« Nous l'avions rêvé» de Diogène
Chapitre 4 « Nouvel horizon »
Elle fut réveillée par des coups, quelqu'un tambourinait à la porte d'entrée.
- Ça va, ça va, j'arrive ! cria-t-elle en enfilant sa robe de chambre et en chaussant ses mules.
Elle se retrouva nez à nez avec Dothy qui la regardait avec ahurissement.
- Tu dormais encore ? Excuse-moi, je pensais qu'à plus de midi tu serais debout.
- Il est déjà midi ? demanda Candy en baillant.
- Et même un peu plus.
La styliste eut un sourire narquois puis regarda partout autour d'elle.
- Alors ?
- Alors quoi ? Et tu peux me dire ce que tu cherches ?
- Moi ? Rien. Mais, ta soirée ? Tu me racontes ?
- D'abord, j'aimerais boire un bon café si tu le permets Dothy, dit-elle d'un ton ennuyé.
- Bien sûr, j'en prendrais bien un aussi.
Dothy la suivit donc dans la cuisine. Elle s'assit à la table pendant que son amie s'activait à le préparer. Candy sortit deux tasses du buffet et les remplit à ras bord puis vint les poser et s'assit devant l'un d'eux. Dothy, face à elle, tournait sa cuillère et la laissa siroter son café en l'observant. Elle chercha un changement dans ses yeux, son attitude. Elle fut déçue de ne rien y voir de différent de d'habitude hormis ce froncement de sourcil, signe d'agacement en général chez elle. Elle s'impatientait de voir Candy ouvrir la bouche mais celle-ci prenait un malin plaisir à la faire languir. Elle voulait se venger de s'être permise de se mêler de son secret et d'avoir si bien su le deviner.
- J'ai passé une bonne soirée Dothy.
- C'est tout ? fit la brune en la voyant à nouveau muette et impassible.
- Eh bien, si tu veux les détails, ton cadeau d'anniversaire m'a emmenée dîner puisqu'il n'y avait personne d'autre que nous chez toi. Je crois qu'il s'est senti un peu obligé de le faire pour ne pas me laisser seule. Finalement, sa conversation était intéressante, alors ça a quand même été un moment sympathique. Nous avons aussi dansé, bu un dernier verre dans un club, et puis il m'a raccompagnée chez moi. Voilà, tu es contente ?
- Mais…
- Mais quoi ? Je ne sais pas pourquoi tu as pu imaginer que nous nous connaissions Dothy, je t'avais déjà dit que ce n'était pas lui mon ex petit ami. Hier soir, c'est la première fois que je le voyais en vrai, comme la majorité des gens d'ailleurs. Je reconnais qu' il est très beau, très cultivé, très tout ce que tu veux mais je ne me vois pas démarrer une histoire d'amour avec la vedette de Broadway, trop éprouvant à mon avis, et vu sa réputation ! Enfin, ce ne sont peut-être que des ragots de journalistes mais je ne me sens pas amoureuse de Terrence Grandchester et lui ne m'a pas semblé plus intéressé par moi que ça !
Elle ne pensait pas être capable de proférer une telle avalanche de mensonges mais elle fut à la fois satisfaite et un peu honteuse de cette prouesse. Dothy, elle, était stupéfaite, elle était pourtant si certaine d'avoir découvert le bon prétendant. Mais elle ne décela pas de traces de doutes dans sa voix et son attitude. Elle réfléchit très vite.
- Bon, admettons que je me sois trompée. Mais son ex-femme, tu la connais, n'est-ce pas ?
- Son ex-femme ? Pourquoi est-ce que je la connaîtrais ? Je ne sais même pas qui elle est ?
- Susanna Marlowe.
- Susanna Marlowe ? Jamais entendu parler.
Elle replongea ses lèvres dans sa tasse pour dissimuler le sourire de contentement qui lui venait au visage. Son amie resta coite quelques secondes puis elle ne put plus se retenir.
- Alors pourquoi est-ce qu'il y avait son nom et son adresse dans ta poche ?
- Quoi ! Tu fouilles mes poches ! s'écria la blonde en adoptant un air outragé.
- Heu… Balbutia la brune d'un ton coupable, je ne l'ai fait qu'une seule fois, je te le jure. C'était le jour où on a livré la robe chez l'actrice. Quand je suis revenue, tu avais l'air si bouleversée, j'ai vu ce papier dans ta main. Tu m'as dit que c'était le nom de ton parfum inscrit dessus, je ne l'ai pas cru. Alors quand nous sommes retournées à la boutique, je n'ai pas pu m'empêcher d'y jeter un coup d'œil. J'ai lu le nom de cette femme et il me semblait que j'avais déjà entendu parler d'elle. Et quand j'ai lu l'article sur le divorce de Terrence Grandchester, je me suis souvenue. Ça avait fait pas mal parler à l'époque, c'était il y a près de quatre ans. Elle lui avait probablement sauvé la vie en se jetant sur lui lors d'une répétition de Roméo et Juliette, pour lui éviter d'être écrasé sous un projecteur qui s'était détaché et fracassé sur la scène. Ça a été épouvantable, elle en a été amputée d'une jambe. Et après la première de la pièce qu'elle n'avait pu jouer avec lui, elle a voulu se jeter du toit de l'hôpital. On a parlé alors d'une mystérieuse jeune fille qui l'en a empêchée mais on n'a jamais su qui c'était.
