Marinette eut du mal à comprendre quel sort s'était abattu sur elle lorsque, deux jours après sa sortie avec Chat Noir, elle se retrouva près du portail du lycée, face à un Nathanael confus et hésitant.
C'était pourtant une semaine comme les autres ; le froid s'installait lentement, mais elle ne pensait pas que cela puisse la rendre plus attirante. Elle s'était regardée dans son miroir le matin même, et elle n'avait pas changé, toujours la même figure banale, la même maladresse. Pourtant, lorsque son camarade de classe s'était présenté devant elle avant la pose déjeuner, et lui avait demandé de l'attendre à la sortie du lycée, elle avait ouvert de grands yeux ahuris.
Et, Nathanael était là, les mains pressées l'une contre l'autre, signe de la tension qui émanait de lui. Il avait le regard baissé et les joues rouges, presque autant que les mèches qui se baladaient sur son visage. Marinette le vit prendre une grande inspiration et relever un peu la tête.
— M-Marinette, commença-t-il, je voulais que tu saches que… Je trouve que t'es une fille super, et, je t'ai toujours trouvé vraiment magnifique et gentille et intelligente…
Marinette retint sa respiration, ne sachant pas vraiment comment se comporter face à tant de compliments.
— J'aimerais, continua-t-il après un petit silence, que nous soyons plus qu'amis. S-si tu ressens la même chose, bien sûr.
Sa confiance semblait commencer à s'effondrer, alors qu'il passa une main dans sa nuque, essayant de se calmer. Sauf que, lorsque Marinette le vit effectuer ce geste, elle pensa à Adrien, qu'elle avait vu — assise juste derrière lui pendant des jours — agir de la sorte des centaines de fois. Adrien, qu'elle n'avait pas vu depuis deux mois.
Marinette se gifla mentalement, d'une part parce qu'elle s'était promis de ne plus penser à lui, que c'était injuste et totalement désespéré. D'autre part, parce que Nathanael était devant elle, et attendait sa réponse avec embarras mais bienveillance, et qu'elle ne pouvait pas se permettre de penser à quelqu'un d'autre, c'était insultant. Seulement, Marinette ne pouvait pas répondre positivement au garçon.
— Nathanael, commença-t-elle lentement, parlant avec le plus de douceur possible, m-merci de me porter de tels sentiments, et crois-moi, cela me rend vraiment heureuse. Tu es un ami important pour moi, tu sais…
Elle choisit ses mots avec grand soin, essayant de parler clairement.
— Mais, dit-elle, je ne peux pas retourner ses sentiments, je suis désolé. Je t'apprécie beaucoup, mais pas de cette façon.
Il hocha la tête, essayant de garder un léger sourire sur les lèvres, mais elle voyait bien qu'il se forçait. Elle se sentait coupable de le rejeter ainsi, réellement, mais ne pouvait pas agir autrement. Elle pensait ce qu'elle avait dit, et ne changerait pas ses mots.
— Je vois, finit-il par répondre. Tant pis… J'espère que nous pouvons toujours être amis…
— Bien sûr ! Dit Marinette avec encouragement. J'espère que les choses resteront bien entre nous.
Le garçon hocha la tête, et finit par se retourner, lui adressant un signe discret de la main. Marinette secoua sa main en retour, le regardant partir rejoindre un groupe d'élèves un peu plus loin.
Marinette se permit enfin se soupirer.
Lui répondre avait été assez gênant, mais elle avait réussi à le faire sans réels problèmes. Elle se sentait un peu coupable de rejeter le garçon sans lui laisser de chance, certes, mais l'inverse aurait été injuste envers lui. Elle avait assez de problèmes de coeur comme ça pour le moment, et son coéquipier aux jeux de mots douteux n'y était pas pour rien.
Rentrant chez elle, elle ne put s'empêcher de penser à quel point cette histoire aurait été simple si elle avait été capable de rejeter Chat Noir de la même façon que Nathanael. C'était idiot ; elle en était consciente, et si elle avait pu le faire, elle n'aurait pas terminé contre lui, à l'embrasser.
