2. Frozen Eyes

Un rayon de lumière crue traverse la pièce, s'infiltre sous mes paupières, et me brûle la rétine. Bon Dieu que je déteste le matin ! Je me frotte les yeux, déjà épuisé. Quelle heure est-il ? Ho, je suis déjà en retard à mon premier cours. Tant pis, j'ai vraiment besoin de prendre une douche. Je m'étire, longuement... Les années passent, et les lits de Poudlard deviennent trop petits pour moi. Je suis seul, dans ce lit, mais l'oreiller d'à côté est encore tiède. Je me passe une main sur le visage, tentant de reprendre mes esprits. Des bribes de la veille me reviennent par flash. Ca faisait plusieurs jours qu'on se tournait autour. Au début, je ne voulais pas y croire. Pas elle, pas avec moi... C'est vrai que j'ai mon petit succès auprès des filles, mais là, je n'y croyais pas. Pourtant c'est arrivé. Pendant le repas, dans la Grande Salle, hier soir. On était assis très loin l'un de l'autre, presque à l'opposé. Nos regards se sont croisés une fois, puis deux. Elle m'a fait ce petit sourire hautain, celui qui me rend dingue. Et la troisième fois, elle a levé sa main, et sur sa paume, j'ai pu lire "22H".

C'est tout, rien de plus, mais j'ai compris. Et mon sang n'a fait qu'un tour. Je n'ai plus réussi à avaler quoi que ce soit. Ca a fait palpiter mon coeur. Mais je me suis repris. Après tout, je suis pas n'importe qui. Je suis pas un puceau de troisième année. Alors j'ai mis ma chemise la plus froissée, des chaussettes qui n'étaient pas assortis (comme si je me foutais de coucher avec elle, vous avez compris le truc ?), et j'ai attendu l'heure dans la Salle Commune. En fait, j'avais aucune idée de l'endroit où j'étais sensé l'attendre. Alors j'ai attendu là, devant le feu de cheminée, à me ronger les ongles. Et je l'imaginais, le lendemain, à me montrer du doigt en se marrant, fière de sa mauvaise blague. Mais elle a fini par apparaître, en bas des escaliers. Je l'ai suivie. C'est à peine si on s'est parlé. Elle est venu se frotter contre moi avec son air de féline et ses grands yeux qui m'hypnotisent, et on a couché ensemble. C'était bon, passionné, sans aucun sentiment.

Je tire le rideau du baldaquin, bien décidé à squatter sa salle de bains. Mais elle est là. Accoudée sur le rebord de la fenêtre, le dos légèrement cambrée. Le vent balaye ses cheveux blonds et dégage complètement la moitié de son visage que je peux faire. Mon estomac se retourne. Elle ne porte que des sous-vêtements, noirs, simples. Elle est belle à couper le souffle. Elle a la peau blanche, très blanche, et parfaite. Un petit nez droit, des lèvres roses et épaisses, un menton autoritaire. Et de grands yeux, avec des prunelles de mercure. Ses ondulation tombent lascivement entre ses omoplates, son corps est fin, svelte. Elle tira longuement sur sa cigarette, et laisse la fumée se mêler à l'air et envahir la chambre. J'ai envie de la toucher, de la tenir contre moi, de coucher avec elle encore une fois.

Je me lève et vais vers elle. Elle se retourne vers moi. Elle me jauge de haut en bas, son regard hautain et inquisiteur appréciant des endroits bien ciblés de mon anatomie. Je suis toujours en caleçon. Quand je m'approche d'elle, je n'ose pas la toucher. Hier soir, je n'ai pas été si délicat, mais les choses ont changé. L'euphorie du moment est passée. Sélène Loiseau. La seule expression que je trouve pour la décrire est "belle garce". C'est un bourreau des coeurs, je le sais. Elle prend les mecs, leur suce le sang jusqu'à la moelle, et les jette comme de vieilles chaussettes. Elle choisi les plus beaux et les plus populaires, et elle finit toujours par les démolir. Je prends le risque. C'est une fille bizarre, parce qu'à côté de ça, elle est froide, distante, solitaire. Elle a très peu d'amis, de ce que je sais, et c'est sans doute à cause de tous ces regards condescendants qu'elle balance sur son passage. Je m'approche encore et tend ma main vers la sienne.