Candy eut du mal à ne pas broncher devant le récit de ce si douloureux passé. Mais elle tint bon et continua à la fusiller du regard.
- Et tu en as déduit qu'il s'agissait de moi ? Explique-moi bien comment tu as pu en arriver à ce raisonnement ?
- Tu as parlé d'un aristocrate rebelle. Terrence est né d'une grande famille de l'aristocratie britannique, il est connu de tous pour être un rebelle pour avoir renoncé à ses titres et préféré le théâtre comme sa mère, l'actrice Eléonore Baker. Et aussi, rebelle pour ses idées un peu révolutionnaires, voire un peu scandaleuses pour les bien pensants. Tu m'as dit avoir fait des études en Angleterre, lui y a passé une partie de sa vie, essentiellement dans des pensionnats. J'ai supposé que tu l'avais rencontré dans l'un d'eux. Et quand j'ai parlé de Roméo et Juliette, tu as eu l'air si bouleversée. Enfin, j'ai remarqué que tu faisais toujours des détours pour éviter Broadway.
- Et c'est avec tout ça que tu en as déduit que l'homme que j'aime, celui que j'ai contraint à en épouser une autre était Terrence Grandchester ?
- Eh bien… Oui ! avoua-t-elle toute penaude.
Candy la toisa encore un peu, puis elle désarma devant le visage tout honteux de son amie. C'est d'un ton plus adouci qu'elle rétorqua :
- Dothy Malone, tu as raté ta vocation, tu aurais fait un excellent détective !
- Tu veux dire que…
Elle vit se matérialiser un sourire sur le visage de son amie.
- Oui Dothy, c'est bien lui.
Le sourire devint radieux.
- Alors, tu m'as fait marcher jusqu'à présent ! Mais j'étais certaine au fond que je ne pouvais m'être trompée, youpi !
Candy l'attrapa par les épaules et la regarda droit dans les yeux.
- Si tu me refais un coup comme ça Dothy, je te tords le cou.
Elle fit mine de le faire puis elle rit, elle l'étreignit et confia à son oreille :
- Merci mon amie, c'est le plus beau cadeau d'anniversaire qu'on ne m'ait jamais fait.
Celle-ci fut un instant émue puis elle retrouva vite sa gaieté naturelle et sa curiosité.
- Alors, tu me racontes ?
- Oui, mais je vais d'abord te conter une histoire, celle d'une adolescente de quatorze ans qui s'est un jour embarquée sur le Mauritania pour traverser l'Atlantique, destination l'Angleterre.
-OOOoOOO-
Dothy ne put dissimuler son émotion quand, une heure après, Candy acheva son récit, elle avait les larmes aux yeux. La blonde se sentait un peu bizarre, ce passé qu'elle avait revécu si souvent dans sa tête pendant toutes ces années, elle le confiait pour la première fois à quelqu'un. Cela avait été difficile de trouver les mots en accord avec ses sentiments.
- Quel désastre ! Vous avez été bien naïfs tous les deux de croire que votre sacrifice allait tout arranger. On n'épouse pas quelqu'un parce que cette personne vous a sauvé la vie, et d'ailleurs, rien ne peut l'assurer.
- Mais elle a été amputée d'une jambe dans ce drame, elle l'aimait tellement !
- Peut-être mais égoïstement. Tu n'as jamais trouvé troublant qu'elle choisisse de tenter de se suicider justement le soir de la première, alors qu'elle savait que tu étais à New York ? Si elle était morte, par ce geste, elle condamnait irrémédiablement votre vie à être dévorée par la culpabilité. Ce n'est pas aimer que de vouloir que l'homme qu'on aime soit malheureux toute sa vie. Toi, oui, tu l'aimais vraiment, tu t'es sacrifiée sans penser à toi. C'est un geste magnifique mais en même temps si stupide. Et lui, s'il avait été un peu plus courageux, un peu plus sincère avec toi, au lieu de se renfermer sur lui-même !
- Nous étions encore si jeunes, il était complètement perdu. C'est quelqu'un de très fier mais aussi d'extrêmement sensible. L'idée qu'elle ait failli être morte deux fois pour lui, lui était insupportable. Et tout s'est passé si vite, nous n'avons pas eu beaucoup de temps pour y réfléchir. Il me savait forte, je lui ai assuré que j'allais vite m'en remettre. Je croyais alors qu'il allait bientôt l'aimer, qu'il l'aimait déjà peut-être un peu. J'ai essayé de m'en persuader pendant toutes ces années, pourtant j'espérais toujours secrètement le revoir. C'est le jour où j'ai appris son union avec elle que j'ai accepté la demande en mariage d'Anthony, pour tourner définitivement la page. Quand je suis sortie de la parfumerie et que je me suis retrouvée face à Susanna, accompagnée d'un autre homme qui l'appelait chérie, j'ai senti au fond de moi que je m'étais trahie pour rien. Elle voulait que j'aille la voir, elle voulait me parler de lui.
