Marinette réprimanda un bâillement, essayant de ne pas trop s'affaler sur sa table. Elle espérait qu'elle n'avait pas l'air trop fatiguée. Elle passait de plus en plus de temps à masquer ses cernes du mieux qu'elle pouvait, mais si les détails physiques pouvaient aisément être cachés, le reste était plus compliqué. Ses parents lui avaient déjà fait remarquer, à plusieurs reprises, qu'elle n'était pas souvent présente dans leurs conversations. Elle avait prétexté la pression scolaire, mais ses notes restaient correctes, et elle supposait qu'ils ne l'avaient qu'à moitié crue.

En classe, elle s'endormait. C'était embarrassant, mais elle avait acquis ses propres techniques : baisser la tête en positionnant sa main sur son front, faisant comme si elle lisait un livre ; ou bien se placer dans l'angle mort du professeur. Ce n'était pas suffisant pour tromper Nino, assit à sa droite.

— Hey, chuchota-t-il alors qu'elle sentait ses paupières s'alourdir, Marinette, fais gaffe.

Elle essaya de hocher la tête et de lui sourire, mais un nouveau bâillement l'en empêcha. À sa gauche, Rose lui sourit en haussant les épaules, dans un geste empli d'innocence.

— Tout va bien, Mari ? Demanda la jeune fille, Dernièrement, tu as l'air très fatiguée !

Marinette grimaça, surprise. Si même Rose, qui était toujours dans la Lune, parvenait à le remarquer, c'était qu'elle n'était vraiment pas discrète.

— Je vais bien, murmura-t-elle. Je ne dors pas très bien, mais ça va s'arranger, ne t'inquiètes pas.

Un raclement de gorge du professeur les fit se tourner à nouveau vers le tableau, et la discussion prit fin. Marinette essaya de se concentrer sur le cours, mais son esprit ne semblait pas coopérer. Cette nuit, elle avait patrouillé avec Chat, et cela avait durement empiété sur son habituel temps de sommeil. En fait, depuis les deux semaines qui s'étaient écoulées depuis leur fameuse discussion dans la chambre d'Adrien, ils faisaient presque toujours leurs patrouilles ensemble, et faisant en sorte qu'elles durent plus longtemps que d'habitude — et Marinette se demandait si c'était vraiment une bonne idée.

Elle n'arrivait toujours pas vraiment à réaliser. En fait, Marinette avait passé tellement d'heures à fantasmer sur l'idée de sortir avec Adrien Agreste qu'elle avait l'impression que la situation était une sorte de rêve prolongé, et que les choses ne se passaient pas vraiment. Elle le disait à voix haute, parfois, (sans insister sur son étrange obsession sur Adrien pour qu'il ne suspecte rien) et à chaque fois il riait et avouait que lui non plus ne comprenait pas comment il pouvait être chanceux à ce point.

Marinette soupira au souvenir du sourire éclatant.

Avoir des cernes ? S'endormir en cours ? Cela en valait la peine.

— — —

— — —

L'air était froid, et Marinette frotta ses mains ensemble dans l'espoir de se réchauffer un peu. Elle marchait avec empressement, se détachant peu à peu du groupe d'élèves agglutinés devant le portail de l'école.

— Marinette !

Une tête blonde apparut sur sa gauche, et elle sourit à Rose qui lui tendait une fraise tagada.

— Merci, répondit Marinette en avalant le bonbon.

— C'est ta récompense pour avoir réussi à rester éveillée pendant le reste de la journée, dit sa camarade, et puis il m'en reste plein de toute façon.

Marinette hocha la tête. Rose était une personne adorable, même si elle était souvent dans son monde. Elles trainaient souvent ensemble, bien plus que l'année dernière, et elle ne s'en plaignait pas : elle n'avait jamais remarqué à quel point elle était gentille.

— Mais c'est la première fois que nous rentrons ensemble, remarqua Rose avec un air étonné. Ta maison n'est pas dans le sens opposé ? Tu habites tout près du collège, non ?

Marinette fronça les sourcils, puis grimaça en se rendant compte qu'elle avait pris la direction de la maison d'Adrien sans vraiment réfléchir. Elle tenta de masquer son embarras, et passa sa main dans ses cheveux avec un sourire.

— Oh, je vais juste faire une course pour mes créations, justifia-t-elle, mon magasin de tissu préféré est par là.

— Vraiment ? Demanda Rose avec enthousiasme. Tu me montreras quand tu auras fini, hein ?

— Bien sûr !

Marinette n'aimait pas mentir, mais au moins, son alibi était bon ; elle travaillait effectivement sur quelque chose (un gilet long fleurit dans un style Chinois pour sa mère) en ce moment, et il y avait bien un magasin de tissu dans le coin de la rue.

Rose s'arrêta au bout de quelques mètres, faisant un signe à Marinette.

— Je tourne ici, indiqua-t-elle, à demain, Mari !

— À plus, répondit Marinette en secouant à son tour sa main.

Elle sentit à nouveau le vent glacial contre sa peau, et resserra son écharpe autour de son cou. Ses jambes avaient décidé d'aller jusqu'à chez Adrien, d'accord. Le mardi, elle n'était pas sensé retrouver Chat pour sa patrouille, mais elle supposait qu'ils se verraient de toute façon, alors elle décida d'aller le chercher. Elle avait des devoirs, et il devait aussi avoir d'autres choses à faire, mais elle n'avait pas envie de faire demi-tour maintenant. Si elle arrivait plus tôt, peut-être rentrerait-elle plus tôt, et aurait plus de temps pour dormir ?

