire qu'il avait été sous l'emprise de son autre lui durant tout le temps de l'incident, que c'était lui qui avait motivé sa sortie de l'hôpital. Ce faisant, il assurait qu'Ivan en lui-même n'avait rien de quelqu'un d'impulsif, de désobéissant et d'incontrôlable. Et, par la même occasion, que cette autre personnalité qui pouvait le rendre ainsi avait disparu, et donc le laissait parfaitement raisonnable.

Malgré ses peurs, Ivan ne pouvait donc pas s'empêcher de laisser l'espoir le gagner de part en part.
Il laissait libre court à ses pensées. Qui voguaient vers son avenir.
Après de longues réflexions, plus calmes après sa fusion, il avait décidé d'accepter la proposition de Natalya. Elle était logique et raisonnée. Ils pourraient se soutenir tous les deux, et cela ferait du bien à Ivan de travailler avec un visage familier. Cela lui permettrait de ne pas se réinsérer trop brusquement dans le monde du travail. En outre, sa sœur était jeune, aussi cela prendrait un certain temps pour qu'elle soit réellement renommée et demandée -car Ivan ne doutait pas qu'elle le serait- donc ils ne seraient pas débordés d'un coup. Ils auraient le temps de se poser et de prendre du temps pour eux avant de voyager pour les représentations.

Natalya avait de toutes façons un petit-ami dans son école, un danseur comme elle, aussi ne serait-elle pas séparée de lui puisqu'il nourrissait les mêmes ambitions qu'elle. Ivan, quant à lui, pourrait profiter de tout le temps qu'il aurait avec Alfred.

Ce dernier finit par passer énergiquement la porte de la chambre qu'occupait Ivan, ce qui fit sursauter ce dernier, trop pris dans ses pensées et ses plans d'avenir pour avoir prêté attention aux pas dans le couloir. Il était suivi de toute sa petite famille, de Gilbert, et… de ses sœurs !

Le Russe écarquilla les yeux. Certes, il s'attendait à avoir au moins un des parents d'Alfred avec ce dernier mais… il avait droit à tout le monde ? Et que faisaient ces sœurs ici ?

Il n'eut pas le temps de poser ces questions que Natalya et Katyusha venaient l'enlacer pour un câlin fraternel qu'il leur rendit sans hésiter.

Les sourires de tout le monde ne le trompèrent pas un instant, et il ne put s'empêcher de sourire à son tour, son cœur cognant fort dans sa poitrine, les larmes revenant perler au bord de ses yeux.
Pleurer de joie était tout de même bien mieux que de pleurer de tristesse…

Lorsque ses sœurs s'écartèrent en essuyant leurs yeux également humides, ce fut Alfred qui l'étreignit avec force.

-C'est fini, Vanya… souffla-t-il. C'est fini… tu vas pouvoir sortir… on va pouvoir vivre ensemble…

Ivan, la gorge trop nouée par l'émotion, se contenta de porter ses mains à ses joues en les sentant humides. Il ne s'était même pas rendu compte qu'il s'était bel et bien mis à pleurer.

Posant ses paumes contre ses yeux, il se laissa aller contre Alfred qui l'étreignait avec un large sourire aux lèvres.

Le Russe ne risquait pas de faire un commentaire quant au fait qu'il mouillait sa chemise et ses propres lunettes.
Il était bien trop heureux et emporté par ce nouveau départ qui s'offrait enfin à lui.

Francis et Arthur les regardèrent simplement en souriant, heureux de les voir ainsi. Leur histoire si compliquée allait enfin avoir un happy end, et, en tant que parents, c'était tout ce qu'ils avaient pu espérer.
Arthur tourna légèrement la tête vers son mari, qui lui sourit tendrement et prit sa main dans la sienne. L'Anglais entrelaça immédiatement leurs doigts et posa sa tête sur son épaule.

Ils n'en avaient jamais voulu à Alfred, ni n'avaient été déçus par ses problèmes dus aux jeux.
Ils avaient toujours été fiers de lui, et ne souhaitaient que son bonheur.
Maintenant qu'il l'obtenait enfin, ils ne pouvaient que regarder, le cœur empli de soulagement et de joie. Et d'espérance pour leur avenir, à tous les deux…

Un regard sur le côté corrigea leur pensée commune.

À tous les quatre.

Gilbert n'avait pu s'empêcher de passer son bras autour de la taille de Matthew. Ce-dernier, tout d'abord gêné car encore peu habitué aux démonstrations d'affection, surtout en public, avait fini par se laisser aller et poser sa tête contre l'épaule de l'Allemand.
Celui-ci n'était pas réellement concerné par l'histoire, mais il connaissait Alfred, désormais, et il avait eu l'occasion de rencontrer Ivan et de constater qu'il était un type bien. Cela seul lui suffisait, ainsi que de voir les deux hommes s'enlacer ainsi, pleurant tous les deux devant leur avenir qui venait de s'illuminer d'un coup, comme un feu rougeoyant s'enflammant au beau milieu d'une nuit noire.
Il se sentait concerné également parce qu'il aimait Matthew, que Matthew l'aimait, et qu'il était le jumeau d'Alfred.

