Où Marinette ne se contrôle plus, Chloé déclare la guerre au monde entier, et une grosse gaffe arrive.
Attention, soyez prêt pour plein de développement sur Chloé (lol et une réflexion profonde sur l'amitié…. Plus ou moins….). Et oooouuuups, Adrienette !
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Marinette était dans cet état un peu étrange, où elle ne savait pas exactement ce qu'elle voulait et ce qu'elle ne voulait surtout pas, comme si la moindre de ses actions serait en contradiction avec ces pensées.
(C'était à peu près ce qui se passait ; son esprit lui hurlait de s'éloigner d'Adrien Agreste, mais son corps répondait juste non, pas question, reste collé à lui tant que tu le peux, on ne sait jamais ce qui peut arriver. Comme si quelque chose de bien pouvait arriver).
En revanche, elle était sûre d'une chose : elle n'avait pas envie de suivre Chloé, et c'était certainement une mauvaise idée. D'un autre côté, elle n'allait pas risquer de l'énerver et de provoquer une dispute à ce moment-là (elle pensa à Nino et Alya, et Rose, à Adrien qui semblait s'amuser). Alors elle la suivit sans protester, réfléchissant à un moyen de se sortir de là.
Elles s'éloignèrent un peu du groupe. Marinette remarqua que la jeune fille ne marchait pas tout à fait droit, et décida de l'arrêter elle-même lorsqu'elle trouva qu'elles partaient trop loin.
— Chloé, dit-elle fermement. Stop.
Elle ne protesta pas.
— Tu as bu ? S'empressa de demander Marinette.
Chloé soupira, croisant ses bras sur sa poitrine.
— 'Pas tes affaires.
Oh, d'accord. Pas ses affaires, hein ? Est-ce que cela voulait dire qu'elle pouvait repartir ?
— Qu'est-ce que tu veux ? Soupira la jeune fille. Nous sommes trop loin du groupe, et tu n'es pas sobre.
— Tu as bu combien de bières, déjà ? Contra Chloé. Tu n'es pas tout à fait sobre non plus, Marinette.
Elle détesta la façon qu'elle avait d'appuyer sur chaque syllabe de son prénom.
— Oh, arrête ça, répondit Marinette. Juste… Dis-moi ce que tu veux, qu'on en finisse.
Elle n'avait pas l'intention de paraître aussi dure, mais c'était plus fort qu'elle : à cause de cette fille et de ce ridicule malentendu, elle en était venue à remettre en cause la confiance qu'elle avait pour Adrien, et pour Chat Noir. Marinette savait que c'était en partie de sa faute à elle, parce qu'elle avait cette mauvaise habitude d'éviter les discussions importantes, mais elle avait aussi le droit de blâmer Chloé, non ? Cette peste avait tout fait pour la mettre sur la mauvaise direction.
Chloé n'était pas au courant de tout cela, mais ça ne changeait pas grand-chose, et il y avait toujours eu une grande rivalité entre elles.
— Tu veux que je te dise ce qui ne va pas avec toi, Marinette Dupain-Cheng ?
Et qu'elle arrête de prononcer son nom à chaque fin de phrase, par pitié.
— Vas-y, je t'en prie, rétorqua-t-elle.
Elle serra les dents, prête à recevoir les pires paroles possibles. Elle trouverait bien un moyen de lui renvoyer ses propos, alors elle était prête. Elle n'était plus comme avant, pauvre petite Marinette incapable de répondre à ceux qui l'embêtaient. Chloé ne lui faisait pas peur, elle était habituée à des situations bien plus graves.
— Tu n'as aucun, absolument aucun droit, commença Chloé, et pourtant, tu… Tu ne fais rien, et les gens t'aiment quand même !
Marinette cligna des yeux une fois. Elle n'était pas sûre de comprendre où Chloé voulait en venir.
— Enfin, tout le monde sauf moi, bien sûr, se reprit la jeune fille. Je te déteste, ça j'en suis sûre.
— Je préfère ça au contraire, marmonna Marinette malgré elle.
— Bien sûr, « Miss Parfaite » ! S'exclama Chloé. Mais comment est-ce que tu fais ça ? Regarde-toi, à juste faire ta… Ta… Ta Marinette, et tout va bien ! Claque des doigts, la classe décide que tu feras une bonne déléguée de classe, alors que je suis en face ! Monsieur Agreste complimente ton stupide chapeau ! Adrien te regarde de cette façon ! C'est absurde !
— Ce n'est pas-
— Qui a décidé que tu avais bon goût ? Qui a décidé que tes créations étaient mieux que les miennes ?
Marinette grogna. Chloé parlait trop fort, elle lui faisait mal à la tête.
— Je ne me souviens pas avoir vu la moindre de tes créations, déjà. Ne fais-tu pas tout faire par les autres ?
Le visage de Chloé commença à rougir.
— Tu dis ça comme si je ne faisais aucun effort.
— Ah, tu en fais ? Parce que je ne me souviens pas t'avoir vu essayer de faire quelque chose par toi-même !
Elle savait qu'elle devait s'arrêter, et rentrer dans le jeu de Chloé n'avait pas le moindre intérêt, mais elle était en colère. Qu'est-ce qu'elle lui reprochait, au juste ? De faire quelque chose de bien, et d'être récompensée pour ça ?
Marinette serra les poings, presque prête à frapper Chloé. Elle ne comprenait rien, elle osait l'appeler « Miss Parfaite » alors qu'elle avait tout ce dont elle avait envie ! Ce n'était pas qu'une question de renommée ou de richesse — après tout, Adrien avait également cela —, c'était une question de soutien. Le père de Chloé était prêt à tout pour rendre sa fille heureuse, Chloé avait cette chance, et elle se faisait encore passer pour la victime. Marinette ne rêvait pas particulièrement de pouvoir profiter de tous les privilèges que les gens riches possèdent, le plus important étant la relation qu'elle entretenait avec les autres et notamment sa famille.
