Marinette garda son regard sur le garçon face à elle sans broncher. Elle observa la réaction hésitante et craintive de son partenaire, ne sachant pas vraiment comment lui répondre. Elle était en colère, certes. Elle avait fait de son mieux pour battre l'akuma le plus rapidement possible et pouvoir partir avant de le croiser, mais Chat Noir était là, et même si leur job était fini, elle n'avait pas réussi à l'éviter.
Peut-être qu'elle pouvait juste lancer son yoyo dans les airs, et partir sans qu'il ne puisse avoir la chance de lui parler plus. Oui, cela lui semblait être un bon plan. Elle s'apprêta à saisir l'objet attaché à sa taille lorsqu'elle fut interrompue.
— A-attend, Ladybug !
Posant à nouveau les yeux sur le garçon désemparé, elle secoua la tête avec irritation, continuant le geste qu'elle avait commencé.
— Attend, s'il te plaît. Parle-moi, ma Lady…
— Non, dit-elle d'une voix froide.
Elle lança son yoyo en avant, balançant son corps en arrière pour se préparer à s'élancer dans les airs, mais une main ferme vint bloquer son bras et elle se retrouva face à Chat Noir.
— Dis-moi ce qui ne va pas ! S'exclama-t-il. Je- je croyais que tu avais des raisons personnelles pour ne pas me répondre, mais-
— Peut-être que j'en ai.
Elle scruta avec attention le regard du jeune homme, cherchant la moindre trace de culpabilité. À quoi pensait-il ? Réalisait-il qu'il avait fait quelque chose de mal et qu'elle l'avait découvert ? Elle se rendit compte que ses genoux tremblaient légèrement — bien qu'elle mit cela sur le compte de son combat précédant —, et qu'elle n'avait pas envie de lire de la culpabilité sur le visage de Chat Noir. Elle ne voulait pas en lire, parce que cela voudrait dire qu'il avait réellement quelque chose à se reprocher — et de plus grave que de lui avoir menti sur le fait de ne jamais être sorti avec quelqu'un d'autre.
Elle pouvait pardonner le mensonge s'il s'en excusait et lui expliquait ce qui l'avait poussé à agir ainsi. Elle ne pouvait et ne pourrait certainement pas pardonner la tromperie.
— Alors qu'est-ce que c'est ? Demanda-t-il d'une voix douce. Je t'en prie, dis-moi. S'il y a quoi que ce soit que je puisse-
— Oh, tu n'as pas une petite idée ? L'interrompit-elle en détournant le regard.
— Ladybug…
Il tourna autour d'elle jusqu'à ce que son visage soit placé face au sien. Elle grogna en reculant d'un pas — il était trop proche, et son visage angélique la perturbait trop pour qu'elle puisse garder sa crédibilité.
— Ladybug, s'il te plaît, répéta-t-il. Si j'ai fais quelque chose, je… J'en suis désolé et je veux vraiment comprendre ! Je veux que les choses marchent entre nous.
— Vraiment ? Demanda-t-elle d'une voix étranglée. Dois-je te croire ?
Elle dû dire quelque chose qui lui donna un sursaut d'espoir, car il amena sa main contre son torse, penchant la tête avec douceur et parla avec un grand respect.
— Bien sûr, répondit-il avec gentillesse, tu sais que je t'aime, pas vrai ? Jamais je ne te mentirai.
Marinette mordit sa lèvre avec frustration. Comment osait-il ? Il avait l'air tellement sincère, et elle avait du mal à croire qu'il puisse mentir aussi effrontément. Elle se retrouva incapable de répondre pendant quelques secondes, cherchant un moyen de lui faire comprendre qu'il devait réfléchir un peu plus que ça, ou bien arrêter de se moquer d'elle.
— Enfin, dit-il d'un ton plus léger, si, peut-être que je t'ai déjà menti.
Elle leva un sourcil, prête à entendre sa confession, mais le sourire qu'elle lut sur son visage lui fit comprendre qu'elle n'obtiendrait probablement pas grand-chose de sérieux.
— À chaque fois que j'ai dit que le plus séduisant du duo, c'était moi ? Ça, c'était totalement un mensonge. Tu es la plus attirante, bien évidemment !
Ladybug sentit le sang lui monter au visage, et se dégagea de l'emprise du jeune homme avec colère. Ce devait être une plaisanterie. C'était une plaisanterie. Elle avait passé une semaine entière à essayer de comprendre pourquoi est-ce qu'il refusait d'être honnête avec elle, à essayer de trouver une excuse à son comportement autre que la tromperie, et il lui sortait ça ?
Elle n'avait plus envie de parler. Il voyait bien qu'elle était furieuse, il n'était pas aveugle à ce point, si ?
— Arrête de me prendre pour une idiote, continua-t-elle. Je veux juste que tu sois sincère avec moi, et j'ai fais de mon mieux pour que ce soit le cas. Si tu veux continuer à te foutre de ma gueule, c'est ton problème. Je suis sûre que tu peux trouver un sujet sur lequel je t'ai relancé à plusieurs reprises, et que tu as toujours essayé d'éviter, je pense que… Je pense que si…
La jeune fille tourna la tête à l'opposé de Chat Noir, tentant de masquer les quelques larmes qui se formaient dans ses yeux. Elle l'avait relancé : par messages et à vive voix, encore et encore. « Je n'ai jamais eu de copine », disait-il ; « je ne pense pas que je pourrai continuer de traîner avec mon ex », plaisantait-il.
— Je pense que si tu as un peu de respect pour moi, continua-t-elle d'une voix plus forte, tu peux décider de m'en parler. À toi de voir…
— Att—
— Si tu te décides à accepter de m'expliquer la cause de ceci, je serais là pour t'écouter, m-mais j'ai vraiment besoin que tu m'en parles.
