AKA : Marinette est frustrée, Adrien devient le roi du camping, et Chloé devient accro au chewing-gum.
Désolé de poster si tard, vraiment. Ça fait presque un mois que j'ai posté mon dernier chapitre ; et celui-ci n'est pas forcément le plus intéressant, alors je me sens un peu coupable de vous avoir autant fait attendre ; v ; mais bonne lecture ! (Pour ma défense, il est assez long, et j'ai plusieurs OS en cours d'écriture !)
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Marinette grommela en sentant à nouveau la matière chaude de son pull et de son jean contre sa peau. Elle regarda Tikki avec un air épuisé, alors que la petite créature se précipitait vers les cookies cachés à l'intérieur de son sac, reprenant des forces après avoir permis à Marinette d'utiliser le costume de Ladybug pour la troisième fois ce matin.
— Tikki, demanda la jeune fille, tu es sûre qu'il n'y a aucun moyen de garder mon yoyo avec moi pour contacter Chat Noir sans me transformer ?
— Pas moyen ! S'exclama le kwami entre deux bouchées.
— Absolument sûre ?
— Absolument !
Marinette soupira, et s'affala sur sa chaise, dirigeant son regard vers son ordinateur.
— Pourquoi est-ce que tu ne restes pas transformée plus longtemps, au lieu de mettre puis retirer le costume à chaque fois que tu dois attendre sa réponse ? Demanda Tikki en relevant sa tête.
Elle haussa les épaules, dirigeant sa souris vers l'onglet « Facebook — WEEKEND ANNIV ROSE ».
— J'ai peur que mes parents rentrent. Je n'ai pas non plus envie de lui donner mon numéro personnel, parce que je pense qu'il a déjà Marinette dans ses contacts. Je devrais peut-être passer par le Ladyblog, ce serait plus simple… Répondit la jeune fille d'une voix distraite.
Elle ouvrit la page, regardant les derniers messages postés. Un sourire se dessina sur ses lèvres lorsqu'elle arriva à la fin de la conversation.
[18:41] Marinette : Alors, ça se concrétise ? Alix, tu as trouvé un endroit cool ?
[18:42] Alix : Grave ! La grand-mère de Kim a un champs avec un étang pas très loin de Paris, mais ce loser en a pas parlé plus tôt.
[18:42] Kim : Ouais ben en attendant c'est moi qui héberge alors ferme ta gueule Alice !
[18:42] Kim : *Alix
[18:43] Kim : Même ton prénom est chiant c'est dingue ça
[18:44] Alix : ouais ouais Kim Possible. Mais t'héberges que dalle, vu que je suis allée parler à ta grand-mère ! Et puis on prend des tentes u_u
[18:45] Alya : haha bien joué Alice
[18:45] Alya : *alix wow je comprend mieux maintenant :)
[18:46] Alya : Mari t'as trouvé un cadeau pour Rose du coup ? Sinon on peut y aller ensemble
[18:46] Alix : ouais je suis partante aussi et je crois que Max et Juleka seront là ;)
[18:47] Marinette : j'ai commencé à coudre un bonnet et une écharpe, mais ce serait bien qu'on lui achète aussi un manteau tous ensemble ! J'aurai pas le temps d'en faire un d'ici quelques jours.
Elle croisa ses bras sur la table, attendant les réponses de ses camarades. Alix et Alya proposèrent de sortir avec Juleka pour le manteau, et Marinette sourit en pensant qu'elle n'avait pas vu ses camarades depuis longtemps.
[18:56] Alya : Nino m'a dit qu'il venait avec Adrien….. Et Chloé -_-'
[18:57] Marinette : Oh ? Dis-moi Alya, c'est marrant que tu sois la première au courant alors que Nino est dans ma classe ! ;)
[18:57] Alya : Très bizarre, miss, effectivement… Mais on en reparlera plus tard ;P
[19:03] Alix : Bon du coup je récapitule ! Y'aura Nous trois, plus Kim Possible, Max, Nath, Nino, Adrien, l'autre Chloé, Juleka et bien sûr Rose
[19:04] Marinette : Ivan et Mylène ? Et Sabrina ? ;(
[19:04] Alix : y peuvent pas D:
Marinette soupira, déçue. Elle n'avait pas vu son amie depuis trop longtemps, et elle aurait aussi été contente de revoir Ivan. Sabrina ne lui manquait pas vraiment, mais elle aurait été contente de réunir toute la classe. Et puis, sans Sabrina, elle espérait que Chloé ne serait pas tout le temps collé à Adrien.
[19:05] Alya : Ah merde :0
[19:05] Marinette : Ouais c'est dommage ! Bon désolé les filles mais je dois y aller /:
[19:06] Kim : « les filles »…..
[19:06] Marinette : haha désolé Kim ^^ !
[19:06] Alya : T'inquiète miss ! On se revoit bientôt ! :)
[19:07] Alix : ouais à plus !
Marinette ferma la fenêtre avec un sourire. Elle s'étira et se leva, appelant Tikki à nouveau.
— Du nouveau ? Demanda l'adolescente.
Le kwami afficha une expression fatiguée et hocha lentement la tête.
— Désolé, Tikki, dit Marinette. Je dois vraiment lui répondre, mais je m'arrêterai après ça, promis ! Tu sais que c'est important, n'est-ce pas ? Adrien traverse une période difficile, et je dois vraiment être là pour le soutenir…
— Je sais bien, Marinette, répondit Tikki avec un sourire. Je suis un peu fatiguée, mais au moins vous ne faites que vous envoyer des messages. Et puis, je préfère largement ça à votre dispute !
Elle acquiesça. Difficile de faire pire que leur dispute, se dit-elle. Ils ne s'étaient pas parlé pendant trop longtemps, et s'étaient retrouvés à faire face à leurs problèmes chacun de leur côté. Et si elle avait été anxieuse à cause de tout ça, Adrien avait été dans un état probablement pire que le sien, et elle s'en voulait toujours. Elle voulait revenir en arrière et tout arranger, retrouver son étreinte brûlante et ses baisers aimants, mais ce n'était pas possible, et elle attendrait le temps qu'il faudrait.
Se transformant à nouveau, elle regarda les nouveaux messages qu'il lui avait envoyés.
[18:50] Chat Noir : Je suis d'accord, mais je n'ai pas envie de forcer mes arguments. Elle avait l'air plutôt déprimée, et je n'ai pas eu envie de la blesser encore plus.