Mais Chloé avait ça, aussi ! Si elle faisait un peu plus d'efforts, elle pourrait aisément avoir une vie bien plus agréable, alors pourquoi refuser de s'ouvrir au monde ? C'était absurde, et Marinette ne supportait pas ce genre d'état d'esprit. Chloé ne faisait pas d'efforts, elle n'en ferait pas avec elle ; point. Adrien ou pas.
— Et comment je suis supposée faire ça ? Demanda soudainement Chloé. Faire des efforts pour que les autres m'aiment ? C'est stupide ! Ce genre de relation est censé être une chose bénéfique pour les deux partis, pas… Pas une raison pour se fatiguer à essayer de se faire accepter !
Marinette s'apprêta à la rembarrer, lorsqu'elle se rendit compte que Chloé semblait plus calme. En observant son visage de plus près, elle vit qu'elle avait les larmes aux yeux, et retint un hoquet surpris.
— Une relation, que ce soit en amitié ou en amour, n'existe pas pour apporter des bénéfices, Chloé, répondit-elle plus calmement. Ce n'est pas comme ça que ça marche. Ce n'est pas quelque chose qui se compte en biens matériels. C'est à propos de trouver des personnes qui te rendent heureuse.
Chloé secoua la tête. Elle renifla et Marinette comprit qu'elle tenait trop à son honneur pour pleurer devant elle. Elle se demanda si elle n'avait pas l'alcool triste, et presque à contrecoeur, avança une main pour venir serrer l'épaule de la jeune fille.
— C'est ce qu'Adrien semble penser aussi, marmonna Chloé. C'est ce que vous semblez tous penser. Mais ce n'est pas ce que j'ai appris.
— Eh bien si j'étais toi, j'essayerai de m'y faire. Ce n'est pas en continuant comme ça que tu seras heureuse.
Elle ne sembla pas apprécier sa remarque, et recula un peu, évitant son contact.
— Je suis heureuse comme ça, répondit-elle d'une voix sans conviction. J'ai des amis.
À ce stade, Marinette n'avait même plus envie de se moquer d'elle.
— J'ai Adrien, reprit Chloé, et Sabrina… Non, Sabrina ne fait plus attention à moi. J'ai Ladybug, bien sûr.
Elle sembla fière un instant, mais Marinette savait qu'elle n'avait pas revu Chloé sous sa forme de super-héroïne depuis le collège.
— D'accord, avoua Chloé, Ladybug et moi, on s'est un peu perdues de vue, mais je suppose qu'elle a été très occupée.
Marinette mordit sa lèvre inférieure, se sentant un peu coupable. Elle savait qu'elle n'avait pas à se sentir responsable, mais elle se souvenait des nombreux messages que la jeune fille lui avait envoyés sur les réseaux sociaux (Ladybug n'avait pas de page officielle, mais pour avoir passé des heures à se tracasser devant les photos que postait Chloé, elle ne pouvait pas dire qu'elle ne l'avait pas remarqué). En même temps, elle avait été énervé, et si elle avait répondu, ses mots auraient probablement été secs.
— C'est bon, Chloé, dit Marinette. Je sais que tu n'es pas toute seule, mais tu devrais essayer d'être plus gentille, sinon les autres n'iront pas vers toi.
— Ce n'est pas si faci-
— Bien sûr que c'est difficile ! S'exclama-t-elle, perdant sa patiente. C'est dur, pour tout le monde ! Pour certaines personnes plus que pour d'autres, peut-être, mais tu ne peux pas espérer que les gens se tournent vers toi si tu les prend de haut ! Peut-être qu'Adrien peut tolérer ça, mais c'est bien le seul.
— N'ose même pas me parler d'Adrien ! C'est mon ami, je l'ai connu avant toi ! Il m'a dit que tu étais celle qui lui avait parlé des photos, c'est ça, hein ? Es-tu désespérée au point de chercher des images de lui sur mon profil ?
Chloé s'arrêta un moment, reprenant sa respiration.
— Tu veux que je te dise, Marinette ? C'est de ta faute. Il s'est presque fâché contre moi, tu sais ? Tu as déjà tourné toute la classe contre moi et il a fallu que tu le fasses avec Adrien.
Marinette trouvait ses accusations absurdes, complètement infondées, mais elle ne put s'empêcher d'être triste. Elle ne pensait pas avoir jamais vu Chloé dans un tel état. Elle arrivait à comprendre sa jalousie, même si elle le vivait différemment.
Chloé s'assit avec colère, enfouissant son visage dans ses mains. Elle jeta un bref coup d'oeil à Marinette, avant de détourner les yeux.
— Je ne sais même pas pourquoi je te parle de tout ça, grommela-t-elle.
Parce que tu as trop bu, pensa la jeune héroïne.
Elle se rapprocha de son 'ennemie', tendant la main pour attraper la sienne. Tirant un peu, elle força Chloé à se lever et à la suivre. Elle eut l'impression que l'alcool brouillait les gestes de la jeune fille, mais fit de son mieux pour la ramener près des tentes.
— Allons dormir, dit-elle doucement. Tu as besoin de sommeil, et tu es trop bourrée, de toute façon.
Elle ne regarda pas derrière elle, mais le bruit irrégulier des pas de Chloé et la sensation glaciale de sa paume lui rappelaient sa présence. Puis, alors que Marinette était occupée à rechercher la tente qu'elle avait monté un peu plus tôt, elle sentit une pression, des doigts fins se refermer autour de siens.
— Merci, marmonna Chloé.
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Lorsque Marinette se réveilla, sa première réaction fut de refermer son sac de couchage autour d'elle, fermant à nouveau les yeux. Cela la coupait au moins de la lumière trop forte, et des bruits extérieurs qui lui faisaient presque mal à la tête. Cela lui permettait également de ne pas avoir à observer la silhouette endormie de Chloé. À l'intérieur, l'air était chaud, mais au moins, Marinette était plus tranquille. Elle n'avait pas la moindre notion de temps, mais elle était encore trop fatiguée pour sortir maintenant.