- Et tu y es allée ?
- Oui mais elle n'était pas chez elle. Ensuite je n'ai jamais osé y retourner. Et maintenant ça n'a plus d'importance. Je sais tout ce que je voulais savoir, que j'avais si peur de savoir.
- Qu'il t'aime toujours autant que toi tu l'aimes !
Elle baissa les yeux puis les releva remplis de lumière, un sourire béat aux lèvres.
- Oui Dothy. Il m'aime et je l'aime.
- Alors ça valait le coup de m'en mêler en donnant un petit coup de pouce à une si belle histoire d'amour. Je te l'ai dit Candy, il y a toujours de l'espoir, il suffit d'y croire.
- J'y crois Dothy. J'ai très envie d'y croire à nouveau, je ne voudrais plus penser qu'à ça. Mais je ne peux pas effacer de ma mémoire d'un coup de baguette magique que je suis mariée à un autre. Et puis, fréquenter Terrence Grandchester sans que tout New York soit au courant, ça n'est pas des plus facile. A part toi Dothy, il faut que personne ne le sache. Quand Anthony reviendra, je lui dirai que tout est fini entre nous, jusque là, je m'efforcerai de ne pas salir son nom.
- Tu veux dire qu'il… ne s'est rien passé cette nuit ? Je veux dire…
- Je sais ce que tu veux dire. Il s'est passé des tas de choses cette nuit mais pas ça. Nous voulons faire les choses dans l'ordre, nous en avons besoin tous les deux pour ne pas encore être envahis de culpabilité.
- Eh bien, si ça ce n'est pas de l'amour !
- Ne crois pas que ça soit facile Dothy. Avec tout le champagne que j'ai bu cette nuit, j'étais prête à le faire, c'est lui qui a été ma raison. Il a été magnifique et je l'en remercie. Je me sens déjà tellement moche vis à vis d'Anthony. Je sais bien que de toute façon notre mariage est déjà un fiasco depuis longtemps, mais je ne peux m'empêcher de penser que je suis plus responsable de ça que lui. Terry et moi, nous avons fait exactement la même erreur, celle d'épouser tous les deux quelqu'un pour de mauvaises raisons. Lui par devoir et moi par dépit.
- Ce n'était pas du dépit Candy, tu le sais très bien. C'était de l'espoir, tu l'aurais aimé assez s'il s'était comporté en mari aimant avec toi. Mais il n'est qu'un égoïste, il n'a fait que de t'empêcher de vivre. Il ne t'aime pas Candy, comme Susanna Marlowe n'aimait pas vraiment Terrence. Deux mariages sans véritable amour, ça ne peux marcher très longtemps. Ne culpabilise pas pour lui, il ne sera pas réellement malheureux si tu ne tardes pas à être franche avec lui. C'est la seule chose qui n'est pas bien, il vaut mieux se quitter sans bruit plutôt que de poursuivre un mensonge qui à la longue vous fera vraiment souffrir et vous déchirer. Je me doute que ce ne doit pas être facile pour toi de faire table rase de ce que vous avez partagé, il y a sûrement eu de bons moments. Mais si tu veux garder de lui les bons côtés, les bons souvenirs, l'image de ton premier amour, quitte-le le plus vite possible.
- Je vais le faire Dothy, pour que Terry soit enfin heureux, et moi aussi. Je vais le faire, mais face à Anthony, les yeux dans les yeux.
- Et Terrence, qu'est-ce qu'il voudrait de toi ?
- Il m'a seulement dit qu'il voulait me voir heureuse, avec ou sans lui. Nous nous sommes tout dit cette nuit, sans rien cacher, on ne pourra jamais être heureux l'un sans l'autre. Oh ! Dothy !
Comment est-ce que je vais faire ? Je suis à la fois si folle de bonheur et pleine d'inquiétudes !
- Pense seulement que votre bonheur, un long et vrai bonheur est au bout du chemin. Tu te souviens de ce que je t'ai dit, vivre une grande passion amoureuse, c'est la plus belle et la plus rare chose que tout le monde voudrait pouvoir vivre dans sa vie. Garder intact son amour, malgré les embûches, les séparations, les drames, c'est encore plus rare. Et vous l'avez fait tous les deux, c'est un miracle. L'amour finit toujours par triompher, à condition de se battre ensemble, de regarder ensemble dans la même direction et d'y croire ensemble. Quand le revois-tu ?
- Ce soir. Il veut m'emmener voir un couple d' amis à lui, je ne sais pas si c'est bien prudent.
- La prudence c'est de prendre quelques précautions. Tu n'as qu'à continuer à être Roxie Hart, et puis je vais te transformer un peu. J'ai une très belle perruque rousse, avec de longs cheveux, elle t'ira très bien. Pour sortir avec un acteur, pourquoi ne pas jouer les actrices ou plutôt les mannequins puisque tu l'as été pour moi. C'est ça, tu es Roxie Hart, mannequin prometteur de la maison Malone, ça sera aussi amusant, compte sur mon aide. Bon, j'aimerais bien que tu me racontes enfin cette folle nuit mais je commence vraiment à mourir de faim. Va t'habiller ma belle, on va aller manger un morceau et tu me diras tout.