[18:52] Chat Noir : Ne sois pas en colère, hein ? Je pourrais jamais être en couple avec Chloé :( ! Mais je pense qu'elle a compris, et a retiré les photos de Facebook, alors…
[18:53] Chat Noir : Ah ouiiiiii d'ailleurs….
[18:53] Chat Noir : Je sais que ça ne va pas te plaire, mais ma classe de l'année dernière organise l'anniversaire surprise d'une amie ce week-end, et je me suis dit que ce serait cool d'y aller…
[18:53] Chat Noir : Y'aura Chloé aussi…
[18:56] Chat Noir : lol je crois que tu connais toute ma classe vu que tout le monde s'est fait akumatisé ! Sauf Marinette ! Ooh, tu ne connais pas Marinette, je ne crois pas vous avoir jamais vu ensemble ! C'est une de mes amies, il faudra que je t'en parle puisque tu risques d'être jalouse sinon ;P
[18:59] Chat Noir : Enfin bref, désolé pour ça ! Mais on pourra se voir toute la semaine d'après, vu que mon père reste encore huit jours à l'étranger. Ce sera plus facile de sortir, haha ^^
Marinette interrompit sa lecture avec un étrange sentiment angoissé. Elle trouvait que ces quelques messages délivraient beaucoup trop d'informations pour son pauvre petit coeur.
Premièrement, l'idée qu'il soit en couple avec Chloé lui semblait aussi absurde qu'à elle (Dieu merci), mais les choses ne semblaient pas tout à fait au point. Deuxièmement, elle savait qu'il partait le week-end suivant, parce qu'elle partait aussi, et qu'elle avait même participé à l'organisation. Elle savait également que Chloé serait là, et oui, cela la dérangeait, mais elle ne pouvait rien y faire, pas vrai ?
(Elle essaya d'ignorer le fait qu'il se soit moqué de son excessive jalousie. S'il lui disait ce genre de choses si peu de temps après leur dispute, c'était sûrement qu'ils allaient bien. C'était ce qu'elle essaya de se dire).
Et puis le plus important, cet étrange commentaire la concernant, et, et, et, ce fameux « Sauf Marinette ! Ooh, tu ne connais pas Marinette, je ne crois pas vous avoir jamais vu ensemble ! ».
Marinette attrapa machinalement un cookie au fond de son sac — ils étaient normalement destinés à Tikki, mais hey, ils étaient trop délicieux pour qu'elle laisse tout à son kwami. En l'avalant presque, elle lut les quelques messages qui restaient.
[19:04] Chat Noir : Désolé d'envoyer autant de messages, c'est juste… Tellement vide, ici :(
[19:04] Chat Noir : À part le Gorille qui passe de temps en temps et les messages (si on peut appeler ça comme ça -_-) de Nathalie, persooonnne…
Marinette grimaça, et jeta un coup d'oeil aux tissus roses qui traînaient quelques mètres plus loin. Elle ne pouvait pas se permettre de sortir maintenant, alors qu'elle avait encore une tonne de devoir, et le cadeau de Rose à terminer d'ici à peine trois jours.
[19:11] Ladybug : Désolé chaton, je ne peux vraiment pas passer maintenant, j'ai un projet à terminer… :(
[19:11] Ladybug : sinon, permission donnée pour ce w-e !
[19:12] Ladybug : (et pas la peine de t'inquiéter pour Marinette, je la connais déjà, tu te souviens ?)
[19:12] Chat Noir : si tu t'inquiètes trop, tu peux toujours passer nous rendre visite ;) l'auteure du Ladyblog sera là, et je crois qu'elle en serais ravie… Pas autant que quoi, bien sûr :D !
[19:12] Chat Noir : (Ahh oui, c'est toi qui m'avais demandé de garder un oeil sur elle avec le Dessinateur !)
[19:13] Ladybug : si je passe, se sera plus pour jeter Chloé dans l'eau ! ;)
[19:13] Chat Noir : dans l'eau ?
Marinette cligna des yeux, grognant. Elle devait faire plus attention à ce qu'elle disait ! Elle n'était pas censée savoir où ils se rendaient, et Adrien n'était même pas encore informé des détails. Heureusement qu'elle venait de se donner une parfaite excuse.
[19:14] Ladybug : Ouups ! C'était sensé être une surprise ? Marinette m'en a parlé, et elle fait partie des organisatrices :)
[19:15] Chat Noir : Ohh ok !
[19:15] Chat Noir : tu es si proche que ça avec Marinette ? Vous parlez de moi ?
[19:15] Chat Noir : Elle sait qu'on est ensemble ?
[19:16] Chat Noir : ah atta, j'entend le Gorille qui arrive, je vais devoir me de-transformer :(
[19:17] Ladybug : ok ! Dans ce cas, je vais bosser sur mon projet… Bonne nuit :)) !
[19:17] Chat Noir : 'nuit LB !
Lorsque Tikki réapparut devant elle, Marinette lui sourit et lui tendit un nouveau cookie.
— Je crois que ce sera tout pour ce soir, dit-elle avec un clin d'oeil. Bon travail, Tikki.
— Tu sais bien que je ne peux pas te refuser ça, Marinette !
La jeune fille hocha tranquillement la tête, et se retourna vers son bureau pour jeter un coup d'oeil aux patrons qu'elle avait dessinés pour l'écharpe et le bonnet de Rose. Elle était sûre de pouvoir les terminer d'ici le début du week end, mais elle allait devoir travailler dur pour cela. Cela ne la dérangeait pas, bien sûr, car Rose était une bonne amie et elle voulait lui faire plaisir, mais avec la situation actuelle d'Adrien, elle n'était pas sereine. Elle aurait aimé passer un peu de temps avec lui, même juste pour regarder un film dans sa chambre, ou jouer à un jeu. Elle n'aimait pas le laisser seul alors qu'elle savait qu'il s'était encore plus ou moins disputé avec son père.
Marinette commença à découper de grands morceaux de tissu, se demandant ce qu'elle pourrait faire pour l'aider. Certes, il ne voulait pas qu'elle s'en mêle, et c'était compréhensible, mais elle pouvait faire quelque chose, pas vrai ? Elle voulait dire à son père qu'il loupait quelque chose d'important et qu'il devait laisser Adrien grandir et arrêter d'essayer de tout contrôler. Mais elle ne le connaissait pas personnellement, et ce n'était pas à elle de dire ça. Et elle savait que ça ne ferait qu'empirer les choses pour lui.
Elle se sentait inutile.
Lorsque sa mère l'appela pour manger, elle n'avait ni avancé dans le cadeau de Rose, ni trouvé une solution au problème.
