Bonjour à tous ! Voici la suite (cette fois-ci, le chapitre est à la bonne longueur ;) je suppose que la plupart des chapitres seront longs de 4k à 6k mots environ !)

Bonne lecture !

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Elle ne voulait plus disparaître.

Plus Adrien essayait de l'oublier, pire la situation était. Et, bon sang, comme il avait essayé de l'oublier ! Ladybug était hors de portée, il se l'était dit depuis longtemps déjà. Elle était bien trop brillante, courageuse, imbattable, magnifique.

Adrien était une personne fière, et il avait suffisamment d'estime pour se dire qu'il avait, si incroyable que cela puisse paraître, une chance. Mais il s'était rendu compte que depuis tout ce temps, elle ne semblait pas répondre à ses sentiments, et ses avances avaient plutôt l'air de l'agacer. Bien sûr, il n'allait pas juste changer comme ça, et arrêter d'agir comme Chat Noir, mais il s'était dit, peut-être un jour où il était trop fatigué pour réfléchir correctement, qu'il arrêterait.

Si Ladybug ne l'aimait pas, alors il ne ferait que l'embarrasser. Et si elle venait à l'aimer, alors elle irait aussi vers lui, comme Chat Noir allait vers elle.

Si aujourd'hui, elle l'aimait, alors plus rien n'avait de sens, parce qu'elle aurait été comme lui, à chercher son identité, et à accepter ses propositions de rendez-vous nocturnes. Adrien pensait que l'amour était ainsi, simple et naturel ; si deux personnes s'aimaient, alors elles pouvaient se rapprocher aisément, et plus rien de mauvais ne pouvait leur arriver, c'était ce que les livres disaient, c'était ce que sa mère lui avait un jour dit.

Sauf que ce n'était pas si simple, et il était dans une situation complexe lui-même — dont il n'avait évidemment pas tous les éléments en main (Il aurait pu le savoir, un jour, et suivre Ladybug pour se rendre compte qu'elle était la gentille, douce Marinette ; et Marinette, amoureuse d'Adrien, aurait finit par tomber amoureuse de lui aussi si elle pouvait l'accepter. Sauf que ce n'était pas si facile, et Adrien ne savait pas qui était Ladybug, il ignorait aussi les sentiments que Marinette lui portait).

Et puis, comme tout droit sortie d'un rêve, Ladybug, sa Ladybug, était apparue au moment où il avait besoin de réconfort, et, Dieu qu'elle l'avait réconforté. Elle lui avait soufflé des mots gentils et apaisants, le serrant contre son corps, et l'autorisant à écouter la douce mélodie de son coeur. Cette mélodie, il l'aurait écouté jusqu'à ce qu'il ne puisse plus rien entendre d'autre.

Elle était à blâmer. Si Adrien pensait à elle, même dans les moments où il aurait dû penser à n'importe quoi d'autre, c'était entièrement sa faute.

Elle savait qu'il l'aimait, même si, à proprement parler, il ne s'était jamais réellement confessé à elle. Elle l'avait forcément remarqué. Alors, pensa-t-il, lui donner de faux espoirs de cette façon, ce n'était pas juste.

Son portable vibra sur son bureau, le ramenant à la réalité (et il détesta cela, si Adrien avait pu rester sur ce toit, cette nuit-là, allongé contre Ladybug, il l'aurait fait pour sûr). Nino lui demandait comment s'était-il débrouillé pendant les examens, et si son inscription au lycée avançait bien. Il lui répondit, choisissant ses mots avec soin : oui, tout s'était bien passé et, avec un peu de chance, il aurait une mention. Non, il n'était pas au courant pour le lycée, car son père avait insisté pour s'occuper lui-même des inscriptions.

Nino lui proposa de sortir, comme cela faisait presque deux semaines que les deux adolescents étaient restés soit chez eux à travailler, soit dans leur classe, pestant contre les sujets du brevet. Adrien lui répondit presque immédiatement par l'affirmatif, le garçon avait besoin de sortir, et ça n'était pas son père qui allait l'aider sur ce plan (enfin, d'une certaine manière, c'était ce qu'il faisait en lui organisant les shooting photos de plus en plus fréquents, mais ça n'était pas exactement une manière de se détendre).

