Marinette regarda Chat Noir retenir sa respiration, et la regarder avec un air hésitant, puis décidé. Elle ne savait pas exactement à quoi il pensait, mais cela lui permit de se rendre compte qu'elle avait parlé un peu trop sérieusement. S'attendait-il au rejet ? Elle essaya d'adoucir son expression, souriant timidement et lui faisant signe d'approcher.
— Bien sûr, marmonna-t-il. Parler, ajouta-t-il comme s'il s'agissait d'un mot inhabituel, nous devons parler. C'est pour cela que nous sommes ven—
— Oh, Chat, rit-elle, ne sois pas si stressé.
Cela la mettait mal à l'aise. Elle ne savait pas non plus comment elle devait réagir face à lui : aussi étonnant que cela puisse paraitre, Chat Noir était Adrien, et accessoirement le garçon qu'elle avait aimé au premier regard, un peu plus d'un an plus tôt.
— Ladybug, dit-il soudainement, tu vas mieux ? Tes facultés sont revenues ?
Elle tordit ses mains, se rendant compte qu'elle était embarrassée devant Chat. C'était étrange. Ce n'était pas quelque chose qui était censé arriver ; d'accord, il lui arrivait de rougir lorsqu'il était vraiment proche, mais à présent, le simple fait d'être face à lui la mettait dans une situation embarrassante.
Elle hocha la tête, faisant de son mieux pour paraître sûre d'elle, affichant son sourire habituel.
— Oui. Merci, Chat, je ne sais pas ce que j'aurai fait si tu n'avais pas été là…
Il haussa les épaules.
— Tu es Ladybug, contra-t-il, bien sûr que tu aurai réussis à te débrouiller sans moi…
Elle n'y arrivait pas. Considérer Chat et Adrien comme une seule et même personne lui paraissait tellement absurde qu'elle le regarda un moment en essayant de superposer l'image de son ancien camarade à celle de son partenaire. Cela ne marchait pas. Ils n'avaient pas les mêmes personnalités, cela ne marchait pas. Elle était encore trop sous le choc pour pouvoir se poser les bonnes questions, et agir normalement.
Ce fût lui qui rompit le silence gênant.
— Tu, hum, tu me connais ? Je t'ai entendue dire mon prénom, alors…
Elle regarda ses yeux pleins d'attentes et inclina légèrement la tête.
— Je… Désolé ! S'écria-t-elle soudainement, le faisant sursauter.
— Q- Pourquoi ? Demanda-t-il précipitamment.
Marinette soupira, et s'empressa de s'expliquer.
— Je ne t'ai même pas demandé si tu étais d'accord avec ça, répondit-elle. Je veux dire, de te voir sans le masque…
Elle était embarrassée et tentait réellement de lui offrir des excuses, mais elle se rendit rapidement compte qu'il riait, et cela lui procura un sentiment d'irritation, parce qu'elle ne voyait pas ce qu'il y avait de drôle.
— Ne t'en fais pas pour ça, clarifia-t-il, ça m'évite une façon plus embarrassante de me présenter.
Elle fronça les sourcils, mais ne chercha pas vraiment à comprendre. Chat se rapprocha d'elle et posa doucement sa main sur son épaule. Marinette sentit son hésitation, et supposa qu'elle devait avoir le même air perdu que lui. Oh, quelle situation embarrassante !
— Tu n'as pas répondu à ma question, souffla le garçon. Me connais-tu en tant qu'Adrien ?
Peut-être qu'elle devait répondre. Elle n'était pas obligée de tout lui avouer, n'est-ce pas ?
— Je… Je t'ai vu dans des magasines, répondit-elle d'une petite voix. Je suis de près le travail de ton père, et, euh, le tien aussi…
Il haussa un sourcil, essayant de prendre un air satisfait, mais elle remarqua aisément ses joues rougir. Il ne la tromperait pas aussi facilement, et elle voyait bien qu'il était aussi embarrassé qu'elle. Elle était bien placée pour savoir à quel point la perspective de dévoiler son identité était angoissante, même si elle ne comprenait pas non plus sa réaction.
