« Nous l'avions rêvé » de Diogène
Chapitre 6 « Changements de route »
Elle arriva à la gare de Philadelphie vers dix heures, après trois heures de train où elle avait passé le temps en lisant entièrement un exemplaire de Cyrano de Bergerac qu'elle avait acheté dans la semaine précédente. Elle avait souri intérieurement aux passages des vers que Terry lui avait déclamé pour elle seule, sa voix profonde résonnait encore dans sa tête, l'imaginant dans son costume, magnifique comme toujours. Elle prit un taxi qui la conduisit à l'hôtel où son mari séjournait. Jusqu'à présent, elle était restée calme et déterminée, mais à l'approche de ce face à face qui allait avoir lieu, des explications qu'elle devrait lui fournir, la nervosité la gagna peu à peu. Elle respira un bon coup en franchissant le hall de l'hôtel.
- Bonjour, je suis madame Brown. Mon mari occupe une chambre dans cet hôtel, j'aimerais le voir. Je sais qu'il ne m'attend pas mais je dois lui parler d'urgence.
L'homme à l'accueil la regarda brièvement puis il consulta son registre.
- Effectivement madame. Monsieur Brown occupe la suite 24. Je vais le prévenir de votre venue.
- C'est inutile monsieur. Je lui ferai savoir moi-même, je voudrais lui faire une surprise.
Elle s'éloigna rapidement vers l'escalier avant que l'homme n'essaie de la retenir. Elle eut le temps de le voir blêmir mais elle gravissait déjà l'escalier quand celui-ci s'empara du téléphone. Elle avait eu un pressentiment en voyant le réceptionniste pâlir, quelque chose qui lui faciliterait grandement la tâche. Elle frappa fort à la porte 24. Le brouhaha qu'elle perçut la confina dans ses certitudes. Il mit un temps très long à lui ouvrir. Quand il le fit, elle le trouva mal coiffé et apparemment rhabillé à la hâte. Elle lui sourit néanmoins, c'était plutôt un soulagement pour elle de savoir qu'il lui était infidèle.
- Bonjour Anthony ! Désolée de ne pas t'avoir prévenu de ma visite mais j'ai à te parler d'urgence. Puis-je entrer ?
Il la regarda l'air ahuri et très embarrassé.
- C'est que… je me suis couché tard et… c'est un peu le désordre.
Elle le poussa et pénétra d'un pas ferme dans la suite. Elle regarda partout autour d'elle et se dirigea vers une porte où il lui avait semblé percevoir des bruits. C'était celle de la salle de bain. Elle se retrouva face à une jeune femme brune assez jolie, en train de se rhabiller.
- Du désordre ! C'est le moins qu'on puisse dire. Bonjour mademoiselle, finissez de vous vêtir et veuillez quitter cette chambre s'il vous plaît, j'ai à parler à monsieur Brown !
Celle-ci obéit sans rien dire, rougissante et nerveuse, puis sortit précipitamment.
- Candy, laisse-moi t'expliquer…
- Anthony, avant que tu n'entres dans des explications que je n'ai aucune envie d'entendre, laisse-moi d'abord te dire que ça m'est complètement égal que tu couches avec cette fille, avec celle-là ou n'importe quelle autre d'ailleurs. Je ne suis pas ici pour ça, j'ai des choses importantes à te dire.
- Est-ce qu'il est arrivé un accident ou…
- Non, il n'est rien arrivé de grave à personne, ni à moi d'ailleurs. Je vais très bien, on ne peut mieux même. Je suis venue jusqu'ici pour t'annoncer que je vais demander le divorce et cela le plus vite possible.
- Tu veux divorcer ?
Sur son visage elle vit une vive surprise mais nulle trace de souffrance ni même de déception. Elle fut rassurée et poursuivit :
- Oui Anthony. Je n'ai pas l'intention de me servir de ce que je viens de constater ici pour argumenter mes raisons de le vouloir puisque je l'ai décidé depuis plusieurs jours. Non, je voudrais essayer d'être sincère avec toi, enfin sincère. Je veux divorcer parce que je ne t'aime pas tel qu'il faudrait, parce que je n'ai jamais pu y arriver. J'ai essayé mais… c'est impossible !
Il la regarda avec profondeur, soupira très fort et s'assit dans le canapé en tenant sa tête dans ses mains. Il ne dit rien.
- Anthony, pardonne-moi d'être aussi brutale mais… je ne peux plus supporter le mensonge dans lequel nous vivons.
Il releva la tête. Son visage était un peu plus pâle mais il paraissait calme.
- Notre mariage ne serait qu'un mensonge ?
- Réponds-moi franchement ! M'aimes-tu ? M'as-tu jamais aimée ?
- Oui ! Bien sûr que je t'aime… à ma façon. Je sais que je ne me suis pas vraiment comporté comme un mari aimant et compréhensif avec toi, je suis incapable de te rendre heureuse mais… tu m'es très chère !
- Alors pourquoi ne me l'as-tu jamais dit ? Pourquoi tout ça ?
- Je… je ne sais pas. C'est vrai, tu es très malheureuse avec moi ?
Elle le vit alors d'une autre manière, il semblait triste.
- L'inverse est vrai aussi Anthony, je ne te rends pas heureux moi non plus. N'imagine pas que tu sois le seul responsable, je le suis même beaucoup plus que toi. Anthony, je n'ai jamais pu t'aimer parce que… j'en ai toujours aimé un autre, que j'aime encore aujourd'hui. Je l'ai retrouvé par hasard dernièrement et… nous voulons tous deux pouvoir vivre ensemble.
L'étonnement qui se lisait maintenant sur son visage prouvait qu'il ne devait pas s'attendre à cela.
- Tu aimais quelqu'un d'autre quand tu as accepté de m'épouser, tu l'aimes toujours et tu l'as retrouvé à New York ?
- Oui Anthony.
- Alors, pourquoi as-tu accepté de m'épouser ?
Il avait parlé plus fermement mais aucune colère ne se lisait en lui, juste une profonde perplexité.
- Il venait d'en épouser une autre.
- Et tu as continué à l'aimer ?
- C'est beaucoup plus compliqué que ça, ce n'était pas de sa faute. Le devoir l'y a obligé mais ça n'a pas marché entre eux, il vient de divorcer et…
- Si tu me disais qui est-ce, ce serait peut-être plus clair. Il me vient une vague idée mais j'aimerais en être certain. Est-ce que je le connais ?
- Oui, il est célèbre, dit-elle sans sourciller.
- Quelqu'un de célèbre ? Un acteur ?
Elle ne broncha pas en voyant par son regard plus sévère qu'il avait deviné.
- Celui avec qui tu as été au collège en Angleterre ? Celui qui n'était pas vraiment un ami pour toi ? Réponds ?
- Oui Anthony, c'est Terrence Grandchester !
Elle ressentit un profond soulagement malgré le rire un peu hystérique qui s'était emparé d'Anthony.
- Terrence Grandchester, par exemple ! Ma femme est la maîtresse de Terrence Grandchester, ce bellâtre dépravé !
- Anthony ! Je ne te permets pas de l'insulter et je ne suis pas sa maîtresse ! Je voudrais faire les choses dans l'ordre.