Lorsqu'elle trouva un endroit plus tranquille, elle se glissa furtivement dans une petite allée, revêtant son costume de super-héroïne. Simplement marcher jusqu'à chez lui serait trop long, et le costume la réchauffait. Et puis, la voie des toits étaient plus attrayante.

Lorsqu'elle arriva enfin devant l'immense demeure, elle était presque heureuse de constater que le ciel s'assombrissait déjà à cette période de l'année, rendant l'opération plus discrète. Elle sauta sur le toit, et descendit avec souplesse jusqu'au petit balcon d'Adrien. Elle n'y était pas retourné depuis deux semaines, et elle avait l'impression d'être une voyeuse. La fenêtre donnait sur sa chambre, et Marinette y colla son visage, cherchant le garçon des yeux. Elle grogna en constatant que malgré la faible lueur qui y régnait, la pièce était vide. Elle avait bien envie de rester à l'attendre, mais doutait que ce soit une bonne idée : rester aux yeux de tous les passants n'était pas prudent.

Ladybug soupira, et fit demi-tour pour rejoindre le bord du balcon, pensant s'éloigner un peu pour tenter de le joindre. Sauf que lorsqu'elle se retourna, elle tomba nez à nez avec le visage flatté de Chat. Sous la surprise, elle ne put s'empêcher de sursauter violemment, parce que, d'accord, les gens n'étaient pas supposés flotter dans le vide. Il lui fallut quelques secondes pour se rendre compte qu'il se tenait en fait accroupi sur son bâton, et elle se détendit légèrement.

— Bonsoir, ma Lady ! S'exclama-t-il avec joie. Je ne m'attendais pas à te trouver ici si tôt !

Elle ne put empêcher sa bouche de s'étirer en un rictus amusé. Le garçon attrapa sa main et y déposa un baiser, avant de tourner à nouveau ses yeux éclatants vers elle.

— Je pensais qu'il serait mieux de patrouiller plus tôt que d'habitude, se justifia-t-elle. La nuit tombe plus rapidement, maintenant.

Il lui sourit malicieusement.

— Et tu es venue me chercher directement ? Demanda-t-il. Très chat-rmant de ta part.

— Oh, chaton, ne commences pas avec les jeux de mots, réprimanda gentiment Ladybug.

— Tu as raison, dit-il en hochant soigneusement la tête, nous ferions mieux de mettre la main à la patte !

Elle leva les yeux au ciel, résignée au mauvais gout de ses répliques. En fait, imaginer Adrien faire preuve d'une telle repartie était assez étrange, mais elle pensait qu'elle arriverait à s'y habituer. Sûrement.

Il tendit sa main vers elle, l'invitant à le rejoindre, et elle se rendait compte qu'il était resté en équilibre sur son bâton pendant tout ce temps. Elle savait qu'en théorie, les chats possédaient un grand sens de l'équilibre, mais bon sang, Adrien n'était pas réellement un chat — même s'il semblait hériter de certaines de leurs aptitudes —, et rester sur un simple bâton droit lui paraissait complètement fou. Cependant, elle accepta l'invitation avec joie ; ils devaient s'éloigner avant que l'on ne les voit, de toute façon.

Elle se hissa par-dessus le rebord du balcon, et accepta l'invitation de son partenaire. Ladybug plaça ses jambes sur la cuisse du jeune homme, et entoura son cou de ses bras, pour garder l'équilibre. Elle sentit le bras de Chat Noir se positionner sur son dos, pour la soutenir, alors qu'il abaissait son bâton pour les ramener au sol. Ladybug songea qu'elle serait bien resté plus longtemps dans cette position, mais son instinct de survie lui cria de bouger le plus rapidement possible, alors qu'elle s'écartait en prenant la main de Chat Noir, l'entraînant avec elle un peu plus loin.

— Où va-t-on ? Demanda-t-il.

— Je ne sais pas, répondit Ladybug. Sur un toit. Un endroit tranquille.

— Un endroit tranquille ? Je crois que j'ai une idée.

Il l'entraîna à son tour, ne prenant pas la peine de révéler le fond de sa pensée, et s'arrêta près d'un grand bâtiment lumineux — qu'il montra du doigt depuis l'allée sombre dans laquelle ils étaient. Ladybug croisa ses bras sur sa poitrine, faisant de son mieux pour montrer son désaccord.

— Chat, soupira-t-elle, c'est un hôtel.

À quoi pensait-il ? Si elle lisait bien, il y avait cinq étoiles sur le devant, et elle n'était pas à l'aise avec un endroit aussi luxueux.

— Oui, oui, expliqua-t-il, mais je le connais bien, et—

— J-j'avais dit un toit, Adrien, le coupa-t-elle, pas une… Chambre !

Marinette ne pouvait empêcher ses joues de se colorer, ne comprenant pas à quoi est-ce qu'il pensait. Oui, elle s'était déjà retrouvée dans une chambre — la sienne — avec lui, mais c'était différent, et ils étaient censés rester à l'extérieur au cas où un akuma se présenterait. Et puis, être dans la chambre d'Adrien, où ils devaient parler tout bas pour ne pas se faire entendre était une chose. Une chambre d'hôtel en était une autre.

Face à elle, Chat Noir ouvrit la bouche avec un air aussi embarrassé qu'elle.

— Je ne pensais pas à une chambre, dit-il d'une voix basse. Je pensais au toit.