Il n'était pas juste n'importe qui, comme elle. Il n'était pas juste quelqu'un d'horriblement ennuyant et normal, comme elle l'était ; il était Adrien Agreste ! Adrien, au visage angélique et aux sourires splendides. Adrien, aux paroles douces et généreuses. Adrien, au coeur d'or.
Pourquoi serait-il paniqué à l'idée qu'elle soit déçue ? Comment pourrait-elle possiblement être déçue ? Bien sûr, tout ce qu'elle savait sur lui, et sur Chat Noir semblait changer dans son esprit maintenant nébuleux, mais le mot auquel elle pensait n'était certainement pas « déception ».
— D'accord, dit lentement Chat Noir, a-alors tu, euh, m'apprécies ?
Marinette essaya de ne pas devenir folle à l'idée qu'elle faisait rougir et bégayer Adrien Agreste, et hocha maladroitement la tête.
— Et, essaya-t-il, et…
Bip.
Marinette porta une main à ses boucles d'oreilles, prenant soudainement un air paniqué. Elle eut le temps de voir l'air dépité de Chat Noir, et commença à tourner les talons. Elle ne comptait pas l'éviter, et elle devait lui parler clairement, mais là maintenant, ce n'était pas le bon moment. Elle était trop embrouillée.
— Attend, plaida-t-il. S'il te plait, Ladybug.
Elle secoua la tête, mordant sa lèvre en sentant la détresse dans sa voix.
— Je viendrais te retrouver, dit-elle d'une voix basse.
Les yeux du jeune homme s'agrandirent sous la surprise, et elle sentit son coeur se serrer. Une expression stupéfaite mais douce s'affichait sur son visage, alors que la promesse semblait s'ancrer dans son esprit.
Oh, Marinette, pensa-t-elle. Dans quel pétrin est-ce que tu t'es mise ?
— — —
— — —
— Qu'est-ce que c'était que ça, Qu'est-ce que c'était que ça, Qu'est-ce que c'était que ça, Qu'est-ce que c'était que ça ?
Alors que Tikki la regardait faire les cent pas, Marinette n'arrivait pas à se calmer. Elle essaya de faire le vide dans sa tête, de fermer les yeux et de se dire que vraiment, ce n'était pas grand chose. Que ça ne changeait en rien Chat, ou Adrien. Ce n'était pas parce qu'elle découvrait qu'ils — qu'il — étaient la même personne que c'eut été différent un jour.
Sauf que c'était faux, Marinette ne voyait pas comment elle pouvait penser autrement. Cela changeait tout. Elle avait connu ces deux personnes, différentes mais toutes deux importantes pour elle, et cela la mettait en rogne. Elle avait l'impression d'avoir été trompée, de ne jamais avoir connu Adrien, de ne jamais avoir connu Chat Noir.
Ce n'était pas juste ! Elle qui se pensait proche de Chat Noir ; elle qui pensait tout savoir sur Adrien ! Comment pouvait-elle ne pas l'avoir remarqué ? Comment pouvait-elle prétendre les aimer tous deux alors qu'elle n'avaient pas été capable de les reconnaître ?
(Sous la confusion, elle continuait à les considérer comme deux personnes différentes, elle devait vraiment arrêter de faire ça).
Des larmes de frustration commencèrent à germer au coin de ses yeux, et Tikki trouva finalement le besoin d'intervenir.
— Marinette… Murmura-t-elle. Ne le prend pas trop à coeur, tu devrais être heureuse, non ? Tu n'as pas besoin de faire une croix sur Adrien pour aimer Chat !
Marinette hocha la tête, utilisant sa manche pour essuyer les pleurs.
— M-mais Tikki, gémit-elle, c'est tellement… Frustrant ! Les jours que j'ai passé à me demander si je pouvais vraiment aimer Chat à cause de… De lui ! C'est stupide ! Ça n'a aucun sens !
Le kwami cligna ses grands yeux, souriant à Marinette pour la rassurer.
— Et à quelle conclusion es-tu parvenue ?
La jeune fille renifla, refusant de regarder Tikki en face.
— L-la conclusion que j'aimais C-Chat, dit-elle à travers le tissu qui frottait son visage.
— Tu vois ? Demanda Tikki. Tu n'es pas tombée amoureuse de Chat juste parce qu'il est Adrien ! Cela veut dire que tu as découvert une autre facette de sa personnalité, et que tu l'aimes pour tout ce qu'il est. N'est-ce pas merveilleux ?