OOOoOOO
Elle franchit la lourde porte du théâtre, comme prévu, elle était ouverte. Elle traversa le hall désert, ouvrit une autre porte et longea l'allée entre les fauteuils de velours rouge. La scène vide lui parut immense et très impressionnante. Elle s'en approcha à pas légers, dans la faible lumière environnante. Elle s'imprégna de l'ambiance, du silence et de la mémoire de ce lieu envoûtant. Une douce chaleur submergea son cœur et elle sut qu'il ne se trouvait pas loin d'elle. Le lourd rideau rouge bougea, sa silhouette magistrale apparut à ses yeux et sa voix de braise ensorcela son oreille.
« Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant
D'une femme inconnue, et que j'aime, et qui m'aime,
Et qui n'est, chaque fois, ni tout à fait la même
Ni tout à fait une autre, et m'aime et me comprend… »
Il se rapprochait d'elle, sur la scène, immense et impressionnant, juste pour elle. Sa voix résonnait dans cette grande salle et dans le cœur de Candy, elle atteignit le bord et posa ses mains, paumes en avant, dévoilant le présent qu'elle lui avait apporté, une petite bonbonnière rose pleine de pralines. Il sourit et s'accroupit, lui baisa la paume droite et prit son cadeau, plongé dans ses immenses yeux verts. Il fut surpris quand elle entama le deuxième vers du poème de Verlaine, mis au masculin, sans faillir de sa douce voix cristalline.
« Car lui seul me comprend, et mon cœur transparent
Pour lui seul, hélas ! Cesse d'être un problème
Pour lui seul, et les moiteurs de mon front blême,
Lui seul les sait rafraîchir, en pleurant. »
Il l'aida à se hisser sur la scène, ne quitta plus ses mains et prit la suite, ses yeux noyés dans les siens.
« Est-elle brune, blonde ou rousse ? Je l'ignore.
Son nom ? Je me souviens qu'il est doux et sonore
Comme ceux des aimés que la vie exila. »
Elle se souvint et acheva le poème.
« Son regard est pareil au regard des statues,
Et pur sa voix, lointaine, et calme, et grave, il a
L'inflexion des voix chères qui se sont tues. »
Il baisa encore longuement sa main sans la quitter du regard.
- Ma beauté rousse, me ferez-vous l'honneur d'une valse?
Elle sourit, lui fit une gracieuse révérence et le laissa l'emporter dans une valse sans musique, elle était dans leur mémoire éternelle. Ils se crurent revenus des années en arrière, un autre jour de mai, sur la colline d'un collège londonien.
« Te souviens-tu ? » lui disaient ses yeux bleus nuit.
« Je me souviens de tout ! » répondirent les belles émeraudes.
Ils savourèrent tous deux cet instant magique, puis il ralentit, elle stoppa net.
- Il nous a manqué quelque chose ce jour là ! murmura-t-elle.
Elle se hissa sur la pointe des pieds et posa un baiser léger et doux sur ses lèvres.
OOOoOOO
Il l'emmena d'abord dîner dans un petit restaurant chinois très tranquille. Elle voulut tout savoir de sa carrière et elle l'écouta avec bonheur lui parler si bien de sa passion. Il racontait son métier et les pièces qu'il avait interprétées avec tant de vérité qu'elle croyait les vivre avec lui, comblant ainsi l'immense frustration de toutes ces années sans avoir pu le voir sur scène. Elle se promit que rien au monde ne l'empêcherait de voir la prochaine. Le temps passait à une vitesse folle avec lui. Elle ne but qu'un verre de vin, désirant rester maîtresse de ses actes. Et elle n'eut pas besoin de ça pour se sentir l'âme gaie et en paix comme elle ne l'avait été depuis longtemps. Une jeune fille avec un panier de bouquets de violettes entra et passa de table en table. Il lui en offrit un qu'elle accrocha à la boutonnière de son chemisier. Il régla la note, ils quittèrent le restaurant sans avoir été ennuyé par personne. La petite maison où il l'emmena ensuite lui plut dès la première impression. Surtout le joli jardin de fleurs, une splendeur.
- Tes amis vivent ici ? C'est joli, ces sculptures en formes d'animaux dans ces massifs de feuilles et de fleurs !
- Ce sont les œuvres de Tristan, il est paysagiste. Gino, lui, est artiste peintre, il quitte rarement son chevalet.
- Où les as-tu rencontrés ? demanda-t-elle après avoir compris qu'il ne s'agissait pas d'un couple commun mais qui ne la choqua pas vu déjà la réflexion d'hier sur Verlaine et Rimbaud.
Il fit la grimace et dit d'un ton gêné :
- J'ai rencontré Gino dans un bar, à un moment où je n'étais pas au meilleur de ma forme.
Elle allait lui en demander plus mais un homme blond cendré et mince d'une trentaine d'années, leur ouvrit la porte, un sourire chaleureux aux lèvres. Il leur souhaita la bienvenue d'une voix au fort accent britannique et elle s'aperçut dans la lumière du hall d'entrée qu'il était peut-être plus âgé mais son visage un peu efféminé lui en faisait paraître moins.
