Salut à tous ! :D Alors si vous avez aimé le drama et l'action du précédent chapitre, alors vous allez aimer ce qui vous attend dans ce chapitre ! ;) Vous saurez ce que sont devenus Astrid et le chasseur, vous verrez les bébés vipères, et vous reverrez aussi le Vipère titan et son clan ! :D Y'aura encore de l'action, des combats, des engueulades, des clins d'œil à la série et du dramaaaaaa ! ^^ Encore merci à vous tous, bonne lecture et à la semaine prochaine ! Bisous ! ^^
Chapitre 24 - Courage
Le trajet lui avait semblé pénible et interminable alors que ça n'avait duré que dix minutes ! Malgré son épaule gauche méchamment tailladée par le dragon au moment de sa capture, Astrid n'avait pas un seul instant sombré dans l'inconscience. Elle voulait avoir conscience des dernières minutes de sa vie. Non sans douceur, Astrid fut enfin déposée sur la terre ferme, en plein milieu du nid du Vipère titan ! Mais sa chute lui déboîta l'épaule gauche, et la pauvre ne put contenir un cri de douleur qui réveilla malheureusement les bébés dragons. Avec un regard terrifié, Astrid regardait la jolie maman Vipère calmer ses petits qui couinaient de faim, et qui pleuraient à cause de leur réveil brutal. Leurs cris aigus et continus faisaient mal aux oreilles d'Astrid, ainsi qu'au chasseur qui avait également été capturé.
Le chef se posa à son tour au sein du nid et toisa férocement les deux prisonniers. Son regard se balada un court moment entre les deux, puis avec son museau, il poussa Astrid en retrait vers un gros arbre. Ne comprenant pas son intention, la blonde obéissait malgré son bras qui lui faisait affreusement mal et les puissants coups de museau. Elle s'asseya de force par terre, dos contre l'arbre, les yeux rivés sur le chasseur qui regardait avec effroi les quatre dragons Vipères présent autour de lui. Le chef de la meute s'approcha de ses petits et leur grogna quelque chose sur un ton calme, affectueux, mais également sadique. C'est du moins l'impression qu'avait Astrid.
Au côté de la Vipère femelle, trois bébés marchèrent avec appétit vers le chasseur, la langue pendue sur le côté et la mâchoire grande ouverte avec un léger filet de bave. Astrid nota qu'il y avait encore deux œufs qui n'avaient pas encore éclos. Mais elle n'accorda pas plus d'importance à ce détail, vu qu'elle assistait avec effroi au meurtre du chasseur qui venait de se faire mordre la gorge, le bras et la tête par les bébés affamés ! Ne voulant pas regarder, Astrid ferma les yeux et tourna la tête. Ne pouvant pas se boucher les oreilles à cause de son bras déboité, elle dû supporter avec horreur et les larmes aux yeux, les cris du pauvre malheureux qui se faisait dévorer vivant ! Par chance, les cris cessèrent rapidement, mais le bruit des bébés qui mastiquaient avec joie sa chair résonna au sein du nid jusqu'à ce qu'ils finissent leur repas.
Astrid était terrifiée, elle avait froid, elle avait mal, elle avait faim, elle était épuisée et elle avait envie de vomir à cause de ces affreux bruits qui s'étaient incrustés dans son cerveau. N'entendant plus rien, elle se risqua à jeter un rapide coup d'œil, même si elle savait qu'elle allait le regretter. Et ce fut le cas. Les petits avait plein de sang autour de leur mâchoire, et ils s'étaient endormis par terre aux côtés du cadavre à moitié dévoré et dégoulinant de sang. Elle ne le regarda pas davantage, ne voulant pas rêver d'une moitié de cadavre en sang. Elle se mordit la lèvre en se disant qu'elle ne pourrait pas rêver, ni dormir ce soir. C'était impossible ! Ou peut-être que si ? Apparemment, elle et le chasseur étaient visiblement destinés à satisfaire l'appétit des bébés, vu que les adultes ne semblaient pas toucher au reste. Astrid fut soulagée à l'idée que l'heure de sa mort ne soit pas encore arrivée. A en juger par la corpulence du chasseur et la quantité que les trois bébés avaient mangés en une seule fois… Ils en auraient encore pour deux repas. Après… Ce sera son tour. Et vu qu'elle était plus mince et plus petite que lui, ils n'en feraient qu'une bouchée !
Terrifiée et déshonorée à l'idée de mourir ainsi, surtout en étant une guerrière viking, Astrid tenta de rester calme, du moins par rapport à son bras. Elle n'avait même pas la force de se le remettre en place, et la blessure lui faisait beaucoup trop mal. Elle ramena ses jambes contre elle et pleura contre ses genoux. Tant qu'elle était encore en vie et consciente, elle ne cessait de penser à tous ses amis, mais surtout à Harold. Une crainte submergea alors dans son cœur. Depuis qu'elle était devenue son amie, elle le connaissait par cœur. Elle savait qu'il refuserait d'abandonner ses amis à leur triste sort et qu'il partirait à leur recherche. Sauf qu'elle partageait le même avis que Verika. Venir la sauver serait du suicide ! A l'intention d'Harold, elle lui adressa de tout son cœur un souhait.
- Harold… Je t'en supplie… Ne viens pas me chercher ! Même si l'envie te dévore, reste où tu es, reste en vie et poursuis notre mission ! C'est tout ce qui compte ! Ne risque pas bêtement ta vie pour venir me sauver alors que des milliers de vies peuvent être épargnées… Entends mon souhait, Harold... Entend-le ! Ne viens pas… Et si quelqu'un te conseille de ne pas venir, je t'en supplie, écoute le…
oO*Oo
Malgré son état, Verika explorait au mieux les alentours avec son bout de bois à la main. N'ayant plus d'arme, à part deux dagues, elle avait décidé de le garder avec elle. Le coin était relativement calme, mais ça ne voulait pas dire qu'elle était à l'abri du danger. Elle faisait également de son mieux pour rester positive concernant le destin de Dagur et des autres, et pour ne pas repenser aux paroles blessantes d'Harold. Ayant conscience que c'était mal de penser ça, elle essayait de ne pas penser à Astrid. Parce que si elle s'écoutait, elle irait la chercher avec Harold. Et même qu'Harold l'avait traitée d'égoïste, elle n'en tenait pas rigueur. Il avait dit ça à cause de son état, de la fatigue, de la colère et de toutes les émotions logiques liées à cette situation. Mais elle demeurait convaincue que son résonnement était juste.
Au bout de quinze minutes de marche, elle trouva un petit point d'eau douce. Ravie, elle s'y approcha pour boire une gorgée d'eau. L'eau était fraiche et potable. Elle poussa un long soupir satisfait, puis elle en profita pour se rafraichir le visage et enlever tout le sang et la terre séchée. Se sentant mieux, elle vit qu'autour du point d'eau, il y avait un buisson avec des mûres. Gourmande, elle en mangea une petite poignée. Qu'est-ce qu'elles étaient délicieuses ! Bien juteuses et sucrées ! Un vrai régal ! Constatant avec joie qu'il y en aurait suffisamment pour tout le monde, elle en reprit quelques-unes et les mangea en regardant tout autour d'elle. Elle y vit un renfoncement dans la roche, suffisamment large pour y loger trois personnes et les protéger d'une éventuelle averse. Contente d'avoir trouvé un lieu sécurisé pour cette nuit, elle retourna au plus vite auprès de Krane qui n'avait pas lâché Harold du regard. Quand à ce dernier, il était toujours dans l'inconscience.
