Marinette aimait danser. Elle avait, étant petite, prit des cours de danse classique, puis moderne, puis avait arrêté pour se mettre à un sport de combat après avoir reçu la responsabilité de protéger Paris.
Alors, naturellement, elle avait beaucoup dansé. Avec différentes personnes ; surtout Alya, mais aussi Nino, et même Nathanael, qui était venu lui demander une danse.
— Cherchons Adrien, proposa Alya lorsque la salle commençait à être pleine.
Les grandes lumières s'étaient éteintes, ne laissant comme éclairage que les spots lumineux, qui donnaient une ambiance plus animée à la soirée.
— Je- Ça n'est pas grave, marmonna Marinette. On le croisera surement plus tard…
— Ah non ! Insista Alya. Il doit être avec Nino. Tu dois lui parler, et surtout, tu dois danser avec lui !
— Je ne vais pas danser avec- avec Adrien ! S'exclama Marinette en rougissant.
— Et pourquoi pas ?
La jeune fille avait une très bonne raison.
— Je risque de trébucher, ou de dire quelque chose de stupide, ou… ! Je ne sais pas, Alya, mais peu importe la façon dont j'imagine ce scénario, ça ne finit pas bien, d'accord, alors je-
Elle dû s'interrompre, car son amie l'emmena avec elle sans écouter ce qu'elle avait à dire. Marinette essaya de se dégager, mais Alya lui lança un regard sévère, et elle comprit qu'elle n'aurait pas vraiment d'autres chances. Pour le moment, Chloé parlait avec le DJ, mais bientôt, elle resterait surement collée à Adrien, sans laisser qui que ce soit d'autre l'approcher.
— Il est là, dit Alya en s'arrêtant, alors que Marinette était plongée dans ses pensées.
Lentement, timidement, elle leva les yeux vers le fond de la salle, qu'Alya semblait montrer. Repérer Adrien ne fut pas difficile ; il était debout, devant elle, et le monde semblait tourner autour de lui. Il était habillé comme il aurait pu l'être un jour normal ; chemise en toile bleue, jeans, New Balances sombres, mais pour une raison qui échappait à Marinette, il avait l'air encore plus attirant que d'habitude.
Peut-être était-ce dû aux éclats colorés des spots, qui se reflétaient dans ses yeux verts anis.
Peut-être son demi-sourire, et la façon dont il observait avec retenue et envie les adolescents autour d'eux. Le coin de ses lèvres qui se relevait lorsqu'il replaça correctement une mèche qui retombait trop sur son visage. Le soupir qu'il laissa échapper sans sembler s'en rendre compte.
— A-Adrien ? Demanda la jeune fille, se rapprochant du mannequin.
Il sursauta à l'appel, mais son visage adopta rapidement une expression joyeuse lorsqu'il la reconnut. Marinette sentit son coeur battre très fort, presque au rythme de la musique. Alya s'éclipsa discrètement, sans même saluer Adrien, les laissant seuls dans la conversation.
— Oh, Marinette, dit-il. Tout va bien ?
Maladroitement, elle hocha la tête. Avec le bruit, il était encore plus difficile de se concentrer sur quoi dire, et comment paraître acceptable devant le garçon ? Elle prit une inspiration qu'elle espérait discrète, et planta ses yeux dans ceux d'Adrien, décidée à lui montrer qu'elle n'était pas qu'une craintive et banale élève de troisième, qui ne parvenait pas à aligner correctement trois mots devant lui.
Bien sûr, ça n'était pas si facile.
— O-oui, dit-elle. Alya aussi va bien, mais elle est partie.
Adrien parut étonné par le contact visuel, mais il soutint son regard sans faute. Et Marinette, après avoir encore dit quelque chose d'inutile et stupide, se retenait de baisser les yeux, parce qu'elle devait aller jusqu'au bout de son idée. C'était primordial pour elle.
— Je vois, répondit-il. Nino aussi est parti, ils sont surement tous les deux ! Ils ont l'air de bien s'entendre, tu ne trouves pas ?
— C'est vrai…
Bien, pensa-t-elle, une phrase sans bafouiller. C'était court, mais un bon début, n'est-ce pas ? Mieux que quelque chose de long et incohérent.
— Tu es arrivé il y a l-longtemps ?
Les yeux d'Adrien étaient chaleureux. Le coeur de Marinette se mis à battre plus fort encore.
— Pas très longtemps, admit le jeune mannequin. Je pense que tu étais en train de danser avec Nathanael quand je suis arrivé. Vous êtes tous les deux bons danseurs, rajouta-t-il, vous vous démarquez du reste.
Cette fois-ci, elle ne put s'empêcher de baisser les yeux, cachant gauchement sa gêne. Elle voulait répondre quelque chose, mais le simple fait d'imaginer Adrien Agreste la regarder danser et être impressionné par elle la faisait fondre, Nathanael ou pas.
— Et puis, continua-t-il, tu es ravissante. Tu as créé ta tenue toi-même ?
Elle hocha la tête, hésitante.