À sa droite, elle sentit du mouvement. Quelqu'un, sûrement Alya, roula jusqu'à elle et s'immobilisa. Elle supposa que son amie dormait toujours, et savait qu'elle avait de toute façon le sommeil agité. Souhaitant tout de même vérifier, elle sortit sa tête du sac de couchage, se retournant pour la toiser et…
… Et tomber sur un Adrien Agreste parfaitement endormi, son visage serein encadré par des boucles blondes désordonnées.
… Quoi…
… Qu'est-ce que…
… ADRIEN…
Marinette glapit, avant de placer une main contre sa bouche pour ne pas le réveiller. Ce devait être une erreur. Elle était certaine qu'elle était allée dans une tente vide, hier soir, et Adrien avait dû se tromper en rentrant, elle ne savait pas, mais ce devait être quelque chose du genre. Le fait était qu'elle avait dormi entre Chloé et Adrien, ce qui était quelque chose qu'elle n'aurait pas imaginé lui arriver.
Elle était suffisamment proche du garçon pour sentir son souffle chaud contre son épaule, et l'envie de se blottir contre lui la frappa soudainement. Elle ne pouvait pas aller jusque-là, mais… Un contact ? Toucher une de ses mèches, tracer une ligne sur sa joue ? Ne pouvait-elle pas faire ça ? Elle en avait horriblement envie. Elle songea à la façon dont son costume l'empêchait toujours de ressentir la matière de sa peau, ou de ses cheveux, ou de ses vêtements ; et là, ses doigts étaient dénudés.
Calme-toi, Marinette, se réprimanda-t-elle. Tu en as déjà assez eu hier.
C'était vrai, elle n'avait pas été très prudente. Elle avait presque agi comme Ladybug, presque flirté avec lui, alors qu'il ne savait pas qui elle était. Marinette mordit sa lèvre avec inquiétude, réprimandant son désir de tendre sa main et caresser ses cheveux emmêlés. Ce qui se révéla être un excellent choix, car quelques secondes plus tard, le jeune homme ouvrait les yeux. Avec sa tête décoiffée, son sourire un peu perdu et ses yeux brillants, Marinette lui donna immédiatement un air de Chat Noir, et retint le grognement d'appréciation qui naissait au fond de sa gorge. Il y avait Adrien comme il était devant tout le monde, et il y avait Chat Noir, et elle était la seule à avoir le droit à ses sourires à lui, voilà pourquoi. Elle était tombée amoureuse d'un idiot qui faisait des blagues dépassées et qui lui faisait des clins d'oeil dès qu'il en avait l'occasion, qui se montrait incroyablement fidèle et aussi parfois capricieux, qui était drôle et attachant, voilà pourquoi.
Et Adrien était tout cela. Il était attentionné et toujours prêt à faire plaisir, et il était à elle.
Quand il ouvrit les yeux, elle dû se retenir pour ne pas le lui dire. Elle ne le fit pas, parce que ce n'était pas le moment ni l'endroit, mais elle en avait toujours horriblement envie.
— Marinette ? Demanda-t-il en étouffant un bâillement. Hey…
— Hey, Adrien, répondit-elle.
Le visage souriant et à moitié endormi d'Adrien Agreste était quelque chose qu'elle voulait définitivement voir plus souvent.
Il s'étira, tournant sa nuque avec un 'mmmmh' que Marinette trouva horriblement attirant. En déglutissant péniblement, elle se redressa lentement, se rendant compte qu'elle portait un pyjama un peu embarrassant.
— Rose, hein ? Demanda Adrien avec un sourire. Ça te va bien.
Marinette mordit sa lèvre pour ne pas sortir quelque chose d'absurde, comme 'le rouge me va encore mieux'. Elle ouvrit la bouche pour le remercier, lorsqu'elle se fit interrompre par un raclement de gorge dans son dos.
Ahh, c'est vrai.
— Je ne vous dérange pas trop, j'espère ?
Marinette grogna.
— Salut à toi aussi, Chloé, intervint Adrien. Bien dormi ?
— Oh, pas vraiment, répondit-elle, mais on peut savoir ce que tu fous là, toi ?
Marinette haussa un sourcil. La réponse agressive de Chloé la surprenait, elle qui était habituellement si mielleuse avec Adrien. Mais pour des raisons qu'elle ignorait, il ne sembla pas s'en soucier, ou même paraître interloquée.
— Ah oui, désolé, dit-il. J'ai préféré laisser une tente à Nino et Alya.
— Et tu n'aurais pas pu dormir avec Kim et Max ?
Il haussa les épaules.
— Je ne savais pas qu'elle était leur tente. Je n'ai pas eu envie de réveiller tout le monde.
Chloé ne sembla pas convaincue, mais elle soupira bruyamment en se redressant, encore toute habillée.
— J'entends, articula-t-elle, mais est-ce bien raisonnable de dormir avec deux autres filles sans même leur demander leur avis ?
Une sorte d'échange silencieux se déroula entre les deux, et Marinette ne réussit pas à comprendre quel était le problème. Adrien leva les yeux au ciel, la regardant rapidement avant de retourner à Chloé, lui lançant un regard noir. De la même façon, Chloé la fixa quelques instants avant de continuer.
— Tu n'as pas une copine ?
Marinette voulait être partout sauf ici. Aussi étrange que cela puisse paraître, elle était la fille en question, Adrien ne le savait juste pas. Mais la façon dont le garçon baissa les yeux avec un air coupable la laissa perplexe.
Elle dirigea à nouveau son regard vers Chloé, cherchant à comprendre son étrange comportement. Jusqu'à ce qu'elle comprenne.
'Tu es jalouse. Tu es jalouse d'elle, et de moi'
Les regards stupéfaits qu'elle reçut la laissèrent incrédule. Ooouuuups, avait-elle dit ça à haute voix ?