Il faisait partie de la famille, désormais, tout comme Ivan, et cela l'impliquait plus qu'il ne le pensait.
C'est pour cela qu'il avait témoigné au procès, pour cela aussi qu'il se sentait touché par l'allégresse générale.

Un moment comme celui-ci se fêtait, n'est-ce pas ?
Souriant doucement à celui qui était depuis peu son petit-ami, il pressa un doux baiser contre sa tempe.
Matthew rougit, et plongea son regard dans celui de Gilbert.

Oui, un jour comme celui-ci se fêtait. Et pourquoi pas tous les autres jours, après tout ?

Natalya et Katyusha se tenaient un peu en retrait, mais resplendissaient littéralement. Elles ne prêtaient aucune attention aux larmes roulant sur leurs joues, à leurs yeux rougis, à leurs cheveux défaits à cause de leur course pour venir jusqu'ici.

Leur frère rayonnait de bonheur.
C'était tout ce dont elles avaient besoin.

Il était leur bonheur à elles.

Leur avenir aussi s'éclairait, sans qu'elles ne s'en rendent compte…

En cette chambre aux murs nus, le soleil était entré par la porte et éclaboussait les murs de sa lumière.
Les rires se mêlèrent aux larmes, parfaite harmonie née du bonheur.
Les mains qui se joignent les lèvres qui se retrouvent les regards qui se lient les sourires qui se croisent.

Le visage du bonheur avait envahi le tableau noir du malheur pour ne plus laisser que lumière et couleurs.

Et cela devait durer.
Longtemps.
Peut-être même pour toujours.

oOoOoOo

Ivan empoigna sa valise, le cœur battant. Il ne laissait derrière lui qu'un lit aux draps blancs pliés sur le dessus, un lino propre, et des meubles vides.

Ses possessions tenaient en ce seul bagage.

Il ne se retourna même pas en franchissant le pas de la porte. Simplement, il se tint quelques secondes sous l'huis, mesurant le poids de ce qu'il était en train de faire.
Puis, il fit un pas en avant. Simplement. Comme lorsque l'on se réveille pour chasser un cauchemar.

L'hôpital était toujours le même. Oppressant, étouffant, beaucoup trop blanc et aseptisé. Le parc avait perdu de ses couleurs, malgré le début du printemps. Le monde extérieur avait bien plus d'intérêt, à présent.
Ses pas résonnaient entre les murs. Il ne pouvait s'empêcher d'espérer pour chaque patient qu'il croisait. Il espérait qu'eux aussi trouveraient cette étincelle qui les ferait reprendre goût à la vie, qui leur redonnerait espoir, et, peut-être, leur apporterait la guérison.

Si jamais il devenait riche un jour, il créerait une association pour les maladies psychiatriques.

Son cœur battait si fort que c'en était presque douloureux. Presque.
Ses larmes menaçaient de noyer ses yeux. Il s'était habitué à pleurer de joie et d'émotions positives, ces derniers mois.

Il avait l'impression de ne plus sentir ses pas. Il marchait, comme dans un rêve. Il avait tant attendu ce moment qu'il avait peine à croire qu'il arrivait enfin.
Tout paraissait irréel. Il raffermit sa prise sur la poignée de sa valise, ce qui le ramena un peu au monde réel.

Enfin, le hall apparut.

Alfred avait posé ses congés pour l'occasion.
Il lui adressa un sourire si grand lorsqu'il l'aperçut, qu'il semblait menacer de déchirer son visage. L'Américain s'avança d'un pas décidé, sous les regards curieux du personnel de l'hôpital, qui le connaissait, bien évidemment.
Ce fut là, devant tous les gens réunis, patients, visiteurs, médecins, infirmières, femmes de ménage, qu'il prit son visage entre ses paumes pour l'embrasser avec passion et détermination.

Ce baiser, le premier de leur nouvelle vie, avait un goût enivrant, un goût de liberté, un goût de bonheur, un goût de délivrance… et de sel, aussi, un peu.
Mais ça, c'était inévitable.

La main d'Alfred prit celle d'Ivan qui ne tenait pas la valise. Celle qui tremblait le plus, évidemment. Il la serra très fort et entraîna Ivan, pas à pas, vers la sortie.
Ce-dernier aurait voulu se précipiter en courant à l'extérieur, il ne put avancer que pas à pas, lentement, soutenu par l'homme qu'il aimait, entravé par toutes ces émotions bien trop fortes pour lui.

Les portes automatiques coulissèrent sans un bruit. Un vent chaud chargé de parfums divers le frappa en même temps qu'un chaud rayon de soleil.

Le mois de mai était resplendissant cette année-là.

C'était un jour parfait pour débuter une nouvelle vie, songea Ivan.

Ses doigts s'entrelacèrent avec ceux de l'Américain.

Il avait passé quatre ans dans cet asile, après tout.
Il allait bien falloir rattraper cela avec toutes celles à venir.
Toutes celles qui restaient jusqu'à l'éternité.