Et puis, aujourd'hui, son père était absent, alors Adrien ne fit même pas d'efforts ; il enfila un sweat gris, un jean et des baskets, faisant de son mieux pour ne pas paraître trop sophistiqué, parce qu'il n'allait que sortir avec Nino, et qu'il en avait assez de devoir soigner son apparence en permanence.

Le ciel était couvert, et c'était sûrement dû à son habituelle malchance. Il espérait juste qu'il ne se mettrait pas à pleuvoir. Adrien avait eu l'occasion de sortir de temps en temps, portant le costume de Chat Noir, mais sans ça, il se sentait incroyablement seul. Lui et Ladybug avaient eu à combattre au moins trois collégiens transformés en vilain, sûrement à cause du stress des examens, et encore plus de lycéens qui eux, avaient leur bac. C'était une période incroyablement épuisante, et il espérait sincèrement que ses résultats resteraient corrects.

Il ne pouvait pas, bien sûr, en parler à Nino, encore moins à Chloé, mais le voir lui retirait déjà un poids des épaules, comme s'il réalisait enfin qu'il y avait des gens (enfin, il pouvait au moins compter une personne) qui tenaient à lui. Il aurait aussi espéré que Marinette lui parle un peu, parce qu'ils avaient tous deux échangé leurs numéros.

Elle ne l'avait pas fait. Adrien, un jour après l'avoir aperçu en tant que Chat Noir après avoir combattu un super-vilain, lui avait envoyé un message pour lui demander comment elle allait. Mais jamais il n'avait reçu la moindre réponse, et n'avait pas insisté. Il se sentait un peu frustré, mais Marinette était une fille timide, et si elle était mal à l'aise avec lui, eh bien il n'allait pas la harceler.

Arrivé au coin de la rue, Adrien aperçut le café auquel son ami lui avait donné rendez-vous. Il entra, sentant au passage plusieurs regards sur lui, et il fut content de s'être habillé de façon si banale ; peut-être que les gens le reconnaîtraient moins facilement ainsi.

Il repéra enfin Nino assit au fond de la large pièce, à une table qui lui paraissait étrangement choisie, car trop grande. Il y avait plein de tables pour deux près des fenêtres, alors pourquoi s'embêter à aller au fond alors qu'ils n'attendaient personne d'autre ? Sauf que, Adrien finit par remarquer, Nino n'était pas tout seul, et le garçon dû s'arrêter de marcher quelques instants en se rendant compte que nul autre qu'Alya, ainsi que Marinette étaient assises avec lui.

C'était imprévu. Le choix des vêtements lui parut soudainement pas si intelligent que ça, surtout devant Marinette. Marinette était intéressée par la mode — il était bien placé pour le savoir, vu qu'il avait porté une de ses créations un jour (un chapeau décoré de plumes de pigeon, et c'était une très jolie pièce, même s'il y était allergique. Adrien admirait le travail de sa camarade, et avait été plus heureux qu'embêté de porter sa création) —, et il paraissait aussi peu soigné devant elle.

Nino et Alya semblaient absorbés dans une discussion dont il ignorait totalement le sujet, alors que la jeune fille semblait rester un peu à part, fixant un point sur la table, l'air absente.

— Hey, commença Adrien en arrivant devant eux.

— Adrien ! S'exclama Nino. Tu tombes bien, mec, on aimerait avoir ton avis là-dessus.

— Sur ? Demanda-t-il en haussant un sourcil.

— La relation entre Ladybug et Chat Noir, répondit Alya avec un grand sourire.

— Pardon ? Réagit Adrien. Vous êtes encore là-dessus—

— Tu te souviens du film pour Halloween ? Demanda Nino. La façon dont il parlait à Ladybug rend la réponse évidente. Ils sont totalement ensembles !

Adrien tira une chaise pour s'assoir, à côté de Nino et face à Marinette, dont les joues étaient devenues toutes rouges dès qu'elle l'avait aperçu. Elle lui souffla un « Bonjour » discret, baissant légèrement sa tête.

— Marinette, demanda Alya, tu en penses quoi, toi ?

— Et toi, Adrien ? Demanda Nino au même moment.

Adrien haussa les épaules, essayant de prendre un air détaché afin de masquer l'embarras qu'il ressentait. Mais Nino le regardait avec un air pressant, alors il ne réfléchit pas trop.