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Le groupe entier arriva suffisamment tôt pour que tout le monde puisse entrer dans le bus. Samedi après-midi, les transports en commun étaient habituellement bondés, et ils ne voulaient pas que quelqu'un soit laissé derrière. Alix, Nino, Alya, Adrien et Kim avaient apporté le matériel de camping, et Marinette avait soigneusement caché les cadeaux de Rose au fond de son sac. Elle entendit Alix se plaindre de Chloé, lui disant qu'elle aurait pu amener quelque chose, mais cela ne semblait pas trop grave — Alix et Chloé avaient toutes deux un certain tempérament, et il était difficile de les avoir d'accord sur un sujet (et Marinette n'était pas différente).
Marinette repéra aisément Adrien un peu plus loin, en train de parler avec Nino. Elle ne l'avait pas revu depuis quelques jours, mais ils avaient beaucoup parlé. Elle lui trouva bonne mine malgré tout, et sourit lorsqu'elle entendit son rire éclatant.
— Quelqu'un n'arrive pas à oublier notre modèle préféré, huh ? Lui lança soudainement Alya.
Marinette sursauta et jeta un regard embarrassé à son amie.
— Alya ! S'exclama-t-elle. Ce n'est pas… C'est juste… !
Elle ne savait pas quoi dire, et mentir à Alya était incroyablement difficile. Elle avait l'habitude de le faire pour Ladybug, mais lorsqu'il s'agissait d'Adrien, ses joues rougissaient trop pour qu'elle puisse le cacher.
— Je suis inquiète pour lui, avoua-t-elle plus bas. Il nous a dit qu'il parlerait avec son père, et je ne sais pas comment cela s'est passé. Mais il a l'air d'aller mieux…
Alya lui sourit et grata l'arrière de sa tête.
— Il a repris du poids, dit-elle, et il a l'air de bonne humeur. Je pense que c'est mieux de lui faire confiance. Qu'on s'inquiète pour lui est certainement la dernière chose qu'il veut.
Marinette haussa les épaules. Elle comprenait Alya, mais n'était pas exactement d'accord.
— On doit lui montrer que nous sommes là pour le soutenir, répondit-elle. Il a besoin de se sentir entouré et apprécié à sa juste valeur.
Le regard amusé de son amie ne lui échappa pas, et elle se renfrogna.
— Quoi ? Demanda-t-elle.
— Rien, rit Alya. Bien sûr qu'il faut le soutenir, mais tu dois le laisser faire les choses par lui-même, parce qu'il s'agit de sa relation avec son père. J'aimerais aussi l'aider, mais ce n'est pas si simple. Nous risquons d'empirer les choses si on s'en mêle, tu sais.
Elle fixa un instant Marinette et son air boudeur.
— Tu es trop mignonne, dit Alya en se penchant pour l'embrasser sur la joue. Arrange-toi pour qu'il pense à quelque chose, ou quelqu'un d'autre ce week-end. Le plus important, c'est qu'on passe tous un bon moment, pas vrai ?
Marinette sourit et passa ses bras autour du coup de son amie, enfouissant son visage dans son cou.
— T'es là meilleure, dit-elle.
— Allez viens, le bus est arrivé.
Marinette remercia sa bonne étoile lorsqu'elle vit deux places de libre juste devant Adrien et Nino. Elle se précipita vers eux, prenant Alya par le bras. En s'asseyant, elle prit une grande inspiration et se força à prendre un air naturel, avant de se retourner vers eux. Nino avait déjà son casque sur les oreilles, et lui sourit immédiatement, lui faisant un signe de la main auquel elle répondit. Lorsqu'elle posa les yeux sur Adrien, le garçon sourit chaleureusement et se pencha vers elle.
— Salut ! C'est super d'avoir organisé ça, Marinette. Je suis sûr que Rose sera ravie !
— Shhh, s'exclama Alya en posant rapidement sa main sur la bouche d'Adrien. Elle est à côté, et elle ne sait pas que c'est pour son anniversaire.
Marinette lança un regard agacé à Alya, qu'elle ne parvint pas à contrôler. Elle savait bien qu'Alya ne cherchait absolument rien en posant sa main sur les lèvres d'Adrien, mais l'idée de voir son amie avec un contact avec lui alors qu'elle était obligée de se comporter différemment sans son costume la frustrait horriblement. Elle remarqua Nino lui lancer un regard évident, avec un sourire en coin, et lorsque son amie se retourna vers elle en s'éloignant d'Adrien, elle fronça les sourcils.
— Ah, merci, finit par répondre Marinette en voyant qu'Adrien la regardait toujours.
Elle chercha quelque chose d'autre à dire, mais Alix demanda son aide pour faire l'inventaire du matériel apporté, et elle dût s'éloigner. Même en s'occupant autrement, elle sentit son coeur battre dans sa poitrine lorsqu'elle réalisa qu'elle serait deux jours entiers avec Adrien sans avoir l'occasion d'être vraiment proche de lui. L'idée de devoir faire comme si de rien n'était lui faisait plus mal qu'elle ne l'aurait pensé.
Bien sûr, il n'y avait pas que ça. Ladybug avait peut-être arrangé les choses avec Adrien, et il l'avait pardonné — c'était du moins ce qu'il lui avait dit —, mais ils n'étaient pas exactement revenus à la relation qu'ils avaient avant, et Marinette faisait face à cet état de frustration depuis plus d'une semaine. Elle pouvait être avec lui, mais pas l'embrasser, parce qu'elle n'avait pas envie de forcer les choses après avoir agi aussi stupidement. Peut-être qu'il ne lui refuserait pas ce contact, mais elle voulait qu'il fasse le premier pas, parce que c'était à lui de lui dire si elle méritait d'être encore l'objet de son affection, et c'était à lui de lui donner la permission d'oublier toute cette histoire.
Mais il ne le faisait pas. Ladybug et Chat Noir s'étaient revus tous les jours, mais il n'avait pas tenté de ramener les choses à ce qu'elles étaient, et Marinette était frustrée.
Dès qu'elle voyait son visage angélique — masque ou non —, elle avait envie de se jeter dans ses bras et de dévorer ses lèvres mais il ne lui donnait pas l'autorisation qu'elle attendait, et elle ne faisait qu'attendre que quelque chose se passe.
Et, encore pire, elle allait devoir passer du temps avec lui sans pouvoir même le toucher sans paraître suspecte, ou lui parler sincèrement. Peut-être même aurait-elle à lui mentir effrontément. Elle détestait cela.
— Marinette, dit Alya lorsqu'elle retourna s'assoir. Tu vas bien ?
