Alors là, j'ai fait très très fort. Vous allez devoir bien vous accrocher.

Comme absolument rien ne se passe jamais comme je le veux, mon chapitre était biiiiiien trop énorme pour tenir en une fois (j'allais quand même pas vous assommer!) Du coup je l'ai coupé en deux. Chapitre 7 et 8 = part 1 et 2.

Du coup grosse chance que l'éclipse temporel se passe effectivement au chapitre 10.

Je suis crevée (il est 2h du mat' quand même!) Donc je répondrais à vos supers commentaires demain! (sauf pour toi orthancekarica, je t'ai répondu en Mp un peu plus tôt!)

My Beautiful Beast

Chapitre 7: Two Beasts in the Forest (part 1)

Une atmosphère étrange planait sur l'académie.

Comme c'était toujours le cas lorsqu'Erwin daignait se présenter dans son bureau de proviseur. On aurait presque dit que même sans arpenter ses couloirs, il étendait ses longs bras sur toute l'école et veillait sur chacun d'entre eux depuis son poste invisible. Ouais, il était comme ça, Erwin Smith. Une sorte de foutu dieu, qui foutait grave les j'tons. Et c'était Kenny qui le disait, pas n'importe quel avorton venu du cœur de la capitale. Kenny Ackermann détestait Erwin. Ce type était un peu une espèce de marionnettiste tordu spécialisé dans la manipulation d'êtres humains. Il ne faisait rien pour rien, ne disait rien pour rien…et son regard. Kenny réprima de justesse un frisson alors qu'il pénétrait dans le fameux bureau.

Voilà. Ce regard. Deux prunelles bleu électrique, quasiment phosphorescentes. Le genre de pupilles qu'on ne pouvait retrouver que sur le visage d'une poupée de porcelaine. Figée et terrifiante.

Erwin lui sourit doucement, lui indiquant d'un geste la chaise qui lui faisait face. Kenny prit une longue inspiration. On lui avait vite appris qu'un sourire c'était le meilleur moyen d'enculer les imbéciles. Et il n'était pas un imbécile. Alors il s'arrêta, là, devant la porte et n'esquissa pas un seul mouvement pour montrer au blond qu'il acceptait son geste de bienvenu. Erwin fit comme s'il ne prenait pas note de ses réticences et hocha de la tête, un air avenant plaqué sur le visage : « Comme d'habitude Kenny, vous êtes fidèle à votre réputation, pile à l'heure ! » Kenny renifla, dédaigneux : « La mort est toujours à l'heure. Pas une minute avant, pas une minute plus tard. Juste pile, à l'heure. » Erwin parut intéressé : « Encore un de vos fameux proverbes Ackermann ?

- Nan. Juste la foutue vérité. » L'homme s'avança enfin et décida de prendre place alors qu'Erwin venait d'abaisser la main, comme s'il abandonnait l'idée de voir son hospitalité remerciée. Kenny croisa les bras sur sa poitrine et redressa le menton en signe de provocation : « Qu'est-ce que vous me voulez, hein ? Ça ne vous suffit pas que je fasse cours à vos décérébrés ? Je suis sûr que je ne suis pas là parce que l'une de ces couilles molles a osé se plaindre de mes cours. A part Levi, personne n'aurait les tripes de se plaindre de mes cours. Et comme je lui fous une paix royale, il n'a aucune raison d'être venu moucheter… » Erwin haussa l'un de ses majestueux sourcils : « Hum…j'aurais préféré que vous ne fassiez pas de favoritisme envers votre neveu si possible…

- Favoritisme ? Levi tenait une arme entre ses pattes à, à peine six ans. Je pense qu'il sait tout ce qu'i savoir sur les flingues et autre arsenal.

-… » Erwin parut vouloir dire quelque chose puis il se ravisa. Finalement, il demanda : « Comment se porte votre petite famille ? » Kenny se retint de lui répondre qu'il ferait mieux de s'occuper de son cul.