- Dans l'ordre ou pas, qu'est-ce que tu crois qu'il va faire de toi à part sa maîtresse ? Il va te mettre dans son lit et quand il en aura assez il te jettera comme les autres, comme il a fait avec sa femme et ses innombrables maîtresses !
- Tu ne sais pas de quoi tu parles Anthony, il tient à m'épouser.
- C'est ce qu'il t'a fait croire ce beau parleur et tu as marché toi aussi ! C'est un acteur, sa vie n'est qu'une immense pièce de théâtre. Il joue, il ne sait faire que ça. Il est incapable d'aimer, crois-moi ! Il n'a pas cessé de tromper son ex-femme, c'est pour ça qu'elle l'a fichu à la porte ! Je parie qu'il a oublié de te dire que c'est moi qui me suis occupé de son divorce ce sale enfoiré !
- Je sais cela Anthony, répondit-elle d'une voix incisive de tant d'aigreur. Je sais très bien qui il est, je sais tout sur lui. Inutile de te rabaisser en essayant de le salir à mes yeux. Tu perds ton temps, j'en sais plus sur lui que n'importe qui dans ce monde !
Son ton assuré et son regard froid et déterminé le désarçonna, il eut l'impression d'avoir une étrangère en face de lui. Il prit le temps de repenser à cette rencontre voulue par l'acteur, il comprit maintenant ses paroles mystérieuses, il se radoucit pour reprendre la parole.
- Peut-être au fond. Peut-être que toi il t'aime vraiment. Excuse-moi, je ne voulais pas te blesser, je n'ai même pas l'excuse de la jalousie ! Tu as raison Candy, je n'arrive pas à être jaloux, c'est donc que je ne t'aime pas tel que je le devrais !
- Anthony, je ne te reproche pas de ne pas m'aimer mais dis-moi pourquoi as-tu voulu m'épouser ?
Il soupira en cherchant dans sa mémoire.
- Tu me plaisais toujours énormément, beaucoup trop peut-être pour n'avoir pas alors su différencier l'amour et le désir. Et puis, j'ai pensé que puisque je t'avais beaucoup aimée pendant ma jeunesse, que j'avais même fait le projet de t'avoir pour épouse avant mon accident, il était donc naturel de réaliser mes rêves d'enfant. Et je te trouvais parfaite pour m'aider à démarrer ma carrière, une belle et douce épouse pour un jeune avocat, c'est un atout non négligeable. J'ai du oublier qui tu étais vraiment ! Finit-il d'un soupir.
- Une simple orpheline ?
- Non, Candy ! Crois-moi, ça n'a jamais eu aucune importance que tu sois née pauvre et orpheline. Non, ce que j'ai oublié c'est ton caractère beaucoup trop indépendant, trop rebelle. Ça me plaisait en étant plus jeune mais l'homme que je suis maintenant aspirait à une épouse plus solidaire de la réussite de son mari et de ses désirs. Mais inutile de revenir là dessus, je sais ce que tu penses de mes ambitions, quelle importance désormais. Enfin, il y a une autre raison à ce que je te demande de m'épouser, c'est d'ailleurs la première raison, celle aussi qui m'a décidé à revenir à Chicago. Je ne voulais jamais avoir à te le dire mais je voudrais moi aussi être sincère pour une fois. J'espère que tu ne lui en voudras pas, il a cru bien faire. A sa dernière visite en France, mon oncle m'a demandé de prendre soin de toi à sa place pour pouvoir retourner tranquille en Afrique. Il te trouvait trop solitaire et triste. Il m'a vaguement raconté qu'une histoire ancienne t'avait beaucoup peinée, que la mort d'Alistair t'avait fragilisée, il craignait aussi que la famille Legrand, surtout Daniel, ne tente à nouveau de te causer des tourments, il ne s'est décidé à retourner en Afrique qu'après que je lui ai promis que je veillerai sur toi.
- Albert t'a demandé de m'épouser ?
- Non, il n'a rien demandé de tel mais c'est ce que j'ai cru qui serait le mieux pour te protéger. Mais… tu lui ressembles tant !
- A Albert ?
- Non, à ma mère !
- Mon dieu, Anthony !
Elle soupira très fort en réalisant enfin la réalité. Ainsi il voyait Rosemary Brown, sa mère disparue à travers elle. Elle mesura l'ampleur du problème, les raisons de tant de précautions pour éviter son regard durant leur intimité, elle ne put réprimer un frisson de dégoût. Puis elle songea à ses mêmes empêchements, elle sut elle aussi pourquoi ça ne pouvait pas marcher, tout était faussé depuis le début !
- Candy ! reprit Anthony désolé de la voir si troublée. Je dois être au tribunal dans une demi-heure. Je rentrerai tard mais si tu n'es pas trop pressée de repartir à New York et si tu penses que je ne suis pas impardonnable à tes yeux, j'aimerais reprendre cette conversation demain. Je me débrouillerai pour être libre tout l'après midi.
- C'est d'accord Anthony, je serai encore là demain. Dis-moi à quelle heure je peux revenir ?
- Si tu acceptes de déjeuner avec moi, je t'attendrai devant l'hôtel à midi. Tu veux que je te réserve une chambre pour la nuit ici ?
- Non, je préfère trouver un autre hôtel. J'ai le temps pour ça, je vais me promener un peu dans la ville. A demain alors !
- Oui à demain !
-OOOoOOO-
Elle prit une chambre dans un hôtel plus modeste quelques rues plus loin, fit un brin de toilette, déjeuna dans un petit bistrot et passa l'après midi à flâner dans la ville. Le soir, elle se contenta d'un sandwich et se coucha tôt. Elle se réveilla à l'aube, lut beaucoup pour passer le temps et à midi précis, elle était de nouveau devant l'hôtel d'Anthony, il l'y attendait. Il l'emmena dans un restaurant des alentours.
- Candy ? fit-il après avoir commandé sans lui demander son avis. Elle n'en fut pas étonnée, c'était son habitude. Ça l'agaçait avant, aujourd'hui ça la fit sourire intérieurement.
- Oui Anthony ?
- Tu veux vraiment que nous divorcions ?
- Oui Anthony, c'est ce que je veux.
Elle le fixa, l'air très déterminé.
- As-tu pensé à notre famille, qu'est-ce qu'ils vont penser ?
- Ils penseront ce qu'ils voudront. Albert comprendra, Archibald et Annie l'accepteront aussi. Les autres, ça m'est bien égal ce qu'ils penseront.
- Evidemment ! Tu te soucies toujours si peu de l'opinion des autres !
- Pas de celle des gens que j'aime et que j'estime ! La tante Elroy et les Legrand ne m'ont jamais porté dans leur cœur de toute façon, ça ne risque pas de changer ! Ils diront que tout est de ma faute, il n'y a qu'à leur laisser croire si ça peut t'arranger.
- Tu es devenue bien cynique à ce que je vois !
- C'est toi qui me dis ça Anthony ? Ecoute-moi, j'ai passé ma jeunesse à faire des efforts pour leur faire bonne impression, à tolérer leur cruauté, leurs coups bas, leur mesquinerie. Et tout ça pour quoi ? Ils ont voulu me forcer à épouser Neil, ils m'ont chassée plus d'une fois, ils m'ont traitée plus bas que terre. Tu n'étais pas là pendant toutes ces années, sans Albert il y a belle lurette que j'aurai renoncé à faire partie de cette famille !