La jeune fille renifla et se retournant vers elle.
— Oui.
Alya la fixa quelques instants, et commença à éclater de rire. Marinette la regarda avec une expression contrariée, croisant ses bras sur sa poitrine.
— Ne me dis pas que tu es jalouse ! S'exclama son amie.
Marinette réagit immédiatement en portant son index vers la bouche d'Alya avec une grimace.
— Shh ! Il va t'entendre, Alya !
— C'est bon, t'inquiète, il ne sait pas du tout de quoi on parle.
— Mais il est juste derrière ! Chuchota-t-elle.
Alya leva les yeux au ciel et fit un clin d'oeil à Marinette, continuant d'aborder un sourire calme.
— En tout cas, ne sois pas jalouse, Mari. Tu sais bien que je ne ressens rien pour Adrien et qu'il me considère comme une simple amie. La dernière fois, vous avez eu l'air de parler assez intimement, je pourrais parier qu'il ressent un petit quelque chose pour toi !
La jeune fille mordit sa lèvre en évitant le regard perçant de son amie. Bien sûr qu'il ressentait un « petit quelque chose » pour elle, et ils étaient en couple depuis déjà… Combien de semaines cela faisait ? Depuis Novembre, c'était cela ? Le nouvel an datait de peu, alors cela devait faire à peu près deux mois, peut-être plus. Oui, cela faisait deux mois qu'ils sortaient ensemble, et il était tombé amoureux d'elle bien avant ça. Et elle était tombée amoureuse de lui bien avant ça.
— Je ne sais pas, marmonna Marinette. Je ne sais pas si j'ai vraiment envie de tenter quelque chose non plus.
Alya passa quelques minutes à la convaincre du contraire, et elle finit par plier. Elle ne pouvait pas mentir plus que cela, pas à Alya. Elle se sentait déjà assez coupable comme ça, et de toute façon, elle ne pouvait pas nier ses sentiments pour Adrien, Alya la connaissait trop bien pour cela.
Marinette passa quelques longues secondes à parcourir le bus des yeux, recherchant quelqu'un d'autre. Elle tomba rapidement sur la silhouette fine, occupée à resserrer sa queue-de-cheval blonde, mâchant un chewing-gum en faisant trop de bruit. La jeune fille soupira, soulagée ; Chloé était tout au fond du bus, et semblait étrangement calme. Pas que cela la dérangeait.
Elle continua de l'observer un peu. Elle mâchait encore, s'arrêtait pour laisser une petite bulle rose grossir entre ses lèvres, puis la ravaler avec un bruit sec. Marinette retint un sourire satisfait.
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C'était la première fois qu'Adrien montait une tente. Avant de venir, il avait essayé de se renseigner sur le camping, et de ramener des tas de gadgets plus ou moins utiles qu'il avait trouvé chez lui, et honnêtement, il était surpris du matériel qu'il avait trouvé dans sa maison (alors que son père n'était clairement pas le genre de personne qui dormirait dans une tente).
Il déplia rapidement sa tente deux secondes, et Nino vint l'aider à faire le reste.
— Adrien ? Appela Chloé. C'est toi qui as ma tente ?
Il hocha la tête.
— Je vais t'aider à la monter, lui assura-t-il. Avec qui es-tu ?
Elle haussa un sourcil.
— Personne.
— Chloé, il n'y aura pas assez de tentes pour tout le monde si tu-
— Oh, mais qui s'en soucie ? S'exclama-t-elle. Alix n'a qu'à dormir avec un autre duo ! Tu sais bien que je ne m'entends avec personne ici, et si j'ai accepté l'invitation, c'est uniquement parce que tu es là.
Adrien mordit sa lèvre. Après leur emportement de la dernière fois, il avait réfléchi et pensé qu'il serait préférable de partir sur de nouvelles bases avec Chloé. S'il ne s'intéressait pas un peu à elle, elle chercherait désespérément à obtenir son attention — ce n'était pas prétentieux, c'était juste la façon d'agir de Chloé —, et elle le ferait probablement d'une façon qui lui déplairait. Elle avait dit qu'elle arrêterait de franchir ses limites à lui, alors il devait faire des efforts de son côté pour que leur relation s'améliore. Elle n'en avait pas reparlé, mais il savait que son froid avec Sabrina la déprimait.
— Bon, montons cette tente, et nous verrons ça plus tard, marmonna-t-il.
Bien sûr, le « montons » ne pouvait inclure qu'Adrien et Nino. Pas question que Chloé monte une tente. Les deux garçons finirent rapidement le travail, pressés de pouvoir rejoindre les autres après cela. Chloé les regarda en mâchant inlassablement son chewing-gum, les bras croisés sur sa poitrine. Adrien se releva après avoir planté le dernier piquet, et lui lança un long regard, qu'elle évita soigneusement pendant quelques secondes, avant de se résigner.
— Merci, finit-elle par dire.
Nino ouvrit de grands yeux en se tournant vers elle, alors qu'elle se penchait pour ouvrit la tente. Lorsqu'ils s'éloignèrent tous deux, il resta silencieux quelques instants avant de parler avec un ton abasourdi.
— Est-ce qu'elle vient de nous remercier ? Meeeec, c'était hyper chelou !
Adrien rit doucement. Il supposa que ce n'était en effet pas vraiment le genre de Chloé.
— Je lui ai parlé, il y a quelques jours, avoua-t-il. Je crois qu'elle a accepté d'être plus… Modérée dans ses actions.
Nino semblait réellement stupéfait.
— C'est vrai que j'étais surpris de ne pas la voir te sauter dans les bras, comme d'habitude.
— Elle a aussi retiré ses maudites photos de nous sur Facebook, continua le jeune homme.
— Attend, elle avait posté des photos de vous sur Facebook ? Dur !
Adrien hocha la tête.
— Je n'étais pas non plus au courant…
Il voulu ouvrir la bouche pour parler à Nino de sa dispute avec Ladybug. Il ne comptait évidemment pas mentionner la super-héroïne, mais Nino savait déjà qu'il était amoureux de quelqu'un et qu'il l'avait embrassée. Il ne lui avait pas parlé des événements plus récents, mais peut-être était-ce le bon moment pour le faire. À vrai dire, Adrien avait beau faire le malin sous son costume noir, il avait horriblement besoin de conseils lorsqu'il s'agissait de relation amoureuse. Il voulait savoir quelle était la bonne attitude à avoir après leur dispute.
Avant qu'il ne puisse penser à la bonne façon de formuler sa pensée, Alya arriva devant eux avec un air autoritaire.
