Bonjour à tous,

Nous vous retrouvons avec un nouveau texte du Noël des Sorciers.

En vous souhaitant une bonne lecture,

Yunoki & Baderoh


Noël 1998, partir à l'aventure par DameLicorne

— Non, non, non et non ! Il n'en est pas question, Ernie, laisse tomber ! s'écria la jeune fille sur un ton exaspéré.

— Mais ça va être sympa, Millie, tu vas voir... commença-t-il à rétorquer, avant d'être interrompu à nouveau.

— Ne m'appelle pas Millie, par Merlin ! Combien de fois je devrai te le répéter ? Bon sang, je dois t'appeler Ernest pour que tu comprennes ? s'énerva-t-elle.

Le jeune homme plissa le nez.

— Oh ça va, Millicent, répondit-il en soulignant son prénom. Tu sais très bien que je n'ai pas envie qu'on m'appelle comme mon grand-oncle. Ernest, c'est un prénom de vieux.

Elle haussa les épaules.

— Moi je ne trouve pas. Tu remarqueras que, puisque tu préfères Ernie, je respecte tes préférences, moi, martela-t-elle en redressant le menton. Et je n'essaye pas de t'entraîner n'importe où, n'importe comment, pour faire n'importe quoi !

— Oh s'il te plaît, Millicent ! Je t'assure que ce n'est pas n'importe quoi ! Je suis sûr que tu ne le regretteras pas !

La jeune fille lui jeta un regard sceptique.

— Sérieusement ? Tu crois vraiment que je peux apprécier de faire un tour du côté Moldu ? Mais Ernie, enfin, tu réalises ce que tu me demandes ? Je crois que j'aurais mieux fait de passer ce Noël toute seule chez moi, au lieu de passer te voir...

Sur ces mots, elle éloigna sa chaise de la table et se leva. De toute façon, elle avait terminé sa Bièraubeurre depuis un moment. La jeune fille enfila sa chaude cape en laine et noua son écharpe de Serpentard autour de son cou. Elle se coiffa de son chapeau de sorcière. Au moment où elle allait quitter le Chaudron Baveur, Ernie la retint finalement par le poignet. Elle se retourna vers lui, agacée.

— Attends Millie... Millicent, pardon. Viens avec moi, s'il te plaît. Je te promets que tu ne le regretteras pas. Et puis... et puis... Tu as ton permis de transplanage, hein, tu pourras toujours partir quand tu voudras, tu sais.

Face aux yeux suppliants et à la détermination de son ami, la résolution de la jeune fille commença à fondre. Elle ferma les yeux pour lutter. Réalisait-il vraiment ce qu'il lui demandait ? Lorsqu'elle rouvrit les yeux, il la regardait toujours de la même manière. Elle poussa un long soupir.

— Tu me laisseras vraiment partir quand je voudrai ? vérifia-t-elle, sceptique.

— Oui. Enfin... pas dès la sortie du Chaudron Baveur, je te vois venir, hein. Mais dès que nous serons là où je veux vraiment t'emmener, dès que tu auras vu ce que je veux te montrer, précisa-t-il sur un ton toujours légèrement suppliant.

— Je ne vois toujours pas ce que ça peut apporter, d'aller voir les rues moldues le soir de Noël, mais bon, si ça doit te faire tellement plaisir... soupira-t-elle ostensiblement en levant les yeux au ciel.

Ernie se retint de sourire triomphalement, offrant malgré tout à son amie un sourire joyeux. Il lui prit la main pour l'entraîner à sa suite, tout en s'exclamant :

— Tu vas voir, Millie, tu ne vas pas le regretter !

— Ne t'inquiète pas, Ernest, je saurai te le faire regretter si je le juge nécessaire ! lui rétorqua-t-elle en faisant la moue.

Ernie la connaissait trop pour en tenir sérieusement compte. Il avait obtenu l'accord de Millicent Bulstrode, c'était tout ce qui lui importait. Et, foi de MacMillan, son amie allait apprécier cette sortie. Il ne pouvait pas en être autrement.

Cependant, le jeune homme marqua un temps d'arrêt, juste avant de quitter le pub sorcier. Il examina son amie d'un œil critique.

— Bon... Ta robe et ta cape, ça passe, ton écharpe aussi. Mais il va falloir faire quelque chose pour ton chapeau...

— Comment ça, mon chapeau ? Il est très bien, mon chapeau ! Et qu'est-ce que tu veux lui faire, d'abord ? s'indigna-t-elle.