Ravi de revoir Verika, Krane l'écouta attentivement et la suivit jusqu'au point d'eau en portant Harold sur son dos. En voyant la découverte de la rouquine, Krane admettait que ce serait parfait pour camper ! Il installa Harold dans la grotte pendant que Verika alla pécher un ou deux poissons qu'elle venait de voir au fond de l'eau. Krane en profita pour boire, se rafraichir et manger des mûres, tout en encourageant Verika. Ce n'est qu'au bout de dix minutes et de nombreux échecs, qu'elle en attrapa trois en les embrochant avec sa dague. Krane se proposa pour les faire cuire, ce qu'elle ne refusa pas, tellement qu'elle était fatiguée. Elle en profita pour piquer une tête dans l'eau et se débarrasser de toute la terre encore présente sur sa peau, son armure et ses cheveux. L'odeur du poisson grillé attira l'attention d'Harold qui se réveilla progressivement.
- Salut !
- Euh…. Salut. Tu fais quoi, là ?
- Je prépare le repas de ce soir ! Vous allez m'en dire des nouvelles ! S'enthousiasma Krane
- Euh… Ouais. Où est-ce que tu as trouvé ces poissons ?
- C'est Verika qui les a péchés. C'est aussi elle qui a trouvé cet endroit pendant que tu dormais. A ce propos, t'es une vraie marmotte ! Rien qu'à cause d'un petit coup de bâton sur le crâne ! Et puis sans vouloir te vexer, pour un homme… T'es plutôt léger ! Ma sœur pourrait te porter sans problème ! Nan sérieux, Harold. En rentrant, faudra penser à prendre du muscle.
- Merci pour tes sages conseils et tes gentilles remarques, Krane. Ça me touche beaucoup. Rétorqua Harold d'un ton sarcastique
- Mais pas de soucis ! Les amis, c'est fait pour ça, Harold ! Sourirait Krane, même s'il n'avait pas compris.
- Oh, je rêve… Bref. Je suppose que ce n'est pas toi qui m'as assommé ?
- Non. C'est Verika.
- Où elle est ?
- Dans l'eau. Elle a dit que c'était pour ton bien, et que vu ton état, t'aurais pas réussi à faire correctement tes recherches.
- Je vois.
Krane continua de faire cuire ses poissons, et Harold tourna son regard vers le point d'eau. Il y vit Verika qui flottait sur le dos, les yeux fermés. Même de loin, Harold voyait qu'elle était fatiguée et anxieuse. Il admettait qu'elle n'avait pas eu tort de faire ça. Comparé à tout à l'heure, il se sentait en meilleure forme, si ce n'est qu'il avait faim et soif, qu'il se sentait sale et que sa tête le démangeait à l'endroit où elle l'avait frappé. C'est sûr qu'après avoir pris un peu de repos, il se sentirait en meilleure forme pour commencer ses recherches. Sur ce point, sa détermination n'avait pas changée ! Dans une heure ou deux, il partirait chercher Astrid en priant les dieux qu'il ne soit pas trop tard. La voix enjouée de Krane attira soudainement son attention.
- Sérieux, cet endroit est trop chouette pour une planque ! Le coin est tranquille et reculé de la forêt, il y a de quoi boire, il y a plein de mûres super délicieuses, il y a des poissons gouleyants et un abri ! Dommage que Kognedur soit pas là… Elle trouverait des idées de déco ultra badasse pour que les dragons n'osent pas s'approcher de notre planque… Dit-il d'un ton plus triste
- Tu la retrouvera, Krane. J'en suis sûr.
- Je l'espère aussi, Harold. Même qu'elle m'agace, me copie, me provoque en bagarre et me contredit tout le temps… Elle reste ma sœur. Une sœur comme elle, y'en a pas deux…
- J'suis d'accord. Kognedur est unique. Bon... Je vais aller me débarbouiller et manger quelques mûres en attendant que ça finisse de cuire. Dit-il avec un sourire sincère
Il laissa Krane à ses fourneaux et s'agenouilla près de l'eau. Il but plusieurs gorgées et leva son regard vers Verika qui était toujours allongée sur la surface, les yeux clos. Flotter à la surface de l'eau devait quelque peu l'apaiser, et c'était le cas. Sans ouvrir les yeux, elle devina qu'Harold venait de rentrer dans l'eau pour ensuite plonger. Elle l'entendit remonter à la surface et agiter l'eau pour se laver. Vu la faible puissance des ondes d'eau qu'elle sentait s'abattre contre elle, elle en déduisait qu'Harold souhaitait rester loin d'elle. Ce qui était logique et préférable. La dernière fois qu'ils étaient trop proches, c'était dans la caverne du pirate. Et ça leur a valu des ennuis. Des ennuis qui étaient sur le point de se régler pour de bon, mais le destin a décidé de repousser le moment des pardons et des embrassades. Quelle cruauté. Furieuse de ce mauvais coup du sort, Verika ouvrit les yeux et se redressa dans l'eau. Elle ébouriffa ses cheveux pour les essorer au maximum, puis les remit en place avant de sortir de l'eau sans adresser un regard à Harold. Pour passer le temps en attendant que le repas soit prêt, elle chercha un long bout de bois, puis s'asseya en tailleur sur un rocher et taillada la pointe avec sa dague pour s'en faire une lance. Harold l'avait regardée quelque secondes avant de sortir à son tour de l'eau et de faire comme Verika. Dix minutes après, Krane signala que le repas était prêt. Harold et Verika retournèrent dans l'abri mais grimaçaient de dégout en s'asseyant.
- Bwaa… Qu'est-ce qui sent si mauvais ?!
- C'est quand même pas ce que j'ai péché tout à l'heure ?! Grimaça Verika
- Le diner est servi ! Annonça Krane avec bonne humeur
En le voyant s'approcher avec un grand plateau repas, Harold et Verika grimacèrent encore plus en voyant un poisson grillé, mais mou, et recouvert de feuilles et de liquide verdâtre.
- Eurk… C'est quoi ce truc ?! Demanda Verika en reculant tellement c'était infect
- Oh ! Ravi que tu poses la question ! Le plat de ce soir, c'est du Bar grillé en croute de sel, avec une sauce d'algues salée, mélangée avec du sel, et pour couronné le tout, j'ai ajouté une légère pincée… De sel ! Bon appétit, jeune demoiselle !
- Euh... Merci Krane… Dit-elle en regardant avec dégout son poisson
- Euhrg... Ah oui, c'est… Salé… Approuva Harold avec une grimace
- Tu penses que j'en ai mis trop ? S'étonna Krane en prenant place
- Eurk ! C'est immangeable, Krane ! Se plaignit Verika qui venait de recracher un morceau
- Bah ! C'est parce que vous n'avez pas assez éduqué votre palet ! A la vôtre !
Il leur souriait, totalement convaincu que son repas était excellent. Mais à peine avait-il croqué dedans que son visage se figea et ses yeux se gorgèrent de larmes. Avec difficulté, il mangea son poisson bouchée par bouchée, sous le regard écœuré des deux autres.
- Je vais me rabattre sur les mûres. Annonça Verika
- Je te suis.
Elle s'agenouilla devant le buisson et mangea autant de mûres qu'elle pouvait, et Harold l'imita sans dire un mot.
- Au fait… Merci de m'avoir… Disons… Forcé à rester sur place.
- Mmh, mmh. Dit-elle, la bouche pleine.
