Coucou ! Je tenais à vous remercier pour les commentaires que j'ai reçu pendant cette longue période de… Néant… Puisque ça fait pas mal de temps que je n'ai pas posté. Mais il y a eu la fin de l'année scolaire, bien remplie, et les vacances — et c'est difficile de trouver le temps de tout faire (surtout après avoir passé trois mois sans ordi ; v ;).
La bonne nouvelle, c'est le chapitre suivant (le dernier) est également terminé. AHA ! Surprise ! En fait, il me reste juste la correction, donc vous l'aurez rapidement, promis !
Je vous laisse donc avec le chapitre (bonus, du point de vue d'Alya, puis de Nino !). Il y aura d'autre notes importantes (ou pas forcément, c'est vous qui voyez) que je vais rajouter à la fin. Bonne lecture !
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Alya avait toujours été doté d'un excellent sens de l'observation. Ce n'était pas inné chez elle, mais quelque chose qu'elle avait aiguisé au cours du temps. C'était une science — elle aimait le qualifier ainsi.
Ainsi, quand elle vit Adrien Agreste sortir de chez lui sous la lumière pâle de la matinée — un rapide coup d'oeil à sa montre lui indiqua qu'il était seulement sept heures quinze du matin —, elle remarqua immédiatement la peau rougie, enflée de ses lèvres ; les cheveux emmêlés (trop emmêlés) ; le regard inquiet mais excité du garçon.
Agreste, pensa-t-elle fermement, tu es tellement mort.
Elle voulut s'avancer et — elle ne savait pas, elle hésitait encore entre le frapper et l'enlacer, mais la prise de Nino sur son poignet la força à rester en place. Quelque part dans son regard à demi amusé, elle comprit le message : ne t'emballe pas trop. Peut-être que c'était une bonne chose qu'il soit là, d'ailleurs, et Alya savait qu'elle avait tendance à s'emballer lorsque le sujet tournait autour de Marinette ou de Ladybug. Ou, dernièrement, de Nino. Mais ce n'était pas le moment d'y penser, pas vrai ?
— Salut, mon pote, lança Nino d'un air joyeux.
Elle se demanda comment est-ce qu'il pouvait avec l'air aussi calme — la vérité était que Nino n'avait absolument aucune idée de ce qui se passait, et ne savait tout simplement pas comment réagir, mais en apparence, il se débrouillait remarquablement bien.
— Je- huh, salut, répondit Adrien.
Son air hésitant fit comprendre à Alya qu'elle devait avoir l'air de vouloir lui sauter dessus.
— C'est marrant, dit-elle d'un ton presque glacial, je pensais que tu étais avec Marinette. Enfin, je ne sais pas, aux dernières nouvelles, tu étais avec elle. Au bout d'un moment, vous avez arrêté de répondre à nos messages, et du coup, je me demandais-
— Ce qu'elle veut dire par là, la coupa Nino lorsque le visage d'Adrien devint étrangement pâle, c'est que certaines choses devraient être mises au clair entre toi et Marinette-
— Et que ça ne se fait juste pas de nous ignorer juste après nous avoir dit que vous étiez dans le même lit, reprit la jeune fille.
Adrien hocha faiblement la tête, comme s'il était un gamin pris en flagrant délit à manger du chocolat. Alya décida de ne pas avoir pitié de lui.
— Où est Marinette ? Demanda-t-elle.
Le garçon face à elle se mit à rougir, et lança un regard désespéré à Nino, qui haussa les épaules, comme pour dire « j'y peux rien, désolé mec ».
— Elle est- peut-être rentrée chez elle ? Tenta-t-il.
Alya soupira lourdement, secouant la tête.
— Mon chers Adrien, dit-elle, je ne sais pas pour quelle espèce d'incompétente tu es en train de me prendre, mais il se trouve que je suis la meilleure amie de Marinette. Crois-tu sérieusement que je ne sois pas allée vérifier si elle était chez elle, avant de passer ici ?
La détresse qu'elle lut dans le regard émeraude semblait tellement réelle qu'elle pensa presque à le rassurer quant à ses attentions. Presque. Alya n'était pas ce genre de personne, et elle ferait le nécessaire pour qu'Adrien comprenne ça.
— Je- d'accord, d'accord, marmonna le garçon. Elle est toujours là.