- Terrence ! Sois le bienvenu, vous aussi mademoiselle.
Elle ne releva pas le mademoiselle, elle hésitait à se nommer mais Terry la devança.
- Tristan, laisse-moi te présenter Roxie Hart, une grande amie de collège que j'ai retrouvé ici à New York il y a peu.
- Alors vous connaissez l'Angleterre ? Moi je suis Irlandais, vous avez la beauté d'une Irlandaise.
- En fait, je ne suis pas une vraie rousse, dit-elle en lui souriant gentiment. Je ne suis qu'Américaine, et de l'Angleterre je ne connais que Londres et encore, si peu, je n'y ai séjourné que très peu de temps. Un peu l'Ecosse aussi mais l'Irlande non, je n'y suis jamais allée, ça doit être magnifique !
- Oui magnifique, c'est très vert, un peu comme vos yeux.
Un autre homme surgit alors. La cinquantaine, très brun et frisé, plutôt rond, moustachu et vêtu d'une blouse parsemée de taches de peinture.
- Ciao Terrence mon fils ! Alors, tu t'es enfin décidé à rendre visite à tes vieux amis, nous pensions que tu nous avais oubliés !
Il avait un accent encore plus prononcé que Tristan, mais un accent italien très chantant et zézayant. Il s'avança vers Terry les bras en l'air et le serra dans ses bras. Celui-ci s'excusa en disant que la pièce qu'il montait lui prenait tout son temps. Mais le peintre rit en regardant la jeune femme, les yeux pétillants de malice.
- Ta pièce ? Oui, bien entendu !
Candy se sentit gênée devant l'insistance de son regard sur elle, il semblait examiner son visage dans tous ses détails.
- Bellissima ! Excusez-moi signorina, mais quand je vois une jolie femme, je ne peux m'empêcher d'imaginer la manière dont je pourrais la dépeindre sur la toile. Défaut professionnel !
- Vous peignez des portraits ?
- Je peins tout, tout ce qui m'inspire. J'aime la beauté sous toutes ses formes, surtout la beauté de l'âme humaine. Gino Bartholdi, c'est mon nom. Peintre des âmes, c'est mon plaisir égoïste et accessoirement ma profession.
OOOoOOO
Le lendemain, une fois qu'elle eut retrouvé Dothy à la boutique dans l'après-midi, Candy lui raconta sa soirée chez le peintre.
- Gino Bartholdi ! C'est un peintre assez réputé dans certains milieux, mais aussi très controversé, voire scandaleux dans les autres dit Dothy.
- A cause de son homosexualité ?
- Bien entendu. Elle a toujours existé, à toutes les époques,l y en a même eu où c'était considéré comme naturel comme chez les romains. Mais à la notre, ils ne sont pas très nombreux ceux qui la vivent au grand jour, même à New York. Dans certains pays, c'est même considéré comme un crime ou une perversité, et condamné à mort. Moi, ça ne me choque pas, chacun fait ce qu'il veut et pour un artiste, seule son œuvre devrait être considérée et pas sa façon de vivre. Dans l'avenir, on se souviendra, j'espère, plus des œuvres d'Oscar Wilde que de ses attirances sexuelles. Je sais qu'il y a quelques années Bartholdi et son compagnon ont été la cible de violences de la part d'imbéciles arriérés mais ils ont résisté et ils ont bien fait. En plus, ce peintre est un peintre de charme, pas seulement mais ça rajoute encore de la provocation pour les anti-libertaires. Je ne le connais pas personnellement Bartholdi mais je connais quelqu'un qui a posé pour lui, une cliente fortunée.
- A moi aussi, il a demandé de poser.
- Il a du être déçu que tu refuses.
Elle observa Candy qui ne broncha pas.
- Tu ne vas pas me dire que… non ? Tu as accepté ?
- Eh bien… Je ne voulais pas mais… Il a exposé les choses d'une telle façon que je me suis retrouvée avec un défi à relever et sans réfléchir je me suis jetée à l'eau.
- Quel défi ?
- D'avoir autant d'audace et de courage que Terry. Et en prime, de me montrer le tableau qu'il a fait de lui.
Dothy la regarda avec de grands yeux ronds puis elle rit à gorge déployée.
- Décidément Candy, tu n'arrêtes pas de me surprendre ! Alors voilà en fin la vraie Candy, celle que je voulais tant connaître, celle qui n'a peur de rien !
- N'oublie pas que ce n'est pas encore Candy qui fait toutes ces choses, mais Roxie.
- Ma fois, Roxie ou Candy, on a livré ça tout à l'heure, pour vous deux.
Elle lui tendit un petit paquet en forme de tube, enrubanné et enveloppé de soie blanche.
- Pour moi ?
- Je suppose qu'il est de la même personne qui m'a envoyé une énorme corbeille de fleurs hier soir dit-elle en lui faisant un clin d'œil.
Candy le déballa délicatement et découvrit un tube métallique orné de gravures dorées.
- Qu'est-ce que c'est ?