— C'est splendide.
— M-merci, chuchota-t-elle, se trouvant incapable de parler normalement.
C'était normal, c'était on ne peut plus normal, Adrien était juste quelqu'un de gentil, il agirait de la sorte avec n'importe qui. Il avait probablement dit la même chose à Chloé. Cette dernière pensée la fit grincer, mais c'était certainement vrai.
Splendide. Quel joli mot, surtout sorti de la bouche d'Adrien ! Elle était heureuse d'avoir passé autant de temps à perfectionner le vêtement.
— Excuse-moi, dit-il. Je n'ai pas entendu…
— Merci ! Répéta-t-elle très fort pour couvrir le bruit de la salle.
Sa voix sortit trop aiguë, et plusieurs personnes se retournèrent vers elle, intriguées, mais Adrien lui sourit gentiment.
— Ne me remercie pas, protesta le jeune garçon. Tu es douée, Marinette, je le pense sincèrement.
— Je- toi aussi, dit-elle. Tu es bien plus doué que moi…
Il se mit à rire, cette fois-ci avec un air étonné.
— Moi ? Je serais incapable de créer le moindre vêtement !
Marinette haussa les épaules, osant croiser son regard rieur, quoique teinté d'une légère tristesse. Ce n'était pas ce qu'elle voulait dire, mais lui expliquer le fond de sa pensée serait étrange, non ? Peut-être était-elle réellement bizarre.
— Je voulais dire que tu es plus doué que moi, mais pas forcément dans ce domaine. Humm, dans tout le reste, euh, par exemple. Enfin, dans beaucoup de choses en général, je pense… Oui. À part la couture…
Marinette sentit son coeur s'arrêter en même temps que le sourire d'Adrien disparaissait, se rendant compte du ramassis incohérent qui venait de sortir de sa bouche. Elle la couvrit d'une main, sentant la peau devenir brûlante sous la gêne. Comment avait-elle pu raconter quelque chose d'aussi embarrassant à Adrien ?
— Je.. Je te trouve bien dure avec toi-même, dit-il.
— Pardon, répondit-elle en mordant sa lèvre inférieure, furieuse de sa propre stupidité.
Il secoua la tête.
— Ne t'excuse pas. Mais tu ne devrais pas dire ce genre de choses, tu sais. Je suis sûr qu'il y a plein de domaines dans lesquels je ne t'arrive pas à la cheville, assura Adrien. La danse, par exemple.
Marinette, gênée, secoua ses mains devant elle dans un geste hâtif.
— N-non ! Je suis sûre que tu danses très bien.
Elle se souvint d'Alya, la convainquant de proposer une danse à Adrien. Peut-être était-ce le moment idéal ? Avec un peu de chance, le fait de faire autre chose l'aiderait à évacuer un peu l'embarras dans lequel elle se mettait. Peut-être que ça pourrait marcher. Et puis, bien sûr, le fait de danser avec Adrien en soi était plus qu'attirant. Elle ouvrit la bouche pour formuler la demande.
— Tu veux danser ?
C'était Adrien qui avait parlé. La jeune fille dû prendre sur elle pour ne pas crier de surprise, mais cela lui fit extrêmement plaisir. Un sourire comblé fleurit sur son visage, alors qu'elle donnait sa réponse au garçon face à elle.
— B-bien sûr !
— — —
— — —
Adrien était grand, bien plus grand que Nathanael. Plus petit que Nino, et aussi plus grand qu'Alya. Ses mouvements étaient incroyables, bien que cela ne la surprît pas, pour un adolescent doué en escrime, et de famille aisée, il avait sûrement, lui aussi, pratiqué la danse.
Marinette sentit enfin la chance lui sourire lorsque, dès leur arrivée sur la piste de danse, la chanson changea et donna place à un slow. Elle ne connaissait pas la chanson, mais, bon sang, un slow.
Un slow. Avec Adrien Agreste.
Et, soudainement, tout le monde dansait par paires, se lançant des clins d'oeil. Marinette aperçut Alya qui dansait avec Nino, lui lancer un regard encourageant, mais elle se rendit rapidement compte que tous les élèves s'étaient eux aussi laissé allé dans un élan d'affection générale. Les garçons et les filles, les filles et les filles, les garçons et les garçons, tous radieux.
Marinette se demandait si elle aussi avait ce même air. À son plus grand contentement, elle arrivait à danser plus que correctement, même si le fait d'être aussi proche d'Adrien lui faisait un peu perdre ses moyens. Heureusement, il était un bon partenaire de danse, et le suivre était facile.
Elle mit un certain temps à réaliser la situation. Sa main dans celle du garçon, l'autre main d'Adrien soutenant sa taille ; et son autre main derrière son épaule. Le souffle chaud d'Adrien sur son oreille, l'électricité de ses mèches blondes contre les siennes ; et surtout, leurs coeurs battant à l'unisson, au même rythme que la musique.
Elle était hypnotisée. Incapable de penser à autre chose que « ne te rate pas, Marinette », souhaitant rester ainsi le plus longtemps possible.
