Bonjour à tous ! :D Voilà. C'est le dernier chapitre de l'année 2016 ! ^^ Merci pour tout ce que vous m'avez apporté cette année, bonne lecture et à l'année prochaine ! Bisous ! ^^
Chapitre 23 - Proies
Dans les bois, Astrid continuait d'avancer avec Verika sous son bras, avec en tête les derniers mots de Dagur avant qu'elle ne l'entende pousser un cri de guerre. Il avait appelé Verika « sa femme ». Ça prouvait bien qu'il l'aimait toujours ! Mais est-ce que Verika en tiendrait compte dans le bon sens ? Pour Astrid, toute cette histoire était triste et stupide ! Ils se faisaient inutilement du mal en prenant de grandes décisions, alors que ça se voyait qu'ils souffraient et qu'ils tenaient encore l'un à l'autre malgré tout ! Astrid en avait eu la preuve au point d'eau en regardant discrètement Dagur et Verika. Pour Harold, elle était également désolée, mais elle se disait que c'était peut-être une bonne chose pour lui que cette discussion eut lieu et que les vérités ont été mises sur la table. Si les choses venaient à s'arranger entre Verika et Dagur, mais pas avec Harold, ce serait peut-être pas plus mal. Pourtant, elle était convaincue que Verika serait chagrinée de perdre l'ami qu'elle venait de retrouver. De toute façon, il n'y avait que ces trois-là qui pouvaient gérer la relation entre eux. Mais quoi qu'il se passe, Astrid sera toujours là pour Harold.
Continuant d'avancer avec toute cette histoire en tête, elle entendait également les cris et le bruit des armes de ses amis, et elle ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter pour eux. Ils se trouvaient face à un Rapidopiège quand même ! Comparé à un Braguettaure, il avait deux têtes de plus, mais il était deux fois plus intelligent, plus agressif et la difficulté à le combattre était plus ardue ! A mi-chemin entre la clairière et le point d'eau, Astrid s'arrêta parce que Verika venait de porter sa main à sa tête et de grogner. L'un des effets de ce parfum sucré était de donner la migraine à ceux qui arrivaient à s'échapper de leur sort funeste. Ce qui était rare.
- Ça va ? S'inquiéta Astrid
- A part un léger mal de crâne… ouais...
- Un des effets du parfum. Désolée.
- Mmh…
Bien qu'étant hypnotisée, Verika avait le souvenir d'avoir sentie l'odeur, de son trajet dans les bois, d'avoir ressentie de la curiosité, mais aussi de la peur en constatant qu'elle n'avait plus le contrôle de son corps et qu'elle ne pouvait pas s'échapper ! Elle se souvenait aussi des appels du groupe, de la plante mouvante et de leurs mises en garde. En touchant le bâillon qui été noué autour de son visage, elle se rendit compte qu'elle ne sentait plus l'odeur sucrée, et qu'un truc aussi simple qu'un bout de tissu lui avait sauvé la vie ! Elle l'ôta, regarda autour d'elle et s'étonna de ne plus voir la clairière et les autres.
- Où sont les autres ?
- Ils sont restés pour affronter les dragons.
- Et pourquoi on ne se bat pas avec eux ? Pourquoi tu m'emmènes loin du combat ?
- On me l'a demandé.
Cette réponse l'étonna. Elle avait le vague souvenir d'avoir entendu quelqu'un s'adresser à Astrid, mais impossible de se rappeler qui.
- Sur ordre de qui ?
- Euh… Bafouilla-t-elle, hésitante à répondre
- Astrid ? Qui t'a demandé ça ? S'impatienta la rousse
- Dagur.
Verika eut un hoquet de surprise. Pourquoi Dagur aurait demandé à Astrid de la mettre à l'abri ? Malgré l'air sérieux d'Astrid, Verika avait du mal à y croire.
- Tu te moque de moi là ?
- J'ai l'air de plaisanter ?
- Non, mais… C'est vraiment lui qui a dit ça ?
- Oui. Et si tu veux le savoir, il a demandé ça d'un ton protecteur. Il voulait que tu sois à l'abri.
- Mais pourquoi ? Il… Il a pourtant dit…
- Peut-être qu'il ne le pense plus depuis le soir ou vous vous êtes disputés ? Mmh ? Dit-elle avec un léger sourire.
- Quoi, tu… Tu penses que Dagur m'aime toujours ? Malgré… ?
Astrid ne répondait pas et se contenta de sourire d'un air réconfortant. Verika n'en revenait pas… Dagur ressentait donc toujours de l'affection pour elle ? Lui qui l'avait rejetée et menacée de mort… Voilà qu'il demandait à quelqu'un de l'écarter du danger au lieu de la laisser s'exposer au danger ! Verika ressentit à ce moment une agréable vague de chaleur envahir son cœur, mais également une pointe d'angoisse. Elle se mit alors à faire demi-tour, mais elle se fit rattraper par le col puis Astrid la plaqua dos contre un arbre !
- Aïe ! Mais qu'est-ce que tu fais ?! Lâche-moi ! Protesta Verika
- Pourquoi veux-tu retourner là-bas ? Tu es au courant de ce que ça peut vouloir dire si tu y retournes ?
- Je…
Devant le mutisme et la réflexion de Verika, Astrid exposa calmement la situation.
- Ecoute Verika. Dagur t'aime toujours malgré ce qu'il a dit, et ça se voit qu'il le regrette depuis ce soir-là. Il a peut-être tout fait pour nous faire croire le contraire, mais au point d'eau, c'était trop flagrant. Surtout quand il te regardait. Et quand j'ai annoncé que tu avais disparue, je te jure sur les dieux qu'il a été le premier à entrer dans les bois pour se lancer à ta recherche ! Et quand nous sommes parties de la clairière, je l'ai clairement entendu t'appeler « ma femme ». Souriait-elle
- Sa femme… ? Murmura Verika
- Je ne peux pas t'empêcher d'aller le rejoindre, Verika. Mais en sachant ce que Dagur ressent pour toi… Si tu y va… Ça lui montrera que tu t'inquiètes toujours pour lui et que ce qu'il a demandé ne te laisse pas indifférente ! Si tu y va et que tu ne ressens pas la même chose que lui, alors vos souffrances ne s'arrêteront jamais.
- ….
- Quant à moi et le reste du groupe, je ne te cache pas qu'on est triste de ce que tu as décidé à notre égard, mais on a compris que c'était d'une part pour notre bien, comme ta décision envers Harold. C'est noble, mais c'est débile d'avoir décidé ça ! On était tes amis d'enfance, et on le restera coûte que coûte, parce qu'on t'aime et on tient tous à toi ! On ne veut pas te perdre Verika ! On ne le veut plus !
- Astrid… Murmura-t-elle, émue
- Verika. Si tu retournes là-bas, ça leur montrera à tous que tu rejette sincèrement tes décisions et que tu te soucies de chacun d'entre eux. C'est bien ce que tu veux, non ?