Le ton de sa voix n'étant pas très amical, Harold préféra ne pas en dire plus. Lui qui avait l'intention de partir à la recherche d'Astrid dans peu de temps, autant ne pas gâcher le seul repas de la soirée, remettre de l'huile sur le feu et s'épuiser avec de nouvelles disputes. Après s'être gavés de mûres et avoir bu encore un peu d'eau, Harold et Verika se débarrassèrent de leur poisson infect puis allèrent se coucher, lui avec sa lance de fortune et elle, avec son épée qu'elle avait récupérée. La lance qu'elle avait taillée était en fait pour Krane. Le pauvre s'était déjà allongé et endormi depuis un moment avec une drôle de tête. Une heure après qu'ils se soient tous endormis, Krane se réveilla à cause d'une douleur au ventre. Ayant alors très envie d'aller faire une commission, il se leva discrètement et alla vite de l'autre côté du point d'eau. Une fois sa commission finie, Krane retourna se coucher avec un visage beaucoup plus détendu, mais à peine fut-il sorti des buissons qu'il entendit un bruit qui lui donna des frissons !
- Hein ?! Ce… C'était quoi ça ?! HA !
Il entendit de nouveau le bruit qui ressemblait étrangement à un battement d'aile. Sur le coup, il pensait que c'était un dragon, mais le son était trop faible. De plus, il entendit un frêle cri qui résonnait en écho dans le bois. Mort de trouille, mais intrigué, il se mit à la recherche de ce bruit. Plus il avançait, plus il avait l'impression que le bruit était de plus en plus fort, mais le souci, c'est qu'il avait l'impression que ça venait de partout ! Tournant sur lui-même à chaque bruit qu'il entendait, Krane avait de plus en plus peur et se mettait à émettre des hypothèses sur l'identité de la créature !
- Un troll… Non, un démon crapaud ! Ou bien c'est un Lézarbre… Pire ! Un Rayak !
La supposée créature horrible passa à toute vitesse près des jambes de Krane qui poussa un cri en se tenant sur un pied. Mort de trouille, il se risqua à ouvrir un œil et fut étonné de voir un poulet ! Soudain, la peur céda à la joie !
- OH ! TE REVOILA POULET !
Il serra tendrement dans ses bras le volatile qui se laissa faire, quoique légèrement étonné d'un tel comportement !
- Tu es donc revenu d'entre les morts pour me retrouver ?! Tu as dû en faire du chemin, dis donc… Mais ne craint rien ! Cette fois, je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour qu'il ne t'arrive rien ! Suffirait pas qu'on te…
- Coooot ? S'étonna la volaille en penchant légèrement la tête sur le coté
- Euh… Nan, laisse tomber. Aller viens, je vais te ramener avec moi au campement ! Tu seras heureux de revoir Harold ! Et lui aussi sera content, mais également surpris ! Et je vais te présenter à Verika. Parce que je ne pense te l'avoir présenté quand on était dans la forteresse…
Fou de joie d'avoir retrouvé son gallinacé adoré, il lui parla tendrement durant toute la route ! Mais en voyant le léger feu de camp, le poulet se mit aussitôt à caqueter, ce qui réveilla Harold et Verika.
- Holà ! Du calme, Poulet ! D'habitude, t'as pas peur du feu !
- Krane ? Ou tu as trouvé ce poulet ? Demanda Verika en se levant
- Dans les bois ! Il…
- Cool.
Verika attrapa aussitôt le poulet par la gorge et par la taille. Le poulet semblait terrorisé, tout comme Krane !
- Attend ! Tu… Tu vas lui faire quoi ?!
- Comment ça ce que je vais lui faire ? Vu que tu viens de trouver autre chose de comestible que du poisson, je vais aller le cuisiner.
- NON ! Je… Je t'interdis de faire ça à Poulet !
- Quoi ? Tu… Tu m'interdis de tuer… Ce poulet ? S'étonna Verika
- Euh… Krane… ? T'es pas en train de croire que…. S'inquiéta Harold
- Que c'est la réincarnation de mon Poulet ? Bien sûr que si ! Regarde ! C'est le même ! Et il est venu à moi ! C'est la preuve qu'il me reconnait même après tout ce temps, non ?
Verika regardait Krane et la volaille avec des yeux ronds. Elle savait que Krane était spécial, tout comme sa sœur, mais pas au point de parler à un poulet et de le traiter comme un animal de compagnie ! Roulant les yeux au ciel devant tant de stupidité, elle fronça le regard, prête à tordre le cou du poulet.
- Bref. Assez déliré pour ce soir…. Moi, j'ai faim.
- Non ! Je t'en supplie Verika ! Ne tue pas mon Poulet ! On vient tout juste de se retrouver ! L'implora-t-il en lui attrapant le bras
- Non mais… Tu te rends compte de ce que tu dis, Krane ?! Dit-elle en le repoussant. Tu … Tu me supplie de laisser la vie sauve à une volaille qui serait la réincarnation de ton poulet décédé ?!
- Oui ! S'il te plait ! Ne le tue pas !
- Euh... Verika ? Laisse-lui son poulet. On mangera autre chose. Conseilla gentiment Harold
- Quoi ?!
C'en était de trop ! A bout de nerfs, fatiguée et affamé, Verika craqua !
- Vous n'êtes quand même pas sérieux, la ?! C'est le poisson salé qui vous embrouille le cerveau ou quoi ?! C'est qu'une volaille ! Une stupide volaille ordinaire ! Et les réincarnations n'existent pas ! Aussi bien pour les humains que pour les poulets !
- Verika, c'est bon ! Laisse-lui le poulet. Insista Harold d'un ton plus ferme
- Hors de question ! C'est de sa faute à lui et à ses horribles recettes de cuisine si je meurs de faim ! Et ce n'est pas avec des mûres qu'on va réussir à tenir la route et à se battre contre des dragons en attendant de retrouver les autres ! Si encore on avait nos sacs avec nos provisions, je n'aurais rien dit et je n'aurais pas envie de bouffer cette volaille ! Mais ce n'est pas le cas vu qu'il a gaspillé nos provisions de fortune avec une recette immonde ! Sérieux ! C'était tellement infect que des dragons n'en auraient même pas voulu ! La prochaine fois que tu voudras faire à manger, Krane, rappelle moi de dire non ! Moi qui pensais que tu pouvais assurer sur ce coup-là, je me suis bien trompée ! J'aurais dû le faire moi-même, tiens ! Comme si je n'en avais pas déjà assez fait jusque-là !
Sa colère et son exaspération étaient tellement grands que sa main se resserra naturellement autour du coup du volatile qui caquetait et battait des ailes sous l'effet de la douleur et de la panique ! En le voyant souffrir et s'agiter ainsi, Krane en avait les larmes aux yeux.
- Non… Poulet… ! Verika, arrête ! Tu lui fais mal !
- Verika ! Pour la dernière fois, donne-lui ce poulet ! Ordonna Harold
La main tendue et le regard sévère, Harold ne comptait pas lâcher l'affaire, et Verika non plus ! Le regard tout aussi sévère, elle ne comptait pas céder pour des âneries pareilles ! Elle brisa alors le cou du poulet qui cessa aussitôt de gesticuler. Krane fondit en larmes.
- Poulet… T'es… T'es vraiment qu'une… ! Bafouilla-t-il furieux et en larmes
- Je suis quoi, hein ?! Après m'être fait traitée d'égoïste, je vais encore me faire insulter ?! Et bien soit ! Insultez-moi de tout ce que vous voulez ! Je m'en moque ! Ce que j'ai fait, je l'ai fait pour notre bien ! Pas par égoïsme ! Parce que si on se fait attaquer, vous me remercierez d'avoir survécu avec l'estomac plein, bande d'idiots !
- Je... Tu n'es... ! Je ne vois vraiment pas comment Harold et Dagur ont pu tomber amoureux d'une fille aussi monstrueuse et sans cœur ! Je ne veux plus jamais te parler !