— Ils forment un beau couple. Il doit bien y avoir quelque chose entre eux…

D'une certaine façon, sa réponse semblait affreusement artificielle. Il était sûr que si Ladybug pouvait l'entendre parler, elle détesterait cette répartie, et il se sentait complètement idiot. Cela ne l'empêcha pas de continuer.

— Ils se connaissent sûrement dans la vraie vie, peut-être qu'ils sont en couple. Ce ne serait pas étonnant.

C'était un joli rêve, certes. Nino hochait la tête frénétiquement, apparemment entièrement d'accord.

— Mmh, je ne suis pas sûre, commenta Alya, oui ils ont l'air proches, mais…

— Je suis d'accord avec Alya, s'exclama soudainement Marinette, surprenant tout le monde. Je ne pense pas qu'ils soient ensembles. J'ai plus l'impression qu'ils sont de bons amis.

— Chat Noir a pourtant l'air vraiment amoureux de Ladybug, dit Nino.

— Ça ne veut pas dire que c'est le cas de Ladybug, répondit Marinette en secouant la tête. En tout cas, elle n'a pas l'air intéressée.

L'égo d'Adrien prit un certain coup. Était-ce si évident ? Donnait-il l'impression d'importuner Ladybug ? Et, pour lui, c'était d'autant plus blessant que la gentille, timide Marinette était celle qui avait prononcé ces mots. Il resta muet quelques secondes, et soupira.

— Tu as sûrement raison, Marinette. Je pensais juste que ça serait plutôt cool, pas vrai ? Que les deux héros de Paris soient en couple.

La jeune fille baissa légèrement la tête, évitant de le regarder dans les yeux (Adrien commençait à s'y habituer, même si c'était dommage, après tout Marinette avait de si jolis yeux). Elle hocha la tête comme pour le remercier, mais ne sembla pas vouloir en dire plus. Il se demandait ce qu'il lui avait fait depuis la fête, pour qu'une telle gêne s'instaure une nouvelle fois entre eux.

Mais, le coeur d'Adrien semblait lourd, parce qu'il était là, ridiculement fier, à espérer que Ladybug le regarderait un jour de la même façon qu'il la regardait. Sauf que ça n'était pas à lui d'alimenter de fausses rumeurs parce qu'il vivait dans un rêve inaccessible, utopique.

Et, le soir, lorsqu'il revêtit son costume de Chat Noir, il se dit qu'après tout, pour faire disparaitre ce sentiment de culpabilité, il avait juste à rendre son utopie réelle.

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Marinette ne revit pas Adrien des vacances. Pendant des heures, elle resta à fixer son portable comme si c'était un objet magique, et elle pensait au garçon, et à la joie qu'elle ressentirait s'il lui envoyait un message. Il l'avait fait, un jour et elle n'avait pas osé répondre, et maintenant c'était trop tard pour le faire de manière naturelle. Pire encore, elle l'avait revu, accompagnée de Nino et Alya, et il n'y avait même pas fait illusion.

Lorsqu'elle se rendit compte que c'était la veille de la rentrée, elle ne put même pas se rassurer en espérant être dans la même classe que le garçon, et quel réconfort ça aurait été !

Elle espérait au moins être avec Nino, Rose, Alix et Nathanael, les seuls élèves de sa classe actuelle qui seraient dans son lycée. Bon sang, même sa meilleure amie serait loin d'elle ! Qu'avait-elle fait pour mériter un tel sort ?

Marinette ne revit pas Adrien, et elle n'eut pas le courage d'aller elle-même à sa rencontre. Alors, même si Chloé était à blâmer (et qu'elle ne savait pas non plus qu'Adrien n'avait jamais eu l'occasion de sortir avec elle), elle restait la seule fautive. Pour une fois, elle cessa se croire en sa bonne étoile.

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— Ma Lady, attention !

Elle se redressa soudainement, ramenant son pied au-dessus du sol, alors qu'elle était en train de marcher sur le bord d'un toit. Chat Noir la regardait, soucieux, la main tendue vers elle comme préparé à la rattraper si elle venait à tomber.

(Le geste lui sembla amusant, surtout avec l'expression alarmée de son partenaire ; bien sûr qu'elle avait la situation en main, bien sûr qu'elle n'allait pas tomber).