- Je... Bien sûr que oui, Astrid… J'aime Dagur et il me manque affreusement ! Et j'ai… j'ai jamais voulu le perdre et le faire souffrir ! Ni lui, ni Harold, ni aucun de vous ! Je veux garder auprès de moi mes amis et l'homme que j'aime !
- Alors allons les rejoindre, et prouve le leur ! Souriait-elle
Verika lui rendit un sourire reconnaissant, et au pas de course, les filles retournèrent à la clairière. De leur côté, le groupe galérait pas mal face à deux dragons, dont un qui avait maintenant trois têtes ! Harold, Dagur et Rustik s'occupaient du Rapidopiège, tandis que les jumeaux s'occupaient de la Douceur Fatale qui pour sa petite taille, se battait comme un yak en furie ! Surtout grâce aux puissants coups qu'elle donnait avec sa queue ! Après avoir fait un croche-pied aux jumeaux, le petit dragon avait furtivement enroulé sa queue autour de la cheville de Rustik, ce qui attira son attention. Profitant de la diversion offerte par son ami, le Rapidopiège donna un puissant coup d'aile dans le ventre de Rustik, qui s'envola droit vers les buissons. Ses amis l'entendirent hurler à la mort, alors Kognedur se releva pour aller l'aider pendant que Kranedur tentait de reprendre sa revanche sur le petit dragon. A présent deux contre trois, Dagur et Harold avaient du mal à faire face au Rapidopiège qui était encore plus agressif que tout à l'heure ! Harold regrettait qu'Astrid ne soit pas de la partie. Avec son agilité dans l'art de l'esquive et ses puissants coups de hache, elle n'aurait eu aucun mal à venir à bout d'une tête ! Et le talent de Verika pour l'archerie aurait été un puissant avantage ! Avec toute sa rage et sa puissance, Dagur réussit à couper une seconde tête, ce qui le fit rire, surtout en voyant le dragon gesticuler dans tous les sens face à la douleur !
- HAHAHA ! Tu fais moins le malin, maintenant ! Harold, si tu veux aller aider ton pote pour combattre l'autre dragon, fais-toi plaisir ! Je me charge d'abattre celui-là ! Deux têtes ne me font pas peur ! C'est comme si j'avais un Braguettaure devant les y…
CHLAK ! Une flèche se planta dans la tête de la troisième tête qui tomba raide morte sur l'herbe ! La dernière tête rugit de douleur et de rage, avant de se manger à son tour une flèche et de rejoindre ses sœurs dans la mort. La Douceur Fatale n'échappa pas non à la volée de flèches. Elle s'en prit deux dans le fond de la gorge et tomba raide morte aux pieds de Krane. Les combattants regardaient les dragons abattus par les flèches et se retournèrent d'un air intrigué vers l'entrée de la clairière. Dans l'ombre des bosquets, et sous les encouragements d'Astrid, Verika entra dans la clairière, arc à la main. Son regard était neutre, constamment posé sur Dagur. Elle ne lisait aucune haine dans son regard, et esquissa un petit sourire derrière son bâillon qu'elle ôta d'une seule main sans le quitter du regard.
- Tu es gonflé, tu le sais ça ? Lui dit-elle d'un ton neutre.
- Hein ? S'étonna Dagur
- Aie… pensèrent le groupe en les regardant.
- Tu m'a bien entendue.
Elle s'avança calmement vers les dragons pour récupérer ses flèches, et poursuivit le dialogue sous le regard de tous.
- M'écarter de la bataille sans me demander mon avis alors que je me sentais apte à me battre, que j'étais prise pour cible dès le début et que je voulais le leur faire payer… Ce n'est pas très sympa. Je sais que tu aimes combattre et tuer des dragons, mais là, ils étaient pour moi.
Elle prit les dernières flèches sur la Douceur Fatale, puis adressa un regard aux dragons morts et haussa les épaules en rangeant son arc.
- M'enfin. L'essentiel…. C'est qu'ils soient morts et que personne n'ait rien. Dit-elle en souriant à l'ensemble du groupe.
Le groupe fut agréablement surpris de la voir sourire et leur montrer de l'intérêt, même si Dagur et Harold étaient les plus surpris ! Maintenant que les combats venaient de cesser, on pouvait entendre Rustik qui gémissait depuis tout à l'heure. En entendant ses pleurs, tout le monde tourna la tête dans sa direction. Krane rejoignit sa sœur et revient quelques secondes plus tard avec une mine inquiète.
- Krane ? Que… Qu'est-ce qu'il a ? S'inquiéta Astrid
- Euh… Il s'est mangé des épines dans les yeux et il n'arrive pas à les ouvrir malgré les soins de Kogne pour les enlever. Les épines, hein. Pas ses yeux.
- Oh mon Thor… Murmura Verika, horrifiée de la nouvelle
- Mais comment on va faire pour l'emmener avec nous ? Avoir un coéquipier aveugle dans une expédition pareille, ça ne va pas être facile ! S'inquiéta Astrid
- On réglera ça avec Ryker. Pour le moment, il faut l'emmener à notre campement pour qu'il se fasse soigner. Lui répondit Harold
Harold et Astrid aidèrent et rassurèrent Rustik, puis ils le portèrent bras dessus dessous en direction du point d'eau. Le reste du groupe les suivit dans le silence et l'inquiétude. Vu que le dialogue était bien passé entre eux, Verika aurait voulu parler en privé à Dagur, et vice versa, mais ce n'était pas le bon moment. La santé de Rustik passait avant le reste, surtout s'il y avait un risque qu'il reste aveugle tout sa vie ! De son côté, Ryker commençait à s'impatienter, mais il haussa un sourcil en voyant Rustik se faire porter par ses amis, avec un bandage autour des yeux. Devant son regard interrogateur, Harold lui exposa toute la situation et Ryker reporta le départ de dix minutes le temps que Rustik se fasse correctement soigner par les filles, mais qu'il réfléchisse avec Harold à ce qu'ils allaient faire de lui.
- On ne peut pas l'abandonner à son sort et on ne peut pas non plus le ramener au navire. On n'a donc pas le choix que de l'emmener avec nous. Conclut Harold
- Seulement, avancer en terrain ennemi avec un aveugle, ce n'est pas ce qu'il y'a de mieux ! Il va ralentir tout le monde et on va devoir veiller à sa propre sécurité ! Grommela Ryker
- Et c'est ce que nous ferons, parce que nous sommes ses amis. On se chargera de lui, Ryker. Hors de question qu'on l'abandonne ! On est partis tous ensemble, alors on rentrera tous ensemble ! Et puis les membres de sa famille sont assez costauds et se remettent en général très vite de leurs blessures.
- Comme vous voulez. S'il est prêt à partir, on s'en va. Maintenant. On a déjà assez perdu de temps comme ça.
Harold hocha la tête et alla prendre des nouvelles du convalescent qui était allongé près du point d'eau. Astrid soignait ses yeux pendant que Verika lui tenait la main et chantait sa berceuse pour qu'il reste calme et qu'il oublie la douleur le temps de ses soins. Et ça avait l'air de fonctionner. Dagur était pas loin, occupé de nettoyer ses bras pleins de sang de dragon. Avec un sourire discret, il écoutait Verika chanter. Ça lui faisait du bien d'entendre sa voix. Il avait l'impression que ça faisait une éternité qu'il ne l'avait pas entendu. Rustik, Astrid et Harold l'écoutaient avec plaisir, et quand Harold se joignit enfin à eux, Verika chanta la dernière parole. Elle leva alors son regard vers Harold et le questionna au sujet de Ryker.