Alya mordit sa lèvre inférieure, essayant d'empêcher l'impression désagréable qui se propageait dans sa poitrine. Marinette avait passé la nuit avec Adrien, bien. C'était un tournant complètement inattendu, même si dernièrement, ils semblaient se parler plus facilement (par dernièrement, elle entendait les deux dernières fois où ils s'étaient vu). Mais c'était bien trop rapide à son goût.
Alya soupira, décidant que tout ça méritait un approfondissement.
— Ok, dit-elle. Tu vois le café au coin de la rue ?
Il hocha la tête.
— On va vous attendre là. Je ne sais pas si Marinette a besoin de se préparer ou quoi que ce soit, juste- venez dès que vous êtes prêts, d'accord ? Il faut qu'on parle.
— … Dans ce cas, je vais la réveiller.
— Je peux compter sur toi, Agreste ?
Il ne sembla même pas réfléchir à la question, ce qui était une bonne chose.
— Bien sûr.
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Alya était habituée à ce genre de choses — se lever plus tôt que le reste du monde —, et elle était aussi habituée à traîner dans des cafés. Elle se prenait aisément au jeu de la journaliste, et rencontrer des gens avant d'aller en cours, c'était quelque chose qu'elle faisait souvent. La situation était différente, mais au moins, elle n'avait pas la même expression que Nino (à moitié endormi, à moitié paumé).
La terrasse était paisiblement éclairée, la lumière pâle rebondissant calmement sur les bords métalliques des chaises. La jeune fille commanda deux cafés avec beaucoup de lait, et se laissa aller contre son dossier.
— Pourquoi est-ce qu'on est dehors ? Demanda Nino. Il fait trop froid pour ça.
Elle haussa les épaules.
— Je préfère dehors. Et je nous ai commandé des cafés, ça va te réchauffer.
Nino prit un air encore plus horrifié.
— Tu sais bien que je ne bois pas de café.
— J'ai demandé beaucoup de lait avec.
— … Ça ne change rien au fait que je n'aime pas ça…
Alya prit un air faussement indigné, parce que c'était comme si Nino ne voulait pas comprendre.
— Mais de quoi aurions-nous l'air, commença-t-elle, si nous jouions les détectives sans café, et assit sur les banquettes intérieures ! C'est mieux comme ça, crois-moi, et je suis une professionnelle.
Un rire étranglé échappa les lèvres du garçon.
— Tu as conscience que ce n'est pas un jeu, pas vrai ? Demanda-t-il.
Alya sourit légèrement, mais ne se laissa pas aller à la facilité.
— Je ne sais pas, dit-elle. Je veux dire, oui, le truc du journaliste, c'est un jeu, mais… Pour le reste, je suis toujours très sérieuse. Je tiens vraiment à comprendre ce qui s'est passé.
Nino hocha la tête, l'air un peu plus grave.
— Je ne comprends pas mieux que toi, lâcha-t-il. J'ignorais qu'ils étaient aussi proches. Adrien et moi ne parlons pas toujours de ce genre de chose, mais quand même.
— C'est là qu'il y a un problème, continua la jeune fille, parce que moi et Marinette parlons toujours de ce genre de choses. Surtout lorsqu'elles concernent notre ami commun. Je ne comprends pas comment est-ce que les choses ont pu avancer aussi vite sans que je sois au courant.
Nino croisa ses bras sur son torse, comme pour essayer de se réchauffer un peu. Il leva ses yeux vers ceux d'Alya, et resta un moment silencieux.
— Peut-être, finit-il par dire, qu'ils se foutent juste de notre gueule.
Alya pinça les lèvres, faisant de son mieux pour garder une expression contrariée.
— Pas question de les laisser faire, alors.
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Lorsque les deux coupables — Alya allait les appeler comme ça — arrivèrent, elle en était déjà à son troisième café. Nino était toujours à son premier, mais elle avait décidé de ne pas faire de commentaires là-dessus.
Adrien avait encore l'air fatigué, et elle le vit étouffer un bâillement, avant de frotter ses yeux lorsque la lumière vive l'éclaira. À côté de lui, Marinette affichait une expression étrange, comme un mélange d'angoisse et… D'amusement. Elle semblait mordre l'intérieur de sa joue, pour s'empêcher de rire, et Alya se dit que bien, elle ne s'en sortirait pas comme ça.
Elle s'éclaircit la gorge, pour attirer leur attention.
— Salut, Alya, dit doucement Marinette.
