« Nous l'avions rêvé » de Diogène
Chapitre 7 « Répétitions et apparences »
Vingt Heures Trente, théâtre Lincoln.
- Alors, c'est lui Philippe ? Il a l'air sympathique.
- Il l'est. C'est bien pour ça que ça m'embête un peu d'avoir à lui dire que je préfère arrêter notre relation.
- Alors pourquoi le faire et surtout pourquoi ce soir ?
- Parce que plus j'attendrai et plus ce sera pénible de le faire. Et tout ça ne nous mènera nul part de toute façon.
- Qui sait ? Peut-être qu'avec le temps, tu apprendras à l'aimer.
- C'est toi qui me dis ça ? Tu sais bien que l'amour ne s'apprend pas, ça arrive ou pas. Et pour moi ce n'est pas arrivé avec Philippe. Il est jeune, il trouvera quelqu'un de son âge, avec qui il pourra avoir des enfants.
- Et s'il t'aime et qu'il te veut toi ?
- Non Candy, ce n'est pas de l'amour qu'il ressent pour moi. L'amour je l'ai rencontré tout à l'heure, dans les yeux de Terrence et dans les tiens, un amour si fort qu'on peut le voir à des kilomètres à la ronde. Une telle confiance l'un en l'autre, une telle complicité, une admiration sans bornes l'un pour l'autre, voilà ce que j'ai vu quand vous êtes ensemble. Pour Philippe et moi, il n'y a rien de tout ça. Non, c'est décidé, j'y mets fin ce soir. Il ne me reste qu'à attendre le prochain, qui sera peut-être le bon.
- Oui le prochain sera le bon Dothy, il faut y croire. Et moi j'y crois très fort, finit-elle en serrant sa main.
- En attendant ce jour, viens, je vais tout de même te présenter Philippe. N'oublie pas, tu es mon mannequin et amie, tu ne connais pas Terrence, c'est la première fois que tu le verras.
- Je suis prête à entrer en scène Dothy. Mon premier grand rôle : Roxie Hart va rencontrer Terrence Grandchester et va en tomber follement amoureuse au premier regard. Ça ne devrait pas être trop difficile, j'ai l'impression d'avoir déjà vécu ça !
-OOOoOOO-
Lui avait été évidemment parfait. Il ne s'était pas occupé d'elle, ne lui avait offert aucun regard ni attention avant que Dothy ne l'interpelle pour lui présenter son amie. Candy avait aussi été présentée aux autres membres de la troupe encore présents. Becky Taylor lui avait dit poliment bonsoir avant de quitter précipitamment le théâtre pour retrouver son fiancé à la sortie. Philippe Berthier s'était montré d'emblée très chevaleresque avec elle, lui posant aussi des tas de questions sur son « métier », auquel elle avait répondu en improvisant. Terrence discutait encore avec les éclairagistes, à l'autre bout de la scène, il lui tournait le dos. Puis il interpella un comédien et en sauta prestement. Candy lui tournait également le dos mais elle l'entendit lui parler de sa façon de se tenir sur la scène. D'une oreille, elle l'écoutait avec intérêt et de l'autre répondait du tac au tac aux propos de Philippe en souriant toujours, comme était censé le faire un mannequin. Quelques minutes après, elle le sentit se rapprocher d'eux, Dothy en profita pour l'arrêter.
- Terrence, je voudrais vous présenter quelqu'un.
- Dothy, je n'ai pas vraiment le temps maintenant !
Il avait pris son ton agacé, Candy sourit intérieurement. Dothy reprit d'une voix suppliante.
- Juste une minute, s'il vous plaît.
Candy le devina froncer les sourcils et soupirer mais le sentit s'avancer derrière elle.
- Terrence, je vous présente Roxie Hart, mon mannequin vedette et mon amie. Roxie, monsieur Terrence Grandchester.
L'intéressée se tourna alors vers lui. Elle portait sa perruque rousse coiffée en un chignon bas et flou, elle était vêtue d'un manteau de laine beige court à gros boutons, ouvert sur sa robe de lin rose et blanche, se sentant élégante pour son rôle. Leurs yeux se croisèrent un long moment. Elle essaya d'imaginer ce qu'elle ressentirait si c'était réellement leur première rencontre. Son cœur ne pouvait mentir, son visage devint plus doux, ses yeux s'illuminèrent, elle sut que rien ne serait différent, son cœur la brûlait. Elle sentit même ses joues rosir quand il prit sa main et la porta à ses lèvres.
- Si vous êtes mademoiselle, l'amie de Dothy, c'est que vous devez être aussi surprenante que belle.
Elle baissa joliment les yeux.
- Mais je ne vous surprendrai pas en vous avouant que vous êtes très impressionnant monsieur Grandchester.
- Terrence n'aime pas s'entendre dire qu'il impressionne Roxie, il aime être traité comme n'importe qui ! fit Philippe.
- Eh bien, ma première impression ne me donne pas le sentiment que vous êtes n'importe qui monsieur Grandchester, désolée de vous décevoir.
- Sur vos lèvres mademoiselle, le mot impression prend un tout autre sens qu'il me semble pouvoir partager. Mais ne m'appelez plus monsieur. Dans ma jeunesse, mes amis m'appelaient Terry, il n'y a guère plus que ma mère pour m'appeler ainsi aujourd'hui. J'aimerais beaucoup qu'un jour, quelqu'un de spécial pour moi en fasse autant mais c'est sans doute trop tôt.
- Sans doute Terrence, mais si vous m'appelez Roxie je pourrai y réfléchir.
- Dites-moi Roxie ? Roxie ne serait-il pas le diminutif de Roxane ? demanda Philippe qui semblait prendre plaisir à s'incruster dans cet échange équivoque.
- Roxie Hart est un pseudonyme Philippe. Mon vrai prénom était un peu trop sucré pour débuter une carrière dans le mannequinât, je vous le révélerai peut-être un jour. Roxane, pourquoi pas ? Elle aime les hommes qui ont de l'esprit je crois, elle en est très entourée en ce moment. Mais je crains que la minute soit passée Terrence. Je ne voudrais pas vous retarder plus longtemps de retourner à votre passion, le théâtre.
- J'ai d'autres passions dans la vie. Une surtout qui supplante même mon métier, j'aimerais un jour pouvoir vous la faire partager. Si vous n'êtes pas trop pressée Roxie, je pourrais vous faire visiter notre théâtre, il est chargé d'histoire. Je n'ai plus que quelques détails à régler pour ce soir, si vous le désirez, je serai ensuite entièrement à vous.
- Alors je vous attends Terrence.
Une fois Terrence éloigné, Philippe se mit à rire.
- C'est la première fois que je le vois faire autant d'efforts pour plaire à une jeune et jolie femme. Lors des auditions pour le rôle de Roxane, j'en ai vu pas mal et parfois de très belles user de leur charme pour se faire engager ou seulement parce qu'elles le trouvaient à leur goût. Mais ça n'avait aucun effet sur lui, certaines sont même reparties en pleurant quand il leur a dit que puisqu'elles pensaient n'avoir pas assez de talent pour obtenir ce rôle, elles pouvaient repartir immédiatement.
Candy se sentit très fière d'entendre ça, Dothy lui envoya un clin d'œil complice. Roxie s'obligea à en rougir, elle sut comment faire, il lui suffit de repenser à un moment où ses sens s'étaient emballés sur le River Green. Philippe reprit, un brin moqueur.
- Est-ce que vous aussi vous auriez déjà succombé aux charmes du British rebelle, Roxie ?