- Non je n'étais pas là, comment peux-tu me le reprocher ! Je n'ai pas choisi de me briser la jambe et le bas du dos avec ce maudit cheval !
- Anthony ! Je ne te reproche rien ! Je sais ce que tu as subi, je sais tes souffrances, je n'ai jamais voulu cela !
- Je sais bien que tu n'y es pour rien, c'était un accident, un regrettable accident. Jamais je n'ai pensé une seconde que tu en étais responsable, je t'assure. Mais Candy, j'ai failli mourir, j'aurais pu rester paralysé pour le reste de mes jours, c'est quelque chose qui fait voir la vie différemment après. Elle est si fragile, si courte, il faut se dépêcher si on veut en faire quelque chose. J'ai des ambitions et je compte bien les réaliser. Toi tu préfères passer ton orgueil et ta vision des choses avant tout le reste.
- On peut très bien avoir de l'ambition et rester soi-même, ce n'est pas incompatible.
- Pour une infirmière peut-être. Mais ton acteur, tu crois qu'il n'a pas du faire de concessions de temps en temps pour arriver là où il est ?
Elle imaginait mal Terry sacrifier sa façon de penser pour sa carrière, tout d'ailleurs prétendait le contraire dans la presse puisqu'on le surnommait le rebelle. Elle faillit riposter mais préféra en finir avec ce sujet.
- Anthony, où veux-tu en venir ? C'est pour me dire ça que tu as voulu qu'on déjeune ensemble ?
- Non, pas vraiment. Mais je voudrais que tu comprennes que si j'ai eu parfois un comportement pas très respectable à tes yeux, ce n'est pas parce que ça me plaisait, c'est parce que mes ambitions m'y obligent.
- Anthony, tu as le droit d'avoir des ambitions et de les réaliser comme bon te semble. J'ai aussi le droit d'avoir une autre vision des choses. Elles ne sont pas compatibles mais ça ne m'empêche pas de respecter tes choix. Mais je ne veux plus avoir à les subir. Nous sommes trop différents aujourd'hui, même avant de le retrouver j'ai pensé à divorcer. Après ce que tu m'as dit hier, j'imagine que c'est ce qui est préférable à tous les deux.
- J'ai dit que tu lui ressembles beaucoup c'est vrai, mais c'est aussi pour ça que j'ai besoin de toi.
- Moi j'ai dit que je voulais divorcer, pas qu'on ne se voit plus jamais. Nous serons toujours des cousins, des amis aussi si tu le désires.
- Peut-être que tout n'est pas encore perdu, redonne-moi encore une chance ! dit-il en la voyant attendrie.
Elle se maudit alors d'avoir mal interprété son trouble et eut une réaction trop brutale en dégageant sa main de la sienne dès qu'il eut tenté de la caresser. Elle prit un ton outragé trop criard qu'elle regretta aussitôt mais le mal était fait.
- Alors tu n'as rien compris, je ne t'aime pas, je ne le pourrai jamais ! Je ne veux plus être ta femme, dans tous les sens du terme !
Il blêmit et regarda autour d'eux, heureusement la salle était comble et sa voix n'avait porté qu'à la table avoisinante où un couple se parlait et ne fit pas mine d'avoir entendu.
- Crie plus fort pendant que tu y es! Vas-y, humilie-moi davantage, venge-toi !
- Je ne cherche ni à me venger ni à t'humilier ! Excuse-moi, je ne voulais pas réagir ainsi. Mais je ne comprends pas, tu ne m'aimes pas non plus comme on aime sa femme, alors pourquoi insister ? En plus, tu oublies les circonstances où je t'ai trouvé hier. Tu ne penses pas que c'était humiliant pour moi ? Le réceptionniste de l'hôtel a préféré tourner la tête quand je suis redescendue tellement il avait honte pour moi !
Il blêmit à nouveau.
- Cette fille ne compte pas pour moi.
- Peu importe ! Tu ne m'aimes pas, tu m'es infidèle. Ça encore, je l'aurais peut-être accepté si je t'aimais. Mais j'en aime un autre, je l'aime plus que tout !
- Et tu es certaine qu'il te rendra heureuse ?
- J'en suis sûre.
- Evidemment ! Pour quelqu'un qui se moque de l'argent, tu n'as pas choisi le plus pauvre. Ça doit te plaire au fond l'idée d'être entretenue par ce millionnaire. Tu pourras même connaître la célébrité, la gloire peut-être.
- Quand je suis tombée amoureuse de lui, il y a six ans, il n'était rien de tout ça.
- Le fils naturel mais fils tout de même d'une des plus grosses fortunes de l'aristocratie britannique !
- Il y a renoncé quand il est parti pour l'Amérique. Il s'est fait tout seul, grâce à son talent et son travail. Même s'il était pauvre, je l'aimerais autant.
- Il n'a pourtant pas refusé la fortune que lui a léguée son père. Il est comme les autres. C'est facile de prétendre mépriser l'argent quand on nage dedans.
- Cet argent, il l'a entièrement consacré à créer une clinique pour les miséreux de Harlem. Et il m'a demandé d'y aider le docteur qui s'en occupe. Ca fait plus d'un mois que j'y vais régulièrement en tant qu'infirmière bénévole.
- Tu travailles à Harlem ?
- Oui ! Là où on a le plus besoin de mes compétences.
- Et il va te laisser continuer à le faire s'il t'épouse ? Il va accepter lui, d'avoir une femme infirmière qui soigne toute la lie de ce ghetto ?
Elle lui sourit presque de satisfaction.
- Oui Anthony. C'est quelque chose que tu ne peux pas comprendre n'est-ce pas ? Lui ne se préoccupe pas de ce que les gens vont penser, il se soucie uniquement de ce qui me rendra heureuse et épanouie. Quand je pense que quand je l'ai rencontré la première fois, je lui avais trouvé une certaine ressemblance avec toi, dans le regard, le regard que tu portais avant sur les autres. Cette ressemblance si elle a un jour existé, n'est aujourd'hui plus qu'un mirage. Il est à des années lumière de toi, il me ressemble, il est l'autre moitié de moi.
- Il a quand même un point commun avec moi, il n'est pas fidèle non plus. Il a couché avec toutes les putains de New York !
- Il m'a toujours été fidèle à moi, autant que je l'ai été, à lui !
- Sale garce ! laissa-t-il échapper entre ses dents.
- Voilà donc où nous en sommes Anthony ! Je ne vois pas l'intérêt de poursuivre cette conversation, elle ne mènera nulle part. Je vais te quitter, rien ne m'arrêtera. Je suis majeure désormais, je n'ai besoin de l'autorisation de personne. Je vais repartir à New York, j'irai voir un avocat, un moins arriéré et stupide que ton patron et je vais demander le divorce !
- Si tu fais ça, ce sera à tes torts. Abandon du domicile conjugal, tu n'auras droit à rien !
Elle rit en le regardant avec pitié.