- Fais-moi voir ?
La styliste examina les inscriptions. Elle le fit tourner entre ses mains.
- Ce sont des mots ou des phrases. Je pense qu'il faut les lire en faisant tourner le cylindre, ça forme une spirale. Où peut-être le début ? Ici, je crois, voyons :
« Sheth she'n zhen.
Techihhila.
Nemechotates. »
- Qu'est-ce que c'est que cette langue ? C'est un langage codé ?
Candy resta aussi perplexe que son amie. Dothy reprit sa lecture :
« Mae tumko pyar kia.
Wo ay ni.
Ya lioubliou tiebia.
Ich liebe dich. »
Elle poussa un petit cri, ayant un éclair d'illumination dans les yeux.
- Tu as compris ?
- Je pense, le dernier mot « Ich liebe dich » c'est de l'Allemand.
- C'est écrit en Allemand ?
- Pas le reste, regarde-toi même, tu dois trouver toute seule.
Candy prit le tube et poursuivit :
« Eu amote.
Ana hebbeck.
Ti amo.
- Ti amo ? C'est de l'Italien ? Ça veut dire… Je t'aime ?
Elle rosit d'émotion, elle comprit, elle finit de lire :
« Te quiero.
I love you. »
- C'est la même phrase en plusieurs langues ?
- Gagné ! Fit Dothy, amusée. Italien, Allemand, Espagnol, Français. Les autres, je ne sais pas mais nous trouverons ! C'est très romantique tout ça ! Et je crois que le tube est en argent massif et qu'il a été gravé à l'or fin !
- Et regarde ! Il s'ouvre !
Elle dévissa l'embout et en sortit un morceau de parchemin enroulé. A l'intérieur, il y avait une fleur séchée, une pensée. Elle déplia le parchemin et lut :
« Souviens-toi
C'était le Jour de l'An
Sur un bateau
Je t'ai aimée à cet instant
Au fil de l'eau
Mon cœur depuis, toujours t'attend.»
Samedi, vingt heures
Pont du River Green
Quai des Ambassadeurs
- Lis ! dit-elle à son amie en lui tendant le papier.
- Tu es sûre ?
- Je ne pense pas que ça le gênerait. Il te considère désormais comme un ange venu du ciel, tu es notre ange gardien.
Elle sourit, émue et lut.
- Un rendez-vous mystère ! Samedi, sur un bateau ! Tu ne le revois pas de la semaine ?
- Non. Je ne veux pas qu'il délaisse ses répétitions à cause de moi. Ils vont commencer à répéter en costumes avec toute la troupe et il doit aussi prendre des cours de bretteur à l'épée. Ça me rappelle qu'il se débrouillait déjà pas mal quand il se battait en duel avec mon cousin Archibald en Angleterre. Le pauvre Alistair ne savait plus quoi faire pour les en empêcher et Annie ne cessait de s'évanouir. Moi, ça m'amusait un peu et puis j'ai eu l'idée de la réparation du biplan que je t'ai raconté hier, ça les a calmé un moment. C'était le dernier jour de nos vacances en Ecosse, nos derniers moments d'insouciance. J'aimerai pouvoir y retourner un jour avec Terry.
- Ce bateau, le River Green, je ne crois pas qu'il t'emmènera jusque là mais je pense que ça va être pour vous un nouveau joli souvenir. Comme j'aimerai qu'un homme me fasse autant rêver que Terrence pour toi ! Les hommes d'aujourd'hui n'ont plus d'imagination. J'ai tout de suite vu que lui est d'une autre race, celle des seigneurs, c'est quelqu'un de rare !
- Philippe ne te fait dont pas rêver ?
- Il est très gentil, prévenant, il me fait rire aussi. Nous nous entendons bien sur différents plans mais la flamme de l'amour n'est pas vraiment le ciment de notre relation. C'est plutôt de l'amitié, la sexualité en plus. J'ai pleinement conscience que ça ne durera pas très longtemps mais ça ne me gêne pas. Ah ! L'amour ! L'amour ne se commande pas, mais qui sait ! Ça reviendra bien en moi un jour ! En attendant, j'éprouve autant de plaisir à vivre avec toi cette romance, sans vouloir être trop indiscrète.
- Tu ne l'es pas Dothy. Ça me fait plaisir de partager mon bonheur avec toi, puisque je te dois tout.
-OOOoOOO-
La première séance de pose chez Gino Bartholdi eu lieu ce lundi soir à dix-huit heures. Ça avait été difficile pour la jeune femme de surmonter sa pudeur mais le peintre avait su la mettre à l'aise. Il lui avait donné une blouse pour qu'elle s'en couvre et dans un premier temps, s'était contenté de faire des esquisses de son visage. Il ne cessait de parler de son Italie natale, avec son accent chantant et un débit impressionnant. Il la laissa décider du moment où elle se sentirait prête.
- Evidemment que j'aime montrer la beauté d'un corps nu mais c'est au-delà de ça. Les vêtements empêchent de se montrer sous son vrai visage, ils dénaturent la vérité. La nudité fait révéler l'âme telle qu'elle est, sans artifices. C'est pour cela qu'elle fait si peur.