Oh.

Marinette ouvrit la bouche nerveusement, et la referma, horriblement gênée.

— M-mais c'est un hôtel de luxe, contra-t-elle, il doit y avoir une terrasse sur le toit, ou…

— Oui, bien sûr, et même une piscine, dit Chat. Mais elle est fermée à cette période de l'année, et il n'y a pas de caméras. Je viens régulièrement par ici, et je ne me suis jamais fait prendre.

— Je vois.

Il y avait toujours une tension due au malentendu, mais la jeune fille hocha la tête avec empressement. Le regard fuyant, elle saisit son yoyo et le lança pour se hisser sur le toit, suivie de près par Chat qui s'aida de son bâton.

Elle fut surprise par la splendeur de la large terrasse. Elle était très grande — suffisamment pour pouvoir accueillir des centaines de personnes —, et toujours éclairée par quelques petits spots, malgré l'absence de monde. La piscine était recouverte, mais le reste semblait à leur portée : quelques bancs avaient été disposés sur les côtés, et une petite allée de gravier menait à un ravissant jardin, bien qu'un peu terne pendant cette période de l'année. Au bord du toit, des petits murets sécurisants les empêchaient de rester à la vue de tous. Ladybug pouvait même entendre quelques notes au piano, qui semblaient venir de plus bas.

— C'est magnifique, dit-elle en se retournant. Il n'y a pas de système de sécurité ?

— N'est-ce pas ? Répondit Chat Noir avec un sourire satisfait, Je ne pense pas qu'il y en ait ici, en revanche, je suppose qu'il faudrait éviter d'essayer de rentrer par effraction.

— Je suppose, répéta-t-elle, mais nous n'allons pas faire ça, pas vrai ?

— Ce serait déplacé. Nous ne voulons pas être pris pour des chat-rlatans.

Ladybug ne prit pas la peine de répondre, et se faufila jusqu'à l'un des bancs, se repliant pour se protéger du vent. Chat Noir la suivit pour venir s'assoir près d'elle, laissant reposer sa tête blonde sur les épaules de la jeune fille avec un soupir. Un léger sourire flottait sur ses lèvres, et Ladybug lui trouva presque un air serein. Elle leva le bras opposé à celui qui le supportait, et amena sa main aux boucles dorées, faufilant tendrement ses doigts entre les mèches emmêlées. Chat émit un son de contentement, presque imperceptible, et ferma les yeux. Suffisamment de temps passa pour que Marinette se demande s'il ne s'était pas endormi, mais il parla avant qu'elle ne fut capable de poser la moindre question.

— Ça ne te dérange pas ?

Elle secoua la tête avec précaution, pour ne pas interférer avec leur position actuelle.

— Bien sûr que non, tu me tiens chaud, dit-elle avec un sourire.

— Ce n'est pas ce que je voulais dire, répondit le jeune homme avec un air embêté. Je voulais dire… D'être avec moi, je suppose ?

— D'être avec toi ? Dehors à cette heure-ci ?

— Non, être avec moi en général.

Ladybug fronça les sourcils, et arrêta de caresser ses cheveux pour placer sa main devant son visage. Elle positionna son index juste au-dessus de la bouche de Chat Noir, et le releva brusquement, cognant son nez fin au passage. Il cacha son visage derrière ses mains en signe de protestation.

— J'ai choisi d'être avec toi, Adrien, dit-elle, je ne le fais pas juste par charité.

Il la regarda affectueusement, mais revint rapidement à une expression plus contrariée, presque angoissée.

— Mais… Mais peut-être que je me trompe, mais—

— Tu te trompes sûrement.

— Mais, attend une seconde. Et si tu avais peur que notre dynamique en tant que partenaires soit affectée si tu me rejetais ?

Elle fronça les sourcils et rapprocha son visage du sien, prenant l'air le plus confiant dont elle était capable.

— Ce serait idiot, répondit-elle, parce que ce serait mettre en danger la relation entre Ladybug et Chat Noir, qui serait en partie basée sur un mensonge. Et puis, penses-tu vraiment que je sois patiente au point de supporter tes horribles blagues juste pour cela ?

— Mais, contra-t-il à nouveau, et si tu ne le faisais pas exprès ?

Marinette haussa un sourcil incompréhensif. Elle regarda le jeune superhéros avec son air le plus intimidant possible, faisant de son mieux pour faire passer les paroles suivantes dans son attitude : ai-je vraiment l'air de ne pas faire exprès de sortir avec un garçon dont je suis tombée amoureuse deux fois ?

— Je veux dire, reprit-il, peut-être qu'inconsciemment, tu te forces à m'aimer pour que—

— Oh, Chat, s'exclama-t-elle, qu'est-ce qu'il y a ? C'est ridicule, je ne ferais jamais ça !

Elle prit la tête du jeune homme entre ses deux mains, et ramena son propre visage près du sien, collant leurs fronts glacés l'un à l'autre.

— Je sais que tu t'inquiètes beaucoup, dit-elle d'une voix plus douce, mais je sais aussi à quel point tu es important pour moi. Tout va bien, je suis là.

Elle posa furtivement ses lèvres sur son nez, puis sur sa douce joue, sa mâchoire, et ses lèvres hésitantes. Elle s'y attarda un peu plus longtemps, profitant de leur finesse et de leur complaisance, alors qu'elle cherchait à comprendre pourquoi est-ce que les choses paraissaient si compliquées. Il bougea sa bouche contre la sienne, délicatement, jusqu'à ce que Ladybug prit l'initiative de rompre le baiser.