— Euuh, commença Adrien, je ne sais pas si-
— Marinette, coupa Chloé, ça n'a rien à voir avec toi. Même si tu pouvais arrêter d'essayer de le séduire, ou je ne sais pas ce que tu veux de lui, à te pavaner comme si-
— Je ne fais rien pour- je veux dire, je n'ai jamais… Tenta Marinette.
— Oh, s'il te plaît.
— C'est vrai ! S'exclama-t-elle.
— Chloé, je pense que tu t'emportes pour rien, justifia rapidement Adrien. Tu sais bien que je ne pensais pas à mal en venant ici, et que Marinette ne fait rien de ce que tu dis.
Chloé lui lança un sale regard, croisant ses bras sur sa poitrine.
— Ça te dérangerait de sortir ? Demanda-t-elle. Nous aimerions nous changer tranquillement.
Marinette haussa un sourcil : Chloé était déjà habillée, et elle n'avait rien demandé du tout. Mais le ton autoritaire et fatigué de Chloé parvint d'une façon ou d'une autre à convaincre Adrien, qui soupira, avant d'ouvrir la tente pour se glisser à l'extérieur.
Marinette se retrouva seule, et avec Chloé.
Pas encore, pensa-t-elle.
— Tu l'aimes encore, dit Chloé.
Ça ne ressemblait pas vraiment à une question. Marinette pressa ses lèvres ensemble, essayant de ne pas se montrer trop expressive.
— Je l'aime aussi, tu sais, soupira Chloé. Mais il a déjà quelqu'un.
Elle semblait étrangement calme, et honnête. C'était étrange, de l'entendre parler de ses sentiments aussi simplement. Ce n'était plus 'Adrien est fou de moi', ce n'était plus 'je suis trop bien pour le reste du monde'.
— Je ne pense pas que- commença la jeune fille.
— Écoute, Marinette, reprit Chloé en l'interrompant. J'ai parlé avec Adrien. Et même s'il ne semble pas retourner mes sentiments, je suis toujours son amie la plus proche (ça, ça m'étonnerais, pensa Marinette avec colère). Alors, vois-tu, je suis prête à faire des 'efforts', comme tu l'as si joliment dit hier. Je ferais des efforts pour lui, parce qu'il a besoin de moi (ah, tu crois ça ? Alors que tu n'as fait que lui compliquer la vie). Mais comme je l'ai dit précédemment, il se trouve qu'Adrien a déjà une copine. Je ne sais pas qui c'est, et honnêtement, je m'en fous. Mais si je ne peux pas me mettre entre eux, toi, Marinette Dupain-Cheng, ne le fera pas non plus. C'est clair ?
— C'est une menace ? Demanda-t-elle, incrédule. Chloé, est-ce que tu te rends compte que je n'ai… Littéralement rien fait ? Et si tu tiens tant à lui, pourquoi est-ce que tu semble si énervée contre lui ? Tu ne devrais pas être plus gentille avec ton seul ami ?
Chloé grinça des dents.
— Je fais des efforts pour lui en arrêtant de me mettre en travers de sa route, il fait des efforts pour moi en écoutant ce que j'ai à dire.
— Ce n'est pas comme ça que ça marche !
— Je croyais qu'une relation se basait sur les efforts que l'on faisait pour l'autre !
— Chloé ! Pourquoi est-ce que tu dois toujours tout compliquer ? Sois juste là pour lui ! Supporte-le !
La jeune fille secoua la tête.
— C'est ma façon de le supporter.
Marinette poussa un grognement agacé, et entreprit de se sortir de son sac de couchage. Avec colère, elle attrapa un gilet et sortit de la tente, laissant Chloé seule.
— — —
— — —
Adrien avait le sentiment que les choses n'allaient pas si bien. Il n'avait pas pensé à mal, pourtant. Il s'était dit que dormir à côté de Marinette ou de Chloé ne serait pas un problème, elles étaient ses amies, non ? Même si c'était vrai qu'il ne s'était pas forcément comporté correctement avec Marinette (en lui lançant sans cesse des regards durant la soirée).
Il avait rapidement rejoint Nino et Alya, qui étaient déjà levés, et parlaient joyeusement à la table petit-déjeuné installée.
— Adrien ! Appela Nino. Merci pour hier !
Il secoua la tête, souriant.
— Pas de problème, mec, répondit-il.
— Tu as dormi où ?
Il ouvrit la bouche pour répondre, mais une Marinette presque fulminante arriva vers eux à toute vitesse, attrapant une chaise pliante avant de la planter près d'Alya, et de s'y assoir avec un air incroyablement irrité.
Wow, apparemment, laisser ces deux-là ensemble n'était pas une bonne idée. Adrien essaya de deviner leur sujet de conversation.
— Hey, Mari, dit doucement Alya. Tout va bien ?
— Oui.
— … Ça ressemble au 'oui' le moins sincère que j'ai jamais entendu, reprit Alya avec calme. Tu ne veux pas me parler de quelque chose ?
— C'est rien.
Elle lança un long regard à Adrien, qui retint sa respiration. Alya et Nino se tournèrent également vers lui, avec un air interrogateur.
— Je laisse ma meilleure pote seule une seule nuit, et c'est déjà la cata, marmonna Alya.
Mais les minutes passèrent sans que personne ne réussisse à détendre l'atmosphère. Au bout d'un moment, Nino et Alya se remirent à parler, un peu plus bas, et Adrien les remerciait pour cela : au moins, il n'avait plus à supporter ce silence pesant.
Marinette croisa à nouveau son regard, et il essaya de lui faire comprendre qu'il était avec elle, penchant innocemment la tête avec un air interrogateur.
— Désolé, Adrien, soupira la jeune fille. Ça ne vient pas de toi. Tu n'y es pour rien, vraiment.
— Je… D'accord, mais dans ce cas, qu'est-ce qui ne va pas ? Demanda-t-il.