— Adrien ? Demanda-t-elle timidement.
Le garçon la regarda alors qu'elle levait la tête vers lui, les joues rouges, sans pouvoir masquer l'expression confuse qui se lisait sur son visage.
— Mmh ? Répondit Adrien, toujours concentré sur leur danse.
— Eh bien…
La chanson changea, passant à quelque chose d'un peu plus rythmé, et au plus grand regret de Marinette, Adrien s'éloigna d'elle, lâchant sa main et la légère pression qu'il exerçait sur sa taille. Il lui lança un regard interrogateur, l'invitant à continuer là où elle s'était arrêtée.
— Je pensais, commença-t-elle, q-que ça serait dommage si, si…
Elle dut prendre une nouvelle inspiration avant de continuer.
— Si on pouvait se revoir. J-je veux dire, de temps en temps, l'année prochaine. Oh, et avec Nino, bien sûr… ! E-et Alya… C'est juste qu'on ne sera plus ensemble, alors…
Elle laissa la phrase en suspens, sans vraiment savoir comment la terminer ; mais Adrien sembla comprendre l'idée, et hocha simplement la tête.
— Tu as raison, dit-il. Nino ne sait pas encore dans quel lycée il sera, mais je suppose que, tous les quatre, nous serons dans des endroits différents pour la plupart… Comme le reste de la classe.
— O-oui, répondit la jeune fille. Ça ne te dérangerai pas, toi ?
Le jeune mannequin lui lança un regard interrogateur, alors qu'un rire franchissait ses lèvres.
— Tu es bizarre, pourquoi est-ce que ça me dérangerait ? Je suis même plutôt content que tu me demandes.
Marinette joignit ses deux mains ensemble, cherchant à éviter une réaction embarrassante face aux mots d'Adrien. Content. Elle avait bien entendu ces mots sortir de sa bouche, n'est-ce pas ? Ça ne semblait pas grand-chose comme ça, mais la jeune Parisienne se sentit comblée.
Alya avait bien fait d'insister pour qu'elle aille lui parler.
— — —
— — —
Marinette, pensa Adrien, était une drôle de fille. D'abord, elle n'arrivait pas à lui parler normalement, évitait son regard, et prenait cet air horriblement gêné lorsqu'il était dans le coin, puis, elle disait des choses plutôt incroyables, et dansait avec assurance, comme si elle n'était plus la même personne.
La timide, maladroite Marinette suivait ses pas, presque sans faire de fautes, et le regardait dans les yeux — bien que cela ne durât pas longtemps —, et lui souriait chaleureusement.
Il était encore loin de la voir confiante comme elle l'était en compagnie de Chat Noir, mais se dit au moins qu'elle ne devait pas le détester, ou elle ne serait pas venue vers lui. À vrai dire, Adrien était heureux qu'elle lui propose de se revoir, et avec Alya. Il n'avait pas noué de liens forts au collège, peut-être parce qu'il était arrivé en cours d'année de quatrième, et que ses camarades avaient tous déjà formé des groupes soudés. Et, surtout, personne ne semblait oser être naturel avec lui, comme si son activité professionnelle et sa famille les intimidaient.
Bien sûr, Adrien détestait cela. Qui allait-il revoir, l'année prochaine ? Sûrement Nino, et Chloé. Au bout d'un moment, Chloé trouverait quelqu'un d'autre qui lui plairait plus, et il n'y aura que Nino. Il était peut-être un peu tard pour nouer de nouvelles amitiés, mais il s'entendait bien avec Marinette et Alya, alors c'était une bonne chose.
Il demanda à Marinette si elle voulait échanger leurs numéros, et elle accepta avec maladresse, mais en souriant.
— Adrien !
Il se retourna, son portable toujours dans la main, alors qu'il rentrait le numéro de la jeune fille.
— Chloé te demande, l'informa une fille qu'il ne connaissait pas.
Il haussa les épaules, retenant un soupir agacé.
— Je parle avec Marinette, expliqua-t-il. Si Chloé a besoin de quelque chose, elle n'a qu'à venir me le demander.
Pour ce qu'il savait, il n'était pas au service de Chloé, et, même s'il ne la détestait pas de la façon dont la plupart de ses camarades le faisaient, son comportement condescendant commençait sérieusement à l'irriter.
Tout le monde la voyait comme une fille méchante et désagréable — sauf quelques rares admirateurs, rappelons que Chloé restait une fille jolie et riche —, mais Adrien savait qu'elle ne faisait que chercher l'attention des autres. Certes, elle avait un horrible caractère ; mais aussi une enfance sûrement comparable à la sienne, et personne ne pouvait vraiment se mettre à leur place. Être surprotégé par ses parents n'aidait pas toujours, et pouvait mener à, dans le cas d'Adrien, une difficulté à s'intégrer pleinement aux autres ; et dans le cas de Chloé, à une affreuse, hautaine personnalité.
Mais au moins, Chloé avait eu la chance de pouvoir s'intégrer parmi les autres enfants de son âge depuis longtemps, elle n'avait pas, comme lui, dû recevoir des cours à domicile.