Marinette s'arrêta même de respirer pour écouter les gentilles, apaisantes paroles de Tikki. Elle sentit son coeur battre fort dans sa poitrine à cette nouvelle perspective, et ses petits sanglots se transformèrent en éclats de rire.
— Oh, Tikki, répondit-elle, tu as raison, je ne devrais pas pleurer.
Elle s'assit sur sa chaise de bureau, s'amusant à la faire rouler jusqu'à l'autre bout de la pièce.
— Tu te rends compte ? Ajouta Marinette avec émerveillement, Ça veut dire que je suis tombée deux fois amoureuse de lui !
— Tu vois ? Fit Tikki. Tu n'as pas à t'en faire.
Marinette rougit, et baissa la tête.
— Je m'en veux toujours de ne pas avoir été capable de les— de le reconnaitre, avoua-t-elle.
Plus elle y pensait, plus elle voyait les similarités. D'accord, il y avait le plus évident : mêmes boucles blondes (bien que soyeuses et douces pour Adrien, décoiffées pour Chat), les mêmes yeux brillants comme des émeraudes (là aussi elle avait une excuse : le masque de Chat Noir modifiait légèrement la couleur de ses yeux, rendant même ses orbites vertes. Elle avait toujours cru que ça avait aussi une influence sur la couleur de ses yeux ; apparemment pas).
Puis, il y avait le reste. Sous l'identité de Chat et d'Adrien, il était dévoué aux autres, donnait, avait une certaine fierté, était incroyablement attirant, et gentil. Chat était bien plus extraverti, lançait sans arrêt des blagues, par rapport à son côté timide sous le costume. Mais après tout, ne faisait-elle pas exactement la même chose elle-même ? Marinette n'avait rien d'exceptionnel, Ladybug était confiante et forte. En tout cas, plus forte que Marinette. Elle ne pouvait pas blâmer Adrien uniquement parce qu'il se permettait plus de libertés sous son apparence de super-héros, alors qu'elle était pareille.
— Ne t'en veux pas pour ça, répondit Tikki au bout de quelques instants. Je ne pense pas qu'Adrien ait fait le rapprochement non plus.
Elle secoua la tête, ne voulant pas penser à ce qui arriverait s'il découvrait que sa bien-aimée Ladybug n'était que Marinette.
— Tu vas lui dire ? Demanda Tikki.
— Lui dire ? Répéta Marinette, Non, non, je ne vais pas- Il serait incroyablement déçu.
Tikki lui fit les gros yeux, comme si elle venait de dire quelque chose d'absurde. Marinette regarda ailleurs, ne souhaitant pas approfondir le sujet.
— — —
— — —
Elle ne réussit pas à s'endormir. C'était un problème, la semaine reprenait le lendemain et elle avait une journée bien chargé le lundi.
Marinette soupira, se retournant dans son lit, encore et encore, mécontente de retrouver ce sentiment de fatigue dont elle s'était débarrassé, quelques mois plus tôt. Sauf que cette fois-ci, elle savait très bien pourquoi elle n'arrivait pas à dormir, et plus que de l'inquiétude, c'était un sentiment d'excitation qui la maintenait éveillée. Elle n'avait pas eu la conversation avec Chat Noir, Adrien, peu importait. De surcroit, elle lui avait dit qu'elle passerait, mais ne l'avait pas encore fait.
Ses draps l'étouffaient, et elle dû se découvrir et sortir une jambe, puis l'autre du lit, se relevant en position assise.
Marinette ne savait pas exactement quand elle pourrait parler au garçon, le plus rapidement possible. Cette situation était insoutenable pour elle, et devait l'être pour Chat Noir aussi. Elle n'avait pas envie d'attendre qu'un akuma arrive pour lui parler, mais d'un autre côté, elle ne connaissait pas l'emploi du temps d'Adrien. Elle savait où il habitait, et compte tenu de sa réputation, pouvait prétendre avoir fait une recherche pour le retrouver ; mais encore fallait-il qu'il soit chez lui.
Puis, Marinette se dit que tant pis. Tant pis pour sa nuit, et pour celle d'Adrien.