Krane courut vers la grotte pour pleurer, sous le regard toujours aussi choqué et furieux de la rouquine. En croisant le regard d'Harold, ce dernier la regardait froidement.
- Tu es vraiment stupide d'avoir fait ça. Tu crois vraiment qu'il va manger un animal qui lui rappelait le sien qu'il a sauvé de notre village en ruine et dont il s'était pris d'affection ? Et moi non plus je n'en mangerai pas. Je n'ai pas envie de lui infliger plus de souffrance.
- J'en reviens pas du cirque que vous me faite pour un poulet ! C'est notre survie qui est en jeu ! Reprocha-t-elle avec exaspération
- Sauf qu'il y a aussi la survie mentale qui compte ! S'énerva Harold
- Hein ?
- Il est séparé de sa sœur ! Sa sœur jumelle, je te rappelle ! Et il n'a aucune garantie qu'il la reverra ou qu'elle soit toujours en vie, malgré l'espoir et la certitude qui domine son cœur ! Krane est certes quelqu'un de farfelu, mais c'est aussi quelqu'un de fragile et de sensible ! Alors le fait d'avoir retrouvé un poulet qui lui rappelait le sien, ça l'aurait aidé à supporter l'absence de sa sœur ! Et grâce à toi, cette joie lui a été retirée.
- Je…
- Là, il est parti pour pleurer et déprimer jusqu'à ce qu'il la retrouve. Pour ça, je te félicite.
Verika était bouche bée de ce qu'il venait de dire. Sur le coup, elle regarda avec tristesse le poulet qu'elle tenait encore dans sa main, et se rendit compte de sa bêtise. Harold retourna se coucher, non sans ajouter froidement quelque chose.
- Krane a raison. Tu as agi comme un monstre sans cœur. La Verika de notre enfance n'aurait jamais fait ce que tu viens de faire ! Mais il faut que tu saches aussi… Qu'aucun d'entre nous ne t'aurait infligé ce que tu lui as infligé si un poulet ou un autre animal t'aurais permis de supporter l'absence de Dagur. Alors régale-toi toute seule, et bonne nuit.
Verika se sentait affreusement mal. Elle avait la nausée, l'estomac noué, et son corps tremblait de toute part ! Elle resta sur place, la bête encore dans la main, qu'elle laissa tomber par terre avant d'aller s'isoler dans les bois, sous le regard indifférent d'Harold. Elle marcha assez loin pour pouvoir pleurer sans que les garçons l'entendent. Mais même isolée, elle pleurait en silence, le dos contre un arbre et la tête relevée vers le ciel. Elle pouvait voir la lune qui lui souriait, et pour se réconforter, elle se disait que Dagur devait certainement la voir. Elle posa ses mains sur son cœur et pensa très fort à lui, comme pour lui envoyer un message, un signe qu'elle était en vie, qu'elle l'aimait et qu'elle allait bientôt le retrouver.
oO*Oo
Dans son bivouac installé avec le reste du groupe, Dagur n'arrivait pas à trouver le sommeil. Il ne cessait de penser à Verika et se languissait de la retrouver. Allongé sur le sol, il regardait la lune et son drôle de sourire en biais. Et tout comme Verika, il ferma les yeux et à travers ses pensées, il lui envoya un message avec toute la force de son amour.
- J'arrive, Verika. Je te retrouverai. D'ici là, tiens bon et reste en vie !
oO*Oo
Après s'être calmée, Verika retourna au campement et se recoucha silencieusement. Une heure plus tard, alors que tout le monde dormait, Harold se leva et s'éloigna discrètement. Croyant pouvoir filer en douce, il sursauta quand il entendit Verika.
- Je peux savoir où tu vas ?
- Je maintiens mon plan. Je vais chercher Astrid. Répondit-il sans se retourner.
- Tu t'entête encore avec ça ? Demanda-t-elle d'un ton blasé
- Oui, figure-toi ! Je me suis suffisamment reposé, et puis je ne peux plus rester ici sans rien faire ! Alors n'essaie pas de m'en empêcher !
- Je ne suis pas ta mère. Je n'ai pas à te dire ce que tu dois faire ou non. Mais en tant que supposée amie détestable et cruelle, je te conseille, nuance. Mais comme tu refuses encore une fois d'entendre raison, alors vas-y. On se reverra au Valhalla.
Elle fit demi-tour et retourna se coucher, mais Harold l'interpella, étonné de son attitude.
- Alors pourquoi t'est venue me parler si tu savais que je n'allais pas t'écouter ?
- Pour te faire mes adieux et te revoir une dernière fois. Parce que je sais que si tu quittes cet endroit, je ne te reverrais plus jamais. Bonne chance. Répondit-elle en continuant d'avancer
Elle se recoucha sans faire de bruit et écouta attentivement les bruits de pas d'Harold. Et c'est avec chagrin et colère qu'elle l'entendit s'éloigner du campement. Quinze minute après son départ, ce fut Krane qui se réveilla parce qu'il avait soif. En se redressant, il constata avec effroi qu'Harold n'était plus là ! Son réflexe premier fut de prévenir Verika en la secouant par l'épaule !
- Verika ! Verika !
- Qu'est-ce qui y'a ? Je croyais que tu voulais plus me parler.
- Harold n'est plus là !
- Je sais.
- Tu le sais ?! Mais… Pourquoi tu ne l'as pas empêché de partir comme tout à l'heure ?!
- Ça n'aurait servi à rien. Quoi qu'on dise et quoi qu'on fasse, il est déterminé à sauver Astrid. Et je ne vois pas pourquoi il écouterait un monstre égoïste, cruel et sans cœur.
- Mais… On ne peut pas le laisser partir !
- C'est déjà fait. Depuis quinze minutes. Mais si tu veux le rejoindre pour te faire tuer par le Vipère titan, je t'en prie. Moi, je reste pour reprendre des forces et retrouver les autres.
- Je… Je ne peux pas partir ! Je veux retrouver ma sœur !
- Alors reste et retourne te coucher.
- Mais je ne peux pas laisser Harold tout seul ! Il va se faire tuer !
- C'est ce qu'il recherche. Au bout de trois essais, je ne peux plus rien faire pour lui.
- Verika ! S'te plait ! Aide-moi à le retrouver !
- Non ! Je n'ai pas envie ! Et pas la peine de me supplier ! Là, tu peux dire que je fais mon égoïste, mais je m'en fiche complètement ! Maintenant fais vite ton choix et laisse-moi dormir !
- Je… Bah c'est bien ! Laisse tomber tes amis ! Mais viens pas crier à l'aide si tu as besoin de nous !
Krane partit en courant rejoindre Harold. Quand il fut enfin loin, Verika resta quand même allongée.
- Humph. Avec vos raisonnements débiles, c'est vous qui crierez à l'aide ! Grommela-t-elle, les yeux clos
Mais au lieu de se sentir sereine au fils des secondes, elle se sentait comme tiraillée par l'envie d'aller les rattraper.
- RHAA ! FAIT CHIER ! S'exclama-t-elle en rogne
Elle se releva et embarqua son épée, la lance qu'elle avait faite pour Krane, puis courut rejoindre Krane qui n'était pas trop loin. Le jeune viking s'étonna de la voir mais elle lui demanda de se taire avec un simple signe de la main, ce qu'il fit. Ayant repéré les traces de pas d'Harold, facilement reconnaissables à cause de sa jambe en métal, elle suivit sa piste à travers le sentier forestier et parvient à le rattraper assez vite. Quand il entendit des bruits de pas derrière lui, Harold se retourna et s'étonna de voir Verika et Krane à ses trousses.