— Je vais lui dire ça, répondit la fille avec une grimace, mais elle ne va pas être contente.
Adrien soupira, regardant Marinette avec un air navré. La jeune fille brune rougit un peu, mais soutint son regard quelques instants avant de baisser les yeux.
— Tu peux y aller, dit-elle tout bas. O-on pourra parler plus tard, si tu veux…
Il acquiesça, s'excusant.
— Merci, Marinette, et désolé. À tout à l'heure, peut-être.
— Oui, dit-elle dans un souffle, mettant fin à la conversation.
Il se retourna et suivit ce qu'il supposait l'une des amies de Chloé, il lui fit traverser la salle. Elle s'excusa brièvement de le déranger, précisant que Chloé était de mauvaise humeur ce soir, sûrement parce qu'il n'était pas passé la voir, et qu'elle voulait apparemment danser avec lui.
Ils arrivèrent devant la jeune fille, qui était en train de parler avec Sabrina. En voyant Adrien, elle lança à son amie un regard sévère, lui intimant apparemment de les laisser, puisque ce fut ce qu'elle fit immédiatement.
— Adrien ! S'exclama-t-elle, comme si elle était surprise de le voir. Nous ne nous sommes pas encore vu !
— Non, répondit-il en lui faisait la bise alors qu'elle lui tendait sa joue. Tu voulais me parler de quelque chose ?
— Je voulais danser, dit-elle. Je pensais que tu allais m'inviter.
S'agissait-il d'un reproche ?
— Nous pouvons danser, soupira Adrien, mais si c'est juste ça, tu aurais pu attendre que je termine ma conversation avec Marine—
— Oui, oui, enfin, ça n'était pas comme si cette fille était intéressante ou quoi que ce soit. Tu devrais me remercier de t'en débarrasser, ricana-t-elle.
Adrien n'aimait pas le ton, ni la remarque de Chloé. Il y avait toujours eu une certaine tension entre les deux jeunes filles, mais depuis que Marinette avait été élue déléguée l'année dernière, battant Chloé, elle lui vouait une haine sans limites. De son côté, Marinette ne semblait pas non plus l'apprécier, et l'évitait au plus, comme beaucoup d'élèves de leur classe.
— Si c'est pour insulter les autres, dit-il, ça n'est pas la peine de m'appeler, je pense que tu peux faire ça toute seule. Ce n'est pas parce que tu la détestes que tu doives dire des méchancetés sur elle à ceux qui l'apprécient.
Elle haussa les épaules, et fit semblant de s'intéresser à sa manicure jusqu'à ce que le garçon finisse de parler. Il décida de ne pas aller plus loin, certaines fois discuter avec Chloé était juste, vous savez, inutile.
Elle semblait sur le point de l'entrainer sur la piste de danse lorsque son portable vibra. Visiblement énervée, elle dut s'éloigner d'Adrien pour répondre, lui faisant signe de l'attendre pendant qu'elle répondait. Le jeune garçon soupira à nouveau, et l'attendit près de la table, où les autres commençaient à se servir. Il y avait toutes sortes de plats salés et sucrés, certainement préparés dans l'après-midi.
Il prit une part de tarte, cherchant Nino des yeux — après tout, rien ne l'obligeait à rester à attendre Chloé, elle n'aurait qu'à retourner le chercher si elle voulait danser.
Puis, il regarda les desserts. S'il ne se trompait pas, une partie des pâtisseries venait directement de chez Marinette, et il n'était pas difficile de deviner lesquelles. Des profiteroles étaient disposées en pyramide, préparés avec professionnalisme et le logo de la patisserie des parents de Marinette figurait à son sommet, sur une plaque en chocolat.
Il tendit la main pour en prendre, mais se fit bousculer par un autre garçon qui semblait avoir son âge, qu'il reconnaissait à peine. Adrien fut projeté contre la table mais s'arrangea pour ne pas faire tomber la pyramide de profiteroles, et sentit quelque chose tomber par terre, qui appartenait surement au garçon.
— Ah, excuse-moi, gémit-il, j'espère que je n'ai pas fait tomber les gâteaux.
— Tout va bien, le rassura Adrien en se baissant ramasser ce que le jeune homme avait laissé tomber. Ne t'inquiète pas pour ça.
— Merci, répondit-il.
Adrien se releva, tenant dans ses mains un portable — qui heureusement pour son camarade ne semblait pas cassé —, et une carte pliée, d'un rouge vif, sur laquelle le garçon avait ses yeux rivés. Il tendit la main pour récupérer ses affaires, le regardant avec gratitude ; mais fut interrompu par Chloé, qui sauta presque entre eux deux, s'intéressant immédiatement à Adrien.
— Adrien, qui est ce type ? Tu ne t'es pas tâché, au moins ?
Elle se retourna pour lancer un regard hautain au pauvre garçon, qui commença à rougir.