À cette heure, il était forcément chez lui.
— — —
— — —
Adrien attendait Ladybug. Il ne savait pas s'il arriverait à trouver le sommeil avant de l'avoir vue, et elle lui avait dit qu'elle viendrait. Certes, elle n'avait pas précisé quand — peut-être était-ce naïf de penser qu'elle passerait si tôt —, mais elle l'avait dit. Adrien avait d'abord laissé sa fenêtre ouverte, et de faibles lumières dans sa chambre même lorsque la nuit était tombée, mais au bout d'un moment, il dû bien se résigner et enfiler le t-shirt et le jogging qui lui servaient de pyjama.
Il referma la large fenêtre avec regret, déçu à l'idée que Ladybug ne soit pas aussi hâtive que lui. Je viendrais te retrouver. Il aurait aimé partir à sa rencontre, mais il ne savait rien d'elle. Pas sous sa forme de citoyenne, du moins.
En s'enroulant dans ses couvertures, il se dit qu'elle passerait certainement le lendemain, et sourit dans la pénombre. Quelques heures plus tard, il avait un shooting photo de prévu, et il devait avoir l'air présentable, mais à vrai dire, il ne s'en préoccupait pas trop. Peut-être que si les choses tournaient mal, son père comprendrait qu'il n'est pas fait pour être mannequin et le laisserait tranquille.
À force de laisser la fenêtre ouverte trop longtemps, la large pièce était froide, emplie de courants d'air dont le garçon se protégeait grâce à sa couette. Plus que jamais, il se sentait seul. Il pensa au regard paniqué que Ladybug lui avait lancé lorsqu'elle l'avait vu sans le masque, et eut un pincement de coeur en pensant à l'état instable de la jeune fille plus tôt dans la journée. Il s'en voulait de l'avoir laissé prendre le coup de l'akuma, même s'il savait qu'il n'aurait pas pu faire grand-chose. Était-ce cette culpabilité qu'elle ressentait dès que lui s'interposait entre elle et un vilain ? Non, pensa-t-il immédiatement, ça n'a rien à voir. Ladybug était tout simplement plus importante de Chat Noir, puisque c'était elle qui avait le pouvoir de purifier les akumas.
En soupirant, Adrien se retourna encore pour jeter un coup d'oeil à son réveil. 4:00.
Trop tard (ou plutôt trop tôt). Il devait essayer de dormir, même si l'idée de sécher le shooting photo et les cours du lendemain le tentaient, il ne pouvait pas juste se permettre de fuir ses responsabilités. Ça ne l'amènerait à rien, et il aurait juste plus de travail plus tard.
Il ferma les yeux, essayant de faire le vide dans son esprit, mais le visage de Ladybug revenait à chaque fois. Il ne put s'empêcher de penser à la réaction qu'elle avait eue devant lui. Il avait senti son regard craintif (ce qui était une mauvaise chose), mais elle avait aussi dit qu'elle aimait son travail (ce qui était une bonne chose). Il ne savait pas trop s'il avait bien fait de se dévoiler, mais ce qui était fait ne pouvait pas être changé.
Toc, toc, toc.
Le bruit le fit froncer les sourcils. Il devait probablement s'agir du vent, ou de la pluie, et il n'avait pas besoin de cela maintenant.
Toc, toc, toc.
Il retint sa respiration pour se concentrer sur les coups. Une autre série se fit entendre, et il était sûr que ce n'était pas le vent, ou quoique ce soit en rapport avec la météo. Un enfant qui lançait des pierres sur sa fenêtre ? Peu probable.
Ladybug ?
Il se leva précipitamment et ouvrit les stores, pour découvrir la jeune héroïne accrochée aux barreaux de son balcon. Il ouvrit de grands yeux stupéfaits, et elle sourit presque timidement, secouant sa main vers lui. Il ouvrit la fenêtre, puis attrapa sa main pour l'aider à se hisser à l'intérieur.
Son corps était froid, et elle semblait un peu fatiguée, mais il supposait qu'il n'avait pas lui-même l'air en grande forme. Cependant, la voir semblait illuminer sa nuit, et il ne put s'empêcher de sourire comme un idiot. Étrangement, elle ne leva pas les yeux au ciel comme elle le faisait d'habitude ; et il jura presque qu'elle rougissait. Cela ne l'empêcha pas de planter ses yeux lagons dans les siens, le regard sérieux et, bon sang, incroyablement séduisant.