— Asseyez-vous, ordonna Alya.
Ils obéirent immédiatement, mais Alya ne trouva pas le temps de s'en trouver satisfaite. Elle avait d'autres plans, et d'autres sujets à aborder, elle n'allait pas perdre de temps avec des salutations.
Elle perdit quelques secondes à chercher la bonne manière d'aborder la discussion, pendant lesquelles Marinette trouva quand même le moyen de parler.
— Ne sois pas en colère, s'il te plaît, dit son amie. Ce n'est pas que je voulais te cacher des choses. C'est arrivé assez rapidement et—
— Tu ne voulais pas me cacher des choses, Marinette ? Demanda Alya, incrédule. Le week end a eu lieu jusqu'à hier. Hier ! Et si je me souviens bien, hier, vous n'étiez pas en couple. Et je n'ai aucune idée de comment est-ce que ça a pu arriver, mais ce matin, tu es en couple avec Adrien — et j'espère que vous êtes bien en couple, sinon je ne donne pas cher de ta peau, Agreste —, et vous avez passé la nuit ensemble ? Alors je ne crois pas que ma réaction soit exagérée.
Marinette sembla se raidir un moment, et lança un regard discret à Adrien, qui baissa immédiatement les yeux ; et Alya se rendit compte avec horreur qu'ils semblaient se retenir de rire.
— Vous. Trouvez. Ça. Drôle.
Personne ne lui répondit, sauf Nino, qui posa tranquillement sa main sur son bras, comme pour essayer de l'apaiser. Sauf qu'elle n'avait pas envie d'avoir l'air calme maintenant.
— Vous trouvez vraiment ça drôle, répéta-t-elle. Mon Dieu. Je vais vous tuer. Vous êtes mort, continua-t-elle.
Mais Marinette, étouffant un rire, tendit la main vers elle, et attrapa son poignet.
— Oh, Alya, ne sois pas comme ça ! C'est vrai que votre réaction est drôle, et je- je voulais t'en parler.
Adrien se contenta de hocher la tête.
— Bon, reprit Nino d'un ton détaché, reprenons les choses depuis le début. Vous sortez bien ensemble, maintenant ?
— Oui, répondirent les deux en unisson.
Ils ne semblaient pas hésiter, et Alya se dit que c'était déjà une bonne chose.
— Et… Depuis quand ? Continua le garçon.
Là, il y eut un peu plus d'hésitation, suffisamment pour attirer l'attention de la jeune fille.
— Nous, hum, dit Adrien lorsque le silence fut trop pesant, c'est un peu compliqué. Disons que nous sommes officiellement ensemble depuis hier, mais- je pense que les choses traînent depuis un bout de temps entre nous, déjà. Enfin, c'est comme ça que je l'ai ressenti.
Il tordait ses mains avec ce qu'elle identifia immédiatement comme de la nervosité.
— Oh, certainement, dit Alya. Ce n'est pas comme si Marinette avait passé ces trois dernières années à baver sur ses posters de toi.
À ces mots, Adrien rougit brusquement, puis se retourna vers Marinette avec un sourire en coin, changeant radicalement d'expression. Alya fut un peu surprise de voir Adrien Agreste (alias le garçon étiqueté 'prude' depuis son premier jour), lancer un regard si aguicheur à son amie. Étrangement, cela l'énerva plus qu'autre chose.
— … Nous ne sommes pas venu ici pour parler de ça, intervint Marinette en jetant un regard noir à son… Copain. Mais je suis d'accord avec lui.
— Je croyais que Chloé avait dit qu'il était en couple, interrompit Alya.
— Je n'étais pas vraiment en couple, dit Adrien, je- enfin, si ça peut te rassurer, j'ai dit ça parce que je pensais être suffisamment proche de Marinette pour- enfin…
Alya leva un sourcil.
— Tu te considérais déjà en couple avec elle ?
— P-plus ou moins, admit-il.
— C'est marrant, dit Alya, parce que Marinette n'a jamais parlé de toi. Enfin, pas comme ça, en tout cas.
— Alya ! Intervint Marinette. Je savais ce que tu en pensais : il fallait que je me trouve quelqu'un d'autre, parce que j'ai passé trop de temps à- m'accrocher à lui sans résultat.
— Hum.
Marinette soupira.