— Tu as envie de parler de quelque chose ? Demanda-t-elle d'un air plus sérieux.

S'il paraissait aussi paranoïaque, peut-être que quelque chose était arrivé avec son père. Maintenant qu'ils se voyaient régulièrement, et qu'elle avait apprit qu'il était Adrien, Marinette avait enfin découvert la vérité sur sa situation familiale, et mit un nom sur la source d'angoisse de son partenaire : Gabriel Agreste.

Ils n'en avaient pas énormément parlé, car Adrien n'aimait pas beaucoup parler de ses problèmes, ni se plaindre de manière générale. Et puis, il lui avait dit qu'il supportait mieux le reste si elle était là, alors elle n'avait pas insisté. Marinette avait compris que quelque chose avait changé depuis le collège, mais n'avait pas tous les détails.

Mais il secoua la tête.

— Non, répondit-il. Rien de nouveau.

Son ton était frustré, comme s'il trouvait inadmissible le fait qu'elle avait rompu leur baiser. Pour se reprendre, elle se pencha à nouveau vers les lèvres humides, profitant de l'étreinte confortable du jeune homme. Autour d'eux, le brouhaha continu de Paris semblait bien lointain.

— Alors, dit Ladybug en rompant une fois de plus leur baiser, quelque chose qui est arrivé au lycée ?

Elle avait posé la question innocemment, mais pour être honnête, elle aurait bien aimé l'entendre se plaindre de Chloé, ou indiquer d'une façon ou d'une autre qu'ils n'étaient plus proches. Elle n'avait pas tenté d'aborder le sujet pendant ces deux semaines, dans l'espoir qu'il en parle lui-même, mais plus elle y réfléchissait, plus l'idée lui semblait absurde. Ce n'était pas comme s'il pouvait arriver et lui dire 'tiens, tu te souviens de cette insupportable fille du maire qui a provoqué pas mal de super-vilains ? Je suis sortis avec elle'. Peut-être devait-elle amener le sujet.

Chat Noir secoua la tête.

— Pas grand-chose de spécial. Je n'ai pas beaucoup d'amis dans ma classe, avoua-t-il, mais je pense que ça se passe plutôt bien.

Marinette grogna intérieurement. Comment ça, pas beaucoup d'amis ? Qui était assez idiot pour ne pas être intéressé par Adrien ? Elle laissa balader ses doigts sur le visage de Chat Noir, effleurant ses lèvres de son index.

— Sûr ? Demanda-t-elle à nouveau. Aucune personne particulièrement agaçante ? Je pourrais passer l'intimider un peu, si tu veux, ajouta-t-elle pour rire.

Adrien ne semblait pas avoir l'intention d'évoquer Chloé. À la place, il rit et passa ses bras dans le dos de Ladybug, embrassant affectueusement sa joue.

— Si jamais c'est le cas un jour, chuchota-t-il, je saurais à qui faire appel.

Marinette hésitait entre être heureuse de sa proximité, ou frustrée qu'il n'évoque pas Chloé. Elle finit par décider d'insister un peu, et tant pis si elle en faisait trop. L'idée même d'imaginer Adrien dans une classe avec sa pire ennemie, même s'il n'était plus intéressé par elle, alors qu'ils avaient eu une relation spéciale auparavant la perturbait. Le fait même qu'il ait pu embrasser Chloé la perturbait, et elle essayait de ne pas se représenter le couple, qui lui paraissait affreusement grotesque.

Elle sentit le jeune homme mordiller tendrement son oreille, puis déposer quelques petits baisers le long de sa mâchoire, formant une ligne imaginaire jusqu'à son cou. Marinette sentit une étrange chaleur se répandre dans sa poitrine et essaya de ne pas trop se concentrer sur les douces sensations contre sa peau. Elle détestait interrompre ce moment, mais supposait que c'était une étape nécessaire.

— Alors, continua-t-elle, pas de fille qui aurait, hmm, des vues sur toi ?

À son plus grand regret, il arrêta immédiatement ce qu'il faisait, et releva sa tête vers elle en fronçant les sourcils.

— Quoi ? Demanda-t-il, contrarié. Non !

— Mmhh, tu crois ? Ça me paraît peu probable, tu es un mannequin après to—

— Es-tu intéressée par moi parce que je suis mannequin ?

— Bien sûr que non, répondit la jeune fille, mais—

— Tu vois, fit Adrien en haussant les épaules, je ne pense pas que l'on puisse 'avoir des vues sur moi' juste pour ça…

Ladybug soupira, sentant l'irritation grandir dans sa poitrine. Bien sûr que quelqu'un pourrait être intéressé par lui parce qu'il était connu, et puis il n'y avait pas que ça ; Adrien était mignon, elle voyait difficilement comment une fille qui ne soit pas exclusivement attirée par les filles ne puisse pas le trouver séduisant ! Et puis ça ne ramenait toujours pas le sujet de Chloé. Bien, elle aurait à insister encore un peu.

— Même si ce n'était pas pour ça, reprit-elle, tu as bien dû sortir avec d'autres filles, avant, non ?

Cela sortait un peu de nulle part, mais au moins il finirait bien par parler de Chloé.

— Non, dit le jeune homme après un soupir frustré. Je ne suis jamais sorti avec quelqu'un d'autre. Que toi, je veux dire.