Il s'empressa de refermer la fenêtre, les mettant à l'abri du froid de novembre, et montra à Ladybug son lit du bras, lui proposant de s'assoir dessus, alors qu'il tira sa chaise de bureau pour se tenir face à elle. Il alluma sa lampe de chevet — la pénombre était trop intimidante et intime pour le moment, mais il ne voulait pas que quelqu'un d'autre se réveille dans la maison. Il savait que son père travaillait souvent tard, et s'il était couché, Nathalie s'occupait peut-être encore des dossiers.
Ladybug sembla hésiter un peu avant de s'assoir, croisant ses fines jambes. Elle s'accommoda à la chaleur de la pièce, et les légers frissons qui parcouraient son corps disparurent rapidement.
— Désolé, finit-elle par murmurer, Le moment n'est peut-être pas très bien choisi…
Adrien secoua hâtivement la tête.
— Non, répondit-il, je ne pense pas que j'aurai réussi à m'endormir de toute façon.
— Nous sommes deux, alors, rit-elle discrètement.
La douce lueur de sa lampe éclaira sa peau claire, et le sourire paisible dessiné sur ses lèvres. Il lui retourna le geste, cherchant quelque chose à dire. Ils étaient tous deux conscients qu'ils devaient mettre les choses au clair sur leur relation — Adrien s'étant déjà déclaré, il attendait surtout la réponse de Ladybug —, mais aucun d'eux ne savait comment entamer la discussion. Ladybug était assez réservée lorsque les choses venaient à sa vie privée, ce qui contrastait fortement avec son aptitude professionnelle en mission. Adrien imaginait qu'elle cherchait ses mots avec soin, et il espérait que ce n'était pas pour le rejeter.
— Ladybug ? Finit-il par demander.
— Mmh ?
— S-si jamais tu n'as pas eu assez de temps pour réfléchir à… Ma déclaration, tu n'as pas à…
Il leva la main vers elle, lui faisant comprendre le fond de sa pensée. Elle n'avait pas à se torturer l'esprit pour trouver une réponse maintenant. Certes, l'idée d'attendre encore l'attristait, mais il ne voulait surtout pas que sa réponse soit trop précipitée. Surtout lorsqu'elle venait de découvrir son identité.
Un petit rire nerveux s'échappa des lèvres de la jeune fille, qui s'installa plus confortablement sur le lit, ramenant ses jambes contre sa poitrine.
— Ce ne sera pas nécessaire, dit-elle calmement.
Adrien serra les poings. Il pensait être prêt à entendre sa réponse, mais se rendait à présent compte que, en fait, non, pas du tout. Plus le moment où les mots allaient franchir ses lèvres approchait, plus il se sentait idiot et prétentieux. Ne l'avait-elle pas toujours rejeté ? Sauf dans la serre, mais-
— Tu as l'air tendu, remarqua Ladybug.
Elle plaça sa main sur le lit, à côté d'elle, et tapota gentiment la couette.
— Viens, demanda-t-elle.
Obéissant, il alla s'assoir près d'elle, se tournant de trois quarts pour que son regard rencontre le sien. Elle hocha la tête, et prit une grande respiration. Adrien nota qu'elle avait l'air presque aussi stressée que lui, et la laissa parler.
— Pour être honnête, dit-elle, tu m'as donné un sacré mal de tête.
Il leva un sourcil. D'accord, il ne s'était pas attendu à un tel commencement, mais elle n'avait encore rien dit, pas vrai ?
— J'ai beaucoup réfléchi, continua-t-elle sans le regarder. À notre relation, à mes sentiments pour t-toi, enfin, pour Chat, et… Le fait que tu sois A-Adrien Agreste n'y change rien, d'accord ?
Adrien hocha la tête avec lenteur. Même si Ladybug avait déjà entendu parler de lui, elle ne le connaissait pas personnellement, alors il ne voyait pas pourquoi cela ferait la moindre différence.