- Philippe ! Ça ne te regarde pas ! Serais-tu jaloux ? fit Dothy amusée. En tout cas, Roxie ne cherche pas à obtenir de rôle, elle n'est pas actrice !
- Loin de moi cette idée ! Et bien que nul homme ne puisse être insensible à votre beauté et votre esprit fin, moi y compris Roxie, je ne suis pas jaloux. Ce serait au contraire une joie que son caractère puisse être adouci par une influence positive, ce serait très reposant.
- Il a donc aussi mauvais caractère que ce qu'on en dit ?
- Je puis vous l'assurer, ce n'est pas une légende. Depuis lundi surtout, il n'a cessé de chipoter pour des détails. Ce soir pourtant, il était plus calme. C'est peut-être parce qu'il savait qu'il allait vous rencontrer !
« J'ai l'impression qu'il se doute de quelque chose celui-là. Il faudra que je le sonde avant de lui annoncer la fin de notre idylle, » se dit Dothy.
- Bon Philippe, si on allait dîner, j'ai réservé une table au Coq d'argent.
- Tu vas abandonner ton amie ici aux mains du grand méchant loup ? Il va la dévorer.
- Allons donc ! En fait de loup, je ne vois que toi Philippe. Ta réputation à toi non plus n'est pas une légende. Tu ne peux t'empêcher de faire du charme à tout ce qui porte un jupon et a un joli minois.
- Serais-tu jalouse, ma belle ?
Il posa un baiser sur sa joue.
- Tu sais bien que ce n'est qu'un jeu pour moi. Allons dîner, Roxie est, je crois entre de bonnes mains ce soir. Alors bonne soirée Roxie et au plaisir de vous revoir bientôt.
- Le plaisir sera pour moi Philippe ! lui répondit-elle en souriant. Et bonne soirée !
Elle vit le soupir dissimulé de Dothy qui l'entraînait vers la sortie. Elle marcha un peu dans les allées et se mit à observer l'éclairagiste grimpé sur son échelle et qui déplaçait un énorme projecteur suspendu au plafond.
« J'espère que c'est solide cette fois et qu'un de ces monstres ne va pas encore se fracasser sur scène ! »
Puis elle se sermonna.
« Terry doit certainement accorder énormément d'importance à la sécurité de ses partenaires et à la sienne, ça ne pourra plus arriver. »
Une douce chaleur s'empara de son cœur.
- Ne vous inquiétez pas Roxie, John connaît son métier, c'est du solide.
L'intéressé leur sourit et se remit à sa tâche. Elle se tourna vers Terry et lui offrit un regard confiant.
- Est-ce que vous voulez visiter les coulisses ?
- J'en serais ravie.
Elle le suivit jusqu'à la porte cachée derrière le rideau à gauche de la scène. C'était ensuite un long couloir empli de portes. Il s'y trouvait encore quelques machinistes. Terry connaissait le prénom de chacun et la présenta à tous. Il lui montra les loges des acteurs, la salle de réunion et de repos, l'infirmerie qu'elle reconnut moderne et bien équipée. Puis, à la dernière porte au bout du couloir, elle lut son nom.
- Ma loge. Voulez-vous la voir ?
Elle jeta un œil aux alentours, personne à portée d'oreille.
- J'en meurs d'envie mon cœur.
Elle n'en vit pas beaucoup après qu'il eut refermé la porte derrière eux. Il l'attrapa dans ses bras et se jeta sur sa bouche avec un appétit féroce qui la mit au bord de l'évanouissement. Mais il la serrait si fort qu'elle ne risquait pas de tomber. Quand il se fut un peu calmé, elle réussit à dire entre deux baisers, en riant :
- Philippe avait raison. Je suis en train de me faire dévorer par le grand méchant loup.
- Il aurait peut-être aimé être à ma place mais je ne laisserai ce privilège à personne ! émit-il par bribes quand sa bouche daignait s'éloigner de son visage.
- Moi non plus, je ne voudrais pas être à sa place en ce moment. Dothy va lui annoncer que tout est fini entre eux et ce n'est pas très agréable à entendre même sans passion.
Il cessa en la regardant en profondeur, elle caressa ses mèches brunes.
- C'est préférable à se mentir à soi-même et ça évite les équivoques ! répondit-il en enfouissant son visage dans son cou blanc.
- Oui, la franchise est finalement plus payante à la longue. Aujourd'hui je me sens libérée, je crois que je vais mieux réussir mon divorce que mon mariage. Terry, j'aimerais pouvoir le garder comme ami, c'est d'ailleurs la seule façon pour lui et moi de s'entendre. Mais je ne voudrais pas que ça te blesse, te gêne.
Il lui prit le menton et pénétra son regard.
- Candy, c'est toi seule qui décide qui est ton ami ou pas. Je te veux heureuse, rien ne compte davantage pour moi que de te savoir heureuse. Je ne suis plus cet adolescent jaloux et tourmenté, tu m'as prouvé ton amour plus que je ne l'espérais, j'ai une confiance totale en toi, rien ne peut me gêner ni me blesser puisque je le sais.
- Je ne peux être heureuse qu'auprès de toi Terry, je le suis déjà tellement, presque trop.
- Ça ne sera jamais assez pour toi, tu mérites le meilleur, et j'essaierai de te le donner, enfin. Mais si un jour, sans le vouloir, je te faisais encore de la peine, n'hésite pas à me gifler encore de toutes tes forces.
- C'est quelque chose que j'ai beaucoup regretté, je l'ai regretté aussitôt fait. C'est l'orgueil, j'ai cru que tu ne cherchais qu'à t'amuser ou te moquer de moi. J'aurais plutôt du faire ceci.
Elle prit son visage entre ses mains et goûta à nouveau à ses lèvres, ce fut un nouveau délice, un peu plus brûlant sur la fin. Et de nouveau le désir s'empara d'elle mais cette fois sans douleur, c'était à la fois apaisant et excitant. Même quand les mains de Terry s'aventurèrent un peu plus sur son corps, parcourant son dos et sa taille sous son manteau de laine, elle ne s'inquiéta pas, elle se laissa aller calmement et totalement au plaisir. Bien sûr, quand ses mains remontèrent sur son ventre et se posèrent sur ses seins et les caressèrent avec volupté à travers sa robe, elle ne put laisser échapper un doux gémissement mais c'était beaucoup trop agréable pour ne pas savourer cette nouvelle découverte. Elle n'avait plus honte d'exprimer son désir en lui faisant comprendre l'effet qu'il avait sur elle. Lui aussi d'ailleurs gémissait sans honte, ils se découvraient encore un peu plus. Puis il ôta ses mains et la serra contre lui, elle posa sa tête sur sa poitrine et ils restèrent ainsi un bon moment, le cœur serein et confiant. Ensuite il s'écarta d'elle et prit ses mains dans les siennes.
- Ça aurait peut-être été un peu trop, tu n'avais que quinze ans mais déjà si jolie.
- Et tu n'aurais pas eu grand chose à caresser à cette époque, j'étais aussi plate qu'une planche à laver ! répondit-elle en riant.
- La comparaison ne peut plus se faire aujourd'hui. La nature t'a parée de ce qu'elle avait de plus beau et de plus rare.
- Je n'ai pas peur de te dire la même chose. Tu vas quand même avoir du mal à t'enlaidir pour devenir Cyrano.
- Avec ceci et beaucoup de maquillage, tu verras, même toi, tu me trouveras laid à faire peur.
Il lui tendit un faux nez qu'elle examina avec soin.