— J-je suis désolé, Chloé… Commença-t-il. Euh, je me demandais… Si je pouvais te parler de quelque chose…
Sa voix n'avait pas une grande portée, et cela eut le don d'exaspérer la jeune Parisienne.
— Quoi ? Dit-elle. Écoute, tu ferais mieux de remettre la table à sa place, elle a été décalée.
Adrien voulut tendre au garçon ses affaires, tenant le portable au creux de sa main, puis la carte entre ses doigts, mais Chloé interpréta le geste comme étant dans sa direction, et saisit le bout de papier avec un sourire.
— Oh, tu as quelque chose pour moi ? Demanda-t-elle. Qu'est-ce que c'est ?
— Non, c'est à—
— Mmmh ?
Adrien voulut reprendre la carte, craignant ce qu'elle contenait après avoir vu le garçon demander à parler à Chloé, mais elle ne le laissa pas faire. Elle se retourna pour lire sa carte, puis la referma quelques secondes plus tard avec un sourire satisfait. Elle se rapprocha d'Adrien en tendant ses bras vers lui, ce qui commença à attirer l'attention des autres élèves. Adrien voulut faire un pas en arrière, mais se cogna à la table, et dû s'arrêter là.
Chloé se jeta presque dans ses bras avec un gloussement, et sans qu'il eut le temps de la repousser et de lui expliquer la situation, elle enfouit son visage contre le sien, et pressa habillement ses lèvres contre les siennes.
Adrien, horrifié, se dégagea immédiatement, tenant Chloé par ses épaules pour la garder éloignée. Il ouvrit la bouche pour dire quelque chose, mais, comme il s'en doutait, il ne put pas terminer une seule phrase.
— Écoute—
— Oh mon Dieu, Adrien ! Je ne savais pas que tu étais doué en poésie !
Bon sang, qu'est-ce que ce garçon avait écrit dans cette foutue carte ?
— Chloé—
— Enfin, c'était un peu maladroit, mais vraiment chou. Bien sûr je savais déjà que tu étais fou de moi, mais à ce point, tu—
— Ce n'est pas—
— Ma réponse est oui ! Dit-elle enfin, rapprochant une fois de plus son visage du sien.
Adrien se déplaça sur le côté, échappant à l'emprise de la jeune fille. Il vit avec effrois que tout le monde les regardait avec intensité, et reconnu les visages de Nino, Alya et même Marinette, qui semblaient stupéfiés. C'était également le cas du garçon à qui appartenait originalement la carte, qui baissa les yeux, évitant le regard d'Adrien.
Il devait absolument dissiper ce malentendu, mais il avait aussi le sentiment que ça serait offrir une horrible humiliation à Chloé, et au garçon, qui se ferait surement rejeter sur-le-champs et en public. Peut-être pourrait-il dire qu'il ne s'agissait que d'un poème amical, et dire à Chloé plus tard qu'il venait de quelqu'un d'autre ? Peu importait l'excuse qu'il donnait, il devait en trouver une, car s'il ne le faisait pas maintenant, tout le monde allait se faire de fausses idées, et il ne les reverrait même pas pour dissiper le malentendu.
— Hm, marmonna Chloé. Allons dans un endroit plus tranquille, d'accord, Adrien ?
Il frissonna à la façon dont elle prononça son nom, et se laissa trainer lorsqu'elle attrapa son poignet pour aller ailleurs.
— Euh, Chloé, commença-t-il alors qu'ils traversaient le couloir. Écoute, c'était une erreur, d'accord ? Je n—
— Ah, Adrien, tu es tellement timide, le coupa-t-elle en croisant ses bras sur sa poitrine. Tu aurais peut-être préféré que je t'embrasse dans un endroit plus tranquille, c'est ça ?
C'était ridicule. Chloé semblait vouloir donner l'impression de répondre à ses sentiments — qui n'étaient même pas réels —, mais elle avait juste l'air d'une enfant qui venait de gagner un prix à la fête foraine, et qui voulait le montrer à tout le monde. Adrien mordilla sa lèvre inférieure, de plus en plus irrité, mais se rappela que Chloé venait également d'embrasser ses lèvres, et s'interrompis dans son geste.
— Je ne suis pas timide, dit-il d'une voix froide, j'aimerais juste que tu m'écoute deux secondes. Ce n'est pas si compliqué que ça, si ?
Il s'en voulait. Il n'avait pas l'intention de s'énerver contre Chloé, et il savait qu'elle avait toujours plus ou moins été intéressée par lui, mais il aurait aussi aimé qu'elle agisse de façon plus mature.
Étonnement, elle resta silencieuse.
— La carte, continua-t-il, n'était pas de moi, mais du pauvre type sur qui tu as crié tout à l'heure. Je suis désolé, Chloé, mais je ne comptais pas… Enfin, je n'avais pas l'intention de te demander de sortir avec moi, ou je ne sais pas ce qui était sur la carte.
Chloé sembla retenir sa respiration pendant tout le temps où il parla. À la fin, elle réussit tout de même à sourire.
— Ce n'est pas grave, dit-elle, tu préfères que je te demande, moi ?
