Le 6 décembre

Je me sentais anxieuse lors de l'arrivée du lundi matin. J'avais eu la grande surprise de trouver la voiture de Natsuki garée devant chez moi. Lorsque je m'étais rapprochée de sa voiture, je la vis sortir, un thé vert en main. Je ne pouvais que soupirer de contentement lorsqu'elle m'embrassa chastement tout en me donnant le gobelet. Pour autant, j'avais senti que quelque chose n'allait pas mais n'eus pas le temps de lui demander qu'elle se redirigea vers son siège. Tout en nous dirigeant vers l'Académie, elle essaya de m'expliquer, assez maladroitement, l'anonymat de notre relation. J'avais au départ pensé qu'elle avait honte de moi mais lorsqu'elle me regarda avec un regard rempli de doute et de remord, j'avais compris que cette décision n'était pas la sienne. Ses parents ne doivent pas voir notre relation d'un bon œil. Je pense qu'elle agit selon la volonté de son père. Elle semblait soulagée de par mon acceptation. Avant que nous ne sortions de la voiture, elle m'embrassa sur les lèvres, tout en me prenant dans ses bras. Le baiser était beaucoup mieux que le précédent. Sans doute rassurée que je veuille encore d'elle. Mais qui pourrait ne pas vouloir d'une personne aussi douce, attentionnée et protectrice ? Je n'étais pas aveugle au point de laisser la volonté de son père détruire notre idylle naissante. Elle se décala de l'étreinte tout en portant un sourire séducteur. Ce qu'elle prononça tout en sortant de la voiture me fit rire de bon cœur.

Le 6 décembre

J'avais vu la surprise sur son visage lorsqu'elle me vit devant chez elle. Tout en roulant, j'essayais d'amener la conversation vers notre anonymat mais j'avais vite compris que je m'y prenais mal, vraiment très mal. Je n'ai jamais été bonne avec les mots. Plus je parlais et plus la situation m'échappait. Je voyais petit à petit la tristesse prendre de plus en plus de place sur son visage si beau, si fin. Je savais qu'elle allait associer cette demande à son statut social. Je ne voulais pas qu'elle pense que je joue avec elle ou pire que j'aime plus ma réputation qu'elle. Car c'est faux ! Je pourrais vivre sans être appréciée des autres mais vivre sans elle … Il me faudrait vraiment beaucoup de temps avant que je puisse m'en remettre. Voyant que je ne faisais qu'empirer la situation, j'avais décidé de laisser en suspens ma demande. Après quelques minutes de silence, elle accepta cependant ma requête. J'aurais dû être rassurée mais je me sentais mal à voir la tristesse ornant ses traits. Je voulais voir ce sourire m'envoûtant alors avant de sortir, je l'ai prise dans mes bras et l'ai embrassée tout en essayant de lui transmettre tout mon amour. Je la sentis se détendre dans mes bras et m'étais décalée à contrecoeur sachant que nous pourrions être vues. Pour autant, je lui annonçais fièrement, histoire de détendre l'atmosphère « Le fait que je ne peux pas t'embrasser devant les autres ne signifie pas que je ne t'embrasserais pas à chaque fois que l'occasion s'en présentera ». L'entendre rire avait suffi à balayer toutes mes craintes de la perdre.

Le 6 décembre

Lors de notre arrivée ensemble, nous avons été accueillies par une joute verbale de Nao, ce qui fit rougir Natsuki par la même occasion. Personnellement, je trouvais cela trop mignon mais à voir l'agacement sur son visage, j'ai préféré garder le silence. Elle souffla mais prit délicatement ma main sous le regard surpris de Nao. Oui, j'avoue que cela n'avait pas surpris que Nao. Moi aussi j'étais surprise par ce geste soudain. La réponse s'en suivant laissa une Nao KO et une Natsuki tout sourire. Je ne comprenais pas sa réaction. Deux minutes auparavant, elle m'avait fait un monologue sur la nécessité de laisser notre relation secrète et maintenant, elle répond à la provocation de Nao. Malgré cela, je ne pouvais m'empêcher de sourire de la situation. Le fait qu'elle l'acceptait devant ses amis signale l'importance que je représente pour elle. J'avais resserré légèrement sa prise pour lui montrer ma reconnaissance puis avais repris doucement ma main.

Le 6 décembre

Même pas cinq secondes de présence et Nao me balança un « Alors chiot tu t'es faite passer la corde ou plutôt la laisse au cou ? ». Je ne savais pas pourquoi je n'avais pas simplement ignoré sa remarque. Ma fierté sans doute. A la place, j'ai préféré prendre la main de Shizuru et lui dire tout simplement « Et alors ? Akane te l'a passé aussi non ? Vu comment tu me fais chier ça à rien changer pour toi si ?». Je sentis une légère pression sur ma main. Mes amis avaient l'air d'être contents pour moi. Je devais être prudente certes mais pourquoi le cacher à mes amis ? Je n'en voyais vraiment pas l'intérêt.