- Parce que tu crois que je vais réclamer quelque chose ? Je partirai telle que je suis arrivée, je te laisse tout, je n'en ai pas besoin. Je ne prendrai que mes affaires personnelles, les vêtements que Dothy m'a offerts, ceux que je me suis payé avec mes économies, ma voiture.
Elle sortit de son sac le coffret de bijoux et un carnet.
- Tu peux les reprendre ! Voici aussi tes comptes ! Tu constateras que depuis ton départ, j'ai réglé toutes les dépenses avec mon argent. Dès que j'aurai empaqueté mes affaires, je donnerai les clefs de l'appartement au concierge, tu les récupéreras à ton retour. Adieu Anthony !
Elle se leva, elle n'avait pas touché à son assiette, elle regarda droit devant elle et se dirigea vers la sortie. Une fois dehors, son assurance commença à s'affaiblir. Elle se sentait épuisée par cet affrontement et très malheureuse que ça se soit si mal terminé. Les larmes débordaient de ses paupières, elle marcha au hasard pour apaiser sa douleur.
« Terry, mon amour, vivement que tout ça se finisse. J'aurais tant besoin que tu me prennes dans tes bras en ce moment. Je t'aime tellement. Mais même si cet instant est un des plus noirs de mon existence, je le revivrai encore pour toi s'il le fallait. »
Dans sa méditation, elle ne sentit pas une silhouette se glisser derrière elle. Quand elle sursauta car une main s'était posée sur son épaule, elle crut que c'était Anthony. Elle se retourna brusquement mais se retrouva face à un homme inconnu en imperméable, chapeau et lunettes noires.
- Madame Brown ?
Sa voix était grave et rauque.
- Qui êtes-vous ? Qu'est-ce que vous me voulez ?
- Peu importe qui je suis. J'ai besoin d'avoir une petite conversation avec vous au sujet de votre mari. Ma voiture est garée à deux pas, veuillez me suivre.
- Il n'en est pas question ! Et lâchez-moi où je crie !
- Faites-le si vous voulez mais ça n'arrangera pas ses affaires !
- Qu'est-ce que vous dites ? Il a des ennuis ?
- Pas encore mais ça ne tardera sûrement pas. Si vous voulez que je vous explique, suivez-moi à l'arrière de ma voiture. Je vous promets qu'il ne vous arrivera rien et qu'ensuite vous pourrez partir.
Elle le regarda avec crainte. Il n'inspirait pas la confiance à première vue derrière son déguisement noir. Elle réfléchit très vite. Anthony avait des ennuis, elle devait essayer de l'aider, tout au moins de s'informer de leurs natures. Elle décida de faire confiance à cet homme.
- Très bien, je vous suis.
Quand il lui ouvrit la portière d'une grosse voiture noire, elle hésita encore, finalement, elle s'installa sur la banquette. Il s'assit à ses côtés et referma la portière.
- Maintenant, dites-moi pourquoi mon mari risque d'avoir des ennuis ?
- Est-ce que vous savez qui est le client de votre mari madame Brown ? Savez-vous quelle crapule il voudrait faire acquitter et remettre en liberté ?
- Je ne sais rien des affaires qu'il est venu plaider à Philadelphie.
- Bien sûr, il s'est bien gardé de vous le dire. Lisez ceci et vous verrez.
Il lui tendit un morceau de journal, une coupure de presse avec pour titre :
« Arrestation du commanditaire présumé dans l'affaire sanglante de la fusillade qui a causé la mort, en plus du tenancier du bar, d'une femme et de son fils de quatre ans. »
- Vous savez qui était cette femme et cet enfant madame ?
- Les vôtres ?
- Oui, c'était mon épouse et mon fils. Et le journal a omis de mentionner qu'elle était enceinte d'un deuxième enfant.
- Je suis vraiment désolée croyez-moi monsieur mais en quoi mon mari en est responsable ?
- Ce type qui a été tué, c'était un membre important d'une bande organisée de gangsters. Celui qui l'a exécuté faisait partie d'une autre bande. C'était un règlement de compte entre gangsters. Mais au lieu de régler leurs comptes entre eux dans la discrétion, ils l'ont fait au grand jour, dans la rue, sans se préoccuper de tuer des innocents. Ma femme et mon fils se trouvaient là malheureusement, à quelques mètres du bar. Avec une mitraillette, les balles volent partout sur leur passage. Mon épouse en a reçu quatre, mon fils deux, ils sont morts sur le coup. Celui qui tenait cette mitraillette a été tué quelques temps après lors d'un braquage. Mais le chef, celui qui a décidé cette fusillade, lui est toujours vivant. Il est ici, à Philadelphie, en prison.
Cette triste histoire bouleversa profondément Candy, elle comprenait la souffrance et la rage de cet homme.
- Mais il va être jugé pour ce crime atroce. Et s'il est vraiment coupable de cela, les jurés ne le laisseront pas sortir de prison. Mon mari ne fait que son travail en le défendant. Tout le monde, y compris les pires criminels ont droit à un avocat, c'est la loi.
- Si votre mari faisait son travail honnêtement, oui, cet assassin passerait sa vie derrière les barreaux, et si possible, exécuté pour tous les crimes qu'il a sur les mains. Mais votre mari ne l'entend pas de cette oreille, il veut absolument gagner ce procès. Je le sais, il me l'a dit. Je suis allé le voir, je l'ai même supplié, il n'a rien voulu savoir.
- Mais qui vous dit qu'il va gagner ce procès ?
- Parce qu'il compte se servir d'une erreur de procédure lors de la rédaction du procès verbal. Ca s'appelle un vice de forme. C'est sans appel, coupable ou innocent, un vice de forme annule tout le procès et remet immédiatement le détenu en liberté.
Elle blêmit. Elle n'avait pas de mal à croire que cet homme lui disait la vérité. Anthony venait de lui dire quelques instants plus tôt qu'il était prêt à tout pour réaliser ses ambitions.
- Et qu'est-ce que vous attendez de moi ?
- Parlez-lui. Dites-lui que ce qu'il compte faire est aussi un crime. Vous êtes sa femme, il vous écoutera.
Elle n'osa pas lui dire que justement, elle n'était plus sa femme pour longtemps et qu'il y avait peu de chance pour qu'il l'écoute.
- Je vais essayer mais si je n'y arrive pas, qu'est-ce que vous comptez faire ?
- Je ne suis pas un assassin, madame, je n'ai jamais tué personne et il me serait pénible d'avoir à le faire. Pourtant il faudra bien que quelqu'un paie dans cette affaire. Ma vie est ruinée, je n'ai plus rien à perdre.
Elle blêmit davantage.
- Je vous promets de tout faire pour qu'il renonce à ce vice de forme.
- Dieu vous entende madame. Vous avez l'air de quelqu'un d'honnête et il me serait pénible d'avoir à vous faire de la peine. Merci de m'avoir écouté.