Lorsque Marinette arriva enfin dans sa chambre, elle s'effondra sur sa chaise de bureau avec épuisement. Chat Noir l'épuisait. Tout était de sa faute, elle pouvait au moins se dire cela. Quel idiot, insouciant, et adorable Chat. Jamais elle ne lui pardonnerait ça.
— La prochaine fois que je le vois, souffla-t-elle, je— ugh !
Tikki, au son de sa voix, sortit de son sac et se mit à bouger frénétiquement devant son visage.
— Tu es dure avec lui, Marinette !
— Je ne pense pas être si dure que ça… Et tu sais bien que je ne vais pas lui crier dessus pour rien ! Je suis juste… Trop confuse pour ça !
Tikki la regarda avec ses immenses yeux, un air presque boudeur affiché sur son petit visage. Marinette détestait quand elle faisait ça ; en fait, elle n'aimait pas être en désaccord avec son kwami, car Tikki était bien trop adorable pour qu'elle puisse avoir le dernier mot. Et elle perdait toujours face à cet air-là.
D'accord, peut-être qu'elle faisait preuve de mauvaise foi. Le fait que Tikki soit âgé de quelques centaines d'années lui donnait peut-être une expérience que Marinette n'avait pas. Peut-être.
— Tu ne peux pas te tourmenter ainsi pendant des jours, finit par dire Tikki d'une petite voix. Tu veux que je te dise ce que je pense ?
La jeune fille hocha la tête en pinçant ses lèvres. Elle avait besoin de conseils.
— Tu devrais lui faire plus confiance. À Chat Noir, je veux dire. Même si tu ne t'engages pas dans une relation amoureuse (Marinette sentit son visage chauffer en entendant ces mots), vous pouvez apprendre à mieux vous connaitre. Fais-lui confiance.
— Mais je… Je ne sais pas, je ne peux pas faire attendre infiniment ! Il finira par trouver quelqu'un d'autre, et puis… Et puis…
Tikki laissa échapper un petit rire joyeux, qui parut comme une mélodie aux oreilles de Marinette.
— Oh, Marinette, dit Tikki, si tu étais plus honnête avec toi-même ! Comment peux-tu être paniqué à l'idée qu'il trouve quelqu'un d'autre et ne pas avouer que tu l'aimes !
Elle ouvrit la bouche, prête à dire quelque chose pour la contredire, puis la referma en se rendant compte que ça ne servait à rien. Jouant avec l'arrière de ses boucles d'oreilles, Marinette soupira une nouvelle fois.
— Il n'y a pas que ça, Tikki, bougonna-t-elle. Si jamais je, euh, j'acceptais de lui donner une chance, ça voudrait aussi dire révéler nos identités, pas vrai ?
— Je suppose que oui, répondit Tikki. Si vous choisissez d'être honnêtes.
Marinette se releva brusquement, les mains appuyées sur son bureau. Cela eut l'air de surprendre Tikki, car le kwami voleta quelques centimètres plus loin.
— Je ne peux pas faire ça !
— Tu sais Marinette, soupira Tikki, dans le passé, Ladybug et Chat Noir finissaient souvent par se dévoiler leurs identités. Tu connais Chat Noir depuis presque deux ans, et tu sais qu'il ne dira rien à personne.
Marinette mordilla sa lèvre inférieure, l'air coupable. Il y avait bien quelque chose d'autre, et elle faisait confiance à Chat Noir avec sa vie, elle savait qu'il ne la mettrait pas en danger, mais…
— Qu'est-ce qui ne va pas, Marinette ?
Elle joignit ses mains ensemble, paume contre paume, essayant de ne pas montrer son stress. Amusée de le constater, c'était la pause que Nathanael avait prise un peu plus tôt.
— Il va être déçu, finit-elle par articuler lentement.
Son ton était trop brisé à son gout, et Tikki ressentit immédiatement sa détresse. En se rapprochant d'elle, le kwami parla d'une voix douce.
— Bien sûr que non, Marinette. La Marinette que je connais est douce, gentille, sûre d'elle et douée à ce qu'elle fait. Comment pourrait-il être déçu ?