- Même si tu l'étais, ça ne changerait rien pour moi. Si tu n'avais été que beau, je ne t'aurais même pas remarqué. Mais je ne vais pas me plaindre qu'en plus tu es très beau. Comment est-ce que ça me va ?
- Même ainsi, tu es la plus belle à mes yeux, il lui ôta le faux nez, elle sourit. Mais je ne t'aurais pas non plus mise à part des autres si tu n'avais été que cela.
Elle lui posa un nouveau baiser sur les lèvres puis se mit à inspecter la pièce.
- Il y a plus de choses que sur la coiffeuse d'une dame ! constata-t-elle amusée devant tous les flacons et autres fards étalés sur la table à maquillage. Qu'est-ce que c'est que ça, du sang ?
- Non, du jus de tomates, ça y ressemble assez non ? Il suffit d'en remplir ces poches qu'on cache sous les costumes et en les crevant de la pointe de l'épée, elles se percent et l'illusion d'une vraie blessure donne plus d'authenticité à la pièce.
- Vous utilisez de vraies épées ?
- Bien sûr, il faut que ce soit crédible.
Il alla en chercher une dans l'armoire et lui tendit. Elle mit son doigt au bout de la pointe.
- Mais c'est dangereux ! Si l'épée traverse plus que la poche ?
- Pas si on est bien préparé. C'est pour ça que je prends des cours avec un maître d'armes et les acteurs qui doivent combattre aussi.
Elle tenta un moulinet.
- Et à la fin de l'envoi, je touche !
Elle posa la pointe de l'épée sur le cœur de Terry et rit. Puis elle la lui rendit.
- J'ai hâte de la voir. Quand aura lieu la première ?
- En principe le sept juillet, si nous sommes prêts.
- Ce serait formidable si c'était le sept, deux mois jour pour jour après mon anniversaire et le nôtre de nos retrouvailles.
- Alors ce sera le sept, promis.
Elle lui sourit encore tendrement puis reprit d'un ton plus sérieux.
- Terry, à la fin du mois je quitterai l'appartement de Manhattan. Dothy m'a proposé de vivre chez elle, j'ai accepté jusqu'au prononcement du divorce. Ensuite…
- Ensuite, la coupa-t-il, tu viendras vivre avec moi et on se mariera. N'est-ce pas ?
- Ça a toujours été mon désir le plus cher d'être ton épouse, mon amour. Mais tu es certain de le vouloir déjà ? Nous avons le temps d'y réfléchir.
- Cela fait des années que je suis certain de te vouloir comme épouse, je n'en ai jamais voulu qu'une seule, toi Candy. Je n'ai pas besoin d'y réfléchir davantage, ce sera toi et personne d'autre, pour toujours.
- Oh ! Terry !
Elle se pendit à son cou, les larmes aux yeux. Puis elle s'empara encore de ses lèvres. De longues secondes après, il émergea, le cœur empli de bonheur.
- Viens chérie, nous allons fêter ça en allant dîner en amoureux. Je connais un charmant restaurant tzigane, violons et cuisine hongroise au programme.
-OOOoOOO-
Le dernier jour de mai était un mardi. Dans l'après midi, Dothy avait accompagné Candy chez elle pour emballer ses affaires. Ça avait été rapide pour vider son armoire et tous ses vêtements. Elles en avaient quand même rempli deux valises. Pour les papiers et photos, elle avait déjà tout trié dans la semaine et partagé en deux les photos de famille. Tout était propre et bien rangé. Elle emportait aussi les plantes vertes pour ne pas les laisser mourir. Dothy regardait la photo de mariage sur la commode du salon.
- Vous étiez quand même très beaux tous les deux mais j'ai toujours eu l'impression en vous voyant ensemble d'y voir un frère et une sœur plutôt qu'un couple marié. Physiquement, vous vous ressemblez assez, tous les deux très blonds. C'est surtout ça qui m'a gênée et persuadée que vous n'étiez pas faits pour vous marier.
- Albert m'a souvent dit que je ressemblais à sa sœur disparue, la mère d'Anthony. En vérité Dothy, je ne te l'ai pas dit devant Terry mais je crois qu'Anthony n'a jamais vu qu'une sœur en moi, il l'a compris aujourd'hui. De toute façon, nous resterons toujours des cousins, liens du sang ou pas, il aura toujours une grande place dans mon cœur.
- Finalement, je l'avais très mal jugé, c'est un type bien. Dommage qu'il soit si ambitieux !
- C'est sa façon à lui de prendre sa revanche sur cette vie qu'il a failli perdre. J'espère sincèrement qu'il trouvera le véritable amour lui aussi. J'ai été encore rassurée quand j'ai lu son télégramme hier pour me dire qu'il avait déjà constitué le dossier du divorce et qu'il serait encore plus vite prononcé que prévu, début juillet.
- Je ne doute pas qu'il t'aime beaucoup puisqu'il t'a laissée libre pour te permettre d'être enfin heureuse avec Terence. A mes yeux, il s'est largement racheté aujourd'hui, il n'a pas traîné pour entamer les démarches du divorce. C'est très bien de sa part, amour ou amitié, ce sont des sentiments différents mais aussi forts, rien ne vous empêche de trouver une autre façon de l'enrichir, même pas Terrence !
- Non, Dothy, même pas lui. Mais il est d'accord, et ça ne m'étonne pas de lui, il est merveilleux.
- Il t'aime tout simplement, d'un amour sincère, sans rien exiger en retour, c'est ça l'amour vrai.
Candy sourit à son amie, puis elle posa un dernier regard sur l'endroit où elle avait vécu ces cinq premiers mois de l'année, elle sentit tout de même un petit pincement au cœur mais aussi de nouveaux espoirs. Elle referma la porte sur son passé, une nouvelle page de sa vie allait s'écrire et elle se promit de tout faire pour en faire une très belle aventure. Elle porta les clefs au concierge en inventant un voyage pour Chicago pour raisons familiales.
Dothy lui avait prêté sa chambre d'amis. C'était en fait plus qu'une chambre, un petit appartement avec une chambre spacieuse, un cabinet de toilettes et un petit salon.
- Je suis désolée de te causer autant de dérangements Dothy, dit-elle alors qu'elle rangeait ses affaires dans l'armoire.
- J'espère que tu plaisantes. C'est un bonheur de t'avoir chez moi, cette grande maison me semble tellement vide quelques fois. Malheureusement pour moi, je crois que tu ne vas faire qu'un très court séjour ici.
- Tu sais, Terry s'est montré très mystérieux quand j'ai voulu savoir où il vivait. Il m'a parlé d'une surprise qu'il veut me réserver. Je me demande bien ce que ça peut être.
- En le connaissant, ce ne peut être qu'une bonne surprise. Et ne compte pas sur moi pour la dévoiler ! Je ne suis au courant de rien, j'ignore où il vit. Et même si je le savais, je ne dirais rien. Dis-moi plutôt, pourquoi as-tu emporté ce coussin, un souvenir ?
- Oui et même les meilleurs souvenirs de ma vie. Regarde bien.
Ce n'était qu'un vieux coussin même pas joli. Mais après qu'elle eut déchiré la couture, Dothy découvrit une petite pile de lettres enrubannées au milieu de la mousse de rembourrage.
- Ce sont les siennes ?
- Oui, celles qu'il m'a envoyées entre nos retrouvailles à Chicago et notre rupture à New York. J'ai aussi gardé ses courtes notes, celle en quittant le collège et l'autre qu'il a confiée au concierge de l'hôpital Ste Johanna. Regarde !
Dothy les parcourut et lui rendit.