Elle sortit de la voiture totalement anéantie. Elle essaya de calmer ses nerfs soumis à rude épreuve depuis qu'elle avait mis les pieds dans cette ville. Elle retourna au restaurant mais Anthony était parti, elle reprit le chemin de son hôtel mais le réceptionniste ne l'avait pas vu revenir, il ne savait rien sur son retour. Elle attendit une demi-heure devant la porte puis marcha à nouveau dans les rues, totalement perdue sur ce qu'elle devait faire. Une chose était pourtant sûre, pas question de repartir à New York sans tenter de le ramener à la raison. Il allait risquer sa vie dans cette affaire, ses ambitions allaient-elles au-delà du prix de la vie ? Elle songea aussi à Terry et à Dothy. Ca faisait déjà deux jours qu'elle était partie. Si son séjour à Philadelphie devait encore se prolonger, elle devait au moins les prévenir que tout allait bien pour elle, du moins en apparence. Il lui fallait trouver un téléphone. Elle finit, après une demi-heure de recherche, par trouver un bureau de poste. Elle voulut d'abord essayer d'appeler Dothy à la boutique. Mais décidément, ce n'était pas son jour de chance. La standardiste lui annonça que toutes les communications pour New York étaient inactives, suite à une panne dans le réseau central. Elle se rabattit donc sur le télégramme. Elle n'en envoya qu'un à Dothy pour lui dire que tout allait bien mais que ce serait plus long que prévu et d'en faire part à Terry au plus vite. Puis elle retourna à son hôtel, prit une douche et laissa défiler les heures qui ne lui avaient jamais parues si longues, plongée dans ses pensées morbides.
-OOOoOOO-
A New York, Dothy allait fermer boutique quand elle reçut le télégramme de Candy. Elle décida de se rendre au plus vite au théâtre Lincoln. La veille, Terrence lui avait dit qu'il y resterait tard, il était vingt heures trente, les répétitions devaient se terminer en ce moment, elle préféra aller le voir plutôt que de lui téléphoner. Elle sentait que ce court télégramme allait l'emplir de questions sans réponses, elle espérait pouvoir le rassurer. Hier, il lui avait paru si nerveux, plus fragile que jamais, presque un petit garçon perdu. Les autres n'avaient pas du s'en apercevoir, à part qu'il était plus colérique et exigeAnt que jamais, mais elle, le vit. Le concierge était encore là quand elle pénétra dans le théâtre.
- Bonsoir madame Malone, monsieur Berthier est parti il y a dix minutes.
- Bonsoir Jules. Aucune importance, c'est monsieur Grandchester que je voudrais voir.
- Il est encore là, dans sa loge. Il m'a dit que je pouvais partir sans l'attendre.
- Et bien bonne soirée Jules.
- Vous de même madame.
Une fois traversés les coulisses, elle frappa à la loge portant son nom.
- Entrez.
Il était à son bureau, occupé à écrire. Un grand sourire apparut sur son visage en la voyant entrer.
- Dothy ! Tu as des nouvelles ?
Elle lui tendit le télégramme qu'il lut rapidement.
- Plus long que prévu ! Elle ne dit pas pourquoi.
- Tu sais bien qu'on ne peut pas dire grand chose dans un télégramme.
- Pourquoi n'a-t-elle pas plutôt téléphoné ?
- Je me suis aussi posée cette question. J'ai appelé l'interurbain, on m'a répondu qu'il y avait des perturbations dans le réseau de Philadelphie, c'est sûrement pour cette raison.
- Et à ton avis, qu'est-ce qui peut faire que ce soit plus long que prévu ?
- Je ne sais pas. Peut-être qu'ils ont des détails à régler, des problèmes de famille.
Il soupira profondément.
- Oui, peut-être.
- Tu n'imagines pas qu'elle puisse avoir des hésitations ?
- Je n'imagine rien pour elle, je suis aussi sûr d'elle que de moi. Mais j'imagine tout pour lui. Qu'est-ce que tu sais de cet homme ? Tu penses qu'il pourrait se montrer… violent ?
- Violent ? Non, Terrence, je ne crois pas, j'en suis même certaine. Je ne l'ai rencontré que trois fois et on ne peut pas dire que la sympathie a dominé entre nous. C'est un type étrange, il semble à bien des raisons très gentil, à l'écoute et plein de charme. Pourtant une minute après, il se montre absent de tout, indifférent, un pli cynique barre alors son front et on le sent sur la défensive, comme si tout autour de lui il n'y avait que des ennemis pour l'empêcher d'accéder à ses ambitions. Et elles sont grandes chez lui, je le crois prêt à sacrifier beaucoup de choses pour les réaliser. C'est comme s'il y avait deux hommes en lui, le deuxième est à mon avis en train de prendre le dessus sur l'autre. Mais je suis certaine qu'il n'a jamais eu un geste ni même une parole violente avec elle. Elle me l'aurait dit si c'était arrivé, elle a toujours pris sa défense malgré tout en rendant seul responsable l'accident qu'il a eu et qui a du aussi éprouver son cœur et sa vision des choses. Et même si elle m'avait caché ces choses, je les aurais senties crois-moi. Ne t'inquiète pas pour ça, ce n'est pas une brute.
- Je ne lui conseille pas où il n'aura jamais assez de larmes pour que je lui fasse regretter ! Ne put-il quand même lâcher, une étincelle meurtrière dans le regard.
Dothy se dit alors qu'elle avait bien fait de venir, elle lui prit gentiment le bras pour l'apaiser.
-Allons Terrence, inutile d'anticiper sur des actes qui n'auront jamais lieu. On peut lui reprocher beaucoup de choses à cet homme mais pas ce genre là, ce n'est pas dans sa nature. C'est un doux, c'est d'ailleurs plutôt cette douceur qui est inquiétante chez lui, on lui donnerait le bon Dieu sans confession. Je crois aussi qu'il s'en sert pour tromper tout le monde, c'est ce qu'il a fait avec elle. Il ne force jamais, il demande gentiment, il se fait passer en victime, jusqu'à obtenir ce qu'il désire. Tout ce qui importe pour lui c'est de devenir le plus grand avocat de New York, une sorte de revanche sur la vie je pense, l'argent il s'en fiche, c'est la puissance qui le fascine. Et avec Candy il a du comprendre qu'elle ne l'aiderait pas à accomplir ce rêve, elle serait même plutôt un sérieux handicap pour lui, c'est pour ça que je ne pense pas qu'il va longtemps la retenir, je crois qu'il ne l'aime pas ou qu'il ne l'aime plus.
Terry l'écoutait avec un grand intérêt. Ainsi il était le seul à être encore certain que l'avocat aimait sincèrement son épouse. Pourquoi n'arrivait-il toujours pas à se persuader du contraire malgré l'opinion de Dothy, souvent très perspicace, semblait-il ?
- Candy le pense aussi mais j'ai lu le contraire dans ses yeux quand je l'ai rencontré.
- Ah ! Oui je sais que tu l'as rencontré. C'est vrai qu'il doit quand même éprouver de sincères sentiments pour elle malgré tout mais je ne crois pas que ce soit vraiment de l'amour. Ou alors il l'aime vraiment très mal. Enfin peu importe, Candy n'est pas de celles qui changent d'avis et de sentiments, elle. Tu le sais mieux que moi non ?
Elle lui sourit avec complicité, il sourit aussi mais toujours un peu inquiet.
- Elle est encore si fragile !