— Ah oui ? Renifla Marinette. C'est pour cela qu'Adrien ne m'a jamais lancé un regard ?
Tikki soupira, secouant la tête.
— Tu as toujours agi différemment avec Adrien. Alors que tu n'as aucune difficulté à parler au reste de la classe—
— Je sais ! L'interrompit la jeune fille. Mais si les choses changeaient avec Chat ! Si je me mettais à agir stupidement ! Et puis, il n'y a pas que ça, de toute façon ! Je ne sais même pas vraiment si je l'aime ! Je ne peux pas juste l'utiliser comme excuse pour oublier Adrien, ça ne serait pas juste… !
Tikki se posa gentiment sur l'épaule de Marinette, se frottant contre la joue de la jeune fille.
— Calme-toi, Marinette, chuchota-t-elle. Nous allons parler, d'accord ? On prendra le temps qu'il faudra, et à la fin, tu auras pris ta décision, d'accord ? Tout ira bien.
Marinette sourit timidement, heureuse d'être accompagnée d'un kwami aussi adorable et parfait. Elle hocha la tête, prête à parler sincèrement.
Et, après avoir parlé pendant toute une nuit, et pendant des heures le lendemain, Marinette avait enfin une réponse à donner à Chat Noir.
— — —
— — —
Assit en tailleur sur son lit, le visage reposant sur ses mains, Adrien soupira pour la dixième fois au moins en se rappelant la sensation des lèvres de Ladybug sur les siennes.
— Ok, mec, je sais que tu es heureux de me revoir, mais là ça devient bizarre, dit Nino, le sortant de ses pensées.
— Mmh ? Répondit le garçon, passant une main dans ses cheveux à peine secs.
— Tu n'arrêtes pas de sourire depuis tout à l'heure, et je suis sûr que ça n'a rien à voir avec ce que je dis. Qu'est-ce qu'il y a ?
Adrien releva la tête vers son ami, réalisant qu'il le laissait parler depuis un bon bout de temps déjà, et qu'il n'écoutait plus. Comme si son esprit était resté sur une image, un nom. Ladybug, Ladybug, Ladybug.
Il essaya de chasser les yeux lagon, les lèvres pulpeuses et le parfum sucré, et haussa les épaules dans un geste d'excuse. Il n'avait pas vu Nino depuis un bon bout de temps, et c'était injuste envers lui de l'ignorer ainsi, surtout qu'il le regretterait après.
— Désolé, je pensais à quelque chose.
Nino soupira, comme pour souligner à quel point Adrien était à la ramasse.
— Je sais que tu penses à autre chose, dit-il, je te demandais justement à quoi est-ce que tu pensais.
Adrien hésita quelques secondes, évitant de regarder son ami dans les yeux. Il ne pouvait pas, bien sûr, lui avouer qu'il avait embrassé Ladybug, et qu'elle l'avait même embrassé sur la joue après. Qu'il pensait avoir un certain effet sur elle, même s'il n'était pas vraiment sûr d'où tout cela allait les mener. Mais le problème était le suivant, et c'était la première règle d'or du « Code des potes » de Nino ; ils devaient se dire la vérité. Quand quelque chose arrivait, en bien ou en mal, ils devaient en parler, même s'ils ne donnaient pas tous les détails.
Alors, Adrien se dit qu'il pouvait déguiser l'affaire. Il n'avait pas besoin de nommer Ladybug, et c'était très bien ainsi. Alors il finit par planter ses yeux dans ceux de Nino, et avec un air qui se voulait sérieux et, si possible, impressionnant, il lui sortit la phrase sans hésitation.
— J'ai embrassé la fille que j'aime.
Nino arrêta quelques instants de jouer avec la casquette qu'il avait dans les mains, et lui répondit d'un demi-sourire.
— Alors c'est arrivé, huh ? Dit-il sans vraiment attendre de réponse.
— Euh, c'était juste un baiser, répondit Adrien en fronçant les sourcils. Mais oui, je suppose que c'est arrivé.