— Tentes, dit-elle simplement. Besoin d'aide.
— Alya ! Appela Marinette au loin. C'est bon, on peut se débrouiller…
Elle sourit légèrement à Adrien, faisant signe à Alya de la rejoindre.
— T'as presque tout organisé en quelques jours seulement, Marinette, les garçons peuvent bien s'occuper de ça.
Adrien lui lança un regard approbateur.
— C'est vrai, et puis ça ne me dérange pas.
— Tu vois ? Renchérit Alya. Nino, tu aides aussi.
Nino grommela quelque chose à propos de crampes dans les bras et du fait que certaines personnes se prenaient trop pour des princesses. Puis Alya l'entraîna par le poignet sans le laisser continuer.
Adrien n'essaya même pas de se plaindre. Il n'en avait pas grand-chose à faire ; il était même plutôt heureux de pouvoir aider, et s'il y pensait honnêtement, monter des tentes était plutôt amusant. (Il se rendit compte qu'il était le seul à penser ainsi, mais cela n'entrava pas sa bonne humeur). Et puis Marinette en avait fait assez, c'était vrai.
Lorsqu'il rejoignit les autres, il remarqua son regard lagon posé sur lui, alors qu'elle affichait un demi-sourire. Il lui retourna son sourire, et elle se contenta de hocher la tête, gardant une expression ferme. Adrien savait que Marinette avait changé depuis quelque temps, il s'en était bien rendu compte au nouvel an, lorsqu'elle avait parlé honnêtement et même avec autorité, même en s'adressant à lui. Il le savait, mais c'était toujours un peu bizarre. Il était habitué à sa maladresse et à ses balbutiements. Il était aussi habitué à la voir s'adresser au reste de la classe d'une façon complètement différente. C'était plus agréable comme cela.
— Marinette, demanda-t-il, est-ce que tu peux tenir la toile de ce côté-là ? Je ne peux pas planter la tente si elle n'est pas tendue.
Elle acquiesça et l'aida. La tente ne mit pas longtemps à rester en place.
— Ce truc tient à peu près debout, remarqua-t-elle, tu ne te débrouilles pas si mal pour quelqu'un qui vit dans un manoir.
Adrien se retourna vers elle, interloqué. Est-ce que Marinette venait de dire ce qu'il pensait qu'elle avait dit ? Très certainement. Il eut presque l'impression qu'elle se moquait de lui, mais pour certaines raisons, il la sentait plus affectueuse que malveillante, et cela ne le gêna pas. Il était plus surpris qu'irrité. Marinette avait le droit de lui faire ce genre de remarque, n'est-ce pas ? Ce n'était pas si bizarre, et ils étaient amis, non ?
Où était le problème, alors ?
Ah oui.
Ça ne ressemblait pas à Marinette. Marinette était gentille et elle félicitait les autres lorsqu'ils faisaient bien les choses. Il connaissait bien quelqu'un qui passait son temps à le taquiner, mais cette personne, c'était Ladybug. Il chassa la jeune fille de son esprit : pas question de penser à elle maintenant (ou bien il le ferait tout le restant du week-end, et, d'accord, elle lui manquait déjà).
— Euh… Merci ? Répondit-il.
Elle sembla rester silencieuse quelques instants, avant d'ouvrir de grands yeux et de détourner immédiatement le regard, fixant le sol avec un air agité. Adrien fronça les sourcils, cherchant à comprendre ce qui venait de se passer. Il parvint à la conclusion suivante : Marinette avait laissé échapper une remarque qu'elle aurait faite à n'importe quel autre de ses amis, avant de se rendre compte qu'elle n'était pas habituée à faire ce genre de chose avec lui, et elle était gênée. Il soupira, déçu. Est-ce que cela voulait dire qu'elle n'était finalement pas si à l'aise que ça avec lui ? Peut-être qu'il devait tout simplement lui faire comprendre qu'il n'avait aucun problème avec cela, et qu'il acceptait qu'elle se laisse un peu aller devant lui.
— Désolé, dit-elle d'une voix basse.
— Qu- non, ne t'excuse pas ! S'exclama-t-il. Ça ne m'as pas dérangé, vraiment.
Elle soupira, visiblement embêtée.
— Je sais, ce n'est pas pour ça, c'est juste… Commença-t-elle. Rien du tout. Je ne voulais pas te mettre mal à l'aise.
— Ce n'est pas le cas.
Elle sembla légèrement soulagée, mais le sourire fin qui se dessina sur ses lèvres ne lui parut pas si sincère que cela.
— Tant mieux, répondit-elle en levant la main pour venir frôler son épaule. J'espère que rien ne viendra gâcher ce week-end. Un peu de temps libre avec des amis, ça fait toujours un peu de bien, non ?
Il hocha la tête.
— Ma maison est plus ou moins vide, en ce moment. J'avais besoin de ça, je pense.
Marinette ouvrit la bouche, mais se fit couper par Kim et Alix qui déboulèrent soudainement.
— Hey Agreste, y'a ta copine qui te demande, lança Alix.
Adrien la regarda sans comprendre, osant imaginer un instant que Ladybug venait d'arriver — ce qui n'était même pas possible, puisque personne ici n'était au courant de leur relation. Il comprit ce qu'elle voulait dire lorsque Chloé arriva derrière avec un air agacé.
— Je suis pas sa copine, répondit-elle. Maintenant si ça ne vous dérange pas, j'aimerais parler deux secondes avec mon meilleur ami.
Il y eut une sorte de silence gêné, peut-être à cause du ton agressif de Chloé.
— Vous ne sortez plus ensemble ? Demanda Kim.
— Non, et je ne crois pas que ça te concerne, marmonna la jeune fille. Adrien, deux secondes s'il te plaît.
Adrien la suivit (parce qu'elle avait dit « s'il te plaît », et qu'il ne voulait pas la voir piquer une crise). Il était surpris, dans le bon sens, parce qu'elle avait elle-même clarifié les choses.
— Bon, dit-elle lorsqu'ils furent un peu plus loin, enfin débarrassés des autres.
— Wow, t'a l'air de bonne humeur, ironisa-t-il.
Chloé ne sembla pas apprécier.
— Écoute, dit-elle, je crois que je vais rentrer, finalement. Les autres me regardent d'un mauvais oeil et tu ne restes même pas avec moi.
— Quoi ? Non, attend. Essaye de faire des efforts, je suis sûr que-
— Adrien, tu sais bien que ça ne va pas marcher aussi simplement ! À cause de moi, la moitié des élèves de cette classe sont devenus des super-vilains. De toute façon, je n'ai pas envie de me rabaisser à leur niveau.