- Qu'est-ce qu'il a dit ?
- Que s'il était prêt à partir, on y allait.
- Mouais. Il est surtout pressé de vaincre ce dragon et de toucher sa récompense. Grommela-t-elle en jetant un œil à Ryker
- Mmh. Et comment il va ? Demanda Harold à Astrid
- Kogne avait déjà fait le plus gros. Je me suis contenté de peaufiner les soins. Mais pour ce qui est du reste, c'est à Rustik de voir.
- Rustik ?
- Aaaaw…. Je... Je peux marcher, Harold. C'est juste que… Ça me lance...
- Ça va s'arranger, Rustik. Ça n'a pas l'air trop grave. Les jumeaux sont partis te chercher un bâton pour que tu puisses te déplacer. Un peu comme Gothi le faisait. Dit-elle d'une voix rassurante.
- Et on va veiller sur toi tout au long du trajet. Faudra juste que tu nous fasses confiance.
- Ça roule… Mais le premier qui me joue des blagues, je lui botte le cul avec mon bâton !
Ses amis rirent légèrement, puis l'aidèrent à se mettre sur pieds. Les jumeaux revinrent avec un bâton assez long et solide, puis ils rassemblèrent leurs affaires avant de se mettre en route. Dagur était resté dans son coin, et ne s'était pas approché de Verika le temps qu'elle soigne Rustik. Quand Ryker annonça le départ, Dagur partit sans attendre le reste du groupe. En voyant Verika le regarder d'une mine légèrement triste, Astrid s'approcha d'elle.
- Ne t'en fais pas. Vous aurez d'autres occasions pour vous parler.
- Je sais, Astrid.
- Tu sais… Vous auriez pu le faire tout à l'heure, non ? On était assez nombreux pour s'occuper de Rustik.
- Je le sais aussi. Mais pour moi, l'état de Rustik m'importait plus que le reste.
- C'est gentil pour lui. Souriait-elle
- C'est normal. Mais maintenant que je sais qu'il ira mieux, je pourrais sans hésiter parler avec Dagur quand l'occasion se présentera. Souriait-elle en retour
Les filles rejoignirent les autres quand Ryker les rappela à l'ordre. Elles firent alors route ensemble, comme si rien n'avaient changé entre elles. Grâce à Astrid, Verika s'était rendu compte qu'elle avait agi comme une idiote, malgré ses bonnes attentions. Le fait d'avoir définitivement retrouvé ses amis lui réchauffer le cœur. Il ne manquait plus que Dagur. Elle avait même retrouvé le goût de sourire en entendant Rustik ronchonner parce qu'il se faisait taquiner par les jumeaux qui l'aidaient à se déplacer. Le groupe quitta donc leur campement enchanteur, pour poursuivre leur route sur les sentiers de la forêt.
oO*Oo
Depuis le sommet d'une petite montagne rocheuse, que le groupe de Ryker n'arrivait pas à distinguer à cause de la cime des arbres touffus de la forêt, le Furie Nocturne les observait. Son grand regard vert était sévère, mais son attitude était plutôt calme. Depuis le début, il savait que les chasseurs avait débarqués, car il avait aperçu leur navire au loin. Mais au lieu de lancer une offensive directe qui n'aurait duré que quelques secondes, il avait décidé de laisser le groupe s'aventurer sur son île et de les laisser se faire attaquer par ses congénères, histoire que la partie soit plus longue et plus amusante. Il ressentait de la peine pour le Rapidopiège et la Douceur Fatale, mais sa colère à l'égard de ces humains était sans pareil ! En voyant que le groupe avait vaincu ses deux amis par la force et la solidarité, il ne lui restait alors qu'une seule option s'il voulait faire durer la partie et s'amuser encore un peu : les séparer pour qu'ils aient moins de chance de survivre. Avec un large sourire mauvais et extrêmement joueur, il prit son envol en direction du nid d'un de ses plus vieux et plus fidèles amis. Un dragon Vipère mâle, extrêmement grand et redoutable, de couleur vert kaki, noir et violet foncé. Avec une jolie femelle aux écailles jaune et orange, ils venaient de mettre au monde une belle portée qui pour l'heure, faisait la sieste aux cotés de leur mère, et de leur frères et sœurs qui n'avaient pas encore éclos. Le Furie Nocturne se disait avec amusement que les petits seraient heureux d'avoir de la bonne chair fraîche pour leur prochain repas.
oO*Oo
Après deux heures de marche, le groupe était enfin sorti de la forêt et poursuivait sa route sur des sentiers plus montagneux. En cours de route, le ciel était devenu gris et il s'était mis à pleuvoir. Rustik, toujours aidé par les jumeaux, faisait vraiment de son mieux pour ne pas se sentir encore plus impotent qu'il ne l'était. Il se sentait mieux, mais ça lui faisait toujours mal. A la prochaine pause, Astrid lui avait dit qu'elle regarderait l'état de ses plaies. Dagur et Verika ne s'était toujours pas adressé la parole malgré quelques échanges de regards et brefs sourires. Quant à elle et Harold, eh bien… Tant que ce n'était pas arrangé entre elle et Dagur, ils évitaient de trop se parler, même si les rares fois où ils l'ont fait, c'était en toute amitié. Et durant ces brefs instants de dialogue, l'amitié dominait sur le reste. Du coin de l'œil, Dagur s'en rendait bien compte. Ryker emmena le groupe au bord d'une falaise, qui se trouvait en face d'une autre en contrebas, et toutes deux étaient séparées par un large fossé, avec au fond, un puissant courant d'eau.
- Génial. Un cul-de-sac. Grimaça Astrid en regardant le fossé
- On a donc fait tout ce chemin pour rien ? Tu parles d'un guide ! Ronchonna Kognedur
- Surtout que nous, on a un bagage pesant ! Et avec la pluie, je ne vous dis pas la galère ! Ajouta Kranedur
- Hé ! C'est mes muscles qui pèsent lourd ! Ok ? Ronchonna Rustik en s'appuyant contre son bâton, épuisé de toute cette marche et de son état.
- Qu'est-ce qu'on fait alors ? On fait demi-tour ? Demanda Dagur.
- Non. Le chemin le plus court pour arriver au repaire de ce démon, c'est par là.
- Mouais. Et à moins de créer un pont en claquant des doigts, on va malheureusement devoir trouver un autre chemin pour passer. Rétorqua Dagur
- Non. C'est par là qu'on passera. Insista Ryker en regardant d'un air songeur l'autre côté de la falaise.
- Et on peut savoir comment ? Insista Dagur
- Très simple. On va créer nous même un pont. Verika ?
- Mmh ? Quoi ?