Elle inspira un grand coup et ôta sa blouse. Étonnement, elle ne se sentit pas gênée très longtemps. Elle l'oublia même rapidement. Au bout d'une heure, ils avaient parlé de beaucoup de choses, sauf de Terry. Il avait réalisé un carnet complet de croquis dans différentes poses. Elle se rhabilla et avant qu'elle ne prenne congé, il lui demanda :
- Vous voulez le voir maintenant ?
Elle croisa son regard pétillant, elle sourit.
- Non, quand le mien sera terminé.
Il hocha la tête.
- Et vous, voulez-vous vous voir rousse ou blonde sur la toile ?
- Vous savez que je suis blonde ?
- Je sais beaucoup de choses sur vous, Candy. Mais nous en parlerons plus tard.
Elle pâlit un peu, il poursuivit pour la rassurer.
- Terrence est pour moi comme un fils, celui que je n'aurai jamais. Son bonheur m'est précieux, je suis heureux de vous connaître enfin.
-OOOoOOO-
La semaine se poursuivit avec ses matinées à la clinique où elle ne voyait pas le temps passer. Il y avait toujours beaucoup à faire pour améliorer le sort de la population de Harlem. Souvent, c'était des moments difficiles, devant la misère et le dénuement de certains, mais plus souvent encore, des moments de joie et de réconfort. Sa bonne humeur ne la lâcha pas et elle quittait la clinique vers quatorze ou quinze heures, le cœur empli de satisfaction. Puis, elle allait directement à la boutique de Dothy, le cœur léger à l'idée d'y trouver encore un témoignage de l'amour de Terry. Depuis le début de la semaine, elle y trouvait chaque jour un bouquet de fleurs différentes, agrémenté d'un court poème. Ce vendredi, ce fut une jolie composition de myosotis et cyclamens.
- Dans le langage des fleurs, ça signifie : « Ne m'oublie pas car je t'aime pour toujours » dit Dothy après avoir consulté un livre sur son bureau. Résumons : Les violettes : amour secret. Le muguet : bonheur et chance. Les tulipes : beauté éclatante. Les œillets : amour sincère. Le lys : pureté. Et hier, les marguerites : symbole de fidélité. C'est étonnant, il ne t'a pas envoyé de roses !
- Cela ne m'étonne pas. Anthony en faisait pousser dans sa jeunesse, il en a crée une très blanche et très belle. Il lui a donné mon nom, la Sweet Candy. Terry sait tout cela.
Dothy fit la grimace en se maudissant pour n'avoir pas pu se taire en voyant l'air triste de son amie. Elle enchaîna alors très vite :
- J'ai réussi à traduire les trois premiers je t'aime du tube en argent. Ce sont des langues amérindiennes. « Sheth she'n zho'n », c'est de l'Apache. « Techihhila », du Sioux. Et « Nemechotates », du Cheyenne. Les trois suivantes, « Mae tumko pyar kia » c'était de l'hindi, « Wo ai ni » du chinois, « Ya tiebia lioubluo » du russe.
Elle revit sourire Candy, elle se rassura.
- J'ai dû emprunter la moitié des ouvrages de la bibliothèque pour tout traduire, mais nous y sommes finalement arrivées. Plus, le langage des fleurs, les poèmes, et ce rendez-vous mystère ! Il sait s'y prendre pour que tu n'aies pas le temps de l'oublier, ton Roméo !
- Alors, il se fatigue inutilement. Trois ans et demi n'y avaient rien changé, ce n'est pas cinq petits jours qui me l'ôteront de ma mémoire et de mon cœur. Mais je dois avouer qu'il ne cesse de m'étonner. Regarde !
Elle lui tendit une petite miniature cachée au milieu du bouquet. C'était une photographie d'une vieille demeure.
- C'est le manoir en Ecosse, près d'Edimbourg.
- Il y a aussi une inscription derrière fit, Dothy après l'avoir examinée.
- Lis-la-moi !
« De doux souvenirs la hantent toujours
D'autres viendront l'habiter, si… »
- Cela veut dire qu'elle est à lui et qu'il aimerait pouvoir y retourner avec moi ! dit la blonde d'une voix émue.
- C'est exactement ce que tu m'as dit lundi. Il n'y a pas à dire, vous êtes sur la même longueur d'onde tous les deux. Et les mêmes étoiles dans les yeux quand on parle de l'un à l'autre.
- Tu as pu le voir hier soir ?
- Oui. Et je lui ai remis ta lettre. Ça a été furtif avec lui, mais j'ai eu le temps de voir dans ses yeux un feu d'artifice flamboyant. Cela a aussi mit fin à l'accès de colère à l'encontre du costumier qui s'est trompé de taille pour la robe de Becky.
Candy rit beaucoup puis questionna :
- Cette Becky, elle est belle ?
Dothy esquissa un sourire moqueur.
- Elle est très jolie, en effet. Dix-huit ans, blonde, yeux bleus, très mince et très gentille quand on la connaît bien.