A force d'entendre la façon qu'avaient de causer les autres pète-sec d'enseignants qui pullulaient dans la salle des profs, Kenny commençait un peu à saisir les bases d'une conversation bienséante. Il n'y avait pas le mot cul dedans. Ni même de va te faire foutre. Vous parlez d'une découverte ! Alors à la place il répondit : « Carla est au ange, elle adore se faire exploiter dans la clinique où vous l'avez placé. Eren s'est fait un nouvel petit ami travesti et déscolarisé, vous parlez d'un quartier sûr ! Quant à Levi, j'crois que vous le voyez assez souvent pour vous rendre compte qu'il ne jure que par ce môme. J'vous jure, la dernière fois j'l'ai même entendu refuser d'aller traîner à la salle d'arcade parce qu'il avait oublié de préparer le goûter du mioche la veille…je pense que dans même pas deux mois on le retrouve en tablier de ménagère en train de lui tricoter une foutue écharpe… » Le sourire d'Erwin s'élargit et prit des accents plus sincère : « Je suis heureux d'entendre ça. » Kenny agita la tête, incrédule : « Je vous livre une putain d'arme létale, et vous ? Vous êtes heureux de le transformer en couteau à beurre… »

Le blond se racla la gorge. Il s'installa plus confortablement dans son fauteuil et son regard devint tout à coup plus perçant : « Si je vous ai convoqué en vérité Kenny, c'est pour parler de votre famille…toute votre famille. » Kenny demeura interdit. Erwin profita de son silence pour ouvrir le tiroir qui se situait sur sa gauche. Il en sortit une pochette kraft qu'il posa devant l'ex-assassin. Kenny en avait vu des tas des documents comme ça, c'était en général à l'intérieur qu'il trouvait la photo de sa prochaine cible accompagnée de quelques détails importants (par exemple la façon dont elle devait être tué ou autres joyeusetés)…Il posa la main sur la pochette et retira d'un geste expert tous les papiers qui s'y trouvaient. Lorsque ses yeux se posèrent sur la première des photos du dossier, le cœur de Kenny cessa de battre un instant. Il s'entendit souffler : « Mana… » Erwin hocha gravement de la tête : « Nous avons retrouvé la sœur jumelle de la mère de Levi…contrairement à son double, elle a été épargné par le cancer…et elle a fondé une petite famille. » Kenny continuait de fixer la photo, la gorge nouée.

Mana et Gena étaient ses deux grandes sœurs. Des jumelles. Mana s'était enfuie avant que leur père ne puisse terminer son apprentissage d'assassin. Kenny n'avait alors que cinq ans. Quant à Gena, la mère de Levi, elle avait toujours été trop faible physiquement pour que leur père s'intéresse à elle. Du coup, faute de correspondre aux attentes de leur paternel, Gena avait été pour Kenny une mère, une sœur, une confidente, durant toute son enfance. Mais après le départ de Mana, Kenny avait dû devenir un véritable Ackermann et il avait fait ce qu'ils faisaient de mieux, il l'avait abandonnée.

Pourtant il n'oubliait pas qu'à l'origine, tout était de la faute de Mana. Elle aurait dû reprendre le flambeau à sa place. Si Kenny n'était pas devenu un assassin, il aurait pu prendre soin de Gena. Et elle ne serait pas morte toute seule, dans un appartement d'une pièce, miteux, qui sentait la déchèterie, en abandonnant derrière elle le gamin de cinq ans le plus pitoyable de l'univers.

Kenny repoussa les documents d'Erwin sans prendre la peine de regarder les autres : « Je m'en contre fou. Tant mieux pour elle. » Erwin se racla la gorge : « Le soucis, c'est que pour nous, votre sœur a une importante capitale…

- Pardon ?

- Vous avez déjà entendu parler des Atlas ?

- Qui n'a pas entendu parler des Atlas, en dehors de vos aristos consanguins à deux balles qui s'entre baisent derrière le mur magnétique, bien entendu… » Les Atlas n'étaient pas un gang à proprement parlé. Ils étaient bien pires. C'était une secte. Une foutue secte. Et même Kenny évitait soigneusement de foutre les pieds sur l'un des leurs territoires. Ces cinglés adulaient une sorte de Prophète Elu bizarre qui leur promettait qu'un jour, une armée démoniaque viendrait nettoyer cette planète et qu'elle n'épargnerait que les véritables croyants. Ceux qui portaient en eux, les gênes de la Lumière divines, les enfants d'Atlas. (Vous parlez d'une prophétie sainte !) Et tout ce qu'en savait Kenny, c'était qu'ils étaient tous (oui même les enfants) des putains de kamikazes en puissance et qu'ils leur manquaient clairement plus d'une case…