- Lis ceci, c'est une lettre que je lui ai écrite trois mois après mon retour, je ne l'ai jamais envoyée.
- Quel dommage ! fit son amie d'une voix émue après avoir parcouru les trois pages. Tout aurait pu être différent, je crois qu'il aurait accouru.
- Sans doute mais il venait de reprendre sa carrière, j'ai pensé qu'il allait mieux. De toute façon il n'y a plus rien à regretter. Mais ses lettres, la seule chose matérielle qui me restait de lui, jamais je n'ai pu me résoudre à les détruire, j'ai pris le risque. Je suis persuadée qu'il a toujours les miennes lui aussi. Je les connais toutes par cœur, certaines ont jauni sous mes flots de larmes, j'en ai tant versé qu'ensuite je n'ai plus pleuré pendant deux ans. Jusqu'au jour où j'ai appris son mariage et accepté d'épouser Anthony. Aujourd'hui, j'ai encore du mal à réaliser ce qui nous arrive. Est-ce que nous avons vaincu la malédiction où est-ce que je vais me réveiller un matin et m'apercevoir que ce n'était encore qu'un rêve ?
- Non, Candy, tu ne rêves plus, c'est la réalité. Je vais te le prouver.
Et elle lui pinça très fort le bras.
- Aie ! Ça fait mal ! Oui c'est certain, je suis réveillée !
Elles rirent comme deux gamines.
- Et n'oublie pas que tu es ici chez toi, et Terrence aussi.
Elle lui adressa un clin d'œil coquin.
- Nous avons tenu bon jusqu'ici mais ça n'a pas été facile. Mais c'est si excitant, chaque nouvelle découverte est un autre monde qui s'ouvre à nous. Nous y entrons en douceur, en s'attendant si l'un va plus vite que l'autre, sans peur ni frustration. Chaque jour est une nouvelle aventure et l'imaginaire est aussi merveilleux à vivre, le désir grandit d'autant plus. J'aimerais que le final ait lieu à un moment spécial pour nous, à un moment clef de notre relation. Mais je ne suis pas sûre que nous tiendrons jusque là. Mais c'est un défi très motivant, le problème est de savoir s'arrêter à temps, lui est plus doué que moi pour ça. Mais ma première motivation est que Terry préférerait que je sois libre, totalement libre. Je sais qu'il garde en lui cette blessure de ne pas avoir été le premier, le seul, et il s'en veut parce qu'il croit en être le seul responsable. Je ne peux revenir en arrière mais je lui prouverai qu'il est le premier dans mon cœur et le seul que j'ai aimé à en vouloir mourir et que j'aime et aimerai ainsi toute ma vie.
Dothy s'attendrit en lui voyant le regard plein d'étoiles, elle dissimula une pointe d'envie mais se sentit surtout très fière d'avoir permis à ces deux pauvres cœurs perdus de se retrouver.
- Tu sais ce que tu devrais faire plus tard, écrire tes mémoires. Les gens adorent les belles histoires d'amour mais elles finissent toujours mal. Il faut leur démontrer que le véritable amour est plus fort que tout, le destin peut être vaincu si on y croit envers et contre tout. Et un jour, tu la raconteras à tes petits enfants et en feras partager le monde entier.
-OOOoOOO-
Les trois jours qui suivirent et qui précédaient le premier samedi de juin, jour du défilé de la collection d'été de Dothy furent éprouvants pour les deux femmes. Candy avait déserté la clinique ces jours là pour assister de son mieux son amie. Ses deux collègues, Stacy et Nelly avaient désormais suffisamment de métier pour tenir la clinique au côté du docteur Richard. Et vu qu'elle en avait trouvé une nouvelle pour les suppléer, elle se sentait tranquille. Elle s'appelait Mélissa, elle n'avait que seize ans mais elle était emplie de bonne volonté et apprenait plus vite qu'une autre. Candy, bien décidée à en faire une infirmière accomplie, lui avait appris déjà tous les rudiments du métier. Et la petite dévorait tous les livres de médecine que sa collègue avait apportés à la clinique à ses moments perdus. Elle se sentait très fière de ses trois collègues et faisait part chaque jour de leurs progrès à Terry, quand elle le retrouvait le soir au théâtre. Il l'écoutait toujours avec une grande attention et beaucoup de fierté, comment un homme avait été sauvé de l'amputation, une naissance de jumeaux, une opération cardiaque des plus prometteuse…
Mais ces trois derniers jours, elle n'avait pu se rendre au théâtre où elle avait pris ses habitudes. Personne ne s'étonnait plus de voir cette jolie rousse débarquer à la fin des répétitions. Chacun avait compris qu'elle était très vite devenue la petite amie du patron. Mais devant ses charmants sourires, sa gentillesse et surtout moins d'accès de colère du metteur en scène depuis qu'elle le fréquentait, personne n'aurait songé à faire des remarques sur une si rapide relation. Cet effet positif dont avait parlé Philippe, chacun le ressentait et ne s'en plaignait pas. Lui semblait avoir bien digéré sa rupture avec Dothy, il ne manquait jamais dès son arrivée de venir faire son numéro de charme à Roxie et souvent même sous le nez de Terrence.
- Comment pouvez-vous me dédaigner pour ce bourreau de travail au cœur de pierre ? lui avait-il dit un soir alors que Terence était juste derrière accaparé par un technicien.
- Et vous, vous avez visiblement un cœur d'artichaut Philippe. Vous aimez d'une manière un peu trop éparpillée à mon goût.
- Il vaut mieux aimer trop que pas du tout, chère Roxie.
- Quand on aime trop et tout, c'est qu'on n'aime rien, cher Philippe.
C'était chaque soir un nouvel échange de balles, ça ne durait que quelques minutes mais les amusait beaucoup. Puis il la laissait, faisant mine d'être anéanti par son dédain, alors elle le rappelait et terminait le jeu en lui offrant un de ses sourires les plus étincelants qui le remplissait de joie et qu'il montrait à Terrence avant de partir. En fait, c'était ça le jeu, tenter de rendre jaloux son ami et lui faire perdre cet air indifférent qu'il affichait en toute circonstance. Mais c'était peine perdue, rien ne pouvait perturber ce calme légendaire qui le caractérisait en dehors des accès de colère qui ne concernaient que le travail. Candy le savait et l'acceptait. Tant qu'il était encore Terrence Grandchester, l'acteur et metteur en scène du théâtre Lincoln, tant qu'il y aurait encore un comédien présent, un technicien, tant qu'il n'avait pas fini son travail, elle ne pouvait espérer un traitement de faveur. Aucun regard particulier, une froide politesse et pas de temps à lui consacrer. Elle le voyait alors tel qu'il apparaissait dans son monde, froid et intransigeant, craint mais respecté pour son équité et son professionnalisme. Elle regardait tout ça avec une grande admiration mais avait grand hâte que le rideau tombe et qu'elle retrouve son Terry, si tendre et attentionné.
Ces trois derniers jours donc, elle ne l'avait pas vu, elle était rentrée trop tard avec Dothy pour tout mettre en place dans la salle louée pour le défilé. Mais ils s'étaient tout de même parlé longuement au téléphone chaque soir, un moment très agréable pour ensuite s'endormir d'un sommeil reposant après si dures journées.
Enfin, le jour fatidique arriva. Elle était dans un état nerveux des plus extrêmes, le trac s'emparait d'elle. Dothy affichait toujours son calme et sa bonne humeur habituelle. Candy serait la dernière à défiler sur l'estrade, devant un public composé des meilleurs clients de Dothy, ses amis et aussi quelques photographes de mode. Dans sa robe de soirée en lamé argenté, elle se laissait maintenant coiffer par son amie, après s'être fait maquiller auparavant comme les autres mannequins. Celle-ci avait fait un joli chignon torsadé de ses longs cheveux roux, sa pâleur accentuée par beaucoup de poudre qui masquait ses taches de rousseur donnait encore plus d'éclat à ses yeux d'émeraudes.