Ladybug lança son yoyo en avant, et s'élança loin du jeune homme avant de lui laisser le temps de répondre. Elle alla aussi vite que ses capacités le lui permettaient, évitant le regard des passants qui la saluaient, et des caméras qui la suivaient. Lorsqu'elle estima qu'elle était suffisamment proche de chez elle, elle laissa Tikki reprendre sa forme naturelle et la cacha dans son sac.
Marinette passa les deux jours suivants irritée et énervée pour un rien, état que ses parents expliquèrent par l'arrivée de ses règles — comme si c'était le bon moment.
Le troisième jour, elle se demanda si elle n'était pas allée un peu loin.
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Lorsque les vacances de Noël arrivèrent, Adrien trouva son emploi du temps encore plus chargé que d'habitude. Au moins, lorsqu'il avait cours, son père s'arrangeait pour ne pas trop le charger avec des shootings et meetings, souhaitant que son fils garde un excellent dossier scolaire. Là, il avait l'impression de passer tout son temps libre avec Nathalie, à essayer de caser ses rendez-vous le plus tôt possible.
Il protestait à peine. Il connaissait suffisamment son père pour savoir qu'il n'était pas le genre de personne à abandonner aussi facilement ; et bien sûr, il y avait une autre raison.
Cela concernait Ladybug. Si Adrien gardait son esprit occupé par les essayages et les poses, il oubliait de penser à son regard froid et aux paroles blessantes qu'elle lui avait balancés au nez, quelques jours plus tôt. S'il avait d'abord essayé de comprendre pourquoi est-ce qu'elle était autant en colère, il était à présent frustré et également énervé. Il n'arrivait pas à chasser le sentiment d'injustice qui se dessinait au fond de sa gorge, lui laissant un gout amer en bouche.
Il abandonna rapidement l'idée de lui envoyer d'autres messages ; elle ne répondait pas, et cela était inutile. Le jeune homme savait que Ladybug ne réagissait pas rationnellement et il devait probablement lui laisser du temps pour se calmer, même s'il n'avait strictement aucune idée de la cause de ce changement de situation. Qu'avait-il fait ? Si c'était en rapport avec la sincérité, il n'arrivait pas à comprendre. Elle avait parlé d'un sujet qui revenait régulièrement entre eux : son père ? Il évitait de parler de lui, mais il ne pensait pas que Ladybug puisse être en colère pour cela.
Adrien soupira en traversant rapidement les coulisses du petit studio photo dans lequel il posait depuis quelques heures. Il était fatigué et n'avait que quelques minutes de pose. Dans son sac, il sentit quelque chose bouger et essayer de s'échapper.
— C'est fini ? Gémit Plagg. On rentre ? J'ai affreusement faim !
Adrien le repoussa gentiment du bout de son doigt, secouant la tête.
— Il reste encore une ou deux heures, et je ne peux pas te nourrir ici. Reste calme ou tu vas attirer l'attention sur nous.
Le kwami soupira et retourna se poser au fond du sac, laissant Adrien seul une fois de plus. Il se changea rapidement et enfila un simple t-shirt blanc et un jean, avant de prendre un café dans la petite cuisine.
Adrien détestait la pression imposée par les photographes — il savait que ce n'était pas de leur faute, mais il ne pouvait pas ignorer leur oeil critique au moindre de ses mouvements. Il détestait la façon dont on le regardait comme un objet brillant ou une poupée à habiller. Il savait qu'il devrait tenter de parler à son père, même si la dernière fois cela les avait menés à une dispute (enfin, il ne savait pas s'il pouvait qualifier leur échange de 'dispute' : il avait crié, son père l'avait ignoré, fin de l'histoire). Peut-être que s'il faisait des efforts cette fois-ci, il serait plus indulgent avec lui par la suite ?
En finissant son café, ses pensées se dirigèrent à nouveau vers Ladybug, et sentit le besoin de se mouiller le visage pour se calmer au rappel de la jeune fille. L'eau glacée ne sembla pas vraiment l'aider à se détendre, mais au moins, cela l'empêcha de se laisser aller ou de pleurer. Il avait encore du boulot, et ne devait surtout pas penser à elle maintenant.
— Oh, Adrien, il va falloir refaire tout ton maquillage, maintenant ! Entendit-il derrière lui.
Sa styliste secoua la tête avec désolation, sortant son téléphone pour le fixer quelques instants. Elle reporta rapidement son attention sur le jeune homme, qu'elle jugea d'un oeil critique.
— Désolé, répondit Adrien.
— Ce n'est pas grave, soupira-t-elle. Nous pourrons peut-être mieux l'accorder avec ta prochaine tenue. Allez, viens, la séance va bientôt reprendre.
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En arrivant chez lui, Adrien eut à peine le temps de répondre aux quelques messages de Nino avant d'être appelé à table. Il soupira, fatigué. Il aurait aimé être seul un peu plus longtemps, lassé des adultes qui voletaient comme des mouches autour de lui — essaye ça, tiens-toi droit, souris, recommence.
Son père était toujours dans son bureau, mais il fut surpris de voir Nathalie assise à la grande table, malgré l'absence de couverts devant elle. Le jeune homme regarda sa propre assiette, et fronça les sourcils. Il n'y avait presque rien : pas de viande, ni de produits laitiers. Quelques légumes, féculents, et un verre d'eau seulement. Il lança un regard interrogateur à Nathalie, qui soupira avec tristesse.
— Mange, dit-elle d'une voix étonnamment douce. Ton père veut te voir dans quelques minutes.
Il mordit sa lèvre inférieure, se demandant ce qu'il lui voulait. Dernièrement, seule son assistance s'était assurée de fixer ses séances, et l'air grave qu'elle affichait le mettait mal à l'aise. Terminant rapidement son assiette, il se leva et se dirigea vers le bureau de Gabriel Agreste. Il hésita quelques secondes et frappa deux coups secs contre la porte massive, retenant sa respiration.