Il n'était pas doué avec les sous-entendus, certes. Nino se moqua gentiment de lui, mais finit par hocher la tête avec quelque chose qui ressemblait à… De la fierté ? Adrien n'était pas sûr, mais il ne pensait pas être loin de la vérité.
— Premier baiser ? Demanda Nino.
Le jeune homme soupira, levant les yeux au ciel.
— Non, tu sais bien…
— … Sans compter Chloé ?
Adrien rit amèrement en repensant à l'histoire idiote et aux rumeurs auxquelles il avait dû mettre fin. Au final, il n'était même pas sûr que ses anciens camarades soient au courant de ce qui était vraiment arrivé.
— Oui, dit-il, et il m'est déjà arrivé d'embrasser d'autres personnes, mais ça ne voulait rien dire. Et puis…
Il s'interrompit, laissant les choses non dites, devinant que son sourire permettait à Nino de comprendre où exactement il voulait en venir. Et cela ne rata pas.
— Je vois, sourit le garçon. C'était ce genre de baiser, c'est ça ?
Adrien ne parvint pas à empêcher ses joues de se colorer lorsqu'il hocha la tête.
— Intense ? Rajouta Nino.
— Bon sang, Nino, grogna Adrien.
Il le regarda rire et croiser ses bras sur son torse. Nino se redressa et se hissa sur le matelas, s'asseyant près de lui, le dos calé contre le mur, et les jambes repliées.
— Qui ? Finit par demander son ami.
Que devait-il dire ? Il ne pouvait pas parler de Ladybug, et dire qu'il s'agissait d'une fille de sa classe ne lui semblait pas être une bonne idée non plus. Adrien grimaça, embêté de devoir mentir une fois de plus.
— C'est, euh, une fille que j'ai rencontrée lors d'un shooting photo.
— Une mannequin ?
— Non, répondit précipitamment Adrien (il savait que Nino irait chercher des photos sur internet s'il lui disait cela). C'est, hum, la petite soeur de ma maquilleuse. Elle traine souvent dans le coin, je la vois de temps en temps.
— Sans déconner ? S'exclama Nino d'une voix excitée. Tu crois que je pourrais la rencontrer, histoire de voir quel genre de fille c'est ? Elle doit être vraiment cool pour prendre place à Ladybug.
Adrien fronça les sourcils, et cligna des yeux, prenant l'air de celui qui ne comprend pas ce qu'on lui dit. Nino leva les yeux au ciel.
— Mec, je ne suis pas aveugle, tu sais. L'année dernière, c'était évident que tu avais le béguin pour elle. Enfin bon, même pour toi, ça devrait être difficile.
Adrien ne pouvait qu'agréer. Même pour lui, Chat Noir, les choses étaient difficiles, mais si elles avançaient comme il l'espérait, son rêve pourrait bien devenir réalité. Du moins, c'était ce qu'il espérait.
— Tu crois que d'autres personnes l'ont remarqué ? Demanda Adrien, presque timidement.
Nino prit quelques secondes pour réfléchir.
— Je ne crois pas. Chloé ne fait définitivement pas attention à autre chose qu'elle-même… Peut-être Alya ou Marinette, je ne suis pas sûr.
— Alya ? Marinette ? Pourquoi ? Demanda Adrien, qui ne voyait pas où il voulait en venir.
— Eh bien, reprit Nino, Alya est très observatrice, elle remarque ce genre de choses. Et si Alya sait quelque chose, Marinette le sait aussi. Surtout te concernant, ajouta-t-il avec un clin d'oeil.
Adrien ne comprit pas le dernier commentaire. D'accord, Alya et Marinette étaient de chouettes filles, mais il ne pensait pas qu'elles avaient une raison de faire particulièrement attention à lui. Peut-être que c'était sa réputation ? Il était plus ou moins connu, Alya était dans l'information, il l'intéressait sûrement dans ce sens. Il demanda toujours, pour être sûr.
— Comment ça ?
— T'es sérieux ? Rit Nino, Ne me dis pas que tu n'as jamais remarqué ! Je pensais que tu savais.