- Quand je l'ai rencontrée la première fois, elle m'est apparue comme une jeune et jolie rose qu'on aurait oublié d'arroser depuis très longtemps. Elle se fanait, elle allait mourir d'ennui et de tristesse. Aujourd'hui elle s'est relevée, et dans peu de temps elle sera au sommet de son épanouissement. Cette dernière épreuve pour vous n'est pas la plus facile mais elle lui permettra de se sentir fière d'elle, elle aura accompli son destin en allant jusqu'au bout de vos choix passés.
- Dothy, d'où te viens cette faculté de si bien voir le fond des cœurs ?
Elle rit.
- On appelle ça l'intuition féminine je crois. Peut-être que chez moi elle est un peu plus développée. Quand on perd un sens, on doit en récupérer un autre à la place.
Il vit une ombre triste dans son regard, il savait pourquoi. Ce fut pourtant fugace, elle reprit son expression joyeuse.
- Quand ce télégramme est arrivé je m'apprêtais à aller dîner. J'ai mangé sur le pouce ce midi et je meurs de faim. Si tu ne trouve pas trop ennuyeux de dîner avec une vieille fille comme moi, je t'invite.
Il sourit avec séduction.
- Je serais ravi de dîner avec la deuxième plus jolie et exceptionnelle femme de New York, mais c'est moi qui t'invite, si tu le permets.
- Ça tombe bien, je viens de me rappeler que j'ai laissé mon porte-monnaie à la boutique.
-OOOoOOO-
A vingt heures, Candy se rendit à nouveau à l'hôtel d'Anthony mais il n'était toujours pas rentré. Le réceptionniste ne put lui refuser qu'elle l'attende dans le salon d'accueil, elle lut dans son regard une pitié et un peu de honte mais ça lui était égal. Il ne pouvait évidemment pas deviner que l'inquiétude de la jeune femme n'était pas celle d'une femme bafouée et délaissée venue supplier son époux mais d'une grande angoisse sur son avenir. A vingt-deux heures trente, elle se résigna à partir, soit, il rentrerait très tard, soit, pas du tout. Elle décida de revenir au matin.
Elle ne dormit guère, elle fixait les aiguilles du réveil, ne pouvant ôter de sa tête ses pensées morbides. A huit heures, elle frappa à nouveau à sa porte, il était heureusement rentré au milieu de la nuit. Elle dut insister de nombreuses fois. Il finit par lui ouvrir, en pyjama, les yeux profondément cernés, il sentait l'alcool à plein nez.
- Quelle surprise ! fit-il d'une grimace déplaisante, ma femme est revenue ! Tu as déjà changé d'avis ?
- Certainement pas ! répondit-elle le regard sûr mais sans adopter son ton incisif. Anthony, il faut que je te parle au sujet de ton client !
Il prit un regard encore plus méprisant.
- En quoi est-ce que ça te regarde ? Tu as du culot de venir maintenant t'occuper de ce qui ne te regarde plus !
- Anthony, je t'en supplie, cessons ce jeu, c'est odieux. Tu m'as dit que tu ne voulais pas que nous nous détestions.
Elle ne put retenir une larme de s'échapper de sa prison, il pâlit et son regard s'adoucit à l'instant, sa voix aussi.
- Très bien, entre. Ne t'inquiète pas, je suis seul. Assieds-toi !
Il lui désigna le canapé.
- Excuse-moi un instant, est-ce que tu as déjeuné ? Je vais commander le mien, du café ?
- Non, merci. Ou juste un thé, léger.
Elle n'avait pratiquement rien mangé la veille mais avec cette boule dans la gorge, elle se sentait incapable d'avaler quoi que ce soit. Et le café, dans l'état nerveux où elle se trouvait n'était guère recommandé. Il revint quelques minutes après, il avait revêtu une robe de chambre, s'était coiffé et apparemment baigné le visage, il semblait plus reposé et très calme.
- Je t'écoute, qu'as-tu à me dire ?
Elle prit sa respiration, espérant trouver les mots adéquats.
- Anthony, hier, après avoir quitté le restaurant, un homme m'a abordé et a tenu à me parler.
Elle lui relata en détails la conversation qu'elle avait eue avec ce malheureux homme et sa volonté de vouloir justice. Il l'écouta sans l'interrompre.
- Et donc, tu t'es sentie obligée de venir toi aussi me dire de renoncer à ce procès.
- Je ne me suis sentie obligée de rien. C'est normal que je m'inquiète pour toi alors que cet homme m'a dit qu'il faudrait bien que quelqu'un paie dans cette histoire. Il est prêt à s'en prendre à toi s'il te juge responsable de la libération de ce criminel.
- Ça arrangerait pourtant bien tes affaires non ? Veuve, tu n'aurais plus besoin de divorcer.
- C'est ça que tu penses de moi, Anthony ? Fit-elle le regard et la voix profondément triste. C'est ça que tu vois en moi aujourd'hui ?
Il baissa les yeux.
- Non, bien sûr. Pardonne-moi. Pardonne-moi aussi pour ce que je t'ai dit hier, je ne le pensais pas. Je crois que j'ai beaucoup plus de mal à accepter que tu ne me quittes que je l'imaginais. Comprends-moi, tu es pour moi aujourd'hui le dernier lien qui me rattache à ce que j'étais avant cet accident. Sans toi, l'Anthony d'hier disparaîtra totalement et ça me fait un peu peur.
- Il ne disparaîtra pas si nous arrivons à préserver nos souvenirs et nos sentiments dans nos cœurs. Nous sommes avant tous des membres de la même famille, des amis. Je ne t'aime pas comme je l'aurais dû mais suffisamment pour tenir à préserver mon estime et mon amour pour toi. Mais pour ça il ne faut pas que tu meures !
- Je ne mourrai pas. Ce type est surveillé par la police, au moindre geste suspect, ils le mettront en prison.
- Et tu penses que sa place est en prison ? Cet homme souffre de la perte de sa famille, il devrait aller en prison alors que l'assassin lui, va en sortir et peut-être tuer à nouveau des gens innocents ?
- Je ne suis pas responsable de ça.
- Pas encore, mais si tu le fais sortir, tu le deviendras. Même si on ne te tue pas, tu devras vivre avec cette responsabilité toute ta vie. Tu es prêt à ça ?
- Si je perds ce procès, je devrai tout recommencer à zéro pour avoir ma place parmi les meilleurs.
- Et tu trouves que ce serait être le meilleur que de vouloir utiliser un vice de procédure pour gagner un procès ? Tu ne prouveras rien ainsi, c'est une solution de facilité. Tu n'essaies même pas de le gagner en allant jusqu'au bout, jusqu'au jugement.
- Personne ne pourrait le faire acquitter, il y a trop de charges et de preuves contre lui. La police et le juge d'instruction n'avaient qu'à être plus consciencieux dans leur enquête, ce n'est pas moi qui ai crée les lois, je ne fais que les respecter.
- Et c'est quoi ce vice de forme si je puis me permettre ?
Il l'étudia mais ne vit aucun mépris sur son visage, seulement une profonde détermination à vouloir comprendre.
- Ils se sont trompés dans une date, c'est je pense, une erreur de frappe. Oui je sais, poursuivit-il en la voyant prête à répliquer, ils ont privilégié l'urgence de neutraliser ce type au détriment de la paperasserie, on ne peut leur en vouloir, l'homme préméditait un nouveau hold-up.