— Entre, entendit-il.
Il poussa doucement la porte, et progressa dans la pièce jusqu'à faire face au bureau de son père. Il était assis, apparemment concentré sur un dossier dont il ignorait la nature. Il lui fit signe de s'assoir, et Adrien s'exécuta.
Il laissa son père terminer sa lecture, et commença à joindre ses mains ensemble, trouvant l'atmosphère lourde. Lorsqu'il le vit reposer son dossier, il se redressa sur sa chaise et prit un air sérieux.
— Adrien, commença son père, j'ai une excellente nouvelle à t'annoncer.
Bien sûr, le garçon comprit rapidement que ce que son père appelait une « bonne nouvelle » n'avait pas forcément le même sens pour lui. Il retint sa respiration, sûr que son emploi du temps serait encore bouleversé.
— Une grande ligne de mode m'a contacté aujourd'hui. Une compagnie qui sera très bientôt affiliée à la nôtre, et qui aimerait promouvoir leur nouvelle ligne de vêtements. Ils aimeraient que tu sois leur modèle principal. Tu sais ce que cela signifie, n'est-ce pas ?
Adrien secoua silencieusement la tête. Non, il ne savait pas. Il avait l'impression qu'à chaque fois que son père lui proposait un job, il était d'une « importance capitale » qu'il l'accepte pour l'avenir de sa carrière, et commençait à se sentir sérieusement perdu. Il se souvenait d'un magazine vendu à l'étranger, ou bien d'affiches de lui dans le métro, mais il ne savait plus ce qui pouvait être considéré comme encore plus « excellent » par son père.
— Cela signifie, expliqua-t-il lentement, que tu vas pouvoir commencer à t'éloigner un peu de l'entreprise familiale. Ne te méprends pas, je veux toujours que tu portes notre marque de fabrique, mais cela permettra de montrer que tu peux également changer d'univers. Bien sûr, de grandes marques vont commencer à s'intéresser à toi et pourront t'offrir plus d'opportunités dans le futur.
Adrien retint un grognement. Son père semblait presque fier de lui-même, comme si le fait de le laisser poser pour quelqu'un d'autre que lui faisait de lui une figure exemplaire. Il pensa surtout qu'il faisait cela pour améliorer son image : « mon fils a un grand talent, et je ne souhaite pas l'enchaîner ici », dirait-il probablement aux médias. Ou peut-être pensait-il réellement qu'il lui faisait plaisir ? Il ne savait pas, mais il supposait déjà que toute cette histoire serait probablement embêtante et lui prendrait beaucoup de temps.
Il écouta d'une oreille son père lui parler des détails, de son salaire qui serait largement augmenté — c'était un vrai contrat, pas seulement Adrien qui rendait service à son père. Il se rendit compte que son père était réellement heureux de cette affaire. Il ne souriait pas, mais Adrien pouvait deviner l'ombre de sa bonne humeur sur les coins de son visage sévères, et se dit qu'il pourrait peut-être accepter l'offre. Il ne pensait pas que son père l'autoriserait à refuser, de toute façon.
— Une dernière chose, ajouta Gabriel Agreste en se raclant la gorge.
— Oui ? Demanda Adrien d'une voix lasse.
— J'aimerais savoir ce que tu pratiques comme activité sportive, en dehors de l'escrime.
Adrien resta muet quelques secondes, et fronça les sourcils. Son père avait perdu le semblant de bonne humeur qu'il affichait plus tôt, et laissait son menton reposer sur ses doigts croisés avec un air sérieux.
— Je… Je ne fais pas d'autre—
— Adrien, le coupa-t-il, je ne suis pas aveugle, ni idiot. Tu as pris du poids depuis quelques mois, et je pense que ça à avoir avec ta musculature qui s'est beaucoup développée. Une heure et demie d'escrime par semaine ne devrait pas en être la cause, encore moins les deux heures de sport que tu as au lycée.
Le jeune homme mordit sa lèvre avec violence. Sauter de toits en toits au moins trois ou quatre jours par semaine pendant quelques heures devait forcément finir par laisser des traces ! Comment n'y avait-il pas pensé plus tôt ? Son père remarquerait obligatoirement ce genre de choses, surtout étant donné qu'il gardait un corps assez fin depuis des années. Il constata qu'effectivement, ses bras et son torse s'étaient développés, même s'il était plutôt content de ce résultat. En fait, il avait pensé que c'était uniquement dû au fait qu'il grandissait, mais ils se rendait maintenant compte de son erreur.
— Je ne comprends pas, dit-il, n'est-ce pas une bonne chose ? Ce n'est pas comme si je mangeais trop, ou…
— C'est définitivement une mauvaise chose. Le contrat dont je viens de te parler a besoin de mannequins pour poser dans la gamme slim, c'est pourquoi je t'ai recommandé. Je n'avais pas remarqué à quel point tu avais changé.
Adrien haussa les épaules. Eh bien, pensa-t-il amèrement, tu n'as qu'à annuler le contrat. Le voyait-il si peu qu'il n'avait même pas remarqué qu'il avait grandi ?
— Je veux une explication, insista Gabriel d'un ton sévère. As-tu fait de la musculation ?
— Je n'ai jamais—
— De la natation ?
Il secoua la tête, baissant le regard. Il ne pouvait pas juste lui dire la vérité, alors il improvisa.
— Oui, je vais parfois nager, dit-il, ou faire d'autres sports. J'accompagne Nino.
Son père secoua la tête.
— Ce garçon a une horrible influence sur toi.
— Père ! S'exclama-t-il. Ce n'est pas si grave, tant pis.
— Tu as raison, ce n'est pas si grave. Tu auras juste besoin de perdre quelques kilos pendant les jours qui suivent, avant le défilé.
Adrien retint un hoquet stupéfait.
— Un- quel défilé ?