— Non, dit Adrien. Je suis désolé, Chloé.
Elle perdit son sourire, puis, à nouveau, entraîna le jeune garçon avec elle, le tirant par le poignet.
— Hey—, protesta-t-il.
— Adrien, dit Chloé d'une voix détachée, j'ai compris. On ne peut pas rester là trop longtemps, ou les gens vont se poser des questions.
Elle se tourna vers lui, une lueur apathique dans les yeux, et soupira.
— Tu ne vas pas… Nier notre relation devant les autres, pas vrai ?
— Quoi ? Si, s'exclama Adrien. Je veux dire, je compte leur dire la vérité, c'est tout—
— Oh, bien sûr, s'étrangla Chloé. Toi, ça ne te gêne pas, tu n'auras pas l'air ridicule. Si ça t'amuses de m'humilier ainsi, vas-y je t'en prie.
Adrien songea qu'elle devait être secouée par les événements pour dire une telle chose. Habituellement, elle aurait tout fait pour le dissuader du reste, mais là, elle prenait un air de victime, et il aperçut même les larmes qui se formaient dans ses yeux.
— D'accord, soupira-t-il. Je vais faire comme si de rien n'était pour ce soir. Mais après ça, plus de mensonges.
— — —
— — —
Le beau, riche, gentil, merveilleux Adrien Agreste était en couple, et avec Chloé.
Ce qui, pour Marinette, était certainement la pire chose qui puisse arriver, puisqu'il se trouvait que c'était le garçon dont elle était amoureuse ; et la fille qu'elle détestait par-dessus tout. Douce, charmante ironie, qui se faufilait dans l'esprit de Marinette, et ne voulait plus en sortir. Ce n'était pas juste, pensa-t-elle, c'était totalement injustifié. Elle avait fait des efforts, plus qu'elle n'aurait jamais pensé en faire, et voilà ce qu'elle récoltait.
Marinette détestait l'ironie.
Pourquoi est-ce que quelqu'un comme Adrien serait attiré par Chloé ? Il connaissait trop bien son caractère de peste pour entretenir le moindre sentiment romantique à son égard, n'est-ce pas ? Quelle catastrophe !
Marinette était restée près de la nourriture, goutant à tout ce qui semblait à peu près comestible. Bien, pensait-elle, Adrien avait donc cet énorme défaut qu'elle n'avait jamais remarqué, peut-être l'avait-elle trop mal observé ?
Elle prit une part de tarte aux légumes, puis une part de clafoutis, une crêpe préparée par Alya, quelques profiteroles de ses parents. Si Adrien aimait Chloé, il ne devait pas être si parfait.
Un verre de jus de fruits, des cannelés. Ou bien, Chloé lui avait fait du chantage ? Cela lui ressemblait bien. Et puis, la façon dont elle l'avait embrassé, juste comme ça ? Inadmissible. Totalement inacceptable.
Douce, douce ironie.
— — —
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Ils ne revirent pas Adrien de la soirée. Chloé revint quelques minutes après s'être éclipsée avec le jeune garçon, et, pour garder ses salles habitudes, commença à se donner en spectacle, ventant à quel point Adrien était fou d'elle et qu'elle ne pouvait pas rejeter le pauvre garçon.
Marinette, en l'entendant parler ainsi de lui, serra les poings si forts qu'ils laissèrent des marques rouges sur la fine peau de ses paumes.
— Marinette, l'appela Alya. Ne fais pas ça, tu vas abimer tes jolis ongles.
Elle savait qu'Alya se fichait de ses ongles, mais voulait simplement donner une raison à Marinette pour qu'elle arrête. La jeune fille se rendit compte qu'elle tremblait, et qu'elle était sur le point de pleurer.
— Écoute, dit Alya, je suis sûre que c'est un malentendu, d'accord ?
Mais, autour d'elle, Marinette entendait tout le monde en parler. Une fille dit qu'elle avait croisé Adrien juste après que Chloé soit revenue, et qu'il lui avait confirmé la nouvelle, même s'il avait semblé un peu bizarre.
— Je ne comprends pas, avait dit Nino. Je connais Adrien, et j'ignorais qu'il était amoureux de Chloé. Ok, il était l'une des seules personnes à la supporter, mais de là à l'aimer…
Marinette haussa les épaules, incapable de parler en contrôlant sa voix. Elle attrapa l'arrière de la robe d'Alya, lui intimant de s'approcher d'elle.
— Je pars, dit Marinette d'une voix basse.
Alya haussa gentiment la tête, ses cheveux caramel retombant tristement derrière ses épaules.
Elle avait besoin d'air, et tant pis pour la fête. De toute façon, elle ne supporterait pas de voir Chloé se pavaner pendant toute la soirée, alors autant rentrer. Mais avant, elle allait se changer un peu les idées.
En sortant du bâtiment, elle se faufila derrière une cabine téléphonique, et appela Tikki.
— Tout va bien, Marinette ?