— De toute façon, c'est comme ça. Désolé de ne pas t'en avoir parlé plus tôt, mais Adrien et moi sommes en couple, maintenant, et tu ne vas même pas me faire un câlin ou me féliciter ?
— Félicitations, marmonna Nino.
— Je- non ! S'exclama Alya. Je ne vais pas te féliciter, d'accord ? Je suis en colère. Contre toi et Adrien.
Elle ne comprenait pas comment Marinette pouvait juste lui sortir tout ça et espérer qu'elle soit contente. Bien sûr, Alya était ravie de la savoir en couple avec le blondinet sur qui elle craquait depuis assez longtemps comme ça ; mais ce n'était pas tout. Ils avaient dormi ensemble. Ils n'essayaient même pas de le cacher ! C'était beaucoup trop rapide, surtout pour deux adolescents timides comme Adrien et Marinette. Enfin, Alya la connaissait suffisamment pour savoir qu'elle n'était pas toujours timide, mais Adrien faisait partie des personnes qui lui faisaient perdre tous ces moyens. Comment diable avaient-ils finit dans le même lit ?
— Écoute, reprit Marinette, ça doit te paraître précipité, mais je te jure que nous en avons beaucoup parlé, et…
— Ça ne me paraît pas précipité, répondit Alya, c'est précipité.
— Mais je…
— Je suis d'accord avec Alya, intervint Nino. Même si votre histoire ne sort pas exactement de nulle part, je trouve que vous devriez passer plus de temps ensemble avant de… Enfin, voilà, vous me comprenez…
Marinette et Adrien le regardèrent en fronçant les sourcils, l'air réellement perdu, comme si non, ils ne comprenaient pas.
— Vous avez bien dormi ensemble au camping, répondit Marinette.
— Oui. La situation était différente. Nous étions dans des duvets séparés.
— Et qu'est-ce qui te dit que moi et Adrien avons dormi dans le même lit ?
Alya lui lança un sale regard.
— Je ne sais pas. Ça a peut-être un rapport avec le joli suçon qui traîne sur ton cou, ou sur son cou. Ou le message d'Adrien indiquant que tu dormais à côté de lui. Probablement une de ces choses. Mais peut-être que nous ne savons juste pas analyser correctement les signes, vois-tu.
Ce fut au tour de Marinette de lancer un sale regard à Adrien.
— D'accord, admit Marinette. D'accord. Nous avons dormi dans le même lit.
Alya se demanda comment est-ce que ça avait pu même arriver. Elle savait que le père d'Adrien était en déplacement, ainsi que son assistante, mais on parlait quand même d'Adrien Agreste. Elle avait honnêtement du mal à voir le garçon ramener Marinette chez lui. Elle savait que c'était quelqu'un de confiance, mais elle ne pouvait pas s'empêcher de lui en vouloir, parce que c'était trop rapide. Marinette était sa pote, et la jeune fille se sentait même un peu responsable d'elle. La protéger des garçons, c'était son job. Alors tant pis si elle devait avoir le mauvais rôle.
— Bon, soupira Alya. Je vous préviens, je vais être embarrassante.
Tout le monde grogna. Alya s'éclaircit la gorge.
— J'espère que vous vous êtes protégés.
Adrien, qui était en train de boire le café de Nino, s'étouffa soudainement, reposant la tasse avec un bruit strident avant de se lancer dans une quinte de toux. Marinette prit une jolie couleur tomate, et ouvrit la bouche pour laisser échapper un bruit embarrassé. Alya ne parvint pas à comprendre la moitié de ce qu'elle dit — elle parlait beaucoup trop rapidement, comme si elle récitait une suite de mots qui lui passaient par l'esprit.
— Oh, ne me faites pas ce coup-là, continua Alya. Si vous avez couché ensemble, vous pouvez bien en parler. Et j'espère que vous avez fait ça dans des conditio-
— Alya ! On n'est pas- on n'a pas-, commença Marinette.
— On a juste dormi ensemble, continua Adrien, v-vraiment !
— Enfin, on n'a pas fait que dormir, reprit Marinette, mais…
— … Mais on n'a pas franchi cette limite…
— Oui ! On s'est juste un peu embrassé…
— Enfin, un peu beaucoup-
— Ah- euh, oui ! Beaucoup embrassé, mais rien de plus !
— Rien de plus, répéta Adrien d'un ton étrange, comme s'il tentait de se calmer lui-même.