— Tu t'inquiètes trop, Chat ! Dit-elle avec un sourire en coin, Tu sais bien que je ne risque rien maintenant.

Le garçon haussa les épaules, reprenant une posture plus confiante en s'avançant vers elle.

— Les chats retombent toujours sur leurs pattes, alors pour ma part, tout va bien. En revanche, je ne sais pas de quoi il en retourne pour une coccinelle.

Ladybug se laissa aller au jeu, profitant d'une chaude journée de septembre pour s'amuser un peu avec son partenaire. L'Akuma qu'ils avaient eu à battre avait été relativement faible, et ils n'avaient pas eu besoin d'utiliser le Cataclysme de Chat, ou son propre Lucky Charm ; leur laissant tout le temps qu'ils voulaient sans que leurs identités ne soient révélées.

— Je ne sais pas non plus, dit-elle, je n'ai jamais essayé. Tu veux que l'on tente l'expérience ?

Elle avait dit ça — elle se l'avouait —, rien que pour voir la seconde de panique s'exprimer sur le visage de son partenaire, sa bouche ouverte en protestation et ses yeux verts affolés pendant quelques secondes.

— C'était fourbe, remarqua-t-il.

Mais, il ne devait pas tellement être en état de choc, car à peine eut-il prononcé les mots qu'il se rapprochait d'elle, posait une main au creux de son dos, l'attirant vers lui avec un sourire assuré (et Marinette ne put pas s'empêcher de remarquer les dents blanches parfaitement alignées, et surtout, surtout, les lèvres rosées, douces, captivantes).

— En fait, murmura-t-il à la jeune fille, même si tu décidais de sauter, tu n'aurais rien à craindre, parce que je te promets, je le jure sur ma vie, que je serais toujours là pour te rattraper.

Pour une fois, elle eut beaucoup de mal à faire preuve de son habituelle répartie.

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Il avait essayé, s'était efforcé, promis, ordonné d'arrêter de penser à elle, mais il devait manquer de conviction.

Ladybug.

Le mot résonnait avec tant d'élégance ! Ladybug. La langue qui s'écartait du palais pour la première syllabe, — La —, les dents resserrées en un sourire ravi — Dy —, et les lèvres pincées l'une sur l'autre — Bug — avant de s'écarter soudainement, comme si on offrait un baiser. Ladybug. Adrien n'arrivait pas à penser à un mot plus joli, si cela existait réellement.

Ça n'avait pas, en tout cas, la même consonance que cet autre prénom : Chloé.

— Adrien, tu m'écoutes ?

Soupirs.

— Désolé, Chloé, je pensais à quelque chose d'autre.

La jeune fille leva les yeux au ciel, exaspérée, et se rapprocha de lui pour lui parler plus facilement.

— Je disais, reprit-elle avec un calme froid, que cette classe craint. Personne ne semble avoir le moindre respect pour moi, et ils sont tous si suffisants !

Adrien renifla, regardant son amie d'enfance en levant un sourcil, parce que de tous, c'était elle la plus suffisante — à arriver le premier jour, criant son statut (et, bon sang, elle n'était pas la fille d'un ministre ou quoi que ce soit). Les autres, également pour la plupart issus de familles relativement aisées, ne se pliaient pas à ses exigences comme c'était le cas les années précédentes — si l'on ne comptait pas une partie des élèves, et surtout Alya et Marinette.

Chloé était de mauvaise humeur. Il la connaissait trop bien pour ne pas le remarquer, et peut-être était-il trop gentil avec elle, parce qu'il semblerait que le reste des élèves les prenne pour un couple.

Adrien était habitué à être un peu à l'écart du reste, c'était une réalité. Les gens lui souriaient, oh, il était ce garçon mannequin, fils de ce génial créateur de mode, ils ne pouvaient pas juste l'ignorer. C'était désagréable. Il n'arrivait pas à créer des liens convenables, solides, et Nino n'était pas là pour le soutenir.

— Peut-être que tu devrais t'excuser, répondit finalement le jeune homme, se retournant vers sa voisine. Je pense que s'énerver contre le responsable de classe en lui criant que son statut social n'est pas aussi élevé que le tien n'était pas forcément une bonne idée.

Elle haussa les épaules, prenant une expression hargneuse.