— C'était… Compliqué, reprit Ladybug en souriant légèrement, surtout après ce qui est arrivé l'autre jour. Je t'ai toujours considéré comme mon allié le plus proche, et comme un de mes meilleurs amis. Mais… Je crois que quelque chose à changé et…
Elle s'arrêta un instant, fixant le plafond à la recherche des bons mots.
— Et puis, d'un coup, pouf ! Dit-elle en écartant ses mains devant elle en mimant une explosion, Je n'arrivais plus à répondre à tes mauvaises blagues comme avant, et j'avais envie d'en savoir plus sur toi, sur tes problèmes personnels. Je sais que pendant longtemps, je voulais que notre relation soit purement… Professionnelle ? Mais plus le temps passait, plus je trouvais ça idiot. Tu étais la personne la plus proche de moi, pourquoi vouloir garder mes distances ?
Adrien posa une main sur son épaule avec douceur, pour ne pas la surprendre. Ladybug avait presque l'air consterné contre sa propre personne, et il n'aimait pas la voir comme cela. Il n'avait pas souffert de son éloignement, elle l'avait toujours supporté comme elle le devait, et il aurait été extrêmement déplacé de lui demander de céder à tous ces désirs juste parce qu'ils étaient proches.
— J'ai fais comme si de rien était, poursuivit-elle d'un air un peu plus détendu. Puis il y a eu la serre.
Elle lui lança un regard embarrassé, auquel il répondit avec réserve.
— Je me suis laissée aller, dit-elle, pour une fois, j'ai arrêté de penser à tout ce dont je pouvais me permettre ou pas, et nous savons tous les deux où ça nous a menés. Mais je- aussi embarrassant que ça puisse paraitre, j'ai apprécié tout cela. J'ai aimé le baiser, clarifia-t-elle, même si cela m'a un peu effrayé au départ. C'était trop soudain, trop intense ! Tu t'es déclaré, et- et je me suis trouvée incapable de te rejeter, je n'en avais pas envie. Je n'en ai pas envie.
Adrien resserra la pression sur son épaule, comme une invitation à le regarder. Elle y répondit, plantant son regard bleu dans le sien — et Adrien sentit comme un choc électrique parcourir son corps. Il avait envie de se blottir contre elle et de rester ainsi des heures durant.
— Je n'ai pas envie de retourner à… Comme avant, dit Ladybug d'une voix douce. Je veux essayer, je veux que nous essayions d'être ensemble. Je pense que c'est ce qui me rendrait heureuse, et j'espère que c'est ce qui te rendr—
N'y tenant plus, Adrien se rapprocha et laissa tomber sa tête contre l'épaule de Ladybug, cachant son embarras et son sourire trop grand. Il n'aurait jamais pensé entendre Ladybug prononcer ces mots, et il sentait comme une pression dans sa poitrine maintenant qu'il les avait entendu. Ladybug voulait être avec lui ! Elle voulait être avec Chat, et Adrien, elle l'acceptait comme il était !
Il sentit son souffle léger contre sa nuque.
— Adrien, murmura-t-elle, tout va bien ?
Il hocha la tête, toujours blottit contre son cou, ses deux bras entourant sa taille avec hésitation. Il décida de rester dans cette position pendant un certain temps, n'osant pas bouger et rompre le silence confortable qui s'était glissé entre eux deux. Les yeux humides, il essaya de respirer normalement, et de masquer l'émotion qui s'emparait de lui.
Une envie soudaine de savoir qui se cachait sous le masque rouge aux points noirs le secoua, mais il la repoussa. Il avait suffisamment confiance en elle pour savoir qu'elle finirait par le lui dire, et ne voulait pas la presser de trop. Elle avait dit que leur relation avait déjà avancé rapidement et qu'elle était confuse. Il pouvait l'attendre.
Était-ce vraiment important ? Elle avait dit qu'avec ou sans le costume, elle aurait pris la même décision d'être avec lui.
Il sourit contre le tissu de son costume. Avec ou sans costume, il avait aussi pris la décision d'être avec elle.
— — —
— — —
Marinette essaya de contrôler les battements de son coeur. Elle les trouvait bruyants, irréguliers et ils sonnaient comme une mélodie mal maîtrisée à ses oreilles. Adrien était tout contre elle, il entendait sûrement ces mêmes battements, et elle voulait qu'ils soient moins hésitants.