— C'est la principale raison pour laquelle ils ont besoins d'un mannequin talentueux. Tu as déjà fait des défilés, et tu t'es très bien débrouillé, même si c'était pour ma collection, avec laquelle tu es plus familier. Ça ne changera strictement rien pour toi.
— Dans les jours qui suivent ? Combien ? Demanda Adrien, abasourdis. Tu me préviens quelques jours en avance ? C'est une blague ?
— Non, Adrien, dit son père avec un soupir agacé. Le modèle qu'ils avaient d'abord choisi n'est finalement pas disponible, et il s'avère que tu es leur second choix. Je ne l'ai su que tardivement et le temps de régler cela administrativement… J'aimerai que tu les rencontre la semaine prochaine, ils prévoiront probablement quelques séances photos après cela, et dans huit jours, tu termineras par le défilé. Peut-être te rappelleront-ils pour poser pour eux après.
Adrien baissa le regard, essayant de retenir les larmes qui commençaient à se former au coin de ses yeux. Il ne voulait pas participer à ce défilé. Il était déjà suffisamment chargé pendant les vacances, et… Et bon sang, il ne voulait pas faire carrière dans la mode ! Pourquoi est-ce que son père était incapable de comprendre cela ?
— Écoute, reprit-il d'une voix un peu plus douce, je sais que tu n'en a pas envie. Tu me l'as bien fait comprendre la dernière fois, je ne l'ai pas oublié. Mais si tu gâches une telle opportunité, tu le regretteras toute ta vie. Ce ne sont pas des offres qui arrivent tous les jours. Ne prend pas de décisions idiotes à cause d'une simple crise.
Adrien se renfrogna.
— Nathalie s'arrangera pour trouver de la place sur ton emploi du temps, et supprimera sûrement quelques shootings déjà prévus, alors assure-toi de bien te tenir informé des changements.
Il sentit que son père ne serait pas réceptif à la moindre protestation, alors Adrien se plia à sa volonté. La dernière fois, se promit-il. Après cela, il se concentrerait sur ses études pour lui montrer qu'il pouvait se défendre dans d'autres domaines. Son père finirait bien par l'accepter.
Il prit une grande inspiration, et releva lentement les yeux vers l'homme face à lui, qui le scrutait toujours de son regard bleu océan.
— C-combien ? Demanda-t-il d'une voix étranglée.
— Je te demande pardon ?
— Combien à perdre ? Répéta Adrien.
— Oh, répondit-il. Pas tant que ça. Une dizaine de kilos devraient faire l'affaire.
Adrien sentit ses yeux s'humidifier et l'air de la pièce tourner autour de lui. Son père rajouta quelque chose qu'il n'entendit pas, et lui donna la permission de partir. Il quitta la pièce en silence, le ventre noué, et marcha rapidement jusqu'à sa chambre, en évitant soigneusement le regard soucieux de Nathalie.
— — —
— — —
Marinette se réveilla en pleine nuit, et se releva rapidement, entourant ses bras autour de sa taille pour stopper les tremblements qui la saisissaient.
— Tikki ?
Elle n'entendit aucune réponse, et commença à glisser sa main le long de son tapis, contre le sol, à la recherche du sac dans lequel le kwami dormait la plupart du temps.
— Tikki ? Répéta-t-elle un peu plus fort.
Elle soupira, soulagée, lorsqu'une voix endormie lui répondit.
— Qu'est-ce qu'il y a, Marinette ?
La jeune fille chercha à l'aveuglette l'interrupteur de sa lampe de chevet, et se releva lorsque la lumière douce se diffusa sur les murs qui l'entouraient, piquant légèrement ses yeux.
— Peux-tu me transformer ? Demanda-t-elle.
— Quoi ? S'exclama Tikki. Marinette, quelle heure est-il ?
— Tard, répondit-elle avec culpabilité. Je… J'ai besoin d'envoyer un message…
Le kwami se redressa soudainement, se rapprochant de Marinette avec un grand sourire.
— Vraiment ? Tu acceptes enfin de parler à Adrien ?
— Je…
Elle baissa la tête, le regard fuyant.
— Je suis peut-être trop sévère avec lui. Je vais lui demander s'il veut que l'on se retrouve pour en parler plus clairement…
— Bonne idée ! Comme ça, tu pourras le larguer s'il sort avec Chloé, et retourner avec lui si ce n'est pas le cas !
Marinette grimaça devant les paroles de son kwami. Tikki avait vraiment une façon singulière de voir les choses, et elle parlait comme si tout était tellement… Évident. Si Marinette avait été capable de penser comme elle, elle aurait certainement beaucoup moins de problèmes.
— Ce n'est pas si simple, grommela-t-elle. Je suis toujours en colère sur le fait qu'il m'a menti.
— Alors pourquoi vouloir lui parler maintenant ?
Elle soupira en repliant ses genoux contre sa poitrine.
— Il ne m'a pas envoyé de messages depuis plusieurs jours, et… Noël est dans trois jours. On ne devrait pas se disputer pour Noël… Et puis je ne sais pas si son père le fêtera avec lui, alors… Enfin, peut-être qu'il sera avec Chloé…
Tikki frôla affectueusement sa joue.
— Tu t'éloignes du sujet, Marinette. Mais je suis contente que tu acceptes d'agir de façon plus raisonnable.
Elle haussa les épaules, saisissant Tikki au creux de ses petites mains.
— Merci, chuchota-t-elle.
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[04:21] Ladybug : Hey, Adrien. J'aimerai bien te parler, plus tard. Répond-moi STP.
[11:53] Ladybug : Adrien ?
[17:02] Ladybug : Tu ne m'as toujours pas répondu, alors j'en déduis que tu es en colère contre moi, (ou bien tu t'en fou). Je suis désolée d'avoir crié.
[18:20] Ladybug : Envoie-moi un message si jamais tu changes d'avis.