- Alors, il doit être jugé par le tribunal. Cet homme mériterait la peine de mort pour ce qu'il a fait. Pourtant ce serait aussi un assassinat. Si tu lui évites l'exécution, si tu la commues en prison à vie, ce sera une grande victoire non ?
Il réfléchit un moment. En le voyant si soucieux, elle pensa avoir trouvé le compromis qui équilibrait entre ses ambitions et une justice équitable.
- Oui, évidemment, mais ça ne serait pas facile.
Elle retrouva espoir et le poussa davantage dans ce défi, il était si volontaire.
- Non, je m'en doute mais justement, c'est parce que ça ne sera pas facile que tu en tireras un immense mérite, pour toi et pour tes supérieurs. Tu te sentiras très fier de toi, grâce à ton seul talent et tes compétences. Et, moi aussi, je serai très fière de toi.
Elle soutint son regard qui s'éclaira d'une douce lumière. Mais ils furent interrompus dans cet échange par l'arrivée du petit déjeuner. Il lui tendit son thé auquel elle ajouta un nuage de lait. Elle l'observa à nouveau tandis qu'il sirotait un peu de café, il semblait à nouveau absent. Elle pria intérieurement en espérant avoir réussi à l'atteindre mais elle ne perturba pas son silence. De longues minutes après, il ouvrit à nouveau la bouche.
- C'est vrai que jusqu'à présent, je ne t'ai pas donné de raisons d'être fier, Candy.
Elle allait protester mais il poursuivit :
- D'accord. Je vais aller jusqu'au bout de ce procès, je laisse tomber le vice de forme, je plaiderai les circonstances atténuantes pour lui éviter l'exécution. Je gagnerai ce procès à ta façon, mais je vais le faire avant tout pour une raison plus importante à mes yeux. Je vais le faire parce que je ne veux pas que tu repartes à New York en ne cessant de t'inquiéter pour moi. Puisque tu as enfin la possibilité d'être heureuse aujourd'hui, je ne veux pas être une entrave à ce bonheur. Et je voudrais que tu gardes ces bijoux et ton alliance, même si tu ne les portes jamais plus. Fais-le pour moi, s'il te plaît. Si tu refuses, je vais penser que ces un an et demi de mariage n'ont été qu'un cauchemar que tu veux oublier à tout jamais.
Elle se plongea dans son regard clair, les siens débordant de larmes.
- J'accepte Anthony.
Il lui sourit avec reconnaissance. Il prit le coffret posé sur la table et lui tendit.
- Merci Candy. Et sèche tes larmes, tu es beaucoup plus jolie quand tu ris que quand tu pleures.
Ces paroles qu'il avait murmurées avec tant de douceur lui firent l'effet inverse. Ce fut un torrent qui se déversa et elle se réfugia dans ses bras pour se souvenir de cet instant magique. Son Anthony de sa jeunesse était à nouveau là. Il la serra fort en caressant ses cheveux et lui dit dans l'oreille :
- Tu crois que si on s'était dit ça dès le début, on aurait pu faire un petit couple heureux ?
Elle hocha la tête en le serrant plus fort.
- C'est certain Anthony.
-OOOoOOO-
Dans le train qui la ramenait à New York, elle repensa à la soirée d'hier. Il avait voulu la passer avec elle, comme les nouveaux amis qu'ils étaient redevenus. Et ça avait été une merveilleuse soirée, ils ne s'étaient jamais aussi bien amusés. Il l'avait à nouveau emmenée au restaurant, il l'avait laissée choisir son menu et plus une seule fois il n'avait eu ce regard absent qu'elle lui connaissait depuis leur venue à New York. Ils avaient beaucoup ri en évoquant leurs souvenirs d'enfants, ça faisait si longtemps qu'ils ne le faisaient plus. Puis avant de la laisser devant son hôtel, il lui avait promis de s'occuper rapidement de leur divorce et lui avait donné l'adresse d'un confrère pour la représenter. Il pensait régler ça en deux mois, vu qu'ils étaient d'accord sur tout. Il lui dit aussi qu'elle pouvait rester dans leur appartement tout le temps qu'elle voudrait, lui ne rentrera pas avant fin juin. Elle, lui redit qu'elle voulait garder leur belle amitié intacte et qu'il pouvait compter sur elle si besoin. Avant de le quitter, elle l'embrassa sur la joue et lui murmura :
- Merci, je suis fière de toi Anthony .
-OOOoOOO-
Dans l'après- midi, elle avait envoyé un nouveau télégramme à Dothy pour la prévenir de son retour le lendemain à dix heures à New York. Elle avait espéré pouvoir l'appeler au téléphone, et surtout Terry dont elle aurait tant aimé entendre la voix, mais le réseau était toujours en panne. Cette dernière nuit à Philadelphie, elle dormit d'un sommeil paisible et bienfaiteur qui avait reposé aussi ses traits. Elle se sentait allégée d'un énorme poids, et quand elle vit le train ralentir et entrer en gare, l'euphorie la gagna. Enfin elle allait revoir l'homme qu'elle aimait et sa meilleure amie. Mais elle ne se doutait pas que celle-ci l'y attendait.
- Candy ! Candy !
La silhouette toute vêtue de rouge qui courait à sa rencontre la sortit de ses pensées vagabondes.
- Dothy ! Tu n'étais pas obligée de venir, j'aurais pris un taxi.
Elle la reçut dans ses bras en riant.
- Un taxi ! Pour qui me prends-tu ? J'avais trop hâte de te revoir et aussi de savoir.
Candy rit, elle reconnaissait bien là son amie.
- Espèce de petite curieuse. Ne t'inquiète pas, tout s'est bien passé. Je te dirai tout mais s'il te plaît, sortons d'abord d'ici. J'en ai assez des trains et des gares, je les ai assez vus.
Elles sortirent bras dessus bras dessous. La jeune blonde respira un grand coup en franchissant les portes de la gare.
- Ah ! New York ! Tu m'as tellement manquée ! Je ne croyais pas que j'adorais autant cette ville, enfin, c'est surtout toi qui m'as manquée Dothy. Mais dis-moi, comment va Terry ?
- Je me demandais quand enfin tu allais me poser la question. Mais tu devrais plutôt le lui demander toi-même.
Elle lui désignait en souriant malicieusement, son automobile garée à quelques mètres le long du trottoir. Candy regarda la voiture puis son amie, la bouche grande ouverte d'étonnement.
- Il est là ?
- Oui, à l'arrière et…
Mais Dothy n'eut pas le temps de finir sa phrase, Candy poussa un énorme cri de joie, lâcha son sac et partit en courant, en volant même, se dit son amie en riant. Elle arracha presque la portière et se jeta à l'intérieur de la voiture directement sur les genoux et dans les bras du jeune homme qui ne s'en plaignit pas, bien au contraire.
- Eh ! Doucement avec ma voiture ! cria Dothy en riant toujours. Et en plus, elle abandonne son sac dans la rue et c'est bien sûr à moi de le ramasser. Ah ! La jeunesse ! L'amour ! L'insouciance !
A l'intérieur, ce n'était que baisers et mots d'amour.
- Tu m'as tellement manqué mon amour ! dit-elle avant de s'emparer férocement de sa bouche.