Cette dernière remarque le fit bloquer sa mâchoire, et il sentit une vague d'irritation parcourir son corps.
— Nous ne sommes pas assez bien pour toi, hein ? Lança-t-il. Honnêtement, fais ce que tu veux, Chloé. Je pensais que ça te ferait du bien de sortir un peu, je pensais que ça pourrait aussi arranger notre relation, mais apparemment tu n'es pas prête à faire le moindre effort, alors je ne vais pas te retenir.
Elle ouvrit la bouche et baissa la tête.
— Non, attend, ce n'est pas ce que je voulais dire, se reprit-elle. Et même si j'essayais, personne ne voudrait-
— Je suis sûr que tu te trompes, et puis-
— Arrête de m'interrompre ! S'exclama-t-elle. Parmi eux, combien se sont fait akumatisé parce que je les ai blessé, hein ? Juleka, Kim, Alya, même Rose ! Pourquoi voudraient-ils m'accepter ?
— Tu ne sais pas de quoi tu parles.
— Oh si, je sais ! Je pense que c'est toi qui n'en as aucune idée. Quand t'es-tu déjà fait akumatisé, déjà ? Ah oui, jamais ! Tu n'as aucune idée de ce que ça fait ! De devenir quelqu'un d'autre, de ne plus se contrôler mais de toujours savoir que ce sont tes émotions qui ont conduit à ça ! De n'en garder aucun souvenir ! Tu veux que je te dise ce qui est le plus horrible ? C'est de se regarder à la télé en train d'essayer de blesser d'autres personnes !
Adrien resta silencieux quelques instants, essayant de trouver les bons mots pour rassurer Chloé. C'était injuste. Elle avait peut-être un horrible caractère, agissait de façon blessante, mais ce n'était pas de sa faute.
— Tu sais bien que ce n'est pas à cause de toi, dit-il, c'est le Papillon qui-
— Et alors ? C'est moi qui les a rendu vulnérables au point de-
— Pourquoi est-ce qu'on est en train d'avoir cette discussion ? Coupa Adrien. Ce n'est même pas le sujet de départ, et personne ne te blâmera pour les méfaits du Papillon. S'ils ont une raison d'être en colère contre toi, c'est à cause de ta façon de rabaisser tout le monde.
Pour la troisième fois au moins cette semaine, Adrien se retrouva encore à regretter ses mots. Chloé s'ouvrait à lui sur quelque chose et il bloquait le passage, ce n'était absolument pas le bon comportement à avoir, surtout avec quelqu'un comme elle.
— Écoute, reprit-il plus doucement, je suis désolé, Chloé. Si tu veux parler de tout ça, je suis là, d'accord ? Je voudrais juste que tu t'ouvres un peu aux autres. En cherchant toujours à te placer au-dessus des gens, rien de positif ne pourra arriver, tu comprends ?
Un nouveau soupir de Chloé lui fit comprendre qu'elle n'était pas exactement prête à se calmer.
— C'est bon, j'ai dit ce que j'avais à dire, marmonna-t-elle. Et toi aussi, je crois.
Il n'aimait pas exactement la façon dont elle le regardait, comme s'il venait de franchir une ligne imaginaire.
— Je ne voulais pas être si dur, ne sois pas en colère, dit-il.
— Je ne suis pas fâchée…
Elle passa une main fine dans ses cheveux blonds, ramenant une mèche derrière ses petites oreilles.
— Je sais bien que tu essayes de faire ça « pour mon bien », continua-t-elle, mais tu ne peux pas juste espérer que je devienne niaise et « compatissante » du jour au lendemain. Je supporterais l'anniversaire de Rose, je suis plus forte que ça.
Elle balança sa main devant elle, comme pour chasser des insectes qui venaient l'embêter. Adrien se sentit presque sourire ; il supposait qu'il ne pouvait pas en attendre plus de la part de Chloé. Il hocha la tête, rassuré, et s'apprêta à rejoindre les autres.
— Une dernière chose, dit Chloé.
— Hmm ?
Elle sortit un chewing-gum de sa poche, et commença à retirer l'emballage rose.
— Arrête de sourire bêtement dès que Marinette te parle. C'est horriblement gênant. Et puis, tu as une copine, pas vrai ?
Elle glissa lentement le bonbon dans sa bouche, et tourna les talons sans attendre sa réponse.
— — —
— — —
Adrien réussit à allumer le feu de camp. Dès qu'Alya avait proposé d'en faire un, il s'était levé avec enthousiasme et avait rapporté assez de petit bois pour faire quelque chose de grandiose.
L'anniversaire de Rose se passait bien, c'était du moins l'impression qu'il avait. Il était assis entre Nino et Chloé, et parlait joyeusement avec Marinette et Alya. La nuit tombait rapidement, et il faisait froid, mais la chaleur des flammes et les crépitements continus étaient agréables. Au dessert, tout le monde regarda Rose déballer ses cadeaux : un joli manteau rose, accompagné d'une écharpe et d'un bonnet cousus par Marinette elle-même. Tout cela était un peu trop rose pour lui, mais il trouva les pièces bien taillés, et se retourna vers Marinette pour la féliciter.
— Marinette !
La petite voix de Rose dans son dos le fit sursauter, mais il rit lorsqu'il la vit se jeter dans les bras de son amie. Rapidement, Alya, Nino et lui les rejoignirent dans l'étreinte.
— Vous êtes vraiment super, dit Rose, je suis tellement contente d'être ici ! Merci.
— Tu n'as pas à nous remercier, répondit Marinette. Nous sommes aussi contents que toi.
Il opina, et ne put empêcher un sourire de se former sur ses lèvres.
Oh non, il recommençait. Il sentit presque le regard glacial de Chloé transpercer son dos.
Était-ce si étrange que cela ? Marinette était une fille gentille et attentionnée, c'était normal qu'il se mette à sourire quand elle parlait, non ? Il était pareil avec Ladybug (bon, d'accord, c'était différent, parce qu'il était amoureux de Ladybug. La comparer à Marinette était une mauvaise idée). Alya se pencha pour chuchoter quelque chose à l'oreille de Marinette, qui rougit légèrement en mordant sa lèvre inférieure. Elle lui jeta un coup d'oeil discret, mais cela suffit. Parlaient-elles de lui ? Il se retint de froncer les sourcils. Il voulait savoir.
Nino se leva quelques instants pour revenir avec des bières. Il commença à parler avec Alya, mais comme d'habitude, Adrien ne comprenait pas tout à leur discussion. Il commença à boire dans sa bouteille, lançant quelques coups d'oeil à Chloé.