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Adrien se recroquevilla, une main sur le sol, l'autre appuyée sur son torse. Il respirait bruyamment et ferma les yeux pendant quelques minutes. En sentant son coeur se soulevant à nouveau, il plaça sa main sur la cuvette des toilette, se préparant à vomir. Un goût écoeurant traversa sa gorge, et il dû se forcer pour aller jusqu'au bout de son action.
— Je ne comprends pas, gamin, fit remarquer la voix de Plagg, derrière lui. Pourquoi est-ce que tu acceptes les pâtisseries de Nino si c'est pour aller vomir dès qu'il part ?
Adrien se releva péniblement, et se traîna jusqu'au lavabo, passant son visage sous l'eau.
— Il avait l'air inquiet, répondit-il, et puis j'avais déjà refusé d'aller manger avec lui alors…
— Bien sûr qu'il avait l'air inquiet, rétorqua Plagg. Tu ne manges rien, tu as l'air déprimé, et malade.
Le jeune homme haussa les épaules, enveloppant délicatement son visage dans une serviette, profitant de la matière moelleuse quelques instants. Sa tête tournait un peu, mais étrangement, il n'avait pas faim.
— Écoute, Plagg. Le défilé a lieu après-demain, d'accord ? Mon coach m'a dit qu'il me restait un peu moins de deux kilos à perdre d'ici là. Je ne vais pas me mettre à manger maintenant ! Après ça, je reprendrai mon poids normal, et…
Plagg soupira bruyamment, et voleta jusqu'au lit du garçon, se laissant tomber sur les draps.
— Tu es déjà tout mince à la base, et je pensais que les gens aimaient les garçons un peu musclés.
Un rire amer s'échappa des lèvres d'Adrien, il rejoignit Plagg, s'asseyant sur le bord de son lit, et regarda le kwami.
— Pas pour une gamme slim, dit-il. Je suis plus mince que la plupart des garçons de mon âge, mais tu as entendu mon père.
— Heureusement qu'aucun akuma ne s'est montré, je ne sais pas si tu serais apte à le battre.
Adrien hocha la tête. Il supposait que même le Papillon devait être occupé, de temps en temps.
Mais Plagg n'avait pas tort. Il avait l'air horrible. Sa maquilleuse avait fait des miracles lors de sa dernière séance de photos, mais il savait que sans cela, il avait le visage pâle et cerné. Il se sentait incroyablement faible, et commençait à se rendre compte des changements qui animaient son corps depuis quelques jours. On lui avait dit que dix kilos, ce n'était pas tant que ça, que plein de gens suivaient ce genre de régime, mais Adrien ne pesait déjà pas grand-chose, et il avait l'impression de se retrouver dans un corps étranger. Ce n'était pas la première fois qu'il suivait un régime, mais c'était le fait de devoir encaisser autant de changements en quelques jours seulement qui était difficile.
Le plus frappant était bien sûr l'état de ses bras, des épaules amaigries et surtout des poignets squelettiques — il les avait toujours eu fins, et là c'était encore pire. C'était l'impression qu'il avait, car de son point de vue, c'était le changement qui lui semblait le plus visible. Cependant, dès qu'il se regardait dans un miroir, il se rendait compte que ce n'était pas tout. Son corps entier était plus fin, de son visage à ses jambes, et son torse lui semblait tout aplati. Il détestait l'image fantomatique qu'il dégageait.
Bien sûr, il savait que tout serait bientôt terminé. Il défilerait, participerait à quelques autres séances photos, puis reprendrait son poids original. Au moins, ce job-ci lui offrait un salaire non négligeable qu'il pourrait utiliser comme il le souhaitait. On pourrait penser qu'il était suffisamment riche, mais son père contrôlait toutes ses dépenses, et il était difficile de se permettre quoi que ce soit.
Le garçon s'écroula sur son lit, épuisé. Il s'autorisa à pleurer un moment, sentant les faibles sanglots secouer son torse. Il pensa à Nino, et à la partie de Laser Game qu'il lui offrirait quand ce sera terminé. Il pensa aussi à Ladybug, et à la honte qu'il aurait s'il devait se présenter devant elle maintenant. Il se sentait trop fragile pour lui être d'une quelconque utilité. Et puis, il lui en voulait. Il ne savait pas comment se sentir après ce qu'elle lui avait dit, puis ses messages froids, même si elle s'était excusée de s'être emportée. Il savait une chose, néanmoins : qu'il avait besoin d'elle et qu'elle n'était pas là pour lui, qu'elle se méfiait de lui et qu'elle attendait probablement des excuses absurdes de sa part. Il n'en avait pas à lui donner. Il ne comprenait pas tout, mais il se rendait compte que s'il avait reçu les messages quelques jours plus tôt, les choses auraient été différentes.
Mais ce n'était pas le cas. Elle l'avait laissé seul, et ne lui avait plus répondu, alors qu'il n'avait personne à qui se confier (il savait que Nino risquait de réagir d'une façon qui ne plairait pas à son père), et qu'il avait besoin de sa présence et de son réconfort.
L'aimait-elle vraiment ? Elle n'osait même pas lui montrer son visage ! Adrien fouilla dans ses souvenirs, et rechercha un moment où elle lui avait dit « je t'aime », sans en trouver. Peut-être qu'il lui fallait plus de temps pour dire ce genre de mots, mais… Il ne pouvait pas s'empêcher de remettre en cause sa sincérité.
Il entendit quelques pas secs près de sa porte — certainement Nathalie qui passait rendre des dossiers à son père. Ses pensées retournèrent au défilé et aux conseils de son coach, jusqu'à ce que l'épuisement prenne le dessus.
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[9:03] Ladybug : Joyeux Noël !