Erwin expliqua : « Nous pensons qu'Atlas n'est qu'une façade. Et que les Titans ont un rapport avec la secte. » Kenny faillit tomber de sa chaise : « Quoi ? Vous pensez que ces illuminés ont un rapport quelconque avec le gang le plus violent de l'Histoire ? Je vois mal comment la vraie foi peut conduire, même un gros crétin, à croire que revendre des foies humains sur le marché noir, c'est sacré…

- Je ne peux pas vous expliquer en détails les raisons de nos conclusions, mais c'est là qu'intervient votre sœur.

- Ah ?! Quel rapport avec Mana ?

- Elle et sa famille sont les seuls à avoir réussi à fuir d'un des villages sous la coupe de la secte d'Atlas…elle a peut-être en sa possession des informations capitales pour la suite de notre enquête… » Kenny s'était assis, bien droit. Il ricana : « Eh bien, formidable. Allez-y, capturez-la et faites-vous plaisir. Elle a à peine commencé son entraînement pour devenir une vraie Ackermann, vous n'aurez qu'à lui brûler une ou deux phalanges et elle devrait chanter comme un oisillon ! » Il se redressa : « Si vous attendiez ma bénédiction pour la torturer ou va savoir quoi d'autre, vous l'avez ! » Erwin l'arrêta d'un geste de la main : « Une minute. Nous préférerions ne pas en arriver là, à vrai dire.

- …Alors vous allez faire quoi ? Essayer de lui demander gentiment ? Quelque chose me dit qu'elle ne vous causera pas aussi facilement. Qui sait combien de temps elle a été dans cette foutue secte à deux balles…

- Elle ne nous parlera pas à nous. Mais à vous. Oui. » Kenny afficha ouvertement sa surprise avant d'éclater de rire : « A moi ? Elle s'est tirée quand j'avais cinq ans ! Et même si elle savait que Gena était trop faible et que notre père se rabattrait automatiquement sur moi pour prendre sa place d'héritière, elle n'a jamais pensé ne serait-ce qu'une seconde à nous emmener avec elle pour nous tirer de ce merdier. Et vous, vous pensez qu'aujourd'hui, plus de trente ans plus tard, elle serait prête à écouter ce que j'aurais à lui dire ? Qu'importe ce que c'est ! Je suis certain qu'elle s'en fout ! Royalement ! » Erwin fronça les sourcils : « Je pense qu'à cause de votre éducation très…particulière, vous, les Ackermann, vous avez un mal fou à vous comprendre vous-même…

- …

- Quoiqu'il en soit, après que nous ayons pris cette photo, votre sœur et son époux ont réussi à nous semer. Et depuis près de six ans, nous n'avons pas réussi à les retrouver. Elle n'a peut-être pas fini de suivre sa formation d'assassin, mais elle a très bien compris comment couvrir ses traces…Kenny, vous êtes un professionnel…

- Ex. Ex-pro. Et c'est vous qui m'avez aidé à arrêter tout ça, je vous rappelle…

- Bien entendu, d'ailleurs il n'est pas question de vous faire éliminer qui que ce soit. Tout ce que je veux, c'est que vous retrouviez Mana et que vous la convainquiez de venir vers nous et de partager ses informations… Croyez-moi, si nous sommes parvenus à la trouver une fois, ce n'est qu'une question de temps avant qu'eux aussi ne remonte sa piste…ils ont beaucoup plus d'intérêts à la voir morte que nous… » La lueur qui dansait dans les yeux d'Erwin ne laissait que très peu de place à l'hésitation.

Bien qu'il ait l'air de lui demander un service, c'était davantage un ordre. Survey Corp. avait besoin des informations que détenait Mana Ackermann. Kenny Ackermann était l'outil adéquat à utiliser pour obtenir ses informations. Voilà, tout. Kenny saisit les documents sur le bureau. Comme il l'avait déjà dit, il était très loin d'être stupide, il comprenait les choses sans qu'on ait à les lui dire. Il n'avait aucune envie de découvrir à quel genre de représailles il s'exposait s'il refusait d'être le jouet d'Erwin Smith.