- Qu'est-ce que tu crois, Weasley, que je vais te faire un câlin ? Demande-t-elle avec un air narquois insupportable. Je ricane.

- T'emballes pas, je veux juste ta clope. Elle sourit, ne perdant pas de sa superbe. T'as passé une bonne nuit ?

- Pas mal, Répond-t-elle, taquine.

A mon tour je recrache les volutes de fumée par la fenêtre. L'air frais du matin me fait du bien, le soleil réchauffe ma peau. C'est rare, au mois d'Octobre, alors j'en profite. Mon coeur bat encore la chamade. Je ne supporte pas la proximité avec elle. C'est encore trop neuf, trop récent, je ne me suis pas encore habitué à sa présence. Et telle qu'on me l'a décrite, elle ne m'en laissera pas le temps. Je ne vais pas poser de questions, du genre "Est-ce qu'on est ensemble ?", ce serait débile. Je sais très bien qu'elle n'a jamais de mec. En tout cas jamais sérieusement. Elle n'a que des aventures, et moins on l'encombre, plus on a de chance que cela dure. Alors je fais semblant que mon coeur ne s'affole pas, que je ne frémis pas quand nos peaux s'effleurent. Je joue aux durs, comme elle, comme ça je pourrai continuer de jouer avec elle.

- Bon Weasley, m'en veux pas de te dégager comme ça mais je dois me préparer pour aller en cours, alors... Elle me regarde droit dans les yeux, attendant déjà que je lui rende sa clope et que je me casse. C'est un peu direct, non ?

Je me rhabille vite fait. Chaussettes, pantalon, chemise, chaussures, et je passe une main dans mes cheveux pour les rendre un peu plus présentables. Finalement, il n'y aura pas de douche dans les dortoirs des filles pour moi, aujourd'hui. Maintenant faut que j'y aille. J'imagine même pas toutes les questions qu'on va me poser si quelqu'un me voit sortir de ce dortoir. Faut que je lui dise au revoir... Je sais pas trop quoi faire. Je vais quand même pas lui serrer la main ! J'aimerais bien aller l'embrasser, mais c'est pas vraiment dans ses plans, elle me l'a dit hier "T'approches pas de ma bouche, Weasley, ou je te renvois dans ton dortoir en passant par la fenêtre". De toute façon, je le savais déjà. Tous les mecs le savent. Mlle Loiseau peut te faire des trucs qui feraient rougir un septième année, mais jamais elle collera sa bouche sur la tienne. Bizarre. Je crois pas que quelqu'un sache vraiment pourquoi. Je crois pas que quelqu'un ait eu le culot de lui demander. C'est finalement elle qui dit au revoir la première.

- Salut, Weasley ! On se recroisera sûrement un de ces quatre, Dit-elle en me faisant un clin d'oeil.

- Heu... Ouais, salut !

Se recroiser ? Evidemment, on est dans la même maison, de la même année, on a tous nos cours ensemble. Elle voulait peut-être dire qu'elle me donnerait un autre rendez-vous nocturne ? Ca, ce serait une bonne nouvelle, parce que maintenant que j'ai goûté au plaisir de sa chair, il sera difficile de m'en passer. Pensif, je dévale les escaliers rejoindre mon propre dortoir. Il est vide, lui aussi. Ils doivent tous être en cours. Je vais dans la salle de bains, prends une douche rapide. L'eau glacée sur mon torse remet peu à peu mon esprit en place, et m'empêche de divaguer en rêveries érotiques interminables. J'enfile mon uniforme bien ajusté, et me recoiffe une dernière fois. Je suis épuisé, comme si je n'avais pas dormir. En me repassant les évènements de la veille, je m'aperçois qu'effectivement, je n'ai pas beaucoup dormi. Mais ça en valait la peine.