Alya sentit ses épaules se détendre, mais continua à fixer les deux adolescents d'un air méfiant. Elle ne pensait pas qu'ils mentaient, mais tenait à être vraiment sûre. Après tout, Marinette ne lui avait pas tout dit jusque-là.
— Vous n'avez pas couché ensemble, répéta-t-elle. Vraiment ?
— Juré, dit Marinette. Ce n'est vraiment pas arrivé.
— Humm…
Elle jeta un regard insistant à Adrien, qui rougit encore plus — si c'était possible —, mais qui ne détourna pas le regard. Elle décida que, d'accord, le garçon était affreusement embarrassé, mais il ne mentait pas. Alya était plutôt douée pour détecter les mensonges (enfin, elle pensait qu'elle l'était), et Adrien disait la vérité. Marinette aussi, certainement. Et cela la rassurait, parce que même si Alya savait qu'à leur âge, ce n'était pas surprenant d'avoir des relations sexuelles avec son partenaire, elle ne savait pas si elle était prête à laisser Marinette à Adrien.
Le problème n'était pas Adrien lui-même. Adrien était son ami, il était adorable et honnête et gentil. Il avait besoin de quelqu'un comme Marinette, peut-être même plus qu'elle avait besoin de lui. Mais c'était aussi laisser Marinette grandir avec quelqu'un d'autre qu'elle, et avoir des expériences avec quelqu'un d'autre qu'elle, le genre d'expériences qu'elles n'auraient jamais ensemble. Alya n'était pas amoureuse de Marinette ; mais elle aimait Marinette, en fait, elle l'aimait tellement qu'elle avait toujours pensé qu'elle serait la numéro une dans son coeur quoi qu'il arrive. D'accord, il y avait toujours eu Adrien, mais jamais rien de concret, et maintenant que ça le devenait… Elle était presque jalouse.
Un sentiment dont elle devait vite se débarrasser.
— … Tu m'en veux toujours ? Demanda Marinette d'une petite voix.
Alya, qui avait amené son café à ses lèvres, bu une dernière gorgée avant de reposer sa tasse et de se lever. Elle rejoignit son amie en deux enjambées, et la prit dans ses bras.
— Je suis frustrée que tu ne m'en ait pas parlé plus tôt, dit-elle. Mais je ne t'en veux pas.
Marinette répondit à l'étreinte, laissant glisser ses petites mains dans le dos d'Alya.
— Je suis contente pour vous, continua Alya.
Adrien sourit légèrement, et la jeune fille remarqua que sa posture était nettement plus détendue qu'auparavant. Ohhh, il croyait être sorti d'affaire ?
— Par contre, j'aimerais avoir une petite conversation avec M. Perfect ici présent, dit-elle en désignant le garçon. Juste toi et moi, mais ne t'inquiète pas, je ne mords pas. Enfin, je ne pense pas.
La lueur alarmée qui passa dans son regard rendit Alya beaucoup plus satisfaite qu'elle ne devrait l'être.
Marinette étouffa un rire.
— Ne sois pas trop dure avec lui, dit-elle.
— Allons, Mari, tu sais bien que ce n'est pas du tout mon genre.
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La situation était presque amusante.
Ce n'était pas pour le café — il détestait le café ; il le répétait tout le temps à Alya mais elle continuait à en commander pour lui —, ni pour le fait d'être dehors à cette heure et en cette saison — Nino préférait ne pas geler sur place, merci beaucoup — ; non, s'il devait trouver une raison, ce serait certainement… Le fait de voir sa copine, armée d'un esprit vengeur et d'un sourire carnassier, bombarder son meilleur pote de questions embarrassantes et de menaces plus tordues les unes que les autres.
Ils étaient loin, à l'autre bout du café, assis autour d'une table semblable à la leur ; mais la façon dont Adrien rougissait ou regardait Alya avec un air terrorisé n'échappait à personne. Et Nino ne savait pas lire sur les lèvres, mais il était à peu près sûr qu'Alya n'était pas juste en train de prendre des nouvelles de sa famille.
C'était presque amusant, et c'était le genre de choses pour lesquelles il avait signé lorsqu'il avait décidé de sortir avec Alya Césaire. Nino n'était pas du genre actif, ok, il y avait beaucoup de choses qui suscitaient son intérêt, mais il n'était pas celui qui allait ordonner à ses amis récemment en couple de se lever aux aurores pour avoir avec eux La Discussion.