— Ce n'est pas important.
Elle était sur le point de rajouter quelque chose d'autre, mais son regard s'immobilisa soudainement et Adrien tourna la tête pour apercevoir Chloé, qui venait manger son petit-déjeuner.
— T'es vraiment persistante, Marinette, siffla la blonde en les regardant.
— T'es vraiment égoïste, répondit immédiatement Marinette.
— Il n'a pas besoin de toi.
— Parce qu'il a besoin de toi ? Si tu tiens tant que ça à lui, pourquoi est-ce que tu ne le lui dit pas ?
Elle posa son regard bleu lagon sur lui, et Adrien sentit son sang se glacer. Se disputaient-elles à cause de lui ? Non, non, non, non. Non. Non.
— M-Marinette, commença-t-il. C'est bon.
— Ha ! Tu vois ? Renchérit Chloé. Ça ne sert à rien d'essayer de l'amadouer. D'ailleurs, si tu as essayé de faire quoi que ce soit avec lui cette nuit…
— Chloé ! S'exclamèrent Adrien et Marinette.
Alya et Nino le regardaient, incrédule, et Adrien ne put s'empêcher de rougir. Il ne contrôlait plus la discussion (enfin, ce n'était pas comme s'il l'avait contrôlé à un moment), et rien ne semblait réconcilier les jeunes filles.
— Je rentre, dit Chloé. Je vais appeler mon père, et-
— Attend, dit Adrien. Si tu veux, nous pouvons-
— J'y vais, répéta Chloé. Je ne suis visiblement pas la bienvenue ici, et si c'est pour te voir loucher sur Marinette alors que tu as déjà une copine, je crois que je ferais mieux de partir.
Adrien sentit quatre paires d'yeux sur lui, et commença à prier pour ne pas mourir d'embrassement. Comment diable s'était-il retrouvé dans cette situation ?
— Tu te trompes, dit-il doucement. Mais si tu pars, j'aimerais te parler à mon retour.
Chloé s'arrêta un moment.
— Tu as envie de me parler ? Demanda-t-elle.
Il hocha la tête.
— Bien sûr. Je n'ai pas envie que tu restes en colère. Je suis désolé si je t'ai offensé. Je veux juste que tout se passe bien.
— D'accord, dit Chloé.
Elle semblait plus calme. Adrien lui sourit, essayant de rattraper la situation.
— À plus tard, alors, dit-elle.
D'une certaine manière, elle semblait bien plus détendue que quelques minutes plus tôt. Elle regarda longuement le reste de l'assemblés, hochant la tête vers Marinette.
— Salut, dit-elle d'un toi presque normal, avant de s'éloigner en sortant son portable.
— Pfiouuu, lâcha enfin Nino. J'ai rien compris.
— Tu as dormi avec Marinette et Chloé ? Demanda Alya presque en même temps. Il faut qu'on parle, Adrien.
Le garçon ouvrit la bouche, et se redressa soudainement.
— Ce n'est- il ne s'est rien passé !
Nino éclata de rire, mais Alya continua à le bombarder de questions pendant un moment. Près de lui, Marinette sourit à peine. Elle semblait toujours agacée, pressant ses paumes ensemble, touchant machinalement l'arrière de ses boucles d'oreilles. Adrien la fixa un instant sans comprendre pourquoi est-ce que son coeur se mettait à battre si fort. Ces gestes étaient familiers. L'irritation visible sur le bord de ses lèvres, et les yeux sombres, les paumes, les boucles d'oreilles. Il dut prendre une grande inspiration pour se calmer, et effacer le visage masqué de son esprit.
Arrête de faire ça, se réprimanda-t-il. Ce sont des gestes normaux, pour une personne énervée. Marinette est énervée, c'est tout.
— Adriennnnn, l'appela Alya. Y'a quelqu'un ?
— Hein ?
Il rencontra le regard songeur d'Alya.
— Mmmmhhh, fit-elle en jetant un coup d'oeil à Marinette. Je commence à comprendre Chloé.
Il sentit sa bouche devenir sèche. Que voulait-elle dire par là ? Fixait-il Marinette d'une façon si évidente ?
Marinette se releva soudainement, le faisant sursauter. Il lui lança un regard interrogateur, mais elle ne sembla pas s'en soucier.
— Je vais faire un tour, marmonna-t-elle en s'éloignant.
… Est-ce que c'était à cause de lui ? Adrien baissa la tête. Est-ce que Marinette était en colère à cause de lui ? Elle avait prétendu que non, mais pourquoi serait-elle si énervée contre Chloé ? Il serra les poings, retenant une grimace. Ils étaient supposés passer un bon week-end, il était supposé se changer les idées ; quand est-ce que les choses s'étaient mal passées ? Hier encore, ils s'amusaient bien, Marinette riait avec lui et elle semblait heureuse.
— Va lui parler, proposa Alya. Je pense que tu es plus au courant de ce qui se passe que moi.
Il hocha la tête, terminant rapidement la tartine qu'il avait entamée.
— Je vais essayer d'arranger les choses, dit-il avec un sourire.
— T'inquiète, dit Nino avec un clin d'oeil. On te fait confiance pour ça.
— — —
— — —
Marinette n'eut pas besoin de beaucoup marcher pour trouver un lieu plus calme. Elle sembla vaguement reconnaître l'endroit où Chloé l'avait amenée, la vieille, mais elle n'était pas sûre. Le sol était encore humide, et elle pouvait apercevoir les fines gouttes déposées par la rosée du matin perler sur les petites fleurs jaunes, à côté de la surface lisse de l'étang. Elle pencha la tête pour se regarder un instant, et essaya de se calmer en fixant son reflet.