Le cours que j'ai raté est celui de Métamorphose. J'imagine qu'il n'est pas passé inaperçu que Sélène et moi étions absents en même temps à ce cours. Pas que je sois très assidu d'habitude, mais ici, on se sert de n'importe quoi pour construire le nouveau potin du moment. Adossé au mur de pierre, j'attends que mes camarades sortent de la salle de classe, quand la sonnerie retentira. Sélène n'est pas là. Je ne sais même pas si elle ira au prochain cours. Elle non plus, ce n'est pas une grande fan du règlement intérieur. Les élèves sortent, les uns après les autres, et pour certains me saluent. Ce cours est collectif avec les Serpentards, alors autant dire que je n'ai pas que des amis là-dedans. Moi, le rouquin, le traitre à son sang. Pauvres fous, je les emmerde. Mais bientôt j'aperçois la tignasse rousse que je cherchais.

- Fred ! Il se retourne et me voit enfin. Il est en train de rire, comme d'habitude.

- Ho toi espèce de canaille, racontes moi tout, tout de suite ! M'ordonne-t-il.

- De quoi tu parles ? Me défendé-je.

- Ho arrête, Georgy, tout le monde sait que t'a passé la nuit avec Loiseau... On peut vraiment pas avoir de vie privée dans cette saleté de château de mes deux !

- Bon j'avoue, c'est bon.

- Alors, est-ce qu'elle est vraiment si bonne que ça ? Dit-il en riant. Je ne peux pas m'empêcher de ricaner aussi.

- Tu ne peux même pas imaginer...

- Noooooon ? Si tu devais comparer.

- Mieux qu'Angie, frangin. Déclaré-je, sur de faire mon petit effet. Il faut dire qu'Angie, elle était pas mal du tout, mais ce n'était pas comparable.

- Mieux qu'Angie ? Répète-t-il, incrédule. Faut absolument que je me la tape, faut que je vois ça de mes propres yeux, Georgy.

Le cours suivant "Sortilèges et Enchantements" est barbant au possible. Alors entre mon frère qui ne fait que me poser des questions très précises sur ma nuit, et le dos de Sélène trois rangs devant moi, j'ai vraiment du mal à me concentrer. Au réveil, c'était un peu confus, mais maintenant, je me rappelle de tout. Ses yeux d'acier plantés dans les miens, plein d'audace et de désir. Ses caresses lascives sur mon torse, presque insupportables tellement elles m'excitaient. Mes mains qui glissent sur sa peau douce et bouillante, ses ongles qui s'enfoncent dans mon dos, ses jambes nouées autour de mes reins, mes doigts agrippés à la tête de lit, qui la font grincer, la chaleur douce et moite quand j'étais en elle... Il faut que j'arrête, que je pense à autre chose, car je sens la chaleur m'envahir et mon caleçon se faire de plus en plus serré.

Plus tard, dans la Salle Commune, j'ai enfin pu la sortir de mes pensées. Elle n'est pas là. Elle n'est jamais là, de toute façon. La Salle Commune, ce n'est pas trop son genre. Je crois qu'elle n'aime pas trop ces foules mouvementées ni les discussions emballées qu'on y tient, parce que je ne l'ai jamais vue y participer. C'est une sorte de chat solitaire. Enfin bref, j'avais dit que je n'y pensais plus. Je suis avachie sur le canapé, abrité par la chaleur du feu. Fred est en face de moi, me lance mollement un souaffle miniature que je lui renvoie sans plus d'enthousiasme. On a d'autres chats à fouetter. Harry et là, avec mon frère Ron et Hermione. Les trois grands amis de Poudlard, l'Elu et ses compères, qui se démerdent pour sauver l'école d'une terrible catastrophe, à chaque mois de Juin. Mais cette année, c'est du sérieux. C'est le retour de Lord Tête-de-Serpent-aux-Dents-Pourries, et du coup l'Ordre du Phénix a repris du service. Une vieille organisation de super-sorciers qui a plus ou moins contribué à sauver le monde pendant la première guerre. Si on oublie le coup de bol d'Harry.