— Mais tu aurais vu la façon dont il me regardait ! Quel crétin, celui-là. Tu veux que je te dise, Adrien ? Dans cette classe, il n'y a que toi qui sois cool. Même Sabrina faisait une meilleure amie que ces pauvres types.

Adrien ne put s'empêcher de sourire un peu, parce que, même si elle ne voulait pas se l'avouer, il savait que Sabrina manquait beaucoup à Chloé, et qu'elle n'avait plus avec elle de fille pour, euh, parler de trucs de filles.

Le prof leur lança un regard sévère, leur intimant le silence, et il ne répondit pas, mais de toute façon, il n'avait rien à ajouter. Si elle voulait se faire respecter, elle n'avait qu'à agir de façon plus mature, et par la même occasion, ne pas lui attirer des ennuis, à lui, juste parce qu'elle le connaissait.

Adrien soupira une fois de plus — et il faisait ça souvent, dernièrement —, tournant la tête vers la fenêtre sur sa droite, avant de se remettre à penser à Ladybug.

Plus tard, lorsqu'il ouvrira son cahier, il remarquera le nombre considérable de petites coccinelles dessinées dessus. Et, aussi étrange que cela puisse paraître, elles lui porteront chance.

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— Tu ne te demandes pas qui je suis ?

Ladybug se retourna vers son partenaire, assis en tailleur sur un muret au-dessus d'elle. Il la regardait pensivement, soutenant sa tête avec ses mains.

— Tu aimerais ? Demanda-t-elle. Ne prends pas tes rêves pour des réalités, chaton.

Chat Noir, sans vraiment changer de position, adopta une expression d'incompréhension totale. Ce n'était pas la première fois qu'il ressortait le sujet, mais Marinette sentit que pour une fois, il était sérieux.

— Je ne comprends pas, finit-il par répondre. Tu n'as pas envie de me connaître, même pas un tout petit peu ? Nous travaillons ensemble depuis déjà si longtemps !

Ladybug lança son yoyo, qui s'accrocha à la barre de fer juste derrière Chat Noir, et se hissa à ses côtés. Dans son regard, elle lut de la sincérité, et de l'affection, et, elle ignorait s'il avait lui-même appris à la connaître un peu mieux, mais elle ne pouvait absolument pas résister à ce regard. Elle s'accroupit, arrivant à sa hauteur, et posa une main sur son épaule.

— Bien sûr que je veux te connaître. Mais cela ne veut pas forcément dire que l'on doive dévoiler nos identités, pas vrai ?

Avec un clin d'oeil, elle lui sourit, et il lui sourit aussi, et Marinette espérait du fond du coeur que jamais, jamais leur relation ne changera.

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En classe, Marinette pensait beaucoup.

(C'était une mauvaise chose, d'accord, mais elle ne pouvait pas s'en empêcher, et tant pis pour les cours).

Elle pensait beaucoup à Alya, bien sûr, qui était en lycée professionnel et qu'elle voyait au moins deux fois par semaine, ce qui lui paraissait bien trop peu. Mais elle passait aussi un temps fou à penser à Adrien, et malheureusement à Chloé. Elle se demandait s'ils étaient toujours ensembles, mais de toute façon, même si ça n'était plus le cas, elle était sûr qu'il aurait rencontré quelqu'un d'autre d'ici là.

Étrangement, elle pensait aussi beaucoup à Chat Noir. Elle était actuellement très satisfaite de leur relation, et de la façon dont ils pouvaient se faire confiance l'un à l'autre. Après cette nuit où, le coeur brisé, elle avait réconforté son partenaire, les choses avaient changé en entre eux — et de manière incroyablement positive. Ils parlaient d'eux, sans réellement le faire, mais ils se parlaient.

Ce n'était plus seulement les avances de Chat, et ses refus ; ce n'était plus seulement la vue merveilleuse d'un Paris sans danger pour un soir lors d'une patrouille, et les banalités échangées sur le temps. Bien sûr, Chat Noir étant Chat Noir, il tentait toujours de glisser des questions un peu indiscrètes, à la recherche de son identité, mais il semblait également respecter son besoin de rester cachée. Elle pensait même que ses vaines tentatives pour découvrir qui elle était n'étaient plus qu'une plaisanterie qu'il sortait à chaque fois pas habitude, c'était en tout cas l'effet que cela lui donnait.