Elle était encore en pyjama, les cheveux détachés et décoiffés, pas maquillée. En soupirant, Marinette passa ses mains dans ses cheveux, essayant de les lisser un peu avec ses doigts. Elle s'assit avec précaution près du bord, repliant ses genoux contre sa poitrine. Elle ne cherchait pas à s'énerver contre Adrien, ce n'était même pas de sa faute ; mais elle ne comprenait pas pourquoi est-ce qu'il continuait à traîner avec Chloé. Se sentait-il obligé de le faire parce qu'elle était dans sa classe ? Ce garçon était bien trop gentil pour la repousser, sûrement.
Elle entendit des pas derrière elle, et se retourna pour faire face à Adrien. Elle n'était pas vraiment surprise de le voir, et elle lui sourit gentiment pour lui montrer qu'elle n'était pas en colère. Il s'assit près d'elle, humectant ses lèvres en réfléchissant probablement à quoi dire.
— Que s'est-il passé avec Chloé ? Finit-il par demander.
Elle haussa les épaules.
— Elle prétend vouloir faire des efforts pour s'améliorer, mais elle est presque pire qu'avant.
— Tu trouves ? Dit-il, songeur. J'ai l'impression qu'elle s'améliore.
Marinette fronça les sourcils, se retournant rapidement vers le garçon.
— En étant aussi autoritaire avec toi ? En te donnant sans cesse des ordres ? Je ne trouve pas que ce soit une amélioration ! S'exclama la jeune fille.
Lorsqu'elle ferma la bouche, elle se rendit compte qu'elle avait parlé un peu plus fort que voulu. Respire, Marinette, ne t'emporte pas.
— Tu veux que je te dise comment Chloé a toujours été avec moi, jusqu'à récemment ? Demanda Adrien.
Elle hocha lentement la tête.
— Collante.
Marinette s'autorisa à rire, en hochant la tête. Elle avait largement remarqué cela, et le fait qu'il le confesse lui-même la soulageait aussi.
— Elle allait toujours vers moi, mais sans me demander si j'étais d'accord avec ça. Elle ne voulait pas que je traîne avec d'autres personnes. Elle faisait tout pour que je ne le fasse pas, en tout cas.
— Et à cause de ça, dit Marinette, tu as eu une dispute avec… Ta copine.
Il lui lança un regard surpris, mais hocha la tête.
— Mais je lui ai parlé, reprit-il, et je lui ai dit de respecter mes limites. Ce n'est pas seulement pour La- pour ma copine, mais aussi pour moi.
— Je comprends, je ne sais pas comment tu as fais pour la supporter aussi longtemps.
Les yeux qui se posèrent sur elle étaient presque mélancoliques.
— Je sais que tu ne l'aimes pas, dit-il, mais Chloé est la première amie que j'ai jamais eue. Je ne peux pas juste l'effacer comme ça.
— Je sais, mais…
— Et puis, elle essaye de changer ! Elle accepte le fait que j'ai une relation avec quelqu'un d'autre, ou que je me fasse d'autres amis. Elle a juste… Huh, enfin, je crois qu'elle ne t'aime pas trop.
Marinette secoua la tête. C'était réciproque, de toute façon.
— Il n'empêche, reprit Marinette, qu'elle complique tout pour toi, et je pense que tu n'as pas besoin de ça en plus.
— En plus ? Demanda Adrien. De quoi est-ce que tu parles ?
Marinette croisa ses bras sur sa poitrine. Elle avait essayé d'éviter le sujet, parce qu'elle n'était pas Ladybug, là maintenant, et qu'elle ne savait que quelques informations, mais puisqu'il ne voulait pas comprendre…
— En plus de ton père !
Adrien se renfrogna. Il tourna la tête et soupira.
— Honnêtement, quel rapport ? Demanda-t-il. Est-ce que tu sais au moins pourquoi est-ce que Chloé est énervée contre moi ?
Marinette rentra la tête dans ses épaules en sentant l'agacement dans la voix du jeune homme.
— Parce qu'elle n'accepte pas que tu aies une relation avec une autre fille qu'elle ! S'exclamat-elle.
— Parce qu'elle a peur que je ne fasse plus attention à elle, contra-t-il.
Marinette resta un instant silencieuse, observant le visage exaspéré de son voisin. Elle nota avec tristesse sa mâchoire bloquée, et ses yeux sombres, traduisant la tension du jeune homme. Elle ne voulait pas critiquer Chloé pour lui faire de la peine, mais c'était plus fort qu'elle. Elle se souvint de la façon dont Alya lui avait dit de le laisser gérer les problèmes qui le concernaient, mais c'était différent, pas vrai ? Chloé était une peste, de toute façon. Il fallait bien que quelqu'un la remette à sa place.
— Elle a peur que tu ne fasses plus attention à elle, donc elle te parle mal, continua Marinette. Brillant.
Sa gorge se bloqua lorsque le regard d'Adrien se fit plus dur. Elle sentit ses épaules se bloquer, et comprit qu'il était en colère. Elle déglutit en cherchant quelque chose à dire pour se faire pardonner, elle ne voulait pas le voir comme ça. Ce n'était pas pour cela qu'elle avait commencé à lui parler, c'était idiot.
— Marinette, reprit-il plus fort, tu ne fais pas le moindre effort pour te mettre à sa place ! Elle m'a clairement dit qu'elle n'avait plus que moi et je lui ai répondu de me laisser tranquille ! Bien sûr qu'elle est en colère contre moi, bien sûr que c'est à moi de faire le premier pas et de lui faire comprendre que je tiens quand même à elle, même si notre relation est différente de celle qu'elle aurait voulu ! Est-ce si compliqué que ça à comprendre ?
— Mais pourquoi est-ce que tu t'embêtes avec elle ? Elle ne fait que te causer des soucis, même Sabrina à l'air bien plus heureuse sans elle !
— Je la connais depuis plus de dix ans ! Chloé n'a pas toujours été aussi égoïste, et tu ne la connais pas assez pour pouvoir la juger !
Marinette sentit ses lèvres trembler légèrement. Elle baissa la tête, calmant doucement son coeur qui battait trop fort. Je la connais assez bien, pensa-t-elle amèrement.