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Le défilé se passa relativement bien. Tout ce qu'Adrien avait à faire était de se laisser habiller et maquiller, puis de marcher avec précaution, gardant une expression neutre sur son visage. Il trouva enfin le seul avantage à sa dispute avec Ladybug : il n'eut pas à réprimander le moindre sourire (qu'il aurait eu s'il avait pensé à sa réaction devant une telle démarche). Pour être honnête, il ne savait même pas ce qu'il ressentait. Il se sentait uniquement épuisé et avait même oublié d'être en colère contre elle, ou de se demander s'ils pourraient arranger les choses.
Lorsqu'il sortit enfin de l'immense bâtiment, cherchant des yeux la voiture qui devait le ramener, Plagg s'agita dans son sac et il dû s'isoler quelques instants pour l'écouter.
— Ladybug te dit joyeux Noël, grommela le kwami.
Adrien le regarda, surpris.
— Je croyais que tu n'aimais pas jouer les portables ?
— Non, je n'aime pas ça, mais je crois que j'aime encore moins te voir dans cet état, gamin.
Adrien haussa les épaules, ne prenant pas la peine d'essayer de formuler avec des mots ce qu'il ressentait. Bon sang, il ne s'était même pas rendu compte de quel jour il était, malgré l'importance de Noël. En sortant son portable, il se rendit compte qu'il était bien le seul à ne pas y avoir pensé : il avait reçu quelques appels manqués de Nino, et une trentaine de textos de Chloé. Avec un grognement, il les ouvrit et les lus tous, une expression lasse sur son visage. Elle voulait l'inviter à la fête de Noël organisée par son père, comme l'année dernière, parce qu'il n'y avait 'aucun garçon qui serait digne d'être son cavalier', mais qu'elle 'pouvait accepter Adrien parce qu'ils se connaissaient depuis suffisamment longtemps'. Il soupira et lui répondit par un refus, trop fatigué pour ce genre de choses.
Il comptait rentrer chez lui, prendre un bain, dormir. À ce point, il n'avait même pas faim. D'accord, il pouvait être sûr que Plagg ou Nathalie le forceraient à manger plus tard, mais il était surtout fatigué. Et puis, quand il aurait dormi, il répondrait à Ladybug. Enfin, non. Quand il aurait terminé les dernières séances et repris un peu de poids. Là, il lui répondrait.
Le Gorille ramena la voiture devant l'immense demeure des Agreste, et Adrien se traîna jusqu'à sa chambre, puis jusqu'à sa salle de bain. Il fit couler l'eau pendant quelques longues minutes, et retira tous ses vêtements. Il espérait qu'il pourrait bientôt les porter sans qu'ils fassent deux tailles de trop.
En se glissant dans l'eau brûlante, il laissa ses pensées divaguer et aller à l'image de sa mère. Il imagina la douceur de son sourire et la gentillesse de ses yeux. « Ne t'inquiète pas, Adrien, » dirait-elle, « tout est bientôt terminé. Tout va bien, mon chéri, je t'aime très très très fort, d'accord ? Tu peux le faire. »
Adrien plongea son visage dans l'eau.
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— Tikki, laquelle me va mieux ? La bleue ou la rose ? Ugh, il ne me reste plus beaucoup de temps !
Marinette jeta un regard désespéré à son kwami, secouant les deux robes accrochées à chacun de ses bras.
— Oh, Marinette, grimaça Tikki, tu sais que je suis un peu vieille pour… Enfin, j'ai un peu décroché avec la mode d'aujourd'hui. Ces choses-là changent tellement souvent ! Dit le kwami avec frustration.
Cela arracha un rire à la jeune fille, qui finit par choisir de laisser la rose de côté, malgré son amour pour la couleur. Elle sortait aujourd'hui avec Alya pour fêter le nouvel an. En fait, elle avait cru comprendre qu'elles passeraient une grande partie de la soirée à l'extérieur, et voulait être jolie pour cet évènement. Elle était également soulagée de pouvoir le partager avec sa meilleure amie.
Elle enfila rapidement la robe bleue électrique, s'observant un moment dans le miroir. Le vêtement était simple, mais Marinette était sûre qu'elle la mettait en valeur, révélant sa fine fine taille, et dégageant sa jolie clavicule. La couleur faisait ressortir ses yeux, et était très actuelle. La jeune fille retourna dans la salle de bain pour réajuster son maquillage, optant pour un rouge à lèvres d'un rouge doux, pour ne pas trop trancher avec la couleur de la robe, et un peu de mascara et de crayon noir. Elle laissa ses cheveux détachés, trouvant que cela lui donnait l'air plus adulte.
Elle se trouvait jolie. Un sourire satisfait s'étira sur ses lèvres, et elle se retourna vers Tikki pour lui demander de quoi elle avait l'air.
— Tu es parfaite, ne t'inquiète pas !
—Merci, Tikki. Alya m'attend dans quelques minutes, alors j'ai intérêt à me dépêcher !
Tikki la suivit alors qu'elle enfilait chaussures, manteau, écharpe et gants.
— Dis, Marinette, tu ne vas pas passer voir Adrien ?
Marinette releva des yeux, surprise.
— Je… Est-ce qu'il m'a envoyé un message ? Demanda-t-elle.
Tikki secoua tristement la tête.
— Eh bien je ne vois pas pourquoi est-ce que tu—
— Marinette ! S'exclama la petite créature rouge avec indignation. Tu sais que la famille d'Adrien ne peut pas vraiment être qualifiée d'une famille soudée et aimante ! Tu devrais aller le voir un peu…
— Il n'a répondu à aucun de mes messages, Tikki ! Je ne vais pas le harceler !
— Peut-être qu'il est en colère contre toi parce que tu lui as crié dessus.
Marinette croisa les bras sur sa poitrine, l'air irrité.
— Peut-être que j'avais mes raisons pour lui crier dessus ! Et puis je me suis excusée, alors…
Tikki soupira, l'air découragée.
— Vous agissez tous les deux de la mauvaise façon, dit-elle. N'es-tu pas amoureuse de lui ?