- Qu'est-ce que vous faites là ? Je croyais que…
- On est là parce que Krane ne pouvait pas te laisser seul, et du coup, je me suis sentie obligée de vous suivre si vous voulez avoir une chance de survivre.
- Euh, tu nous prends pour des incapables ou quoi ? Reprocha Harold
- Si tu veux ajouter « prétentieuse » à ta liste de reproches, je t'en prie, fais-toi plaisir. J'm'en moque. Mais comme je le disais….
Sans quitter Harold des yeux, elle balança sa dague dans l'arbre à sa droite. Les garçons entendirent un cri aigu, puis plus rien, puis ils virent un Terreur Terrible s'écraser sur le sol, la dague plantée entre les deux yeux ! Les garçons devaient admettre que comme Dagur, elle avait un don pour le lancer de dague ! C'en était même effrayant, mais c'était un signe de plus qui montrait qu'ils allaient bien ensemble.
- Vous aurez besoin de moi si vous voulez survivre. Et puis maintenant qu'on est là, autant continuer vu que tu souhaites retrouver Astrid plus que tout au monde.
- Trop aimable. L'envie de retrouver Dagur t'es passée ? Railla Harold
- C'est ça, moque toi. Mais sache que si tu veux la retrouver au plus vite, c'est moi qui dirige le groupe.
- Et pourquoi ?
- Parce que je suis parfaitement capable de suivre une piste, même avec la lune pour seule source de lumière. Des questions ? Des contestations ?
- Euh… Firent-ils
- Non ? Alors allons-y.
Elle récupéra sa dague et prit la tête du groupe, ignorant les messes basses entre eux. Continuant d'avancer en suivant le chemin de retour des Vipères pris lors de l'attaque, le trio ne tarda pas à tomber comme par hasard sur l'épaulière à capuche d'Astrid, qui était accrochée à une branche ! Grâce à la lumière dégagée par la lune, ses rayons se reflétaient sur les épaulières en métal, ce qui avait attiré l'attention d'Harold. Krane monta la chercher et la donna à Verika, qui esquissa une légère grimace en voyant que la capuche était partiellement couverte de sang !
- Elle est blessée… Comprit Harold avec inquiétude
- Mmh. Le dragon a dû la blesser à l'épaule, ce qui explique le sang et le fait qu'elle ait perdu son épaulière en plein vol... Réfléchissait Verika
- Mais le fait qu'on ait retrouvé ça… Ça veut bien dire qu'on cherche dans la bonne direction ? Demanda Krane avec espoir
- Oui. Allez, continuons.
Ils continuèrent d'avancer, jusqu'à ce qu'ils sentent une forte odeur de sang. Selon Verika, ils ne devaient pas être loin du nid. Elle leur conseilla de rester cachés, le temps qu'elle parte en éclaireur. Les garçons protestèrent mais elle ajouta qu'elle reviendrait dans cinq minutes pour leur faire un rapport. Ils cédèrent et la rouquine suivit l'odeur de sang en marchant à pas de loup dans les bois. Elle tomba enfin sur le nid de Vipère et observa discrètement la situation à travers un buisson.
- Mmh… Deux Vipères à droite… Et là… Une mère avec trois petits. Ok. Mais le titan n'a pas l'air d'être là. C'est plutôt inquiétant. Et… Eurk… Ça, ça devait être un des chasseurs de Ryker… Le pauvre… Mais où est… Oh ! Elle est là ! Mais est-ce qu'elle est en vie ? Difficile à savoir de là où j'suis…
Inquiète pour Astrid, mais soulagée de la voir encore en un seul morceau, Verika retourna discrètement auprès des garçons qui étaient soulagés de la revoir.
- Alors ? Tu… Tu l'a vue ? demanda Harold en chuchota
- Oui. Elle et un des chasseurs de Ryker sont ici. Seulement… Le chasseur a eu moins de chance qu'Astrid. Son corps à moitié dévoré gît au milieu du nid, non loin d'une portée de bébés vipères. Quand à Astrid, elle est allongée près d'un arbre et semble encore entière. Répondit-elle en chuchotant
- Il te semble ?
- Elle était trop loin, Harold. C'est déjà bien suffisant de voir qu'elle n'a pas été bouffée. Enfin bref. J'ai mémorisé la disposition du nid et la position de nos adversaires. Regardez…
Elle s'agenouilla sur le sol, prit sa dague et dessina dans la terre le schéma du nid, sous le regard attentif des garçons.
- Voilà. Nous, on est là… Il y a deux vipères ici…. Et là, il y a une femelle avec trois petits. Quand à Astrid… Elle est là. Mais le titan n'est pas là.
- Aïe. Comment on fait ?
- On profite qu'il soit absent et que le reste de la meute dorment pour agir.
- Et qu'est-ce que tu proposes ?
- C'est très simple. Je me charge des Vipères encore présents, et vous, vous emmenez Astrid le plus loin possible dès que je vous donne le signal.
- Attends une minute. Pourquoi on ne combat pas avec toi ?
- Vous êtes là pour la sauver ou vous battre ? Réfléchissez ! Si je suis la seule à me battre, vous, vous aurez toute votre énergie pour la porter et courir jusqu'à notre campement !
- Tu vas te battre contre tous ces dragons ? S'étonna Krane
- Y'en a que trois, donc ça devrait pas être très compliqué et très long. Bon. Assez bavardé. Allons-y.
Discrètement, Harold et Krane suivirent Verika jusqu'au nid et cherchèrent du regard Astrid. Harold sentit son cœur se faire envahir par la joie en la revoyant, mais c'est vrai que de là où ils étaient, il ne pouvait pas voir grand-chose sur son état. Verika réclama le silence en posant son doigt sur sa bouche et s'avança furtivement vers les deux dragons endormis, dagues à la main. Avec l'odeur du cadavre, sa propre odeur était camouflée, ce qui lui donnait un avantage ! Estimant être assez proche d'eux, elle leur balança ses dagues qui se logèrent dans leur gorge. Ils se réveillèrent en hurlant de douleur, alors Verika en profita pour les achever avec son épée et récupérer aussitôt ses dagues. La femelle se réveilla en hurlant, ailes toute déployées, prête à défendre ses petits qui couinaient de peur ! Elle balança à Verika une salve d'épines avec sa queue, et la jeune femme ne put s'empêcher de sourire d'un air moqueur devant un acte si prévisible. Elle fit une roulade sur le côté pour les esquiver, puis adressa un mauvais regard à la dragonne, épée à la main. Verika chargea sans hésitation sur elle, alors la femelle fut obligée de se défendre en lançant encore des épines, mais Verika les esquiva encore. La femelle dut alors se défendre avec ses ailes et sa queue, mais ayant l'esprit trop préoccupé par la survie de ses petits, elle ne pouvait pas tout donner au combat. Verika réussit alors à lui taillader la queue, puis l'aile droite, puis à lui infliger un coup fatal dans l'abdomen ! Avec un puissant hurlement de douleur, elle s'effondra sous les yeux des bébés qui tremblaient et couinaient de peur ! Leur peur redoubla quand Verika s'approcha d'eux avec son épée recouverte du sang de leur mère.
- Harold ! Krane ! Allez-y !
Les garçons coururent vers Astrid, tandis que Verika brandissait sans hésitation son épée sur les petits. Elle les tua aussi rapidement que leurs mères et les deux autres dragons, puis rejoignit les garçons au chevet d'Astrid. En la voyant, elle constata qu'Astrid était bien blessée à l'épaule, mais que son bras semblait déboîté, et que sa peau était pâle et fiévreuse.