Peut-être qu'il devrait parler avec Marinette, qui était assise en face de lui ; gardant ses genoux soigneusement croisés, et regardant leurs deux amis avec une moue amusée et un peu nerveuse en même temps. La lumière pâle éclaira faiblement son cou, et Nino leva un sourcil lorsqu'il repéra la petite marque rouge clairement visible. Huh. Adrien était moins timide qu'il en avait l'air, certainement.
— J'espère qu'après ça, Adrien ne va pas partir en courant, dit Marinette d'un ton léger.
— Je pense que tu n'as pas de soucis à te faire de ce côté-là…
Marinette hocha la tête. Quelques mèches dégringolèrent jusqu'à son visage, et elle les replaça hâtivement derrière ses oreilles. Nino trouvait qu'elle était vraiment jolie — objectivement parlant —, et qu'elle allait vraiment bien avec Adrien. Genre, ils pourraient faire des couvertures de magazines ensemble et tout. Ils auraient des enfants gentils et super mignons. Ce genre de couple.
— C'est une bonne chose, dit-il sans vraiment s'en rendre compte.
— Qu'est-ce qui est une bonne chose ?
— Tu sais. Toi et Adrien. Vous allez bien ensemble. Et puis, il a besoin de ça.
Une expression douce se dessina sur son visage, et Nino était soudainement heureux. Il faisait confiance à Marinette, il faisait confiance à Adrien, et il savait que les voir ensemble, enfin, était une bonne chose. Il ne pouvait pas parler pour Adrien, il ne savait pas à quel moment exactement il avait commencé à avoir des sentiments pour elle (avant la fête de Rose, se dit-il) ; mais Marinette était amoureuse de lui depuis le collège, et même si elle avait tourné ça en une obsession, c'était une fille compréhensive. Nino était, un jour, tombé sous le charme de Marinette.
— Oui, dit Marinette. Il va parler à son père, tu sais. Quand il va revenir. J'espère que les choses se passeront bien — il mérite mieux que ça.
Nino opina, laissant ses doigts traîner sur la surface froide de la table.
— Son père n'a jamais été là pour lui. C'est un con, dit Nino.
— Nino…
— Je sais que ça ne se fait pas de dire ça, mais de mon point de vue, c'est un con.
— Peut-être qu'il va se rendre compte que c'est inutile de continuer à le forcer comme ça, dit Marinette, peut-être qu'il ne pensait pas à mal.
Nino haussa les épaules.
— Il ne pensait pas à mal, il pensait à manipuler Adrien pour qu'il devienne quelqu'un comme lui. Et ça fait de lui un vrai salopard. Mais ça reste son père, alors je devrais probablement arrêter de le critiquer.
Il soupira, jetant un nouveau coup d'oeil à Adrien. Quoiqu'il soit arrivé avec sa mère, il ne méritait pas ça, et son père ne réagissait certainement pas correctement.
— Tu as le droit de le critiquer, pourtant, contra Marinette. Je suis aussi en colère contre lui, pour avoir mis Adrien dans cet état. Mais j'espère quand même que les choses s'arrangeront.
— Je suis d'accord avec toi.
Marinette posa ses coudes contre la table, laissant son visage reposer dans ses mains ouvertes.
— Bon, en attendant, je me demande de quoi il parlent…
Nino n'avait pas vraiment envie de savoir, étonnement.
— Tu ne vas pas me donner le même discours ? Demanda-t-elle.
— Je pensais que tu allais me donner ce discours, rit Nino. Par rapport à Alya.
Le rire de Marinette était léger et semblait sincère.
— Alya est une grande fille. Et je suis une grande fille aussi, mais je vais la laisser jouer à la grande soeur un peu plus longtemps, je crois que ça l'amuse beaucoup. Sinon, je vais juste de dire de ne pas la blesser, mais je te fais confiance.
— Je te fais aussi confiance pour ne pas blesser Adrien.
— Les choses sont plus simples comme ça, soupira Marinette, sans discours à rallonge, je veux dire. J'ai juste envie de récupérer Adrien en un seul morceau, si possible.
— N'espère pas trop. On parle d'Alya, là…
— C'est vrai, sourit-elle.
Ils restèrent un moment silencieux, regardant curieusement les gens autour d'eux. Un serveur finit par passer et leur demanda s'ils souhaitaient autre chose, et ils commandèrent une nouvelle tournée (café pour Alya, thé pour Marinette et Adrien, et chocolat chaud pour Nino). Marinette sortit son portable et fronça les sourcils.