Puisqu'il le fallait vraiment, Kenny allait organiser la plus grande et la plus royale des réunions familiales.

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Plusieurs mois s'étaient écoulés depuis, et très exactement comme Erwin l'avait prévu (c'était rageant) Kenny avait fini par retrouver la trace de sa très chère grande sœur.

Ça n'avait rien eu de facile mais rien non plus d'impossible. Ne lui restait donc plus qu'à approcher de Mana sans que celle-ci puisse se douter qu'il avait remonté sa piste et prenne la poudre d'escampette… « Kenta Ackermann! Tu m'écoutes ? » Oh. Merde. Elle fronçait les sourcils, avait les deux poings sur les hanches et elle venait d'utiliser son véritable prénom ET son nom de famille. Ça sentait le pâté…Kenny haussa les épaules : « Allez Carla, ne soit pas vache. Si tu poses la question, c'est parce que tu sais bien que non. » Elle haussa les deux sourcils de surprise alors qu'Eren pouffait de rire (le traître, est-ce qu'il essayait d'attiser son courroux ?) Carla le pointa d'un doigt menaçant : « Oh, je te jure que si à mon retour je découvre qu'Eren est resté seul tout un week-end…

- Hein ? Quoi ? Seul ? Mais… » Il avait tourné la tête vers Levi, l'adolescent, assis avec nonchalance dans le canapé, un livre à la main, le fixait avec un air aussi blasé que condescendant. Kenny eut une irrésistible envie de le traiter de petit con. Mais comme il s'était déjà attiré les foudres de Carla, il ne valait mieux pas aggraver sa situation. Carla détestait lorsqu'ils étaient vulgaires. Même si Eren avait déjà sans doute déjà entendu et appris tout ce qu'il y avait à savoir pour être lui-même en possession d'une impressionnante collection d'insultes en tout genre…Levi répliqua : « On nous emmène camper en forêt tout le weekend. Entraînement militaire mis en pratique dans une situation pseudo-réelle. T'es prof à l'académie et tu ne sais même pas ça, oncle Kenny ? » Kenny ignorait comment Levi s'y prenait, mais il avait réussi à faire en sorte de prononcer son prénom exactement comme s'il disait 'espèce d'enculé'.

C'était un don que son oncle lui enviait beaucoup actuellement…

Il grogna : « Merde, j'avais complètement zappé ! Et le vieux ? » Carla roula des yeux : « Tu veux parler du grand-père d'Armin ? Tu sais, Armin, le meilleur ami d'Eren, celui qui est parti à l'intérieur du mur pour subir une grave opération cardiaque… » Oh, oui. C'était vrai. Ça faisait déjà un an et demi qu'ils avaient fait la connaissance de la pousse d'haricot (surnom trouvé par Levi, c'était quand même plus classe que travelo) et visiblement son amitié avec Eren avait réussi à lui donner le courage de tenter le tout pour tout et de subir la lourde opération qui pourrait lui offrir une vie normale…Kenny se souvenait vaguement les avoir entendus en parler, l'autre jour pendant un dîner.

L'Ackermann ouvrit la bouche mais Carla lui rabattit le caquet : « Ah ça non ! Pas d'excuses débiles ! Tu ne te défileras pas ! Je dois suivre cette formation si je veux enfin être prise au sérieux au boulot, tu sais à quel point je tiens à ce poste de titulaire ! Et tu avais promis que tu ferais ta part ! Eren ne peut pas rester tout seul, à se faire un sang d'encre pour son meilleur ami, pendant tout le weekend ! » Levi roula des yeux : « Carla, tu oublies de mentionner que le gamin n'est qu'un gamin…on ne laisse pas un gamin tout seul dans une maison. » Eren s'insurgea : « Je ne suis plus un bébé ! J'ai sept ans et demi ! » Levi le désigna du menton : « Tu vois, c'est bien ce que je disais. Qu'un gamin. Il compte encore le demi derrière son âge… » Eren croisa les bras sur son torse et vrilla Levi du regard. Kenny avait bien envi de leur répliquer qu'il n'est pas très certain qu'il vaille mieux l'emmener avec lui voir sa lointaine tante cinglée….mais ce serait contraire aux règles. On ne parlait pas de ses missions top secrètes comme ça, pendant une dispute familiale au beau milieu du salon.