Ce sens du détail avait pour but de la détourner de cette situation improbable, et du fait qu'elle était dans les bras d'Adrien. Elle avait déjà été très proche de Chat, mais cela ne l'avait jamais rendue aussi nerveuse. Tikki lui avait assuré qu'il existait différents types d'amour, et qu'elle n'avait pas forcément à réagir de la même façon dès qu'elle tombait amoureuse, mais là, c'était encore différent. Chat et Adrien étaient la même personne ! Pourquoi restait-elle complètement immobile et incapable de contrôler ses mouvements correctement ? Adrien, le garçon de ses rêves, la tenait dans ses bras, et ils étaient sur son lit, et elle venait de lui dire qu'elle était prête à être avec lui.
S'il avait porté son costume, elle aurait surement porté une main à son visage, ou caressé ses cheveux dorés, lui montrant qu'elle était là avec lui. Mais le geste restait comme attaché au bout de ses doigts, refusant de se concrétiser.
Et son coeur battait, trop fort, trop irrégulièrement.
Elle avait envie de resserrer son étreinte, juste un peu. Pour le moment, elle était heureuse et voulait le lui montrer. Certes, elle n'était pas totalement honnête avec lui ; elle avait refusé de lui montrer son visage sous le masque en connaissant le sien, mais il serait sûrement déçu s'il découvrait que Ladybug était la triste, banale Marinette. Et puis, elle n'avait pas menti en disant que sa décision n'avait pas changé lorsqu'elle avait découvert qui il était. Pour l'instant, elle souhaitait profiter du temps qu'elle avait avec lui, et ils verraient le reste plus tard.
Elle finit par oser bouger ses bras, les entourant doucement autour du cou du jeune homme. Marinette était frustrée de ne pas pouvoir sentir la texture de sa peau ou de ses cheveux sous ses doigts, à cause du costume rouge. Elle baissa la tête, portant ses lèvres aux boucles blondes qu'elle effleura délicatement, puis vint embrasser le front du garçon, cherchant la chaleur de sa peau faiblement éclairée.
Adrien releva la tête, la toisant avec un sourire.
— Je t'aime, murmura-t-il si bas qu'elle eut du mal à entendre les mots.
Ladybug plaça ses deux mains de chaque côté du visage d'Adrien, et ne put résister plus longtemps. Elle rompit rapidement la distance qui les séparait, et pressa fougueusement ses lèvres contre les siennes, profitant de toutes les sensations qui accompagnèrent le mouvement. Adrien laissa échapper un soupir surpris, et retourna le baiser avec la même ardeur. Il resserra son étreinte, et continua de bouger ses lèvres chaudes et humides, tout en entraînant celles de la jeune fille. Elle sentit l'air autour d'eux bouillonner, et refusa de lâcher prise.
Adrien recula le premier, reprenant sa respiration. Elle s'autorisa à regarder son visage haletant, s'attardant sur ses joues rouges et ses lèvres humectées, ses yeux brillants. Était-ce le visage d'Adrien Agreste après un baiser ? Même dans ses fantasmes les plus fous, elle n'aurait pu trouver une image plus séduisante.
Adrien entreprit de joindre leurs lèvres une nouvelle fois, et Marinette ne s'en trouva que plus satisfaite. Le baiser continua jusqu'à ce que le manque d'air lui donnât le vertige. Elle rompit le contact, hors d'haleine.
— J-je dois… R-Rentrer…, entreprit-elle de murmurer contre les douces lèvres.
— T-tu as raison, répondit Adrien dans un état similaire au sien. I-il est… Il est tard…
Elle hocha la tête précipitamment.
— Il est tard, répéta-t-elle en le pencha à nouveau vers lui.
Adrien répondit par un grognement, exerçant une pression encore plus forte sur son dos. Sans arrêter de l'embrasser, il posa un genou sur son lit, et bascula légèrement pour que sa tête soit au-dessus de celle de Marinette, qui se laissa simplement faire. Il bougea encore, la soulevant presque pour l'amener contre lui, alors qu'il s'adossait contre son mur. Elle se retrouva à califourchon sur lui, ses coudes et avant-bras reposants contre la cloison. Elle essaya de ne pas penser à la position embarrassante dans laquelle elle était, et poussa son visage contre celui d'Adrien, jusqu'à ce que leurs dents se rencontrent, le choc provoquant un bruit étrange mais pas désagréable.