Il resserra ses bras autour d'elle avec un sourire, et se pencha pour l'embrasser à nouveau, mais Marinette recula en tournant la tête, empêchant leurs lèvres de se toucher. Elle vit Chat froncer les sourcils, mais il ne sembla pas insister.

— Tout va bien, ma Lady ? Demanda-t-il d'un ton soucieux. Tu veux rentrer ?

Marinette se leva presque brusquement, mettant fin à leur contact. Elle ne voulait pas paraître violente, ce n'était pas si grave que cela, mais elle était énervée. Pourquoi. Diable. Ne. Voulait-il. Pas. Évoquer. Chloé ?

Avait-il honte ? Peut-être qu'il avait honte. Cela ne lui ressemblait pas, elle était proche de Chat Noir depuis des mois et des mois, et elle l'imaginait en rire plutôt que de lui cacher quelque chose. Et elle détestait cela.

— Ladybug ?

Elle ne répondit pas tout de suite, le dos tourné. Elle n'était certainement pas vraiment en colère, mais…

— Ladybug ? Répéta la voix intentionnée. Tu es sûre d'aller bien ? Est-ce que j'ai fais quelque chose ?

Elle soupira, se trouvant ridicule d'insister autant. Peut-être que leur histoire avait duré si peu de temps qu'il ne voyait pas l'intérêt d'en parler. Pourtant, elle avait parlé à Nino, cela ne faisait pas si longtemps que ça, et il lui avait dit que Chloé et Adrien étaient toujours collés l'un à l'autre. Ils étaient forcément restés ensemble pendant toutes les vacances, puis le mois de septembre. Ils étaient ensemble depuis deux semaines ! Pourquoi compterait-il leur relation comme étant plus valable que celle qu'il avait eu avec Chloé ?

— Ce n'est rien, répondit Ladybug en essayant de sourire normalement. Désolé, j'ai juste froid. Je pense que je vais rentrer maintenant.

— — —

— — —

Marinette, entourée d'une demi-dizaine de couvertures, offrait un sourire chaleureux à l'ordinateur portable face à elle.

— Quoi, tu veux tu as reçu tant de demandes que ça ? Demanda-t-elle en riant.

T'imagine même pas ! Répondit la voix d'Alya, Tout le monde est hyper intéressé par le Ladyblog, j'ai même reçu des lettres de motivation pour m'aider ! C'est complètement dingue !

À travers l'écran, le visage de son amie était complètement excité, et Marinette pouvait aisément voir à quel point Alya semblait heureuse. Elle porta son mug, rempli de chocolat chaud, à ses lèvres et but une petite gorgée.

— C'est super, Alya. Je suis vraiment contente pour toi.

Elle le pensait. Bien sûr, Marinette était très déçue de ne pas avoir l'occasion de voir sa meilleure amie aussi souvent qu'elle l'aurait voulu, mais son bonheur était le plus important. Et puis, les conversations sur Skype aidaient.

Assez parlé de moi, répondit Alya avec un sourire en coin. T'as pas quelque chose à me dire, par hasard ?

La jeune fille haussa les épaules, interloquée par le ton accusateur de son amie. Elle pencha légèrement sa tête sur le côté, affichant une expression innocente.

— De quoi tu parles ?

Je pense que tu sais.

D'accord, elle devait avoir loupé quelque chose ; parce que non, Marinette ne savait absolument pas de quoi elle parlait. Elle approcha lentement sa tête de l'écran avec une moue contrariée, fronçant les sourcils.

— Crache le morceau, Alya ! Je ne sais absolument pas de quoi tu parles.

Le soupir qu'elle reçut comme réponse ne la satisfaisait pas du tout.

— Alyaaaa ! Grogna-t-elle.

D'accord, d'accord, dit Alya en levant ses mains, je voulais juste que tu m'en parle d'abord, et puis je ne suis sûre de rien.

— Sur quoi ? Demanda Marinette. Parce que crois-moi, je n'ai rien de palpitant à raconter en ce moment…

Vraiment ?

Pour certaines raisons, Alya semblait déçue, et Marinette sentit sa curiosité grandir.

— Donc, tu pensais que j'allais dire quelque chose de particulier ? Relança la jeune fille.

Ouais… En gros, j'ai revu Nino, cette semaine, et

— Attend, tu es sortie avec Nino ? Interrompit Marinette avec un grand sourire.

Ne change pas de sujet ! Et il y avait d'autres personnes, je te raconterai juste après

— D'autres personnes ?

Bon, Marinette ! Tu comptes me laisser parler ou quoi ? Je croyais que tu voulais savoir ce que je pensais que tu me cachais ! Réprimanda Alya en croisant ses bras sur sa poitrine.

Marinette pressa ses lèvres ensemble, regardant Alya avec amusement. Elle était aussi directe et autoritaire que d'habitude, mais son ton dégageait également un sentiment chaleureux, qui adoucit Marinette.

— Désolé, dit-elle. Nino t'a dit quelque chose ?

Justement, reprit Alya, oui. Il a dit que depuis deux semaines, tu étais toujours dans la lune et que tu avais l'air fatigué en permanence.

Marinette haussa les épaules, presque déçue. C'était tout ?

— Euh, d'accord ? C'est vrai que je manque un peu de sommeil.

Il a aussi avoué que tu souriais bêtement sans raison apparentes, et que tu rougissais pour un rien.

Marinette ouvrit la bouche pour protester, mais Alya ne lui en donna pas l'occasion.

Oh, ne nie rien ! Si même Nino l'a remarqué, c'est que ça doit être assez évident. Et laisse-moi te rappeler la raison pour laquelle tu passais ton temps à rougir sans raison l'année dernière : Adrien.