— Oui, enfin pas vraiment… Mais j'ai besoin de me transformer, maintenant, répondit la jeune fille.
Tikki ne protesta pas, comprenant la demande de Marinette, et se hâta de répondre à la requête.
Une fois transformée, Ladybug s'élança dans le ciel nocturne de Paris, sautant de toits en toits sans fatigue, jusqu'à ce que la tristesse s'en aille.
— — —
— — —
La tristesse ne partait pas. Pas vraiment.
Et, bien sûr, ça n'avait rien de surprenant. Marinette s'était toujours imaginé comme la future femme d'Adrien Agreste, et voir Chloé l'embrasser ainsi, eh bien, cela lui donnait presque l'impression d'avoir été trompée.
De toute façon, elle allait dans un lycée publique, et Adrien dans un lycée privé. Elle lui avait demandé s'ils pourraient se revoir, et ils avaient même échangé leurs numéros, mais au final, ça ne se serait sûrement même pas fait. Plus elle y pensait, plus elle se disait qu'un garçon aussi parfait ne pourrait jamais se satisfaire d'elle.
Mais Chloé ?
Chloé ? Cette fille obtenait vraiment tout ce qu'elle voulait, et dans le cas présent, ce que Marinette voulait. Elle était sûre qu'elle le considérait comme une sorte de prix, et pas comme une personne gentille et compréhensive, ce qu'il était. Cela la rendait malade.
Ladybug aperçut une forme sombre au loin, près du toit de son collège. Elle se releva avec surprise, alors que la silhouette semblait se tourner vers elle, immobile. En s'approchant un peu, elle discerna le profil d'un garçon, vêtu de noir, et surtout, affligé de deux oreilles de chats.
— Chat Noir ? Demanda-t-elle lorsqu'il fut parvenu jusqu'à elle. Je croyais que tu ne pouvais pas patrouiller ce soir ?
Son partenaire haussa les épaules, ce qui surprit Marinette. D'habitude enjoué, le garçon n'essaya même pas de lui faire son habituel baisemain.
— J'avais besoin de sortir, dit-il. Je ne patrouillais pas vraiment. Et toi ?
— Mmmh… Je suis libre, tout compte fait. Mais je pensais aussi réfléchir tranquillement au clair de lune.
— Nous sommes pareils, alors, répondit Chat Noir d'une voix faible.
Ladybug ne lui répondit pas. Non, ils n'étaient pas pareils, et elle doutait que le garçon soit dans la même situation qu'elle, mais il avait réellement l'air abattu, et cela ne fit que l'inquiéter davantage.
— Tout va bien ? Demanda-t-elle avec toute la douceur dont elle était capable.
Elle recula un peu, alla s'assoir contre le mur qui servait de séparation entre le toit et le vide, trouvant l'endroit inconfortable, mais Chat Noir ne semblait pas en état de faire de l'exercice maintenant. Il la suivit sans un mot, et s'assit en tailleur en face d'elle, sans même la regarder dans les yeux.
— Chat Noir ?
La question franchit ses lèvres une nouvelle fois. Adrien était sûrement avec Chloé, Alya et Nino à la soirée, et Chat Noir ne pouvait même pas la conforter, alors qu'il était un de ses amis les plus proches. Elle ne pouvait pas se permettre de pleurer devant lui, mais se retenir n'était pas si facile.
— Pardonne-moi, ma Lady, répondit-il avec mélancolie, je ne voulais pas que tu me voies comme ça.
Ses yeux verts, si étrangement familiers, restaient fixés sur le sol rugueux, lui permettant de garder la tête baissée. Ladybug tendit une main vers le visage de son ami, touchant sa joue du bout des doigts. Il frémit au contact froid. La jeune héroïne finit par permettre le contact entre les chaudes joues du garçon et la paume de sa main.
— Hey, dit-elle, tout va bien, Chat. Tu sais que tu peux compter sur moi, pas vrai ?
Il hocha lentement la tête, puis leva les yeux vers Ladybug pour la première fois depuis qu'il était arrivé. Elle y lu de la tristesse, de la colère, de l'amertume ; mais aussi une infinie tendresse. Et ils restèrent ainsi quelques secondes, immobiles, yeux dans les yeux. Le garçon finit par lever sa main, et la placer par-dessus celle de la jeune fille, coinçant sa propre main en sandwich entre la joue et la paume du garçon. Il dégageait bien plus de chaleur qu'elle, alors Ladybug n'essaya pas de se dégager, c'était un contact agréable.
Elle essaya de comprendre.
Yeux dans les yeux. Elle avait déjà vécu cette situation ce soir-là ; mais le souvenir paraissait à présent douloureux. Elle n'avait pas envie d'y penser plus longtemps, et presque inconsciemment, tourna légèrement la tête, rompant le contact qu'elle avait établit avec Chat Noir.
Il libéra enfin sa main, mais au lieu de la laisser partir, positionna sa paume contre celle de Ladybug, comme s'il avait peur de briser quelque chose s'il la lâchait.