Une pression contre ses lèvres semblait demander la permission, et elle la lui donna. Sentir la langue d'Adrien contre la sienne la rendit soudainement faible, au moins, elle n'avait pas besoin de se tenir droite. Elle sentit un gémissement naître au fond de sa gorge, qu'elle réprimanda violemment. Le sourire naissant du garçon contre sa peau lui fit comprendre qu'il s'en était rendu compte, et elle refusa de lui laisser cette satisfaction. Elle se mit à bouger avec plus d'empressement, tentant de cacher sa maladresse au mieux. Ce n'était que son deuxième baiser — sans compter les effleurements de lèvres —, et elle ne savait pas encore comment faire les choses correctement. Elle essaya différentes choses, faisant expérience des différentes sensations qu'elles provoquaient.
Adrien semblait explorer sa bouche avec autant de vigueur que de passion, et elle en vint à se demander s'il avait déjà fait quelque chose de semblable avant — à part dans la serre, mais les choses étaient bien différentes cette fois-ci. Lorsque la question germa dans son esprit, elle ne put trouver une réponse même en se concentrant sur les mouvements du jeune homme. Tout était nouveau, étrange, humide, avide, et elle ne savait pas comment les interpréter. Elle désirait Adrien, il la désirait, ils s'embrassaient, et c'était cela. Leur expérience importait peu, ce fût du moins la conclusion à laquelle elle parvint, fatiguée de devoir penser à quelque chose d'autre que le plaisir des lèvres douces et brûlantes.
Puis, un prénom vint se glisser dans ses pensées, jusqu'à ce qu'elle ne puisse l'ignorer davantage. Elle n'avait vraiment pas envie de penser à elle maintenant, aux cheveux blonds lissés et aux yeux bleus trop maquillés. Mais elle ne put empêcher l'image de Chloé Bourgeois de venir interférer avec ce moment parfait.
Elle pensa à Nino qui lui disait qu'Adrien et Chloé passaient leur temps ensemble, et aux filles qui avaient dit qu'ils étaient toujours en couple. Marinette sentit un pic de jalousie la traverser, mais décida de l'ignorer pour le moment ; ce n'était ni l'endroit ni le moment, et elle n'était pas censée connaitre la relation entre Adrien et Chloé.
— L-Ladybug ? Demanda un Adrien essoufflé lorsqu'il la sentit moins réceptive.
Marinette cligna des yeux, à nouveau captivée par les émeraudes brillantes, et lui sourit en joignant leurs lèvres encore et encore.
— Ce n'est rien, chaton, murmura-t-elle.
Elle ne devait pas s'inquiéter. Adrien n'était pas ce genre de personne. Lui et Chloé avaient certainement rompu, elle avait toujours douté qu'une telle relation puisse durer de toute façon. Marinette retint un sourire carnassier. Si la bouche contre la sienne avait été embrassée par Chloé, bien, elle n'allait pas se laisser faire. Elle continuerait à l'embrasser jusqu'à ce qu'il ne soit plus qu'à elle.
— — —
— — —
Okay, c'était plutôt intense. Calme, Marinette xD
Si le dernier chapitre aurait pu être « RIP Marinette », celui-ci peut aussi se nommer « RIP Adrien ».
Bon, ce chapitre n'était pas excessivement long, mais j'espère qu'il vous aura plu ! Ces deux-là ont enfin eut la discussion qu'ils devaient avoir, et, au final, ça s'est plutôt bien passé, non ;) ? Ah, les jeunes lycéens !
Cathy171 : Ohh, merci beaucoup ! Je suis vraiment heureuse de voir que quelques personnes attendent les chapitres avec impatiente, et c'est ce qui me motive à écrire ! Ne t'inquiète pas, l'histoire n'est pas encore finie, et comprendre 13 chapitres au moins, peut-être même 14, dépendant de si je développe ou pas un certain évènement. Nos petits héros n'ont pas encore assez souffert (rire démoniaque).
À bientôt pour la suite ! :)