Pour toute réponse, Ernie se contenta de lever sa baguette vers la tête de son amie, un sourire au coin des lèvres. Millicent fronça les sourcils et se dépêcha d'ôter le couvre-chef de sa tête.

— Eh oh, ça ne va pas ? Ne vise pas ma tête avec une baguette ! s'énerva-t-elle, d'autant plus fort que les traces de la guerre étaient encore fraîches.

Le jeune homme se mit à rire mais, très vite, rassura son amie. Il voulait seulement métamorphoser son chapeau en couvre-chef moldu, un bonnet par exemple, afin de passer inaperçus. Millicent ne comprenait vraiment pas le problème, aussi Ernie lui expliqua-t-il que les Moldus ne portaient ce genre de chapeaux que lors d'Halloween. Levant les yeux au ciel, elle ne se priva pas de lui dire qu'elle trouvait cela ridicule, mais le laissa faire.

Ils sortirent rapidement. Ernie savait à peu près par où ils devaient passer. Il essaya un peu de faire la conversation, pour passer le temps, mais la jeune fille ne se départissait pas de son air revêche. Elle lui manifestait clairement le fait qu'elle était là à contre-cœ n'entama absolument pas la bonne humeur d'Ernie. Au moins, elle était avec lui.

Il était persuadé qu'elle allait finir par changer d'avis. Il se disait qu'il avait bien fait d'insister. Ça allait forcément plaire à Millicent, la vraie Millicent, celle qui se cachait sous sa carapace et ses airs rustres. Celle qu'il avait découverte lors de l'Année des Ténèbres, à Poudlard, qui cachait de vrais états d'âme sous sa haute carrure et son air revêche.

C'était assez paradoxal, finalement. Ils avaient déjà passé six ans à se cotoyer à Poudlard, notamment lors des cours, mais jamais Ernie n'aurait imaginé l'appeler autrement que Bulstrode. Jamais il n'aurait imaginé que la jeune fille puisse ne pas approuver le régime de Rogue et des Carrow. Elle semblait tellement à l'aise lors des cours d'Arts Noirs ou de critique des Moldus !

Pourtant, un jour, en prenant un raccourci à travers l'un des passages secrets du château, le jeune homme avait entendu pleurer. Il s'était rapidement rapproché, l'époque était au soutien et à l'union. Sauf que... il ne s'attendait absolument pas à tomber sur l'une de ses camarades de Serpentard ! Encore moins Millicent Bustrode que les autres... Elle donnait tellement bien le change, en réalité.

Leur échange avait d'abord été très maladroit, mais il avait scellé une sorte d'accord tacite entre eux. Avec le temps, de l'estime puis de l'amitié était née. Très discrètement, Millicent avait apporté plus d'une fois à Ernie des informations utiles pour l'Armée de Dumbledore. Il ne lui avait pas dit qu'il en faisait partie mais, contrairement à ce qu'elle préférait faire croire, la jeune fille n'était pas stupide : il en faisait déjà partie à l'époque d'Ombrage.

Lors de la Bataille Finale, en mai précédent, Millicent avait été évacuée avec l'ensemble de sa Maison tandis qu'Ernie restait pour se battre. Quand le professeur Slughorn était revenu avec un certain nombre de ses élèves, elle n'avait pas voulu faire partie du lot, trop effrayée. Elle était cependant revenue, juste après la bataille, lorsqu'on était venu demander des bras pour aider à soigner les blessés.

Lorsque la jeune fille avait retrouvé son ami, gravement blessé à la jambe mais toujours bien vivant, elle n'avait pu s'empêcher de se jeter dans ses bras, l'étouffant presque pour le coup. Cela avait beaucoup surpris autour d'eux mais, sur le moment, Millicent s'en fichait totalement. Elle avait entendu le nombre de morts de cette fichue bataille...

Depuis, le monde magique se reconstruisait et pansait ses plaies. Ils avaient tous les deux passé leurs ASPIC durant l'été, comme un certain nombre de leurs condisciples, qui ne désiraient pas passer une année de plus dans la vieille école de sorcellerie. Depuis la rentrée, la jeune fille suivait une formation d'herboriste, tandis que le jeune homme avait rejoint son père pour apprendre le métier de fabriquant de balais.