Le portable de Marinette vibra dans sa poche, et elle répondit au message d'Alya avec un sourire ; Adrien n'était plus là avec elle, mais elle avait d'autres amis. Elle pouvait compter sur Alya, ou Chat Noir pour la soutenir.

Lorsqu'elle rentra chez elle, Marinette entendit quelqu'un crier au secours et se cacha pour se transformer en Ladybug, pour ensuite courir vers la direction où elle avait entendu les appels. Elle aperçut en premier un homme qui semblait avoir l'âge de ses parents, entouré par des barreaux sortis du sol, recouverts d'une plaque de tôle qui l'empêchait de sortir.

Bon sang, pensa-t-elle, qu'est-ce que c'était encore ? Elle avait toujours trouvé étrange le fait que beaucoup de personnes qu'elle connaissait, ou avec qui elle avait déjà parlé, se retrouvaient transformées en vilain (même si le fait d'être dans la même école que Chloé devait aussi aider). Et apparemment, elle ne pouvait pas marcher normalement dans la rue sans tomber sur l'un d'eux. Ce qui, en fait, pouvait aussi être perçu comme de la chance, puisqu'ainsi, elle pouvait se débarrasser de l'Akuma plus rapidement.

Elle se dirigea vers l'homme en cage, et lui demanda ce qui lui était arrivé. Il la regarda avec panique, et répondit d'une voix étrangement robotique.

— Ladybug, dit-il, Dieu merci. Un juge de notre Cour suprême est soudainement devenu étrange et s'est transformé ! C'est de ma faute, ajouta-t-il apparemment contre son gré, nous avons dû faire face à des complications administratives et je—

— Ce n'est pas grave, l'interrompit Ladybug, qui souhaitait régler l'affaire rapidement. Je vais aller le suivre et résoudre le problème, ne vous inquiétez pas. Vous serez bientôt délivré !

Quelques mètres plus loin, une forme humaine se tenait sur un toit, et vu le regard effrayé que les autres citoyens lui lançaient, ce devait être le juge. Elle se lança à sa poursuite, se servant de son yoyo pour se mettre à sa hauteur. Ce n'était pas difficile de le reconnaître, il portait une longue cape noire, et un marteau qui devait faire la taille de son bras.

— Hey ! Cria la jeune héroïne, Vous n'avez pas autre chose à faire qu'effrayer de pauvres citoyens ?

L'homme, qui devait avoir une cinquantaine d'années, la regarda avec agacement, et brandit son marteau vers elle, l'abaissant brusquement. Il ne fut pas difficile pour Ladybug de l'esquiver, mais en s'abattant sur le toit, une onde de choc lui fit perdre l'équilibre et elle se retrouva accroupie et un peu sonnée.

— Allons donc, jeune fille, grogna le vilain, je parie que vous aussi, vous avez beaucoup de choses à vous reprocher.

Elle ouvrit la bouche pour le rembarrer, mais se rendit compte que son propre corps ne lui obéissait pas.

— Bien sûr, dit-elle à contre-coeur. Je mens à tous mes proches, presque tous les jours, à propos de ma double identité.

Ça, pensa-t-elle avec colère, ce n'était absolument pas ce qu'elle avait voulu dire. Alors qu'elle ouvrait la bouche à nouveau pour se reprendre, une main agrippa son avant-bras et la tira sur le côté, lui permettant d'éviter un nouveau coup du juge. Elle se retrouva quelques mètres plus loin, face à Chat Noir.

— Tout va bien ?

Elle hocha la tête, décidant de parler le moins possible — puisqu'elle n'arrivait pas à contrôler ce qu'elle disait, c'était sans doutes la meilleure chose à faire.

— Il semblerait, continua Chat Noir, que ce type soit en mesure de nous faire dire la vérité lorsqu'il s'adresse immédiatement à nous. Et s'il parvient à nous toucher avec son marteau, une sorte de prison sort du sol et—

— Seulement lorsqu'il s'adresse à nous ? L'interrompit Ladybug avec soulagement. Ça veut dire que là, quand je te parle, je ne suis pas obligée de dire la vérité ?

Le garçon secoua la tête, mais un sourire en coin commença à se former sur ses lèvres, et Ladybug se demanda ce qu'elle avait bien pu dire pour le faire réagir ainsi. Elle resta quelques instants à regarder ses lèvres d'un air suspect.