— C'est difficile de mettre de l'ordre dans ma vie, admit-il au bout d'un moment. C'est comme si tout le monde s'attendait à ce que j'agisse parfaitement, et je ne peux pas faire ça, parce que personne n'essaye de comprendre ce que moi, je ressens.
Marinette ne comprenait pas vraiment. Mais cela la fit se rendre compte d'une chose : elle ne connaissait rien de la vie de Chat Noir. Pas un nom, ni un visage, un passe-temps, un lieu. Rien de tout ça, et elle ne s'y était jamais réellement intéressée. Elle s'était toujours imaginé que c'était un garçon qui sortait beaucoup, sûrement avec un tas de filles, et qui ne prenait pas les choses sérieusement.
C'était stupide, elle s'en rendait compte. Ladybug avait toujours pu compter sur son partenaire, et elle savait mieux que personne que c'était un garçon bien plus sincère qu'il n'y paraissait.
Sa paume était chaude, comme ses joues, et elle referma ses doigts, prenant la main d'un Chat Noir silencieux.
— Je ne m'attends pas à ce que tu sois parfait, dit-elle.
Un soupir pour réponse.
— Tu es pourtant celle pour qui j'aimerais me débarrasser de tout défaut.
Elle sentit une douce chaleur se propager dans tout son corps. Les mots étaient peut-être maladroits, mais ils lui remontèrent le moral.
— C'est pas possible, ça, répondit-elle en riant, tu en as trop !
Une expression contrariée commença à se dessiner sur le visage masqué de Chat Noir, qui rapprocha son visage du sien, les yeux brillants d'éclats de Lune.
— Ce n'est pas très gentil, ma Lady. C'est comme cela que l'on réconforte un ami abattu ?
Ladybug fit la moue, néanmoins contente d'avoir réussi à le rendre un peu plus jovial. Mais un simple rire ne suffisait pas, et c'était comme avec elle, la tristesse ne partait pas.
— Non, riposta-t-elle calmement. Mais, si tu veux, j'ai ma propre façon de réconforter mes amis.
Tirant sur la main de Chat Noir, qu'elle tenait toujours, elle le força à se rapprocher d'elle, et à se positionner à sa droite. Elle tendit ses jambes, les gardant serrées pour qu'elles puissent servir d'oreiller, et montra du doigt ses propres cuisses, faisant signe à son ami de s'allonger contre elle.
Hésitant, il cligna plusieurs fois des yeux, comme penchant lentement la tête, comme pour demander la permission. Un rire s'échappa de ses lèvres. Le garçon comprit son geste comme une invitation, et avec un air presque embarrassé — presque, et c'était quelque chose d'inhabituel pour lui —, se pencha et posa sa tête sur les jambes tendues de la jeune fille.
Chat Noir, allongé contre elle, devait pouvoir entendre les battements de son coeur.
Il devait pouvoir sentir la chaleur de son souffle.
Ladybug tendit la main vers son visage, caressant les cheveux de son partenaire, soyeux et parfumés, chose dont elle pouvait se rendre compte à cette distance. Si elle n'avait pas eu de tissu couvrant ses mains, elle aurait pu sentir sa peau lisse sous ses doigts, ou jouer avec les douces mèches blondes. Pour une raison qui lui échappait, il y avait chez Chat Noir quelque chose d'incroyablement captivant, et elle ne pouvait plus en détacher les yeux.
Il y avait, dans la forme de sa mâchoire, quelque chose de familièrement attirant, Ladybug ne savait pas quoi, mais c'était un sentiment qui grandissait à chaque fois qu'elle le voyait.
Il y avait aussi, dans la façon dont il retroussait son nez quelques fois, quelque chose qu'elle avait déjà vu avant.
Mais, elle pensa, c'était stupide, parce qu'elle connaissait Chat Noir, pas le garçon sous le masque. Chat Noir était familier, et c'était normal ! Elle le connaissait depuis des mois, même des années ! Depuis qu'elle avait reçu la visite de Tikki la première fois, que Tikki lui avait dit qu'il existait quelqu'un qui serait toujours là pour l'aider, elle était destinée à le rencontrer.
Et aujourd'hui, elle se rendait compte qu'elle n'avait pas fait d'effort. Elle n'avait pas vraiment cherché à le connaitre réellement — même sans enlever leurs masques, n'étaient-ils pas suffisamment proches pour pouvoir se parler librement ? Sauf que Chat Noir avait besoin de parler, et qu'elle avait l'impression que le garçon allongé contre elle était quelqu'un dont elle ne connaissait rien, et cela la mettait en rogne.
— Merci, dit-il dans un souffle.
Marinette, dans son costume à poids, sourit fièrement, et leva les yeux vers le ciel étoilé de Paris. Elle apprendrait à connaitre Chat Noir, se promit-elle.
Le vent d'été, ce soir-là, traversait les bâtiments plongés dans l'obscurité ; emportant avec lui le chagrin d'amour de Marinette, alors qu'elle se laissait tomber dans une tendresse emplie de mélancolie, caressant doucement les cheveux de son compagnon.