- Ça te dirait de refaire un petit vol plané ? Demanda-t-il avec amusement
- Même pas en rêve, sale chauve ! Si tu oses me toucher encore une fois, je te plante ! Répondit-elle furieuse et aux aguets, main sur le manche de son épée
- Héhé. Je savais que tu dirais ça. Non cette fois, tu vas descendre de toi-même.
- Hein ?
Ryker lui adressa un sourire en coin, puis il planta un pieu dans le sol, et y accrocha une corde. Il prit ensuite l'arbalète d'un de ses chasseurs, actionna un carreau à l'intérieur, avec l'autre extrémité de la corde accrochée au projectile. Sous le regard attentif du groupe, il visa l'arbre situé sur la falaise d'en face et tira. Le carreau traversa le tronc assez mince, et quand Ryker tira dessus, le carreau était bien coincé avec la corde. Un pont en tyrolienne venait d'être créé.
- Tiens. A toi l'honneur. Dit-il en regardant Verika
- Euh… Pourquoi moi ?
- Parce que tu es la plus petite et probablement la plus légère du groupe. Le temps que tu traverses, la corde supportera ton poids. Quand tu seras de l'autre côté, tu devras attacher la corde plus solidement pour qu'on puisse tous passer sans tomber dans le vide.
- Mmh… Ça se tient. Ok, j'y vais.
Verika regarda quelques secondes dans le vide et fut à moitié rassurée du plan. Elle s'asseya sur le rebord de la falaise, inspira profondément, puis se laissa glisser avec courage en s'aidant de ses brassards, sous le regard inquiet de ses amis. Une fois de l'autre côté, elle attacha plus solidement la corde et donna le signal. A tour de rôle, le groupe se laissa glisser vers l'autre côté. Rustik, qui était pas du tout rassuré de descendre dans le vide sans y voir quelque chose, du s'accrocher de toute ses forces à un chasseur le temps de la descente. Mais une fois sur la terre ferme, il s'affala sur l'herbe trempée, tremblant comme une feuille et remercia les dieux d'être toujours en vie ! Astrid et Harold s'occupèrent de lui, tandis que les autres les rejoignaient. Une fois tout le monde de l'autre côté, ils poursuivirent leur route sous la pluie battante. Après quinze minutes de marche, se dressait devant eux un chemin qui débouchait sur une montagne rocheuse. Autour d'elle, la forêt qui l'entourait s'enfonçait de plus en plus vers le sol, laissant voir au groupe que la montagne était haute et longue, et qu'à la moindre dégringolade sur les parois rocheuses et glissantes, c'était la mort assurer ! Avec courage, tout le monde suivait le long sentier boueux à cause de la pluie, qui par chance, venait de cesser. Sauf qu'a un moment… Rustik, qui concluait la marche avec les jumeaux, s'exclama à haute voix.
- STOP !
Les jumeaux sursautèrent et se massèrent les oreilles en le fusillant du regard, alors que les autres le regardaient sans râler, même s'ils avaient tous sursauté à cause de lui.
- Qu'est ce qui se passe encore ? Demanda Ryker
- Je… J'en peux plus… ! J'ai trop mal aux pieds… ! On peut faire une pause… ? Pitié…
- Non. On ne peut pas faire de pause ici, surtout à découvert ! Alors tu prends sur toi, et tu…
- On va faire une pause Rustik. Assieds-toi. L'autorisa Harold
- Merci Harold… Dit-il avec reconnaissance
- Mais pour qui vous vous prenez, hein ?! Gronda Ryker. Avec des attitudes pareilles, on perd notre temps ! Déjà qu'on a perdu du temps à cause de la rouquine qui s'est fait avoir en forêt, et des soins procurés à votre camarade au point d'eau, alors pourquoi devrait-on… ?!
- Une pause est nécessaire Ryker. S'il ne se sent pas bien, il nous ralentira davantage. Rétorqua Harold d'un air sévère
- Harold a raison. Et puis c'est l'occasion pour moi de vérifier l'état de ses yeux. S'il arrive à les ouvrir et à voir autour de lui, le reste du trajet se passera mieux pour tout le monde. Ajouta Astrid sur le même ton
L'idée qu'il se fiche de l'état d'un blessé et d'un membre essentiel du groupe les énerva au plus haut point ! Ryker grogna dans ses moustaches et hocha la tête d'un air mécontent. Ryker accorda quinze minutes de pause, et c'était largement suffisant pour tout le monde. Le groupe en profita pour s'asseoir, boire et manger un morceau. Astrid et Harold s'occupèrent de Rustik, tandis que Verika regardait Dagur qui s'était assis à l'écart, dos au groupe. Cette situation entre eux la rendait triste et inquiète. Depuis le combat dans la forêt contre le Rapidopiège et la Douceur Fatale, il y avait quasiment pas eu de dialogue malgré pas mal d'échanges de regard. Dans la forêt… Au point d'eau… Le long de la route… Lors de la descente le long de la corde… Et durant ce trajet ci. Elle en avait assez ! Vu qu'elle l'aimait toujours, et que ça semblait réciproque, alors autant réagir et arrêter de jouer les gamins ! Ils n'avaient plus l'âge pour ça ! Elle prit alors une inspiration et alla le rejoindre. En sentant quelqu'un approcher, Dagur tourna légèrement la tête, mais ne prononça pas un mot en voyant Verika. Elle s'asseya à côté de lui, mais pas trop près vu qu'il semblait toujours être dans ses pensées et distant. Un court moment se passa dans un silence plus que pesant, alors Verika se décida à briser le silence.
- Dagur…
- Mmh ?
- Ecoute, je… Je sais que tu t'inquiètes de nouveau pour moi, et que tu m'aime toujours. Sinon, tu n'aurais pas demandé à Astrid de m'écarter du danger quand on était dans les bois…
- C'est vrai.
- Alors pourquoi tu ne me dis rien depuis le combat dans la forêt ? Demanda-t-elle calmement, mais d'une voix triste
- Parce que tant qu'ils seront tous là… J'aurais du mal à te parler et à être de nouveau proche de toi. Parce que j'aurais aussi sans cesse la crainte qu'ils gâchent tout, encore une fois. Avoua-t-il, le regard perdu sur la faible végétation présente sur le sentier.
- Je vois. Mais là… On n'est qu'à deux, loin du groupe, et on a treize minutes de pause. Tu veux qu'on discute ? Proposa-t-elle en tournant son regard vers lui
- Discuter de quoi ? De nos comportements idiots ? De nos décisions qu'on a visiblement l'air de regretter ? Pas la peine de perdre du temps pour ça. Le fait qu'on regrette, et qu'on se rend toujours compte de l'essentiel, c'est déjà une bonne chose.
- Je suis d'accord.
- Alors de quoi d'autre veux-tu qu'on parle ?