— Quoi donc ? Demanda-t-elle.

— Oh rien, répondit son partenaire avec amusement. Je me demandai s'il y avait quelque chose que tu voulais me cacher.

Ils durent interrompre leur conversation lorsqu'un nouveau coup de marteau les effleura, et qu'ils firent simultanément un bond en arrière, chacun d'un côté différent. Chat Noir cria quelque chose au juge, qui le suivit, et s'arrangea pour le faire descendre du toit. La jeune fille approuva son geste ; elle craignait que les détonations du marteau ne cassent les murs fins, alors que sur le sol, elle se sentait plus en sécurité.

— L'Akuma est dans le marteau ! Cria Chat Noir.

Oh, elle s'en doutait bien. Elle s'estima même plutôt chanceuse ; ce juge n'avait pas l'air si puissant que ça, ses mouvements étaient habiles mais plutôt lents, et son marteau trop encombrant pour qu'il puisse la rattraper s'ils s'engageaient dans une course-poursuite. Dernièrement, Ladybug utilisait de moins en moins son Lucky Charm, certainement parce qu'elle avait gagné une certaine expérience au combat.

Pendant qu'elle réfléchissait à un moyen d'arracher le marteau des mains de son adversaire sans le toucher (enfin, sans qu'il ne le tienne encore, et qu'il puisse l'enfermer), il eut le temps de se désintéresser de Chat Noir pour se jeter sur elle. Un bond sur la gauche, une roulade en arrière, un saut de mains ; elle réussit à esquiver tous ses coups. Mais le juge lui offrit un grand sourire.

— Dis-moi, Ladybug, commença-t-il, à qui tenez-vous le plus ?

Elle sentit sa bouche s'ouvrir, alors qu'un frisson d'effroi traversa sa colonne vertébrale. Elle pensa à beaucoup de personnes ; ses parents, Alya, Adrien, Nino, ses camarades de classe, Chat Noir. Si elle sortait un nom, elle les mettrait en danger, et c'était hors de question.

Elle sentit une main couvrir sa bouche, étouffant le son qui en sortait. Elle sentit aussi, au même moment, le souffle chaud de Chat Noir dans son coup, qui était arrivé à temps pour l'empêcher de parler. Un sourire rassuré et confiant se dessina sur ses lèvres, alors que son ami retirait sa main. Tout allait bien, et si elle était forcée à prononcer la moindre information compromettante, elle savait qu'il serait là pour l'en empêcher.

— Merci, souffla-t-elle.

Ils esquivèrent un nouveau coup, et se retrouvèrent près d'une des prisons créées par le juge, qui enfermait une mère et sa fille. Ladybug regarda la petite dans les yeux, lui fit un clin d'oeil.

Cela semblait être encore plus facile que prévu.

La super-héroïne se glissa près de son partenaire, et lui glissa quelques mots à l'oreille.

— Peux-tu essayer de l'occuper un instant ?

Il hocha la tête, mais un air sérieux restait visible sur son visage.

— Ça ira ? Demanda-t-elle. S'il tente de découvrir ton identité…

Le garçon pressa ses deux mains contre sa propre bouche, puis les enleva avec un petit rire.

— Je m'empêcherais juste de parler, la rassura-t-il.

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Adrien faisait le malin, et ça n'était pas quelque chose de nouveau. Lorsqu'il devenait Chat Noir, c'était un aspect de sa personnalité qu'il avait renoncé à cacher depuis longtemps.

Mais, bon sang, il n'était en réalité pas rassuré. Il n'était absolument pas sûr de pouvoir s'empêcher de parler en évitant les coups du juge en même temps, et il pourrait très bien en dévoiler trop sur lui sans le vouloir. Il ne voulait pas ça. Bien sûr.

Il fit de son mieux, sachant que sa Lady trouverait un moyen de se débarrasser vite de l'Akuma, il l'avait vu dans son regard. Ce regard bleu lagon, aux éclats confiants qu'il connaissaient si bien. Elle savait quoi faire, et lui demandait de l'aider ; pas question qu'il ne la laisse tomber.