- Je crois que je vais m'évanouir sur scène, confia-t-elle d'une voix enrouée à son amie.
Ses jambes tremblaient, elle se tordait les mains et sa vision lui sembla floue en ne se reconnaissant plus dans le miroir.
- Calme-toi ma belle et respire un bon coup. Tu peux le faire et tu es magnifique. Ça s'est très bien passé lors des répétitions, refais la même chose et tout se passera très bien.
- Mais il y a tant de monde et de photographes ! J'ai une de ces trouilles !
- Oublie tous ces gens, pense seulement à lui. Fais-le pour lui, pour qu'il soit encore plus fier de toi.
- Il ne viendra peut-être pas, il a tant à faire.
- Tu t'imagines qu'il allait rater ça ? Il est déjà là.
- Dans la salle ?
- Oui ma belle, à découvert, et il n'est pas seul. Viens voir !
Elle la suivit, estomaquée. Dothy entrouvrit le rideau qui laissa l'espace suffisant pour voir le public. Elle le distingua immédiatement, si élégant dans son smoking blanc, si séduisant, et le comble c'est qu'il souriait généreusement aux photographes qui le mitraillaient de leurs flashs, très heureux de cette aubaine. C'était assurément pour eux le scoop du jour : Terrence Grandchester et toute sa troupe se déplaçaient en personne pour assister à un défilé de mode. Car effectivement, il n'était pas seul, il y avait avec lui, occupant tout le premier rang, tous les acteurs du théâtre Lincoln, même quelques figurants et son attachée de presse.
- Oh ! Mon dieu ! C'est encore pire ! fit Candy, encore plus pâle et accrochée au rideau.
- Allons, calme-toi. Viens, on pourrait nous voir. Pense que tu es Roxie Hart, personne ne te reconnaîtra. Tu es mannequin professionnel, tu vas l'éblouir, tu vas tous les éblouir.
C'est ce qu'elle n'arrêta plus de se répéter pendant tout le temps qui précédait son entrée en scène. Dothy la laissa pour aller présenter le défilé, les filles se succédèrent l'une après l'autre sous les applaudissements nourris des spectateurs. Tout se déroulait bien, Candy se sentit heureuse pour son amie malgré son trac. Quand la dernière revint et qu'elle sut qu'elle ne pouvait plus reculer, elle respira profondément et se jeta à l'eau.
« Les dés sont jetés, j'y vais et vaille que vaille. Je le fais pour toi mon amour, il n'y aura que toi, toi, toi… »
Une douce chaleur envahit alors son cœur et sa peur disparut comme par enchantement dès qu'elle franchit le rideau de scène. Et elle ne vit effectivement que lui, tous les autres avaient disparu. Ils devaient être là, elle entendait des applaudissements et des cris d'étonnements et d'admiration. Elle distinguait aussi les flashs des photographes mais seul son regard fier et admiratif qui lui faisait penser qu'effectivement ce soir elle était la plus belle du monde, n'était visible pour elle. Et elle réussit aussi à être la meilleure dans son jeu, dans sa grâce, dans son déplacement aérien sur l'estrade. Elle en rajouta même un peu plus que lors des répétitions, avec un clin d'œil par-ci et une envolée de baisers par-là, du côté de Terry bien sûr. A son retour aux loges, Dothy se jeta dans ses bras avec la larme à l'œil.
- Tu as été grandiose ma chérie, écoute-les, tu les as conquis.
- C'est ta robe qui les a conquis Dothy, c'est ton travail qu'ils applaudissent.
- Personne n'aurait pu la mettre mieux en valeur, crois-moi, je suis fière de toi.
- Moi aussi Dothy, je suis tellement fière d'être ton amie.
Elle l'embrassa très fort, très émue.
- Allez, assez de remerciements pour l'instant. On y retourne pour le final.
-OOOoOOO-
Quelques heures plus tard, quand enfin elle se retrouva seule dans les bras de Terry sur le canapé de son petit salon, elle réalisa ce qu'elle avait accompli.
- Une nouvelle carrière s'annonce à toi ma princesse, ça ne te tente pas ?
- Non. C'était amusant de le tenter une fois mais je ne m'imagine pas faire ça souvent, ça risque de devenir très ennuyeux à la longue. Je l'ai fait pour Dothy et pour toi. Je ne me vois surtout pas renoncer à être infirmière, c'est ce que j'aime le plus faire, à part t'aimer. Mais ça ce n'est pas une vocation, c'est un besoin vital.
- N'empêche, fit-il en baisant son front, tu as prouvé ce soir que tu as d'autres talents. Cela ne m'étonne pas mais tu m'as ébloui au-delà des mots pour le dire. Et je n'ai pas été le seul, un grand couturier t'a offert un contrat mirobolant.
- Ma fois, il se passera de moi. Mirobolant ou pas, je ne suis pas intéressée par ce métier. Je comprends qu'on puisse aimer ça, si on est féru de mode. Mais pour moi rien ne vaut le contact humain, le besoin d'être utile.
- Tu es incroyable mon ange. Rien ne peut entacher ton cœur généreux, rien ne te fait tourner la tête, tu restes quoi qu'on te fasse miroiter, quoi qu'on te blesse, égale à toi-même. Pas un soupçon d'égoïsme, la générosité pure.
- Il y a quand même une part d'égoïsme dans tout ça puisque c'est ça qui me rend heureuse. Mais ce n'est pas le luxe, la célébrité et tout le tapage qui en découle, ni la richesse qui me motivent et toi non plus. Notre seule motivation c'est la passion de ce que nous aimons faire et le goût de le faire partager. Quoi que nous décidions de faire, ça ne peut être que l'amour qui nous guide. Nous sommes finalement pareils, des gens très simples. N'est-ce pas ?
- Sans doute, mais c'est une denrée rare de nos jours et surtout à New York. Finalement c'est aussi très facile d'être heureux quand on a compris ça.
- Je ne serai jamais plus heureuse qu'en étant dans tes bras, il n'y a que là que je me sente exceptionnelle.
Il la renversa alors sur le canapé, plongeant ses yeux dans les siens. Le feu jaillit à nouveau, leurs regards brûlants de désir rivés l'un à l'autre. Il fit glisser ses doigts de ses lèvres roses à sa gorge laiteuse, puis de sa gorge à son sein droit. Elle soupira de bonheur. Puis sa main descendit jusqu'à son ventre, elle hésita, s'y attarda puis dévia le long de sa cuisse. Sur son passage, sa peau s'électrisa de dizaines de décharges électriques. Quand sa main arriva à l'ourlet de sa robe couvrant sa cheville, elle remonta en sens inverse, sous le tissu. Elle glissa sur son bas de soie, la robe se relevait et lui chatouillait le poignet. Son regard s'attarda sur cette jolie cuisse, ses lèvres ne purent résister à la butiner, ce qui la fit soupirer davantage. Bientôt la cuisse devint chair, le bas blanc s'arrêtait au-dessus du genou, une chair lisse et rose qui le rendit fou.
- Je te veux ! murmura-t-il d'une voix cassée en glissant ses doigts toujours plus haut sur sa cuisse si chaude.