— Pourquoi est-ce que tu insistes à ce point ? Demanda Adrien. Qu'est-ce que ça peut bien te faire ?
— Je n'aime pas la voir te parler comme ça sans que tu réagisses !
— Je vais arranger ça ! Répondit-il. C'est à moi de le faire, pourquoi est-ce qu'on cherche toujours à résoudre mes problèmes à ma place ?
Ce fut le moment où Marinette arrêta de penser. Ce fut le moment où elle oublia qu'ils étaient Adrien et Marinette, assis au bord du lac, réunis pour l'anniversaire de Rose. Elle se revoyait dans sa chambre ou sur les toits, cherchant une solution pour que son père accepte de le laisser agir comme il l'entend.
— Je fais ça parce que je t'aime ! Cria-t-elle. Je veux juste t'aider ! Je-
La réalisation de son erreur la frappa lorsqu'elle croisa le regard stupéfait du garçon. Sa bouche légèrement entrouverte, ses joues rouges et la façon dont il avait arrêté d'avoir l'air en colère, l'expression d'une personne surprise parce qu'on lui avait dit 'je t'aime'. Non, pensa Marinette. Non, non, non.
Un tremblement parcourut ses épaules, et elle déglutit péniblement, baissant la tête pour éviter son regard. Son premier instinct fut de reculer violemment, prête à se relever et à partir en courant, pour retarder ce qui était sur le point de se passer, parce qu'elle n'était pas prête pour ça. Elle ne voulait pas l'entendre prononcer ces mots. Elle ne lui donnait pas le choix, et il ne pouvait répondre que d'une façon.
— Marinette… Dit-il doucement.
Elle secoua la tête, sentant quelques larmes picoter le coin de ses yeux.
— Je- je vais y aller, dit-elle faiblement en commençant à se relever.
Une main la rattrapa, et elle sentit les doigts chauds s'enrouler autour de son poignet. Cela rappela à Marinette la fois où elle avait battu la Téléporteuse, quand elle était encore fâchée avec lui ; au moment où Chat Noir avait essayé de lui parler, et qu'elle l'avait violemment rejeté, avant de s'enfuir.
Tu ne dois pas t'enfuir, tu ne dois pas t'enfuir, tu ne dois pas t'enfuir.
— A-attend, dit-il, ne pars pas comme ça.
Elle prit une grande inspiration, et releva la tête. Elle croisa ses yeux, et son ventre se tordit lorsqu'elle ne rencontra que douceur et chagrin.
— Je suis désolé, dit-il.
Sa main tenait toujours fermement son poignet. Marinette se détendit légèrement, lui faisant comprendre qu'elle resterait jusqu'au bout.
— Je suis déjà en couple avec quelqu'un, continua-t-il.
Tu es en couple avec la personne que tu es en train de rejeter, pensa-t-elle faiblement.
— Mais je… Je pense que tu es quelqu'un de merveilleux, Marinette, dit-il avec affection. Tu supportes toujours tes amis, et… Je suis désolé de m'être emporté.
Elle hocha lentement la tête.
— Je suis heureux que tu sois mon amie, dit-il. Merci.
En même temps, il lâcha son poignet, et Marinette le regarda en faisant de son mieux pour sourire. Elle avait conscience que sa piètre tentative d'avoir l'air touchée par sa réponse ne trompait personne, mais c'était sûrement la meilleure chose à faire. Elle se releva doucement.
— À plus tard, Adrien.
Avec un sourire, il balança sa tête vers elle.
— À plus tard.
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— — —
Boum, boum.
Adrien resta assit quelques minutes, sans réussir à penser à quelque chose de cohérent. Il pressa machinalement sa paume contre son t-shirt, sentant les pulsations rassurantes de son coeur. Il revit la panique dans les yeux de Marinette, et les éclats brumeux sur ses lèvres humides. Il sentit à nouveau la taille familière de son poignet fin entre ses doigts.
'Je fais ça parce que je t'aime !', avait-elle crié.
Elle l'avait dit d'une façon si naturelle, comme si c'était normal, et qu'il était supposé savoir cela depuis longtemps. Oui, Nino lui en avait déjà parlé, mais il ne pensait pas… Il ne savait pas qu'elle avait toujours des sentiments pour lui, comment aurait-il pu le savoir ?
La rejeter lui avait fait mal au coeur. Il se sentait coupable. Et il se sentait coupable de se sentir coupable, parce qu'il avait déjà Ladybug, et qu'il avait l'impression que dès qu'il posait ses yeux sur Marinette, c'était elle qu'il voyait. C'était injuste pour les deux jeunes filles. Pour Ladybug, parce qu'il regardait quelqu'un d'autre ; et pour Marinette, parce qu'il ne la regardait pas pour qui elle était.
Ladybug.
— Plagg, demanda-t-il faiblement.
Il voulait Ladybug.
Le kwami sortit de son gilet sombre, réprimandant un bâillement.
— Tu as besoin de parler de quelque chose, gamin ?
— Je veux parler à Ladybug.
Plagg prit un air alarmé.
— Ici ? Ce n'est pas-
— Plagg, reprit Adrien, s'il te plaît.
Le kwami soupira, baissant sa tête noire avec résignation.
— Transforme-moi !
La chaleur du costume sombre lui apporta un certain réconfort. Il savait qu'il n'était pas prudent, mais il pensait être assez loin pour ne pas se faire prendre, et puis il ne pouvait pas s'en empêcher. Il attrapa son bâton, cherchant désespérément la fonction 'appel'. Il voulait voir son visage, ses yeux rassurants, entendre sa voix. Mais comme il s'y attendait, elle ne répondit pas. Il se demanda ce qu'elle faisait.
[10:37] Chat Noir : Ma Lady ?
Il voulait attendre, mais était-ce bien prudent ?
[10:41] Ladybug : Oui, Chaton ?