- Je ne sais pas…
Nouveau moment de silence. Verika n'osait pas le regarder et fixa comme lui un point du décor, réfléchissant à un sujet de conversation qui ne finirait pas en larmes, mauvaises paroles et coups de colère. De son côté, Dagur faisait pareil, mais le seul sujet qui lui venait en tête, c'était sa demande qu'il n'avait pas pu faire, et du coup, il n'arrêtait pas de se remémorer la tournure qu'avaient pris les choses ce soir-là. Mais il se rappelait aussi de ce qu'il avait ressenti en achetant la bague à Rustik, de ce qu'il avait imaginé comme grandes phrases pour le moment crucial, mais aussi des raisons qui l'avait poussé à lui demander sa main. Prenant en compte le fait qu'ils étaient seul et que personne n'étaient proche d'eux et disposé à les embêter, Dagur hésita tout de même à refaire sa demande. A la base, il voulait que la condition soit romantique. Le clair de lune sur le pont du bateau était quand même plus romantique qu'un sentier rocheux et boueux. Et puis elle lui avait clairement dit qu'elle aurait préféré qu'il fasse sa demande dans d'autres conditions. Mais est-ce qu'aujourd'hui… Cet avis avait changé à ses yeux ? Ce fichait-elle de tous ces détails ? Serait-elle heureuse qu'il le lui redemande ? Dirait-elle oui ? Il en avait vraiment marre de ce se poser des questions ! Puisque l'envie de se lancer l'envahissait, alors pourquoi hésiter davantage ? Il rassembla intérieurement son courage et se lança.
- Verika...
- Mmh ? Dit-elle en se tournant vers lui
- Répond moi sincèrement. Est-ce que tu m'aimes toujours ? Je veux dire… Comme avant ? Quand il n'y avait que nous deux… Chez nous… ?
Verika fut surprise de sa question, mais elle fut touchée par l'inquiétude et la tristesse qu'elle voyait dans son regard et sur son visage. Elle se leva, s'agenouilla devant lui et prit tendrement ses mains dans les siennes, et le rassura d'un sourire sincère. Son cœur c'était d'ailleurs mis à battre de plus belle au contact de ses mains qui lui avaient manqué.
- Dagur. Je n'ai jamais…
- VIPERES EN APPROCHE !
Le groupe tout entier tourna aussitôt son regard vers le chasseur qui venait de donner l'alerte, puis vers le bataillon de dragons Vipère en approche. Il y en avait cinq, dont un bien sombre et visiblement plus balèze que les autres ! En voyant ça, Ryker sentit sa colère refaire surface.
- Grrr… C'est à cause de ces imbéciles qu'on est dans cette situation ! Pas d'issue possible, sinon continuer d'avancer, et le terrain est idéal pour que ces démons nous attrapent à leur guise… Rhh. ARCHERS ! Hurla-t-il
Verika sortit aussitôt son arc et ses flèches et se prépara à tirer, tout comme ses camarades. Tout comme Dagur, elle était dégoutée d'avoir été interrompue ! Sauf que Dagur était dégouté, mais également fou de rage ! Après les humains, voilà que les dragons s'y mettaient ! Les dieux étaient contre lui ou quoi ?! Vénère, il resserra sa poigne sur le manche de son épée. Rustik, ne voyant toujours rien malgré un meilleur état de ses blessures, s'était mis à l'abri sous la protection des jumeaux armés de leurs lances.
Dès que les dragons furent assez près, vikings et dragons attaquèrent ensemble, flèches contre épines ! Chaque camp esquiva au mieux les attaques de l'autre, mais malheureusement pour les Vikings, ces dragons étaient sous le commandement d'un Vipère de classe titan ! Ignorant la peur et le danger de se retrouver face à 14 Viking armés, ce dernier n'hésita pas à foncer sur le groupe et d'attaquer avec ses jets de flammes, pendant que ses subalternes continuaient d'attaquer le groupe désorienté avec leurs lancers d'épines !
Deux chasseurs se prirent violemment des épines qui leur ôta la vie d'un coup, tandis qu'un autre s'était fait cramer au niveau de l'abdomen par le Vipère titan. Astrid avait à peine esquivé un jet de flammes, qu'elle se fit attraper en traitre par un subalterne et emmener au loin ! La pauvre était incapable de se défendre et de se libérer, mais elle était également morte de trouille d'être aussi loin du sol et d'être séparée de ses amis !
- HAROLD ! Hurla-t-elle
- ASTRID ! Hurla-t-il
Désespéré et fou de rage, il brandit son arc et visa le dragon, mais Verika accourut vers lui et abaissa aussitôt son arc pour l'empêcher de tirer, ce qui le mit dans une colère encore plus grande !
- MAIS QU'EST-CE QUI TE PRENDS ?! J'AURAIS PU…
Du coin de l'œil, Harold vit que Verika allait se prendre un lancer d'épines, mais il l'avait poussé à temps sur le côté et se protégea lui-même avec son bouclier, soulagé de ne pas voir la pointes des épines ressortir de l'autre côté ! Verika s'était à peine relevée qu'elle se fit à son tour emmener par un dragon !
- AAH ! NON ! LACHE-MOI ! Hurla-t-elle au reptile
- VERIKA ! Hurla Dagur
Elle n'était pas encore trop loin du groupe. Il avait donc une chance de tirer sur le dragon pour qu'il la lâche et qu'il plonge à son secours ! Il tira donc une flèche mais le dragon l'esquiva aisément et contre-attaqua avec un lancer d'épines que Dagur ne réussit pas totalement à esquiver. Une épine se planta au niveau de son cœur, ce qui le fit chuter à genoux, sous les yeux horrifiés de Verika qui continuait de s'éloigner.
- DAGUR !
Folle de rage, elle poussa un cri et usa de sa souplesse et des épines sur ses bottes pour infliger un coup à son kidnappeur, au niveau de l'abdomen. Le dragon cria de douleur et lâcha Verika qui chuta vers la pente boueuse. Elle tenta de s'accrocher à un bout de bois, mais avec la pluie, il lui glissa entre les doigts ! Elle essaya de s'accrocher à quelque chose d'autre ou de se redresser, mais c'était tellement glissant qu'elle dérapa sur le dos tout le long de la colline en hurlant de peur.
Sans hésiter, Harold s'était lancé à sa poursuite en se mettant debout sur son bouclier, surfant ainsi sur la pente boueuse. Il rattrapa bien vite la rouquine qui faisait de son mieux pour stopper sa chute et esquiver les obstacles ! Quand elle entendit Harold l'appeler et lui tendre la main, elle trouva la force de l'attraper pour se faire hisser sur le bouclier. Elle s'accrocha à Harold qui faisait de son mieux pour maintenir le bouclier en équilibre. Mais à un moment, une petite bute se dressa sur leur chemin, et sans qu'Harold n'ai pu l'esquiver, ils se retrouvèrent tous les deux projetés vers la forêt, et chutèrent ensemble vers les arbres.