Il poussa un soupire à fendre l'âme. Bien. Puisqu'il le fallait vraiment, il allait emmener le chiard avec lui. Après tout, il était juste censé leur parler, non ? Quelle chance il y avait que ça tourne mal ?

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Ça allait forcément mal tourner.

Mais pas à cause d'un danger quelconque, non, juste parce qu'il y avait de plus en plus de chances que Kenny finisse par lui-même écorcher vif Eren avant la fin de leur périple. Ils étaient partis aux aurores et avaient au moins une bonne demi-journée de route à faire. Sauf que quand il ne l'arrêtait pas tous les quart d'heures pour faire pipi, le mioche allumait la radio et se mettait à chanter à tue-tête tous les tubes qui passaient comme s'il était un foutu jukebox. Mais contrairement aux chanteurs, Eren, lui, possédait une petite voix aigüe qui vous vrillait les tympans. Sans parler du fait qu'il sautillait sur place comme une putain de sauterelle bourrée, attirant l'œil de Kenny partout sauf sur la route…

Ils prirent environ deux heures de plus que prévus pour atteindre la montagne de leur destination.

Une fois la voiture garée dans les bois, bien à l'abri des regards, ils entamèrent leur escalade. Ce qu'il y avait de bien avec Eren (et d'un peu perturbant aussi, il fallait l'avouer) c'était qu'il ne posait absolument aucune question. Il se contentait de le suivre comme son ombre, jouant avec des brindilles et galopant sur le chemin comme si tout ça, c'était parfaitement normal. Bien que Levi n'ait jamais pris la peine de lui expliquer en détails pourquoi il disait que le gosse était fêlé, Kenny avait tendance à vouloir le croire sur parole. Pas besoin de le voir à l'œuvre pour sentir qu'il y avait quelque chose de franchement pas net avec le gamin. Il était absolument tout le temps heureux, survolté et il vous regardait droit dans les yeux avec ses incroyables pupilles vertes d'eau. Comme s'il vous sondait l'âme…

Eren, qui courait un peu en avant se retourna soudain, comme s'il l'avait entendu penser

Kenny frissonna de la tête aux pieds. L'enfant demanda : « On est encore loin oncle Kenny ? » Kenny fit une courte halte et sous le regard perçant du gamin, sortit sa boussole et sa carte avant de déclarer : « Encore une heure… » Eren fronça le nez, une grimace qui, si Kenny osait l'avouer, le rendait tout simplement adorable, et s'écria : « J'aurais faim…j'espère qu'il y aura à manger là où on va ! » Kenny n'eut pas le courage de lui répondre qu'il doutait grandement qu'on les invite à rester pour le déjeuner.

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C'était un jour comme les autres.

Cela faisait déjà un mois que Mikasa avait subi la fameuse cérémonie du marquage. Sa mère lui avait expliqué que c'était une très ancienne coutume qu'observait tous les membres de leur clan. Les Ackermann appartenaient à une très vieille famille d'Antya venue à Paradiz lors de la première vague d'immigration. Ils étaient Japonais dans l'ancien monde. Et même si Mikasa avait encore beaucoup de mal à se représenter ce que ça voulait dire exactement, elle avait plus ou moins compris que c'était censé être super cool. Ou du moins, elle trouvait que son tout nouveau tatouage était super cool. En plus sa mère l'avait félicitée parce qu'elle n'avait même pas poussé un seul cri pendant tout le rituel…

« Mikasa, qu'est-ce que tu veux manger ce midi ? » Elle ne prit même pas une demi-seconde avant de répondre d'une voix enjouée : « Du lapin ! » Sa mère avait prononcé les mêmes mots, au même moment et elles éclatèrent de rire en chœur. Son père, occupé à éplucher les derniers légumes de leur récolte agita la tête : « Vous avez raison de vous moquer de moi, je ne sais même pas pourquoi j'ai demandé ! » Mana claqua de la langue : « Il va nous falloir quelques herbes pour assaisonner le meilleur lapin du monde… » Mikasa piaillait d'impatience : « Maman fait le meilleur lapin du monde ! Et je sais quelles herbes vont avec ! » Sa mère haussa un sourcil : « Est-ce que c'est bien vrai ça ? Tu veux dire que tu es déjà devenue assez grande pour choisir les herbes ? » Mikasa secoua la tête avec vigueur, puis elle tira légèrement sur le col de sa robe pour exposer le tatouage qui trônait fièrement sur la peau rosie de son épaule : « J'ai passé le rituel comme une grande ! Je peux très bien aller chercher quelques herbes ! » Sa mère applaudit des deux mains : « Oh mais oui, c'est vrai ça ! Très bien, Mikasa Ackermann, si vous l'acceptez, votre mission est la suivante, ramenez moi donc les herbes nécessaires à la préparation du 'meilleur lapin du monde' mais n'oubliez pas…. »