— C'est pas ça ! S'écria Marinette.

Peut-être pas Adrien, mais il y a bien quelqu'un, pas vrai ? Es-tu amoureuse ?

— Je ne suis pas amoureuse ! Je ne rougis pas pour un rien ! Nino s'est imaginé des choses !

Marinette resserra avec force la couverture qui l'entourait, ramenant ses jambes contre sa poitrine. Oh, quel affreux mensonge ! Elle détestait devoir cacher quelque chose de si important pour elle à Alya, parce qu'elle ne se sentait pas honnête envers elle, et parce qu'elle avait besoin de ses conseils.

Marinette était amoureuse, il n'y avait pas de doutes là-dessus. Et, d'accord, peut-être rougissait-elle parfois en pensant à Adrien, mais comment s'en empêcher ? Il suffisait d'une odeur, d'un son, d'une couleur particulière, et même en classe, Marinette se mettait à y penser. Elle pensait aux joues colorées d'Adrien après qu'elle l'ait embrassé, elle pensait à son rire essoufflé lorsqu'ils se défiaient sur les toits de Paris, elle pensait à l'odeur hypnotisante de ses mèches blondes, et à la douceur de ses lèvres. Elle fermait les yeux un instant, et elle se retrouvait contre lui, profitant de la chaleur du costume noir, riant en caressant le bout de son nez.

Comment, elle aimerait qu'on lui explique, pouvait-elle cacher cela ? Elle avait envie de le crier au monde entier, et pourtant elle ne pouvait même pas se confier à sa meilleure amie. Adrien ne savait même pas qu'elle était Marinette.

Tu vois, s'exclama Alya. Tu rougis, là !

Marinette cligna les yeux, la bouche sèche. Alya n'était pas idiote, et si Rose et Nino pouvaient croire ses stupides mensonges, ce n'était pas son cas. Elle la connaissait trop bien pour cela.

— N-non, répondit-elle avec moins de conviction. Écoute, Alya, ce n'est pas quelque chose dont j'ai envie de parler maintenant… Mais dès qu'on se revoit, je te tiens au courant, d'accord ?

Un silence, et le visage soucieux de son amie lui firent comprendre que son amie hésitait à la harceler de questions, mais elle sembla finalement accepter sa réponse.

D'acc, Mari. Mais tu me dis absolument tout la semaine prochaine, ok ?

Marinette hocha précipitamment la tête, couvrant son sourire avec sa couverture. Cela lui donnait un peu plus de temps pour trouver une histoire cohérente. Elle porta sa tasse à ses lèvres, soufflant doucement sur la boisson chaude avant d'en boire quelques gorgées. Le goût sucré la réchauffa un peu, et elle se rendit compte qu'Alya lui manquait vraiment. Elles avaient pour habitude de boire leurs chocolats chauds ensemble, dans sa chambre, alors que Marinette s'extasiait sur ses photos d'Adrien, planifiant leur future vie. Ces moments lui manquaient.

— Bien sûr, dit-elle avec joie. Bon, maintenant à ton tour ! Tu as parlé d'une sortie avec Nino et d'autres personnes !

Elle vit les yeux d'Alya s'illuminer, et comprit que c'était une information qui risquait de l'intéresser. Cependant, elle remarqua aussi le sourire désolé de son amie, et sentit la curiosité l'animer.

Ah oui, Nino ! Je l'ai rejoint l'autre jour, après être passée chez toi ! Et tu devineras jamais avec qui il était !

Marinette porta sa tasse à ses lèvres, cachant son sourire. Oh, elle savait bien avec qui il avait été, puisqu'elle avait retrouvé ladite personne peu de temps après, qui n'avait pas arrêté de dire à quel point il avait été heureux de revoir son meilleur ami.

Adrien ! Continua Alya. Et puis

Elle but une gorgée de son chocolat chaud, sentant la chaleur de la boisson se répandre sur les paroles du mug, réchauffant ses mains.

Et Chloé !

Marinette avala de travers, et sentit le liquide brulant traverser sa gorge comme une lame empoisonnée. Elle écarta la tasse et la posa, libérant sa main, et la plaçant devant sa bouche, prise d'une toux incontrôlable.

Marinette, ça va ? Je sais que ça ne doit pas vraiment te faire plaisir. D'ailleurs, crois-moi, ça ne m'a pas non plus enchanté

Allait-elle lui raconter ce qu'elle avait vu ? Marinette sentit un affreux sentiment de jalousie traverser son corps, et tenta de contrôler l'expression de son visage pour ne pas paraître trop atteinte. Une partie d'elle voulait qu'Alya lui dise tout, dans les moindres détails, absolument tout ce qu'elle avait vu. L'autre lui disait de refermer l'ordinateur, et d'oublier cette discussion. C'était surement un hasard, n'est-ce pas ? Chloé était passée pile au moment où Alya était là ? Adrien n'avait mentionné que Nino, alors elle avait du mal à s'imaginer la scène.

— Oh, je- c'est rien, marmonna la jeune fille. E-elle est restée longtemps ?

Alya fronça les sourcils.

Ils étaient tous les trois quand je suis arrivé. Puis elle est repartie avec Adrien. Quelle pimbêche, cette fille ! Elle n'a fait que parler à Adrien, je te jure ! Pas un regard vers moi ou Nino, pas que je m'en plaigne

Oh. Elle était repartie avec Adrien. D'accord.