Ok, pensa Adrien, ça n'était apparemment pas ce qu'il pensait. Cela ne fit que le rendre plus curieux.
— De quoi est-ce que tu parles ?
— Je ne sais pas, hésita Nino, je ne devrais peut-être pas te le dire… En même temps, vous ne vous voyez plus vraiment, alors…
— Nino.
— D'accord, mec, répondit Nino. Je n'arrive pas à croire que tu n'es jamais remarqué. (Interceptant le regard irrité d'Adrien, il se dépêcha de continuer), Marinette s'intéresse à toi.
— Pourquoi est-ce que Marinette s'intéresserait à moi ?
— Sérieusement, Adrien ? Elle a le béguin pour toi, tout le monde doit le savoir sauf toi. Probablement depuis le jour où tu es arrivé.
Adrien sentit sa mâchoire grincer sous la surprise, et regarda Nino avec des gros yeux.
— Tu crois que Marinette… ? Ça ne peut pas—
— Bien sûr que si, contra Nino, tu n'as jamais remarqué qu'elle devenait toute rouge dès qu'elle te parlait ?
— Si, mais…
Il sentit sa gorge s'assécher. Il n'avait jamais pensé que Marinette soit amoureuse de lui ! Il s'était toujours dit qu'il la mettait mal à l'aise pour certaines raisons, et qu'elle ne tentait pas à se rapprocher de lui. Elle n'avait jamais répondu à son message, et elle évitait de lui parler, comment aurait-il pu le deviner ?
— Veinard, lança Nino, mais le fait que tu ne sois pas dans sa classe cette année va probablement en soulager certains.
— Qu'est-ce que tu veux dire ?
— Tu as déjà regardé Marinette ? Répondit Nino. Pas la peine de se demander pourquoi elle a autant de succès.
Adrien songea qu'effectivement, il se souvenait que Nathanael était amoureux d'elle. Il se demandait si d'autres garçons de sa classe ressentaient la même chose pour elle ; et Nino disait vrai. Marinette était très jolie, vraiment, même s'il ne s'attarda pas sur elle. Il n'avait pas vraiment envie de penser à quelqu'un d'autre que Ladybug maintenant, et peut-être que si la jeune fille s'était plus approchée de lui, les choses auraient été différentes. Elle ne l'avait pas fait.
Il s'arrêta de respirer, se rendant compte qu'il était en train de blâmer Marinette. Il aurait aimé être proche de plus de monde, d'accord, ça n'était pas une raison pour penser quelque chose d'aussi absurde.
— Ça va ? L'interrompit Nino. Tu tires une sale tête. De toute façon, ça semble bien se passer pour toi, non ?
Adrien haussa les épaules, offrant un pauvre sourire à son ami.
— Nous verrons bien.
Nino hocha la tête, et grimaça.
— Et ton père ?
Adrien s'immobilisa. Il rassembla toutes ses forces pour sourire, comme s'il se tenait devant un appareil photo.
— Ça va, mentit-il. Les choses s'arrangent.
— — —
— — —
Après avoir raccompagné le jeune homme jusqu'au portail, lui promettant de le tenir au courant des nouvelles avec la « soeur de sa maquilleuse », Adrien retourna dans sa chambre un soupir contrarié. Il ferma la porte et s'allongea sur son lit, fixant le plafond avec tristesse.
Il était fatigué ; non, épuisé. Dernièrement, son père avait considérablement augmenté le nombre de shooting photo auquel il devait participer, l'avait fait poser et jouer pour une demi-dizaine de campagnes publicitaires, et sollicitait de plus en plus sa présence aux soirées et conférences de son milieu. Et, pour être honnête, Adrien détestait cela. Il avait toujours accepté de poser rapidement pour l'aider, mais ça n'était plus que cela, clairement.
Son père était en train de chercher à débuter sa carrière, or Adrien ne voulait pas faire carrière dans la mode. Il était trop jeune pour savoir ce qu'il souhaitait faire, mais il savait qu'il était intéressé par les sciences, et s'il devait penser à un métier qui le faisait rêver, c'était celui d'ingénieur. Pas mannequin. Certainement pas.