— Les cours vont bientôt commencer, dit-elle. Je- notre lycée est un peu plus loin, sans parler de celui d'Alya, peut-être que nous devrions-
— On ne va pas aller en cours maintenant, contra Nino.
— On sèche ? Demanda la jeune fille, visiblement incrédule.
— Bah… C'est le plan, ouais. Ça t'embête tant que ça ?
Elle secoua la tête.
— Je m'inquiète plus pour Adrien.
— Il pourra toujours dire qu'il ne se sentait pas bien…
— Son père sera encore plus parano, dit-elle, il pensera que c'est à cause du week-end.
Marinette avait raison, bien sûr. C'était le genre de connerie que Gabriel Agreste penserait.
— On pourra toujours trouver autre chose, soupira Nino.
— C'est vrai, admit Marinette, et puis je n'ai pas vraiment envie d'aller bosser maintenant.
Elle avait l'air heureuse. Elle s'était tournée vers Adrien, et lorsque Nino leva les yeux vers lui, il vit qu'il lui retournait un regard chaleureux. Ils avaient vraiment l'air de deux idiots amoureux. Nino ne put s'empêcher d'observer Alya, et lorsque ses yeux sombres rencontrèrent les siens, il sentit ses joues chauffer, et résista au besoin de détourner le regard. Un sourire était certainement plus romantique.
Alya et Adrien revinrent vers eux au bout de peut-être vingt minutes, et le garçon avait déjà l'air épuisé. Il se glissa à côté de Marinette, prenant sa main pour déposer un discret baiser sur son dos. Marinette sembla retenir un rire, et calla sa tête contre l'épaule du jeune homme. C'était étrange, parce que Nino ne pensait pas les voir aussi tactiles entre eux.
Il reporta rapidement son attention à Alya, qui, honnêtement, l'intéressait bien plus que le couple face à lui.
La raison pour laquelle Alya semblait s'intéresser à lui, il ne la connaissait pas. C'était même un concept étrange de son point de vue, après tout, que pouvait-il lui apporter ? Nino n'était pas vraiment doué avec les gens — certes, il essayait d'être spontané, d'offrir son aide aux autres, mais parfois, il ne pouvait pas s'empêcher de manquer un passage. Il n'arrivait pas à s'adapter, voilà où était le problème. Du moment que la conversation restait dans le cadre qu'il s'était défini — la plupart du temps, il s'adonnait à des sujets tels que le cinéma et la musique ; surtout la musique —, tout allait bien. Si les gens avaient un comportement un peu différent de la normale, Nino ne savait pas comment réagir et les mettre à l'aise. C'était le cas de Gabriel Agreste, bien sûr, et aussi même le cas d'Alya.
Nino la laissait mener la danse ; il la laissait choisir leur sujet de conversation, et il la laissait l'embarquer dans ses plans foireux, parfois. Il lui arrivait de s'énerver un peu avec elle, mais ce n'était jamais très violent, et c'était son caractère à elle qui le voulait.
Pourquoi Alya s'intéressait à lui ? Il n'en avait strictement aucune idée. Il n'était pas persévérant comme elle — à part peut-être quand il s'agit de musique —, ni particulièrement beau, ni même intelligent. Il avait peur qu'un jour, elle se rende compte qu'elle trainait avec un type ennuyeux, qu'elle pourrait trouver mieux. Pour le moment, Alya semblait contente avec lui ; et c'était une bonne chose, alors il était aussi heureux. Mais si un jour, elle décidait que ça n'allait plus, il se sentirait vraiment mal.
— Tout va bien, Nino ? Demanda Marinette.
Il sursauta, surprit qu'elle s'attarde sur autre chose que le garçon blond à côté d'elle. Il se dit que Marinette était certainement une bonne observatrice — en fait, être Ladybug la poussait à aiguiser cette faculté, mais Nino ne pouvait pas savoir ça. Lorsque, des années plus tard, Alya et Nino auraient une immense dispute, Nino séjournera longuement chez Marinette et Adrien, et sans dire un mot, elle saurait comprendre tout ce qui n'allait pas. Marinette aurait toujours cette faculté à comprendre les autres — lorsqu'elle faisait des efforts pour, et arrêtait d'être complètement bornée —, c'était sans doutes pour cela qu'elle avait été bien meilleure déléguée que Chloé.