Elle rit en voyant la tête de Candy avant de poursuivre :
- En fait, elle m'avait parue un peu pimbêche au premier abord, mais c'est parce qu'elle est très amoureuse… de son fiancé, idiote, pas de Terrence ! Elle est toujours la première à se précipiter hors du théâtre après les répétitions, son cher et tendre vient l'y attendre tous les soirs. Crois-moi ma belle, tu n'as aucune raison d'être jalouse d'elle !
- Je ne suis pas jalouse Dothy, mais prévenante. Après Susanna, on ne sait jamais ! Mais, dis-moi plutôt tes conclusions pour le rendez-vous de demain.
- Si j'en crois tous les indices, ce bateau, le River Green, va faire le tour de New York. Tu y passeras la nuit, il y sera organisé une soirée costumée sur le thème de Louis XIV. Au menu, cuisine française, musique classique et théâtre bien sûr. Avec évidemment, Molière et son malade imaginaire. Pour le reste, mystère. A vous de voir ! Nous passerons prendre ta robe demain chez Colette Sheridan, qui comme je te l'ai dit, fabrique des costumes d'époque pour les théâtres et les soirées de ce genre. Et je t'emmènerai au port, je suppose que Terrence ne manquera pas de te ramener chez toi au retour. A moins qu'il n'ait décidé de t'enlever ! Plaisanta-t-elle en voyant l'air rêveur de Candy. Et ta séance de pose hier, s'est-elle bien passée ? Ohé ! Candy !
- Hein ! Ah ! Oui ! Dit-elle en revenant à la réalité. Finalement, ce n'est pas si terrible d'être nue quand il n'y a pas d'ambiguïté. J'ai fait mon choix parmi les esquisses de Gino. J'espère avoir opté pour quelque chose d'assez suggestif mais pas trop impudique. On verra bien quand il sera terminé.
- Tu me le montreras ?
- Si tu veux. Ce sera pour moi un test pour savoir si j'aurais le courage d'en faire cadeau à Terry.
Elle pouffa en voyant l'expression de Dothy.
- Rassure-toi, je le ferai quand ce sera le bon moment.
- Ça signifie que tu t'accroches ?
- Plus jamais je ne veux renoncer à lui. Je sais désormais, je l'ai toujours su en réalité, qu'il est fait pour moi et moi pour lui. Nous avons déjà payé très cher le prix de nos erreurs. Aujourd'hui, c'est moi seule qui aie le pouvoir de nous offrir ce bonheur qu'on désire tous deux depuis tant d'années, celui d'être ensemble. Quand je reviendrai dimanche, je lui annoncerai ma décision d'aller au plus tôt à Philadelphie pour parler à Anthony. Je ne peux plus attendre pour mettre fin à cette situation qui m'étouffe. Je n'attendrai pas qu'il revienne, j'irai là-bas moi-même pour lui dire que je demande le divorce.
Dothy l'avait écoutée et observée avec attention. Elle constata une très grande détermination.
- Tu n'as pas eu de ses nouvelles depuis qu'il est parti ?
- Un télégramme le lendemain pour dire qu'il est bien arrivé et un autre hier pour dire que tout va bien et qu'il espère que pour moi c'est pareil. Tu imagines, il n'a même pas téléphoné ! J'ai beaucoup réfléchi cette semaine, Anthony ne m'a jamais aimée, je me demande bien pourquoi il m'a épousée ? Peut-être parce qu'il le croyait, comme moi. Je ne lui en veux pas mais il faudra qu'il comprenne que ça ne peut plus durer. Au fond, c'est peut-être ce qu'il attend, que je le quitte, il n'ose pas le faire le premier. Ces trois derniers jours ont été pour moi très éprouvants tu sais, j'ai eu du retard dans mon cycle. Ca m'arrive souvent, avant c'est l'arrivée de mes règles qui me rendaient triste. Cette fois, quand j'ai senti du sang s'écouler ce matin, ça a été un profond soulagement. Cela me semblait impossible, notre dernier rapport remonte à trois semaines, juste avant notre dispute. Mais ce bébé que j'attends depuis deux ans et demi, s'il était en route maintenant ! Tu imagines ce que ça signifierait ?
- De devoir renoncer encore une fois à Terrence ! comprit-elle en lui serrant fortement la main. Ça n'est pas le cas, ne t'en fais plus ! Mais puisqu'on en parle, je n'ai jamais osé te le demander, comment se fait-il que ça ne soit jamais arrivé ?
- Je l'ignore. Avant de partir de Chicago, j'ai vu un médecin. Il n'a rien trouvé d'anormal chez moi. Il a pensé à un blocage ou une incompatibilité entre nous. Anthony a haussé les épaules, il ne voulait jamais qu'on évoque un éventuel problème, il disait toujours que le temps nous prouverait le contraire, ensuite je préférais éviter ces conversations éprouvantes.
- Ne t'inquiète plus ma chérie. Je suis certaine qu'un jour tu en auras un, un bel enfant de celui que tu aimes. Quelque chose me le dit, une sorte de prémonition.
Candy sourit à son amie.
- Alors, je vais y croire Dothy. Jusqu'à présent, ton sixième sens a plutôt bien réussi avec moi.
Fin du chapitre 4