Marinette, tu es sûre de bien aller, là ? Me dis pas que tu es encore amoureus

— C'est bon, Alya, répondit-elle d'une voix sèche.

Elle ne voulait pas avoir l'air énervée, surtout pas contre Alya, mais c'était plus fort qu'elle. Adrien ne lui parlait pas énormément de sa vie en général, mais il ne faisait jamais mention de Chloé, et cela l'inquiétait. Elle avait entendu dire du bien de Nino, et même de quelques autres personnes de sa classe, et en avait déduit qu'il ne trainait plus avec Chloé, mais maintenant, elle ne savait plus trop.

— Désolé, dit Marinette d'une voix basse. Il est tard, j'ai des devoirs à faire…

Ça marche ! À plus, miss ! J'ai hâte de te revoir. Ne repense pas trop à cette peste, d'accord ? Je ne sais pas si j'ai bien fait de t'en parler

— Ne t'inquiète pas pour ça, répondit-elle avec ce qu'elle essayait de faire passer pour de l'assurance. Bisous, Alya.

Marinette replia l'écran, et glissa l'ordinateur sous son lit. Elle regarda l'heure avec une grimace, réalisant qu'elle avait vraiment besoin de dormir. Elle avait prévenu Chat qu'elle ne pourrait pas le rejoindre ce soir, mais qu'elle le reverrait le lendemain.

Mais comment pouvait-elle espérer dormir ? Tout ce qu'elle pouvait s'imaginer, c'était le regard glacial et prétentieux de Chloé sur le garçon qu'elle aimait, alors qu'il était à elle, et cela la rendait furieuse. Depuis quand était-elle si possessive ? Cela ne faisait que quelques semaines qu'ils étaient ensemble, et commençait déjà à s'accoutumer à l'idée que jamais il ne regarderait quelqu'un comme il la regardait.

Peut-être réagissait-elle trop amèrement. Peut-être qu'ils étaient juste amis, mais… Chloé était son ex, n'est-ce pas ? Il aurait pu le lui dire, ou essayer de l'éviter un peu, elle ne savait pas. Elle trouvait son attitude bizarre. En soupirant, elle enfila son pyjama sans réussir à éliminer le sentiment d'angoisse qui s'alourdissait dans sa poitrine.

— Tikki, marmonna-t-elle, j'ai besoin d'envoyer un message.

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[00:12] Ladybug : Juste une question comme ça, tu ne trouves pas ça bizarre de continuer à traîner avec son ex ? :0

[00:27] Chat Noir : Bonsoir ma Lady o/ ! Ben je sais pas, si on s'entend bien avec, pourquoi pas :3 ?

[00:29] Ladybug : Mais si l'ex en question est insupportable et a toujours des vues sur la personne ? Et que la personne est en couple avec quelqu'un d'autre ?

[00:32] Chat Noir : Wow, c'est précis, pourquoi cette question ? Si c'est le cas, je suppose que la personne ne devrait pas continuer le/la voir !

[00:33] Ladybug : Une amie à moi sort avec un gars, qui traîne encore avec son ex et elle me demande des conseils…

[00:35] Chat Noir : Le gars est un idiot, il devrait se rendre compte que ça pourrait l'inquiéter… :(

[00:36] Chat Noir : D'ailleurs, on te demande des conseils en amour ? Tu parles de moi ;) ?

[00:39] Ladybug : … Non…

[00:39] Chat Noir : Même pas un tout petit peu D; ?

[00:40] Ladybug : Triste ?

[00:41] Chat Noir : ;( peut-être

[00:45] Ladybug : En fait, le problème, c'est que le gars en question ne lui en a pas parlé. Et du coup, elle se pose des questions ! Je ne sais pas trop quoi lui répondre, désolé, je dois te déranger avec tout ça. Mais je pense que s'il décidait de lui en parler, elle ne lui en voudrait pas.

[00:47] Chat Noir : Je vois… Je ne sais pas trop non plus, mais j'espère que les choses s'arrangeront pour eux !

[00:52] Chat Noir : Ma Lady ?

[00:52] Chat Noir : Tu es encore là ?

[00:54] Ladybug : Oui.

[00:54] Chat Noir : T'es fatiguée ? Nous pouvons parler une autre fois si tu veux.

[00:55] Ladybug : Sauf si tu as quelque chose de particulier à me dire…

[00:57] Chat Noir : Je vois bien une chose ou deux ;)

[00:59] Ladybug : Je suis sérieuse, Chat.

[1:00] Chat Noir : Haha, pardon ! Mais sinon, tout va bien de mon côté ! :)

[1:02] Ladybug : D'accord ^^ ! Bonne nuit, chaton.

[1:03] Chat Noir : Bonne nuit, ma Lady ! 3

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Marinette regarda avec émerveillement le petit flocon tomber au creux de sa main, avant de fondre rapidement, laissant une empreinte brûlante contre sa peau. Décembre était déjà là, et pour la première fois depuis des mois, il neigeait. Bien sûr, ça n'avait pas grand-chose d'impressionnant : les flocons étaient peu nombreux et fondaient à la seconde où ils touchaient le sol, mais la jeune fille trouvait toujours cela excitant.

Elle aurait aimé avoir ses gants de prêts, mais elle ne les avait pas encore terminé. Elle travaillait sur ce projet depuis plusieurs semaines — en parallèle avec le cadeau de sa mère —, et il n'avançait pas. Déjà, parce que fabriquer des gants était une tâche ardue, mais surtout parce qu'elle n'avait pas trop la tête à coudre, dernièrement. Elle avait essayé de ne pas trop y penser, et sa discussion avec Alya en datait que de quelques jours, mais elle avait du mal à prendre du recul.