Ce fut Marinette qui engagea la conversation. Elle parla de la reprise, de la façon dont Nino n'arrêtait pas de se plaindre en cours, que Nathanael ne faisait que dessiner et que Rose était trop dans la lune pour suivre. Elle parla de la boulangerie et de ses parents, lui dit qu'il pourrait passer un jour, qu'il aurait le droit à quelques pâtisseries gratuites. Elle lui demanda comment est-ce que ça allait avec son père, s'il faisait toujours des séances photos, s'il aimait sa classe.
C'était peut-être un peu cliché, mais Adrien se sentait bien. Il était à l'aise et discutait avec des gens qui étaient bienveillants envers lui, et Chloé ne fit aucun commentaire déplacé. Il pensa aux messages qu'il avait échangés avec Ladybug quelques jours plus tôt, et s'apprêta à demander à Marinette quelle était leur relation exactement, lorsqu'il sentit son portable vibrer dans sa poche.
Il s'éloigna un instant pour checker ses messages. Ses yeux s'ouvrirent instantanément, et son coeur rata un battement lorsqu'il vit qui lui avait envoyé quelque chose.
Son père. Son père ! Ce n'était pas une personne à l'aise avec les messages écrits, il préférait les conversations à vive voix — certes courtes —, mais dans lesquelles il pouvait se montrer autoritaire. Adrien ne sut pas comment interpréter cela. Était-il en colère, si bien qu'il ne voulait même pas entendre sa voix, mais avait toujours besoin de lui faire parvenir une information importante ? Ou bien était-ce Nathalie qui avait écrit le message ?
Il ne le savait pas encore, mais il n'y avait qu'un moyen de le savoir. Il appuya sur l'icône SMS.
[20:02] Gabriel Agreste : Bonsoir, Adrien. Je suppose que tu es déjà avec tes amis, j'espère que les choses sont sous contrôle. Tu m'as déjà assuré qu'un adulte serait là pour vous surveiller, j'espère pouvoir te faire confiance là-dessus. Je resterais deux jours de plus que prévu, mais cela ne change rien à ce dont nous avons parlé avant. Passe un bon week-end.
Adrien mit quelques minutes à réfléchir à sa réponse. Il était heureux que son père ait pris cette peine. Il lui avait donné plutôt à contrecoeur la permission d'y aller, mais il était rassuré de voir qu'il lui faisait confiance (même si Adrien lui avait menti, il n'y avait pas d'adultes. Il ne voulait pas risquer d'être privé de sortie, alors il ne pensait pas que c'était très grave).
[20:10] Adrien : Bonsoir Père ! Merci, tout va bien ici. J'espère que les choses se passent bien pour toi. Bonne soirée.
Lorsqu'il retourna auprès des autres, il affichait un sourire idiot.
— Mon père, justifia-t-il. Il prenait des nouvelles.
Les sourires chaleureux qu'ils affichèrent tous le firent rire.
Nino et Alya semblaient réellement heureux. Les yeux de Marinette brillaient. Il s'attarda un instant sur son visage, parce que les reflets dorés des flammes étaient jolis à regarder, et parce qu'elle le regardait avec affection. Cela lui rappelait la fois où Ladybug était venue chez lui, après avoir découvert son secret ; leurs peaux avaient à peu près la même teinte, et la façon dont la lumière se reflétait dessus était également semblable.
Un coup de coude de Chloé le fit revenir à la réalité. Il avala sa salive, essayant de penser à autre chose. Ces derniers temps, il voyait tout le temps Ladybug, alors il pensait tout le temps à elle, voilà tout. Il ne voulait pas la comparer à Marinette, c'était idiot, mais elle lui manquait. Il reprit sa bière et la termina rapidement, se rendant compte que tout le monde était déjà à sa deuxième bouteille.
Derrière lui, Chloé finit son verre de jus d'orange, et sortit un nouveau chewing-gum de sa poche.
Vers dix heures, il en était à sa troisième bouteille, et il pouvait sentir son corps se réchauffer un peu. C'était en grande partie dû au feu, mais c'était une sensation agréable. Il laissa son esprit vagabonder, oubliant sa dispute avec Chloé, et son père.
Adrien se pencha vers Marinette.
— C'est moi ou il va se passer un truc entre Alya et Nino ? Chuchota-t-il.
Elle sembla un peu surprise, mais répondit par un rire.
— Je crois que c'est le plan.
— Le plan ?
— Ne le répète pas à Nino. Je crois qu'Alya a pour objectif de rentrer chez elle en étant en couple.
Il jeta un coup d'oeil aux deux adolescents. Ils étaient presque collés l'un à l'autre.
— Mmmh… À mon avis, c'est ce qui risque d'arriver. Je suis presque sûr que Nino ressent quelque chose de semblable.
— Je suis contente pour eux, dit Marinette. Je pense aussi que tout va bien se passer. Nino parle souvent d'Alya.
Il hocha la tête.
— Et toi ? Demanda-t-il soudainement.
Il n'avait pas réfléchi, et sa question était bizarre. Adrien, se rappela-t-il, réfléchis avant de parler. Le nombre de gaffes qu'il pouvait faire devenait ridiculement grand.
Marinette rougit, et ouvrit la bouche pour la refermer. Elle semblait hésiter, et il comprit qu'elle était mal à l'aise.
— Désolé, grommela-t-il, c'était indiscret de ma part.
Elle sourit et hocha la tête.
— Pas grave, murmura-t-elle.
Il fixa un instant ses lèvres. Jolies lèvres roses, décrivant de fines et douces courbes, qu'il essaya de chasser de son esprit rapidement. Il avait passé trop de temps sans embrasser Ladybug, certainement. Le fait que la partie inférieure du visage de Marinette soit semblable à la sienne n'aidait pas.
Adrien se rappelait toujours de leurs baisers, bien sûr. Ils étaient parfois sucrés et légers, parfois humides et passionnés, souvent dans l'obscurité du Paris qui s'endort. Les étreintes et les caresses sur son visage lui manquaient. Le cou fin et clair, dégagé pour qu'il puisse l'embrasser, lui manquait. Ladybug lui manquait.
Marinette le regardait.