La jeune fille avala sa salive et baissa la tête. Elle pinça ses lèvres au souvenir de ce qu'elle avait ressenti quand Chat Noir s'était confessé à elle, puis quand Adrien l'avait fait.
— Bien sûr que si ! S'exclama-t-elle. Oh, Tikki, bien sûr que je l'aime ! Je suis complètement folle de lui depuis des mois ! Même des années !
Tikki se posa gentiment sur son épaule, et enfouis sa tête rouge dans son cou.
— Tu as raison, j'irai lui parler. Je vais lui expliquer pourquoi est-ce que je suis en colère, et je le laisserai s'expliquer…
— Je suis contente de t'entendre dire cela, sourit Tikki.
Marinette hocha la tête. Elle entendit regarda l'heure et se rendit compte qu'elle était en retard, alors elle attrapa rapidement son sac, et sortit après être allée embrasser ses parents.
Elle retrouva Alya là où elles s'étaient données rendez-vous, dans un bar à cocktails que son amie lui avait déjà conseillé auparavant — sauf que Marinette n'était pas particulièrement fan des boissons alcoolisées, et avait évité l'endroit comme elle le pouvait. Elle avoua tout de même que le lieu était attrayant : les lumières style néons donnaient une ambiance surréaliste à la large pièce, et les tables hautes et rondes, épurées, tout comme les tabourets sombres qui les entouraient avaient un design très soigné.
Marinette repéra rapidement sa meilleure amie, qui portait une tenue plutôt légère pour la saison ; composée d'un short taille haute légèrement délavé, d'une blouse sombre décolletée, et bien sûr des immanquables collants parsemés de fines et discrètes paillettes argentées. Si elle n'avait pas porté une grosse écharpe, son manteau épais kaki et ses vieilles Doc Martens, Marinette aurait pu oublier quel le froid qui régnait à l'extérieur.
— Heyy, Marinette ! S'exclama Alya, un immense sourire aux lèvres. Regarde-toi, une vraie princesse ! Heureusement que je suis là pour garder un oeil sur toi !
Marinette éclata de rire, se jetant dans les bras de son amie avec bonheur. Elle n'aurait jamais pensé être capable de se passer d'Alya aussi longtemps, et la revoir il faisait énormément de bien. Rose et Nino étaient gentils, vraiment, mais ça n'avait rien à voir avec Alya.
— Oh, Alya, tu m'as tellement manqué !
— Toi aussi, ma belle !
— Et ça ne fait qu'une semaine !
— La preuve que tu ne peux pas te passer de moi, répliqua Alya.
Les deux jeunes filles s'étreignirent longuement avant de s'assoir à la table qu'occupait Alya en l'attendant. La pièce était suffisamment chaude pour que Marinette puisse retirer sa veste sans avoir froid.
Alya commanda deux boissons non alcoolisées (en précisant à Marinette qu'elles n'étaient pas encore à cette partie de la soirée), et elles parlèrent quelques longues minutes, pendant lesquelles Marinette put apprendre que son amie avait revu Nino plusieurs fois au cours des derniers jours. Marinette lui assura qu'elle parlerait d'elle au garçon, car ils étaient dans la même classe, mais Alya refusa son aide, assurant qu'elle se débrouillait.
Au bout d'une petite heure, Alya regarda son portable, et jeta un regard autour d'elles, comme à la recherche de quelque chose. Ne trouvant apparemment pas ce qu'elle cherchait, elle soupira et sembla taper un texto sur son portable.
— Qu'est-ce qu'il y a ? S'enquit Marinette.
— Oh rien, répondit Alya avec un sourire en coin. Les garçons sont en retard.
Le coeur de Marinette rata un battement. Les garçons ? Quels garçons ? Elle ne se souvenait pas avoir entendu parler d'invités supplémentaires, mais connaissant Alya, ce n'était pas si surprenant. La jeune fille se mordit la joue, espérant que le garçon qu'elle avait en tête ne faisait pas partie de ceux qu'Alya évoquait.
— Euh, demanda-t-elle d'une voix étranglée, je ne me souvenais pas de—
— C'est une surprise, coupa Alya avec un clin d'oeil.
Une surprise, d'accord. Marinette baissa la tête, refusant de montrer son expression paniquée à Alya. Elle savait qu'elle voulait bien faire, mais… Une « surprise » ? Cela ne pouvait référer qu'à un certain individu. Marinette ne savait pas si c'était une bonne idée. Elle avait prévu de lui rendre visite le plus tôt possible, mais tant qu'ils n'avaient pas eu une honnête discussion, les choses seraient tendues entre eux, du moins de son point de vue, puisque lui n'aurait aucune idée de qui elle est.
Et puis, il ne lui avait jamais répondu. Et s'il était passé à autre chose ? Frustré de son comportement, il aurait pu décider de l'oublier, et…
— Marinette ? Ça va ?
Elle hocha la tête, offrant un sourire qu'elle espérait sincère à Alya. Elle devait se calmer. Elle entendit le portable d'Alya vibrer, et leva la tête, angoissée à l'idée de voir Adrien rentrer. Alya éclata de rire, et posa son index sur le bout de son nez, le tapotant gentiment.
— Ben quoi, Marinette, je croyais que tu avais décidé d'arrêter d'être aussi timide devant lui ? Tu sais, c'est Nino qui a demandé s'ils pouvaient nous rejoindre. Il a dit qu'Adrien avait besoin de se changer les idées.
— O-oh ? Demanda Marinette, faussement surprise.
— Oui, et je compte sur toi pour lui offrir une bonne distraction, si tu vois ce que je veux dire… Sauf si tu avances avec ton autre affaire, bien sûr.
Marinette grogna, se souvenant que son amie croyait qu'elle était amoureuse d'un garçon (ce qui n'était pas vraiment faux), mais qu'elle le lui cachait (techniquement, elle n'avait jamais caché aimer Adrien). Elle secoua la tête, prenant un air exaspéré.