- Ma Candy, ma vie, ces quatre jours ont été les plus longs de toute mon existence ! murmura-t-il ensuite en la serrant jusqu'à l'étouffer.
-Tout va bien chéri, je suis là, je suis maintenant avec toi pour toujours.
Ils n'entendirent pas Dothy s'installer au volant. Elle déposa le sac sur l'autre siège, puis ne se gêna pas pour les contempler. Elle les voyait ensemble pour la première fois et le spectacle lui fit chaud au cœur, l'émut presque aux larmes. Puis elle les laissa à leur effusion et démarra la voiture. Le bruit du moteur les fit émerger de leur bulle. Candy quitta les genoux de Terry mais resta alanguie contre lui alors qu'il entourait ses épaules de son bras.
- Dothy ! Je crois que j'ai oublié mon sac à la gare ! fit-elle en riant.
- Il est ici ton sac, elle lui désigna le siège passager. La prochaine fois, pense que je suis déjà suffisamment truffée de rhumatismes pour ne pas m'en rajouter encore. Qu'est-ce qu'il y a là dedans pour qu'il soit si lourd ?
- Juste quelques livres pour tuer le temps à Philadelphie ! dit-elle, riant encore. Désolée, j'avais mieux à faire que de penser à ton grand âge, chère Dothy.
- Ça je m'en suis aperçue.
- Et je te rappelle que c'est entièrement de ta faute.
- Oui et j'en suis très fière.
- Nous aussi ! répondit le couple d'une seule voix.
Ils en rirent tous trois un bon moment.
- Et où est-ce que tu nous emmènes ? reprit ensuite Candy.
- Chez moi. J'ai préparé un déjeuner pour trois.
- Tu veux dire que tu as fait la cuisine ?
- Absolument ! Cela m'arrive de temps en temps ma chère. Je ne suis sans doute pas un cordon bleu comme toi ma belle mais je pourrai quand même te surprendre.
- Candy, un cordon bleu ? fit Terry étonné. Je me souviens que tu te vantais de tout faire brûler et qu'Albert avait préféré le faire à ta place pour ne pas mourir de faim.
Il avait pris un ton et un sourire moqueur, Dothy s'esclaffa et la blonde le fusilla du regard. Puis elle haussa les épaules et ne se vengea que d'un sourire désarmant.
- J'ai fait d'énormes progrès depuis, mon chéri. Je te le prouverai bientôt.
- Il faut avoir goûté à son sauté de veau et à son incomparable gâteau au chocolat pour se dire qu'avant ça on a mangé que des médiocrités.
- N'exagère pas quand même ! répondit Candy en remerciant quand même son amie par un beau sourire à travers le rétroviseur. Je ne prétends pas faire concurrence avec un grand chef et je n'ai pas vocation d'ouvrir un restaurant. Mais dis-moi Dothy, tu ne devrais pas plutôt être en train de créer ta collection en ce moment ?
- Elle est presque finie. J'ai bien droit à une petite pause non ? Tous mes modèles de l'été sont prêts, les couturières ont travaillé d'arrache-pied. Et pour ce qu'il me reste à faire maintenant, je vais avoir besoin de toi. Je vais organiser un défilé.
- Un défilé ? Bonne idée mais en quoi puis-je t'aider ?
- Tu as oublié que tu as été mon mannequin pour la robe en lamé d'argent ? Tu vas bien sûr la présenter pour le défilé, c'est ma pièce maîtresse.
- Mais je ne saurai jamais faire ça ! Je ne suis pas vraiment un mannequin !
Elle regarda Terry qui semblait très amusé à cette idée.
- Un mannequin doit seulement être jolie, sourire et savoir marcher ! Rétorqua la styliste. Tu sais faire tout ça non ? Ça sera un jeu d'enfant pour toi.
- Dans quoi est-ce que je vais encore m'embarquer ? dit-elle tout bas à Terry.
- Une nouvelle expérience pour toi et tu t'en sortiras merveilleusement, comme toujours. Ma petite princesse n'a-t-elle pas tous les talents ? murmura-t-il au creux de son oreille.
- Mon plus grand talent est celui de t'aimer, lui répondit-elle de la même manière. Puis, plus fort pour Dothy :
- Et quand aura-t-il lieu ce défilé ?
- Le premier samedi de juin.
- Bien, je vais donc noter dans mon agenda tellement chargé que ce jour là je débuterai ma grande carrière de mannequin vedette de la plus grande styliste de New York, madame Dothy Malone en personne. N'oubliez pas les autographes, ils pourraient valoir très cher un jour ! Dit-elle d'un ton cérémonieux puis elle éclata de rire.
« Qui sait ma belle ! Se dit Dothy en la regardant voler un baiser à Terrence au passage. Avec lui, c'est certain, tu pourras t'élever aussi haut que tu le désires. Lui sait te mettre en valeur, tu n'as jamais été aussi étincelante. »
-OOOoOOO-
Avant le déjeuner, elle leur raconta son voyage à Philadelphie. Elle ne s'attarda pas trop dans les détails sur sa confrontation au restaurant avec Anthony, qui avait mal tourné. Elle ne mentionna pas non plus son infidélité, ça resterait un secret entre eux. Elle se contenta de l'essentiel, les débuts avaient été un peu tendus mais une fois qu'il eut digéré cette nouvelle, tout s'était arrangé et ils s'étaient entendus sur tout. Néanmoins, elle leur relata intégralement son aventure avec le malheureux veuf et la façon dont elle avait réussi à convaincre Anthony de renoncer au vice de forme et d'aller au bout du procès en laissant la cour et les jurés décider du sort de son client.
- Tu es certaine qu'il va s'y tenir ? fit Dothy un peu sceptique.
- Oui Dothy, j'en suis convaincue. Ce n'est pas mon futur ex-mari qui me l'a promis, c'est mon ami d'enfance.
Son amie l'observa, la sérénité se lisait sur son visage souriant plongé dans le regard confiant de Terry qui ne dit rien.
- Alors tout est parfait pour tous. Sur ce, nous allons pouvoir passer à table. Excusez-moi quelques instants.
- Tu as besoin d'aide ?
- Non, ne bouge pas. Vous êtes mes invités et chez moi les invités ne font pas le service.
Elle avait surtout envie de les laisser tranquille un petit moment. Et ils profitèrent bien sûr de cette absence pour s'adonner à leur premier plaisir en s'offrant un long et profond baiser.
-OOOoOOO-
A quatorze heures, Terry repartit vers le théâtre Lincoln. Candy l'accompagna jusqu'à sa voiture qu'il avait laissée chez Dothy pour aller la chercher à la gare. Ils se donnèrent rendez-vous à vingt heures trente, à la fin des répétitions, au théâtre.
- Terry ! lui dit-elle avant qu'il ne parte. Il ne m'a demandé qu'une chose, de rester discrète jusqu'au prononcement du divorce.
- Ça veut dire que Roxie Hart me fera encore l'honneur de me tenir compagnie quelques temps ! répondit-il en lui souriant tendrement.
Elle lui rendit son sourire, le regard plein d'amour. Il comprenait toujours à demi-mot.
- A ce soir mon ange.
- A ce soir mon amour.
Fin du chapitre 6