- Elle est en vie ? Demanda-t-elle
- Oui. Mais elle est très faible…
- Alors emmenez-la sans plus tarder.
Krane porta dans ses bras Astrid qui était à moitié consciente et qui gémissait de douleur, puis courut vers la sortie avec Harold et Verika. Mais cette dernière se retourna quand elle entendit un craquement dans le nid. En s'approchant, elle trouva les deux œufs qui n'avait pas encore éclos et qui avait échappé à son regard parce qu'ils étaient cachés. Avec un regard sévère et indifférent, Verika se releva et leva son épée.
- Verika ? Qu'est-ce que tu fais ? Demanda Harold
- T'occupe. Je fais mon travail.
- Attends ! Tu ne vas quand même pas tuer des bébés qui ne sont pas encore sortis de leurs œufs ?!
- Tss. Encore une leçon de morale ?! C'est quelque chose que la Verika de ton enfance n'aurait jamais fait aussi ?! Mais qu'est-ce que ça peut faire à la fin ?! C'est des œufs de dragons, Harold ! S'ils viennent au monde, ils deviendront des créatures que nous continuerons de chasser pour protéger nos vies, nos maisons et nos familles ! Et puis sans leur mère, ils ne survivront pas longtemps ! Alors autant les…
Elle se tut car le Vipère titan venait de débarquer au nid, alerté par les cris de douleur et de détresse de sa meute. En voyant ses congénères, sa femelle et ses petits baignaient dans leur sang, il hurla férocement à l'attention des deux vikings.
- Harold. Barre-toi tout de suite et emmène les autres le plus loin possible.
- Quoi ?! Mais… ?!
- Fais ce que je te dis ! Veille sur eux et ne reviens surtout pas m'aider ! Ordonna-t-elle
Harold n'avait alors pas le choix. A contrecœur de la laisser affronter un dragon de classe titan toute seule, il courut aussitôt rejoindre Astrid et Krane. Le dragon voulait les empêcher de partir en les tuant avec ses épines ou un jet de flammes, ou en leur courant après, mais il fut stoppé par la voix de Verika.
- HÉ, DRAGON ?! C'EST TES PETITS PAS VRAI ?!
Alerté, il se tourna vers elle, tout comme Harold alors que Krane emmenait Astrid au pas de course ! Verika tenait dans ses mains les deux œufs, dont un qui commençait à éclore, et regarda le dragon avec un sale petit sourire.
- Vu ta tête, j'en déduis que oui ! Mais un conseil ! Si tu ne veux pas qu'à la moindre maladresse de ta part, tes pauvres petits finissent en omelettes, laisse-les partir !
Harold était admiratif de son courage et de son audace ! Ce n'était pas donné à tout le monde ! Devant le regard insistant de Verika, Harold rejoignit Krane au pas de course, le cœur serré malgré tout ce qu'il lui avait craché au visage un peu plus tôt. Le Vipère grogna à l'intention des fuyards puis reporta tout son attention sur Verika qui réfléchissait calmement à la suite de son plan. Tout ce qu'elle pouvait envisager de faire, c'était de détruire les œufs afin de mettre le dragon en colère et de se l'accaparer lors d'un combat ! Elle prit une inspiration et s'adressa de nouveau au dragon.
- Qu'est-ce qu'on fait alors ? Je te les rends et tu me laisse partir sans tenir compte du massacre de leur mère et de tes copains ? Demanda-t-elle d'un ton moqueur
- ROOOOAR !
- Mmh… Mauvaise réponse. Je ne finirais pas en casse-croûte. Souriait-elle. Quand à ces deux la… Essaie de les sauver si tu peux !
Elle dû se résoudre à larguer les œufs si elle voulait avoir toutes ses chances de survivre. Elle se disait aussi que le dragon se concentrerait plus sur l'assassin de toute sa meute et de ses deux derniers petits, que sur ses amis qui s'enfuyaient. Avec espoir que son plan fonctionne, elle balança de toutes ses forces les œufs en l'air, et les œufs s'écrasèrent violemment sur le sol sans que leur père n'ait pu les sauver à temps. En voyant les derniers de sa progéniture en sang et à moitié réduits en bouillie, la rage du dragon doubla ! Il poussa un énorme hurlement et pour son plus grand bonheur, il se mit à cracher des flammes sur elle ! Verika esquiva son tir de justesse, et continua d'esquiver les autres tirs tout en réfléchissant le plus calmement possible, et tout en ignorant le brasier qui s'étendait tout autour d'elle.
- Bon… les Vipères ont six tirs, mais vu que c'est un titan… Est ce qu'il en a six aussi ? Ou plus ? Remarque… Six, ce serait déjà bien suffisant puisque ces tirs sont plus puissants que ceux d'un Vipère ordinaire… Bon, la… Il a déjà tiré quatre fois… Alors autant l'énerver encore un peu pour qu'il continue de tirer. Hé mon pote ! T'as pas l'impression de tirer sur un copain à toi ? Regarde avec quoi j'ai fait mon armure ! En écailles de Vipère ! Ça doit te foutre la rage, hein ? De voir un humain porter la peau d'un de tes congénères ? Tu imagines si je l'avais fait avec les écailles de ta copine ? Tu… AAH !
BOUM ! Il l'avait vraiment manqué de peu ! Heureusement qu'elle était agile !
- Ouya ! Ce n'est pas passé loin ! Ça fait donc cinq… Plus qu'un ? Pitié, faite qu'il n'en a que six… Que six… AAAH !
Le dragon venait de tirer au sol, provoquant une secousse, qui envoya Verika valdinguer vers l'arrière. Elle fit un roulé boulet sur le sol, et son dos heurta violemment un arbre. Elle hurla de douleur mais se redressa rapidement, sans lâcher du regard le dragon qui la toisait férocement. L'effet escompté de ses tirs était de faire en sorte que sa proie soit en difficulté. Et c'est ce qu'il venait d'obtenir. Sa proie commençait à s'épuiser, la peur s'installait progressivement en elle, et elle commençait à avoir chaud avec tous ces dégâts de flammes autour d'elle. En jetant un bref coup d'œil, Verika nota qu'elle était encerclée par les flammes. Le dragon se mit à lui courir après et l'attaqua avec sa queue, tel un fouet ! Dans son état, Verika fit de son mieux pour courir tout en esquivant ses attaques.
- Bon… Vu qu'il ne tire plus, j'en déduis qu'il n'a que six tirs… Mais je ne vais pas continuer de fuir la moindre de ses attaques ! Il faut que j'agisse ! Allez, c'est parti !
Avec tout son courage, elle s'arrêta brusquement de courir et sortit rapidement son épée de son fourreau, infligeant par la même occasion une légère entaille sur le museau du dragon. Il envoya balader Verika avec un coup d'aile, et cette dernière perdit son épée alors qu'elle valdinguait vers l'arrière, pour finir allongée sur le sol. Elle n'eut malheureusement pas le temps de se redresser afin d'esquiver la nouvelle attaque de son adversaire. Avec sa grosse patte et ses griffes, il l'écrasa contre le sol, lui coupant toute tentative d'évasion ! Il resserra sa prise sur elle, et la malheureuse sentit ses griffes se planter dans sa chair, la faisant hurler de douleur pour le plus grand plaisir du reptile. Ayant marre de jouer, le dragon s'apprêtait à obtenir justice en ouvrant grand la mâchoire afin de lui croquer la tête. Saisissant sa chance avec tout ce qui lui restait d'énergie, Verika attrapa ses deux dagues et les planta violemment dans la gorge du reptile qui hurla de douleur ! Satisfaite, Verika retint sa respiration et ferma les yeux, puis elle retira et replanta successivement et à toute vitesse ses dagues dans sa gorge, recevant à chaque fois une giclure de sang sur la figure et sur le corps !