— Je ne sais pas si c'est ce qu'Adrien veut, marmonna-t-elle.
— Eh bien tache de le convaincre que si, rit Alya. J'occuperai Nino, rajouta-t-elle avec un clin d'oeil, ça vous laissera le champ libre.
Marinette leva les yeux au ciel, ne sachant que répondre. Alya pouvait être incroyablement persuasive, et elle la connaissait assez bien pour savoir qu'elle voulait vraiment l'aider. Elle aurait voulu être capable de lui dire toute la vérité, mais ce n'était pas le cas.
En voyant Alya fixer un point derrière elle, un large sourire aux lèvres, Marinette comprit que Nino et Adrien étaient arrivés, et n'osa pas se retourner. Elle repoussa violemment l'envie de prendre son sac et de s'enfuir en courant, mais elle n'aurait absolument pas pu expliquer cela. La jeune fille baissa la tête, essayant de calmer son coeur qui s'emballait.
— Hey, Alya, Marinette, s'exclama ce qu'elle reconnut comme la voix de Nino. Vous allez bien ?
Marinette hocha lentement la tête, refusant regarder vers lui, sachant qu'Adrien y était aussi. À la place, elle regarda le visage souriant d'Alya qui lui répondit avec bonne humeur. Puis, lorsqu'elle sembla sur le point de s'adresser à Adrien, le visage d'Alya resta immobile un moment. Marinette, voyant l'inquiétude de son amie, se décida enfin à se retourner.
Elle retint un cri de surprise, voyant enfin le jeune homme pour la première fois depuis une longue période. Et son apparence lui fit l'effet d'une lame dans le ventre. Adrien était maigre. Elle ne pouvait pas donner d'approximation, mais elle avait été suffisent proche de lui pour voir que son corps avait beaucoup changé. Son torse habituellement musclé était horriblement mince, et les fins traits de son visage plus saillants que jamais. Marinette devina les cernes cachées par le maquillage sous ses yeux, et mordit violemment sa joue.
Il était toujours incroyablement attirant, mais… Mais quelque chose n'allait pas. Elle savait que le jeune homme faisait de manière générale attention à son alimentation, et ce n'était un secret pour personne. Jamais elle ne l'avait vu pousser son régime à ce point, et cela lui faisait mal au coeur. Elle essaya d'empêcher sa lèvre de trembler, et de chasser toute émotion de son visage. Le jeune homme se retourna vers elle avec un léger sourire, mais elle pouvait dire qu'il ne faisait pas vraiment attention à ce qui l'entourait. Elle tenta de lui retourner son sourire, malgré le sentiment amer qui naissait au fond de sa gorge.
— Marinette, salua-t-il. Ça fait un bail.
— O-oui, répondit-elle en évitant de le regarder.
Il se pencha pour lui faire la bise, et Marinette sentit un choc électrique parcourir son corps lorsque la peau froide de sa joue vint frôler la sienne. Elle se retourna précipitamment vers Nino pour le saluer, et jeta un regard désespéré à Alya.
— Hum, je- je reviens ! S'exclama-t-elle en attrapant son sac à main.
Elle se dirigea rapidement vers les toilettes, et s'enferma dans une des cabines avec un soupir consterné. Une fois seule, elle se concentra sur sa respiration et s'autorisa à fermer les yeux quelques secondes. Elle n'avait pas beaucoup de temps, et devait se calmer avant que quelqu'un ne remarque son comportement. La fermeture s'ouvrit légèrement, dévoilant Tikki, qui était cachée à l'intérieur de son sac.
— Quelque chose ne va pas, Marinette ? Demanda le kwami en observant le visage crispé de Marinette.
— Shh, Tikki, chuchota-t-elle. Ça va… Je pense. Je vais essayer d'arranger… Tout ça.
La petite créature hocha gentiment la tête, avant de se faufiler à nouveau dans le sac. Marinette ressortit en prenant une grande inspiration. Elle comprenait à présent pourquoi il n'avait pas répondu à ses messages, et s'en voulait de ne pas être allé le voir directement plus tôt. Elle n'arrivait pas à être en colère contre lui en le voyant si épuisé, elle devait faire quelque chose, même en tant que Marinette.
Et si Ladybug n'arrivait pas à amener Adrien à lui parler sincèrement, peut-être que l'insignifiante, simple Marinette serait à la hauteur.
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Haaaa, ne m'en voulez pas trop ! Je sais que vous vous attendiez à une vraie confrontation au début du chapitre, mais je trouvais qu'ils n'avaient pas encore assez souffert— oubliez ça, haha, en fait l'histoire à tourné ainsi pour d'autres raisons plus compréhensibles (même si ok, ils n'avaient pas encore assez souffert) : 1) montrer la dégradation de la relation entre Adrien et son père eeeeet 2) les interactions en Adrien et Marinette qui sont nécessaires pour la suite de l'histoire. Ce chapitre était un peu sombre, mais ne inquiétez pas trop, la suite devrait arranger les choses… Sûrement :):)
Depuis « Le Gamer », je pense que nous avons tous trouvé Adrien un peu trop enthousiaste avec la nourriture, et en combinant ça avec son job de mannequin… Voilà ce que ça donne. J'ai fait quelques recherches, mais franchement, perdre 10 kilos en une semaines, c'est une horrible idée. Je suis également partie du principe qu'arrivé au lycée, le corps d'Adrien aurait déjà un aspect plus adulte que dans la série (ce qui veut dire, yep, plus de muscles héhé).
Sinon, il devrait normalement rester 5 chapitres avant la fin de l'histoire (si je ne décide pas de placer le prologue dans un chapitre à part). J'espère que vous ne vous lassez pas encore de l'histoire ; v ; ! Je vous remercie pour vos retours très agréables :D ! Ils ne font vraiment plaisir :)