Dagur avait assisté à la chute de Verika sans rien pouvoir faire à cause de la douleur à sa poitrine. Il n'avait pas vraiment fait gaffe qu'Harold s'était lancé au secours de Verika, vu qu'il était occupé d'enlever l'épine et de cautériser sa plaie avec sa main. Par chance, son armure avait diminué les dégâts, mais ça ne l'empêcha pas de saigner et de ressentir de la douleur. Sans son armure, cette épine aurait pu lui transpercer le cœur et le tuer. En relevant la tête, il vit que le Vipère responsable du sort de Verika était toujours là, faisant du surplace à cause de sa douleur à l'abdomen. Le regard haineux, Dagur s'empara de l'arc de Verika et tira sur le dragon qui esquiva la flèche, mais qui n'eut pas le temps d'esquiver les deux autres flèches tirées en même temps ! Le dragon chuta sur la pente, et dégringola jusqu'à ce qu'il disparaisse dans la forêt, sous le regard satisfait, mais furieux de son tueur.
Dagur assista ensuite à la fuite du reste du bataillon, composé à présent de trois dragons. Un Vipère avait réussi à emmener un chasseur, et le second continuait de s'éloigner avec Astrid, tandis que le Vipère titan surveillait leurs arrières. Ryker avait réussi à le toucher, et ses deux derniers chasseurs avaient réussi à tuer le dernier Vipère à bout portant. Quant au reste du groupe, Kranedur s'était fait expulser du terrain par un Vipère subalterne, dans la même direction que Verika et Harold. Quant à Rustik, il n'avait rien, car Kognedur avait continué de le protéger malgré la perte de son frère, mais elle s'était pris une belle balafre sur l'épaule gauche. Si elle grognait à cause de la douleur, l'idée d'avoir une belle cicatrice la réconfortait, mais ce n'était pas suffisant face au souvenir de son frère se faisant balayer du combat par un dragon ! Avait-il survécu à sa chute, tout comme Harold et Verika ? Elle en était persuadée grâce au lien qu'elle partageait avec son frère jumeau. Même séparés, elle pouvait dire s'il était encore en vie ou pas. Et son cœur lui disait que oui ! Mais après une chute pareille, et avec une ile remplie de dragons sauvages… Pour combien de temps le resterait-il ?
Lentement, tout le monde se remit au mieux de ses blessures, mais leur chagrin serait moins facile à panser. Surtout qu'ils ignoraient si les disparus avaient survécus à leurs chutes. Pour ce qui était des captifs, les survivants ne cherchaient pas à comprendre. Leur sort était scellé dès le moment où ils se sont fait attraper et emmener au loin. Mais Dagur, Kogne et Rustik étaient convaincus que Verika, Kranedur et Harold étaient encore en vie. Ils le sentaient au plus profond d'eux ! Mais que faire maintenant ? Devaient-ils aller à leurs recherches en dépit de leur mission ? Ou les laisser à leur sort et atteindre sans eux leurs objectifs ? Les abandonner était hors de question ! S'ils avaient une chance de les retrouver et de les sauver, ce serait déjà ça. Parce que pour Astrid, c'était inenvisageable. Les dragons étaient trop loin, et partir à la recherche du trio, puis à sa recherche, prendrait beaucoup de temps. Et ils n'étaient pas sur de la retrouver en vie. A la pensée qu'elle finisse dévorée, Rustik et Kogne pleurèrent de colère et de chagrin.
Dagur fixait la pente et la forêt avec rage, les poings serrés. Il refusait de croire que Verika soit morte. C'était la fille la plus maline et la plus forte qu'il n'ait jamais connu ! Elle ne pouvait pas mourir à cause d'une glissade, même si elle semblait longue et dangereuse ! En plus, il avait appris par Kognedur qu'Harold s'était lancé à sa poursuite. Son geste aura peut-être permis à la rouquine de survivre à cette dégringolade. Mais le fait qu'Harold soit parti jouer les sauveurs n'était pas ce qui le mettait en rogne. C'est le fait que si Verika n'ai pas survécu, alors il ne connaitrait jamais la réponse qu'elle allait lui donner, même si son sourire et son regard lui avait montré qu'elle l'aimait toujours comme avant, et que tout allait s'arranger définitivement entre eux. Et que si elle l'avait affirmé vocalement, il lui aurait de nouveau demandé sa main.
Il refusait absolument de croire que ces maudits dragons aient à jamais anéanti la joie de l'entendre dire oui et qu'elle devienne sa femme dès leur retour à la forteresse ! Il se jura alors de partir à sa recherche, même s'il devait le faire seul, et de le lui demander coûte que coûte, même si ça devait se faire devant tout le monde ! Rien à foutre ! Et si ces maudits reptiles lui avaient ôté la vie… Alors chaque espèce de dragons vivant dans l'archipel aura à craindre sa colère et sa soif de vengeance ! Il le jura sur la bague qu'il tenait dans le creux de sa main et sur son amour pour Verika ! Une fois ses blessures soignées, Ryker se dirigea vers le jeune trio et s'adressa à eux d'un ton calme et compatissant à leur douleur et chagrin.
- J'espère que malgré votre chagrin, vous êtes prêt à reprendre la route. Dit-il calmement
- Et pour aller où… ? Hein… ? De 14, on est plus que 6… Rétorqua tristement Kogne alors qu'elle soignait sa balafre.
- Je sais. Mais il ne faut pas oublier pourquoi on est là.
- Humph… D'ici-là qu'on arrive au repaire du Furie Nocturne, notre groupe atteindra vite zéro… Rétorqua Rustik
- Pas si on récupère les membres de notre équipe. Ajouta Dagur
- Quoi ? Fit Ryker
- Tu m'as compris, Ryker. On part chercher Verika, Harold et Krane tout de suite, avant que la nuit réduise nos chances de les retrouver.
- Et après ? On part chercher la blondinette et l'un de mes hommes ? Rétorqua-t-il
- Non. On ne peut plus rien faire pour eux. Mais pour Verika et les autres, y'a encore une chance, et je vais la saisir. Quitte à y aller tout seul ! Déclara Dagur avec détermination
- C'est ton amour pour elle et ton chagrin qui te fait délirer ! Tu veux t'entêter à chercher des personnes qui sont sans doute mortes à cause d'une telle dégringolade, alors que notre mission est la priorité absolue !
La mâchoire serrée et le regard toujours aussi empli de colère, Dagur sortit rapidement son épée et la pointa sous la gorge de Ryker qui n'avait pas bougé d'un centimètre, et ne montra aucun signe de peur.
- Ecoute-moi bien crâne d'œuf ! Je n'ai pas oublié le but de cette satanée mission ! Mais mon objectif à moi, c'est de revenir en vie avec Verika sur notre île ! Je n'irais pas plus loin sans elle, alors que je sens qu'elle est toujours en vie ! Si les dieux lui ont laissé la vie sauve, j'irai avec joie combattre ce Furie Nocturne avec elle ! Elle a un compte à régler avec lui, et je lui ai promis de l'aider à obtenir vengeance ! Pigé ?! Alors si tu veux partir à la recherche de ce maudit dragon avec le reste du groupe, fais-le ! Mais moi, je pars à sa recherche !
- Tu n'iras pas seul. On va aller les chercher tous ensemble. Mais pour ça, faut d'abord quitter ce sentier et regagner la forêt par le côté ouest. Ça te va ?
- Ça me va. Merci. Dit-il d'un ton légèrement froid.