Ernie savait que Millicent vivait seule, depuis la fin de la guerre. Mais la jeune fille se refusait toujours à en parler. Ils se retrouvaient régulièrement, lorsqu'ils avaient un peu de temps, pour boire un verre ensemble, discuter, refaire le monde. À l'approche de Noël, le jeune homme avait eu envie d'entraîner son amie dans le monde moldu, afin de lui changer les idées et de lui faire admirer les nombreuses décorations et animations.

Millicent avait longuement résisté... À vrai dire, Ernie n'avait jamais été vraiment sûr qu'elle finirait par changer d'avis. Il ne regrettait pas de s'être montré persévérant. Elle allait voir ce qu'elle allait voir !

Les deux jeunes gens se dirigèrent vers la station de métro la plus proche. Millicent se crispa en voyant que de plus en plus de voitures circulaient à travers les rues. Elle n'en avait jamais vu autant à la fois. Entre le bruit et l'odeur, elle commençait à être incommodée et regrettait de plus en plus d'avoir accepté d'accompagner Ernie.

Elle allait d'ailleurs lui annoncer que, finalement, elle rentrait tout de suite, lorsqu'ils atteignirent la bouche de métro. Le jeune homme s'y engouffra aussitôt et elle se sentit bien obligée de le suivre. Une fois à l'intérieur, il hésita sur la direction à prendre. Il vérifia le trajet à effectuer puis entraîna son amie, à travers couloirs et escaliers, jusqu'au quai du métro.

Ernie faisait mine de ne pas remarquer à quel point Millicent stressait. Lorsque la rame de métro s'engouffra, elle fit un bond et devint blanche. Le jeune homme la prit par le bras, lui glissa quelques paroles rassurantes et la poussa vers la porte ouverte. Cela ne suffit pas, la jeune fille paniquait et resta plantée dans le sol.

Vu sa force, Ernie ne pouvait pas l'entraîner contre sa volonté. Il essayait donc de la convaincre, lorsque les portes se fermèrent et que le métro repartit. Le jeune homme soupira, dépité, et alla s'asseoir sur l'un des sièges de la station de métro. Si Millicent commençait à réagir comme ça, ses plans risquaient de tomber à l'eau.

Heureusement, la jeune fille sortit de son hébétude. Elle s'aperçut qu'il n'était plus à ses côtés et le chercha, inquiète. Elle le trouva rapidement et vint s'asseoir à côté de lui.

— C'était quoi, le truc, là ? demanda-t-elle.

— Le métro. C'est une sorte de train souterrain.

— Euh... et il faut vraiment qu'on monte dedans, comme les gens, là, tout à l'heure ?

— Tu sais, ça n'est pas si différent que ça du Poudlard Express.

Elle fit la moue, dubitative. Le Poudlard Express n'était pas aussi bruyant. Et puis il fonctionnait avec la magie, c'était rassurant. Alors que ce truc moldu... Elle accepta néanmoins de suivre son ami à bord du métro suivant. Mais faillit le regretter, se retrouvant secouée dans tous les sens, pressée contre de nombreuses personnes... Par Merlin, le transplanage et la poudre de Cheminette étaient des moyens de voyager bien plus agréables !

Ils quittèrent le métro à Trafalgar Square. Ernie offrit galamment à Millicent à vin chaud puis l'entraîna vers l'immense sapin décoré, au son des chants de Noël. Depuis leur arrivée, la jeune fille ne disait plus un mot. Le jeune homme commença à s'inquiéter. Allait-elle partir maintenant ? Elle se tourna brusquement vers lui et il fut rassuré. Elle avait l'air émerveillée et sa joie l'embellissait.

— Alors, Millie, pas trop déçue de m'avoir suivi ? lui demanda-t-il avec un sourire en coin.

— C'est magnifique... souffla-t-elle. Il y a de la magie là-dessous, non ?

— Absolument pas ! rétorqua-t-il en riant.

— Je n'imaginais pas que les Moldus sachent faire de si belles choses... Mais comment connais-tu tout cela, au fait ?

— Mon grand-père maternel est Né-Moldu. Il m'a souvent emmené admirer cet arbre, tout le reste aussi.

La jeune fille ouvrit les yeux avec surprise, mais préféra revenir sur ce qu'il avait dit auparavant.

— Tu as parlé de tout le reste, au fait. Il y a encore d'autres merveilles de ce type ?

— Oui, bien sûr. Les vitrines des grands magasins, le parc d'attraction, les marchés de Noël...

— Alors emmène-moi, s'il te plaît ! le supplia-t-elle en lui serrant la main, des étoiles toujours plein les yeux.