Sa mère avait à peine terminé de parler qu'elle sautait déjà pour descendre de sa chaise et se précipitait vers son manteau. Elle l'enfila dans la foulée et se précipita vers la porte d'entrée. Sa mère l'arrêta en plein élan : « …n'oubliez surtout pas de bien vous couvrir ! » Mikasa se figea, la main posée sur la poignée de porte. Son père l'avait rejoint, s'était accroupie face à elle et avait boutonné son manteau jusqu'en haut avant de lui enfoncer un bonnet sur le sommet du crâne. Mikasa gloussa quand le bonnet de laine lui couvrit les yeux puis elle le remonta légèrement pour y voir clair. Son père lui tapota la tête : « Heureusement que tu n'es pas encore assez grande pour ne plus avoir besoin de ton super coéquipier ! Qu'est-ce que mon bébé va me manquer quand il aura grandi ! » Mana secoua la tête, amusée : « Quel papa gâteau tu peux faire ! » Mikasa pencha la tête sur le côté : « Il ne faut pas être triste, papa ! Je n'irais jamais nulle part ! Je resterais pour toujours ici, avec vous deux ! » Ils lui sourirent tristement puis sa mère se frappa dans les mains : « Dis donc ! Tu penses que ce lapin va se faire tout seul ? » Mikasa nia de la tête avant d'ouvrir la porte à la volée et de se précipiter vers la serre.

Il avait neigé presque toute la semaine. La forêt était recouverte d'un épais manteau blanc.

Le vent froid lui gelait le bout des doigts et du nez mais Mikasa adorait l'hiver. Tout était comme purifié. L'air, le ciel bleu clair et même les arbres dont les feuilles étaient tombés pendant l'automne. Ils étaient mis à nu et leur corps constituaient une farandole de formes très amusantes. La nuit, son père et elle jouaient à se faire peur en se racontant des histoires de fantômes au coin du feu. Mikasa adorait l'hiver et ces moments où ils se blottissaient tous les trois et qu'elle pouvait prétexter être trop effrayée pour retourner dormir dans son lit.

Elle arriva dans la serre en moins de temps qu'il n'en fallait pour dire ouf. Elle se précipita vers les outils de cueillette et commença sans attendre sa petite récolte.

Lorsqu'elle arriva à deux pas de la maison, courant légèrement, pressée de pouvoir placer les mains devant la cheminée, elle remarqua que la porte était ouverte. Elle fronça les sourcils, certaines de l'avoir pourtant bien refermée derrière elle (et même si elle ne l'avait pas fait, son père l'aurait fait à sa place). Elle espéra ne pas être celle qui avait oublié, cela faisait quand même un petit moment qu'elle était partie à la serre, la maison était presque entièrement faite de bois et il était assez compliquée de la réchauffer pour obtenir une température ambiante confortable…Alors qu'elle approchait un peu plus, Mikasa remarqua d'autres anomalies. Là, dans la neige, des traces de pas en provenance de la forêt se dirigeaient tout droit vers la maison.

Son cœur manqua un battement.

Personne ne venait jamais dans la montagne. Personne ne leur rendait jamais visite. De temps en temps, son père partait pour rejoindre 'la ville' et y vendre quelques-uns de leurs légumes en échanges de produits de premières nécessités ou d'outils neufs, mais c'était absolument le seul contact qu'ils se permettaient avec 'les autres'. Le cœur tambourinant furieusement dans sa poitrine, Mikasa poussa la porte d'entrée. Elle n'aurait jamais pu imaginer ce qui l'attendait de l'autre côté de cette porte.