Aucun d'entre nous n'est majeur, du coup, on fait pas vraiment partie de cet Ordre. Mais vous savez comment ils sont, Harry et compagnie... Ils n'en font qu'à leur tête, et si jamais on arrive à sauver le monde, faudrait pas que leurs noms soient oubliés dans les remerciements. Mais j'avoue que ça ne me déplait pas. Je me vois bien casser du mangemort, pendant les vacances d'Halloween. Je vois bien la Gazette du Sorcier titrer "Georges Weasley, incroyable sauver d'une communauté moldue sans défense". Avec ça, Sélène viendrait me supplier de la remettre dans mon lit. Non Georges, on a dit qu'on y pensait plus. Oui, on est plusieurs. Tout ça pour dire que le plan, c'est de monter une organisation parallèle (et secrète) à l'Ordre du Phénix, pour les appuyer dans leurs missions. Une sorte d'Ordre du Phénix Junior, si vous préférez. Un peu prétentieux, quand on sait que les trois quarts des membres sont des aurors. Mais qu'importe, j'aime jouer de la baguette et péter plus haut que mon cul, alors j'écoute Harry déblatérer.

- En gros, ce que je veux dire, c'est qu'on est là, à Poudlard, comme si de rien n'était. Personne ne nous prépare vraiment à ce qui va se passer dehors, après. A la guerre, quoi. Alors je me suis dit qu'on devrait se faire nos propres cours. Des trucs de défense, mais des trucs utiles, qu'on pourra vraiment utiliser contre des mangemorts, quoi...

- Attends, tu veux dire que le sort Expelliarmus ne nous permettra pas de tuer Tu-Sais-Qui ? S'exclame Fred, faussement étonné. Tout le monde éclate de rire. Sauf Harry. Toujours trop sérieux, celui-là. Il réagit comme si Voldy avait prévu d'attaquer Poudlard cette nuit.

- Donc, ce que j'étais en train de dire, c'est qu'on a quand même un super bon niveau de défense.

- Arrêtes, tu me flatte, Potty... Le coupé-je.

- Non mais sérieusement ! Et du coup, on pourrait donner des cours à ceux qui le veulent. Il suffit juste de faire un peu de pub, de trouver un endroit sur pour les réunions, et d'arriver à réunir pas mal de personnes, sans qu'il y ait de traitres au milieu.

- Mouai. "Il suffit juste" de faire un sacré paquet de trucs avant d'y arriver, quand même... Soulève Fred.

- Je m'occupe de tout, c'est déjà prévu. Réplique Hermione. Tiens, ça faisait longtemps que sa douce voix de crécelle n'avait pas fait vibrer mes tympans. J'ai préparé des tracts à distribuer, et j'ai déjà quelques personnes qui ont l'air intéressées.

- Combien ? Demande Ron.

- Pour l'instant, trois sûres, et une autre probable. Il fait la moue. Attends, ce n'est que le début, Ron, et puis si tu n'es pas content, tu peux toujours m'aider, les choses avanceront certainement plus vite !

- J'ai rien dit, j'ai rien dit, Marmonne-t-il dans son menton.

La discussion dura comme ça encore des heures. Plus la Salle Commune se vidait, plus nous étions obligés de chuchoter, pour que tout cela reste discret. Et quand il ne resta que des braises dans l'âtre de la cheminée, nous sommes partis nous coucher. Et dans mon lit, une fois seul, les images se bousculèrent. A bout de nerfs, l'esprit délirant, je laissais les images se mélanger. Je tenais Sélène dans les bras, tout en assénant des Sortilèges Interdits aux mangemorts qui venaient me chercher des noises. Je sauvais Fred de la mort in extremis, il me remerciait d'un clin d'oeil. Je me faisais mon film d'action, un film à petit budget qui ne se réaliserait sûrement jamais. Et à force de rêver, je m'endormis. Une nuit agitée par mes rêves, où je n'arrivais pas à trouver ma place dans ce lit trop petit pour moi.


Hello !

Voilà le premier vrai chapitre est terminé ! C'est un peu court, je suis d'accord, mais c'est plus ou moins dans la moyenne de ce que je fais d'habitude. Pour ma défense, je poste assez souvent. J'ai quelques petites choses à dire. D'abord, comme vous l'avez compris, le pairing avec mon OC concerne Georges Weasley. Il y en aura d'autres, plus brefs, parce que vous l'avez compris aussi, Sélène est une Marie-Couche-Toi-La. Mais bon, ce n'est qu'un détail.

Ici les jumeaux ont un an de moins, pour que ca colle avec la fic, je sais, je suis vilaine. En tout cas merci aux deux revieweuses du prologue, vos commentaires m'encouragent et ca fait du bien, vivement les prochains!

Bisous