Le dragon était incapable de se défendre et de riposter, alors Verika profita de son dernier élan de force pour lui enfoncer sa dague dans sa chair tailladée, et lui trancher toute la largeur de sa gorge ! Le dragon poussa un dernier cri étouffé par la douleur et s'effondra par terre. Verika lâcha donc ses dagues ensanglantées et repris un instant son souffle avant de se libérer de la patte du dragon. Souffrante de partout, elle reprit encore un peu son souffle, puis se releva difficilement afin d'aller chercher son épée. D'un pas traînant et dégoulinante de sang, elle s'avança vers le cadavre du titan et lui asséna plusieurs coups d'épée aussi fatals les uns que les autres. Si elle avait eu assez de force, elle lui aurait coupé la tête ! Après une dizaine de coups, elle rangea son arme ensanglantée dans son fourreau et se dirigea lentement vers la sortie en s'appuyant contre les arbres. En plus, elle avait la nausée à cause de tout ce sang sur elle, surtout qu'avec ce qu'elle venait de lui infliger, elle en avait reçue deux fois plus ! Le trajet jusqu'au campement allait lui paraître long et pénible, mais l'espoir qu'Astrid et les autres soit sains et saufs là-bas, lui donnait la force d'avancer.
oO*Oo
Durant le trajet jusqu'au campement, Harold et Krane avaient sans cesse entendu le dragon hurler et Harold faisait de son mieux pour respecter l'ordre de Verika, même si l'envie de retourner l'aider lui dévorait le cœur ! De retour au campement, Krane installa confortablement Astrid dans l'abri et repris son souffle.
- La vache… C'est une fille… Mais elle est plus lourde que toi, Harold…
- Euh… Évite de la traiter de grosse, Krane. Elle risque de mal le prendre si elle t'a…
- Ha… Harold… Murmura Astrid d'une voix très faible.
- Astrid…
Il s'agenouilla auprès d'elle et lui caressa tendrement la joue pour la rassurer. A ce contact, la pauvre ouvrit faiblement les yeux
- Harold...
- Oui, Astrid. Je suis là, tout va bien.
Elle se mit à tousser. A la demande d'Harold, Krane alla chercher un peu d'eau. Pendant ce temps, Harold épongea le front de son amie avec un bout de tissu.
- Tu es donc venu me chercher… ?
- Tu ne croyais quand même pas que j'allais te laisse te faire dévorer ? Souriait-il
- Non. Pourtant… J'ai souhaité que tu ne viennes pas… Parce que c'était trop dangereux…
- C'est marrant, Verika l'avait dissuadé de partir à ta recherche pour les même raisons. Signala Krane en revenant avec une grande feuille creuse remplie d'eau.
- Et à ce que je vois… Tu ne l'as pas écouté… Constata-t-elle
- Non. Et au final, c'est elle qui nous a conduit jusqu'à toi.
- Et... Où elle est… ? Je ne la vois pas… S'étonna Astrid en regardant autour d'elle
- Elle, euh… Elle est restée pour affronter le Vipère titan afin qu'on puisse s'enfuir tous les trois… Avoua tristement Harold
- Quoi ?! Mais il… ! Elle va se faire… ! AIE !
Astrid se mit à grimacer et à frissonner, ce qui inquiéta Harold et Krane. Harold la releva pour que Krane lui fasse boire un peu d'eau, et pendant ce temps, il examina sa blessure et grimaça devant l'état de celle-ci.
- La plaie est sérieusement profonde et infectée. Et en plus… Son bras est déboité.
- Qu'est-ce qu'on peut faire alors ? Demanda Krane
Harold savait ce qu'il fallait faire. Mais il n'avait pas le courage de le dire, ni de le faire.
- Harold ? Insista Krane avec inquiétude
- Il faut… Il faudra…
- Harold, tu… Tu penses… Qu'il faut lui couper le bras ?
- Oui… La plaie est trop profonde et sévèrement infectée, et les nerfs et les muscles de son bras ont été touchés. Et comme il est déboîté, ça ne servirait à rien de le remettre en place puisque l'infection continuera de se propager et d'aggraver son état si on ne le lui retire pas au plus vite…
Krane se pinça les lèvres et détourna son regard. Astrid attrapa de sa main valide la main d'Harold et le regarda avec des yeux larmoyant.
- Harold… Je… Je ne veux pas perdre mon bras… Dit-elle d'une voix coupée par la peur et un sanglot
- Je sais, Astrid... Mais si tu veux survivre, on n'a pas le choix. Seulement… On a que des dagues sur nous, et ça ne sera pas suffisant... Si encore on avait une épée ou une hache… Et puis je crois qu'aucun de nous n'aura le courage de faire un truc pareil…
- Pourtant… Si vous êtes mes amis et que vous tenez vraiment à moi… Et à ce que je vive… Alors vous devrez le faire…
Devant son chagrin et son désespoir, Harold resserra sa main sur celle d'Astrid.
- Je le ferais, Astrid. Tu as ma parole. Mais tant que je n'aurais pas d'épée ou de hache, tu vas devoir supporter cette douleur….
- Avec toi à mes côtés, je peux la supporter sans soucis… Souriait-elle, en larmes
Harold lui souriait malgré ses yeux qui reflétaient toute son inquiétude pour elle et le poids de sa promesse. Il le lui avait promis, mais il savait qu'il n'aurait pas la force de faire ça. La pluie commençait progressivement à tomber sur la forêt. Et l'inquiétude d'Harold concernant Verika ne l'avait pas quitté. Contrarié, il s'adressa à ses amis pour leur faire part de son intention.
- Astrid… Krane… Je sais que je ne devrais pas le faire… Mais il faut que j'aille chercher Verika.
- Pourquoi tu le demande ? S'étonna Krane
- C'est vrai, Harold... Pourquoi tu nous le demande… ? S'étonna Astrid
- Parce qu'elle m'a ordonné de ne pas retourner lui venir en aide, et de veiller sur vous. Et d'un sens, c'est vrai que je ne peux pas vous laisser. Je dois rester pour vous protéger !
- Et abandonner celle qui nous a permis de fuir ? Ecoute Harold… Malgré son ordre… Désobéis, et fonce… On lui doit bien ça… L'encouragea Astrid
- Je… Vous êtes sûrs que ça va aller ? S'inquiéta Harold
- T'inquiète. Je veille sur elle. Le rassura Krane
- Merci… Ne vous inquiétez pas, je ne serai pas long !
Rassuré pour le soutien de ses amis, il se mit alors à courir à toute vitesse vers le nid du Vipère en priant les dieux pour que Verika soit toujours en vie ! L'éclat lointain des brasiers causé par le dragon lui indiquait le chemin à prendre, même s'il savait que c'était tout droit. Il n'entendait rien, et rien ne se manifestait à l'horizon. C'est alors qu'il aperçut quelque chose avancer sur le sentier. En plissant le regard, il vit avec soulagement que c'était Verika !
- VERIKA ! S'exclama-t-il, soulagé
- Harold… ?
Elle le regardait courir vers elle, étonnée de le revoir alors qu'elle lui avait ordonnait de ne pas revenir pour l'aider.
- Thor soit loué, tu n'as rien !
- Rien... ? Humph… c'est vite dis… Se dit-elle en repensant à ses blessures
Harold s'apprêtait à l'enlacer, mais elle le stoppa en posant sa main recouverte de sang séché sur son torse.