Il y a deux jours, juste après avoir retrouvé Ladybug dans la serre, son père l'avait fait demander (oh, Adrien n'attendait même plus de lui qu'il vienne lui-même lui parler), pour lui annoncer quelque chose qui l'avait particulièrement secoué.
— Je t'ai obtenu un contrat avec une compagnie partenaire, avait dit Gabriel Agreste d'un ton froid. Tu pourras poser pour un magazine mensuel, qui sera vendu dans onze pays différents. Je pense que ça sera un bon début, je ne tiens pas à trop te charger pendant le lycée.
Adrien avait ouvert la bouche, complètement abasourdi.
— Je- Je pense que tu aurais pu me demander, avant de—
— Allons, Adrien, avait interrompu son père. Ce genre d'opportunité ne se rencontre pas tous les jours. Sois reconnaissant.
Reconnaissant. Reconnaissant. Dès que le mot était sorti de la bouche de son père, Adrien avait senti un frisson le parcourir, et avait pensé que cette fois-ci, il allait trop loin.
Il avait crié, comme rarement il l'avait fait, faisant même sursauter Nathalie. Il avait dit à son père que, non, il n'acceptait pas l'offre, c'était hors de question, ça ne l'intéressait pas. Il était lycéen, il n'avait pas le temps pour ça. Il n'était pas reconnaissant.
Puis, il regarda son père, qui lui lança un regard froid et presque agacé, comme s'il fixait une mouche qui s'agitait vainement devant lui.
— Tu as fini ? Avait-il demandé. Arrête d'agir aussi futilement. Tu commences le mois prochain. Nathalie, peux-tu le ramener dans sa chambre ?
Adrien ne s'était jamais senti aussi invisible. Il avait eu l'impression d'être traité comme un objet plus que comme une personne, et aussitôt de retour dans sa chambre, s'était enfuis sous son costume de Chat Noir, désespéré de retrouver le confort de la serre. Il n'avait pas trouvé la serre, mais mieux : il avait trouvé Ladybug.
Sur son lit, Adrien soupira, et passa ses mains froides sur ses tempes, les massant pour se relaxer. Il n'avait pas envie de penser à son père maintenant, il avait envie de penser à Ladybug. Ladybug, Ladybug, Ladybug. La courbe gracieuse de son nez, ses longs cils découpant la nuit, les reflets argentés sur ses cheveux. Il vint toucher ses lèvres avec son pouce, se remémorant tous les détails qu'il avait remarqué chez elle ce jour-là.
Il repensa à toutes les raisons pour lesquelles il l'aimait. Sa façon de se dresser fièrement sans se faire marcher sur les pieds ; de toujours vouloir aider les autres, sans rien demander en retour. Toutes les fois où, même dans les situations les plus compliquées à gérer, elle se posait et réfléchissait calmement à la meilleure riposte. Son intelligence, son humour, sa gentillesse. Il n'arrivait pas à lui trouver de défaut.
Adrien espérait vraiment qu'elle ne l'avait pas embrassé juste pour lui faire plaisir. S'il y avait une chose qu'il craignait, c'était qu'elle accepte de sortir avec lui uniquement par peur de le blesser. Il se promit de ne plus rien tenter, et de ne pas essayer de l'embrasser sans clairement demander son accord.
Il pensa aussi à une chose qu'il aurait aimé faire depuis longtemps déjà. Dévoiler son identité. Montrer qui il était sans son masque. Il ne savait pas s'il réussirait à être aussi sûr de lui qu'avec le costume de Chat Noir, mais il y pensait très sérieusement. Il voulait que Ladybug l'accepte pour qui il était vraiment, avec et sans le masque. Bien sûr, il souhaitait aussi découvrir qui elle était, mais ne voulait pas la forcer. Et, même si elle ne souhaitait pas encore montrer son identité, il ne voyait pas pourquoi elle serait contre le fait qu'il dévoile la sienne.