Adrien s'autorisa à l'imaginer avec un masque rouge à poids noirs. Il remplaça son pull clair par le costume fin, se représentant le tissu coller à sa peau claire. Il s'imagina que Ladybug était en face de lui, et qu'il avait le droit de l'embrasser. Il s'avancerait lentement, et prendrait le temps d'observer un sourire se former sur ses douces lèvres. Puis elle franchirait la distance entre eux, joignant enfin leurs lèvres, jusqu'à ce qu'ils manquent d'air. Elle s'amuserait peut-être à mordiller sa lèvre — elle le faisait souvent, et Adrien rentrait toujours avec la peau rouge et légèrement enflée. Il glisserait son visage dans son cou parfumé, parce qu'il adorait son cou, il adorait embrasser et sucer la chair tendre et lisse. S'il était bon, il réussirait à faire sortir un soupir ou même en gémissement de ses lèvres, il réussirait à lui faire demander plus et…
… Son portable vibra encore.
Adrien cligna des yeux, sentant sa gorge devenir sèche.
[22:14] Chloé : Qu'est-ce que tu fous ?
Il s'empressa de répondre.
[22:14] Adrien : De quoi tu parles ?
[22:15] Chloé : Quand tu auras fini de baver sur Marinette, tu pourras peut-être faire semblant de t'intéresser au reste ?
Il ouvrit la bouche, se retournant soudainement vers Chloé.
— Je ne bave pas sur-
Stop, stop, stop.
Il n'arrivait pas à y croire. Il avait failli le dire devant Marinette. Heureusement qu'il s'était arrêté à temps ! Il lança un regard noir à Chloé, qui lui répondit par un sourire moqueur.
— Adrien ? Appela Marinette. Quelque chose ne va pas ?
Dirigeant à nouveau son regard vers elle, il secoua la tête. Le rouge lui monta aux joues, et il se sentait idiot. Il avait eu un moment d'absence, d'accord, et ça arrivait à tout le monde, non ? Ce n'était pas la première fois qu'il fantasmait sur Ladybug, c'était juste… Imaginer qu'elle était Marinette. Il s'en voulait. Ladybug était tout ce qu'il voulait, et Marinette était certes jolie en gentille, mais il ne pouvait pas juste faire ce genre de chose.
Elle soutint son regard quelques secondes encore (depuis quand faisait-elle ça ? Marinette avait beaucoup changé), et sourit doucement (il essaya de penser à autre chose), ses yeux brillaient (comme ceux de Ladybug), elle l'observait (comme Ladybug). Adrien décida de mettre tout ça sur le compte des bières. Et de la fatigue, peut-être ? Il n'était pas assez tard pour cela, si ?
Un sifflement le détourna de son attention, et lorsqu'il chercha enfin d'où il venait, il remarqua que Nino et Alya étaient en train de s'embrasser.
Adrien pensa deux choses en même temps : « enfin ! », et « ughh ». Enfin, parce qu'il savait que Nino était amoureux de leur camarade depuis presque un an, et que c'était, comme avait dit Marinette, le « plan ». Ughh, parce que voir deux personnes s'embrasser lui donnait une nouvelle raison de penser à Ladybug.
Marinette tira sur sa manche, et lui fit un clin d'oeil lorsqu'il reporta son attention sur elle. Elle se décala de quelques mètres, comme pour laisser plus d'espace à leurs amis. Adrien l'imita, décidant que Nino méritait bien ça. Même Chloé eut la décence de partir, même si Adrien ne le remarqua pas au départ.
Assit à côté de lui, Marinette laissa sa petite main reposer sur l'épaule d'Adrien. Elle le regarda en riant, lui parla encore d'Alya et Nino, avoua qu'elle était contente.
— Rassure-moi, tu n'as pas organisé ce week-end juste pour les mettre ensemble ? Finit par demander Adrien.
Une lueur malicieuse apparut dans son regard, mais elle secoua la tête.
— Quoi ? Non, je l'ai fais pour Rose, bien sûr. Ce n'est qu'un bonus !
Elle passa doucement ses doigts sur le tissu de sa chemise, et Adrien ne bougea pas. Elle remonta, et frôla négligemment sa joue avec son index, comme si c'était normal. Il ne chercha pas à éviter son contact, Adrien était lui-même une personne assez tactile, mais c'était aussi parce qu'il ne savait pas comment réagir.
Marinette riait dès qu'il faisait une blague, et elle appuyait sur le bout de son nez avec un air moqueur, et elle semblait heureuse, et elle lui adressait des regards complices. C'était comme s'ils partageaient un secret, ou quelque chose. Adrien ne parvenait pas à mettre le doigt dessus. Il y avait quelque chose de très attirant chez Marinette, qu'il ne pensait jamais avoir vu plus tôt.
Uhhhh, Adrien, reprend-toi, tu as une copine.
Ce n'était pas bien. Le fait que Marinette soit si proche à ce moment, alors qu'il était dans cette situation particulière avec Ladybug, ce n'était pas bien. Commencer à trouver des similitudes entre elles, ce n'était pas bien. Adrien n'était peut-être pas un expert en relation, mais il savait au moins ça.
Étonnement, ce fût Chloé qui le sauva de cette situation embarrassante. Elle surgit devant eux, et offrit un sourire mielleux à Marinette.
— Marinette, je peux te parler deux secondes ?
Adrien regarda Marinette acquiescer avec lenteur.
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AHHH NOTE DE FIN : Je suis très énervé, parce que ce chapitre devait inclure la scène entre Chloé et Marinette sAUF QUE voilà, a décidé que nope, il ne pouvait pas publier un chapitre plus lourd que 67 Ko, du coup j'ai dû déplacer la scène déjà écrire sur le prochain chapitre. Ce qui ne m'arrange pas, puisque je voulais faire ma coupure à la fin de celle-ci. Bon, ce n'est pas très grave, ok, mais ça m'énerve quand même ; u ; du coup mon argument de 'c'est le chapitre le plus long donc ne m'en voulez pas' bahhhh il fonctionne pas.
Du coup, comme j'ai plus de place, j'en profite pour préciser quelques petites choses sur Chloé. C'est difficile à voir, parce que je reste sur le POV de Marinette, mais j'aime beaucoup Chloé. Dans cette histoire, je pars du principe qu'elle a grandit sans sa mère, et avec un père qui lui a toujours donné tout ce qu'elle souhaitait, et bien sûr que c'est une chose à éviter si on veut qu'elle puisse entrer dans le 'mode réel' après ça. Chloé s'accroche désespérément à Adrien, et a son orgueil démesuré, parce qu'elle a peur du reste. Du coup, désolé si vous n'aimez pas Chloé, parce que je parle pas mal d'elle, là xD
Sinon, encore merci pour tous vos commentaires très positifs ; v ; ça me fait vraiment très, très plaisir.
Bisous !