— Oui, répondit-il, je me disais juste que ce serait bien si les choses pouvaient rester ainsi.
Cela sembla satisfaire Marinette, puisque la jeune fille sourit de plus belle, comme si la vie atteignait son climax, son moment le plus heureux, et qu'à partir d'ici, rien ne pouvait s'améliorer. Nino avait bien conscience que ce n'était pas une pensée très positive, mais c'était ainsi qu'il voyait les choses ; ils allaient bientôt grandir, dans le sens où ils auraient d'autres problèmes plus importants, et peut-être que cela leur donnera moins de temps entre eux. Moins de temps à penser aux autres, à leurs liens, ou quelque chose comme ça.
Pour l'instant, ils avaient du temps. Pas d'examen en fin d'année, pas de devoirs trop lourds, pas de responsabilités.
Et, Alya pourra dire ce qu'elle voudra, ce qui se passait entre Marinette et Adrien, c'était leurs affaires. Nino était curieux, il trouvait ça un peu étrange — jamais Adrien n'avait réellement parlé de Marinette, pas en tant qu'intérêt romantique, du moins —, mais si tout se passait bien, il ne comptait pas chercher des problèmes partout. C'était une bonne chose, voilà tout. Nul besoin d'y retrouver quelque chose à dire.
— Les choses peuvent continuer ainsi, dit Marinette, enfin, elles seront différentes, dans un sens, mais elles peuvent toujours être aussi commodes.
Il hocha la tête, et lorsque Alya s'intéressa à leur sujet de conversation, continua à parler avec elle.
Nino ne fit pas attention à combien de temps ils restèrent ici, peut-être deux heures, ou même trois, et à son troisième chocolat chaud, il proposa de rentrer, parce qu'il faisait vraiment froid. Comme ils étaient en train de sécher les cours, la question du lieu se posa — il ne fallait pas se faire prendre, même si les parents seraient, à un moment ou un autre, au courant. Au final, Alya, dont la famille travaillait actuellement, se proposa, et ils passèrent la journée à regarder des films, affalés sur des coussins. Nino arrêta de se poser des questions, et parvint enfin à apprécier le moment présent, sans se soucier de ce qui allait venir — penser au futur faisait trop peur, de toute façon ; pourquoi s'y attarder ?
Marinette, lovée contre Adrien, semblait parfaitement à sa place, c'était comme si elle avait toujours été dans cette position, comme si c'était la chose la plus naturelle au monde. Nino dû patienter pendant au moins deux épisodes de How I Met Your Mother avant de sentir la chaleur familière de la peau d'Alya contre sa propre épaule. Retenant un grand sourire, il passa son bras autour de ses épaules, et laissa sa tête reposer contre son cou, respirant le parfum de café mêlé aux odeurs de papier journal.
Et lorsque la mère d'Alya arriva, et les trouva tous ainsi, amassé les uns contre les autres, elle ne trouva même pas la volonté d'être en colère.
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Fin du chapitre bonus ! J'étais partie dans l'idée d'écrire un chapitre surtout drôle, mais je crois que le rendu final est un peu différent de ce que j'avais en tête ; même si je vais laisser ça comme ça. En tout cas, j'ai bien aimé écrire du point de vue de ces deux-là, ça change un peu de Marinette et Adrien :) !
Vu que le chapitre suivant est plutôt long, et que ce site ne me laisse pas poster de textes trop longs (je crois être la seule avec ce bug, ça m'énerve. Il doit faire une vingtaine de pages, pourtant =_=), je vais écrire ma note de 'fin de fiction' ici.
Déjà, merci à tous pour votre soutient. Non, sérieusement. J'adore écrire, et je le fais sans me forcer, mais sans avoir de retours positifs et encourageants, c'est très compliqué. Merci à tous ceux qui ont pris la peine de me laisser une review, même courte, ça ceux qui ont suivis, aimé, et à ceux qui ont lu, tout simplement. Ça compte beaucoup.
Ensuite, concernant mes futurs projets : je compte bien sûr continuer à écrire. J'ai plusieurs choses en cours dans ce fandom, aussi, quelques AU (univers alternatifs), surtout.
J'essayerai de poster le nouveau chapitre demain — après avoir passé cette foutue épreuve du permis. Oui. Je passe le permis demain. Oui.
Bisous !