Adrien regarda sa montre, et constata qu'il était encore tôt, à peine quinze heures. Il appela son kwami.
— Plagg, j'ai besoin d'envoyer un message à Ladybug, dit-il.
Une plainte étouffée se fit entendre à travers le tissu de son sac, et Adrien leva les yeux au ciel.
— Plagg, dit-il plus fermement, transforme-moi !
Flagg ne put résister à l'appel et Adrien se retrouva bientôt dans son costume noir, de larges oreilles sombres dressées sur sa tête. Il appuya sur la pâte verte de son bâton, sélectionna l'option « messages » — que lui et Ladybug avaient découverts il y a peu (bon sang, il pouvait même se connecter sur internet, à peu près partout ! Ce truc était génial). Il réfléchit quelques instants, puis se décida finalement à lui en envoyer un. Même si Ladybug ne portait pas son costume actuellement, son kwami finirait par la prévenir.
[14:53] Chat Noir: Bonjour, ma Lady ! J'ai à te parler. Pouvons-nous nous retrouver vers 16h près de Notre-Dame ?
[15:03] Ladybug: Je pourrais être là vers 16h30, ça te va ?
[15:04] Chat Noir: Bien sûr ! :3
Habituellement, il aurait rajouté une petite remarque pour lui dire à quel point il était impatient, mais il n'avait pas envie, à ce moment précis, de pousser les choses, alors il arrêta la conversation là et lorsqu'il fut assuré que Ladybug ne lui répondrait plus, il retrouva sa tenue habituelle.
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— Ma Lady, la vérité, c'est que je suis…
S'interrompant, Adrien laissa partir le costume noir, et le masque, révélant son visage. Il se mordit la lèvre, et grimaça alors que Plagg éclata de rire devant la démonstration.
— Plagg, grogna-t-il, je ne vois pas ce qu'il y a de drôle !
Face à lui, son miroir reflétait un jeune garçon incroyablement stressé et qui n'avait rien de spectaculaire.
— Crois-moi, petit, répondit Plagg, toujours hilare, c'est drôle. Ça fait au moins une demi-heure que tu t'entraines pour rien ! Tu es revenus au point de départ.
Adrien était bien obligé d'admettre que Plagg avait raison. Il avait d'abord pensé que la meilleure chose à faire serait de retirer son costume, puis s'était demandé s'il ne serait pas mieux de simplement donner son nom, au cas où quelqu'un les verrait. Mais il s'était repris, il n'était pas connu à ce point, Ladybug n'avait aucune raison de connaitre son nom — enfin peut-être son nom de famille, mais ça ne voulait pas dire qu'elle le connaissait, lui —, c'était une approche absurde. Il avait pensé à l'amener près d'une affiche de lui, ou lui amener un magazine où il posait, mais cela le faisait juste passer pour un prétentieux.
Au final, il était revenu à sa première idée, la plus simple. Et Plagg se moquait de lui.
— Arrête de rire, le gronda Adrien, si jamais j'avais l'occasion de faire ça aujourd'hui…
— Je ne pense pas que tu aies besoin de rendre la révélation particulièrement spectaculaire.
Le garçon leva les bras en signe d'impuissance.
— C'est plus compliqué que ça en a l'air, se défendit-il, et—
Un frappement à sa porte l'interrompit, et il lança un regard alarmé à son kwami, qui comprit et se cacha dans son sac immédiatement. Adrien ouvrit pour trouver Nathalie. Elle portait une pochette qu'elle tendit au jeune homme, lui demandant de le suivre.
— Mon père ? Demanda Adrien avec un froncement de sourcils.
Nathalie réajusta ses lunettes avec un regard visiblement embêté.
— Il souhaite que nous fassions quelques mises au point sur votre emploi du temps. Il ne sera pas là, cependant.
Adrien soupira lourdement, montrant clairement son désaccord. Son père ne pouvait pas juste l'ignorer et faire comme s'il acceptait le job. C'était absurde.
— Désolé, Adrien, ajouta son assistante. Ça ne prendra pas longtemps, promis.