Elle faillit lui dire de la prendre mais un sursaut de lucidité dut le réveiller car il retira brusquement sa bouche, ses doigts, baissa le tissu de sa robe pour cacher cette tentation et se contenta de serrer ses jambes dans ses bras en posant sa tête entre elles. Elle respira un grand coup, à la fois de déception et de soulagement et caressa tendrement ses cheveux, ce qui apaisa un peu les battements de son cœur saccadé. Alors il tourna ses yeux vers les siens et lui sourit, elle aussi.
- Bientôt mon amour, bientôt rien ne pourra plus nous l'interdire, je te le jure.
Oui bientôt. Car si tout se passait comme elle l'avait prévu, elle savait quand aurait lieu cette rencontre vers le sommet. Dans un mois et trois jours, le sept juillet.
-OOOoOOO-
Le lendemain était un dimanche. Un jour entier de repos pour Terry, qu'il lui consacra entièrement. Ils partirent tôt le matin, en vue d'un pique-nique dans la campagne au nord de New York. La journée débutait par un beau soleil, l'été approchait et la température faisait penser qu'il était déjà là. Il avait aussi prévu de l'emmener faire du cheval dans l'après midi. Il avait préféré qu'ils prennent la voiture de Candy, décapotable et c'est elle qui conduisait en suivant ses indications vu qu'elle ne connaissait pas le coin. Elle s'était levée très tôt pour confectionner un repas pour deux qu'elle avait emporté dans un panier d'osier. Elle n'avait pas fait de bruit pour ne pas réveiller Dothy qui dormait encore à son départ. Elle avait dû rentrer très tard, ayant fêté une bonne partie de la nuit son succès avec ses amis.
Candy avait revêtu pour cette occasion une tenue de circonstance. A savoir, un caleçon moulant et des cuissardes, idéal pour monter à cheval. Elle portait aussi une ample chemise blanche, resserrée à la taille par une large ceinture. Elle avait aussi abandonné sa perruque contre un foulard de soie rouge.
- Tu sais à quoi tu me fais penser, vêtue ainsi, à un pirate. Mais un pirate des plus séduisants, loin des Barbe Noire et autre Henry Morgan. Il y en a eu quelques unes des femmes pirates dans l'histoire mais ça m'étonnerait quand même qu'elles aient été aussi belles que toi.
(Mary Jane Reed, Anne Bonny, Charlotte de Berry, Fiora Burn, Ching Shih, Rachel Wall par exemple)
Elle rit joyeusement.
- Pirate ! Ça m'aurait bien plu ! Ce devait être une vie trépidante, à part le fait de massacrer des gens. Mais se balancer au bout d'une corde d'un bateau à l'autre, grimper sur le grand mât, j'aurais pu le faire.
- Tu aurais pu aussi être une grande trapéziste il me semble. D'ailleurs, au lieu d'énumérer ce que tu aurais pu être, ça prendrait moins de temps de dire ce pour quoi tu n'es pas douée.
- Oh ! Pour des tas de choses Terry. Par exemple, je ne serai jamais une diva de l'opéra, je chante comme une casserole. Je ne sais pas non plus dessiner, ni peindre, ni sculpter, je ne serai jamais un grand écrivain ni une musicienne.
- Mais tu pourrais être une actrice.
Elle pensa qu'il plaisantait mais vit sur son visage un air sérieux.
- Je mens trop mal pour être actrice.
- Il ne s'agit pas de mentir pour l'être mais d'imaginer être quelqu'un d'autre.
- Justement, je ne sais être que moi-même.
- Tu as tout de même été formidable dans la scène avec la gitane et lors de notre soi-disant première rencontre au théâtre.
- Peut-être, mais c'était toujours moi et seulement moi. Roxie, en dehors du nom et de la couleur de ses cheveux, c'est toujours Candy. Je ne saurais pas jouer quelqu'un de différent de ce que je suis. Et je m'imagine mal faire une déclaration d'amour à quelqu'un d'autre que toi, j'en serais incapable.
- Et si je te trouve un rôle qui te ressemble, que tu joueras avec moi ?
Elle l'observa encore avec étonnement.
- Tu n'es pas sérieux ?
Il en avait pourtant l'air.
- De toute façon un tel rôle n'existe pas.
- Peut-être que si.
- Terry, tu rêves ? Je ne saurai jamais faire ça. J'ai déjà eu un trac épouvantable rien que pour faire un aller retour hier et je n'avais même pas à parler. Alors une pièce de théâtre, non. Rien que l'idée d'apprendre le texte par cœur, c'est trop difficile pour moi. C'est un métier, c'est ton métier, pas le mien.
Il lui sourit en coin.
- De toute façon, il est trop tôt pour en parler. Je dois d'abord finir de monter celle-là.
- Oui parfaitement. Pense seulement à Cyrano et oublie… A quelle pièce pensais-tu ?
- A rien, laissons tomber. Et puis il n'est pas question de te pousser à faire quelque chose que tu n'aies pas envie de faire.
- Je n'ai pas dit que je n'en avais pas envie, seulement que je ne m'en sentais pas capable.
- Cela ne veut pas dire que tu ne l'es pas.
Elle l'étudia encore, sceptique. Puis elle vit son œil plein de malice.
- Tu penses que je ne vois pas où tu veux en venir ? Bientôt tu vas réussir à me faire croire que c'est moi seule qui ai décidé d'être actrice, parce que tu m'as défiée d'en être capable. Dothy et toi, vous êtes passé le mot pour me pousser à faire des choses que je n'aurais jamais eu l'idée de faire auparavant.
- Et c'est mal de te pousser à avoir plus confiance en toi ?
- Bien sûr que non mais vous voyez trop grand pour moi. Je dois déjà m'habituer à tout ce que j'ai vécu de merveilleux en si peu de temps et me préparer à tout ce qui va suivre. Peut-être plus tard, on verra.
- C'est vrai. Tu en as déjà tant fait. J'en ai pleinement conscience, tu m'as donné tellement alors que je ne le méritais plus.
- Je l'ai fait parce que je l'ai voulu et je ne le regretterai jamais. Que tu le mérites ou pas, c'est toi que j'aime.
Elle lui sourit et gara la voiture sur le bas côté.
- Tu sais ce que j'ai envie de faire à l'instant ?
- J'imagine mon petit singe.
Elle lui décocha un sourire moqueur et sortit en courant dans l'herbe verte, en direction des arbres. Elle en choisit un solide et bien garni de branches et se mit à y grimper avec agilité. Elle n'avait pas perdu la main, elle était déjà à mi-hauteur quand Terry arriva au pied de l'arbre. Elle se pendit à une branche et se balança jusqu'à ce qu'elle retombe sur une autre. Puis elle s'y assit, cala ses jambes et se renversa, la tête en bas et les bras ballants.
- Tu vois, je ne suis pas trop rouillée lui dit-elle en riant.
- J'ai vu mon acrobate.
- Et tu penses pouvoir en faire autant ?
Il rit aussi. Mais il ne lui fallut que quelques secondes pour arriver à sa hauteur.
- Alors tu me trouves rouillé ?
Elle avait toujours la tête en bas, il l'embrassa ainsi. Elle attrapa la branche et lança ses jambes en l'air dans une pirouette arrière puis atterrit sur celle du dessous, à côté de Terry. Il la retint contre lui en la voyant un peu en déséquilibre.
- Non, tu as l'air en grande forme, tu fais beaucoup de sport on dirait.
- Environ une heure par jour.
- Je m'en doutais, dit-elle en caressant ses bras et ses épaules. Musculation ?
- Un peu et aussi de la natation.
- C'est très bon pour la santé tout ça.