Sur ordre de Ryker, le groupe rassembla ses affaires et embarqua les affaires des disparus, puis continua d'avancer sur le sentier, laissant les trois cadavres sur le chemin. Un brasier funéraire attirerait beaucoup trop l'attention des autres dragons alentour, et découragerait les éventuels survivants.
oO*Oo
Leur chute ne fut pas des plus tendres. A force de se cogner sur chaque branche qui était sur leur chemin, et se faire fouetter par les feuilles et les branches les plus fines, ce fut un soulagement pour eux quand leur chute s'arrêta enfin, mais non sans douleur. Le corps affalé sur une double branche épaisse, Verika n'osait plus bouger tellement qu'elle avait mal partout. Sa tête lui semblait lourde, ses membres étaient lourds et engourdis, et d'autres lui faisaient horriblement mal. Son nez et sa bouche étaient envahis par le gout et l'odeur du sang encore chaud et frais, et sa peau la démangeait à cause de la terre qui séchait grâce au soleil. Verika rouvrit lentement les yeux et papillonna face aux faibles rayons du soleil qui frappait à travers le feuillage des arbres. Sur une branche située pas loin de la sienne, elle voyait Harold allongé sur le ventre, l'air patraque mais calme, les yeux à demi ouverts. Lui aussi avait l'air de s'en être pris plein la poire, à en juger par le sang qui coulait de sa bouche et de sa joue !
- Ça va… ? Demanda-t-elle faiblement
- J'ai connu mieux…
- Pareil… J'ai mal partout…
- Moi aussi… C'est un miracle qu'on soit encore en vie…
- Mouais… Mais va quand même falloir descendre de là…
- Je suis d'accord…
- Moi aussi. Répondit Krane
Surpris d'entendre une troisième voix, Verika et Harold tournèrent lentement leur tête vers Kranedur qui était suspendu dans le vide, la tête en bas. Mais contrairement à ses amis, Krane semblait en meilleur forme malgré quelques blessures !
- Vous en faites des tronches ! Et c'est encore pire à l'envers !
- Tu crois qu'on a envie de sourire après une chute pareille… ? Rétorqua faiblement Verika
- Et comment ça se fait que toi, t'a pas l'air de souffrir de la chute… ? Demanda Harold
- Ha ! C'est parce qu'avec ma sœur, on a été habitué à se taper dessus avec toutes sortes de choses lourdes et dangereuses ! Alors ce n'est pas trois branches qui… Oh !
- Krane ?
- Ma sœur… Elle… Elle est là-haut, loin de moi… ! Et probablement… Murmura-t-il d'une voix troublée par l'effroi
- Non, Krane. Elle est vivante et on va la retrouver… Fais-moi confiance… Souriait-elle malgré ses douleurs
- Je le sais, Verika. Au fond de moi… Je sens qu'elle est toujours en vie, et qu'elle me cherche…
Le regard d'Harold se fronça en pensant non pas à Kognedur ou aux autres, mais à Astrid ! Elle aussi était encore en vie, et attendait qu'on vienne la chercher. Il en était sûr ! Mais ce qui le mit également en rogne, c'était le geste de Verika sur le sentier. Pourquoi l'avait-elle empêché de tirer ?! Marre d'être affalé sur la branche et ayant hâte de partir à la recherche de son amie, Harold se releva et commença à descendre prudemment de l'arbre, l'air sévère. Les autres l'imitèrent avec prudence, et quand tout le monde fut de retour sur la terre ferme, ils eurent comme un léger vertige, mais ils étaient contents d'être descendus avant que leurs branches ne cèdent sous leur poids.
- Bon. On fait quoi maintenant ? On retourne rejoindre les autres ? Demanda Krane
- Oui. On est tombés tout droit vers la forêt… Alors je pense qu'il vaut mieux partir vers le côté ouest. Lui répondit Verika en regardant la cime des arbres
- Non. Fit Harold d'un ton froid
- Hein ? S'étonna-t-elle
- On part chercher Astrid. Elle nous attend.
- Harold. Ce… Ce n'est pas la peine d'aller la chercher. Dit-elle d'un ton désolée
Bien qu'étant dos à ses amis, le regard d'Harold se fronça davantage et ses lèvres se pincèrent de rage.
- Ah ouais ? Et pourquoi ça ? Dois-je te rappeler que c'est à cause de toi qu'elle s'est fait emmener et que je n'ai pas pu la sauver ?! Dit-il en se tournant vers Verika
- Quoi ? Ma faute ? S'étonna-t-elle
- Oui ! Parfaitement ! D'ailleurs, j'aimerais bien connaitre la raison de ton geste tout à l'heure ! Pourquoi tu m'as empêché de tirer sur ce dragon ?!
- Mais… C'est pourtant évident, non ?
- Non, je ne vois pas du tout !
- Mais enfin ! Réfléchis, idiot ! Si tu lui avais tiré dessus, il l'aurait lâché et elle n'aurait peut-être pas survécu à sa chute !
- Pourtant tu as bien survécu à la tienne ! Tu la crois moins forte que toi, c'est ça ? Bah tu te trompes ! Astrid est une des Vikings les plus coriace que je connaisse !
- Ce n'est pas un concours, Harold ! Et puis dans les tous les cas… Valait mieux ne pas la sauver. Tu aurais dû viser Astrid plutôt que le dragon.
Harold et Krane étaient perplexes de l'entendre dire ça, même si sa voix semblait triste et désolée. Verika n'aurait vraiment pas dû dire ça. S'en était trop pour Harold ! Il se rua sur elle et la colla dos contre l'arbre. Verika serra les dents à cause de ses douleurs et regarda Harold avec incompréhension ! Kranedur osa intervenir en écartant ces deux-là.
- Aie… Non mais c'est une manie chez les Berkiens ou quoi ?! Protesta-t-elle en grimaçant de douleur
- Après tout ce qu'elle a fait pour toi... Comment oses-tu dire une chose pareille ?!
- T'a toujours pas compris ?! Si tu avais tué le dragon, elle serait peut-être morte à cause de sa chute ! Et vu qu'elle était plus loin que moi quand je me suis fait attraper, tu n'aurais pas réussi à la rattraper à temps ! Mais si tu lui avais tiré dessus, tu lui aurais épargné la souffrance et l'effroi de se faire dévorer par ces dragons sauvages ! Et je suis sûre que c'est ce qu'elle aurait préféré comme sentence ! Une flèche droit dans le cœur !
- Non ! Tais-toi ! Je ne veux pas entendre ce genre de choses !
- Pourtant, elles sont réelles et fatales ! Tu dis que tu veux partir à sa recherche, mais c'est peine perdue, Harold ! Ouvre les yeux ! Quand on l'aura retrouvée, il sera trop tard et tu auras d'affreuses images qui vont te hanter toute ta vie ! C'est ça que tu veux ?! Garder le souvenir de son cadavre et de ses ossements ensanglantés sur le sol ?!
- TAIS-TOI !
Harold s'apprêtait à lui coller une gifle, mais Kranedur réussit à le faire reculer. Verika regardait Harold d'un air sévère, mais compréhensif qu'il ait voulu la gifler.