Un sourire se forma aux coins de ses lèvres. Ahh, elle était là. Il ne savait pas où, mais elle était là, et elle lui répondait.
[10:42] Chat Noir : Tu me manque
[10:43] Ladybug : Tu me manque aussi…
[10:43] Chat Noir : je t'aime
[10:44] Ladybug : Je t'aime aussi :)
Lentement, son corps commença à se détendre. Ses épaules se relaxèrent, et il put enfin respirer normalement.
Lorsqu'il rejoignit les autres, quelques minutes plus tard, ses anciens camarades étaient presque tous levés. Il reçut des sourires, et sourit à son tour, cherchant Marinette des yeux. Elle se glissa discrètement derrière Alya, surgissant d'on ne sait où.
Adrien n'essaya pas vraiment d'écouter leur conversation, mais il ne put s'empêcher d'entendre une partie de leur échange. Précisément, le 'Tu étais où ?' de Alya, et le 'aux toilettes' de Marinette, qui n'avaient rien d'étrange. Puis, vint le 'Marinette, les toilettes sont de l'autre côté du campement', qui semblait un peu moins innocent.
Adrien bloqua sa respiration, dirigeant lentement son regard vers Marinette, cherchant une réponse sur les contours de son visage. Ses yeux brillants étaient sur lui, et il n'arriva pas à interpréter l'intensité étrange de son regard.
— — —
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Le retour fut presque un soulagement pour Marinette. Elle était heureuse d'avoir pu passer du temps avec les autres, mais cette histoire avec Adrien avait été complètement hors de son contrôle, et ce n'était absolument pas quelque chose de positif.
Parce qu'elle essayait, vraiment. Elle rassemblait tout son courage pour lui révéler son identité, elle voulait être sincère avec lui comme il l'était avec elle. Leur situation actuelle n'était pas vraiment satisfaisante, elle le savait. Et comment écraser toute la confiance qu'elle avait réussi à construire progressivement au fond de sa poitrine ? En se faisant rejeter par Adrien.
Yep. Elle venait littéralement de se faire friend-zoner par son petit ami. Parce qu'il ne savait pas que c'était elle. Parce qu'il lui avait répondu qu'il avait déjà quelqu'un (qui était… Elle-même). Marinette pensa que ce genre de chose ne devait arriver qu'à elle, parce que c'était la chose la plus ridicule qu'elle n'ait jamais entendue. À ce point, elle ne savait plus si elle devait en rire ou en pleurer. La deuxième option la tentait bien, mais elle devait relativiser. Ce n'était pas comme si elle lui avait laissé le choix. Comment aurait-elle pu espérer qu'il réponde positivement à ses sentiments à ce moment ? Il était déjà en couple (avec elle), il ne pouvait pas faire autre chose que la rejeter… OU ALORS, la tromper… Avec elle-même… Ou bien, la plaquer pour elle-même et…
Quelle que soit la situation, c'était tellement absurde qu'elle ne put retenir le rire hystérique qui échappa ses lèvres.
Dans le bus, Alya sursauta légèrement à côté d'elle, ouvrant les yeux un instant pour se rendormir. Mais elle ne pouvait arrêter sa poitrine de trembler, contenant les éclats de rire.
Ce garçon est tellement adorable que directement après ça, il a voulu me dire qu'il m'aimait.
Ce garçon est tellement adorable qu'il m'a dit qu'il était heureux de m'avoir comme amie, alors que je venais de l'offenser.
Elle plaça ses écouteurs sur ses oreilles, essayant de se détendre un peu. Le trajet lui sembla interminable, avec Adrien juste derrière elle. Au moins, elle n'avait pas de vue directe sur son visage. Lorsqu'ils arrivèrent, il faisait déjà nuit, et ses parents vinrent la chercher. Dans sa chambre, elle ouvrit son sac, et commença à ranger ses affaires. Elle passa ses doigts sur le haut de pyjama rose, retenant un frisson d'excitation.
— Tikki ? Appela-t-elle.
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[21:27] Ladybug : Adrien ? Tu es rentré ?
[21:33] Chat Noir : Oui :)
[21:33] Ladybug : Tu es toujours seul ?
[21:34] Chat Noir : malheureusement…
[21:35] Chat Noir : mon père m'a dit qu'il reviendrait avec deux jours de retard :(
[21:35] Ladybug : j'ai envie de te voir
[21:36] Ladybug : Je peux ?
[21:37] Chat Noir : pourquoi est-ce que tu poses la question ?
[21:37] Chat Noir : tu ne sais pas à quel point j'ai envie de te voir, ma Lady !
[21:38] Ladybug : mmmhhhh… Pas autant que moi ?
[21:39] Chat Noir : c'est un concours ? Parce que si c'est un concours, ça va probablement durer des heures
[21:40] Ladybug : des heures gâchées, hein ? Je préférerais autant avoir cette discussion en face à face… Ou faire autre chose, mais être avec toi.
[21:41] Chat Noir : haha, le sentiment est partagé ;) !
[21:42] Chat Noir : ça va te paraître idiot parce que ça ne fait que quelques jours qu'on ne s'est pas vus, mais j'ai vraiment, vraiment envie de te voir
[21:42] Chat Noir : désolé pour les messages, cette aprem, d'ailleurs…
[21:43] Ladybug : ne t'excuse pas ! J'étais vraiment heureuse :)
[21:44] Ladybug : ça m'a remonté le moral
[21:45] Chat Noir : à moi aussi
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Oh, oh, ohh… Je me demande ce qui va bien pouvoir se passer dans le prochain chapitre….. :')
Ahh, et il me semble que je vous dois des excuses pour… Le gros bordel dans lequel je mets les personnages xD ! Il faut dire que c'est trop tentant ! J'espère que vous avez quand même aimé ! :)
Sinon… Plus que deux chapitre, hein ? La fin arrive plus rapidement que ce que je pensais ; v ; ça me rend presque triste…