Sa main se permit un effleurage sur ses pectoraux avant de retomber mollement contre son corps.
- Et puis très agréable à regarder et à toucher.
Elle se laissa glisser en le frôlant au passage et s'assit à califourchon sur la branche, adossée contre le tronc. Il s'assit de la même manière et s'alanguit contre elle. Elle mit ses bras possessivement autour de sa taille et posa sa tête contre son épaule.
- Il y avait plus de deux ans que je n'avais plus grimpé à un arbre. J'avais oublié comme on s'y sent libre. Celui-là n'est pas un chêne mais c'est génial de pouvoir encore le faire. Tu y passais d'ailleurs plus de temps que moi dans les arbres au collège, là au moins nous avions la paix. Tu sais qu'une fois j'ai sauté en parachute ?
- Tu as fait ça aussi ?
- Oui mais ce n'était pas de ma volonté. C'est la faute d'Alistair, il a voulu que je passe mon baptême de l'air dans un avion de son invention. Ca a évidemment fini très mal pour ce pauvre avion, le moteur a lâché et nous avons du sauter avant qu'il ne s'écrase au sol. J'ai eu une peur bleue mais c'est un des derniers souvenirs que j'ai d'Alistair avant qu'il ne parte à la guerre.
- Moi je n'ai jamais sauté en parachute mais j'ai aussi passé mon baptême de l'air, en Floride. Et il ne s'est pas écrasé. L'idéal serait d'avoir des ailes comme les oiseaux. Imagine, pouvoir voir la Terre vue du ciel. Un jour ce sera peut-être possible. Si Alistair n'était pas mort, il serait devenu un grand inventeur. Il aurait par exemple, inventé un appareil qui nous permettrait d'aller jusque sur la lune.
- Et que crois-tu qu'il y ait sur la lune ?
- Des gens comme nous, en train de se dire qu'un jour ils pourront aller sur la terre.
Elle pouffa et lui posa un baiser dans le cou.
- Mon poète est décidément bourré d'imagination.
- Et il commence à avoir mal aux fesses.
Elle rit de plus belle.
- Moi aussi. Redescendons.
Ce fut pour lui, fait en moins de temps que de le dire. Une fois qu'elle eut atteint la branche la plus basse, elle s'y pendit et se laissa tomber mais il l'attrapa au vol dans ses bras, sans vaciller.
- Il n'y a pas à dire, tu es très fort mon chéri, dit-elle amusée, elle en profita pour lui poser un baiser au coin des lèvres.
Puis ils repartirent vers la voiture main dans la main. Ils s'arrêtèrent quelques temps après dans un endroit magnifique, au bord d'un lac artificiel. A cette époque de l'année, il n'y avait qu'un ou deux pêcheurs au loin, mais l'été devait sûrement le remplir de baigneurs. Candy s'extasia puis courut vers la plage pour tâter la température de l'eau.
- Elle est froide, c'est ici que tu viens te baigner ? demanda-t-elle à Terry une fois revenue près de lui.
- Non, il n'y a qu'en été qu'on peut s'y baigner, si l'été est suffisamment chaud. Mais à ce moment là il y a beaucoup trop de monde pour moi. Ou alors il faudrait y venir la nuit, avec toi ce serait assez tentant, non ?
Elle lui sourit mais poursuivit son interrogatoire.
- Alors où est-ce que tu nages ?
- En piscine.
- Les piscines regorgent de monde elles aussi.
Il soupira, qu'est-ce qu'elle pouvait être pénible quand elle voulait savoir quelque chose. Mais il adorait aussi ça en elle, il lâcha du lest.
- Je nage dans ma propre piscine et elle est couverte et chauffée, je peux donc le faire toute l'année. J'ai aussi ma salle de sport, ça te va ?
- Oh ! Je demandais juste ça comme ça, répondit-elle d'un ton innocent.
Elle n'insista plus et retourna à la voiture où elle sortit du coffre une couverture et le panier de pique-nique qu'il lui prit immédiatement des mains. Ils s'installèrent dans un coin à l'abri des regards indiscrets, où l'herbe était bien grasse.
- Nous l'aurons finalement fait ce fameux pique-nique ! dit-il quelques temps après, en engloutissant avec avidité sa part de gâteau aux pommes qu'elle avait confectionné à l'aube. Hum ! Délicieux !
- Tu t'en souviens ? C'était il y a six ans !
- Six ans ou six jours, c'est pareil pour moi. Tout est gravé pour toujours dans ma mémoire et dans la tienne aussi je crois.
Il s'allongea et posa sa tête sur son ventre.
- Oui. Même toutes les choses désagréables, voir odieuses, que tu m'as dites les premiers temps.
- Il n'y en a pas eu tellement.
- Au fond, non, rien d'important mon cœur.
Il baisa ses doigts alors qu'elle lui caressait le visage. Sa main glissa sur sa gorge, il ferma les yeux. Elle se mit encore à fantasmer en fixant l'ouverture de sa chemise qui laissait apparaître la naissance de sa poitrine, mais n'osait pas s'y aventurer. Il dut deviner son hésitation car il prit sa main et la glissa sous le fin tissu, sur son torse. Ses doigts encore intimidés le frôlèrent et sa peau s'électrisa.
- Continue, murmura-t-il en souriant, les yeux fermés.
Elle s'enhardit alors et défit un à un tous les petits boutons nacrés de sa chemise de lin bleu. Le spectacle qui s'offrit à sa vue l'enchanta et la fit frissonner. Elle emplit son regard de cette avalanche de peau nue et lisse, dénuée de poils disgracieux, elle n'aimait pas beaucoup ce genre d'attributs masculins. Lui était totalement imberbe mais d'une virilité évidente sous les courbes de ses muscles aux dessins harmonieux, mais aussi respirant la douceur et un zeste de fragilité. Sa main fit une approche légère sur ses pectoraux, les effleurant, ce qui fit se durcir les pointes de ses tétons et dut le chatouiller un peu car il sourit davantage. Elle y plaqua alors sa paume entière en suivant les contours de ses muscles. Elle s'aventura aussi sur son ventre aux abdominaux fermes, sans toutefois descendre trop bas, ce serait beaucoup trop dangereux et par trop impudique en pleine nature. Mais en le voyant s'envoler vers un monde d'extase et de bonheur, en sentant sous sa main les battements de son cœur s'accélérer, son plaisir à elle décupla et elle augmenta son jeu de caresses, plus sensuelles encore. Elle sourit en voyant quelques légers spasmes nerveux perturber ses lèvres. Elle le caressa longtemps, elle en prenait autant de plaisir que lui. La peau de Terry se mit à frissonner mais ce n'était pas de froid, elle était brûlante. Elle le vit soupirer et se tourner dans l'autre sens, en se débarrassant de sa chemise d'un mouvement rapide. Il lui offrit son dos, peut-être que son torse n'aurait pu supporter plus sans souffrir, mais puisqu'il voulait poursuivre cette aventure, elle lui fit subir le même traitement. Ce dos puissant, elle pensait déjà le connaître par cœur tant elle en avait rêvé depuis ce matin sur le River Green. Mais sa main n'en connaissait pas encore les secrets, elle se hâta donc d'en apprendre les délices. Et aussi de ses épaules larges et de ses bras dont les biceps ronds étaient traversés par une veine bleue qu'elle n'osait qu'effleurer tant la peau lui semblait tendue et fragile. Elle découvrit un grain de beauté vers l'omoplate droite qu'elle grava dans sa mémoire, puis une tache de naissance couleur café dans le bas de ses reins. Plus elle le caressait et plus elle avait envie de le faire. Elle l'aurait sans doute encore fait pendant des heures mais des voix encore lointaines semblaient s'approcher. Elle cessa et comme il ne sentit plus ses caresses il releva la tête et en comprit les raisons. Il remit très vite sa chemise et se rallongea un peu plus loin d'elle, sur le ventre en cachant son visage de son bras, feignant dormir. Elle, se mit à ranger les restes du pique-nique pour se donner une occupation. Les voix se rapprochèrent et deux silhouettes apparurent. Ce devait être les deux pêcheurs qu'ils avaient vus au loin tout à l'heure.