Lorsque le vilain essaya de parler, Chat Noir prit le risque de se rapprocher de lui, venant lui frapper violemment la joue de sa jambe gauche, afin de l'empêcher de s'exprimer. Bien, pensa-t-il, s'il ne pouvait pas s'empêcher lui-même de parler, il n'avait qu'à l'empêcher, lui, de poser des questions. Malheureusement, il était compliqué de se rapprocher trop du juge sans se faire toucher, et son coup rapide ne suffit pas à lui faire lâcher le marteau.

Chat Noir devait agir vite, le temps que le juge était encore un peu sonné. Il recula, sur une terrasse d'un café en palissades, et vérifia que plus personne n'était dessus (bien sûr, la terrasse était déserte, les gens n'allaient pas juste rester là à boire leur coca en regardant le combat).

Cataclysme ! S'écria-t-il en tendant sa main vers le ciel, avant de la mettre violemment en contact avec le bois.

Le sol s'effondra, lui laissant à peine le temps de reculer pour éviter de tomber avec le super-vilain. Comme il le pensait, il y avait une pièce juste en dessous — sans doutes remplie d'alcool, mais ça n'était pas ce qui allait les aider à le battre.

À ce moment, Ladybug réapparut avec dans les mains un objet long qui ressemblait à un gros bout de ficelle. Elle plia un genou et lança une extrémité en l'air, qui vint s'enrouler autour du manche du marteau. Elle tira un coup sec, remontant l'objet vers elle, et cassa le marteau en deux, pour ensuite respecter son rituel de purification.

C'était une chose que Chat Noir avait du mal à comprendre, n'avait-elle pas juste à lancer son yoyo en purifiant le papillon ? Devait-elle systématiquement prononcer les mêmes paroles à chaque fois ? D'une certaine façon, il trouvait ça charmant, et assez amusant.

Sa bague émit un discret bip, et il eut le temps de suivre Ladybug, qui alla remettre la ficelle, ou plutôt la corde à sauter, à une petite fille qui venait être libérée.

— Oh, dit-il, je pensais que tu avais eu à utiliser ton Lucky Charm.

Elle lui sourit avec amusement.

— Je suis devenue une experte pour me débrouiller avec n'importe quel objet, lui fit-il remarquer. Hey, les objets que j'obtiens sont toujours si… Aléatoires. Ce n'est pas si surprenant.

Il secoua la tête.

— Ma Lady—

Bip.

— Tu devrais y aller, Chat, remarqua sa partenaire.

Il grimaça, mais ne partit pas tout de suite.

— Ma Lady, reprit-il, la raison pour laquelle tu avais peur que l'on soit obligés de se dire la vérité l'un à l'autre…

Chat.

Il pouvait sentir un léger agacement dans sa voix, et aussi de l'hésitation.

— De quoi avais-tu peur ? Que je te demande ton identité ? Tu sais que je ne ferais jamais ça, continua-t-il.

Elle secoua la tête, et lui lança un regard urgent qui lui intimait de partir avant que son costume ne disparaisse. Après tout, ils étaient encore dans la rue, et des gens pourraient les voir.

— Ce n'est pas ça, répondit-elle rapidement. C'est rien du tout, Chat, tu dois y aller.

— Ou alors, dit-il en souriant, tu es tombée amoureuse de moi et tu ne veux pas me l'avouer, et tu—

Elle soupira, et leva les yeux au ciel (et Adrien sentit son coeur s'arrêter, même un geste aussi banal devenait si gracieux lorsque c'était elle qui l'effectuait).

— Ne te fais pas de fausses idées. À bientôt, Chat, merci.

Juste avant de partir, elle leva son poing vers lui, pour leur check habituel. Chat Noir répondit au geste, un sourire aux lèvres. Ce rougissement léger mais présent sur ses joues, était-ce de la gêne ? Pour une fois, pour la première fois depuis bien longtemps, elle lui offrit un peu d'espoir.

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J'avoue ne pas être trop contente avec ce chapitre, même s'il suit de toute façon le schéma prévu pour cette histoire (eh oui :D je connais enfin la fin de cette fic, et j'espère bien réussir à la terminer, haha). J'espère qu'il vous aura plu quand même, un petit peu. Je suis plus du genre à apprécier une évolution lente mais approfondie des sentiments des personnages dans une histoire, mais j'aimerai pas non plus y passer trente chapitres, donc je vais essayer d'accélérer les choses hahaha,, enfin, bref, merci d'avoir lu :) !