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À seize heures trente, Marinette était assise sur un toit, faisant face à Notre-Dame. Pour la saison, elle trouvait la température plutôt confortable, mais l'atmosphère était pesante, comme annonçant un orage. La forte odeur de goudron mouillé la dérangeait un peu, mais ça n'était pas pire que le reste ; le bruit de la circulation, le ciel gris, trop sombre pour l'heure.
Peut-être était-elle trop stressée. Elle ne savait pas si elle avait vraiment pris la bonne décision concernant Chat, mais elle ne reviendrait pas sur ses mots. Pas pour le moment, du moins.
Seize heures quarante, il était en retard. C'était la deuxième fois en quelques jours seulement, et ce n'était pas dans les habitudes de son partenaire. D'une certaine façon, le fait qu'il ne soit pas ponctuel l'angoissa davantage. Elle pensa à toutes les raisons pour lesquelles il pouvait être en retard, et à la perspective qu'il se soit encore disputé avec son père. Elle espérait qu'ils avaient pu mettre les choses au clair depuis, car Chat ne méritait certainement pas ça. Ne pas être capable de révéler leur secret privait Ladybug comme Chat Noir d'une relation normale avec leurs parents, elle était la première à en être consciente.
Seize heure quarante-six, son yoyo émit un bip strident, la faisant sursauter. Elle l'ouvrit, voyant l'image de Chat Noir s'afficher. Il essayait de la joindre. Elle appuya sur le petit téléphone vert, prête à recevoir l'appel.
— Allô ?
C'était la première fois qu'elle parlait à Chat Noir depuis la nuit où il s'était déclaré, et elle espérait que sa voix n'était pas bizarre. Mais une voix essoufflée lui parvint à l'autre bout du fil.
— Ah, euh, Ladybug, commença-t-il. J'ai un petit problème.
Marinette se leva, contrariée. La voix du jeune homme semblait pressée, et elle compris avait besoin de son aide.
— Akuma ? Demanda-t-elle, ne prenant plus la peine de faire une phrase. Où ?
— À deux pâtés de maisons de là où tu es, lui répondit la voix. Tu ne devrais pas tarder à entendre des cris.
Lorsque Marinette éloigna le yoyo de son oreille, pour se concentrer sur les bruits autour d'elle ; elle entendit des gens discuter aux bars, elle entendit des voitures klaxonner, le vent souffler, et elle entendit des gens crier.
— — —
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AKA Adrien, Marinette et la fatigue.
Bon, ce chapitre était plus court que d'habitude. Pour la simple et bonne raison que je veux me concentrer sur le super-vilain au chapitre suivant :D Il va se passer pas mal de choses, aussi (rire démoniaque), alors c'est normal qu'il y ait moins de contenu dans celui-ci. J'avais envie d'écrire un peu sur la vie actuelle d'Adrien, même si ça n'était pas très long. J'espère que ça vous aura quand même plu !
La bonne nouvelle, c'est que je me suis aussi bien avancée dans le chapitre suivant. Il est déjà plus long que celui-là en tout cas, haha, mais je dois encore le boucler :) !
Concernant le fameux « Code des Potes » dont parle Nino, c'est une petite référence à la série How I Met your Mother, pour ceux qui connaissent !
++ Merci beaucoup pour vos gentils messages :D !
LadybugChatnoir : Haha, voici la suite xD ! Mais pour ce qui est de mon rythme de travail, c'est difficile de répondre. Disons que j'ai été plus active pendant les vacances, et que cela dépend de ma motivation. Saches cependant que le prochain chapitre arrivera très bientôt ;) (dans 2 ou 3 jours je pense ?). Merci beaucoup !
coco-chan : Je suis vraiment flattée que tu apprécie autant/ ! J'aurais bien aimé de prévenir des sorties, mais ton e-mail ne s'est pas affiché dans le message (les liens et adresses sont bloqués par le site, je crois). Si tu veux suivre l'histoire, le meilleur moyen serait sans doutes de t'inscrire sur le site et de « suivre » l'histoire, et tu devrais recevoir un mail automatique à chaque nouveau chapitre :)