- La pêche a été bonne ? leur demanda-t-elle d'un grand sourire.
- Nous rentrons bredouille ma petite dame. On dirait qu'aujourd'hui tous les poissons se sont donnés le mot pour se cacher de notre vue, lui répondit l'un d'eux en ôtant son chapeau et en la saluant. L'autre en fit autant.
- Ils reviendront sûrement demain messieurs.
- Pour sûr que nous reviendrons demain, dirent-ils en riant. On dirait que votre époux est parti dans le monde des rêves, il vous a abandonné !
- Oui, ce doit être la digestion, il a trop mangé de gâteau. Il en reste encore, vous en voulez ?
- Cela aurait été avec plaisir ma bonne dame mais voyez-vous, nous allions justement déjeuner et nos épouses risquent de nous sermonner si nous arrivons en retard.
- Une prochaine fois alors. Au revoir et bon appétit !
- Bien le bonjour jeune dame, nos amitiés à votre mari quand il se réveillera.
- Je n'y manquerai pas messieurs.
Elle attendit qu'ils soient suffisamment loin et hors de vue pour le dire à Terry.
- Tu peux te lever, ils sont loin maintenant.
Mais il ne bougea pas.
- Terry ! Ils sont partis, ils ne peuvent plus te reconnaître. Eh ! Tu dors vraiment ?
- Je ne dors pas.
- Alors lève-toi !
- Je ne peux pas encore, marmonna-t-il.
- Pourquoi ?
- A ton avis ?
- Je ne vois vraiment pas !
Il soupira très fort.
- Après ce que tu viens de me faire subir ?
Elle comprit, rougit, puis un rire nerveux s'empara d'elle.
- Il n'y a rien de drôle là dedans.
Mais elle rit de plus belle.
- Je ne vais quand même pas pleurer.
- Arrête, je te dis.
- Désolée, c'est nerveux. Tu veux un peu d'eau fraîche, il paraît que c'est radical.
Elle pouffa encore plus.
- Espèce de petite diablesse, tu vas me le payer !
Et il se leva très vite, oubliant ses raisons de ne pas le faire. Elle s'enfuit en courant dans l'herbe et en riant toujours. Elle lui échappa deux fois, glissant entre ses mains, aussi souple qu'une anguille. Mais la troisième fois fut la bonne, il réussit à attraper sa cuisse et elle s'affala dans l'herbe. Il la retourna comme une crêpe et la chatouilla partout.
- Arrête, je crains les chatouilles !
- Justement je continue.
Elle criait et riait en se débattant comme une furie. Elle devint bientôt très rouge, riant aux larmes et n'eut plus la force de se débattre. Il cessa et se plongea dans ses vertes prunelles, elle ne rit plus, noyée dans ses lagons bleu nuit. Leurs bouches se cherchèrent et se trouvèrent.
- Tu m'as ensorcelé, petite démone, murmura-t-il entre deux baisers.
- Je t'aime, je ne veux que t'aimer et te le prouver toute ma vie.
Il la contempla encore, la tentation était si grande. D'autant plus que dans leur bagarre, un bouton de sa chemise s'était détaché, dévoilant une partie de son sein gauche, sous sa fine combinaison transparente. Un sein blanc et rond qui laissait entrevoir le bout rose de son mamelon. Il ne put s'empêcher d'y poser ses lèvres et le butina un peu. Elle soupira de bonheur en fermant les yeux. Mais il reprit le contrôle de sa raison en la voyant presque haletante et s'écarta de cette gourmandise. Il se releva, elle rouvrit les yeux et soupira de plus belle. Il lui sourit malicieusement pendant qu'elle reprenait sa respiration.
- Tu veux un peu d'eau fraîche ?
Elle lui tira la langue et fit la moue.
- Tu es content, tu es vengé ! Je suis dans le même état que toi, même si ça ne se voit pas !
Il l'aida à se relever et reboutonna sa chemise.
- Il n'y à pas matière à vengeance de se donner du plaisir. Tes mains méritent plutôt d'être récompensées.
Il les lui embrassa avec dévotion, elle lui sourit.
- Ta bouche aussi, dit-elle en lui posant un doux baiser.
- Mais tout ça m'a donné faim. Je reprendrai bien une part de ton succulent gâteau.
Il l'entraîna vers leur pique-nique en la prenant par la taille.
- Tant que tu voudras mon chéri.
-OOOoOOO-
Une heure après ils repartaient. Il la guida jusqu'à un haras, à quelques kilomètres du lac, où il était possible de louer des chevaux. Un palefrenier les conduisit jusqu'aux écuries, où il y avait une dizaine de chevaux dans les boxs. Terry se rendit immédiatement au deuxième, un hennissement l'y accueillit. Il caressa le museau noir qui en dépassait.
- Je te présente Sultan, je le monte de temps en temps. Bonjour mon grand, il y a longtemps que tu ne m'as pas vu.
Le cheval était visiblement heureux de le revoir, il hennit encore et lui lécha la main. Terrence ouvrit la porte du box, prit la bride et le fit sortir. C'était un magnifique étalon, noir comme le jais. Il hennit encore puis se mit à renifler la main de la jeune femme.
- Sultan, je te présente Roxie, une amie.
Celui-ci balança alors sa tête de droite à gauche.
- On dirait qu'il ne me croit pas ! fit Terry en riant.
Il vit que le palefrenier était à l'autre bout de l'écurie. Il se pencha à l'oreille du cheval et murmura :
- Tu as raison. En fait, elle s'appelle Candy et c'est la femme que j'aime.
Le cheval hennit alors pour manifester son approbation puis posa son museau sur la main de la dame. Elle le flatta de la tête au collier en riant.
- Ce cheval est extraordinaire et comme il est beau. Bonjour Sultan, enchantée de te connaître.
Le palefrenier revint en en entraînant un autre par la bride.
- J'ai pensé que Stella conviendrait bien à mademoiselle.
- Merci Stanley, elle sera parfaite.
C'était une belle jument à la robe fauve parsemée de taches blanches sur les flans arrière. Candy la caressa, elle semblait calme et douce. Une fois les deux chevaux harnachés et sellés, Terry conduisit Sultan à l'extérieur tandis que Stanley faisait de même avec Stella. Candy les suivit.
- Bonne promenade monsieur Grandchester, bonne promenade mademoiselle.
- Merci Stanley.
Une fois qu'il fut parti, Terry s'inquiéta.
- Tu penses y arriver ? fit-il à sa compagne en la poussant par les fesses pour l'aider à se hisser sur la jument.
- A ton avis ?
Elle lui fit un clin d'œil puis partit au trot. Elle laissa sa monture s'habituer à elle puis elle accéléra et se lança au galop. Elles firent le tour de l'enclos et revinrent vers le jeune homme juché sur l'étalon.
- Pour ça aussi j'ai fait beaucoup de progrès chéri.
Ils échangèrent un regard complice et partirent au trot, à la découverte de nouveaux horizons.
Fin du chapitre 7