- Ça suffit Harold ! Calme-toi ! Conseilla Kranedur en l'éloignant de Verika
- Sache que tu si compte l'abandonner à son triste sort, ce n'est pas mon cas ! J'irais la chercher coute que coute !
- Personne ne t'a demandé de jouer les chevaliers en fer de Gronk, espèce d'idiot ! Si tu y va, tu vas souffrir de ce que tu verras si son destin est funeste ! Et si par je ne sais quel miracle, elle est encore en vie, comment compte tu t'y prendre face à toute la meute et un Vipère de classe titan qui vaut deux Vipères, hein ?! Je te rappelle qu'à 14 contre cinq, on n'a pas su leur tenir tête ! Alors à un contre cinq, c'est du suicide ! Un aller simple pour le Valhalla ! S'exclama-t-elle
- Et tu proposes quoi ? Qu'on l'abandonne et qu'on fasse notre deuil en attendant qu'on retrouve Dagur et les autres ? Tss. T'est vraiment qu'une égoïste, Verika !
- Moi ?! Je suis égoïste ?! S'exclama-t-elle, outrée
- Parfaitement ! Toi seule a le droit de retrouver ta fin heureuse, c'est ça ?! Pour retrouver ton grand amour, tu laisserais les autres mourir sans rien tenter pour les sauver ?! Je te rappelle que Dagur s'est pris une épine dans le cœur et qu'il est peut être mort à l'heure où on parle !
L'entendre dire ça fut comme un électrochoc pour elle, parce qu'elle venait de s'en souvenir ! Elle revoyait l'attaque, l'impact, le sang, l'expression de douleur sur le visage de Dagur et sa chute sur ses genoux. Mais le sentiment d'impuissance qu'elle avait ressenti, ainsi que le sentiment d'injustice du fait que les dragons aient décidé d'attaquer au moment où ils allaient enfin tout arranger entre eux, l'envahit de tout son être ! A la pensée que Dagur soit mort et que son bonheur ne puisse jamais être retrouvé… Ca la rendait dans un tel était de fureur qu'elle s'adressa à Harold avec des yeux brillants de colère, de peur et de chagrin !
- Alors trois choses ! De un… Je sens qu'il n'est pas mort ! De deux… Il a survécu à bien pire que ça ! Et de trois… Jamais je ne ferai passer mes intérêts avant ceux des autres ! Simplement, je ne veux pas risquer ma vie dans une mission suicide et être accablée à jamais par des souvenirs morbides ! Et puis si je préfère qu'on retrouve les autres, c'est pour qu'il puisse retrouver sa sœur, qu'on retrouve nos amis, que tout le monde soit rassuré et qu'on puisse mener à bien notre mission ! C'est toujours de l'égoïsme ça, monsieur le grand guerrier de Berk qui n'a peur de rien ?!
- Euh… Si vous me permettez d'intervenir en tant qu'avocat, je dirais que…
- NON MERCI ! S'exclamèrent-ils d'une même voix
- Oh. Bah tant pis pour vous. J'avais des arguments très convaincants vous savez ? Mais comme vous avez dit non, bah vous ne les connaitrez jamais. Bouda-t-il, vexé
Verika leva les yeux au ciel face à son comportement et continua de défier Harold du regard. D'un ton plus calme, malgré ses larmes qui coulaient lentement sur ses joues, elle essaya encore une fois de le raisonner.
- Harold. Je sais que tu en colère et que tu veuille la sauver. Je le conçois, et j'aimerais également la sauver. Mais fais appel à ta logique ! C'est du suicide d'aller la chercher ! Il vaut mieux retrouver les autres et poursuivre notre mission. Tu ne crois pas que les vies de milliers de personnes sont plus importantes que la vie d'une seule personne ? Tu ne crois pas qu'Astrid te dirais la même chose si elle était à ma place ? Vu la guerrière qu'elle est… Je pense qu'elle verrait ça comme un noble sacrifice.
- Sauf qu'elle n'est pas à ta place, et toi, tu n'es pas à la sienne ! Alors arrête de parler pour elle ! Tu n'en a pas le droit ! Elle est toute seule, sans doute apeurée malgré son courage, et Thor sais le temps qu'il lui reste à vivre. Et je ne veux pas perdre une seconde de plus à débattre sur le sujet avec toi ! Salut !
Il fit demi-tour et commença à s'éloigner d'une démarche légèrement étrange et boiteuse. Verika comprit ce qui n'allait pas, et tenta encore de le retenir et de le résonner.
- Harold ! Bon sang ! Arrête de faire ta tête de mouton et sers-toi correctement de ton cerveau !
Elle lui avait pris la main mais Harold l'envoya balader, et lui fit face, le visage pâle et fiévreux.
- Fiche moi la paix, d'accord ?! J'en ai marre de toi ! Je n'ai plus envie de t'écouter et j'ai encore moins envie d'écouter la voix de la raison ! Je vais chercher Astrid et personne ne pourra m'en empêcher ! D'ailleurs, je ne force personne à me suivre ! Partez de votre côté rejoindre les autres ! Adieu !
- Adieu ? Répéta Verika, sciée de son entêtement
- Euh... Harold ?
- Tout ira bien, Krane. Ne t'en fais pas. Si jamais on ne se revoit plus dans ce monde, nous… Euhrg…
Verika venait de l'assommer avec un bout de bois, sous le regard choqué de Krane. D'une mine navrée, elle regardait Harold qui gisait à ses pieds.
- Désolée Harold, mais je n'avais plus le choix...
- Verika, tu… Tu viens de tuer le futur chef de Berk ?!
- Hein ? Non, Krane ! Je l'ai… Dit-elle en se tournant vers lui avec son bout de bois dans les mains
- Non, par pitié ne me tape pas ! Je t'ai rien fait moi ! Implora-t-il en la suppliant à genoux
- Calme-toi, Krane. Je n'ai pas l'intention de te taper. Quand à Harold, je l'ai juste assommé parce qu'il était trop blessé pour entamer correctement des recherches. De plus, il commençait à avoir de la fièvre et il ne voulait pas entendre la voix de la raison. Et comme la nuit ne tardera pas à tomber, il n'aurait pas pu voir grand-chose.
- Ah. C'est sûr que t'a bien fait.
- Tu sais, j'aurais préféré ne pas recourir à ce moyen pour l'empêcher d'aller droit au massacre. Bref. Pour l'heure, il faut trouver de quoi nous loger, nous nourrir et nous protéger. Et vu qu'on n'a pas nos sacs, ça va être un peu galère... Mmh… Tu as quoi comme arme sur toi ?
- Euh... Juste une dague. J'ai pommé ma lance quand je me suis fait éjecter par le dragon.
- D'accord. Tiens, prend mon épée. Elle te sera utile pour vous défendre le temps que je vais chercher un abri. En attendant mon retour, veille sur lui, restez cacher et siffle au cas où vous courez un danger. Je reviendrais le plus vite possible. D'accord ?
- D'accord. Fais-gaffe à toi.
- Toi aussi. Souriait-elle d'un air confiant avant de partir dans les bois