- T'approche pas. Je… Tu ne vois pas dans quel état je suis... ?
Grâce à la lumière de la lune, Harold eut un hoquet de surprise en la voyant totalement couverte de sang et dans un piteux état ! Elle semblait à moitié absente à en juger par la lueur dans son regard et l'éclat de son visage.
- J'm'en fiche.
Harold l'enlaça de force, ignorant le sang qu'elle avait sur elle, tellement qu'il était soulagé de la revoir en vie ! Alors qu'est-ce qu'un peu de sang pourrait faire contre cette vague de joie ? Trop épuisée et souffrante pour le repousser, Verika se laissa faire sans pour autant lui rendre son geste. La situation l'étonnait et la consternait, mais il lui rappelait aussi la fois où Dagur avait voulu l'embrasser dans l'arène, le jour où elle avait appris la mort de son père et qu'elle avait fini recouverte de sang après avoir massacré le dragon vipère qui lui a servi à confectionner son armure.
- Pourquoi tout le monde souhaite un contact physique quand je suis recouverte de sang… ? S'étonna-t-elle
Elle grimaça à cause de ses blessures qui lui faisaient mal à cause de l'étreinte d'Harold, alors il la laissa respirer et s'excusa, tout en gardant ses mains sur les épaules ensanglantées de Verika. Le visage de Verika reflétait l'indifférence, tandis qu'Harold continuait de lui sourire sincèrement. Sur l'instant, elle admettait que son étreinte amicale était plutôt réconfortante et agréable, mais quand elle croisa son regard émeraude, elle se sentit mal en se souvenant de tout ce qu'il lui avait dit plus tôt dans la soirée. Des vérités blessantes… Mais d'un sens, qui étaient vraies. Elle repoussa ses mains d'un simple geste et continua de le fixer du regard.
Verika ? Que… Qu'est ce qui y'a ?
- …
- Ecoute. Si tu crains que je t'ai enlacé dans le but me rapprocher de toi, tu te trompes. C'était juste amical, mais c'était aussi pour te montrer que je suis soulagé que tu…
- Pourquoi tu es revenu ?
- Euh... Quoi ?
- Tu ne devais pas rester auprès des autres pour les protéger ? Je pensais avoir été claire à ce sujet.
- Je sais, mais…
- Si tu croyais que j'attendais que tu viennes à mon secours, tu te trompes. Tu devrais savoir que je peux parfaitement assurer ma propre sécurité. Je ne suis pas une femme qui a besoin d'être secourue. Je ne suis pas faible. Et puis…
Son regard fuyait le sien et elle continua d'avancer vers le campement.
- … les monstres n'ont pas besoin d'être secourus, et ils n'ont certainement pas besoin d'être enlacés par ceux qui les ont traités ainsi.
- Verika, arrête de revenir avec ça ! Je… Si j'ai dit ça, c'était juste par rapport au pou… S'expliqua-t-il en lui refaisant face
Furax, elle laissa sa colère s'exprimer.
- J'en ai rien à faire ! Après tout… C'est vrai que j'ai changé. Et c'est à cause de toi et de ton peuple ! Non mais sérieusement, Harold. Tu t'attendais à quoi en me revoyant ? Que je sois resté la petite fille que j'étais ? Eh bah non. J'ai changé. Je ne redeviendrais jamais la petite fille que j'étais, parce que depuis toutes ces années, j'ai été élevé par Osvald et je suis devenue une Parenvrille ! Et je suis fière d'en être une ! Humph… Dagur a raison sur un point. Tant que vous serez tous là, tout sera compliqué et rien ne pourra redevenir comme avant entre lui et moi ! Alors entre mon couple ou vous, j'ai fait mon choix ! Et ce sera toujours lui que je choisirais !
Harold l'écoutait sans rien dire. Décidément, entre elle et lui, tout partait de travers, et les conflits et les disputes ne cesseront jamais... Elle reprit son souffle, puis ajouta quelque chose sur un ton moins colérique.
- Sauver Astrid était ma dernière bonne action envers toi et ton groupe. Mais quand tout sera fini et qu'on sera rentrés, je demanderai à ce que vous retournez sur Berk avec tout ce qu'il faut comme matériel et comme main d'œuvre pour reconstruire votre village.
- Alors tu nous renie tous… Pour de bon ?
- Oui. De toute façon, vous ne m'avez apporté que des ennuis et de la contrariété.
- Je vois. Comme tu voudras.
Dans le silence, ils retournèrent calmement à leur campement. Grâce à la pluie, le sang sur Verika disparaissait et s'écoulait vers le sol. Elle en avait profité pour sortir son épée du fourreau pour qu'elle soit nettoyée un maximum. En arrivant, et en voyant Krane et Astrid sous l'abri devant un bon feu, Verika sentit un soulagement l'envahir. Voulant s'abreuver et poursuivre le nettoyage de ses affaires, Harold l'interpella d'une voix déterminée.
- Verika.
- Quoi ?
- Puisque tu as dit que sauver Astrid était ta dernière bonne action… Permets-moi de te demander une toute dernière chose… Demanda-t-il, les poings serrés
- Laquelle ? Demanda-t-elle d'un ton méfiant
- Aurais-tu la bonté de me prêter ton épée afin que je sauve sa vie ?
- Mon épée ? S'étonna-t-elle
- Oui. Juste pour lui couper le bras avant que l'infection ne la tue.
Verika jeta un rapide coup d'œil à Astrid et se souvint de l'état de son bras. Elle ne pensait pas qu'il fallait en arriver là, et elle eut de la peine pour elle. Sa vie ne serait plus comme avant avec un bras en moins ! Elle hocha simplement la tête et lui tendit son épée encore couverte d'un peu de sang, mais la main d'Harold se mit à trembler alors qu'il avait ses doigts à quelques centimètres de la poignée. Sans qu'il ne dise rien, Verika voyait bien dans son regard qu'il serait incapable de le faire ! Mais elle, oui. Après tout, ce n'est pas une giclure de sang supplémentaire sur son épée et sa tenue qui lui poseraient un problème. Elle poussa un bref soupir et s'avança vers l'abri avec son épée.
- Tu fais quoi là ?
- Faire ma toute dernière bonne action.
- Quoi ?! Non, pas question ! C'est à moi de le faire ! Je lui ai promis !
- Sauf que tu n'as pas la force de le faire, Harold. Ça se voit ! Mais moi, je peux le faire.
- Mais….
- Au lieu de perdre ton temps à m'empêcher de lui sauver la vie, tu devrais aller la rejoindre pour la soutenir. Rétorqua-t-elle avec indifférence.
Harold la suivit donc sans rien dire et s'agenouilla auprès d'Astrid pour lui expliquer la situation. Même qu'elle était terrifiée, son sens de la logique lui permit d'accepter son coup du sort. Avec l'aide des garçons, elle s'asseya par terre et laissa Harold l'enlacer pour lui donner du courage. Quant à Krane, il maintenait le bras blessé d'Astrid. Pour que Verika puisse le couper avec succès, il fallait que son bras soit tendu au maximum sur le côté. La pauvre avait hurlé comme pas possible, elle avait finie en larmes, et elle tremblait dans les bras d'Harold ! Compatissante, Verika lui demanda si elle était prête, et avec courage, Astrid leva son regard vers elle et lui répondit que oui, et lui adressa également un merci sincère accompagné d'un faible sourire. Verika hocha simplement la tête… Inspira profondément… Leva son épée… Et sans plus attendre, elle sectionna le bras d'Astrid qui hurla à la mort.