Elle s'en voulait ; parce que ce n'était sûrement rien, mais le sentiment d'inconfort qu'elle avait lorsqu'elle pensait à Adrien ne partait pas, et elle n'arrivait pas à prendre les bonnes décisions. Elle aurait voulu qu'il lui en parle. Et, pour tout dire, elle avait un peu peur d'apporter le sujet : ne passerait-elle pas pour une espèce de voyeuse, ou pour une fille possessive et jalouse ? D'accord, Marinette était un peu possessive, mais comment lui en vouloir ? Adrien était un mannequin qui avait un certain succès, et Chat Noir un super-héros. Elle savait qu'un tas d'autres personnes étaient attirées par lui, mais là, c'était Chloé.

La jeune fille regarda sa montre, soulagée de voir qu'il lui restait un peu de temps. Peut-être pourrait-elle acheter un cadeau pour Adrien ! Elle était un peu inquiète, mais souhaitait tout de même passer une partie de la soirée de Noël avec lui, elle était sûre que ses parents pourraient comprendre. Elle avait déjà pensé à quelques croquis de vêtements qu'elle aimerait bien le voir porter, mais n'avait jamais osé les lui montrer : et s'il devinait qu'elle était Marinette ?

Elle laissa son esprit divaguer, imaginant quelle catastrophe cela pourrait être. Il serait probablement déçu, découvrir que la fille mystérieuse qu'il aimait n'était que sa timide ancienne camarade de classe, avec qui il avait dansé une fois. L'idée qu'Adrien puisse être dégoûté par son apparence normale la rendait malade, et elle avait fait de son mieux pour éviter d'y penser, mais elle ne pouvait pas juste attendre que les choses passent. Peu important le point de vue qu'elle adoptait ; les choses n'allaient pas si bien, et elle était en partie fautive.

Marinette voulait penser qu'elle était heureuse. Elle aimait vraiment Adrien, elle l'avait toujours aimé, et même si elle avait encore du mal à réaliser la situation dans laquelle elle était actuellement, quelque chose semblait complètement faux. Elle pensait être proche de lui, mais il ne lui parlait pas de grand-chose, gardant cette espèce d'aura de mystère qui flottait autour de Chat Noir. Elle avait l'impression qu'il avait peur de l'ennuyer, alors que Marinette ne demandait qu'à l'écouter. Elle était inquiète pour sa relation avec son père, et celle avec Chloé, mais elle était sûrement en tord aussi. Comment pouvait-elle même espérer qu'il soit entièrement honnête avec elle alors qu'elle ne retirait pas son costume ? Et s'il pensait qu'elle ne lui faisait pas confiance ?

Et, lorsque Marinette se rendit compte d'à quel point la situation n'allait pas, elle ne savait déjà plus quoi faire pour y remédier. Ils n'étaient ensemble que depuis un peu plus de deux semaines, et leur couple n'allait déjà pas bien, qu'avait-elle fait pour en arriver là ? Elle regarda ses mains en grimaçant : elles étaient gelées et toutes rouges. Elle avait froid.

Devait-elle révéler son identité à Adrien ?

Non. C'était une mauvaise idée. Elle en était persuadée, mais… Que pouvait-elle espérer ainsi ? Il ne continuerait pas à rester infiniment avec elle si elle n'était pas honnête avec lui, et elle devait franchir cette étape. Elle devait lui en parler, le plus tôt possible. Faire de son mieux pour ne pas détruire l'image de Ladybug qu'il avait, tout en étant plus sincère avec Adrien.

Marinette s'arrêta un moment de marcher lorsqu'elle sentit ses dents claquer les unes contre les autres. Elle regarda autour d'elle et se rendit compte que ses jambes l'avaient amenés près d'un endroit qu'elle connaissait bien. La maison d'Adrien n'était qu'à quelques pâtés de maisons, et l'idée de pouvoir le croiser en tant que Marinette l'angoissa soudainement. Elle pensa à faire demi-tour, mais lorsqu'elle se retourna, elle toisait une figure familière.

Ce n'était pas Adrien, mais pire. Ces cheveux blonds attachés, trop maquillée et l'air hautaine, Chloé Bourgeois la toisait d'un air agacé.

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Oooops !

Je vous remercie pour vos adorables commentaires ! J'espère que ce chapitre vous plaira aussi :) eh oui, les ennuis commencent ! Je sais que cet horrible malentendu peut paraître complètement frustrant, et qu'Adrien ne semble pas très réceptif, mais essayez de vous mettre à sa place : le pauvre chou n'a pas envie d'ennuyer Ladybug à se plaindre de Chloé, et il n'est jamais vraiment sortit avec elle, donc il ne se doute de rien…

Cathy171 : Je suis vraiment honorée que cette fic soit le sujet de tant d'attention de ta part xD ! Milles merci pour tes commentaires :) !

Aussi, désolé de mettre du temps à répondre, mais je n'ai pas tant de temps que ça pour moi, et ce chapitre était l'un des plus longs — d'où le retard ! En fait, je me suis rendue compte ce qui était sensé se dérouler en un unique chapitre devait au moins en prendre deux, et j'ai dû me réorganiser (la scène sur le toit ne devait pas être aussi longue, mais je me suis laissée emporter, d'accord xD).

Bisous !