Le 15 février

Natsuki avait le don de me surprendre. Je me retrouvais parfois contre un mur, une porte ou même un arbre, suite aux actions de Natsuki qui, semble-t-il, ne pouvait se passer de mes lèvres. Je ne plaignais pas, bien au contraire, mais je devais avouer qu'il était beaucoup plus difficile de me concentrer en classe lorsque je sentais Natsuki me caresser discrètement la main ou même la cuisse. Je n'osais pas faire de gestes trop poussés envers Natsuki, ne sachant pas comment elle pourrait l'interpréter. Je me contentais de lui sourire ou de lui rendre ses baisers. Pendant plus de deux mois, nous avions réussi à garder le monde étranger à notre histoire. La nécessité que ressentait Natsuki à m'avoir toujours près d'elle commençait à mettre la puce à l'oreille à des personnes de notre classe et même de l'Académie. Avec cela, je commençais à entendre des choses négatives à mon égard et même à l'égard de Natsuki. Je l'aimais mais devait faire face à la méchanceté gratuite de certaines étudiantes. Pourtant, il me suffisait d'un seul baiser pour acquérir la force nécessaire pour surmonter une nouvelle journée.

Le 15 février

J'étais totalement accro à Shizuru ! Ses lèvres, son odeur, son toucher discret, tout me rendait accro. Et ce sourire ... Par Kami, je ne pouvais m'en passer. Deux mois que je vivais dans ma bulle, heureuse en tout point. Même mes parents ne comprenaient pas mon absence d'énervement ou de flemmardise. J'étais au summum de mon bonheur. Malheureusement, des rumeurs entre Shizuru et moi commençaient à faire mauvais présage dans notre couple. J'aurai aimé pouvoir faire taire toutes les personnes responsables de ces paroles abjectes. La jalousie, voilà ce qui les motivait. Mais il était hors de question que je laisse mon bonheur m'échapper. Ma mère avait perçu un léger malaise un soir et me demanda si j'avais un problème. Je ne voulais pas leur en parler et surtout entendre mon père me dire « je t'avais prévenu et blablabla ». J'avais juste secoué la tête et m'étais excusée pour sortir de table. Seule dans ma chambre, je cherchais un moyen de mettre à l'abri ma belle Shizuru.

Le 20 février

Je ne savais pas ce qui avait pris Natsuki ce jour-là. Nous étions tous ensemble assis sur l'herbe, profitant pleinement du soleil. Beaucoup de murmures nous entouraient. Je pouvais voir certaines jeunes femmes me regarder avec dégoût. Je sentis Natsuki me caressait la joue et m'embrasser assez chaudement devant les autres élèves. J'avais arrêté de respirer tellement le geste était inattendu. Bon et plaisant certes mais inattendu. Elle me fixa amoureusement puis se leva pour se placer derrière moi et me tenir fermement contre elle. Je sentis sa tête reposer sur mon épaule et profitais de cette proximité pour lui faire part de mes inquiétudes « Nous ne devrions pas nous montrer. Ton père va avoir connaissance de ton baiser et cela risque de ne pas lui plaire ». Mon rythme cardiaque avait accéléré d'un coup à l'entente de sa réponse.

Le 20 février

Si le meurtre en masse n'était pas puni par la loi, je crois que j'aurais fait un massacre avec toutes les commères nous entourant. J'avais refusé de sortir avec au moins cinq d'entre elles. Elles s'en donnaient à cœur joie pour rabaisser Shizuru ces garces. Alors oui j'ai craqué et au diable l'engueulade qui s'en suivrait. Mon père allait encore me traiter d'irresponsable et alors ? Ne pas assumer ma relation était ce qui me rendait le plus irresponsable. J'avais fait la seule chose qui laisserait sur le cul et sans voix ses commères. J'avais embrassé ma Shizuru qui fut surprise par ce geste, vu le moment de flottement que j'avais pu percevoir dans ses yeux. J'avais souri lorsque j'avais entendu le vent soufflé, signe que toutes les garces nous entourant étaient restées sans voix face à ma preuve d'amour. J'avais poussé la provocation encore plus et je devais avouer être fière de moi. Moi, la solitaire, timide et réservée Natsuki Kruger prenait un malin plaisir à enlacer ma moitié devant ses empotées, non devant l'Académie entière. Shizuru m'avait murmuré ses inquiétudes sur quoi je lui répondis de sorte à ce que la plupart des personnes nous entourant l'entendent « Je t'aime Shizuru. Soit sûr que personne ne pourra m'empêcher de t'aimer ».

Le 20 février

Lorsque je suis rentrée chez moi, les émotions accumulées toute l'après-midi eurent raison de moi. J'avais éclaté en sanglots et me fit cajoler par ma mère. Ne sachant pas pourquoi je pleurais, elle me murmura des paroles telles que « Tu n'y es pour rien ma fille, vous étiez de deux mondes différents » ou « La blessure s'atténuera avec le temps ». Je l'avais donc arrêté en lui expliquant ce qui s'était passé. Ma mère rit de bon cœur face à cette nouvelle et décida de faire un bon repas face à cela. Je l'entendis murmurer tout en préparant le dîner « Kruger-sama est vraiment une personne pleine de surprise ». Mentalement, je ne pouvais qu'être d'accord avec ma mère.

Le 22 février

Je savais que je devais le dire à mon père avant qu'il n'ait vent de mon action par d'autres personnes et qu'il m'exécute sur la place publique. Si si, il serait capable de le faire si ma mère ne le retenait pas. Je pris délicatement la parole et énonçais les raisons ayant amenées à mes actions. Mon père aurait éclaté de rage si ma mère n'avait pas posé sa main sur la sienne. C'était vraiment dans des moments tels que celui-ci que je remercie Kami pour la douceur de ma mère. Mon père soupira, essayant sans doute de se calmer mais m'intima un ordre qui me mit un sourire aux lèvres « Tu dois nous présenter cette jeune femme ». Le premier ordre de mon père que j'accomplirais sans traîner les pieds et râler.